Gnostiques et Rose-Croix Les LIGNÉES

L’Hypostase des Archontes

Par John Lamb Lash

Traduction par Dominique Guillet d’un commentaire de John Lash sur « The Reality of the Archons ». “L’Hypostase des Archontes” est également appelée “L’Origine des Archontes” et “L’Origine des puissances”. C’est un traité cosmologique présentant la version Gnostique de la Genèse: le mythe de Sophia, l’émergence des Archontes, le viol d’Eve, la démence de Yaldabaoth, la conversion du Soleil et autres éléments mythologiques. Codex de Nag hammadi. NHC II, 4. 7 pages. Intact.

Après les difficultés ardues que nous avons rencontrées dans l’analyse de l’Evangile de Philippe afin d’en faire ressortir les thèmes prévalants, “L’Hypostase des Archontes” nous présente un discours relativement direct sur le mythe de la création des Gnostiques.

C’est pour l’instant le premier texte se rapportant à la cosmologie que nous trouvons dans notre Plan de Lecture des Codex de Nag Hammadi. Il n’existe que cinq textes de cette teneur dans l’ensemble de ces codex et “L’Hypostase des Archontes” en constitue le texte le plus concis et le plus accessible. C’est donc un bon point de départ pour explorer les écrits cosmologiques.

Ce texte suit l’Evangile de Philippe dans le Codex II et est lui-même suivi du texte “Sur l’Origine du Monde” qui est un autre traité cosmologique – un rare exemple, dans les Codex de Nag Hammadi, de textes comparables qui sont réunis. En introduction de la traduction de Bentley Layton, Roger A. Ballard écrit: : la terre de diamant. Cet étrange langage rappelle l’utilisation de “adamantin” dans le Bouddhisme Tibétain – par exemple, Vajravarahi est appelée “la Laie Adamantine”.

Je présume que dans le langage des Mystères, le terme Adamantin faisait référence à la Lumière Organique, visible, sans ombres et blanche comme neige.

“Sur l’Origine du Monde” est unique quant à sa description de deux créations de la Terre, la construction archontique qui est détruite et la seconde qui perdure, la Terre Vivante qui précipite à partir de la Lumière Organique de l’Eon Sophia. La double existence d’un corps planétaire, formé d’éléments visibles matériels et d’un corps de Lumière Organique qui ne peut être perçu que dans des états élevés de conscience, constituait l’un des secrets les plus profonds de l’initiation.

J’ai proposé des commentaires sur le long passage relatif à Eros par ailleurs sur ce site (Voir “Earthbound Eros” dans Coco de Mer II

“L’Hypostase des Archontes est sûrement l’oeuvre d’un maître Gnostique instruisant une audience… Cette audience est une communauté de Chrétiens Gnostiques, au fait des écrits des deux testaments, et acceptant l’autorité de Paul.”

Cette affirmation est typique des libertés que se permettent les érudits lorsqu’ils considèrent les écrits Gnostiques comme des versions des premiers écrits Chrétiens. Il est vrai que le paragraphe d’introduction utilise un langage que l’on retrouve dans les lettres de Paul, aux Colossiens et aux Ephésiens, mais qui peut dire que Paul, lui-même, n’a pas emprunté ce langage aux cercles Gnostiques?

Dans tous les cas, ce langage était alors communément usité et le fait de citer Paul “le grand apôtre” en dit plus sur l’audience concernée que sur la nature de l’enseignement qui leur est prodigué. “Je t’ai envoyé cela parce que tu t’enquiers de la nature et de l’origine des autorités (en Grec exousia)” pourrait suggérer que le maître Gnostique a été requis de clarifier ou de corriger ce que Paul est supposé avoir dit.

Egoïsme cosmique

L’Hypostase des Archontes entre immédiatement dans le vif de l’histoire. Elle aborde de suite un événement décisif dans le mythe de la Création Gnostique: le dieu imposteur, qui est aveugle, déclare qu’il est le seul dieu de l’univers mais il est démenti par une voix divine qui lui dit qu’il fait erreur.

Le texte fait ici éclater une salve: “Ses pensées devinrent aveugles”. (87.5).

Le fait que les humains puissent penser de façon aveugle, dans l’ignorance de la nature de leurs pensées, et dans l’inconscience de l’auto-obscurcissement des processus de pensées, est un enseignement de base des sciences bouddhistes et noétiques; cependant, les Gnostiques y ajoutèrent une tournure bizarre, l’associant à un acte arrogant d’égoïsme cosmique.

Ils enseignèrent que les processus de la psyché humaine sont emmêlés avec les événements du cosmos dans son ensemble (un synchronisme cosmo-noétique). Par notre mental, nous sommes impliqués dans la démence et dans l’arrogance du chef des Archontes.

Pour découvrir un parallélisme extraordinaire avec l’égoïsme du dieu imposteur dans le mythe Gnostique, nous renvoyons le lecteur à notre essai “La folie de l’ego”.

Dans l’Hypostase des Archontes, les autorités ou puissances sont initialement appelées Exousia, un terme que l’on retrouve dans les écrits attribués à Paul; cependant, le terme Archontoi se présente un peu plus loin dans le texte. Le chef des Exousia n’est pas appelé par son nom habituel, Yaldabaoth, comme par ailleurs dans les Codex du Nag Hammadi. Dans les enseignements des Mystères sur les “sphères planétaires”, les Exousia sont connectés à Jupiter et à la force de la jalousie (en Grec, phthonos).

L’Hypostase des Archontes n’explique pas, comme le font d’autres traités cosmologiques, comment le chef des Archontes fut engendré à partir de “l’abysse” (NOUN en Copte), ici appelé “sa mère” (MAAY en Copte).

Le terme NOUN indique que le chef des autorités, et sa légion, émergent du royaume de la matière élémentaire, du chaos, de l’abysse. C’est ce que nous appelons les champs quantiques, la matrice (supposée) inorganique de la vie organique.

Sophia – appelée ici Pistis Sophia, la “Sagesse Confiante” – a établi un monde céleste pour les autorités “en conformité avec leur pouvoir”, formant ce monde “à l’image de la structure (typos) des mondes qui sont au-dessus, car c’est à partir du monde invisible que le monde visible fut créé” (87.10).

Les “mondes du dessus” sont dans le Plérome, source de toutes les structures archétypiques de manifestation.

Les Archontes ne peuvent rien inventer.

Tout doit procéder de Sophia, un Eon en provenance du Plérome.

Selon d’autres textes, le chef des Archontes crée son propre monde céleste, le système planétaire, en imitant les structures du Plérome, mais s’il est aveugle, comment peut-il percevoir ces formes divines? Ce passage insinue que Sophia se joue du dieu imposteur Yaldabaoth en lui faisant croire que c’est lui-même qui réalise ce qu’elle, la Divinité réelle, crée pour lui.

Maintenant, un événement sublime: l’image de “l’incorruptibilité” se reflète dans le royaume du chaos duquel émergent les Exousia.

Dans les compositions sémantiques du Copte, le terme “incorruptibilité” est construit avec TAKO “corrompre, faire périr”, avec le préfixe AT-, “ne pas” et MNT- qui fonctionne comme le suffixe Français -tion: ce qui donne MNTATTEKO “capacité de ne pas corrompre”. (Le A de TAKO se change en E, une des nombreuses transformations orthographiques déconcertantes du Copte).

Le terme est également rendu par “ce qui est non périssable”.

Cette abstraction est présentée comme une conscience vivante et présente même s’il ne lui est pas donné un nom angélique ou divin, tel qu’Elelath. Cette présence abstraite, de façon étrange, supposée être dans le Plérome, produit une image dans la matière élémentaire (MOOY, “les eaux”) et les Exousia la convoitent mais ils sont incapables de l’atteindre.

Il nous est dit qu’ils peuvent la désirer parce qu’ils ont une âme mais pas d’esprit. C’est l’unique texte des Codex de Nag Hammadi qui affirme quasiment que les Archontes ont une âme, une sorte de vie intérieure. Ils peuvent soupirer après quelque chose, la désirer, mais ils succombent ensuite à la jalousie pour ce qu’ils ne peuvent pas avoir.

Apparemment, l’image de l’incorruptibilité ressemble à la forme humaine que les autorités, appelées maintenant Archontoi, tentent de copier.

Les Archontes “dressèrent des plans” et dirent “ Allons. Créons un humain (ROME) qui sera issu de l’humus de la terre (KAZ, variation de Ge, Gaïa, la Terre en Grec)”. On ne sait pas s’ils façonnent, un homme, un mâle ou la forme humaine (peut-être androgyne?) parce que le Copte ROME est utilisé tout aussi bien pour homme et pour humain. Selon 87.30, ils modelèrent la forme humaine “à l’image de Dieu” ou “apparition divine”.

Nous apprenons immédiatement que l’image est femelle parce que les Archons se décident maintenant “à voir sa contrepartie masculine”. Ils façonnent tout d’abord une image femelle ou matrice et produisent ensuite, à partir de cette image, une forme mâle qu’ils dotent de leur souffle mais la forme mâle est incapable de se tenir debout. Cet épisode est réminiscent des mythes indigènes de création qui décrivent une tentative bâclée de produire la forme humaine – par exemple dans le Popol Vuh. Les Archontes soufflent furieusement mais ils sont incapables d’animer leur création pseudo-humaine car “ils ne connaissaient pas la nature de son pouvoir” (88.10).

Maintenant vient un passage remarquable.

L’esprit du Plérome, observant que “la forme humaine dotée d’âme (psychikos)” est incapable d’atteindre sa stature réelle, envoie une partie de lui-même, de la “Terre de Diamant”, dans la créature en lutte.

Et “l’homme devint une âme vivante”, PSYCHE ETONE.

Le terme ETONE apparaît également dans le nom des Mystères, “le Jésus vivant”, comme nous l’avons déjà remarqué. Par “vivant”, les Gnostiques entendent quelque chose comme “éternel” plutôt que simplement “vivant”. (Cela nous rappelle la distinction entre zoe, la force de vie immortelle, et bios, la force des formes de vie biologique, élucidée par le mythologiste Karl Kerenyi dans Dionysos.) La Terre de Diamant est un terme frappant qui rappelle les enseignements Bouddhistes sur la Conscience Diamant ou Vajra.

Une telle conscience réside dans le Plérome mais comme Sophia est unie à la Terre, la présence divine du Plérome emplit la Terre. Avec le soutien de l’Eon Sophia, Adamas (“la créature terrienne”) peut maintenant se lever et faire preuve de pouvoir spirituel en nommant les animaux. Les types mâles et femelles de l’humanité (ROME) vivent dans un monde édénique, un paradis naturel, la biosphère.

Sophia demeure au sein de toute la biosphère mais Elle y est également présente au travers du médium spécifique de la lumière blanche vivante ou lumière de Diamant, la Lumière Organique. La mythologie de l’Hypostase des Archontes explique les fondements de l’expérience fondamentale de l’initiation dans les Mystères: l’initiation par la Lumière.

Le fruit défendu

Dans la version Gnostique de la Genèse, les autorités (Archontes) interdisent aux parents originels de consommer de l’arbre qui leur permettrait de discerner le bien du mal et ils brandissent la menace de la mort. L’histoire prend une tournure extraordinaire car il nous est narré que les Archontes sont autorisés à proférer cette interdiction afin que les parents originels désobéissent, mangent du fruit défendu et acquièrent ainsi des capacités de perception accrue.

L’illumination procède de la consommation du fruit défendu afin que “les Adamas ne les considèrent pas (les Archontes) comme le ferait une créature limitée par une perception dense et matérialiste” (89.5).

Lorsque les Archontes réalisent que la connaissance proscrite confère à Adam la capacité de discerner leur vraie nature, ils réussissent à le plonger dans un état de stupeur afin de bloquer ses facultés supérieures de perception.

Pour ce faire, ils effectuent une opération grotesque: ils ouvrent le flanc d’Adam et “construisent son flanc en chair pour la remplacer (Eve)” afin qu’il soit ravalé de son statut d’être spirituel (pneumatikos) à un statut plus modeste d’être doté de psyché, d’âme (psychikos). Il est clair qu’Adam est confronté à des manoeuvres pernicieuses de la part des Archontes.

Il est à noter que le scénario de l’Eden Gnostique n’est pas simplement l’inverse du scénario de l’Eden Biblique qui met en jeu un faux dieu créateur qui oeuvre contre l’humanité. Dans la version Gnostique, Adam et Eve ne pèchent pas selon des termes humains. Ils ne désobéissent pas simplement aux commandements du dieu créateur mais ils acquièrent des facultés de discernement leur permettant de démasquer le dieu créateur. En bref, ils témoignent d’une supériorité spirituelle vis à vis des Archontes et c’est pour cela qu’ils sont “punis” par ces derniers qui cherchent à les plonger dans un état de stupeur.

L’enchantement qui est lancé sur Adam ne diminue pas sa conscience ordinaire mais il bloque ses capacités de perception supérieure.

Si cette interprétation est correcte, elle montre que les Gnostiques étaient conscients que les puissances Archontiques, et leurs représentants humains, ont l’intention de priver l’humanité de l’expérience de la conscience supérieure, c’est à dire de l’extase de la connaissance générée par un usage shamanique des plantes enthéogènes.

En fait, le programme du patriarcat s’est toujours opposé, jusqu’à nos jours, au contact expérientiel et à la communion avec la Nature Sacrée au travers d’états altérés de conscience.

Il se peut fort bien que le fruit interdit ait été une plante enthéogène, tel que le champignon sacré, amanita muscaria.

Tout cela se passe dans l’Eden, le paradis sur Terre, mais cette histoire est très différente de celle de l’Ancien testament! Et il y a d’autres éléments de réécriture Gnostique du mythe Judéo-Chrétien de la création. Eve n’est pas affectée par le sommeil profond imposé à Adam. Elle l’appelle pour le faire sortir de sa stupeur. En la voyant, il reconnaît qu’elle est “la mère du vivant”, TIMAAY NNETONE, tout autant que “la thérapeute” qui protège la vie. Les Archontes sont profondément mécontents parce qu’Eve a ruiné leur plan de plonger Adam dans la stupeur et il s’en prennent maintenant à elle. Ici, l’Hypostase des Archontes présente une version du mythe de l’union avec des extra-terrestres que l’on trouve dans les tablettes cunéiformes Sumériennes.

“Et les Archontes furent attirés par Eve, la femme primordiale. Ils se dirent l’un à l’autre ‘Allons, semons notre semence en elle’ et ils la poursuivirent. Et elle se moqua de leur stupidité et de leur aveuglement; et au moment de tomber dans leurs griffes, elle se transforma en arbre et laissa, devant eux, un reflet d’ombre d’elle-même.”

Contrairement à la suggestion habituelle selon laquelle les récits cunéiformes prouvent qu’il y eut une intervention extra-terrestre dans la génétique humaine de la préhistoire, ce texte Gnostique (et pas seulement celui-ci) n’admet pas que les Archontes réussirent dans leur intention de violer la femme primordiale, Eve.

Ils possédèrent, cependant, l’image d’une femme “qu’ils profanèrent outrageusement”. (89.25). Curieusement, ce texte spécifie “qu’ils profanèrent le timbre de sa voix”.

Que cela peut-il vouloir dire? En termes cosmologiques, il est difficile de déceler ce que les Archontes sont en train de faire ici mais en termes psychologiques – qui, rappelons-le, sont toujours pris en compte en synchronisme avec événements cosmiques, dans la vision Gnostique de la réalité humaine – il est suggéré que la féminité fut profanée, bafouée et dénigrée. C’est exactement ce qui s’est passé avec l’émergence de la religion patriarcale: la voix distinctive de la femme, son autorité à parler pour elle-même et pour la Déesse, a été bafouée et profanée.

Ces deux thèmes, à savoir la profanation de la femme et l’interdiction des rites enthéogènes, sont les piliers du programme de domination du patriarcat.

Kenneth Rexroth, qui a retracé les origines du Gnosticisme “au Néolithique et même avant” affirme que la dévotion envers la Déesse rédemptrice dans les Mystères explique la forte et distincte “position anti-patriarcale de la plupart des textes Gnostiques”. (A Primer of Gnosticism dans G.R.S. Mead, Fragments of a Faith Forgotten).

L’érudit Gnostique John D. Turner souligne que “les Gnostiques découvrirent que la source véritable de la répression des structures patriarcales émane du démiurge”, le faux dieu créateur («Réponse à ‘Sophia et Christ’ dans l’Apocryphe de Jean par Karen L. King,» pages 177-186, dans Images of the Feminine in Gnosticism, éditions Karen King). Cela apparaît sûrement évident dans les révisions mythologiques de l’Hypostase des Archontes.

Il serait logique, selon le plan des Archontes, de rendre la femme inférieure à l’homme qu’ils ont tenté de mystifier et d’endormir.

Les Gnostiques enseignent que les pseudo-dieux tentent effectivement cela mais font face à un échec car la femme devient “l’instructrice” de l’homme. L’instructrice assume la forme d’un serpent. Le texte fait un jeu de mots en Araméen entre serpent et instructeur. Le “principe féminin d’initiation”, c’est la Kundalini, le pouvoir du serpent. Ce pouvoir est une faculté innée de connaissance dans la communion ou d’extase cognitive.

Les autorités agirent sous l’emprise de la jalousie lorsqu’ils interdirent l’accès à l’arbre de connaissance précisément parce que le fruit de l’arbre libère le pouvoir du serpent. Le mythe (90.10) suggère que ce pouvoir appartenait originellement aux serpents, où était véhiculé par les serpents, et qu’il leur fut retiré pour être confié aux êtres humains.

Médecine du Serpent

La “femme charnelle”, TISHIME NSARKIKE, également appelée l’Eve sarkique, est une femme liée biologiquement en contraste avec la femme spirituelle ou “pneumatique” qui est l’instructrice de la race humaine. Dans le mythe Gnostique, Eve, la femme Spirituelle ou Pneumatique, n’est pas celle qui tente Adam mais celle qui le libère. Elle est différenciée de la femme charnelle, une créature qui est sous la dépendance de sa nature biologique plutôt que d’en exercer la maîtrise:

“En quittant la femme (charnelle, biologiquement liée), la Femme Spirituelle pénètre dans le serpent et instruit l’homme et la femme de manger de l’arbre de discernement du bien et du mal, à l’encontre des commandements des autorités. Cet acte d’initiation spirituelle est également un acte d’insubordination. En questionnant Adam, les autorités apprennent de lui que la femme lui a donné à manger de l’arbre et ils la maudissent.” (Anne McGuire, «Virginity and Subversion: Norea Against the Powers dans The Hypostasis of the Archons,» pages 239-258, dans Images of the Feminine in Gnosticism, éditions Karen King).

L’Eve Sarkique et sa contrepartie mâle sont des créatures psychiques dépourvues de la connaissance supérieure de l’illumination psychosomatique.

En raison de leur “manque de connaissance” ils éprouvent de la honte, ils se sentent “dénudés de l’élément spirituel (pneumatikon)” mais ils n’oublient pas ce qu’ils ont perçu dans la gnose, dans la connaissance des matières divines.

Lorsqu’Adam dit aux Archontes qu’Eve l’a mis en garde contre leur influence, “l’Archonte arrogant maudit la femme” (91.30). Ils se tournent ensuite vers le serpent et le maudissent, oubliant que ce fut la forme par laquelle ils furent eux-mêmes modelés – une référence frappante à la forme “reptilienne” ou draconique des Archontes.

La “malédiction sur le serpent” est leur riposte vis à vis de l’instructeur serpent, la Kundalini, grâce à laquelle les humains peuvent résister et repousser l’intrusion extra-terrestre et guérir les traumatismes provoqués par l’agression Archontique. La Kundalini est la médecine du serpent.

L’Hypostase des Archontes attribue l’expulsion de l’Eden aux Archontes, dont le chef est Yaldabaoth, identifié avec Jéhovah. Cela s’accorde avec la narration de l’Ancien Testament à la différence près que, dans l’Ancien Testament, Yahvé-Jéhovah est considéré comme le dieu créateur sévère qui punit justement l’humanité de sa désobéissance alors que dans ce texte, le dieu créateur est un extra-terrestre dément qui se venge des parents originels qui ont exercé leurs facultés gnostiques de perception supérieure. L’attitude de Jéhovah n’est pas bénigne et ne peut en aucun cas être interprétée comme un châtiment conduisant à une amélioration de la condition humaine.

“Les autorités précipitèrent alors les hommes dans de grandes distractions et dans les labeurs de l’existence afin qu’ils soient accaparés par la vie matérielle et qu’ils n’aient pas le temps de se consacrer à la vie spirituelle” (91.5-10).

Le texte continue avec une narration très claire de l’histoire de Caïn et d’Abel et il y ajoute ensuite un élément purement Gnostique. Seth et Noréa sont nés des parents originels. Seth est à la tête de la lignée des Révélateurs. Noréa est l’archétype de la femme spirituelle qui porte le pouvoir non profané d’Eve.

“La mère originelle devint enceinte et elle mit au monde Noréa. Et elle dit: ‘ L’esprit a engendré en moi une vierge (parthenos en Grec) qui sera un soutien (En Copte NEBOETHEIA) pour de nombreuses générations humaines” (91.30 – 92.4). Compris dans son sens païen originel, le terme “vierge” désigne non pas une femme qui n’a pas de relations sexuelles mais une femme qui n’a pas porté d’enfants suite à des relations sexuelles et qui conserve donc une puissance virginale intacte.

Cherchant à se venger, les Archontes conspirent pour provoquer le Déluge et détruire la race humaine mais le “gouverneur des forces”, PIARCHON DE NNDYNAMIS, avertit Noé.

Dans le code des Mystères, les Dynamis sont les esprits planétaires de Mars.

Etant des entités planétaires, donc extra-terrestres, ils devraient être classés parmi les Archontes mais ici, curieusement, ils semblent alliés à l’humanité. Noréa, la femme de Noé, dans la narration traditionnelle, reconnaît que les Dynamis sont des puissances extra-terrestres, les “puissances des ténèbres” et elle leur rappelle qu’ils furent incapables de profaner Eve bien qu’ils aient été capables d’endormir sa contrepartie mâle, Adam. Elle les dévoile et affirme sa connexion avec les puissances supérieures du Plérome.

Repentance du Soleil

Le conflit tourne alors à la violence. Les Archontes ici appelés “les puissances de l’iniquité” tentent d’attaquer Noréa, le principe féminin de l’initiation, de l’instruction. En réponse à Noréa qui est en situation désespérée, le grand ange Elelath, qui est appelé sagacité (en Copte MNTSABE) descend pour l’aider et lui prodiguer des enseignements. Le grand ange annonce: “J’ai été envoyé pour parler avec toi et te sauver de la capture par les mauvais. Je vais t’enseigner tes origines” (93.10).

Au paragraphe 93, l’Hypostase des Archontes se transforme en une sorte de discours de révélation. Il est presque certain qu’un second texte indépendant a été inséré dans la dissertation cosmologique que nous avons analysée jusqu’ici. Cet autre texte continue jusqu’à la fin du document, au paragraphe 97. Le grand ange fait une déclaration que l’on retrouve communément dans les enseignements Gnostiques des Codex du Nag Hammadi: l’humanité est supérieure aux autorités, aux Archons.

“Pensez-vous que ces autorités aient un quelconque pouvoir sur vous? Aucun d’entre eux ne peut s’opposer à la racine de vérité (en Copte ME, qui signifie aussi le coeur: «la vérité dans ton coeur»). Car c’est à grâce à elle que le Révélateur s’est manifesté dans les derniers temps — et ces puissances seront dominées. Ces puissances ne peuvent te profaner ou profaner cette génération (qui est alliée au Révélateur) car votre demeure est dans l’incorruptibilité, dans la force virginale et immortelle, supérieure aux autorités et au chaos de leur monde” (93.20-30).

Lorsque Noréa (ou quiconque est l’interlocuteur dans ce dialogue de révélation) s’enquiert de l’origine, de la nature et des pouvoirs des Archontes, Elelath répond par une version du mythe de Sophia, le scénario de la Déesse Déchue. Ici, l’Hypostase des Archontes renoue avec le thème initial qui a introduit le texte mais en l’élaborant encore plus.

Dans un langage rapide, en enchaînant une image après l’autre, le Révélateur décrit comment l’Eon Sophia, en se projetant hors du Plérome sans un conjoint, a généré une anomalie dans le royaume du chaos, quelque chose “comme un foetus avorté” qui a alors engendré une créature telle “une bête arrogante ressemblant à un lion” (94.15). Je considère que l’affirmation “elle fut engendrée à partir de la matière” signifie que cette espèce est inorganique.

“Ouvrant les yeux, il (l’Archonte Dragon) vit une vaste quantité de matière illimitée et il devint arrogant et dit: “C’est moi qui suis Dieu et il n’en existe pas d’autres”. En disant cela, il pécha contre le Tout, contre le Plérome.” (94:20-25).

Nous avons ici Jéhovah, le dieu paternel de l’Ancien Testament ordonnant que “vous n’aurez d’autre dieu que moi”.

Ce commandement est dément et il émane d’un mental dément et délirant. Un parallèle Bouddhiste exact affirme que la racine de toute démence, humaine ou autre, est le concept de l’ego figé et permanent.

Le mythe continue, narré en phrases rapides: la créature arrogante se déclare le seul dieu du cosmos mais une voix réprobatrice l’apostrophe par un “Samael, dieu des aveugles”.

C’est une allusion à Samuel, le Patriarche aveugle de l’Ancien testament. Ce fut Samuel qui institua chez les Israélites la royauté d’origine divine bien que ce concept fût totalement étranger à leurs croyances traditionnelles. Les Gnostiques furent des observateurs politiques avisés qui virent dans la théocratie Juive une ruse des Archontes. Ainsi, les Archontai, qui sont des entités cosmiques ou extra-terrestres, sont étroitement associés aux “autorités” humaines qui contrôlent l’ordre social grâce au simulacre théocratique d’un mandat divin.

Le texte conclut ensuite rapidement par une série d’événements mythiques spectaculaires.

L’Eon Sophia infuse le domaine inorganique des Archontes d’un pouvoir d’animation et leur souverain s’engage alors dans la création d’un royaume Archontique constitué de sept sphères (l’Hebdomade). C’est le système planétaire à l’exclusion du soleil, de la terre et de la lune.

Le chef des Archontes est de nouveau confronté, et cette fois par Zoé, une autre fille (à savoir, un autre aspect) de Sophia qui l’appelle Saklas (en Araméen, le “fou”) et Yaldabaoth. Zoé exhale un puissant jet de sa force, de sa force de vie divine, dans le visage du souverain des Archontes et le précipite dans le Tartare “tout au fond de l’abîme” (95.10). Sabaoth, le Soleil, est témoin de cet événement et fait l’expérience d’une conversion. Bien que le soleil soit engendré à partir de la matière inorganique (sa mère) façonnée par les forces Archontiques (son père), ce corps céleste, agissant telle une entité cosmique consciente, décide alors de se détourner des Archontes et de s’unir à Sophia.

La conversion de Sabaoth constitue l’un des événements majeurs du mythe de Sophia.

J’ai suggéré, dans un autre article, que la symbiose entre la terre et le soleil, mise en exergue par l’Hypothèse Gaïa, est déjà évoquée dans cet écrit ancien de mythopoésis.

Selon l’Hypostase des Archontes “Sophia et Zoé libèrent Sabaoth et lui donne la maîtrise du septième ciel, en-dessous du voile qui se situe entre le dessus et le dessous… Il est élevé au-delà des forces du chaos (c’est à dire la sphère planétaire des mécaniques célestes)” (95.20-25).

A sa droite siège Zoé et à sa gauche “un ange de courroux”. Cette disposition suggère que la force solaire oeuvre en synergie avec la vie mais qu’elle est aussi capable de l’annihiler par courroux, par excès de puissance, tel que lors des éruptions solaires. Au sein du soleil repentant qui est à Son service, Gaïa (à savoir, Sophia unie à la Terre) possède, en réserve, une puissance mortelle.

Elelath dit, de façon énigmatique, que Yaldabaoth envia le soleil, Sabaoth, “et la jalousie engendra une création androgyne… et engendra la Mort et la Mort engendra sa propre progéniture” (96.5-10). Cette allusion nécessite une interprétation qui rallongerait de façon excessive ce commentaire. Nous reviendrons sur ce concept de mort lors de l’analyse de traités cosmologiques subséquents.

En conclusion, Noréa demande si elle constituée de la même matière que les Archontes. Elelath répond clairement que son origine procède de la “Lumière éternelle” du Plérome alors que les Archontes furent engendrés à l’extérieur du Plérome et ne possèdent pas “l’esprit de la vérité” (96.20).

Ceux qui connaissent cette différence “vivent au sein de l’humanité mortelle sans être sous l’emprise de la mort” (96.25).

Le grand ange conclut avec une prophétie et une promesse en annonçant le triomphe de l’humanité sur l’erreur et sur le pouvoir illusoire des Archontes.

“L’élément semé” (sperma) est la matrice lumineuse de l’humanité qui émana du Plérome et fut semée sur terre (à savoir, grâce à la panspermie).

L’identité véritable de l’espèce humaine est cosmique, divine et pré-terrestre. Ceux qui possèdent cette vision de leur nature réelle sont des “Enfants de la Lumière” (97.10).

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