A la Une Conspirationisme

L’Indonésie massacre les papous après avoir annexé leur territoire illégalement

«Les Indonésiens nous chassent tels des animaux»

Persécutés et sommés en 1969 d’accepter leur rattachement à l’Indonésie, les Papous voient leur combat pour l’indépendance étouffé à mesure que leur poids démographique décline. Sûr de son emprise, Jakarta vient d’ouvrir le territoire aux médias.

La porte du minuscule avion n’est pas encore ouverte que déjà, on entend les cris des villageois. Ils sont plus de 1 000, groupés sur les bords de la piste d’atterrissage en herbe. Comme une grande partie du territoire papou, Okhika n’est accessible que par avion. Ici, pas de route, pas de voiture.

En ce début octobre, les villageois sont venus à pied des montagnes afin d’accueillir Victor Yeimo, le chef du Comité national de Papouasie occidentale (KNPB), la plus grosse organisation militant pour l’indépendance de ce territoire. On n’est qu’à quarante-cinq minutes de vol de la capitale de la Papouasie, Jayapura, mais ici, c’est un autre monde.

De nombreux villageois sont vêtus de tenues traditionnelles, une dent de cochon leur traverse le nez, des plumes sont accrochées sur leurs têtes et dans leurs dos. Les hommes, armés d’arcs et des flèches, sont nus, seul leur pénis est recouvert d’un koteka, un étui pénien. Les femmes portent un haut en corde tressée, une jupe faite d’un assemblage de feuilles séchées. Victor Yeimo se glisse hors de l’appareil, lève le poing en l’air et crie : «Papouasie indépendante !» Les villageois reprennent en cœur, scandent des slogans anti-indonésiens, hissent le chef du KNPB sur leurs épaules. C’est la première fois qu’il vient ici, c’est un événement.

L’Indonésie a annexé la Papouasie occidentale en 1969. Un référendum devait être organisé sous la surveillance des Nations unies pour décider du sort du territoire. Mais à la place, 1 000 chefs de village triés sur le volet sont réunis par l’armée indonésienne, et forcés à voter pour l’adhésion à l’Indonésie. Cruelle ironie pour les Papous : l’Indonésie nomme cette parodie «l’Acte de libre choix». Depuis, l’Organisation pour une Papouasie libre, qui regroupe différents mouvements, dont celui de Victor Yeimo, milite en faveur d’un nouveau référendum. «Nous, on l’appelle « l’Acte de non-choix », on veut un référendum juste», explique Yeimo. Un vrai référendum, une «rectification de l’histoire», et le droit à l’autodétermination pour un peuple qui ne se considère pas indonésien. Les Papous ont la peau noire, ils sont mélanésiens, répètent-ils, comme leurs voisins de Papouasie Nouvelle-Guinée ou encore les Néo-Calédoniens.

ALERTE AU GÉNOCIDE EN PAPOUASIE NOUVELLE GUINÉE.
Extermination du peuple autochtone Papou par Les Forces d’Occupation coloniales Indonésiennes. ( Massacres, viols, tortures ) Appel lancé par WAMO diffusé en langue française..

Les multinationales déjà bien installées

On estime que des dizaines de milliers de Papous ont été tués par les forces de sécurité indonésiennes depuis les années 60 dans ce conflit séparatiste très peu médiatisé.

Pendant plus de quarante ans, les autorités ont bloqué l’accès à ce territoire aux médias et aux organisations de défense des droits humains. Le président indonésien, Joko Widodo, a récemment levé ces restrictions, affirmant qu’il n’y avait «rien à cacher en Papouasie».

La revendication d’indépendance, l’Indonésie ne veut pas en entendre parler.

La Papouasie est riche en ressources naturelles et Julio, un représentant du KNPB à Okhika, assure qu’une fois indépendante, la Papouasie saura se montrer reconnaissante envers ceux qui l’aideront dans son combat. «Les Indonésiens nous chassent, nous tuent, nous oppressent comme des animaux. Ceux qui soutiendront l’indépendance de ce pays, on les récompensera», promet-il. Mais les multinationales étrangères sont déjà bien installées. Le géant minier américain Freeport, qui exploite en Papouasie une des plus grosses mines de cuivre et d’or au monde, est même le premier contribuable de l’archipel indonésien.

Malgré ces richesses, les indicateurs de développement sont au plus bas. Niveau de vie, éducation, santé… la Papouasie est dernière de la classe dans le pays. «Rien de ce que le gouvernement indonésien a fait n’a permis d’améliorer de manière significative la vie des Papous, à part dans le cas des élites au pouvoir», affirme la directrice de l’Institut d’analyses des conflits en Indonésie, Sidney Jones. Tout n’est pas de la faute de l’Indonésie, souligne-t-elle : «Jakarta a une grosse part de responsabilité, mais l’élite politique papoue est également responsable, car elle s’est avérée extrêmement corrompue.»

A Jayapura en 2012. (photo Sally Collister. Demotix. Corbis)

Les observateurs s’accordent à dire qu’une majorité des Papous souhaitent toujours l’indépendance. L’Indonésie fait tout pour étouffer cette revendication et les atteintes aux droits humains sont légion, dénonce Andreas Harsono, le représentant de Human Rights Watch (HRW) en Indonésie:

«Toutes les semaines, je reçois des rapports sur les violations des droits de l’homme en Papouasie, qu’il s’agisse de passages à tabac, de meurtres, de violences sexuelles, de discriminations à l’emprunt dans les banques.»

Fin septembre et sans raison apparente, la police a ouvert le feu sur une bande de jeunes dans la rue. Deux d’entre eux ont été tués.

Si les militants veulent réparer l’«injustice» du faux référendum de 1969, pour beaucoup de Papous ce sont, selon Sidney Jones, «l’humiliation quotidienne, le sentiment d’être traités comme des citoyens de seconde classe, les violences gratuites de la part des forces de sécurité» qui alimentent le sentiment anti-indonésien.

Les Papous ont aussi peur de disparaître.

Ils représentaient 96 % de la population locale au début des années 70 ; aujourd’hui, ils sont minoritaires en Papouasie.

Les chercheurs estiment qu’en 2020, ils ne seront plus que 30 %. Le résultat d’années de «transmigration», un programme gouvernemental qui visait à envoyer les habitants de régions surpeuplées vers les zones les moins habitées du pays. Une «politique de colonisation» et un «lent génocide», dénoncent les indépendantistes.

Favorisés par le gouvernement, les Indonésiens dominent l’économie locale. Symbole de cette discrimination quotidienne : les marchés. Au volant de sa voiture dans les rues de Jayapura, Victor Yeimo pointe le trottoir d’un signe de tête. L’image est frappante. Tout le long de la rue, des femmes papoues et leurs marchandises étalées sur le sol. Derrière elles, des magasins. Tous tenus par des Indonésiens. «Ce sont nos mères, elles sont papoues et elles doivent essayer de vendre leurs produits dans la poussière. Mais les Indonésiens, ils sont dans les vrais magasins. Elle se développe, la Papouasie occidentale ? Non, rien ne change.»

Lina, la cinquantaine, vend des noix d’arec et du bétel, un mélange que beaucoup de Papous mastiquent à longueur de journée, et qui leur laisse les dents rouges. Pour elle, la solution est toute trouvée : «Il faut que les Indonésiens rentrent chez eux.» Aujourd’hui, ils viennent principalement de leur plein gré, par milliers toutes les semaines. La Papouasie, c’est l’assurance d’un meilleur salaire, explique Ribut, 41 ans, qui vient de l’île de Java et vend des légumes frits. Comme beaucoup des Indonésiens rencontrés sur place, Ribut préfère ne pas parler politique. La question de l’indépendance, de toute façon, «ne se pose pas». «La Papouasie fait partie de l’Indonésie maintenant», assure-t-il, avant de couper court.

Prisonniers politiques

La Papouasie est la région la plus militarisée d’Indonésie, une présence «démesurée» selon les défenseurs des droits de l’homme, que les autorités indonésiennes justifient par la menace de la branche armée de l’Organisation pour une Papouasie libre.

Peu nombreux et mal organisés, les rebelles n’ont pourtant jamais représenté une menace, explique Andreas Harsono : «C’est vrai, certains Papous kidnappent ou tuent parfois des soldats ou des Indonésiens, il y a une raison pour que l’armée soit sur place. Le problème, c’est que c’est une réponse excessive.»

Plus que la branche armée du mouvement séparatiste, ce sont les organisations comme celle de Victor Yeimo qui inquiètent les autorités indonésiennes, affirme Sidney Jones : «Ils peuvent mobiliser les foules plus que n’importe quelle organisation, et ils arrivent à se coordonner avec des groupes pro-papous à l’étranger. C’est ça qui fait peur au gouvernement : l’internationalisation de la cause.»

Depuis la création du KNPB en 2008, une trentaine de membres de l’organisation ont été tués par les forces de sécurité indonésiennes. En mai, le président indonésien, Joko Widodo, qui avait promis de s’intéresser à la Papouasie, a accordé la grâce présidentielle à cinq prisonniers politiques. Mais depuis, quatorze militants se sont retrouvés derrière les barreaux.

Au total, selon HRW, soixante prisonniers politiques sont en ce moment détenus en Papouasie.

Le plus connu s’appelle Filep Karma. Il a été condamné à quinze ans de prison pour «rébellion».

Son crime ? Avoir tenté de lever un drapeau papou lors d’une manifestation pacifique.

Il est emprisonné depuis onze ans, mais a choisi de refuser le pardon présidentiel. «Ça aurait fait de moi un criminel, alors que je suis un militant politique», explique-t-il. Karma le répète, il veut l’amnistie et la réhabilitation. «Je n’ai fait que parler de nos droits sur nos terres. Ils disent que l’Indonésie est une démocratie, alors pourquoi m’ont-ils arrêté ?»

Depuis sa prison, Filep Karma, qui porte toujours un petit drapeau papou accroché à sa veste, encourage les Papous à continuer à se battre pour leurs droits. «Qu’est-ce qu’ils vont faire ? sourit-il. Ils ne peuvent pas tous nous mettre en prison.»

Marie Dhumieres Envoyée spéciale en Papouasie occidentale (Indonésie)

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