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Livres de Femmes, Livres de Vérités (1) Aux origines: La guerre des sexes 1ère partie

INTRODUCTION

ICI, IL N’EST PAS QUESTION DE CONVAINCRE, MAIS SIMPLEMENT D’INFORMER CEUX SUR QUI L’ILLUSION N’A PLUS DE PRISE

« La Vérité est simple.
C’est l’erreur qui est compliquée. »

VÉRITÉS

Vérité ! Éternel sujet des discordes du monde ! cherchée par les uns, cachée par les autres, aimée passionnément, ou persécutée follement, mais revendiquée toujours par ceux qui ont voulu régner sur la terre, alors qu’aucun d’eux ne la possédait. Et si vous demandez pourquoi elle a ce prestige, on vous dira que c’est parce que tout au fond de l’histoire se trouva un temps où la VÉRITÉ était la base même du pouvoir.

Celui qui SAVAIT enseignait et cela lui conférait une puissance sociale, une autorité.

C’était l’Âge d’Or, l’époque bienheureuse où régnait le Droit naturel, « Jus Naturale ». Cela dura pendant une longue période de temps, toute la première jeunesse de l’humanité, et c’est pour cela que l’atavisme rend à l’enfance actuelle, quand elle n’est pas pervertie par le milieu social, la spontanéité du vrai instinctif.

Le mensonge n’a été introduit dans le monde qu’avec l’usurpation et pour la justifier.

LA SCIENCE ANTIQUE

Quels étaient donc ces premiers instructeurs de l’humanité qui expliquèrent à l’homme la Nature et ses mystères, la vie et ses lois?

La tradition de tous les pays fait remonter cette première science à une « race divine ». Puis, quand vint la religion moderne qui résuma tous les Dieux en un seul, on déclara que « la Révélation vient de Dieu ». Mais ceux qui parlaient ainsi s’appuyaient sur une tradition altérée ; si nous remontons à sa source, nous ne trouvons pas un Dieu, mais des Dieux, et si nous cherchons quel était le secret de leur nature divine, nous devons remonter plus haut encore, et dans ce passé lointain, nous ne trouvons plus des Dieux, mais des Déesses, et forcément nous constatons que c’est cette primitive Divinité, la Déesse, la puissance supérieure (intellectuelle), qui a instruit les hommes.

Nous comprenons alors que la source de toute vérité, c’est l’Esprit féminin.

Longtemps la science primitive régna sur le monde, elle fut la base des grandes civilisations de l’antiquité. En ce temps-là, on connaissait les lois de l’Univers, l’origine de la vie, les véritables lois de l’Evolution des êtres et tout ce qui fait l’objet des recherches des savants modernes.

LA TRADITION ANTIQUE

Si les premiers efforts de la pensée humaine ont créé une science qui n’a jamais été dépassée et que, de toutes parts, on cherche aujourd’hui à reconstituer, c’est que, dans la jeunesse de l’humanité, la femme avait parlé. La découverte qu’elle fit des lois de la Nature a été l’origine, la source, la base de toutes nos connaissances.

Première révélatrice des vérités naturelles, elle est restée elle-même, dans le souvenir atavique de l’homme, l’idéal lointain, la suprême personnification religieuse ; son ombre s’est traînée dans toutes les religions, c’est la vierge devant laquelle l’esprit de l’homme s’incline, souvenir confus de la première Théogonie.

C’est ainsi que la très haute antiquité a possédé des notions vraies de toutes les sciences, et ces notions ont même pris des développements poussés si loin dans les détails, dans la précision des faits, que, pour nous remettre à leur hauteur, nous devons donner une vigoureuse impulsion à nos sciences modernes qui se traînent si péniblement par les sentiers de l’empirisme et de la routine.

Mais la tradition s’est emparée de ces notions que la femme avait apportées, et les a transmises à travers les siècles en les altérant.
Les conceptions théologiques que l’on nous représente comme ayant régné à l’origine de la vie humaine sont, dans la forme qu’on leur donne aujourd’hui, le travestissement de la pensée féminine, pensée travestie parce qu’elle est exprimée par des hommes qui n’en comprennent pas le sens, et, dès lors, devenue grotesque et ridicule comme le serait un homme affublé de vêtements de femme.

La métaphysique qui se greffe sur la théologie est le même travestissement un peu modifié. Quant à la science moderne, celle du moins qui supprime complètement la forme primitive traditionnelle, même travestie, c’est-à-dire tout l’apport de l’esprit féminin, celle-là, c’est le néant.

Cette prétention d’appeler science ce qui est le renversement de toute vérité, démontre l’obscurité qui règne dans les esprits dominés par des passions troublantes.

Le sens caché, le sens ésotérique des faits, des textes, des livres religieux, ne semble pas pouvoir être compris par la généralité des hommes : c’est pour cela que l’antiquité avait institué l’usage de l’initiation, conférée seulement à ceux qui voulaient bien se soumettre à une longue étude et qui consentaient d’avance à accepter les conclusions de la science.

Mais ceux qui veulent voir clair dans les choses abstraites a priori, c’est-à-dire avec leurs seules facultés, ne voient rien, et ils nous le prouvent bien, puisque leur premier mot est toujours une négation.

ORIGINE LOINTAINE DE L’ERREUR SOCIALE

Le désordre social a été engendré par l’erreur ancestrale devenue l’erreur religieuse.

La Religion, c’est la force morale qui gouverne les hommes même à leur insu, puisque c’est elle qui fait les mœurs et les mœurs sont au-dessus des lois. Elles font les lois.
Donc le régime religieux est au-dessus du régime politique, même lorsqu’une religion cesse d’exister comme puissance reconnue, si sa morale persiste et perpétue le mensonge social.

On ne change pas une nation en changeant sa politique. On la change en réformant ses mœurs, et pour réformer les mœurs il faut changer les idées.

Pour cela il faut deux choses :

1° Faire la lumière sur l’ancien fonds de traditions qui sert de base à la vie morale et sociale, c’est-à-dire faire l’histoire réelle des religions.
2° Etudier les lois de la Nature, créer une science impartiale, dégagée des idées préconçues que les préjugés religieux et sociaux ont ancrées dans l’esprit des hommes et qui influencent les savants eux-mêmes, puisqu’ils mettent les préjugés religieux et sociaux, c’est-à-dire la fausse morale, au-dessus de la recherche de la vérité. Ils partent de la même erreur que les prêtres, une erreur lointaine qu’ils considèrent comme inattaquable.

Renan avait raison quand il disait : « La prochaine révolution ne sera pas politique, elle sera religieuse et morale ».

ORIGINE DE LA RELIGION

Faire l’histoire des religions et des systèmes philosophiques qui ont surgi autour d’elles, c’est faire l’histoire de la psychologie humaine.

L’évolution religieuse, c’est l’évolution psychique de l’homme déroulée à travers les siècles. Elle répond à des lois aussi certaines que celles qui régissent les phénomènes physiques et les phénomènes biologiques.

L’état psychique de l’homme jeune a eu comme résultat de faire naître la manifestation sentimentale, qui dure depuis les temps les plus reculés, qui durera éternellement, et qu’on appelle, dans les temps modernes, la Religion.

L’HISTOIRE RECTIFIÉE

L’Histoire réelle de la Terre et de ses habitants n’a jamais été faite, les hommes ne l’ont pas voulu, ils ont jeté un voile sur la moitié des temps et les ont retranchés des fastes du monde.

Et cette partie supprimée est cependant la plus importante, puisqu’elle contient l’explication des principes, c’est-à-dire des premières actions des hommes, de leurs premières idées, de leurs premiers travaux et des impressions reçues dans la jeunesse ancestrale, qui se sont gravées dans le cerveau humain d’une façon si profonde que l’atavisme les fait renaître dans chaque enfant qui recommence la vie.

Et ceci nous explique pourquoi nous avons deux espèces de connaissances : celles qui furent acquises dans le monde primitif qu’éclairait la lumière de la Vérité, et celles qui furent acquises par la suite dans un monde déjà livré à l’erreur et au mensonge.

LA RELIGION PRIMITIVE

En remontant dans le passé pour chercher l’origine de la Religion primitive, nous découvrons qu’elle était basée sur les lois de la Nature, qu’elle était naturelle. Et c’est en cela qu’elle diffère des religions modernes qui, toutes, sont basées sur la violation de la Nature, qui sont surnaturelles. Et comme toutes les erreurs triomphantes sont intolérantes, elles ne se laissent pas discuter, parce que leurs prêtres ont une conscience vague des absurdités qu’ils enseignent. Comme tous les usurpateurs, ils condamnent, avec la dernière rigueur, le régime antérieur au leur, celui qu’ils sont venus renverser.

L’évolution religieuse a donc eu deux grandes phases bien tranchées :

– La Religion naturelle.
– Les Religions surnaturelles.

L’histoire des religions, c’est l’histoire des luttes de sexes, des luttes de la vérité et de l’erreur, du bien et du mal, de la justice et de l’injustice.

C’est parce que c’est l’histoire des luttes de sexes que si peu d’hommes consentent à chercher et à dire toute la vérité dans cette question réputée dangereuse.

Elle contient un grand danger, en effet, pour les prêtres de tous les cultes qui s’appuient sur le mensonge, puisqu’elle lève entièrement le voile qui cachait la Vérité.

Leur sécurité relative vient de ce qu’ils s’appuient sur l’ignorance universelle. C’est que, pour faire l’histoire vraie des religions, il faut connaître l’évolution de la pensée humaine et l’évolution des sentiments, et cette histoire complexe restait à faire.

La nature fondamentale de l’humanité a toujours été la même ; il n’y a de différences que suivant les âges et le sexe. Et c’est justement cette différence sexuelle qu’il importe de connaître pour comprendre l’histoire.

« Plus on avancera dans les études anthropologiques, disait M. de Quatrefages, plus on reconnaîtra que, si les peuples, les races diffèrent, l’homme, l’espèce, sont les mêmes sur toutes les terres, sous tous les climats ».

Il faut donc pour faire briller la Vérité et établir la Justice, un frein qui entrave les instincts pervers de l’homme ; ce frein, c’est la Religion, ce lien sacré qui unit l’homme à la Femme.

« La Religion, c’est la conciliation vivante et heureuse de la dépendance et de la liberté », dit M. Auguste Sabatier dans La Religion de l’autorité et la Religion de l’Esprit .

On ne peut pas mieux dire.
La Religion naturelle ne peut être conçue sans une autorité qui soit investie du droit et du pouvoir de réduire à l’unité les opinions dissidentes…
Cette autorité réside dans la Déesse.

La morale doit avoir sa racine dans la croyance en la Femme Divine, car le sentiment naturel du bien et du mal, sans aucune pratique pour réveiller en l’homme la conscience de son imperfection et le besoin de s’élever vers l’idée éternelle du bon et du juste, ne suffirait pas pour conduire l’homme à l’accomplissement de ses hautes destinées.

L’Idée Divine, dans l’esprit de l’homme, ne provient pas de l’enseignement qui lui est donné ; elle provient d’un atavisme lointain qui lui remémore les idées confuses de sa jeunesse phylogénique. Dans le passé perdu, l’homme a su qu’il existait au-dessus de lui un être supérieur à lui en puissance intellectuelle et en grandeur morale, un pur Esprit. Ce fut d’abord la vierge adolescente, la Femme jeune, puis l’idée s’amplifia dans son cerveau et grandit jusqu’au surnaturel dont il dota la Divinité.

La Religion naquit d’un phénomène psychique et le culte fut primitivement individuel, réduit à un couple, l’homme et la femme qui sont le Prêtre et la Déesse, créant ensemble un lien d’amour.

L’idée divine, comme nous l’expliquons, a pour conséquence le sentiment religieux, c’est-à-dire le lien qui unit l’homme à la Divinité. C’est ce qui explique qu’un savant comme Burnouf dit : « Certes, j’admets que l’idée de Dieu est la base et le fond de notre raison ». Mais, lorsque les hommes changent la nature de la Divinité, en font un homme ou un être invisible, le sentiment pour elle ne peut plus exister.

Si l’idée divine est universelle, c’est parce que la Religion naturelle a régné partout au début des sociétés humaines. Burnouf, décrivant cette Religion naturelle, dit (Science des Religions, p. 191) :

« La Religion est un acte intellectuel par lequel l’homme reconnaît une puissance supérieure, et un acte d’amour par lequel il s’adresse à sa bonté. Ces actes ne sont point des abstractions et ne peuvent s’expliquer que par des raisons scientifiques. Ce sont des réalités où l’homme est acteur depuis les temps les plus anciens, ce sont des œuvres qu’il n’a cessé d’accomplir aux époques de haute civilisation comme aux époques de barbarie ou de décadence. Il faut donc admettre, à moins d’accuser d’insigne folie le genre humain tout entier, que les formules sacrées, ainsi que les rites et les symboles, couvrent quelque chose de réel, de vivant et de permanent qui donne à toutes les religions leur durée et leur affinité.

« Cet élément doit jouer dans leur longue et multiple histoire le même rôle que la vie dans les corps organisés. L’anatomie et la morphologie, qui donnent l’analyse des formes externes ou internes de ces derniers, n’expliquent rien si elles n’ont sans cesse, à côté d’elles, cette idée de la vie qui anime et produit ces formes mêmes. Mais, du moment où elles font intervenir comme moyen d’explication un principe vivant, elles cessent d’être purement descriptives et deviennent la physiologie. De même, si la notion mystérieuse qui se cache sous les formules sacrées est négligée, ni l’archéologie, ni la linguistique ne peuvent rendre compte de la naissance et du développement des religions, non plus que de leurs analogies entre elles. Ce fonds commun, qui persiste à travers l’humanité, leur échappe ; les mythologies ne paraissent plus que des amusements ou des inventions des poètes, et ce fait immense de l’empire exercé par les religions sur les hommes, de cette puissance mystérieuse qui a rempli d’autels les cités, chargé des générations entières de labeurs exécutés par elles avec allégresse, souvent aussi armé les nations les unes contre les autres, bouleversé les États, renversé les dynasties, ce fait demeure sans raison d’être, la science est muette devant lui.

« Il y a donc dans les religions une idée fondamentale qu’il faut avoir sans cesse à l’esprit, quand on parcourt les faits constatés par la linguistique et par l’archéologie, car c’est cette idée qui donnera l’interprétation des faits. La science cesse alors d’être une pure analyse et prend sa place dans l’ordre des sciences physiologiques ( et psychologiques). Cette idée peut se lire cent fois en termes simples et sans formules symboliques dans le Véda ; puis, une fois qu’on l’y a saisie, on la retrouve partout dans les religions des temps postérieurs ; elle y anime les cérémonies du culte, se cache sous les symboles, donne aux expressions dogmatiques leur sens, leur portée et leur unité, s’épanouit enfin en doctrines morales, en pratiques et en conséquences de toute sorte, dont le génie des peuples et la différence de milieu suffisent pour expliquer, la diversité. »

Burnouf dit encore (Science des Religions, p. 428) :

« Si tous les faits d’observation étaient ramenés aux vérités absolues et rangés dans le domaine de la science, il n’y aurait plus aucune diversité entre les opinions ; toute discussion serait terminée. La raison est donc le principe d’unité entre les hommes. (Mais les déraisonnables, qui sont les hostiles, ne peuvent entrer dans l’union.)
« En outre, la psychologie a démontré que c’est par l’effet des vérités absolues que nous attribuons quelque vérité à nos autres conceptions.

« La raison est donc le principe d’unité entre tous les hommes. La raison est le fond primordial de la pensée. Chez les Grecs, elle a reçu le nom de Logos ou de Verbe. Dans le Véda, elle porte celui de Vâk (en latin Vox) qui a la même signification. C’est ce que les religions et les philosophies appellent « l’idée de Dieu » (c’est-à-dire émanée des Déités). Cette idée constitue donc le fond de la pensée à tous les degrés. Elle engendre la métaphysique. »

C’est vers cette unité de pensée que convergent toutes les analyses faites dans les sciences physiques et naturelles. La science qui la résume et qui permet d’en faire la synthèse est celle qu’on a nommée métaphysique ; son rôle commence où finit celui des sciences particulières.

La femme commence où l’homme finit.

Burnouf dit encore (page 415), après avoir parlé de la faculté de concevoir la vérité absolue dont les mathématiques ne sont qu’une partie :

« Les mathématiques pures n’ont qu’une très faible portée philosophique et s’accommodent de tous les systèmes. Les quantités qu’elles ont pour objet sont les diverses formes de cette possibilité d’être que les Asiatiques ont appelée Mâyâ et que Platon nommait aussi la Mère, le lien, la dualité. Or, quelle que soit la métaphysique à laquelle on s’arrête, cette Mâyâ est la condition inévitable de tout phénomène réel ou seulement possible ; elle a donc en elle quelque chose d’absolu ; c’est ce qu’avaient compris les Indiens et Platon ».

Burnouf trouve que cette pensée primordiale est la forme unique de laquelle dérivent toutes les formes individuelles de la pensée (c’est-à-dire qu’elle est la forme de la raison pure qui règne en l’esprit féminin, tandis que chez les hommes les formes individuelles sont multiples).

L’histoire des religions s’explique par deux éléments psychologiques : l’amour et la haine, la soumission et la révolte, l’humilité et l’orgueil. Mais l’axe autour duquel tournent ces sentiments est l’antique Déesse. Impossible de rien comprendre aux religions si l’on ne connaît pas cette cause première du sentiment religieux.

Le consentement et les dissentiments de l’homme expliquent la diversité des dogmes. Il consent à croire la Vérité ou il la nie, la discute et la remplace. Alors apparaît l’Erreur avec toutes les oppressions qui l’imposent.

C’est par le consentement que se forme l’orthodoxie, qui a pour point d’appui l’autorité.

Il y a entre toutes les orthodoxies de la Terre une somme de dogmes communs qui représentent la Religion naturelle primitive, un résidu des croyances qui ont subi des déviations locales, mais toujours avec le même but : faire passer l’autorité morale de la Déesse au Prêtre usurpateur et, pour y arriver, altérer les anciennes croyances dans une forme divine concrète.

Mais, comme ces altérations sont différentes chez les différents peuples, ce sont justement elles qui sont les causes de luttes, de guerres, de persécutions ; le fonds primitif disparaît, on ne le discute pas, on ne le comprend plus. Si on le connaissait, on verrait que tous les peuples ont le même fonds commun de croyances, puisque tous ont commencé par adorer le divin féminin, tous lui ont rendu un culte qui n’a pas beaucoup varié d’un endroit à l’autre. Les doctrines naissent les unes des autres, mais d’abord elles ne sont toutes qu’une seule doctrine.

Ce sont les diverses formes dissidentes qui, pour les hommes, sont devenues « l’orthodoxie ».

A mesure que la doctrine fondamentale se revêt de formules conventionnelles qui la dévient du sens primitif, sous prétexte de la rendre plus conforme aux conditions nouvelles ou locales, c’est-à-dire aux intérêts masculins des prêtres, une réaction se produit, la contradiction naît, c’est-à-dire l’effort pour renverser l’interprétation nouvelle et ramener l’idée à son origine, et ce n’est que sous l’oppression que la pensée s’éteint, s’arrête, hésite, du reste pour reprendre son élan aussitôt que la liberté renaît.

La chute des orthodoxies masculines (les religions surnaturelles), n’intéresse pas la Religion naturelle. Bien plus, cette chute la dégage des obstacles qui l’obstruent et l’étouffent. Le dogme de l’homme, du Prêtre, est une force oppressive qui impose l’erreur.

Nous qui venons à la fin des temps, nous avons sous les yeux la multitude innombrable de débris dont l’histoire est jonchée : débris de livres, débris de monuments, de traditions, de langues, de rites et d’institutions. Notre tâche est d’en comprendre la signification morale et d’en extraire la Science des Religions qui n’a pas été faite jusqu’ici .

Et c’est cela qui remettra la paix dans le monde, car c’est autour du mot Religion que toutes les passions humaines se sont déchaînées. Les discussions, les luttes, les guerres ont, presque toutes, été provoquées par un mot dont, aujourd’hui, on ne comprend plus la signification.

LUTTE DES HOMMES POUR LE POUVOIR SPIRITUEL

Pendant que les plus audacieux s’emparaient du pouvoir religieux, d’autres formaient un parti d’opposition, un pouvoir laïque, en perpétuelles luttes avec les premiers, et toujours leurs discordes avaient pour prétexte « la Vérité » que ni les uns ni les autres ne possédaient.

Les Prêtres prétendaient l’enseigner, en se basant sur une tradition qu’ils avaient altérée. Les laïques leur montraient leurs erreurs et voulaient substituer à leurs dogmes des dogmes nouveaux, fondés sur des hypothèses forgées de toutes pièces dans leur imagination et qu’ils enseignaient au nom de la raison, quoique ces dogmes laïques, instables du reste, n’avaient pas plus de valeur que ceux des Prêtres.

Ils en avaient même moins parce que, au fond du dogme religieux, on retrouvait la science antique, l’Absolu féminin, tandis que dans la science des hommes cet Absolu, quand on l’apercevait, était condamné au nom de la raison de l’homme qui créait le relatif. En réalité, ces luttes n’avaient qu’un but : conquérir le pouvoir en dirigeant l’Instruction publique et en enseignant aux jeunes générations que le gouvernement des vainqueurs était le meilleur des régimes.

COMMENT ON A ÉCRIT L’HISTOIRE

Il est des gens naïfs qui croient que l’histoire est le récit exact des faits du passé. Ils semblent ignorer que le monde est, depuis longtemps, régi par le mensonge et que le désordre de la société actuelle en est la conséquence.

Il est curieux d’étudier comment cet ordre de choses a commencé, quels ont été les mobiles des premières erreurs voulues, et quels hommes, les premiers, ont eu l’audace de les écrire.

A toutes les époques, il y a eu des partis qui, voulant s’emparer d’un pouvoir auquel ils n’avaient pas droit, ont appuyé leurs prétentions sur une idée, un système, une théorie religieuse ou sociale, qu’ils ont propagée par violence, par fraude ou par ruse ; puis, lorsqu’ils triomphaient, ils avaient soin d’abord d’écrire l’histoire passée, la montrant comme une longue préparation de leur triomphe qu’ils justifiaient par une aspiration des foules existant depuis longtemps.

Pour répandre l’histoire ainsi écrite, ils créaient un enseignement obligatoire dans lequel ils ne manquaient pas d’avilir leurs ennemis, ceux qu’ils avaient vaincus et qu’ils représentaient toujours comme des barbares ou des gens de mauvaises mœurs. Eux-mêmes se représentaient comme des sauveurs apportant tous les progrès.

Or, tout cela était mensonge et il importe aujourd’hui de rechercher la vérité cachée, c’est-à-dire le plaidoyer des vaincus, leur véritable état social et moral.

Nous allons donc étudier l’histoire cachée, falsifiée, dénaturée, chercher la source lointaine de nos croyances, de nos traditions, de nos préjugés ; nous allons nous efforcer d’éclairer les hommes sur les erreurs du passé, de les rectifier et de rétablir partout le rôle glorieux de la Femme, effacé par les Prêtres de toutes les religions et les misogynes de tous les pays.

Nous nous appliquerons surtout à révéler aux hommes de bonne foi les œuvres de l’esprit féminin, nous essaierons de leur faire connaître la science cachée, les livres condamnés. Nous sortirons de l’oubli les vérités étouffées et nous mettrons en pleine lumière l’histoire si attachante des Mystères de l’antiquité.

LES MYSTÈRES

Théophile Cailleux nous dit (Origine celtique de la Civilisation, p. 124) :

« Les mystères avaient pour objet la reformation de l’homme ; ils le prenaient brut et, le travaillant à neuf, s’attachaient à retrancher de son coeur jusqu’aux dernières fibres de la vie sensuelle, à lui enlever sa première âme, et, quand ils en avaient fait un homme nouveau, ils lui inspiraient un souffle créateur qui lui rendait une seconde vie.

(Dans les Dionysies, Iacchus, le nouveau fidèle, est nommé Bimater ; de même que les poésies sanscrites, parlant des Brahmanes, les nomment « les deux fois nés », Dwidja. Dans le même cas, Circé appelle Ulysse « deux fois mort ».)

« Les hommes qui avaient subi cette mue formaient une génération mystique, une famille de frères qui, nés d’une mère commune, anéantis dans sa volonté, ne vivant plus que de son âme, lui appartenaient de tout leur être ; aussi ne se présentaient-ils jamais devant la grande Déesse sans être parés d’un signe de dépendance. Le siège de cette puissante transformation était aux bouches du Hélion (la Meuse), désignée sous l’emblème de Nehal Ennia (sa statue a été découverte en 1647 dans l’île Walcheren) ; sa fécondité mystique était figurée par les fleurs et les fruits qui remplissaient son giron (ainsi nous comprenons ce que nos pères appelaient le giron de l’Eglise) ; autour d’elle étaient ses enfants dévoués, les Druides, portant comme marque de servitude un collier d’or, qui était, selon Strabon, leur principal attribut.

« Quand les émigrations celtiques propagèrent au loin cette religion, les colonies fondées relevaient toujours de l’Eglise originaire ; elles en faisaient une statue hiéroglyphique et l’hommage rendu à cette déité s’adressait à la primitive et véritable Sion. Cette image se composait de symboles exprimant les opérations virtuelles de Nehal Ennia.

« C’est aux bouches sacrées des grands fleuves que les nations les plus anciennes ont placé leurs mystères (Meuse, Rhin, Escaut, Nil, Gange, etc.). Les îles que forment leurs deltas étaient une retraite naturelle, facilement accessible aux populations primitives ; elles y déposèrent leurs objets précieux, en interdirent l’accès aux profanes et les déclarèrent Tabou (sacrées). C’est ainsi que l’île Scaldia, la plus célèbre de celles que forment les jonctions complexes de ces trois fleuves (le Rhin, la Meuse et l’Escaut), fut surnommée l’Escaut Tabula (1). Toute la région qui avoisine ces trois fleuves est donc pleine de mystères. C’est là que le peuple des Celtes a sa racine ; c’est là qu’il a grandi, qu’il s’est fortifié dans la lutte, qu’il s’est fait tel que nous le voyons. » (Cailleux, Origine celtique de la civilisation, p. 18).

La Meuse est appelée le fleuve du soleil. Tacite, Pline, Ptolémée, Homère, appellent la Meuse Hélion, le Soleil.

Elle est aussi appelée Musoeus (Muses). On lit dans Métaphraste, l’historiographe byzantin, que le saint ermite Sabas se noya, chez les Goths, dans le fleuve Musoeus. Et Cailleux dit (p. 117) :

« Le berceau des anciennes religions est aux bouches de la Meuse, au centre de l’antique pays des Celtes ; c’est de là qu’elles se propagèrent dans les autres régions.

« Ce sont les historiens de Rome qui ont fait connaître les Celtes. Dans César, ils nous apparaissent comme livrés aux recherches de pure spéculation. Dans Tite-Live, ils franchissent leurs barrières pour répandre au loin leurs émigrations et leurs idées.

« Nul peuple, à aucune époque, n’a élevé plus haut ses recherches et propagé plus loin ses découvertes ».
La colonisation de l’Inde par les anciens Celtes est connue. (voir article du blog intitulé « CELTES ET LATINS »)

(1) Géographie de Ptolémée

Les Mystères druidiques

Dans la Grande-Bretagne et dans la Gaule, on faisait des initiations symboliques dans des endroits circulaires ou ovales, destinés à représenter l’oeuf d’où tout vient.

Les lieux d’initiation étaient découverts ; les cérémonies se faisaient à ciel ouvert.

On devait les construire avec de la terre et des pierres brutes, non souillées par un outil métallique. Les métaux, le fer, étaient en abomination, parce que c’étaient les hommes ennemis qui les travaillaient et qui les faisaient servir à des arts abominables, à des crimes.
Les initiés portaient une chaîne spéciale qui les faisait reconnaître et admettre dans les lieux secrets.

La principale époque d’initiation était le 1er mai, le mois de Maya. Il était défendu de consigner par écrit les rites et les doctrines secrètes.

Les mystères avaient trois degrés :
1°) Les Bardes.
2°) Les Faids ou Vates.
3°) Les Druides.

Au premier degré, l’aspirant était revêtu d’un vêtement tricolore représentant les couleurs sacrées :
– blanc, symbole de lumière,
– bleu, symbole de vérité,
– vert, symbole d’espérance.

Au deuxième degré, il était habillé en bleu.

Au troisième degré, quand il avait triomphé de tous les obstacles et était arrivé au sommet de la perfection, il recevait une tiare rouge et un manteau flottant d’une blancheur éclatante.

Dans les dialectes celtiques, ce manteau blanc semble conférer la sagesse, et on confond le mot blanc et les mots sage, spirituel, savant. On dit encore en allemand weiss (blanc) et wissen (savoir). En anglais, white (blanc) et wit (esprit), wisdom (sagesse).

Dans les épreuves, on représentait la mort de la Femme pendant la grande persécution et sa résurrection ; elle renaît engendrée par la matrice de la grande Coridwin (Cerridwen, Kerridwen, Korridwen, Karridwen).

Les Druides représentaient le serpent (l’homme méchant) par Hu. Des ailes déployées représentaient l’esprit divin.

Les Mystères d’Éleusis

Les Mystères d’Éleusis étaient les plus célèbres de l’antiquité.

On les appelait simplement « les Mystères ». Cicéron dit d’eux :
« Les rites sacrés et augustes d’Éleusis, auxquels des hommes venaient des parties les plus reculées du monde pour y être initiés ».

Ils furent d’abord célébrés exclusivement à Éleusis, mais de là s’étendirent dans presque toute l’Europe.

Dans ces Mystères, on représentait symboliquement la défaite de la Femme. La Déesse Cérès cherchait sa fille Proserpine ravie par Pluton et conduite dans le monde infernal de l’Homme.

Le chef de ces Mystères était appelé Hiérophante ou Révélateur de choses sacrées. Il lui était adjoint trois assistants :
1°) le Dadouchos ou porteur de torche,
2°) le Céryx ou héraut,
3°) le Ho Epi Bono ou secrétaire de l’autel.

On célébrait les grands et les petits Mystères.

Les petits étaient préparatoires, c’était un premier degré qui durait un an. Après ce temps, le candidat pouvait être initié aux grands Mystères, si on l’en jugeait digne.

Un cérémonial imposant faisait comprendre l’importance des grandes vérités qui allaient être dites. (Pour plus d’informations au sujet des Mystères d’Éleusis, voir l’article du blog intitulé « LA GRÈCE ANTIQUE »)

Les Mystères de Mithra (culte masculin)

Le Mehardjan ou le jour de Mithra, du mois Mithra, n’était d’abord qu’une fête qui se distinguait à peine entre les autres. Plus tard le Mehardjan, on ne sait trop comment, devint le point de ralliement autour duquel se rangèrent les doctrines et les croyances auparavant éparses.

Les mystères de Mithra, avec leurs 12 épreuves qui ne duraient pas moins de 80 jours, et dont quelques-unes pouvaient compromettre la vie, avec leur sept degrés d’initiation, avec leurs cérémonies symboliques, avec leurs dogmes, leur liturgie, leur morale, en étaient venus à organiser une société, à constituer un monde. C’était tout un culte, toute une religion.

On appelait les initiés au 1er degré Corbeaux, au 2ème Griffons, au 3ème Soldats, au 4ème Lions, au 5ème Perses, au 6ème Héliodromes, au 7ème Pères. (Pour plus d’informations au sujet du Mithriacisme, voir l’article du blog intitulé « PERSE ET HINDOUS »)

LA LOI MORALE ENSEIGNÉE DANS LES MYSTÈRES

Dans tous les Mystères on enseignait la Loi morale.

En Grèce, nous trouvons deux mots qui la résument : le Nectar et l’Ambroisie.

Ces mots, cependant, ne sont pas d’origine grecque, ils viennent de la vieille langue celtique parlée dans le nord de l’Europe.

L’AMBROISIE

L’Ambroisie est la nourriture des dieux, dit la Fable qui cache, mais la science, qui dévoile, nous expliquera ce mot suivant son sens réel ; elle nous dira sans détour : c’est le plaisir des Déesses et le gage de leur incorruptibilité, il donne la vie, il est le symbole de l’immortalité.

Ambroisie vient d’ambre. Cela nous explique pourquoi on portait comme témoignage d’immortalité une amulette appelée Heimel-ita (céleste pierre), dont la plupart était en ambre.

On trouve dans toute l’Espagne des Piedras hitas, qu’on peut rapprocher des Pierres noires de Bénarès. Ailleurs on en a fait la Pierre angulaire.

C’est dans les temps primitifs, et dès la première jeunesse de l’humanité, que s’établirent les idées relatives à des fonctions qui tenaient une grande place dans la vie.

M. Cailleux nous apprend que, dans l’Armorique, les trônes où siégeaient les immortelles forment le vaste cromlech de Carnac. (Origine celtique des civilisations, p. 260).

Il y avait donc déjà des conventions, des usages, qui allaient devenir des rites.

En Ibérie, nous dit le même auteur, on retrouve les monuments de Carnata, que nous prononçons Grenade (en espagnol Granada). Là aussi, le beau temple construit par les anciens Ibères s’appelait Kalat-al-Ahmra (le château des momies ambrées) (1). C’est de ce mot ambre que vient Al-Ambra.

Chez les Étrusques, le personnage déifié par l’ambre, dans les temples sculptés de Corneto, se nommait Embratur, mot que les Latins prononçaient Imperator.

L’ambre, « si fameux encore au temps des Romains, qui pourtant avaient oublié sa destination déifique », dit Cailleux, servait de comparaison aux Ibères, qui disaient « fin comme l’ambre », précieux comme l’ambre ; et les Espagnols disent encore qu’il est vivo, sagaz, penetrante.

Les dolmens sacrés formaient un demi-cercle, au centre duquel se trouvait une pierre plus grande que les autres et d’où l’on voyait au loin, ce qui prouve qu’on observait, qu’on craignait un ennemi qui pouvait venir.

Les légendes bretonnes disent que, sur cette pierre centrale, se tenait le grand lama Ambrosius que l’ambre avait rendu immortel.

Ces légendes ont été faites avec les antiques souvenirs, dénaturés dans la période postérieure, qui renversa les rôles, mettant l’homme à la place de la femme.

Le souvenir des pierres sacrées est resté dans les légendes et dans le symbolisme : Apollonius de Rhodes, décrivant les Mystères de Cybèle dans l’Asie Mineure, signale la Pierre noire qu’il appelle Mêlas lithos. A Hiérapolis, on l’appelle Helio-Kepel, pyramide du Hélion (Hélion, fleuve sacré, était le nom de la Meuse). En jurant sur cette pierre, on jurait donc par le Hélion, le fleuve sacré du Soleil. Les Almées, les Héliades, les Amazones avaient pour temple une enceinte cyclopéenne au milieu de laquelle était une pierre noire, où brûlait le feu de Vesta ; c’étaient les Vestales de Rome, les Sabines de Cures, les Vierges choisies du temple Curicancha à Cusco.

« Leur nom d’Amazone vient du grec Aï-masia » (2), dit Cailleux, qui ajoute : « Ces pierres brutes dont on avait formé les antiques castels sur les bords de la Meuse…»

Il y a ici confusion entre un symbole abstrait et une idée concrète.

Quand les antiques vérités furent cachées, on créa toutes sortes de fables pour les expliquer, ainsi celle-ci :

« Phaéton conduit le char du Soleil. Précipité par la foudre dans les flots de l’Èridan, ses sœurs le pleurent et les larmes précieuses de la douleur tombent dans les flots sans s’y mêler, se consolident sans perdre leur transparence, et, revêtues d’une belle couleur d’or, elles deviennent cet ambre jaune si précieux aux anciens. »

Donc, dans la mythologie des Grecs, ce qui représentait le plaisir des Déesses devient un signe de douleur. Et pourquoi cette douleur ?… Parce qu’un homme est mort !

On nous dit encore que cet ambre jaune était jeté sur le rivage par les flots de la Baltique, que c’est une production des mers du Nord. Sans doute parce que ce sont les femmes du Nord qui, les premières, ont expliqué la loi des sexes.

Sur une carte insérée dans le premier volume des anciens Mémoires de Saint-Pétersbourg, on voit l’Eridan, qui se jette dans le golfe de Riga, et qui porte aujourd’hui le nom de la Dwina. Dans ce golfe sont les îles appelées par Hérodote Electrida-insulae. Hérodote remarque que le nom d’Eridan n’est pas grec (Livre III), qu’il est barbare, c’est-à-dire étranger.

Diodore dit aussi que l’ambre se recueille dans une île appelée Basilée.

(1) Le mot momie a dû être introduit dans la suite par ironie parce qu’il désigne la mort, alors que les hommes se moquaient de l’immortalité des Déesses. Dans certains idiomes, on a continué à appeler la fille la môme. (Revoir ce que qui a été dit à l’article consacré à l’Égypte, sur les momies).

(2) Les différentes étymologies données du mot Amazone ne me paraissent pas exactes. D’abord il faut penser que la lettre A est un article ; la ; il reste mazone, qui me semble signifier disciple de Mazda. Ce serait donc le nom général des Mazdéennes. Et, Mazda signifiant Grande, les A-mazones seraient les Grandes.

LE NECTAR

Le Nectar est le plaisir des hommes. Il a une tout autre signification : il donne la mort, et de son nom on fait nex, nekros (mort), necare (tuer). (Nectar, latin néant, ne-ens, participe présent d’esse, être).

Mais quand on dit que le Nectar versé par les hommes est le plaisir qui tue, il faut entendre par là : qui tue l’âme seulement, non le corps qu’il fortifie, au contraire.

De là cette expression : « péché mortel ».

De même, l’immortalité donnée à la femme par l’ambroisie est l’immortalité de son âme, non de son corps ; de son âme pendant sa vie, non après. C’est le péché véniel (de Vénus).

Nous savons comment, parties de là, toutes les croyances relatives à l’âme sont nées et se sont déviées de leur signification primitive.

Le Nectar donne la mort à l’homme parce qu’il représente une partie de sa vie qu’il sacrifie.

Partant de cette idée, on voulut imposer à l’homme des réserves, alors que, devant lui, on glorifiait l’Ambroisie qui donne la vie. C’est cette vue qui fut, pour lui, « le supplice de Tantale ».

Il refusa de croire à la réalité de cette loi. On lui expliqua, d’abord, que l’homme qui se nécrose en éprouve une réaction amère ; on appela cette réaction Pikros (amère). Les Grecs disaient aussi amartema, les Latins peccatum et les Celtes sunde.

C’est du mot pikros (amer) que l’on fit le mot péché.
Le péché est mortel, il tue l’âme.

Le Nectar est appelé « goudron des morts ».

Le mot Nicaragua vient de Necker (mort) et aeghe (île), d’après M. Cailleux.

Pour graver dans l’esprit de l’homme la loi physiologique et psychique qu’il refusait d’admettre, on institua des représentations symboliques destinées à faire comprendre ce qu’on appelait « la mort de l’âme ». Des danses sacrées exécutées dans les temples brahmaniques (et qui existent encore) étaient des pantomimes édifiées sur ce thème : la femme disputant l’homme, au péché. Et c’est ce qu’on représenta dans les premiers Mystères.

A Babylone, on appelait Zogone l’homme qui, dans les fêtes sacrées, était sanctifié (choisi), placé sur un trône, puis mis à mort, pour indiquer que la mort suit le péché.

Pour représenter cette fête symbolique, les histrions étaient 13, le sort désignait le treizième qui servait de victime, et ses douze compagnons procédaient sur lui à la cérémonie suivie de mort. Mais cette mort devait être d’abord un simulacre.

La syllabe nec, première du mot nectar, servit à désigner la négation, parce que le scepticisme naît de la nécrose.
Chez les Latins, pour indiquer l’arrêt dans l’évolution, on disait : nec plus ultra, ce qui voulait dire : tu n’iras pas au-delà, tu n’iras pas plus loin.

Plus tard, l’orgueil a donné une autre signification à ce dicton.

Dans la Franc-Maçonnerie, Nekam Adonaï signifie : mort au dieu mâle des Juifs.

L’idée des sacrifices humains est liée à l’idée de mort, c’est pourquoi on arrive à faire des sacrifices aux funérailles (d’où la messe des morts).
Tout le symbolisme a pour but de montrer que l’amour physique tue l’homme, de lui faire comprendre que, quand le feu de la vie et de la pensée se retire de lui, il ne laisse plus que ses membres glacés à la terre.

On appelle Nécropoles les villes masculinistes. Et on appelle nécro-mancien l’homme qui se fait dieu (de mantis, divin).
Mantis a fait manteca (beurre), et le Rig-Véda parlera beaucoup du beurre clarifié (le Soma).

LE SYMBOLISME DES NOMBRES

On a dit du « mystère des nombres » qu’il renferme les moyens d’opération des forces secrètes de la Nature, et que d’abord l’ellipse, la parabole et l’hyperbole trouvent leur synthèse dans l’ovoïde, en forme d’œuf.

Tout le monde sait que l’œuf était un symbole sacré dans tous les Mystères de l’antiquité, parce qu’il représente l’action maternelle, donc le commencement de la vie, la virtualité, l’existence potentielle, le commencement de toute échelle numérique. (Existence en état de possibilité, comme la semence d’un arbre.) Il est représenté dans les chiffres par le zéro, qui, dans l’ancien système de numération des Kaldéens, commençait les nombres.

Le zéro est un cercle sans centre (1) : en hébreu, Kether, « la couronne ».

Le nom divin de Kether est Eheieh : « Je suis », c’est-à-dire le principe de l’existence même. C’est le caché des cachés. Comme symbole, c’est le cercle placé au-dessus de la tête pour représenter la lumière de l’esprit qui monte, cercle lumineux, dont on fera la couronne des saintes.

Un poème admis dans la liturgie hébraïque est intitulé : La Couronne royale. C’est la lumière sacrée, Kether, qui engendre la sagesse, Hokmah, et l’intelligence, Binah.

La sagesse et l’intelligence sont en équilibre, comme les deux plateaux d’une balance ; c’est la couronne suspendue par les mains de l’Absolu au-dessus de l’univers, comme la formule de toute existence.

Deux idées sont à dégager de ce symbolisme. L’œuf, qui vient de la Mère, commence toute vie. En même temps, par l’ascension de l’esprit qu’il opère, il crée dans son cerveau l’immutabilité, qualité de l’unité.

C’est pour indiquer cela que le zéro ne peut pas admettre la faculté d’addition, il est la cime et la couronne. Il n’est susceptible ni de doute ni d’incertitude, tandis que la qualité masculine peut former l’eidolon (idole, en grec), la duplicité ou l’image (l’imagination).

La couronne restera une espèce de coiffure portée par des souverains, des empereurs, des nobles, etc. ; sa forme a varié, mais sa représentation la plus ancienne est un cercle.

Du métal dont elle était faite sortaient ordinairement des rayons en forme de pointe. C’est l’hiéroglyphe du soleil rayonnant, car, tandis que les êtres divins, sur cette planète, touchent la terre avec leurs pieds, leurs têtes sont dirigées vers le ciel où brillent le soleil et les étoiles.

Ainsi la couronne qui entoure la tête des souverains est le symbole du pouvoir de rayonnement des êtres terrestres.

Les figures géométriques, représentant les nombres extériorisés, ont une signification symbolique :

0 – Zéro, l’œuf du monde, le sexe féminin.
1 – L’être divin, considéré dans son unité.
2 – L’homme à genoux devant l’être divin.
3 – L’enfant.
4 – La femme assise, le siège (saint-siège, chaise curule), l’inactivité.
5 – Le mouvement, la marche, la course.
6 – Le pôle sexuel.
7 – L’esprit qui monte (les étoiles, le septénaire).
8 – Éternité, lien éternel.
9 – Le pôle spirituel.

La signification du chiffre 2 nous explique pourquoi, dans toutes les religions, on a gardé l’habitude de s’agenouiller devant la Divinité.

Le symbolisme des nombres est considéré comme base des opérations de multiplication et de division.

La table de multiplication, dite de Pythagore, a été empruntée aux Chaldéens.

Les chiffres dits « arabes » ont été apportés d’Espagne à une époque où on appelait « arabe » tout ce qui en venait. Mais nos chiffres ne sont pas ceux des Arabes, qui en avaient d’autres. On les a attribués à Pythagore et ils en ont même porté le nom, parce qu’on mettait sous ce nom tout ce qui était très ancien.

Les chiffres servant à expliquer les mystères restèrent longtemps secrets.

(1) Zéro vient, dit-on, du mot céfra, qu’on a d’abord attribué à ce caractère d’après l’arabe « sifr » (vide, rien, néant).

On dit aussi que le zéro a été introduit dans le système de l’abacus sous le nom de « sipos » avant de prendre le nom de « cifra », et que l’étymologie de sipos est selon l’hébreu « psiphus » (jeton à compter, rond, cercle), ou selon le grec « psephos » qui a la même signification.

LE SYSTÈME DUODÉCIMAL ET LE SYSTÈME DECIMAL

Dans le système duodécimal, l’unité divine est représentée par le chiffre 1 et la dualité masculine par le chiffre 2. On réunissait ces deux chiffres 1 et 2 pour symboliser l’Union qui est la base même de la société, et cela faisait le nombre 12.

C’est là l’origine du système duodécimal qui fut généralisé dans les temps anciens et appliqué à la division de l’année, des heures du jour, des signes du zodiaque, des achats à la douzaine, etc.

« Cette application du nombre 1-2 à l’Univers n’était point une invention des Pythagoriciens, elle était commune aux Chaldéens, aux Egyptiens, de qui ils l’avaient reçue, et aux principaux peuples de la terre ; elle avait donné lieu à l’institution du zodiaque dont la division en douze astérismes a été trouvée partout existante de temps immémorial » (Fabre d’Olivet).

Mais le symbolisme des nombres fut profané, comme tout ce qui était secret, et les hommes instituèrent un autre système en donnant aux chiffres d’autres significations.

Ils firent de 1 le symbole mâle et de 0, qui précède la numération, le symbole féminin.

Et alors leur union fut 10, que l’on prit pour base du système décimal, qui remplaça le système duodécimal primitif, quand l’homme prit la direction du monde.

Dans ce système, la femme fut représentée par un signe qui signifie rien, et mise après celui qui représente l’homme. Elle fut, dès lors, personne, après avoir été les trois personnes formant la triade sacrée, les Avasthases divines.

Dans la numération du système duodécimal, les chiffres sont précédés d’un point, qui indique rien. C’est, pour cela que l’on dit encore chez les peuples qui ont conservé l’ancienne tradition : Je n’ai point, pour je n’ai pas.

A LONG TIME AGO IN THE PAST, FAR AWAY

Les forces agissantes de la Maternité ont créé une humanité droite, docile, disciplinée…. d’abord, jusqu’au débordement des passions de l’homme.

Mais, pendant cette époque primitive, quel Paradis était la Terre !… Nulle révolte ! nul mensonge ! nulle rébellion !

Dans tous les hommes, à moins qu’ils ne soient des monstres, le souvenir maternel a laissé dans l’âme une impression profonde faite de respect et de tendresse sacrée.

Si tous les enfants étaient élevés dans la Vérité, il n’y aurait pas d’homme méchant.

LES PRIMITIFS ADOLESCENTS

La crise de l’adolescence, rapide dans la vie actuelle, eut une longue durée dans l’évolution de la primitive humanité. A partir de ce moment, des différences considérables se produisirent entre la vie psychique et mentale de la jeune fille et celle du jeune homme.
Chez lui, l’amour fait naître l’imagination, la poésie, qui réapparaissent à l’âge correspondant chez nos adolescents.

« Il se trouve dans les trois quarts des hommes un poète qui meurt jeune », a dit Sainte-Beuve.

Dans l’enthousiasme des premiers élans, des premiers désirs, il soupire, il chante, il exhale son âme aimante et joyeuse, sans entraves sociales, sans atavisme générateur d’une timidité annihilante, sans ennemis encore, il marche en avant dans ses passions naissantes sans savoir où elles le mènent, sans crainte d’un danger inconnu.

L’enthousiasme poétique de la jeunesse le saisit tout entier. C’est le premier éveil des sentiments qui vont envahir le cœur de l’homme et bientôt jaillir comme un fleuve impétueux. Pendant que la jeune fille grandissait en beauté, en esprit, elle prenait aux yeux de l’adolescent primitif un prestige infini. Il voyait en elle un Etre très supérieur à lui, un Etre bien au-dessus de la nature masculine plus grossière. Elle était donc sur-naturelle à lui.

Il l’adorait, il l’admirait, un immense désir de se rapprocher d’elle le tourmentait, il lui semblait que près d’elle sa vie s’intensifiait, qu’aimé d’elle il allait oublier sa première honte sexuelle qui allait faire place à un sentiment de triomphe.

C’est ainsi que l’homme adolescent et la belle jeune fille vivaient au sein de la grande Nature, essayant le premier bégaiement d’amour et établissant entre eux le lien sacré qui devait les unir.

La jeune fille était resplendissante de grâce et de beauté, telles nos adolescentes modernes qui repassent par ce stade de la vie ancestrale. Elle entrait en possession d’une intelligence lucide, d’un esprit élevé ; la Nature la captivait, elle l’observait, son intuition féminine lui en faisait découvrir les lois, elle se perdait en contemplations célestes dans les belles nuits étoilées, elle arrivait à connaître le ciel et à comprendre le principe des forces universelles qui régissent les mondes….

Alors, dans les conversations du soir, elle versait dans l’esprit du jeune homme cette première science, en même temps qu’elle faisait naître en son cœur les premiers bonheurs.

Lui l’écoutait, il l’admirait, il l’adorait. Elle était SA DÉESSE. Elle fut la première forme de la suprématie intellectuelle et morale qui apparut à l’adolescent. C’est pour cela que l’homme porte gravé au plus profond de son cœur l’empreinte féminine, empreinte spirituelle, parce que la première femme qui a éclairé sa pensée ne représentait pas le sexe, mais l’esprit.

Sa pureté lui inspirait cette crainte respectueuse que résume le mot red-ligio (1) et qui devint le respect divin ; sa gloire l’éblouissait, il la voyait bien haut et, soumis, il écoutait attentif son enseignement.

Les révoltes de l’orgueil mâle n’étaient pas encore nées, pas non plus ses jalousies. Dans son esprit, encore droit, avec son imagination qui commençait à s’exalter, il rendait hommage à celle qui était sa directrice spirituelle, sa maîtresse suprême.

Cet hommage fut le premier de tous les cultes, il est à l’origine de la Religion ; bien plus, il en est le fonds.

La religiosité naît avec la sexualité, mais elle se manifeste différemment dans chaque sexe.

Pour la femme, c’est une aspiration vers les hautes régions célestes où règne notre Principe de Vie en puissance dans les astres incandescents. C’est en même temps une aspiration vers le même principe de vie qui rayonne dans l’homme (voir les articles du blog intitulés « L’AMOUR » et « PSYCHOLOGIE ET LOI DES SEXES »).

Pour la jeune fille, l’homme jeune est un rayon de soleil. Et ceci n’est pas seulement une figure, c’est un fait réel, puisque c’est l’élément de vie, l’Oxygène radiant, qui rayonne par les fibres nerveuses de l’homme, et qui est projeté par lui, en avant, vers la femme.
Dangereux rapprochement qui sera, plus tard, le premier mot du renversement des attributs sexuels.

Pour l’homme, le sentiment religieux est une aspiration vers le psychisme féminin. Aussi nous allons voir que ce qu’on appelle, dans les temps modernes, la Religion, est une manifestation compliquée dans laquelle on retrouve les deux psychismes masculin et féminin, qui se manifestèrent dès les temps primitifs : le psychisme féminin qui élève l’esprit, et qui est devenu une glorification des forces cosmiques qui contiennent le Principe créateur de notre vie ; le psychisme masculin devenu la soumission à une puissance morale supérieure à lui, devant laquelle il s’incline et qu’il adore, mais qu’il ne veut plus voir réalisée dans un être terrestre depuis que la jalousie est née en lui. Et comme il confond, dans le mélange de son atavisme maternel et paternel, ces deux manifestations, la religion est devenue, pour lui, quelque chose d’inextricable.

La femme de ces temps lointains chante des hymnes spontanés et inconscients, elle exhale son bonheur de vivre, d’être ce qu’elle est, l’Etre des Etres, d’avoir en elle toutes les béatitudes. Dans ces premiers chants, elle admire la grande Nature, elle n’adresse pas de prières, elle n’a rien à demander, elle a tout reçu, son chant est l’expression de son allégresse.

Si la poésie sacrée est pleine de l’exaltation de l’âme féminine, l’histoire humaine est pleine de l’aspiration de l’homme vers la Déesse vivante, puissance morale, avec une intelligence sûre d’elle-même et dont on peut observer l’action tutélaire à travers la marche évolutive de l’humanité. L’homme sent, malgré lui, une main toute-puissante qui le meut, et il l’appelle Providence (2), ne sachant pas, ou ne voulant plus savoir, que cette action bienfaisante, c’est la manifestation de l’esprit féminin.

L’homme sent que la Nature eût été injuste si elle l’eût laissé livré à son propre sort, et il se rattache à cette puissance sur-naturelle, c’est-à-dire sur-masculine, de laquelle il attend la direction qu’il ne sait pas se donner lui-même ; il sent qu’il y a, au sommet de l’humanité, une Divinité chargée de l’éclairer et de le diriger, une éternelle raison qui gouverne le monde.

(1) La chevalerie, qui est la pratique de l’équité, la Justice Divine, équitable (d’où équestre), et qui est le culte primitif, a toujours représenté les chevaliers, initiés à la doctrine, munis d’un cordon qui est l’insigne de l’ordre. Ce cordon représente le lien moral qui attache l’homme à la Divinité, comme le cordon ombilical attache l’enfant à sa mère.

Le mot Europe le désigne (Eu, lien ; rope, corde, cordon, lien, ligature). Cette corde a fait cordial, lien du cœur.

C’est parce qu’une Déesse a créé la doctrine de Vérité, qui est la base même de toute religion, qu’on la désigne elle-même sous le nom d’Europe. On sait que c’est un des surnoms de la Déesse Diane. Ce mot, traduit dans toutes les langues, est devenu chez les Latins religare, c’est-à-dire religion ; primitivement, on disait red-ligio.

La vie morale était tout dans cette société antique. Le lien qui unissait les hommes à la femme était la base de la domination de soi-même qui élève l’homme.

(2) De pro-videre prévoir, d’où pourvoir. Puissance qui prévoit et qui pourvoit, qui pense pour lui, qui le dirige en ses actions, et fait le Bien à son insu.

LES DEUX PRINCIPES

La grande révolte de l’homme contre la Femme ouvrit l’ère des discordes, qui devaient régner si longtemps.

L’humanité fut, dès ce temps, divisée, et c’est cette division qui est représentée par les « Deux Principes se disputant le monde ».

Le Principe féminin, qui avait créé l’âge d’or et qui voulait en conserver les bases, fut appelé Conservateur (qui conserve la vie en soi et conserve le monde).

Le Principe masculin, qui avait voulu détruire l’ordre établi, fut appelé Destructeur (qui se détruit pour créer la vie de l’enfant et détruit le monde).

Dès lors, deux voies furent ouvertes devant l’humanité : l’une qui devait tendre à rétablir l’ordre et à affirmer les splendeurs de la Théosophie. C’est celle-là qui avait en elle le germe des grandes civilisations de l’antiquité, parce qu’elle consacrait le Droit naturel et parce qu’elle était la glorification de l’amour féminin qui élève l’âme de l’homme.

C’est ce que la Théologie a appelé la « cité de Dieu ».

« La paix du corps, c’est l’agencement harmonieux de ses parties […] La paix de la cité, c’est la concorde bien ordonnée des citoyens dans le commandement et l’obéissance ; la paix de la cité céleste, c’est la communauté parfaitement ordonnée et parfaitement harmonieuse dans la jouissance de Dieu et dans la jouissance mutuelle en Dieu ; la paix de toutes choses, c’est la tranquillité de l’ordre. L’ordre, c’est la disposition des êtres égaux et inégaux, désignant à chacun la place qui lui convient. » (Saint Augustin, La Cité de Dieu, 413-426).

L’autre voie est celle de l’Orgueil qui conduisait les hommes à la révolte contre l’autorité morale de la Femme, à la négation de son verbe, à tous les tourments de la jalousie, aux désordres et aux crimes qui sont la conséquence terrible des œuvres sexuelles masculines.

C’est ce que la Théologie a appelé la « cité du monde ».

On ne peut pas nier que l’homme ait cherché à détruire l’oeuvre sociale de la Femme, puisque cette oeuvre a disparu. On ne peut pas nier qu’il ait cherché à entraver son élévation spirituelle, puisqu’il le fait encore de nos jours.

L’histoire est remplie de la lutte qui résulte de ces deux évolutions contraires : celle de l’Esprit féminin qui veut monter toujours dans la voie du progrès infini ; celle de l’instinct masculin qui entraîne l’homme vers des plaisirs dégradants, qui troublent sa mentalité et lui suggèrent des mensonges et des ruses pour se justifier. Ce sont ces deux Principes qui furent, au début, appelés « le Bien et le Mal, l’Esprit et la Force ».

Nietzsche chante la joie de la destruction dans laquelle il voit l’accomplissement de l’éternelle destinée de l’homme. Il cite ces vers avec éloge :

« A l’heure de la mort il ordonnait,
Et il ordonna la destruction. »

« Je rêve, dit-il, d’une association d’hommes qui seraient entiers et absolus, qui ne garderaient aucun ménagement et se donneraient à eux-mêmes le nom de destructeurs ».

Il veut borner la vie débordante à ses « manifestations agressives et guerrières ».

Les émotions actives sont pour lui « l’action de subjuguer, l’exploitation, l’ambition, la cupidité, la cruauté, le plaisir de faire le mal pour le mal, de détruire pour détruire, de dominer pour dominer ».

« Le tigre déchire sa proie et dort, voilà le modèle fourni par la nature. L’homme fort et cruel tue son semblable, cela est dans l’ordre, cela est digne du tigre ; mais l’homme veille, voilà le mal, voilà la décadence, l’infériorité du civilisé, par rapport au tigre ou au grand fauve des bois, aux vieux Germains destructeurs, à l’anthropophage qui ne connaît pas « la mauvaise conscience ».

Dans sa Gaie Science, Nietzsche dit que les vices de toutes sortes sont les ouvriers cyclopéens qui servent à bâtir le nouvel édifice.

« L’homme de rapine, l’homme de proie peut se permettre l’acte terrible et toute la somptuosité de la destruction, de l’analyse, de la négation, il semble autorisé au mal, à l’irrationalité, au blâme, en raison d’un excès de forces génératrices et fécondantes, qui savent transformer tout désert en un paradis luxuriant. »

C’est parce que l’homme se détruit lui-même, dans l’acte terrible, qu’il aime à détruire la vie dans l’univers.

C’est parce que la Femme se conserve elle-même, qu’elle aime à conserver la vie universelle.

Synésius, évêque de Ptolémaïs, initié aux Mystères, dit que « les âmes humaines émanent de deux sources : l’une lumineuse, qui coule du haut des cieux ; l’autre ténébreuse, qui jaillit de la terre, dans les abîmes profonds de laquelle se trouve son origine ». (De Provident., c. 5.)

Dans tous les pays, nous allons voir les deux Principes, mâle et femelle, symbolisés par deux êtres (deux divinités, dira-t-on plus tard) qui sont en luttes continuelles.

Aux Indes, c’est Vishnou, Principe conservateur, et Çiva, le destructeur.

Chez les Iraniens, les anciens Perses, c’est Ahoura-Mazda (Ormuzd) et Ahriman, son ennemi.

En Egypte, la « bonne Déesse Isis » sera attaquée par Osiris, principe de destruction et de mort (1).

Partout la lutte divisa les nations en deux partis : les Féministes, qui s’opposaient au renversement des antiques institutions qu’ils voulaient conserver ; les masculinistes, qui voulaient tout détruire par la force ou la ruse.

La lutte fut terrible.

Les femmes s’emportaient contre leurs agresseurs qui les insultaient et devenaient de plus en plus violents et méchants.

Aucune prudence n’existait encore chez ces deux enfants déchaînés l’un contre l’autre, et qui commençaient un combat dont ils ne pouvaient pas prévoir les conséquences futures. En effet, ce sont les générations postérieures qui devaient en être victimes.

(1) Des deux Principes, les historiens masculins ont fait deux Princes.

CAÏN ET HABEL

Le premier acte de la lutte de sexes qui se produisit tout au fond de l’histoire, fut le prologue du drame humain qui allait se dérouler dans toutes les époques et chez tous les peuples.

Cette lutte de l’homme brutal contre sa sœur plus faible a été enregistrée dans les Ecritures Sacrées : c’est Caïn tuant Habel, c’est-à-dire la lutte des deux principes représentés par les Caïnites et les Habélites (Caïn, nom générique des enfants mâles ; Habel ou Hébel, nom générique des premières filles. C’est l’Hébé des Grecs. Ce mot signifie en hébreu souffle, Esprit).

Le nom de Habel est donné à des villes, alors il signifie « prairie bienheureuse ». Entre autres Abel-Mayim (I Chron. XIV, 4). La sagesse de ses habitants était proverbiale.

Dans la seconde forme religieuse, lorsque les Ecritures seront remaniées, on changera le sexe de la victime pour en cacher l’histoire, mais les rédacteurs de ces altérations sont si maladroits qu’ils nous laissent eux-mêmes la preuve de leurs supercheries.

Dans le chapitre IV de la Genèse Biblique, où la légende est racontée, nous voyons les premiers versets consacrés à l’histoire du meurtre d’Habel par son frère ; puis, au chapitre V, où l’on fait le dénombrement des enfants d’Adam, il est dit (verset 2) :

Il les créa mâle et femelle. Or, les chapitres antérieurs n’ont donné à Adam que des fils.

Les Kabbalistes et les savants initiés savent que, dans les textes primitifs, Habel est une femme, « la Femme-Esprit », sœur de l’homme. On en fera le frère de Cain, quand on supprimera la Femme de l’histoire ; alors l’humanité ne commencera plus que par des mâles.

Quel est le motif du meurtre d’Habel par Caïn ?
La Jalousie !

Son sacrifice est plus méritoire que celui de l’homme ! Cette légende est plusieurs fois dans la Bible.

Nous la retrouvons dans l’histoire d’Esaü et de Jacob.

Là, nous voyons le premier-né Esaü (c’est l’homme qui est le premier sorti de la vie végétale) cédant son droit d’aînesse, c’est-à-dire son avance dans la vie, pour un plaisir qui le fait reculer, « un plat de lentilles », dira le symbole hermétique, et dès ce jour sa sœur Jacob (dont on fera aussi un être mâle) prend la première place dans le monde qu’elle organise suivant les lois de la gynécocratie.

Cette légende expliquait l’avance que prend la femme sur l’homme dans l’évolution mentale et morale.

De Jacob, Michelet dit : « Il plaît à la Femme (sa mère Rébecca) et il semble étonnamment féminin, plus que prudent dans ses soumissions, ses adorations au frère Esaü auquel, si subtilement, il a ravi le droit d’aînesse ». (La Bible de l’humanité).

Dans tous les pays, la même légende existe.

Fabre d’Olivet nous la montre chez les Phéniciens quand il dit :

« La faculté féminine créatrice est désignée sous le nom de Hébé, qui, dans l’idiome phénicien, était celui de l’amour féminin.

« Dans la secte des pasteurs phéniciens, on enseigne que, dès l’origine des choses, il existait deux êtres, l’amour (Hébé) et le chaos (Caïn).

L’amour principe féminin spirituel, le chaos principe masculin matériel. La secte qui adopta ces idées fut très répandue et très nombreuse. Les fragments qui nous restent de Sanchoniaton et la Théogonie grecque d’Hésiode en sont la preuve » (Etal social, p. 294).

Cette cosmogonie se rapprochait de celle des anciens Celtes et fut générale. L’Edda et les fragments de Sanchoniaton se rencontrent, ce qui prouve que c’était des idées régnantes partout.

Fabre d’Olivet ajoute : « Le mot liebe (amour) a la même racine que le mot phénicien hébeh et il est également du genre féminin.
Cette analogie est remarquable.

« Le mot chaos, opposé à celui de Hébé, développe l’idée de tout ce qui sert de base aux choses, comme le marc, l’excrément, le caput mortuum. C’est, en général, tout ce qui demeure d’un être après que l’esprit en est sorti. »

L’opposition de l’esprit et de la matière, c’est l’opposition sexuelle, créée par la polarité inverse du mâle et de la femelle.

L’âme (anima, d’où animal) désigne la vie qui descend dans le sexe et dont l’intensité est révélée par la croissance de la barbe.

Anthropos (l’homme) vient de l’égyptien Ank. En copte, on trouve également ank, qui signifie vita ou anima, la vie sexuelle. Anki, en égyptien, se traduit par mon âme.

Arnulphy dit : « La procréation où l’homme, semblable à Prométhée, ravit au monde divin son principal attribut, le feu sacré, l’étincelle créatrice, ne s’accomplit jamais qu’aux dépens d’une déchéance vitale. Dans certaines espèces, la mort n’est-elle pas le couronnement immédiat de l’œuvre créatrice ? Nous arrivons au nœud de la question. Qu’est-ce que la mort pour l’homme ? Pour l’homme, la mort est toujours la période principale de la vie, mais ici elle devient un procédé de transcendance » (c’est-à-dire de descendance).

Purusha, qui lui fait opposition, c’est le sexe divin, dit immortel, qui crée, par la reproduction, la pureté de l’Esprit.

Cette idée que l’esprit sort de l’homme par ses dépenses sexuelles est symbolisée partout, elle est mise en opposition avec les conditions physiologiques de l’autre sexe.

Ainsi, en Scandinavie, la Femme avait la garde de certaines pommes qui donnaient l’immortalité. Loki, le mauvais génie, les lui enleva, mais les Déesses menacées de devenir mortelles forcèrent le ravisseur à restituer le fruit de l’Arbre de vie.

Cette légende montre d’une façon différente la jalousie du sexe mâle et les efforts qu’il fait pour empêcher l’accomplissement des lois qui régissent l’autre sexe. (On a compris que les pommes sont les ovules qui contiennent les graines.)

Dans toutes les Ecritures sacrées on trouve le même récit des premières luttes de l’homme contre la Femme. C’est ce qu’on a appelé la période héroïque, la lutte des Titans contre les Déesses.

Si nous pouvons rétablir la véritable signification de ces luttes de sexes, que les Prêtres avaient effacées de l’histoire, c’est parce que les symbolistes et les occultistes ont entrepris des recherches qui nous rendent la signification réelle des textes, c’est dans leurs livres que nous trouvons des documents qui nous permettent de faire la révision de l’histoire.

LA LUTTE DES DEUX PRINCIPES EN PERSE

Nous lisons dans le Boun-Dehesh (p. 347) qu’Ormuzd savait, par sa science souveraine, que d’abord il ne pourrait influer sur Ahriman, mais qu’ensuite il se mêlerait avec lui, et qu’enfin il finirait par le subjuguer et le changer, au point que l’univers existerait sans Mal pendant la durée des siècles.

Ceci nous explique un grand fait psychologique : c’est que la première impression causée à la Femme par la révolte de l’homme fut l’épouvante qui fut suivie de la fuite. Mais l’amour de l’homme la ramena ; alors elle réfléchit et arrive à penser qu’au lieu de s’enfuir il faut lutter et vaincre.

Ahriman n’a pas la prescience de l’avenir, il a conscience de son impuissance finale. Il est, mais ne sera pas toujours. Sa création (sa puissance malfaisante) même n’est pas originelle, elle est toute d’opposition et de contradiction ; et si l’on va au fond de la doctrine, le « Mal » n’entre dans le monde qu’avec la procréation.

Les partisans d’Ahura-Mazda (les féministes) sont appelés Oromasdès. On représente aussi les bons esprits par les « Amschaspands » et les mauvais esprits par les « Darvands » qui personnifient la désobéissance au verbe divin (à la parole de la Femme). Mazda, l’Asura des temps primitifs, est le premier des Amschaspands, le dieu, c’est-à-dire la Dévâ personnelle et vivante qui est l’ordonnateur du monde.

Le Principe du Bien, Oro-maez, devient Ormuzd.

Le Principe du Mal, Ahri-maen, vient de maen (lune, reflet). Il est le reflet d’Oro-maez. C’est de ce mot maen qu’on fait « man ».
Ahriman, c’est l’homme de guerre, c’est le nom donné aux guerriers chez les Germains.

LES DEUX PRINCIPES EN ÉGYPTE

Même légende. Deux frères, Ramessès Gôpth le superbe, et son frère Armasses (sa sœur), doux et modeste, représentent l’homme et la femme.

C’est de Gôpth qu’on fera Egyptus quand l’homme aura triomphé de la Femme. L’Egypte s’est d’abord appelée Chemi ou Mitzrah.

« Les Egyptiens, dit Dunlap, établissaient une distinction entre un Horus aîné (masculin) et un cadet (féminin) ; le premier était le frère d’Osiris (homme comme lui), le second sa fille (Dunlap dit : son fils). Le premier est né dans les ténèbres, le second est l’idée rayonnante du Logos se revêtant de matière et assumant une existence réelle ». (Spirit History of Man, p. 88).

Le Principe du Mal s’appelle aussi Typhon (serpent), et personnifie les fléaux de la Nature et les maux du corps et de l’âme.

Il est prisonnier d’Isis qui l’a racheté, c’est le frère d’Osiris, il est accouplé à lui dans l’homme.

« Il s’est ignoré lui-même, dit la glose, et il est devenu aveugle. Au commencement, il était placé dans un haut lieu, mais il a perdu la connaissance de ce qu’il était, il s’est nui à lui-même et s’est vu frustré de la vie éternelle. Il est devenu le chaos, l’abîme, la grande profondeur. »

Les hommes-serpents sont nombreux. On les appelle les 72 conjurés de Typhon.

LE SCHISME D’IRSCHOU

C’est l’empire indien qui, le premier, se divisa en deux partis.

La légende raconte que deux princes, deux frères, se divisèrent (allusion à la querelle des deux sexes), et que l’aîné Tarah-hya entraîna les grands, les forts (c’est-à-dire les hommes). L’autre, le cadet Irschou eut avec lui les faibles (les femmes). On le raille sur sa faiblesse ; ses partisans sont appelés Pallis, en sanscrit les Pâtres, les pasteurs. Tarah-hya les poursuit, détruit leurs constructions. Irschou attaque l’orthodoxie masculine et fait adorer le Principe féminin, auquel elle donne l’antériorité comme force morale organisatrice, et la prééminence sur le sexe masculin (cela rappelle la légende d’Esaü et Jacob). C’est une guerre de religion, une guerre de croyance, ce qui veut dire une guerre de sexes.

Le résultat du schisme d’Irschou fut un désordre général.

C’est à cette époque que remonte le mot anarchie.

Quand les auteurs masculins écriront l’histoire après leur triomphe sur le régime gynécocratique, ils nous raconteront ces luttes, mais nous les montreront comme une révolte de la Femme contre eux, et ils appelleront cette première division le schisme d’Irschou, alors que, en réalité, ce fut une révolte de l’homme contre la Femme ; c’est lui qui partout créa des schismes. Mais une sorte de remords le tourmentait après son triomphe, il en avait honte en face des nouvelles générations, et c’est pour le cacher qu’il supprime les noms de femmes de l’histoire et laisse supposer qu’il s’agissait d’une lutte d’homme à homme ; c’est aussi pour effacer de la tradition le souvenir du régime féminin.

Ce furent les Hindous qui essayèrent les premiers de secouer la domination féminine (la date de cet événement est incertaine, quelques-uns disent 3.230 avant notre ère). Les livres sacrés des brahmanes disent expressément que ce fut sur les bords de la Koumoudvatî, ou de l’Euphrate, que la faculté masculine prit la domination sur la faculté féminine. On adora son symbole sous le nom de Bal-Içwara-Linga.
Mais, avant d’en venir là, de graves disputes eurent lieu. On discutait pour savoir laquelle des deux puissances doit être soumise à l’autre.

Est-ce Içwara (le Principe spirituel) qui produit Prakriti (la matière) ou Prakriti qui produit Içwara ? Quel est le premier par rang ? Le premier apparu ? Lequel des deux agit le plus nécessairement et le plus énergiquement dans la procréation des êtres ?

Doit-on confondre ou séparer leur culte ? Doivent-ils avoir des autels séparés ?

Ces luttes s’étendirent à travers plusieurs siècles, et peu à peu, l’homme se mettra sur l’autel à côté de la Déesse, mais il y a une chronologie à observer dans ces faits. A l’époque dont nous nous occupons, le dieu mâle n’est pas encore admis, il n’est encore que le « Mauvais Principe », le fils rejeté de Dyaus, Zyan (qui deviendra Zeus) ou d’Aditi.

LES DEUX PRINCIPES EN GRÈCE

Dans toutes les mythologies primitives, nous retrouvons les luttes de la raison contre le mauvais esprit, de la Femme contre l’homme méchant. Elle est partout représentée par un génie foulant aux pieds un monstre, soit un dragon, soit une hydre à sept têtes, soit une tarasque.

Les deux principes, dont on fait partout deux frères, sont ici représentés par Epiméthée et Prométhée.

Prométhée (l’homme) souffre de la domination de ses passions qui lui fait perdre sa liberté et l’enchaîne sur un rocher (la matière). Il est le premier né, comme Caïn, comme Esaü, d’où son nom « Pro-méthée ».

On cache dans une légende orgueilleuse la chute liée à la génération. On fait de lui un Dieu qui forme les premiers hommes de terre et d’eau et, pour les animer, dérobe le feu du ciel.

En d’autres termes, le mythe est ainsi exprimé :

« Prométhée, ayant façonné une statue, l’anima d’un rayon de soleil et pour son châtiment fut attaché au Caucase (1). »
Moralité : C’est parce qu’il a engendré un enfant qu’il est tombé sous le joug des passions.
Pendant qu’il est attaché sur le mont Caucase, un aigle lui dévore le foie (ou les entrailles) à mesure qu’il renaît, symbole de la mort que l’homme se donne à lui-même, ou plutôt qui lui est donnée par l’organe qui fut symbolisé par une oie, une grue, un aigle (figurant le phallus).

Sa sœur, Epi-méthée, est « celle qui vient après », mais se met « au-dessus ».

Pandore (tous les dons de la Nature) séduit Epi-méthée qui s’empresse d’ouvrir le coffret fatal qui contient tous les plaisirs.
On sait le reste, avec les plaisirs s’échappent immédiatement tous les maux qui se répandent sur la terre. « Auparavant, dit Hésiode, les hommes vivaient exempts de maux, de pénibles travaux, de cruelles maladies qui amènent la vieillesse ; mais, depuis ce jour fatal, mille calamités errent parmi les humains, la terre est remplie de maux, la mer en est remplie, et les adversités de tous genres se plaisent à tourmenter les mortels nuit et jour ».

L’espérance seule était restée au fond de la boîte.

Deucalion (le Déluge) est fils de Prométhée. Ses partisans sont les Prométhéides.

La Grèce a aussi des Titans (hommes grands et forts), qui veulent « escalader le ciel », c’est-à-dire prendre la place des Déesses.
Ganymède, le jeune garçon « enlevé au ciel » par un aigle, retombe lourdement sur la terre.

Une lampe romaine du musée du Louvre représente Ganymède par un singe qui manifeste une frayeur grotesque.
En face de la Déesse Aristée, protectrice des pastoures, nous trouvons l’homme des bois, le Pan capriforme, (son nom dérive de paccre, dit-on), aux jambes velues, à la tête cornue, il s’épouvante et il épouvante, de là cette expression : « une terreur panique ».

Partout l’homme déchu a peur de la Femme et se cache.

Enfin, l’Arès des Grecs, personnifiant les combats, ressemble beaucoup à l’Ahriman des Perses. C’est l’homme sauvage et guerrier, au caractère impétueux et violent, qui est en opposition avec Athéné. On le représente sous les traits d’un jeune héros, robuste, agile, d’une extrême vivacité, armé d’un bouclier argien et d’une épée. Sur la tête, un casque à panache.

Le bouclier, c’est la lâcheté ; l’épée, le crime; le panache, l’orgueil.
Ses attributs sont la lance et le flambeau allumé par lequel était donné le signal du combat.

Pendant ce temps-là, les Arcadiens célébraient une fête lugubre, en l’honneur de leur Abel Scéphrus, pour perpétuer le souvenir de sa première défaite.

Citons encore Héphaïstos, le feu terrestre, c’est-à-dire les passions basses. La Fable raconte que Zeus le saisit par les pieds et le précipita du ciel sur la terre. Il resta boiteux. L’allégorie est transparente : le ciel, c’est l’Esprit/la tête ; la terre, c’est la partie inférieure du corps, où s’allume le feu terrestre. C’est son esprit qui va boiter par cette chute, puisqu’il en a sacrifié la moitié. Le feu terrestre représente les passions. Les cyclopes étaient ses compagnons de travail, ils n’avaient qu’un œil pour voir, comme lui n’avait qu’une bonne jambe pour marcher. On lui attribue la fabrication des armes et de toutes sortes de parures.

Chez les Grecs, le bon Esprit était appelé Agathodaïmon et le mauvais esprit Kakodaïmon.

(1) On trouve huit montagnes appelées Caucase par les anciens, ce qui prouve que ce nom cache aussi une signification symbolique.

LES DEUX PRINCIPES À ROME – CASTOR ET POLLUX

Comme partout, les deux principes (les deux sexes) se retrouvent ici sous plusieurs formes. Une des plus connues est celle qui nous les montre comme deux frères : Castor et Pollux.

Castor (altération de Casta) représente le jour, Pollux la nuit.

Ces deux Principes, dont on fera deux amis quand on supprimera les femmes, avaient un temple à Rome. Leurs partisans ont partagé la grande ville ; les uns juraient sur Pollux et les autres sur Casta sa sœur.

Le régime social était également partagé à Rome. Il fut un temps où les deux sexes régnèrent tour à tour, chacun pendant six mois de l’année.

C’est à cette époque qu’on aurait imaginé le Janus à deux faces, l’une souriante (la femme), l’autre grondante (l’homme).

SCANDINAVIE

Chez les Scandinaves et les peuples du Nord, c’est Loki, le mauvais esprit, qui est, comme Prométhée, enchaîné par l’ordre de la Divinité suprême, pour avoir enfreint ses lois.

Nous trouvons aussi Féridoun enchaîné sur le mont Devavend par Zohak. Il a sur ses épaules deux serpents qui se nourrissent de cervelle d’homme. Image symbolique, représentant le mal que l’homme se fait à lui-même.

Partout le « mauvais esprit » de l’homme se révoltait contre le génie féminin, partout son instinct l’entraînait dans une voie contraire à celle que la Déesse-Mère lui avait tracée. Cela amenait des discussions sur les caractères de la sexualité, l’homme voulant que la supériorité fût donnée à la force qui grandissait en lui, la Femme voulant qu’elle fût toujours laissée à l’Esprit qui s’affirmait en elle et à sa manifestation, la Raison. C’était d’interminables querelles d’autant plus difficiles à faire cesser que les hommes ne voulaient plus comprendre les véritables lois de la sexualité, qui furent, dès lors, cachées dans des allégories, des paraboles, des métaphores.

Cependant, l’histoire nous dit que le mauvais génie fut repoussé dans l’abîme d’où il était sorti.
Mais il devait en ressortir !…

Toutes les traditions de l’antiquité, qu’on a appelées « des Fables », reposent sur les lois de la Nature, toutes traduisent un phénomène réel, observé au commencement de l’évolution humaine, mais dont la signification s’est perdue à travers le temps.

On n’invente pas des dogmes aussi anciens, aussi répandus, aussi durables dans l’esprit de l’humanité, sans que le fait sur lequel ces croyances reposent se soit imposé par sa Vérité à la raison universelle.

LES TROPHÉES – LES EMBLÈMES

Donc il fut un temps où la moitié de la Terre était féministe, l’autre masculiniste, Tour à tour vainqueurs ou vaincus, on voyait les deux partis sans cesse en lutte. Ils couvrirent pendant plusieurs siècles toute l’Asie, l’Afrique, l’Europe de ruines sanglantes.
Ils prenaient pour emblèmes les objets qui rappelaient l’origine de la lutte.

Les Féministes avaient pour symbole La fleur de lotus (ou lotos), qui représentait la Yoni des Hindous, le cteis des Grecques.

Chez les Celtes, la fleur de lys sera l’emblème féminin et restera longtemps le symbole du pouvoir légitime. Mais les hommes s’en empareront sans penser que la chose qu’il représente n’appartient pas à leur sexe.

La Rose, que les anciens appelaient « la splendeur des plantes », est aussi un emblème qui représente la Femme. Elle est dédiée à Vénus et ceux qui se soumettent à sa loi sont appelés sub rosa.

C’est la rose mystique que nous retrouvons en Egypte dans l’ordre de la « Rose-Croix ».

C’est du mot « Yoni » que viennent les principaux noms donnés aux sectateurs féministes : Yavanas, Yonijas, « Adorateurs de Vishnou », Ionioi et enfin Ioniens, nom que prendra l’archipel grec quand les fugitives de l’Asie s’y réfugieront.

Le mot Ioni était devenu à cette époque synonyme de féminin, et tous les arts de luxe, les inventions ingénieuses, les travaux délicats étaient rapportés à l’Ionie (1).

Mais les hommes raillaient, blasphémaient, ridiculisaient la Yoni. Chez les Celtes, on la représentait par une grenouille (et les anciennes coutumes bretonnes nous apprennent qu’il a existé longtemps un jeu qui consistait à « écarteler la grenouille »).

Les masculinistes arborent le « lingam » aux Indes. On les appelle « Lingajas ». Chez les Grecs, c’est le Phallos, et chez les Latins, le Phallus.
Les Féministes, à leur tour, ridiculisent cet emblème, le représentent sous la figure d’une oie, d’une grue, d’une cigogne, de tout oiseau dont le long cou émerge de deux ailes déployées, et en font le symbole de la bêtise.

Plus tard, les hommes ennobliront l’emblème et en feront le cygne de Léda, les oies sacrées du Capitole, et enfin l’aigle impérial.

Dans les vieilles légendes germaniques, c’est la cigogne qui apporte les enfants au monde.

Cependant, quand, plus tard, ils voudront renvoyer à la Femme ses injures, c’est elle qu’ils appelleront grue, oie, croyant ainsi l’insulter, sans penser que la signification symbolique de ces mots ne s’applique pas plus au sexe féminin, que la fleur de lys au sexe masculin.

Le chameau, qui a deux bosses et un long cou, représente aussi le Phallos.

Le chêne deviendra un emblème mâle, à cause de la forme de son fruit, c’est pour cela qu’il symbolisera la force de l’homme.

On lui opposera l’Acacia, qui deviendra un emblème féminin à cause de la forme de sa fleur et restera le symbole de la science primitive perpétuée dans les sociétés secrètes (notamment dans la Franc-Maçonnerie).

La signification des symboles se voilera dans l’hermétisme et quelques-uns deviendront énigmatiques, tels que la flûte de Tubal-Caïn, ce triste instrument qui amène la dégénérescence de l’homme qui devient expert dans l’art de s’en servir. Et les traducteurs naïfs nous diront : « Tubal-Caïn ou Jubal découvrit les instruments de musique ».

En même temps que les emblèmes, les couleurs deviennent symboliques.

Le blanc est la couleur masculine ; le rouge, la couleur féminine. Et la couleur rouge appelée ponceau devient l’emblème de la souveraineté ; c’est la pourpre. Les féministes (les rouges) sont appelés Pinkshas ; de là vient le nom de Phéniciens qui veut dire roux.

Un oiseau rouge, le Phénix, du nom même des Phéniciens, servira d’emblème féminin et désignera tout ce qui est élevé, grand, remarquable. De là l’expression railleuse de l’homme : « C’est un phénix ».

Du reste, les noms des emblèmes servent d’insulte dans la lutte.

Mais ce qui est injurieux dans la bouche des masculinistes est glorieux dans la bouche des féministes.

Certains peuples adoptèrent l’étendard blanc, ceux qui voulaient abandonner la contrainte du pouvoir féminin, si bien que le blanc était devenu l’emblème du despotisme, du mensonge, de l’hypocrisie sacerdotale. Les Argiens, les Albains rappellent, par l’étymologie de leur nom, la couleur blanche.

Cette couleur est celle que prirent les Druides quand les Druidesses furent vaincues (2).

Druide se dit en celtique Belech. De là Bel et Bal . De Bel, les Grecs firent Ho-bélisque, flèche de pierre, monument taillé en forme de flèche pour symboliser le phallus.

Le drapeau rouge devint celui de la révolte contre le despotisme quand la vérité et la justice furent vaincues.

Toute l’Asie, toute l’Europe, toute la Terre se divisa en blancs et en rouges.

Enfin, l’architecture même introduisit des emblèmes symboliques dans les constructions.

Devant les temples élevés aux dieux mâles, qui apparaissent, on aménagera une allée bordée d’obélisques, emblème mâle.

Les Féministes lui opposeront l’arc de Triomphe.

On sait que l’ordre Dorique est masculiniste, tandis que l’ordre Ionique est féministe.

L’écriture hiéroglyphique est tout entière symbolique. La première écriture alphabétique le sera aussi, les chiffres même le seront. Le cercle et le diamètre, qui forment le 10 sacré, représentent le principe mâle et le principe féminin.

(Aujourd’hui, nous trouvons ce hiéroglyphe contenu dans le « symbole power » (On/Off), cette icone qui permet de changer l’état d’un appareil électronique)

(1) Les masculinistes diront que Ion, descendant d’Hellen par Xuthus, fut le père des Ioniens. Le mot ion est resté pour désigner ce qu’il y a de plus petit.

(2) Dans les dialectes dérivés du Celtique, lorsque les hommes mettront de leur côté toutes les vertus féminines, ils feront confusion entre le mot blanc et les mots sage, spirituel, savant.

On dit encore en allemand Weiss blanc, et Wissen, savoir. En anglais, White, blanc, et Wit, esprit, wisdom, sagesse.

Cette confusion vient aussi de ce que, dans un autre symbolisme, le Bien est blanc, le Mal est noir. Mais alors l’opposition n’est plus entre blanc et rouge.

ORIGINE DU SYMBOLISME DE L’OURS

Chez les peuples du Nord, l’homme bestial est comparé à l’Ours.

Le mot « barbare » ou « berber » (de baer-bor) signifiait chez les Boréens ceux qui portent l’ours, les hommes chasseurs, les insociables, doués d’une grande force musculaire.

Par extension, on arriva à appeler ces hommes des ours, ce qui voulait dire des gens non policés, vivant entre eux, loin des autres, et ne sachant pas se conduire dans la société des femmes (1).

Cette épithète, d’abord mal prise, fut plus tard acceptée, et l’homme par réaction s’en para, comme d’un titre glorieux.

Dans le blason armorial commun des temps primitifs, l’ours figurait, et son nom bor (ours dans les langues Scandinaves) devint la racine du mot Boréen.

Quand vint la grande lutte de l’homme contre la Femme, c’est l’Ours, l’homme barbare, qui devint le lumineux ; l’homme se déifia et se fit si grand qu’il se compara au soleil.

On retrouve l’ours comme symbole archaïque d’Ouranos (Uranus), l’éjaculateur, le projecteur de lumière.

C’est à ce moment que les constellations astrales du nord furent appelées des ourses : la grande et la petite.

Dans l’écriture primitive, la lettre R est le signe du mouvement, c’est l’emblème de l’homme ; la lettre S est le signe de l’Esprit, c’est l’emblème de la Femme.

Ces signes ont la forme d’un chariot. Le signe féminin représentait le grand chariot, la grande lumière ; le signe masculin représentait la petite lumière, le petit chariot.

Plus tard, l’homme donna son emblème : l’ourse aux deux chariots, supprimant l’emblème féminin, car l’homme ne partage pas, il prend tout.

Par la suite, les idées et les symboles des peuples méridionaux arrivèrent jusque chez les Boréens ; alors ceux-ci adoptèrent les idées régnantes qui divisaient le monde en lunaires et solaires. Ils firent de leur petit chariot le symbole des lunaires, et de leur grand chariot le symbole des solaires.

Mais, avant de connaître les luttes des autres peuples, ils avaient soutenu les mêmes disputes et avaient aussi pris des emblèmes astronomiques.

L’aurore boréale fut aussi regardée par les hommes comme un symbole de lumière masculine.

Mais on ne détruit pas ainsi toutes les anciennes idées, basées sur les lois de la nature, par des imputations contraires. Si le mensonge a des partisans, la vérité en a aussi. On vit, à la suite de ce renversement des sexes, tout le monde septentrional se diviser en deux camps : les Tour-an (Bers cheminant) qui étaient les masculinistes qui suivaient l’Ours, et les Ku-an, les féministes qui ne suivaient pas l’ours (les Bers sédentaires ou Barons), les nobles.

(1) « La ville de Berne, de temps immémorial, entretient des ours ; on raconte, pour expliquer cet usage, l’histoire d’un grand ours tué au IXème siècle près de Berne par un chasseur dont on dit même le nom. Cette histoire, comme beaucoup de fables antiques, a été inventée de toutes pièces pour expliquer à la fois le nom de Berne (Ours, en allemand, se dit Bàr) et le respect traditionnel des Bernois pour les ours. En réalité, la cause de cette sorte d’alliance est bien plus ancienne ; la preuve en a été faite de notre temps. Tout près de Berne, on a découvert un groupe en bronze, datant du Ier ou du IIème siècle de l’ère chrétienne, qui représente un ours de très grande taille s’ approchant, comme pour lui rendre hommage, d’une déesse assise ; l’inscription gravée sur la base du bronze nous apprend que c’est une offrande pieuse, un ex-voto à la déesse Artio. Artio est un nom celtique qui est apparenté de très près au nom grec de l’ours, arktos ; la déesse Artio était alors une déesse ursine, une déesse ayant l’ours pour attribut ou pour compagnon.

Donc, avant l’époque des divinités à figure humaine, Artio était une déesse-ourse, une ourse sacrée ; le souvenir du culte de l’ours s’est maintenu dans la ville de l’ours (Berne) à travers les siècles, et c’est seulement en 1832, à Muri en Suisse, qu’une découverte heureuse a permis d’y reconnaître une survivance du totémisme préhistorique » (Salomon Reinach, Orpheus, p.23).

LE SERPENT DANS LE SYMBOLISME ANTIQUE

L’antiquité a donné un grand rôle au serpent dans les luttes de sexes.

Cet animal rampant est l’emblème de ce qui est bas, lâche, vil.
Il mord la femme au talon, image de l’homme qui l’attaque « par en bas ».

La Femme est la Déesse trempée dans des eaux qui la rendent invulnérable, excepté au talon, où le serpent pourra la mordre et où elle sera blessée. Belle allégorie qui montre qu’elle ne peut pas être attaquée de front, loyalement, franchement, mais seulement par la bassesse qui la mord par en bas.

(Mordre la Femme au talon, l’attaquer par en bas, c’est l’attaquer dans son sexe, en lui imputant les péchés de l’homme.)

Nietzsche compare le méchant à une grappe de serpents enlacés, sifflants et toujours prêts à mordre.

Le serpent, l’homme vil, a mille noms.

En Egypte, c’est Typhon.

En Syrie, c’est Nahash. C’est celui-là qui est le héros de la légende d’Adam et Eve.

Chez les Perses, le méchant est représenté par le serpent Ophinéus.

Au Louvre, on peut voir Minerve assise et menacée dans sa sagesse et dans sa dignité par des serpents qui s’élèvent autour d’elle.

Dans la mythologie égyptienne, le serpent est enroulé autour d’un vase d’eau qu’il anime de son souffle. Le vase est un symbole sexuel. L’eau représente l’élément qui éteint le feu (l’esprit).

D’après Eusèbe, les Egyptiens représentaient le soleil, qui symbolisait la Déesse Isis, traîné dans un vaisseau que le crocodile dirigeait en qualité de pilote. Allusion au gouvernement du prêtre (de l’homme) conduisant la Femme.

Dans la mythologie de Créuzer, nous trouvons une représentation de Vishnou dormant sur Ananta-Shesha, le grand serpent de l’éternité. Elle l’aime, lui prête ses vertus, ignore sa méchanceté.

Cependant, les sept têtes du serpent, les sept manifestations de l’esprit du Mal, sont sur sa tête. D’elle part un cordon, un lien, qui porte un lotus dans lequel sont, des hommes sages qui lisent ses livres, qui étudient sa science.

Le grand serpent repose sur l’eau, d’où émergent des fleurs de lotus. Dans l’eau, on aperçoit des poissons, représentant ceux qui vivent dans le mal et l’ignorance.

Les serpents sont des charmeurs, ils hypnotisent du regard l’oiseau (qui symbolise l’esprit qui s’élève), c’est-à-dire qu’ils séduisent la Femme.

C’est sans doute pour cela que nous trouvons en Grèce un Apollon Pythien séducteur, mais perfide.

N’oublions pas l’Hydre de Lerne, espèce de serpent polycéphale, dont chaque tête représente un des vices de l’homme, comme l’Ananta-Shesha des Hindous.

Quoique les prêtres aient cherché à donner un sens nouveau aux antiques symboles (pour eux, le serpent représente la prudence), ils ne purent pas effacer l’idée primitive qui s’y rattachait et qui persista toujours.

Les peuples sauvages, qui sont dégénérés, ont fait du serpent une divinité qu’on adore.

Toute la tradition antique, propagée par la Femme, est pleine de la légende du serpent, et c’est Elle qui doit lui écraser la tête.
Il est des peuples qui remplacent le serpent par le Scorpion, lequel blesse la Femme au pied.

Chez les Slaves et les Allemands, c’est le crapaud qui est l’emblème du Mal.

Dans la gageure avec le forgeron Sindri, Loki, le Mal, sous la forme d’un taon, pique trois fois douloureusement « l’Etre petit », le nain (manière de désigner la Femme), qui devait souffler le feu sans interruption, comme plus tard les Vestales.

Quand ce même Loki infernal voulut tromper Freya, la Déesse, il se métamorphosa en une mouche.

Chez les Grecs et les Latins, le mâle inférieur, c’est-à-dire sexuel, c’est le Faune, le Satyre qui n’a de l’homme que la moitié du corps, la partie inférieure est celle de l’animal.

Enfin, celui qui manque d’intelligence est comparé à l’âne et ce symbole, qui est dans la Bible, se retrouve à l’origine du christianisme, où la tête d’âne joue un grand rôle et se trouve dessinée sur les murs des catacombes de Rome.

Les peuples dégénérés, devenus sauvages, ont gardé les antiques symboles, mais ont glorifié et déifié ce qui représentait le sexe mâle, le masculinisme ayant triomphé parmi eux pendant la longue évolution que ces peuples ont accomplie.

LE SYMBOLE DU POISSON

Quand les hommes se virent comparés par les femmes à un océan d’erreurs, un déluge éteignant toutes les lumières de l’Esprit, continuant eux-mêmes ironiquement le symbolisme, ils se comparèrent à des poissons.

Et ce nouveau symbole ichtyologique va jouer un grand rôle dans les mythes religieux.

On mettra le poisson dans le Zodiaque et dans les constellations. (Le poisson astral.)

Hygin dit : « que les hommes sont nés du poisson astral. » Et n’est-ce pas là le premier germe de l’idée que l’homme vient de la mer et qu’il a passé d’abord par la forme du poisson ? Ce poisson devint par la suite un monstre marin, représentant le grand persécuteur, le grand oppresseur de la Femme.

C’est le grand Léviathan de la Bible avalant les Yonijas (les féministes).

Puis le symbole, après avoir subi l’amplification de l’imagination orientale, s’amoindrira dans les esprits vulgaires, et le monstre deviendra une baleine et les Yonijas deviendront Jonas.

Pendant que les Féministes deviennent « un homme », les hommes, changeant, dans un autre sens, le sexe de la Femme, arrivent à la symboliser, elle, par le poisson. C’est ainsi qu’on arrive toujours à renverser les rôles. Il était difficile, cependant, de ne pas mettre la Femme sur l’eau, elle qui avait toujours été l’Émergente. Cette figuration était trop avancée dans les esprits pour disparaître complètement. On arrangea les choses, on en fit une amphibie, une Déesse dont la partie supérieure du corps émerge, mais dont la partie inférieure plonge dans l’Océan, et c’est un symbolisme qui représente dans la Femme l’Esprit en haut, la vie animale en bas.

Tout l’Orient a représenté la Femme sous cette figure bizarre : un corps de Femme terminé en queue de poisson.

La Derceto des Phéniciens, la Vénus d’Aphaca et toutes les Vénus orientales sont ichtymorphiques, l’Oannès des Phéniciens aussi, ainsi que Vishnou s’incarnant en poisson.

Les sirènes étaient aussi des femmes émergeant de l’eau et dont la moitié inférieure avait le corps d’un poisson. Peut-être parce que, dans la lutte de sexes, l’homme les avait attirées à lui et plongées avec lui dans l’océan de l’erreur. C’est peut-être pour cela que, dans le langage vulgaire, on garde cette expression « se terminer en queue de poisson » pour indiquer une chose qui finit mal, comme a fini la puissance féminine.

La sphinge des Egyptiens, forme ridiculisée du sphinx, se termine aussi en queue de poisson. C’est donc à tort qu’on a dit que les Egyptiens n’avaient pas de déluge dans leurs traditions, seulement, ils ne l’expliquent pas par un cataclysme physique, mais lui laissent sa signification symbolique d’un bouleversement moral.

Le sphinx avait représenté l’Esprit féminin dans son plus pur rayonnement, « l’influx d’Isis », symbole qui, d’ailleurs, ne resta pas exclusivement égyptien, mais devint universel. Nous le retrouvons en Assyrie, où on lui donne des ailes colossales. C’est la pensée qui vole.
Il est chez les Hellènes, où nous le retrouvons dans la légende d’OEdipe.

Il est avec les Hébreux pour protéger l’arche d’Israël sous la forme des Kéroubim.

Mais la réaction qui profane tout en fit la sphinge représentant la femme avilie par les mauvaises passions masculines qu’on lui attribue ; on lui donne des yeux rutilants de curiosité malsaine, de rêves obscènes, et des griffes fouillant la chair humaine.Toutes les passions de l’homme féminisées.

REPRÉSAILLES

Les comparaisons injurieuses que faisaient les femmes blessaient les hommes et devaient amener de la part de ceux-ci une réaction. Elle fut terrible, brutale, et en même temps stupide.

L’homme, qui est doué d’esprit d’imitation, copia la Femme et créa une faculté psychique nouvelle : la « réflexion sexuelle », qui consiste à renvoyer à la Femme ce qu’elle reproche à l’homme.

La réflexion sexuelle s’appelle en rhétorique Rétortion ; c’est l’emploi des raisons, des preuves dont l’adversaire s’est servi.

Rétorquer, c’est tourner contre son ennemi les arguments qu’il a employés lui-même.

L’homme se vengea en employant contre la Femme la raillerie dont elle lui avait donné les premières leçons. Mais là où la Femme avait fait un reproche justifié, il en fit un qui ne répondait pas à la réalité des choses, qui ne s’adaptait pas aux conditions physiologiques, psychiques et morales de la nature du sexe féminin.

Il se contenta de répéter sans penser. Or, une imputation fausse, c’est un outrage.

Imputer à la femme les conséquences des actions sexuelles masculines, c’est supposer implicitement qu’elle est un homme, qu’elle participe à la nature sexuelle de l’homme et subit la même déchéance.

Imputo (en latin attribuer) a fait Puta qui veut dire par supposition.

On supposa donc par ce système, ou, du moins, on sembla croire que la femme subissait la déchéance sexuelle, car le mot Puto n’affirme pas, mais il présume, il imagine. De là est venue l’expression père putatif (père présumé). De là aussi le mot Putain, femme présumée impure. Réputation veut dire chose supposée.

Et, sur cette présomption, nous allons voir pleuvoir les injures sur le sexe féminin.

C’est cette réaction subversive qui nous explique pourquoi les Déesses sont présentées sous deux aspects : cela répond à deux époques de l’histoire. D’abord glorifiée, la Femme est montrée dans toute sa dignité. Puis ensuite elle est avilie, déshonorée, et alors on ne lui laisse plus comme attribut que la maternité, c’est-à-dire ce qui est sexuel et ne peut être nié. Toutes ses facultés intellectuelles sont méconnues, ou même données à l’homme.

Mais ces différentes phases se déroulent lentement.

Le premier stade de la réaction est dans la comparaison injurieuse, renvoyée telle qu’elle s’est produite, sans réflexion. Ainsi la Femme avait comparé l’homme au taureau, à cause de sa force musculaire ; l’homme se vengea en appelant la Femme « vache ».

Elle l’avait comparé au serpent, c’est à elle que l’homme va donner pour emblème le serpent. L’oie et la grue, malgré leur origine idéographique bien spéciale au sexe masculin, serviront, plus tard, à désigner la Femme. On appelle la Mère l’Oie la vieille qui conte aux enfants les traditions de l’ancien régime. Et les modernes qui ont perpétué le symbole l’appliquent maintenant exclusivement à la Femme.
Toutes les Déesses sont ridiculisées.

La grande Isis ne représente plus le soleil, c’est la lune qu’on lui met sur la tête entre des cornes de vache. Elle ne personnifie plus l’Esprit de la Femme, mais son sexe, on en fait une mère nourrice. Elle porte sur son front le serpent d’or, l’Uræus, qui avait servi à représenter l’homme pervers.

L’hiéroglyphe du mot Isis est le siège. Il sert à écrire le mot : demeure. Elle représente l’habitation, la maison, on dirait en terme moderne : le foyer. C’est le Saint-Siège qu’occupe la femme qui a la préséance. C’est pour cela qu’il est resté dans les mœurs que la Femme s’assied et que l’homme reste debout.

Isis est aussi représentée avec une tête de lionne pour renverser le symbole du sphinx, tête de femme, corps de lionne, qui servait à représenter l’intuition de la grande Déesse Thoth (dont on fera un homme).

Souvent aussi on lui donne une tête de vache.

Enfin, Isis avilie est représentée par la Déesse Seth à tête surmontée d’un scorpion. L’astre Sirius (Sothis) qui apportait l’inondation lui était consacré, la montrant ainsi comme la Déesse de l’eau, qui était le symbole de l’erreur et de l’ignorance.
Il y avait à Assouan un temple dédié à Isis-Sothis.

La Déesse Neith, que les Grecs assimilent à Minerve, est appelée la vache génératrice. Des petits monuments la représentent allaitant de jeunes crocodiles.

Les Déesses Neith, Nephthys et Bast sont figurées avec des têtes de chattes. La dernière représente ironiquement la chaleur au lieu du flambeau qui éclaire. On les appellera des Déesses Léontocéphales, elles serviront à parodier la Femme-Esprit représentée par le Sphinx.
Menhit, Déesse Léontocéphale, est adorée à Esneh, ce qui prouve qu’après quelques générations on perd de vue l’origine du symbole et on l’accepte comme représentant une vérité ou un mystère.

La Déesse Nout est aussi ridiculisée et son nom est écrit par l’hiéroglyphe de l’oie glousseuse. C’est évidemment une vengeance masculine, puisque l’oie (qui représente le phallus) était le symbole de la bêtise de l’homme.

Nout, qui représente le Ciel, est peinte sur le couvercle des cercueils comme pour représenter la mort, depuis que l’homme chacal Anubis a été un symbole de mort.

Les auteurs expliqueront cela par une idée qui semblera raisonnable, ils diront que la Déesse s’étend au-dessus de la momie qu’elle protège. Mais les morts n’ont pas besoin de protection.

C’est ainsi que les hommes des générations postérieures corrigent les absurdités de leurs prédécesseurs, nées de la jalousie sexuelle, en donnant une signification qui peut sembler raisonnable à leurs aberrations.

Dans un papyrus du Louvre, il est dit au défunt :

« Ta Mère Nout t’a reçu en paix, elle place ses deux bras derrière ta tête chaque jour, elle te protège dans le cercueil. »

Les femmes avaient comparé l’homme rapace au vautour.

Voici comment cette signification est renversée à propos des Déesses qui, d’abord, étaient appelées « Dames du Ciel ». On lit dans Horapollon : « Les Égyptiens, lorsqu’ils veulent écrire Mère ou Ciel, peignent un vautour ».

Le vautour remplaça la colombe qui représentait I’ESPRIT, et c’est dans la période de réaction que la Mère est symbolisée par cet oiseau rapace.

La colombe a eu un grand rôle dans la Zoolâtrie. C’était le symbole de la pensée qui s’élève.
Ionah en hébreu signifie colombe.

Ce mot vient évidemment du sanscrit Yoni, d’autant plus que les Ioniens étaient quelquefois appelés Colombans.

Le souffle de l’Esprit devient le vent, qui va devenir synonyme du « chérub » des Hébreux.

L’Esprit interprété par la Femme est tout, par l’homme il n’est rien. Les noms dans leur double signification le disent : « Le vent, l’air et l’Esprit ont toujours été synonymes chez tous les peuples : Pneuma (l’Esprit) et Anémos (le vent) chez les Grecs, Spiritus et Ventus chez les Latins étaient des synonymes. »

« Un vent, ministre de Vishnou, s’appelle « Hanumat » ; ses ailes rapides en font le messager de la colère divine : son dard (Kantaka, l’épine, selon le sanscrit) est redoutable et, s’il ne frappe à la jambe, sa blessure secrète courbe les tailles les plus fières ».

Je cite, mais je n’explique pas. Les luttes de sexes ont créé une littérature inexplicable.

De Sapheth, la Déesse des livres et des Bibliothèques, on fait Sekhet qui représente « l’ardeur dévorante » du Soleil, lui donnant un rôle sexuel, au lieu de son rôle intellectuel.

Thoeüris (Ta-ourt, qui est l’antique Déesse Taoth ou Thoth, masculinisée) est « la grande », elle est aussi appelée Apet et Shepout. On en fait une Déesse à corps d’hippopotame, à mamelles pendantes.

Dans une inscription ptolémaïque, elle a un rôle castigateur ; elle est représentée avec une tête de lionne et armée d’un couteau.

Il est dit : « Elle se nourrit de ce qui approche de sa flamme ».

Elle semble représenter, dérisoirement, la Matrone. Elle préside, dans les temples, aux chambres où étaient représentées les naissances des jeunes divinités. On dit d’elle : « Elle est la grande qui a enfanté les dieux. »

La Déesse grenouille est une forme donnée à la femme qui remonte à là Vème dynastie. On a des amulettes en forme de grenouille.
Si la femme est une grenouille, c’est parce que l’homme a été comparé au crapaud.

A une certaine époque, le signe grenouille servait à écrire le mot année. Est-ce pour rappeler la fécondation annuelle ? Alors le têtard était l’hiéroglyphe du nombre mille ou cent mille.

C’est ainsi que toujours les symboles changent de sexe.

Pendant que la Femme a maintenant une tête d’animal et un corps humain, l’homme est aussi représenté à l’envers : il a un corps de taureau et une tête d’homme, imitant ainsi le Sphinx.

Ceci est, évidemment, une réaction contre les figurations des époques antérieures qui montraient l’homme avec une tête d’animal.
Du reste, remarquons que ce nouveau symbolisme est très postérieur au premier, il caractérise l’époque du triomphe de la puissance masculine.

Le serpent lui-même fut réhabilité, comme symbole masculin.

Il devint l’emblème de l’innocence, et nous voyons les grands sculpteurs de l’antiquité le mettre dans les mains de
gracieuses figures taillées dans le marbre.

Du reste, quand l’homme triomphe, ce reptile ne représente plus la ruse, mais la prudence. Esope l’a remis à sa place, en en faisant l’emblème de l’ingratitude.

C’est ainsi que la Déesse, « l’Eternel féminin », a toujours été représentée, suivant les deux états de l’âme masculine : l’amour avec ses envolées sublimes qui dépassent la raison froide sans la contrarier ; la haine que fait naître la jalousie de sexe, avec ses ruses infernales, témoignage de la fausseté du cerveau de l’homme pervers, affublant l’autre sexe de ses vices, de ses crimes, de ses instincts de fauve.

ORIGINE DU MONDE MASCULIN

Les luttes que nous venons de retracer montrent que, quoique l’humanité soit jeune encore, il est déjà des hommes dont l’esprit s’est obscurci, dont le caractère s’est altéré, des hommes déjà engagés sur la pente fatale de la dégénérescence.

Ils évoluent maintenant de haut en bas, et, dans cette descente, perdent la spiritualité et se laissent entraîner dans l’erreur, que la Femme abhorre, dans la brutalité qu’elle redoute, dans la luxure qui lui fait horreur.

Cet entraînement des passions pousse les hommes à supporter avec impatience toute autorité morale qui veut les contraindre à remplir des devoirs, et, pour s’en libérer, ils s’insurgent contre la famille primitive et quittent la tribu.

Ces révoltés s’en vont par les chemins, vaguant à l’aventure.

Ce sont des vagabonds, des enfants prodigues obligés souvent de revenir au bercail, poussés par les nécessités de la vie, que l’homme isolé ne peut satisfaire et que la famille lui assure.

Cette rupture des liens familiaux fait entrer l’homme dans un monde inférieur, où la Femme ne peut le suivre qu’en subissant d’affreux tourments. Quand il arrive ainsi à secouer ses devoirs, Elle le considère comme marchant vers « la mort de l’âme ». Il n’est plus pour Elle qu’une ombre (ou umbra, ou sombra : qui est sombre et qui sombre). Et de ce mot ombre on fera hombre, homo, homme.

Chez les Étrusques, les hommes séparés des tribus régulières sont « perdus ». On les appelle des mânes (d’où man). Ce sont des êtres déchus vivant dans les limbes, c’est-à-dire dans un monde sans lumière. Ils sont « retranchés pour toujours », suivant une expression employée dans le livre d’Abdias (I, 10) et dans le Lévitique (XIX, 8).

Dans le « Li-Ki » des Chinois, il est dit des hommes : « Ceux qui avaient perdu le sentiment du devoir étaient considérés comme des hommes morts ».

C’est quand les hommes sont arrivés à cet état qu’ils fuient la société des Femmes et font leur monde à part, le monde masculin où régnent les luttes, les ruses, le mensonge et l’injustice.

Ces dégradés vont former chez les Hindous une classe à part : les parias çoûdras. « On les considéra, dit Fabre d’Olivet, comme des hommes insociables, dont on ne pouvait fléchir le caractère opiniâtre, et on les relégua dans le désert comme des sortes de parias impurs. » (L’Etat social de l’homme, p. 328).

Les parias sont partout les « réprouvés ». On leur interdit de vivre dans la société des autres hommes.

D’abord vagabonds, ils finissent par se réunir et par former des troupes nomades, c’est ce qui leur donne de la force et de l’audace.
Les Edomites (Edom, c’est l’homme, comme Esaü) formaient des troupes nomades.

Les historiens, pleins d’indulgence pour ces vagabonds, les appellent des « guerriers ». Et en effet ils bataillent, ils tuent, ils pillent.

Les parias ne possédaient rien, n’étant stables nulle part et ne travaillant pas.

L’immutabilité de la propriété territoriale était le principe même de la famille régulière dans laquelle s’accomplissait un travail collectif qui donnait au terrain sa valeur.

SÉPARATION DES SEXES

LES DEUX MONDES MASCULIN ET FÉMININ : LE CIEL ET L’ENFER

Maintenant que nous savons comment la société était constituée, nous allons mieux saisir l’esprit des Ecritures.

En effet, comment comprendre la signification donnée aux mots si nous ne savons pas que les hommes et les femmes étaient en luttes et que c’est à ces luttes qu’il est fait allusion par les premiers auteurs qui écrivirent, c’est-à-dire par les femmes ?

Dans le « Vishnu-Puràna » (livre féminin), il est dit :

« Le Ciel est ce qui fait les délices de l’Esprit, l’enfer ce qui lui donne du mal. Voilà pourquoi le vice est appelé « enfer » et la vertu appelée « ciel ».

« Ce qui seul est vertu, c’est la sagesse ».

Une femme seule peut avoir écrit cela. Pour un homme, le vice est aimable, il n’est pas un enfer.

L’homme met son « ciel » dans les choses sexuelles (témoin le paradis de Mahomet), non dans les choses qui font les délices de l’Esprit.

Le mot infer (infernal, etc.) signifie inférieur, ce qui est en bas, et on l’emploie pour désigner les choses sexuelles, puisque le pôle générateur est en bas par rapport au pôle cérébral qui est en haut.

ORIGINE DE L’IDÉE DU FEU INFÉRIEUR

Le feu, qui rayonne dans les astres, ayant été pris pour symbole de l’Esprit et de l’amour féminin, les Prêtres, par ironie ou par imitation, le prennent pour symboliser l’amour masculin, qui est l’antithèse de l’Esprit, le pôle opposé. Alors ils placent le feu dans la partie inférieure du corps, par opposition aux Féministes qui placent le feu dans la partie supérieure, le pôle cérébral.

Il y eut donc deux feux : celui d’en haut : le feu sacré ; celui d’en bas : le feu profane, le feu des passions masculines. Le pôle générateur, c’est le pôle inférieur, d’où infer, puis enfer.

Quand la partie inférieure du corps devint l’enfer, on plaça en bas « le feu dévorant », et, plus tard, en le descendant encore plus bas, on le mit sous les pieds, puis sous la surface terrestre.

Dans les Gâthas (livre des Iraniens), l’idée du Ciel est rendue par « Garô-Demana », la demeure des chants. Les esprits bienheureux y chantent des hymnes, Ahoura-Mazda y réside et les magavas.

L’enfer est appelé « Droûdjô-demana », la demeure du mensonge ou de la destruction, il est destiné à tous ceux qui pensent, disent ou font le mal.

Chez les Israélites, l’enfer, c’est le Schéol, situé au soleil couchant, c’est-à-dire au déclin de la vie spirituelle représentée par le soleil ; c’est le séjour des méchants, des âmes des « morts » (morts à la vie de l’esprit).

Le Schéol est opposé à l’Abaddon (paradis) où n’entrent que les vrais enfants d’Ab-brahm, mot qui signifie primitivement peuple de Brahm. Les méchants en sont exclus.

Telle est l’opinion des Pharisiens, adversaires des Sadducéens. L’union de l’homme et de la femme est le mariage du Ciel et de la Terre.

Chez les Hindous, il y a plusieurs paradis.

La tradition antérieure à la réunion des trois dieux dans la Trimoûrti assigne à chacun d’eux une résidence spéciale. Celle de Brahmâ s’appelle Satya-loka, celle de Vishnou Vaikountha, celle de Çiva Kaïlâsa. Ces paradis sont placés sur le Mêrou, et le premier des trois en occupe la cime, celui de Vishnou vient ensuite, puis celui de Çiva à un étage inférieur.

Au-dessous des trois est le Svarga, ou paradis d’Indra, où chantent les gandharvas, où dansent les Apsarâs, où l’on voit la vache Kâma-dhênou, les cinq arbres (cinq races) Kalpa, Pâridjâlaka, Mandâra, Santâna, Haritchandana.

Il est bien évident qu’on a mis ici le mot « Paradis » pour résidence quand on a révisé les livres, effaçant déjà ainsi l’idée de l’enfer dans le monde de Çiva, qui n’est plus qu’un paradis inférieur. Connaissant l’origine de l’idée d’un « enfer terrestre », un monde créé par l’homme et où la femme souffre, nous allons comprendre la signification des mythes qui nous représentent « la descente de la Femme aux Enfers ».

L’action de la Femme supprimée de l’histoire a été cachée dans le Mythe d’abord, puis dans le Mystère, et le mystère est la base des religions : ce qu’on nous prescrit d’adorer doit rester caché ; le symbolisme qui représente les choses sacrées est un mystère ; les cérémonies du culte sont des mystères.

Bien plus, dans l’antique religion de l’Inde, de l’Egypte, de la Grèce, les grandes solennités religieuses sont appelées « des Mystères ». Et c’est là qu’on se rend en grande pompe et avec un profond respect.

Rien n’a été placé, dans l’imagination des peuples, au-dessus de ces antiques mystères.

Ce qu’on faisait dans les Temples pour célébrer ces imposantes cérémonies a toujours été un sujet de curiosité pour les hommes, parce que les lois de la Nature, qui y étaient expliquées et célébrées, ne leur ont jamais été révélées qu’avec de grandes difficultés et après des épreuves sévères.

Celui qui connaît le « Mystère » c’est le Mystique.

Mais à côté de celui qui sait, il y a celui qui ne sait pas et se révolte ; de là deux courants ataviques qui se disputent la mentalité des hommes parce qu’ils se contredisent : une aspiration vers la connaissance qui crée l’éternelle nostalgie du mystère, le désir de savoir et en même temps la crainte d’apprendre.

Cette crainte a pris le dessus avec le temps. Les auteurs modernes qui sont initiés ont une façon de parler des Mystères qui prouve que la divulgation complète de la vérité les épouvante.

Ainsi, Fabre d’Olivet dit :

« Qu’on ne s’y trompe pas, la connaissance de l’origine du mal, si elle a été acquise, n’a jamais été ouvertement divulguée, elle était profondément ensevelie avec celle de l’Unité de Dieu dans les Mystères antiques et n’en sortait qu’enveloppée d’un triple voile. Les initiés s’imposaient un silence sévère sur ce qu’ils appelaient les souffrances de Dieu (Hérodote, Euterpe, 171), sa mort, sa descente aux enfers et sa résurrection.

« Ils savaient que le serpent était, en général, le symbole du mal. Les Théosophes ne faisaient pas un dogme public de l’unité de Dieu précisément à cause de l’explication qu’il aurait fallu donner de l’origine du Bien et du Mal ; sans cette explication, le dogme en lui-même eût été incompréhensible ».

Ceci nous prouve qu’il est impossible de comprendre la signification des dogmes religieux qui existent encore actuellement si l’on ne connaît pas leur origine mystérieuse.

Pour faire cesser les malentendus que l’ignorance antique a créés et que l’ignorance moderne perpétue, il faut expliquer la signification de tous les mots qui constituent le vocabulaire sacré, parce qu’ils ont un sens caché.

Il y a donc un grand chapitre à faire pour éclairer les chercheurs : il y a à faire l’Histoire du Mystère.

Honni soit qui mal y pense

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