Les Celtes Livres de Femmes Livres de Vérités

Livres de Femmes, Livres de Vérités (10) Celtes et Latins – 2/3

Audacter calumniare, semper aliquid haeret. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. (Citation latine)

1er chapitre : Introduction – Aux origines: La guerre des sexes
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2ème chapitre : Révolution religieuse en Egypte
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3ème chapitre : Les Aryas – Guerre des sexes chez les Perses et les Hindous
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4ème chapitre : La guerre des sexes dans la Chine antique
5ème chapitre : La guerre des sexes dans la Grèce antique
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6ème chapitre : De l’Israélisme au Judaisme
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7ème chapitre : Origine et histoire du christianisme
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8ème chapitre : Vierge Marie et mystère de l’Immaculée Conception
9ème chapitre : Faits et temps oubliés
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10ème chapitre : Celtes et latins
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Chapitre 10 suite

ZEUS

Zeus, qui représente la puissance vitale, qui est appelée Zoon ou Zoé, va être tantôt « une vierge immortelle », tantôt un Jupiter.

Le mot Zeus vient du sanscrit : c’est une transformation du mot Dêvâ, qui devint Diva, de là Dyaus, Zevos, et Zeus (le V et l’U se confondent). En grec, on disait Zeus Kronidès, c’est-à-dire éternel. Le mot éternel, ou immortel, accompagne toujours le nom de la Déesse. La fable que l’on bâtira autour de ce nom sera un symbole cachant la loi des sexes.

Voici ce qu’elle dit :

« Zeus est né de Kronos, le temps, le Principe éternel.
« Kronos dévore ses enfants, mais Zeus lui échappe ».

Mettons des sexes là où on les a supprimés et disons : « Le Principe de vie dévore ses fils, mais ses filles lui échappent. »

La fable ajoute que Zeus, la vie, a été élevée en secret par sa mère. C’est le secret de la vitalité féminine.

La destinée des hommes dépendait de la volonté de Zeus.

C’est Elle qui gouverne le monde ; elle a pour l’aider trois Parques : Klotho, Lakhésis et Atropos, qui tissent la trame du destin des hommes.

Mais Zeus, la Déesse, fut chassée du Ciel, c’est-à-dire de son empire, par l’homme sexuel représenté par Kronos ; car l’homme dans sa sexualité est toujours personnifié par l’essence de la vie qu’il donne, par le Soleil qui la représente dans le Ciel.

Kronos, alors, devient l’origine du mal.

C’est ainsi que le représentent les Hindous dans Krôn, le couronné (la couronne, ce sont les cornes du Bélier de Ram : les disciples de Ram étaient appelés Ramsès en Egypte).

Donc Kronos, l’homme sexuel devenu méchant, chasse Zeus du Ciel, qui a été jusque-là son partage. Il en résulte une guerre soutenue par cette Divinité contre les géants nés de la Terre et qui voulaient escalader le Ciel et l’en déposséder. Mais elle triompha d’eux. Ces géants avaient des formes de reptiles.

On place en Crète le tombeau de Zeus, le Dieu vivant. Quand on masculinisa Zeus, on en fit le Dieu suprême de l’Olympe et on le représenta assis, le torse nu, tenant un sceptre d’une main, lançant la foudre de l’autre. Un aigle, emblème mâle, fut placé à ses pieds. Puis on lui donna une femme : Métis.

A côté de la défaite de Zeus, nous pouvons placer celle de Déméter qui traverse une époque de deuil, devient malheureuse par suite de la révolte de ses enfants, personnifiés par les Corybantes qui se livrent à des danses frénétiques au son d’une musique furieuse et discordante.

Déméter avait été la grande Déesse d’Eleusis pendant que Héra régnait à Argos. Cette déesse eut aussi à soutenir les assaults de ses ennemis. Héra est richement parée et couverte d’un voile, comme la Déesse Sais d’Egypte (dont on fait Thaïs) ; le paon lui était consacré ; Elle a pour messagères Iris et les Heures.

Quand la révolution religieuse prétendit renverser les rôles et donner à des hommes sans intelligence les facultés divines, il y eut des censeurs pour les railler, car alors naquit une locution appelée à devenir populaire : on disait de ceux qui imitaient la Déesse qu’ils voulaient se parer des plumes du paon.

LA DÉESSE THAOTH (Thot)

Nous avons vu que la Déesse Céridven était là Mère des sciences et que c’est à elle qu’on faisait remonter l’invention des lettres.

Cependant, les Égyptiens attribuaient à la Déesse Taoth l’origine de toutes les connaissances humaines, géométrie, astronomie, astrologie, arithmétique, théologie, invention des lettres, nature et harmonie des mots, rituel du culte divin.

« Les prêtres assuraient, dit Diodore de Sicile, que Taoth avait inventé les sciences, les arts et les lois. »

Est-ce donc la même Déesse qui porta un nom différent chez les Celtes et chez les Egyptiens ? Où bien l’une était-elle la Mère de l’autre, puisque l’on nous dit que Céridven est la mère de la Déesse aux sept Etoiles ? Nous l’ignorons. Mais ce que nous savons, c’est que la Déesse égyptienne eut un grand rôle dans l’Europe celtique.

Son nom, déjà altéré en Phénicie où l’on disait Taout, va, dans les langues du Nord, s’altérer encore ; on y ajoutera les deux lettres « at » et l’on dira That-at ou Theut-at, et ainsi, peu à peu, ce nom va devenir Tath, Teutad, Teutatès.

Pour la race germanique, l’être divin est Teutatès. Il représente l’Esprit, les Arts, l’Intelligence. De Teut-Sohn (fils de Taoth) on a fait teuton. « Les Allemands appellent encore leur pays Deuth-land (terre divine), terre de Taoth », dit Fabre d’Olivet (Etat soc., p. 157).

Du mot Teut-AEsk qui signifie « le peuple de Taoth », on a fait Tudesque. C’est sous les traits d’une belle jeune fille blonde que cette « Terre divine » est représentée.

Le principe du mal, c’est Teufel, de Tiefe, « l’abîme ». C’est la pierre brute qu’il faut travailler, c’est-à-dire discipliner, ce qui nous explique que la Germanie a fait de son nom Teuth le synonyme de discipline. On disait Teuth-land, qui voulait dire pays discipliné. On donnait à tous les livres scientifiques le nom de Thoth.

Jablonski, dans son Panthéon égyptien, remarque que les vastes connaissances qu’on attribuait à Thoth étaient inscrites ou gravées sur des colonnes de pierre nommées stèles (en grec stylai), et qu’on donnait à ces stèles le nom de « Livres de Taoth ». Ces livres contenaient l’histoire de la civilisation de l’Egypte.

Les Égyptiens ont donné au premier mois de leur année et au premier jour de ce mois le nom de Taoth. Chose curieuse, parmi les Grecs, le premier qui a parlé de cette Déesse, c’est Platon, et il en fait un dieu qu’il nomme Theuth, ainsi qu’on le prononçait chez les Germains.

RÉACTION DE LA FORCE CONTRE L’ESPRIT

Chaque manifestation féminine est toujours suivie d’une manifestation masculine.

Les femmes viennent d’instituer le culte de l’Esprit, les hommes vont instituer le culte de la Force.

Le nom donné à la Déesse, HERA, en qui on faisait résider la noblesse et la souveraineté, va être mis au masculin, HER. Ce mot fera Her-man (frère, chef) ou Gher-man (cousin) et signifiera un souverain, un maître.

En suédois, il signifie une armée, parce qu’une armée est composée d’hommes. Heria, c’est la dévastation, Herbod, la déclaration de guerre, Herbunal, les armes et l’appareil militaire.

Her-ôll est le chef des Her-man, l’homme fort. Ses ennemis le surnommaient Ogmi, qui signifie « la puissance » (mauvaise) ou la grande armée (des hommes). Ce mot est composé de Hug-mûch. Le premier terme, hug ou huge, signifie grand ; conservé en anglais il signifie très vaste ; il a servi de racine au mot augere, comme au français augmenter.

Le second, mûch, conservé en allemand, y a pris, par la suite, une signification analogue à celle du mot may, d’où Mayer, un puissant, un maître. « Le mot mayer, dit Fabre d’Olivet, vient de mah ou moh, force motrice. On dit encore en anglais may, en allemand mühe. Nous avons changé le mot mayer en celui de Maire ».

Ce nom Her-ôll, en se chargeant de l’inflexion gutturale dans celui de Hercôll, ou Hercule, est devenu célèbre dans le monde entier. On appelait Irminsul, ou plutôt Herman-Sayl, le symbole de ce dieu représenté par une lance.

Si nous nous rappelons que ces hommes guerriers étaient en opposition avec le monde gynécocratique où régnait l’Esprit féminin, nous comprendrons pourquoi on leur donna un nom qui indique la grossièreté et l’infériorité : Her-cul (1). Et ce mot voulait dire un chef de soldats.

D’après Cailleux, Saldures, en celtique, représente l’élite des guerriers. Du mot celtique Soldure, en gallois Sawldwr, s’est formé, par analogie, l’anglais soldier, le belge soldaer, le français souldait (soudard) et soldat. (Les hommes de guerre que l’on salarie.)

On écrit Hercule ou Herkul.

Le premier travail de ce dieu, c’est sa victoire sur le lion de Némée. Cet animal (sphinx), selon Diodore, était d’une grandeur énorme et ne pouvait être blessé ni par le feu, ni par l’airain, ni par les pierres : c’est la force spirituelle de la Déesse.

Et admirons l’ignorance des Grecs ! Ils donnent à Herkul deux fils, l’un nommé Celte et l’autre Galate !...

Quand le mot Her-kul descendit des Hyperboréens chez les Grecs, où l’on défigurait tout, on donna à l’homme fort, Her-cul, le nom de Hera-clès, et on justifia ce changement en disant que cléos signifie gloire.

On confondit Hercule avec Hera-clite (celle en qui résidait la gloire de l’Esprit), et on changea la signification des mots ; on prétendit que Hera-clède signifie « un homme armé en guerre ».

Et c’est ainsi que les étymologistes qui voudront, plus tard, tout expliquer à la plus grande gloire de leur sexe, diront que Héraclès vient de Heer (héros) et cléos (gloire). Aussi c’est le nom que se donnaient les grands orgueilleux révoltés, il signifiait pour eux « les mâles, les forts, les illustres ». Ils le faisaient dériver du mot held, « un héros ».

Herkul va s’appeler Hérold chez les Celtes, d’où on fera Roll, Raoul, Rolland, nom qui, décomposé, Roll-and, signifie « l’homme fort dominant sur une étendue de terre ».

(1) On dit qu’Her-cul avait parcouru les mers assis dans un pot, in scypho (De Grave)

DIONYSOS FONDATEUR DE LA PATERNITÉ

Dionysos, représentant le Père par le soleil fécondateur et la Mère par la terre fécondée, devait naturellement donner au Père la première place. Mais cette façon d’envisager les choses ne considère que la vie sexuelle, non la vie spirituelle.

L’homme est le sexe premier ; la femme le sexe second. Donc le Père a la suprématie, cela est évident, dans la vie sexuelle.

Mais quand on considère la vie spirituelle, quand on regarde l’humanité par le pôle cérébral, c’est-à-dire élevant la vue de bas en haut, les choses sont renversées ; la femme est le soleil et l’homme son reflet.

Toutes les religions primitives avaient ainsi envisagé l’humanité parce qu’elles émanaient de la femme qui regarde de bas en haut. Il était donné à l’homme avancé dans sa sexualité, et dont Dionysos est le type, de créer une religion qui, regardant l’humanité de haut en bas, renverserait les principes primitifs, mettrait l’homme le premier et prendrait pour emblème de sa supériorité le phallus.

Bachofen, envisageant cette question, dit : « Le passage de la suprématie maternelle au pouvoir paternel forme le pôle le plus important dans l’histoire de la guerre des sexes. Il y a dans le passage au système de paternité une opposition absolue de l’ancien point de vue. Si l’union de la Mère avec l’enfant repose sur la connexité matérielle physique, si elle est reconnaissable et toujours vérité, la paternité procréatrice montre un caractère entièrement opposé ; aucun rapport sensible ne l’unissant à l’enfant, elle ne peut, même dans le mariage, se défaire du caractère d’une pure fiction ; ne participant à la procréation que par l’intermédiaire de la Mère, elle n’apparaît que comme un potentiel éloigné. En même temps, elle représente dans sa nature, comme cause révélatrice, un caractère immatériel, tandis que la Mère, créatrice et nourrice, s’affirme comme « matière », comme réceptacle de la semence et comme nourrice.

« Le règne de la paternité marque un empiétement de l’existence humaine sur les lois naturelles. »

LES INCONSÉQUENCES DES CULTES NOUVEAUX

Le but de l’homme, en créant le culte masculin, avait été de faire prédominer la vie sexuelle de l’homme et de supprimer celle de la femme, c’est-à-dire de renverser l’idée contenue dans les religions primitives qui sanctifiaient le sexe féminin et donnait un frein au sexe masculin.

Mais comment l’homme qui, pour la satisfaction de ses besoins sexuels, cherche la complicité de la femme, pouvait-il arriver, comme il le désirait, à éteindre toute la sensualité féminine et à la contraindre à une chasteté absolue, en même temps qu’il lui demandait son concours pour ses satisfactions personnelles ? C’est cette aberration, qui devait se perpétuer dans toutes les religions anthropomorphiques, que nous voyons apparaître avec le culte de Dionysos, et voici ce que Bachofen dit du résultat obtenu :

« Si Dionysos oppose à l’amazonisme le mariage et la maternité comme loi suprême de sa religion, ce principe portait en soi un nouveau danger de décadence.

« Si l’idée primitive du culte bacchique fut de régler la vie sexuelle et de fonder l’institution du mariage et de la maternité, la mise à nu du phallus (exhibé cyniquement) devait favoriser un développement de la vie sexuelle dont l’excès paraissait être le but de la religion même. A la place de la suppression des instincts de la nature féminine, un déchaînement complet arriva, et fut favorisé par la loi bacchique qui exigeait de la femme un abandon complet à la virilité inépuisable du jeune dieu.

« La vie de la femme fut dirigée vers un naturalisme sensuel qui revêtit la forme d’un mérite religieux. L’ivresse sexuelle était excitée par Dionysos, qui exigeait de la femme un abandon complet et en faisait la condition de son salut. La stimula devient le type caractéristique de la femme dionysienne (la Bacchanale).

Comme stimula, la femme bacchique est une Aphrodite tentatrice, coquette, qui enchaîne l’homme à elle, une Pandora qui fait prévoir par les immortelles le sort réservé à l’humanité, une Triade dont l’amour pour Dionysos, agrémenté de pantomime, fait tomber les maris dans les bras de leur femme, les maris toujours prêts à augmenter leur fécondité et à observer les lois du dieu phallique.

« Tous les efforts de la femme doivent être dirigés dans le but de donner à l’existence le plus grand charme, elles doivent augmenter leur beauté naturelle par toute l’ingéniosité de l’art (c’est le commencement de la coquetterie, des fards, des teintures, etc.). Cette première conséquence est le signe du règne de l’homme, c’est en même temps l’avènement de l’art et des Beaux-Arts.

« Par ces charmes, Hélène doit enflammer, éveiller, même dans le vieillard, le désir, et se préparer à recevoir le jeune dieu.

« Dionysos a fondé son règne sur la femme, mais, au lieu de la sanction religieuse qui élève la matrone au centre du mystère, c’est le raffinement de son charme sexuel qui lui est laissé, et qui lui fournit les armes avec lesquelles elle reprend le royaume de son dieu. Une nouvelle gynécocratie s’élève.

Le même dieu qui détrônait la femme de sa hauteur amazonique et la détrônait de son ancien pouvoir, lui rendit toute sa puissance, par la direction religieuse dont il la revêtit et, plus tard, par le développement sexuel érotique auquel son culte la conduisit.

« Les mêmes faits se produisirent chez tous les peuples de l’antiquité qui furent voués au culte bacchique. Une religion qui fait de la vocation (?) sexuelle de la femme la base de son salut, était capable d’enthousiasmer l’humanité et de la conduire à la création des chef-d’œuvres de l’art, en prose et en plastique.
C’est par elle qu’on arriva à la réalisation du plus sublime idéal de la beauté. Mais éviter la corruption et la débauche morale d’un tel régime fut impossible.

« Dans une pareille aberration, c’est l’homme qui tombe le plus bas, c’est lui qui fut la principale victime de la religion bacchique. Chaque civilisation érotique sexuelle conduira au même résultat de relever la femme au-dessus de l’homme, de faire de celui-ci un instrument de jouissance, de doter celle-là de tous les charmes et d’une existence raffinée.

« La femme se détourne avec mépris de l’homme qu’elle voit dans une telle dégénérescence. La faiblesse morale du sexe mâle accroît toujours la force du pouvoir du sexe féminin. La prédominance spirituelle et corporelle est du côté de la femme.
Au point de vue de la sexualité, la femme surpasse l’homme que l’aiguillon du désir anime beaucoup plus et qui ressent la jouissance sexuelle dix fois plus.

« Dionysos, qui a renversé la femme et l’a assujettie à sa masculinité, est le fondateur d’une nouvelle gynécocratie sexuelle érotique, et son culte est devenu le commencement et l’origine de l’abaissement de l’homme. »

Il est certain que le régime féminin primitif avait été la source de toutes les vertus qui élèvent l’homme, que le régime masculin fut la source de tous les vices qui l’abaissent.

Si la première forme religieuse faisait régner l’ordre, la seconde fit régner le désordre.

L’influence dissolvante de la religion de Dionysos amena la dégradation des hommes, les rendit méprisables en les vouant à toutes les bassesses. Leur infériorité morale créa « le mépris de la Femme », car les mentalités perverses font toujours de la femme l’image de l’homme, et ce fait est le plus sûr diagnostic de la folie.

Les peuples qui surent se soustraire à cet entraînement, tels les Lyciens et les Eliens, gardèrent purs les principes démétriens.

LA GRÈCE C’EST L’HOMME – ELLE INSTAURE LE MASCULINISME

« L’hellénisme est uni étroitement à l’histoire de la paternité. L’hellénisme veut obtenir tout par ses propres efforts ; dans la lutte, il reconnaît sa victoire paternelle ; combattant, il s’élève au-dessus du matriarcat auquel il appartenait auparavant ; combattant, il arriva à sa propre divinité. La source de l’immortalité n’est plus pour lui dans la Femme génératrice, mais dans le principe qui engendre, il se revêt de la gloire de la Divinité que l’ancien monde n’accordait qu’à la Femme.

« L’héllénisme se pose comme l’ennemi de ce monde gynécocrate. Avec l’autorité maternelle tombent aussi ses conséquences. L’évolution de la Paternité nous montre des côtés tout autres de la nature humaine ; un tout autre monde d’idées en résulte.

« Hérodote reconnaît dans la civilisation égyptienne l’antithèse de la civilisation grecque et surtout attique. A côté de celle-ci, l’autre lui apparaît comme un monde renversé. Si Hérodote avait comparé les deux grandes époques historiques de l’évolution grecque, leur contraste l’aurait conduit aux mêmes expressions d’étonnement et de surprise. » (Bachofen.)

LE CULTE D’APOLLON

Apollon, l’homme jeune et lumineux, le poète, vint à lui seul remplacer toutes les Muses.

On l’appelle Phoïbos (rayonnement solaire).
On le fait naître de Léto (la nuit-femme) dans l’île aride de Délos, comme on fait naître Dionysos dans une bourgade de la Béotie.
Ses attributs sont l’arc et la cythare.

Dans le culte qu’on lui rend, nous voyons les anciennes couleurs symboliques interverties.

Le rouge qui, d’abord, a représenté l’élément générateur féminin, devient l’emblème de la force fécondatrice masculine. C’est l’homme qui va représenter le phénomène mensuel de l’autre sexe, et la pourpre sacerdotale, qui en était l’emblème, va recouvrir les Prêtres et les Rois, parce qu’elle a recouvert les Prêtresses et les Reines.

Par contre, la couleur blanche, qui jusque-là avait symbolisé l’élément mâle, est maintenant dévolue aux femmes.

La veille de la fête du Dieu Apollon, vêtues de blanc, elles vont dans son temple jurer de se soumettre à la fidélité conjugale.

L’usage des bijoux en or et des fards leur est interdit. C’est le commencement du système d’enlaidissement que la jalousie de l’homme impose à la femme. La beauté est maintenant symbolisée par le Dieu adolescent. C’est à lui qu’on donne la beauté féminine.

Ce système devait progresser et prendre un développement considérable dans les religions modernes.

Les couronnes, les guirlandes dont on parait la Déesse sont remplacées par le laurier donné au Dieu.

Tandis qu’on ne pouvait approcher du sanctuaire dionysien qu’en vêtement de femme, à Delphes aucune femme n’avait la permission d’entrer dans le sanctuaire d’Apollon. C’est la contrepartie de ce qui avait lieu dans le temple de la Déesse où l’homme n’entrait pas, où son nom même ne devait pas être prononcé, dans les mystères féminins, comme à Eleusis entre autres, où la fille seule est initiée, le fils ne peut l’être, ou comme à Samothrace, où la force procréatrice mâle ne peut être mentionnée.

Maintenant, dans les mystères apolloniens, le mâle apparaît comme le centre de tout.

Les Prêtres d’Apollon étaient tenus d’observer une rigoureuse chasteté pendant leur temps d’office.

La succession par la ligne maternelle est considérée par les Apolloniens comme une erreur qu’il faut rejeter. C’est la succession par la ligne paternelle qui va la remplacer et qu’on va considérer comme un progrès.

Une idée nouvelle est introduite dans le monde, celle de la création universelle, cherchant par-là à supprimer le rôle de la Mère dans la génération.

Toute la période apollonienne a défendu cette folie, que l’on résume ainsi :

Au-dessus du Père mortel est Apollon, la source de la paternité.
Si l’homme engendrant personnellement se croit père, c’est une erreur qui le trompe, car le vrai Père, c’est Apollon qui donne à l’enfant un Père mortel.
On impose à la Mère la croyance que c’est le Dieu même qui l’a fécondée, afin de lui faire considérer comme un honneur une fécondation qu’on lui fait accepter comme un devoir religieux, ce qu’elle n’admettrait pas si elle venait d’un homme mortel.
On enseigne au fils qu’il peut se consoler d’être né du sein maternel d’une mortelle (depuis que l’homme est immortel, c’est la femme qui est devenue mortelle) en considération qu’il doit ses jours à un Dieu immortel, à Apollon lui-même. Le rôle de sa mère est effacé, elle n’a fait que le mettre au monde et le soigner. (On a vu dans ceci une transition entre le culte bacchique et le Catholicisme ; et, en effet, l’Apollonisme prépare les religions modernes.)
Chaque enfant est considéré comme un effet de la force spirituelle du Dieu solaire.

Dans le culte d’Apollon, le fils est supérieur à sa procréatrice « et son éclat se répand victorieusement sur les ténèbres nocturnes de la femme ».

Cependant Apollon, veut bien reconnaître qu’il vient de la femme, et c’est pour cela qu’il porte encore en lui le caractère nocturne comme Hemera (l’ancienne Déesse de la lumière). Le sceptre passe de la main de la Mère dans celle du fils, mais dans la Mère repose la dignité suprême.

On voit dans ces singulières idées les contradictions de l’esprit de l’homme qui veut se déclarer le premier et cependant est ramené, comme malgré lui, à la vérité et aux lois de la nature.

Les lois de la procréation avaient fait l’objet de grandes discussions, et étaient représentées dans les différentes formes religieuses avec un caractère exclusif donnant la suprématie à la Mère d’abord, au Père ensuite.

Dionysos était né de Sémélé, fille de Kadmus. Ensuite, un Dieu s’approche d’elle au milieu de la foudre et des éclairs, il est alors accueilli dans la hanche paternelle procréatrice, qui sert à l’homme de matrice, après cela il est mis au monde une seconde fois. D’abord fils d’une Mère, il devient ensuite fils d’un Père (1).

Voilà les idées bizarres que fait naître cet instinct d’imitation de l’homme qui veut absolument pour son sexe les conditions de l’autre sexe.

D’abord, Dionysos et Héphaïstos étaient nés d’une Mère sans Père. C’est pour imiter ce phénomène qu’on fait naître Minerve d’un Père sans Mère.

Dans le culte apollonien, on considère la Vierge sans Mère comme le symbole de la paternité la plus pure, parce que cela indique que l’homme a renoncé à l’union avec la terrestre Déméter ; il a procréé sans accouplement, il ne s’est pas abandonné à la fécondation matérielle qui fait succomber l’homme sous les charmes de la Femme. Si Minerve est née sans Mère, c’est parce qu’elle veut élever sa ville d’Athènes à la plus grande supériorité spirituelle. Aussi cette ville est surtout attachée au culte apollonien ; c’est là que tous les vainqueurs des femmes trouvent le meilleur accueil, la retraite la plus sûre. C’est là qu’Oreste se réfugie ; ainsi qu’Œdipe, Thésée, Héraclès, tous ceux qui luttèrent contre la gynécocratie. C’est là, à Athènes, que triomphe le droit paternel. Là, on punit celui qui médit non seulement de son propre père après sa mort, mais aussi du père d’un autre Athénien.

C’est un curieux hommage rendu à la Divinité paternelle par un peuple dont les ancêtres Pélasges avaient appartenu au culte des Déesses et au régime du matriarcat, par un peuple qui, jusqu’à la fin, laissa aux Matrones la législation et ne cessa jamais de célébrer les mystères de Déméter. Aussi il ne faut accepter les faits racontés par les historiens que sous toutes réserves ; ils sont plus souvent destinés à justifier le nouveau régime qu’à enregistrer des événements réellement survenus.

Les savants, qui considèrent Apollon comme antérieur à Dionysos, ont cherché comment le Dieu bacchique avait pu supplanter le Dieu solaire.

Si l’introduction d’Apollon dans le Panthéon grec fut antérieure à cette époque, son rôle fut d’abord effacé ; c’est pour réagir contre les orgies dionysiaques que l’on voulut opposer à l’homme-sexe l’homme-esprit. C’est après le 6ème siècle qu’il grandit dans l’Olympe, et si nous trouvons le nom d’Apollon mêlé à des écrits antérieurs, cela provient de l’habitude qu’avaient les anciens historiens de reporter à une date éloignée les faits nouveaux qu’ils voulaient faire accepter. Eschyle, parlant des Dieux d’Homère, les appelle « des jeunes Dieux », des « Dieux nouveaux ».

Mais c’est du temps d’Eschyle qu’ils sont nouveaux, non du temps d’Homère qui ne les a pas connus. Ils ne semblent nouveaux dans Homère que parce qu’ils y sont introduits par les réviseurs du texte.

Du reste, c’est une évolution psychologique naturelle, et qui s’est produite partout, qui fait entrer l’homme dans la lutte par le sexe d’abord, l’instinct est tout-puissant, par l’esprit ensuite, pour se justifier en imitant la spiritualité féminine, mais alors, comme il sort de sa nature, il divague, le Dieu n’est jamais que la caricature de la Déesse.

Les historiens nous montrent Apollon et Dionysos comme deux rivaux.

Bachofen, que je suis, continue ainsi : « Au-dessus de l’ivresse bacchique dans laquelle la force du mâle triomphe, plane la pure Divinité d’Apollon qui n’est jamais en proie au vertige des sens.

Apollon faisant vibrer la lyre aux sept cordes, que n’écoutent que les pures, c’est à lui qu’est voué le collier d’Aphrodite. En lui l’humanité a abdiqué toute matérialité phallique, elle a atteint le degré supérieur de son évolution. »

Il est bien évident que ce sont les caractères de la spiritualité féminine qui lui sont donnés, mais alors pourquoi en faire le fécondateur universel ?

Et Bachofen poursuivant :

« Comme le soleil dans sa force, la paternité dionysienne cherche éternellement la matière, désireuse d’être fécondée.

« Tout autre est la période apollonienne, qui se dégage de l’éternel va et vient de la nature masculine, de son éternel mouvement d’ascension et de descente, mouvement uni à l’idée de la procréation.

« L’idée qui règne maintenant est celle d’une source lumineuse, invisible dans l’immense royaume du Soleil, abandonnant complètement toute idée d’union avec la matière féminine.

« Si Dionysos a élevé l’idée de la paternité au-dessus de la maternité, Apollon se dégage complètement de toute union avec la Mère. Sa paternité est exempte de l’élément maternel, elle est purement spirituelle.

« La paternité dionysiaque est procréatrice ; la paternité apollonienne est spirituelle.

« L’assujettissement durable et complet du principe maternel n’est possible qu’au grade apollonien. C’est le triomphe du principe métaphysique du Dieu-homme. » (Bachofen.)

Mais Dionysos et Apollon sont des rivaux ; ils attendent, regardant à qui les immortelles donneront la victoire.

Nonnos nous montre leurs disputes devant une assemblée de Dieux. Apollon, sûr de sa victoire, lève les yeux, mais son adversaire fait circuler la coupe pleine d’un vin généreux ; alors Apollon, rougissant, baisse les yeux à terre, car il ne peut rien offrir de comparable à un pareil don.

« L’exubérance sexuelle de Bacchus l’emporte sur la spiritualité métaphysique d’Apollon. Comme dans les Bacchanales romaines, le jour apollonien est vaincu par la nuit bacchique. Le vin qui agit sur les sens et l’esprit triomphe, c’est lui qui a le pouvoir d’unir les êtres dans l’amour et dans l’amitié, il est le symbole de l’excitation qui chancelle entre le plaisir et la douleur. »

C’est Dionysos qui hérite des pouvoirs de Zeus, ce n’est pas Apollon. Ainsi finissent les luttes de la conception phallique et de la conception spirituelle de la paternité. La réelle nature masculine se retrouve dans Dionysos, c’est ce qui fait sa force.

La faiblesse de la conception apollonienne vient de ce que peu d’hommes sont capables de comprendre le modèle qu’on leur propose dans Apollon. Son sens abstrait (l’homme-femme) échappe.

Et Bachofen ajoute cette phrase bizarre : « Dans la fondation d’un culte, on est donc forcé de considérer d’abord le matérialisme humain ; seulement, celui qui fonde le surnaturel sur le naturel est sûr de la réussite. »

Pourquoi alors fonder un surnaturel ? Le naturel suffit. Mais il s’agit des luttes de sexes, ne l’oublions pas ; du reste, l’auteur nous le rappelle par la réflexion suivante : « Devant la supériorité métaphysique de l’homme, la femme se subordonne pour toujours. »

Combien cette idée d’un Apollon dominateur est loin des illusions de la Femme qui veut voir dans ce Dieu l’homme jeune, beau, aimant et aimé, chantant la louange de la Femme et lui offrant ses prières, son cœur et sa vie !

Ce rôle très humain serait le plus beau, il en ferait l’homme idéal. Au lieu de cela, on nous donne un homme qui est une copie manquée de la Femme, on gâte la légende de ce Dieu en voulant le faire trop grand. On lui donne un rôle qui l’amoindrit en le faisant sortir des limites de la masculinité, on en fait un Dieu sauveur, alors qu’il pense à asservir ; l’inspirateur des Sibylles, alors que c’est la femme qui inspire l’homme ; un guérisseur, alors que l’art médical est encore uniquement pratiqué par les Asclépiades.

C’est lui qui tue le serpent Python (l’homme méchant), alors que c’est lui qu’on appelle Apollon-Pythien. Il préside à la musique et à la poésie, prenant ainsi la place des Muses. On en fait un Dieu vengeur (un Némésis), alors que c’est la femme qui est outragée par son culte. Il voulut aussi rendre ses oracles ; chercha un lieu pour fonder son sanctuaire ; s’installa à Delphes comme pour narguer la grande Déesse ; là, se fit divin, prit le trépied de la Femme et s’y agita en convulsionnaire (2).

On lui donne comme attributs : le cygne, le coq, le laurier, le palmier, l’olivier. Tout cela représente la sexualité masculine.

Le cygne en est une figure : on voit dans ses deux ailes ouvertes et son cou flexible un immense phallus ; le coq en est la force génératrice ; le palmier s’incline ; le laurier triomphe et l’olivier est le signe de la paix après l’orage parce qu’il produit l’huile pour l’onction.
On fait de lui le lumineux.

Quand Apollon est représenté par le Soleil, la femme est représentée par la Lune (3).

Le voilà donc devenu sur-humain par ce renversement des facultés de chaque sexe ; ainsi symbolisé, il figure une sorte de Vénus mâle qui n’est pas dans la Nature, mais qui flatte l’homme.

C’est le travestissement représenté dans Pindare par la peau de léopard dont il revêtit Jason. Et lorsque L’homme fut ainsi féminisé, il fut, dit-on, l’objet d’une grande vénération.

C’est un cas moral d’inversion sexuelle ; le mot vénérer lui-même a un sexe, il vient de Veneris (génitif de Vénus).

En résumé, c’est l’homme qui va représenter l’esprit féminin pendant que la femme ne représente plus que le principe tellurique, la terre, ce qui est inférieur. La Mater Deum, auparavant seule considérée, s’efface, et l’idée de la vie, de la lumière, de la résurrection passe dans l’homme où elle fait triompher la paternité.

C’est un contraste frappant avec l’ancienne religion et l’ancien régime familial.

C’est au 6ème siècle que la Grèce éleva les premiers Temples, qui furent de grandes constructions architecturales. Sur le mont Parnasse, à mi-côte au-dessus de la ville de Delphes, s’élève le sanctuaire d’Apollon.

Les constructions des hommes sont grandioses ; ils cherchent à frapper l’imagination, à éblouir les yeux pour mieux imposer leurs dogmes et faire plus solennelle leur propre glorification.

Tout autour régnaient d’autres petits monuments que les partisans du nouveau régime venaient bâtir là, sans ordre. Cent petits temples attestent les sentiments orgueilleux des peuples grecs, qui, sur cette colline, ont, de mille manières, érigé l’image de l’homme. Tous les vainqueurs de la Femme y sont : Hermès, le prêtre qui cache ; Hercule, l’athlète qui frappe ; Jupiter, le Père qui foudroie. La statuaire perpétua ces luttes, immortalisa les héros qui terrassèrent la Femme, et l’on se demande si ce mot héros n’est pas une façon d’écrire Eros.

C’est sur ce mont que, les jours de fête, la jeunesse est amenée en longues théories, pour glorifier le Dieu (Apollon est surnommé Théorius).
On enseigne à l’enfant que là il va admirer la beauté suprême, la suprême bonté, que là se célèbre le culte sacré, et ainsi on le détache de l’ancienne religion, on pervertit sa pensée, on obscurcit, sa conscience.

Et c’est au sein de la belle Nature, sur une colline superbement posée en face de la mer, non loin du Temple de la Déesse redoutée, qu’on osa ainsi diviniser l’homme. Et la montée de ce temple, ainsi peuplée de Dieux mâles, fut une via sacra !

Quel enseignement pour le jeune homme à qui l’on semble dire dès l’adolescence :

« Ne crains pas la Femme, vois comme nous l’avons vaincue, adhère ce que nous avons fait de l’homme qui était derrière elle !

Le voilà maintenant dominant le monde ; apprends à être orgueilleux et fier de ton sexe, imite les héros qui terrassèrent la faible créature sans force, sois « glorieux » comme eux, lutte aussi, terrasse aussi celle qui te résistera, ose tout, les Dieux mâles te soutiennent. »

Et cela s’appelle une religion ! Naturellement, elle devait rallier les hommes, elle était la sanction de leurs instincts ; aussi, combien ils trouvèrent vraie cette première tentative qui devait aboutir au Dieu unique des temps modernes ! Ce fut une des formes de la genèse du Dieu-homme, une de ses premières étapes.

Combien il devait grandir encore pour arriver à remplir l’univers et conquérir l’exclusif privilège divin !

Le jeune homme entrait dans le Temple pénétré de respect et, pour le gagner tout à fait on lui faisait le récit miraculeux de l’enfance du Dieu, on troublait sa raison comme le rusé qui, perfidement, verse l’alcool homicide à celui qu’il veut tromper.

Michelet nous conte ainsi cette histoire :

« Phébus était né colérique, un Dieu sévère, vengeur. Dans la sauvage Thessalie où il parut, son arc, souvent cruel, lançait des fléaux mérités.

Dur pasteur chez Admète, humble ouvrier à Troie, dont il bâtit les murs, il n’était pas encore le Dieu des Muses. Demi-barbare et Dorien qu’il est d’abord, le génie ionique et l’élégance grecque l’adoptèrent, l’embellirent, vont toujours le divinisant… Ainsi le Dieu des arts est lui-même une œuvre d’art. Il est fait peu à peu, de légende en légende. Il n’en est que plus cher à l’homme et plus sacré. Il prend, de plus en plus, un cœur d’homme ; à lui accourent les criminels involontaires. Oreste y vient, perdu, désespéré, tout couvert du sang de sa Mère (que son père lui a fait verser).

Il est de près suivi, serré par les Euménides, son oreille effarée sent souffler leurs fouets de vipères. » (Ce sont les Femmes autrefois appelées propices que l’on appelle maintenant Vipères.)

Les Jeux de Delphes sont les plus grandes réjouissances alors. Un bel enfant, figurant le Dieu, est conduit en pompe dans le bois voisin où il cueille le laurier, il en orne le Temple, puis chante la victoire du « Dieu de Lumière » sur le sombre dragon de la nuit (la nuit qui est femme maintenant).

Et des jeunes filles venaient prendre part à ces jeux qui avilissaient leur sexe et les humiliaient devant l’homme ! Puis les jeunes gens luttaient, les athlètes combattaient, les courses bruyantes de chars, les tumultes, les accidents souvent sanglants qu’elles occasionnaient rappellent les courses modernes avec leur tumulte profane. Et c’est un Dieu-Esprit que l’on célèbre ainsi ?

Dans les cultes masculins, l’art remplace la raison, la musique tient lieu de logique, la statuaire parle aux yeux et, pour faire taire la pensée, les couleurs qui éblouissent tiennent lieu de réflexion. Tout y est, moins le vrai.

Le culte d’Apollon ne créa pas seulement l’art profane, il créa aussi la solidarité masculine, réunissant dans ces fêtes les fils de toutes les provinces, les jeunes combattants flattés de jouer un rôle dans ces joutes ; enfin, on institua des députations d’hommes âgés (image des Matrones) chargés de décerner des prix.

Ces députés furent appelés des Amphictyons. Bientôt ils formèrent un corps considérable et on s’habitua ainsi à les prendre pour arbitres dans d’autres occasions, dans des querelles de particuliers ou de villes. C’est ainsi qu’ils s’érigèrent en juges et peu à peu prirent la place de Thémis. Le nouveau culte justifiait cette usurpation, l’encourageait.

Cependant, les féministes luttaient. On leur répondait par l’insulte et le mépris. C’est alors que nous voyons une nouvelle idée surgir : « Qui méprise Proserpine en meurt » Mort morale seulement, et cela n’effraie pas l’homme ; mais cela crée une nouvelle superstition : « Si on en mourait réellement ? » Et quelques-uns deviennent prudents.

L’ardeur de la lutte des deux partis nous est révélée par le serment qu’on faisait prêter aux Amphictyons ; ils juraient « de ne pas détruire une ville grecque » et « de ne pas détourner ses eaux courantes ». C’était donc cela qu’on faisait ? Et cela rappelait les travaux d’Hercule.

Nous assistons ici aux premiers essais d’association des hommes pour la lutte et la conquête du pouvoir. Combien cette fédération masculine devait prospérer, et que de mal le pouvoir brutal ainsi amplifié devait faire aux faibles, aux isolés, aux vaincus !

Bachofen résume en ces termes cette grande lutte de sexes chez les Hellènes : « Bien que le fond de la population d’Athènes soit pélasgique, elle a à la fin subordonné le principe Démétrien au principe Apollonien ; elle a vénéré Thésée comme un second Héraclès anti-féministe. A Athènes, la paternité sans mère a remplacé la maternité sans père ; et même, dans sa législation, on a accordé à la paternité l’immunité que l’antique droit des Erynnies accorda seulement à la maternité. Bienveillante à tous les mâles, secourable à tous les héros du droit solaire paternel, telle est la divine vierge Pallas Athéné. Mais sa ville fut impitoyable pour les femmes qui, défendant les droits de leur sexe, attachèrent leurs vaisseaux aux rivages d’Attique en demandant secours.

« Le contraste entre le principe Démétrien et le principe Apollonien se montre là sous sa forme la plus poignante. La même ville, dans l’histoire de laquelle on trouve des traces gynécocratiques, a apporté à la paternité son plus haut développement et, par une exagération insensée, donnée à la nouvelle direction, a condamné la femme à une subordination qui étonne surtout par son contraste avec le fond même des Mystères d’Eleusis. »

(1) C’est par un jeu de mots que l’on fit naître Minerve de la cuisse de Zeus ou de Jupiter. On confondit le mot meros (cuisse en grec) avec le mot Mérou, nom du Mont Mérou où se faisait l’initiation aux mystères de la création.

(2) Fabre d’Olivet, cherchant l’origine du culte d’Apollon, dit très judicieusement (Vers dorés, p. 22) : « Il est digue de remarque qu’Hésiode, né au bourg d’Asora, à peu de distance de Delphes, ne fait aucune mention de l’Oracle ni du Temple d’Apollon. Tout ce qu’il dit, en passant, de cette -ville, qu’il nomme Pytho, se rapporte à la pierre que Saturne avait engloutie (Théogonie, V, 500 ; Delphes était appelée Pytho à cause de la Pythie qui prononçait des oracles). Homère ne parle pas du tout de cette Pytho dans l’Iliade. Il fait seulement mention dans l’Odyssée d’un oracle rendu sur le mont Parnasse par Apollon. Mais on sent bien que c’est une interpolation. »

(3) Il est curieux de considérer comment les idées ont évolué et comment les modernes les interprètent. M. Réthoré dans Science et Religion, dit ceci :

« L’âme du Soleil, d’abord logée dans l’intérieur de sa masse, fut dans la suite placée à sa surface, et là, personnifiée, elle devint, sous le nom de Phoebus, un beau jeune homme à la chevelure rayonnante ; celui-ci se détacha plus tard complètement de l’astre dont il gardait les coursiers et devint Apollon, qui put dès lors garder les troupeaux d’Admète, présider le chœur des Muses, et inspirer les Sibylles et les Pythies. »

Ainsi, au lieu de voir dans les Dieux une manifestation de l’orgueil male qui grandit l’homme et l’élève jusqu’au Soleil, cet auteur fait descendre le Soleil jusqu’à l’homme à qui il donne alors un caractère surnaturel. Quelle aberration !

TRANSFORMATION RELIGIEUSE UNIVERSELLE

La transformation du Druidisme en Gaule semble être le point de départ de la grande révolte contre les Déesses, qui va transformer la Religion dans le monde entier.

Ce n’est pas seulement chez les Celtes et chez les Grecs et les Latins qui en sont le reflet que la lutte se produisit, elle s’étendit plus loin et nous allons la découvrir chez les Hindous, chez les Perses et chez les Chaldéens.

LE PRÊTRE AUX INDES

Nous lisons dans « Les Champs Elysées » les curieuses lignes suivantes : « Les Brachmans sont forcés de convenir qu’ils sont eux-mêmes étrangers au bord du Gange, et ils ne font point scrupule d’avouer qu’ils ignorent le nom et le lieu de leur patrie, L’étymologie de leur nom, man (homme), appartient à la langue du Bas-Rhin. Mannus est le fondateur des Germains. Brachman est un nom de famille très commun dans quelques parties de la Belgique. Il y a plus de vingt familles de ce nom dans la seule ville de Gand. De plus, on trouve en Belgique une province qui porte le nom de Brakland, pays de Brak, c’est le Brabant ; son ancien nom est Brakbant ou Bracbant : Brocantus ; c’est ainsi que cette province est nommée dans les monuments du moyen âge. »

C’est de brant que vient le nom de bannen (bannir), exiler, expulser du pays. Brakman veut donc dire : homme du Brabant qui aurait été expulsé du pays. Pourquoi ?

C’est que les Brachmans sont devenus des prêtres ; alors on donne à leur nom une autre signification : les prêtres, partout, sont regardés comme des parasites qui se sont soustraits au travail pour imiter la Prêtresse, dont ils veulent, pour eux, les privilèges.

Et de Grave fait remarquer (p. 172) que braken signifie reposer, avoir des loisirs. (Skolè, d’où dérive le mot Ecole, signifie en grec otium, loisir.)

Les Brackmannen étaient des gens qui s’exerçaient dans les Ecoles ou gymnases ; Strabon, et d’autres, les appellent gymnosophistes, terme qui veut dire littéralement sophiste ou savant d’Ecole ; c’est encore leur profession moderne (celle de tous les prêtres). Les Brahmanes sont obligés de faire un long cours d’études dans les collèges de leur université de Bénarès. Mais les Gymnases (mot encore usité en Allemagne) ne sont que des Ecoles de filles dans lesquelles ce sont exclusivement des femmes qui enseignent ; elles continuent l’œuvre des anciennes Val-Kyries. (Gym est une racine féminine.)

Ceci nous laisse supposer que les Brahmanes ont été expulsés du pays parce qu’ils ont voulu s’affranchir du travail de l’homme et prendre la place de la femme ; alors ils sont allés porter leur doctrine en Orient, où ils ont fondé une religion dans laquelle ils ont donné le premier rôle à l’homme.

Ils donnent leur nom au soleil, Brahmâ, et en font un dieu suprême qu’ils ont seuls le droit de représenter et qui forme une trinité avec l’homme et la femme (Çiva et Vishnou) devenus égaux sur la terre. Chez les Celtes, on devait les accuser de folie, et le mot brachman a peut-être signifié homme Insensé.

LE SANSCRIT

D’après de Grave, le sanscrit, qui n’a jamais été la langue populaire des Hindous, serait le vieil allemand importé quand les Brachmanes sont allés occuper l’Inde.

Plusieurs auteurs ont soutenu cette thèse, entre autres Don Paulino, directeur du Musée de Vienne, qui a fait voir une conformité frappante entre le sanscrit, le persan et le vieil allemand. Le nom même du sanscrit annonce son origine. On l’appelle tantôt hanscrit, hanscret ou samscrit, quelquefois sanscrit. On reconnaît visiblement, dans scrit ou scret, le belge scrift et le français écrit. Hanscrit est un manuscrit, Samscrit une compilation, et Sanscrit la langue sacrée des prêtres, basée sur les compilations.

Nous avons vu que hans veut dire ancien ; donc hanscrit signifie anciens écrits. Si nous cherchons des renseignements sur le culte abandonné en Celtide par les prêtres exilés, nous trouvons dans l’ancienne Belgique des souvenirs nombreux de la Déesse Isis, dont le nom rappelle évidemment la ville d’is où se tenaient les Mystères.

De Grave va encore nous éclairer à ce sujet. Il dit ceci : « Les journaux du mois d’octobre 1800 ont publié qu’on venait de déterrer à Bénarès un vieux manuscrit en langue sacrée, qui contenait un traité topographique. Cet écrit donne la description d’une île appelée sainte. On y trouve, dit-on, les noms d’Isis et de Tamisis, et la description d’un temple en forme de pagode indienne. On a cru qu’il s’agissait de l’Angleterre, qui a été autrefois consacrée au soleil. Mais on n’a plus parlé de cette découverte, faite en 1800. Les directeurs de la Compagnie anglaise n’en parlent plus. Pourquoi ? »

Evidemment parce que ce manuscrit donne des renseignements sur ce qu’on a voulu cacher. En voici la preuve : « On trouve encore sur les bords de l’Escaut occidental une petite ville qui porte le nom de la Déesse Isis : c’est le fort d’Isen-Dicque (digue d’Isis). A peu de distance d’Isen-Dicque, il se trouve un golfe de l’Escaut qui est connu dans les cartes du pays sous le nom de Brachman. » (De Grave)

Les Suèves honoraient particulièrement Isis. Ils la représentaient sous la forme d’un bateau, la barque d’Isis qui « fluctuat nec mergitur ». Les Suèves ont été répandus en Flandre, témoin les villages de Sweveselle (salle des Suèves), de Sweveghem (séjour des Suèves). Il existait des Suèves établis sur les bords de l’Escaut, en deçà d’Anvers.

Saint Eloi dit qu’après avoir prêché la foi dans la West-Flandre, il est allé convertir les Anversois et les Suèves.

LES MAGES DE PERSE

L’origine du mouvement de révolte des Mages contre la primitive religion mazdéenne n’est pas connue ; on sait seulement que les prêtres qu’on appelle des « Zoroastres » sont les ennemis des Déesses et se disent envoyés pour les combattre.

Rappelons seulement que c’est à cause de leur révolte que les Mages ont dû être expulsés du pays de la Déesse Ardui-Ainyahita, qui habitait près de la forêt des Ardennes à laquelle elle donna son nom.

Rappelons que la Perse s’appela d’abord Eran, dont on a fait Iran, et rapprochons ce nom de celui de l’Irlande qui s’appelait l’île d’Erin, et nous verrons qu’il est bien évident que la langue de l’A-Vesta a été parlée dans le nord de l’Europe, puisque le nom de l’Irlande signifie « terre des Ires ou Aryas »

Aira sur les bords de la Lys a fait Arie.

L’ancienne Arie (Iran) avait une capitale qui se nommait The Iran, d’où l’on a fait Téhéran. (Le the, article, est bien anglais.)

On ne sait pas dans quelle langue l’A-Vesta a été d’abord écrit. On nous dit qu’il est resté longtemps oral et s’est transmis de vive voix sans intermédiaire de l’écriture, ce qui est faux. On n’a inventé cette supercherie que pour excuser ceux qui ont détruit les Livres. C’est cette destruction qui a fait perdre la connaissance des origines, et on s’est si bien habitué à cacher tout ce qui se rapporte aux Livres sacrés qu’on ne connaît même pas l’écriture de l’A-Vesta sur laquelle les Pehlvis ont fait leur traduction. Les Pehlvis actuels l’ignorent et font remonter leut traduction à l’origine même de l’A-Vesta, alors qu’elle ne date que du règne de Sapor II (4ème siècle de notre ère), au temps d’Abendad.

Cette question est donc restée sans solution, ce qui fait dire à Ihre dans son Introduction : « Parmi les énigmes que le 17ème siècle a proposées à la solution des savants, se trouve cette singulière harmonie entre la langue persane et la langue allemande, qui a été aperçue par Eichmann, Bochart et d’autres savants dans les langues orientales. Cette vérité est aujourd’hui généralement reconnue. Cette conformité de langage ne doit être cherchée ailleurs que dans une communauté d’origine. »

Ihre remarque que l’affinité de la langue allemande avec la persane ne se manifeste pas seulement dans les mots et les termes particuliers, mais aussi dans le génie de la langue et dans les inflexions des verbes, observations qu’il appuie d’une manière sensible par la comparaison du verbe être.

Il remarque aussi que les verbes ont à l’infinitif leur terminaison en en, comme les verbes teutons. Parmi les mots persans dont la conformité avec les nôtres se présente d’une manière sensible, se trouvent les noms des membres qui composent la famille, tels pater, père ; mader, mère ; dochter, fille ; brader, frère.

On a cherché l’origine du mot Mage. C’est Maya, la Nature, qui a fait Mage, et on a appelé Mages les naturalistes. Og et Magog désignent le père et la mère. Magog a fait Majesté.

Maintenant, écoutons de Grave, qui nous dit ceci : (Ch. Elys., L. II, p. 195) : « Dans le Zend A-Vesta, il est dit que les Mages sont originaires d’un pays où les plus longues nuits d’hiver sont le double des nuits les plus courtes de l’été, ce qui ramène leur patrie vers le 50e degré de latitude, le point central de toute la haute antiquité. »

Dans Plutarque, nous trouvons aussi le souvenir de cette émigration ; il nous dit : « Les Cimmériens n’étaient qu’une petite partie d’une grande nation (la Celtide), chassée par les Scythes (Gaulois), et qui s’arrêta près du Tanaïs après avoir traversé l’Asie. Cette multitude habitait auparavant les bords de l’Océan, dans des forêts épaisses et sous un ciel ténébreux. »

Il y avait donc, dans la Gaule-Belgique, d’autres prêtres que les Druides?

C’est certain. Et César parle une fois de sacerdotes qui peuvent être différents des Druides, et Dottin, qui rapporte ce fait, ajoute : « Rien ne nous indique que les prêtres des Boii de Cisalpine que mentionne Tite-Live, fussent des Druides, ni les sacerdos de la forêt sacrée chantée par Lucain (L. III, 424. Tite-Live, XXIII, 24, 12). »

Maintenant, si on me dit que le zend est un dialecte du sanscrit, je répondrai que je crois que ces deux langues viennent toutes les deux de l’ancien Celte, dans lequel Indien signifie indi-gène.

Si on nous demande pourquoi on expulsa les Mages de la Gaule-Belgique, nous répondrons que ce fut parce qu’ils créèrent la doctrine de mensonge et de folie qu’on a appelée la Magie.

Aller vers chapitre 10 : celtes et latins 3/3

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