A la Une Evangile de Thomas Le Mystère JESUS

L’évangile de Thomas dévoilé – 4ème partie (fin)

par Pierre Mestdagh

90

a dit jésus

venez vers moi car mon joug est efficace

et douce mon autorité

et vous trouverez un repos pour vous-mêmes

Mt 11. 28-30

Un joug est un objet servant à unir l’homme à sa charge, de telle sorte que celle-ci devienne plus facilement transportable. Dans cette image aussi est symbolisée une unité . Dans la conscience d’unité aucune tâche n’est lourde à porter, aucune autorité n’y est contraignante. Là est également l’endroit où se révèle le repos véritable, qui est paix intérieure.

À la réflexion que la racine du mot joug est le sanskrit yug , qui est également la racine de yoga , nous est révélée une relation troublante… La signification profonde de yoga concerne en effet une unité , un lien qui relie , une réalité religieuse … (voir la Bhagavad Gita) Dans l’image du joug se dévoile une conscience religieuse universelle, qui transcende temps et cultures…

91

ils lui dirent

dis nous qui tu es afin que nous croyions en toi

il leur dit

vous scrutez le visage du ciel et de la terre

et celui qui est devant vous vous ne le reconnaissez pas

et en cet instant vous ne pouvez le sonder

Lc 11. 56 – Mt 16. 1-3 – Jn 14. 8-9

Qui sont ces hommes qui s’adressent ici à Jésus ? De toute évidence ce sont des personnages importants, car ils scrutent le visage du ciel et de la terre . Il s’agit donc de nos scientifiques, de nos savants, ceux qui ont fait preuve d’un savoir certain. Face à lui ils se sentent quelque peu déroutés : ils veulent bien croire en lui mais désirent savoir qui il est , quelle preuve d’autorité il peut leur soumettre. Ils ont en effet leurs propres critères pour juger de l’importance d’une personne, de la valeur de sa connaissance. Celui qui a l’audace de prétendre à un savoir religieux se doit d’être pour le moins théologien…

Mais la gnose n’a que faire d’un savant savoir… Par rapport à elle, même un théologien est un profane… Car la gnose est une connaissance qui ne peut être transmise par une autorité religieuse, qui ne peut être enseignée à une université. Avoir accès à la gnose pose d’autres exigences au disciple… Et la première de celles-ci est une disponibilité mentale à relativiser un savoir personnel, qui peut pourtant nous valoir une importance certaine au regard des autres. Toute conviction de détenir une vérité s’oppose à la première invitation que nous propose Jésus : que celui qui cherche ne cesse de chercher…

Ces savants sont bien des «chercheurs», mais pas dans la bonne direction… Ils ne se posent pas encore les bonnes questions. Leur conscience n’est pas encore réceptive à la gnose que leur propose Jésus.

92

a dit jésus

cherchez et vous trouverez

mais ces choses sur lesquelles vous m’avez interrogé jadis

et que je ne vous ai pas dites alors

maintenant je veux les dire

et elles ne vous intéressent pas

Dans la tradition orientale un guru ne répond à la question de son disciple que lorsqu’il considère que celui-ci est apte à recevoir la réponse. Souvent sa réponse prend la forme d’une nouvelle question, qui doit mener le disciple à la solution de la question initiale. Ainsi chaque vision nouvelle est comme un fruit que le disciple peut cueillir sur sa voie de recherche spirituelle. (voir le logion 21)

Jésus sait que son temps est limité. Ce que jadis il a omis de leur dire, parce qu’ils n’étaient pas aptes à recevoir la réponse, il désire le dire maintenant. Mais leur intérêt fait défaut… La voie de recherche, à laquelle il a invité ses disciples, n’a pas abouti… Il n’est donc pas étonnant que son enseignement, tel qu’il nous est proposé dans cet évangile, n’a pu être transmis par des évangélistes dans sa pureté originelle. L’invitation à un engagement personnel dans une recherche de la juste compréhension de ses paroles fut remplacée par le devoir de croire ce que d’autres avaient cru comprendre et ce que pieusement ils présentaient comme l’unique vérité…

93

ne donnez pas aux chiens ce qui est pur

pour qu’ils ne le jettent pas sur le fumier

ne jetez pas de perles aux pourceaux

pour qu’ils n’en fassent pas de saletés

Mt 7. 6

Ce qui possède une valeur impérissable se doit d’être traité avec respect et circonspection. La connaissance que Jésus met à notre disposition est d’une valeur supérieure à celle qui peut, au regard des autres, faire de nous un personnage important. La science est un savoir qui peut être appris, peut être transmis à d’autres par le jeu de questions et de réponses. Comme un guru Jésus propose ses réponses sous une forme cachée. Il présente des images que le disciple doit dévoiler lui-même. C’est la voie par laquelle la gnose peut se révéler au disciple comme une connaissance engendrée par une expérience personnelle. La valeur de cette connaissance est telle qu’elle ne convient pas à une consommation de masse. La gnose n’est pas du « fast food » !

94

a dit jésus

celui qui cherche trouvera

et à celui qui frappe vers l’intérieur sera ouvert

La source est à notre disposition, la table de la fête du mariage est dressée… seulement nous en ignorons l’endroit. Celui ou celle qui se donne de la peine et ne cesse de chercher trouvera… à condition toutefois de chercher dans la bonne direction : vers l’intérieur ! Mais la recherche intérieure connaît-elle aussi des graduations… Qui flâne dans son petit jardin secret n’est pas nécessairement parvenu à fermer la porte de sa chambre intérieure… À l’intérieur du vide de cette chambre demeure le Père dans le secret… (voir commentaire au logion 53) À tous ceux ou celles, qui portent leur attention vers le silence du vide à l’intérieur de soi , sera ouvert. L’accès au nouveau ne constitue toutefois pas un évènement spectaculaire ! Car la voie qui mène à la source est longue et solitaire, son cheminement est discret… Sa richesse ne se dévoile que pas à pas. Pourtant, plus nous nous approchons de la source, plus l’eau devient limpide…

95

a dit jésus

si vous avez de l’argent ne le prêtez pas

mais donnez le à celui qui ne vous le rendra pas

Lc 6. 34

Il y a être, il y a avoir… Les conditions de vie, dont l’homme est responsable, sont devenues telles, que posséder de l’argent est nécessaire pour vivre décemment. L’argent n’est pourtant qu’un moyen, pas un but en soi ! Le but est de vivre en harmonie, aussi bien avec soi-même qu’avec les autres. Le mot «solidarité» est présent dans bien de jolis discours. Dans la pratique sa réalisation est entravé par tant d’intérêts personnels ou politiques.

Ce qui était moyen est devenu but… Non plus un savoir économique au service de l’épanouissement de l’homme, mais l’homme en fonction de lois économiques ! Son savoir a déboussolé l’échelle de valeurs… Quelle est la valeur de ce qui m’appartient, de mes mérites, des aumônes que je donne…? En quelle mesure sommes nous, croyants ou non-croyants, sincères et conséquents dans la pratique de jolis principes, contenus dans un message évangélique ou dans quelqu’autre idéologie…?

96

a dit jésus

le royaume du père est comparable à une femme

elle prit un peu de levure et le cacha dans de la pâte

et elle en fit de grands pains

celui qui a des oreilles qu’il entende

Mt 11. 33 – Lc 13. 20-21

C’est à l’intérieur de la pâte que la levure est active et qu’elle produit, en harmonie avec la pâte, de grands pains. La participation dans la royauté du Père est une expérience intérieure , qui peut se révéler spontanément dans cette vie, à la condition d’avoir réalisé l’unité de la levure et de la pâte… Comme le geste du semeur, l’action de la main de la femme est nécessaire pour déclencher une évolution naturelle et spontanée. Unir, semence et bonne terre, levure et pâte est semble-t-il chose simple… En réalité elle nécessite un nouvel état d’esprit, car le savoir de l’homme a déboussolé les valeurs… L’intégration de la levure dans la pâte ne fait plus partie de notre préoccupation ! Nous consommons des pains que d’autres ont préparés pour nous avec des pâtes religieusement manipulées ou non… Ainsi nous est proposée la manne, don de Jaweh, ou le pain que nous offre le Père…

L’image de la levure est devenue le symbole d’une foi capable de déplacer des montagnes, de l’enthousiasme aussi par lequel la parole évangélique inspirerait le monde. Hélas, trop d’hommes «inspirés» se présentèrent comme boulangers… tandis que la femme, connaissant la valeur de la levure, fut et est toujours trop souvent maintenue à l’écart…

97

a dit jésus

le royaume du père est comparable à une femme

qui portait une cruche pleine de farine

alors qu’elle allait un long chemin l’oreille de la cruche se brisa

la farine s’écoula derrière elle sur le chemin

comme elle ne le savait pas elle ne pouvait en être peinée

lorsqu’elle eut atteint l’intérieur de sa maison

elle déposa la cruche et vit qu’elle était vide

Dévoiler la connaissance cachée dans une image est un processus mental, qui nécessite intelligence et perspicacité. Il arrive pourtant que l’image transcende toute logique rationnelle. Elle se distingue alors par une beauté troublante, par une poésie volatile…

C’est un long chemin que va la femme, un chemin qui dure ce que dure une vie… Un chemin que tous nous avons à parcourir dans le solitude de notre unicité… Ce qui se passe durant son cheminement lui échappe : elle n’est pas consciente de perdre quelque chose. Le vide est la valeur qui, spontanément et sans causer de peine, prend la place de ce qui ne représente qu’une valeur relative… Mais le vide ne fait pas partie de notre échelle de valeurs mentales. Plus nous savons, plus nous sommes importants… ainsi le veut la règle conçue par l’homme !

Diriger l’attention de notre esprit vers le domaine de la réflexion, afin d’y concevoir des idées nouvelles, une vision différente des choses, est certes utile et nécessaire, mais signifie : labourer la terre de notre jardin mental… Celui ou celle qui peut se circoncire en esprit , qui peut laisser son mental s’inonder par le silence du vide , dans lequel il a sa source, reçoit le privilège d’apprécier la valeur unique du vide. Ce qui, dans cet état de conscience d’ unité dans la source , peut être reçu, se manifeste spontanément et sans peine , comme dans la cruche de la femme insouciante la farine cède spontanément sa place au vide… Une juste appréciation de valeurs émane, comme l’eau de la source, du vide, le substrat de la conscience. Cette expérience est le fruit que le monachos reçoit tout au long de son cheminement solitaire et libérateur.

Une coupe ne peut servir que si elle est vide… Par quel bizarre mélange la coupe de notre conscience fut-elle envahie…? Quoi que ce soit, une purification s’impose. Ceci nous rappelle les paroles du logion 28 ou celles du logion 61. À chaque fois nous fut enseigné le besoin de redevenir vides. Ceci nous rappelle aussi en toute subtilité la valeur de la circoncision en esprit … (logion 53)

L’image de l’unité de la graine et de la bonne terre est fascinante par sa simplicité englobant une universalité. Par la subtilité de son contenu à peine perceptible, cette image de la femme portant une cruche respire le sublime… Nous touchons ici à la limite où la parole n’est tout juste pas superflue…

98

a dit jésus

le royaume du père est comparable à un homme

qui voulait tuer un grand personnage

dans sa maison il dégaina une épée et transperça le mur

afin de tester la solidité de sa main

alors il tua le grand personnage

Ce serait faire preuve de naïveté que de voir dans cette parole une incitation à la violence. L’image n’est qu’un moyen pour aborder une réalité. Elle doit donc être reconnaissable par ceux auxquels elle s’adresse. Ni la réalité de conflits humains, ni l’usage de la violence ne sont étrangers aux disciples.

Qui autre que notre moi dominateur pourrait-on reconnaître dans l’image du personnage important, à qui il est nécessaire de lui régler son compte…? Un moi, imbu des règles du lion, enivré par des valeurs trompeuses, un moi qui, demeurant dans l’illusion de son propre pouvoir, s’est élevé soi-même sur un trône. De ce moi là il est impératif de se débarrasser. De son ivresse le vin doit être rejeté… de la poutre dans son œil il doit être libéré… L’unique combat véritable que nous devons mener est celui avec nous-mêmes. (voir le logion 16)

99

les disciples lui dirent

tes frères et ta mère se tiennent à l’extérieur

il leur dit

ceux qui en ces lieux font la volonté de mon père

ceux-là sont mes frères et ma mère

ce sont eux qui entreront dans le royaume de mon père

Mt 12. 45-50 – Mc 3. 31-35 – Lc 8. 19-21

Tous et toutes nous avons une mère biologique et peut-être aussi des frères et des sœurs. Mais nous avons également une Mère ou un Père spirituel. De ce Père là Jésus n’est pas le fils unique … !

Un lien spirituel dépasse les limites d’une expérience physique ou mentale. C’est la raison pour laquelle il ne peut être appréhendé que par le biais de l’image. L’expression la volonté de mon Père appartient elle aussi à l’image… Car la volonté est une qualité humaine. Elle représente une énergie qui engage à l’action et dont le contenu est défini par des désirs personnels. Parce que nous commettons l’erreur de projeter une qualité humaine et donc relative sur une réalité absolue, nous sommes perplexes devant tant d’atrocités que la volonté de Dieu puisse permettre… La sincérité nous oblige à reconnaître que l’image de Dieu, qui nous a été imposée dans notre culture, est impuissante face au «vouloir» de l’homme… Car, par le Père, fut délégué à l’homme l’accomplissement de Sa volonté : la réalisation de Sa loi d’harmonie ! Dans son intégration dans l’autorité du Père c’est l’homme qui prend les décisions, pas le Père… En cela réside le sens de notre liberté et donc de notre responsabilité !

« Inch Allah »… « que Votre volonté soit faite »… ce sont là de pieuses déférences envers un pouvoir imaginaire… ! La responsabilité de ce qui se passe sur terre ne revient pas à une insondable volonté divine, ni à quelque pouvoir d’un satan, ni à une fatalité… ! Par la liberté, qui lui fut déléguée, l’Adam porte lui-même l’entière responsabilité de ses actes. Dans cette réalité régit la loi qui fustige tout, le bien comme le mal.

Le monachos, qui demeure dans l’unité avec le Père, se laisse guider par Sa loi et accomplit ainsi «Sa volonté». Dans cette réalité nous sommes tous et toutes frères et sœurs les uns des autres, car unis dans la même paternité.

100

ils montraient à jésus une pièce d’or en disant

les agents de césar exigent de nous des tributs

il leur dit

donnez à césar ce qui est à césar

donnez à dieu ce qui est à dieu

et ce qui est mien donnez-le moi

Mt 22. 15-22 – Mc 12. 13-17 – Lc 20. 20-26

Exceptionnellement dans cet évangile Jésus ne parle pas du Père mais de Dieu. Ceux, qui lui adressent la parole, vénèrent un Dieu. Jaweh est son nom. Il s’agit donc de Jaweh et non du Père… En plus, par rapport à ce Dieu, Jésus prend délibérément ses distances, car : et ce qui est mien donnez-le moi … Pas étonnant que cette phrase se soit égarée dans les évangiles canoniques…

Jésus nous présente ici trois exemples d’autorité. Il y a César, qui symbolise l’autorité politique et militaire. Une autorité avide de pouvoir ! Les juifs vivaient alors sous une occupation romaine. De cette situation déplaisante et inacceptable pour un homme libre ils doivent donc assumer les conséquences. Par leur question à Jésus ils veulent de toute évidence mettre à l’épreuve son engagement politique. Mais sa tâche est élevée au-dessus de la réalité politique. Son engagement libérateur surpasse le monde phénoménal. Il n’est pas un combattant contre le mal ou l’injustice. Il ne lui incombe donc pas de créer quelque agitation contre l’occupant. La loi du plus fort appartient au lion. Ceux qui s’engagent dans un combat avec le lion ont à en subir les conséquences. La situation étant ce qu’elle est, il convient donc de donner à César ce qui lui revient, selon la loi du plus fort.

La deuxième autorité est Dieu, le Dieu des juifs, le produit de leur imagination. De ce Dieu tout puissant, dont ils s’imaginent être complètement séparés , l’autorité est bien plus contraignante encore que celle de César. Car leur croyance leur impose une implication permanente dans la volonté et les commandements de leur Dieu. Les juifs doivent donc s’astreindre à de nombreux devoirs : faire l’offrande, prier, donner l’aumône, jeûner, respecter le sabbat, se laisser circoncire, des rituels pour lesquels Jésus dans cet évangile témoigne de peu de mansuétude… Mais l’accès au royaume de leur Dieu se mérite… Pour leur conception religieuse Jésus fait preuve d’indulgence, car : donnez à Dieu ce qui est à Dieu … si cela est votre conviction.

Jésus lui-même est la troisième autorité. Une autorité qui n’ambitionne ni contrainte, ni pouvoir, mais qui est servante . Une autorité qui ne témoigne pas de soi-même mais d’une source intérieure à laquelle il est uni. Pour préciser ce lien intérieur et donc spirituel Jésus nous propose l’image du lien intime unissant le fils à son père. Il invite les hommes à modifier leur état d’esprit, à s’engager dans une voie de recherche intérieure, à découvrir leur unité avec l’Être absolu et, comme d’un père, d’en recevoir l’inspiration. Son souci n’est pas de s’octroyer un pouvoir, ni de rétablir un pouvoir divin sur terre . Car l’autorité du Père est établie ! Elle est au service de chaque être qui s’ouvre à Son Esprit. Ce qui revient à Jésus est notre attention, notre écoute. Son enseignement est une invitation personnelle : changez votre mentalité, prenez conscience de qui vous êtes vraiment, de votre responsabilité dans l’autorité du Père, et servez comme moi-même je sers.

Le Dieu de l’ancien et le Père du nouveau n’ont en effet rien de commun… Le vêtement neuf, dont témoigne Jésus, n’a pas besoin de retouche à l’aide d’un vieux tissu, le vin nouveau n’a que faire de vielles outres…

101 voir le logion 55

102 voir le logion 37

103

a dit jésus

heureux est l’homme qui connaît l’endroit par où entrent les pillards

en sorte qu’il se dressera et rassemblera ses forces

et ceinturera ses reins avant qu’ils ne rentrent

Ce logion est à associer à la seconde partie du logion 21, au logion 98 aussi. Les pillards, les acolytes du lion, qui tout compte fait pourraient bien représenter nos propres désirs égocentriques, constituent toujours un réel danger. La connaissance de nos faiblesses, des endroits où notre moi est vulnérable, est importante car elle peut nous protéger contre nous-mêmes et préserver ainsi une relation harmonieuse avec autrui. Lutter contre n’est jamais le bon choix… Se fortifier soi-même, afin de résister à des tentations malveillantes, est par contre une attitude recommandable. Car, finalement, nous sommes nous-mêmes responsables de ce que nous pouvons acquérir, mais ce qui peut aussi nous être repris.

104

ils lui dirent

viens prions aujourd’hui et jeûnons

a dit jésus

quelle est donc la faute que j’ai commise

ou en quoi ai-je failli

mais quand le marié aura quitté la chambre nuptiale

alors qu’on jeûne et qu’on prie

Mt 9. 14-15 – Mc 2. 18-20 – Lc 5. 33-35

Après l’image de l’enfant de sept jours et celle de la graine, l’image aussi de la levure et du joug, l’image surtout de l’union du fils et de son père, voici la dernière métaphore par laquelle l’idée centrale de cet évangile – l’unité – est visualisée.

La spécificité de la chambre nuptiale ne dure qu’une nuit… la nuit où se réalise entre l’homme et la femme l’unité qui engendre la vie nouvelle . C’est également le lieu où demeure l’enfant de sept jours, où la graine retrouve la bonne terre, où est la source elle-même… L’ovule fécondé, le fruit de l’unité du masculin et du féminin, de l’époux et de l’épouse, est le germe de la vie nouvelle, qui s’est défait de l’ancien. L’ancien est séparation , isolement, mort … Combien est vaine l’ovule qui ne fut pas fécondé… vaine la semence qui ne féconda point…

Le nouveau ne peut être jugé par des valeurs de l’ancien ! La vérité nouvelle est absence de vérités, la voie nouvelle absence de voie, que cheminement… Dans le nouveau point de voile pour cacher notre nudité… point de mérites personnels pour nous enorgueillir… Mais la vie nouvelle ne peut révéler sa richesse que si elle est fondée non dans la séparation mais dans l’unité en sa source, qui est Être absolu. Celle ou celui dont la conscience est établie dans cette unité n’a que faire du jeun, de la prière ou de la méditation… Seulement, quand l’unité est rompue, quand le marié a quitté la chambre nuptiale et que séparation est devenue réalité, alors peut être fait appel au jeun et à la prière, afin de rétablir le un là où est venu le deux , la séparation…

104

ils lui dirent

viens prions aujourd’hui et jeûnons

a dit jésus

quelle est donc la faute que j’ai commise

ou en quoi ai-je failli

mais quand le marié aura quitté la chambre nuptiale

alors qu’on jeûne et qu’on prie

Mt 9. 14-15 – Mc 2. 18-20 – Lc 5. 33-35

Après l’image de l’enfant de sept jours et celle de la graine, l’image aussi de la levure et du joug, l’image surtout de l’union du fils et de son père, voici la dernière métaphore par laquelle l’idée centrale de cet évangile – l’unité – est visualisée.

La spécificité de la chambre nuptiale ne dure qu’une nuit… la nuit où se réalise entre l’homme et la femme l’unité qui engendre la vie nouvelle . C’est également le lieu où demeure l’enfant de sept jours, où la graine retrouve la bonne terre, où est la source elle-même… L’ovule fécondé, le fruit de l’unité du masculin et du féminin, de l’époux et de l’épouse, est le germe de la vie nouvelle, qui s’est défait de l’ancien. L’ancien est séparation , isolement, mort … Combien est vaine l’ovule qui ne fut pas fécondé… vaine la semence qui ne féconda point…

Le nouveau ne peut être jugé par des valeurs de l’ancien ! La vérité nouvelle est absence de vérités, la voie nouvelle absence de voie, que cheminement… Dans le nouveau point de voile pour cacher notre nudité… point de mérites personnels pour nous enorgueillir… Mais la vie nouvelle ne peut révéler sa richesse que si elle est fondée non dans la séparation mais dans l’unité en sa source, qui est Être absolu. Celle ou celui dont la conscience est établie dans cette unité n’a que faire du jeun, de la prière ou de la méditation… Seulement, quand l’unité est rompue, quand le marié a quitté la chambre nuptiale et que séparation est devenue réalité, alors peut être fait appel au jeun et à la prière, afin de rétablir le un là où est venu le deux , la séparation…

105

a dit jésus

celui qui connaîtra le père et la mère

sera-t-il appelé fils de pute

Comme aux logia 24 et 71 nous sommes à nouveau quelque peu gênés par un manque d’information. Dans quelle circonstance cette parole fut-elle dite ? Pourquoi Jésus utilise-t-il un gros mot ? Ses disciples ou lui-même furent-ils injuriés de cette manière… ?

Un fils de pute ne peut faire partie de la société, car il ne connaît pas son père. La conséquence de son ignorance est conflit social, répudiation. Nombreux pourtant sont ceux qui connaissent leur père, mais pas leur véritable Père ou Mère… Celui qui sera parvenu à une juste connaissance, qui aura reconnu son Père ou sa Mère véritable, ne pourrait être appelé fils de pute ! Car dans cette connaissance est dissoute toute ignorance …

Comme au logion 101, la mention de la mère est remarquable. Dans la culture religieuse juive la femme était en effet totalement subordonnée à l’homme. Cette discrimination ne fait pas partie de la gnose de Jésus ! La différence avec l’état d’esprit de Paul est cuisante… Pourquoi l’Église a-t-elle suivi davantage l’exemple de Paul que celui de Jésus… ? La vénération particulière, dont la mère biologique de Jésus est devenu l’objet quelques siècles plus tard, témoigne d’une compensation exaltante pour le manque de féminité toujours présent dans une l’Église, qui jadis s’est appelée catholique… Une universalité qui concernait surtout, et à l’encontre de l’état d’esprit de Jésus, la gente masculine de l’univers… (voir le logion 114…)

106

a dit jésus

quand vous aurez fait le deux un

vous serez fils de l’homme

et si vous dites montagne éloigne-toi elle s’éloignera

Ce logion est une variante plus explicite du logion 48. Dans sa simplicité la limpidité en est étonnante ! Celui ou celle qui a parcouru le cheminement du monachos , qui en conscience a réalisé l’unité , a reconnu sa véritable nature : celle du fils ou de la fille du Père ou de la Mère. Ce cheminement est le défi du nouveau que personnifie Jésus. À cette invitation il joint en plus la promesse de possibilités insoupçonnées : aucun obstacle ne vous gênera plus…

Une fois de plus apparaît ici que le dénominatif fils de l’homme ne concerne pas que Jésus… Car potentiellement chaque être est fils ou fille de l’homme, car enfant du Père le vivant .

107

a dit jésus

le royaume est comparable à un berger

qui possédait cent moutons

l’un d’entre eux le plus grand s’égara

il laissa les quatre-vingt-dix-neuf

et chercha après lui seul jusqu’à ce qu’il l’eût retrouvé

comme il s’était donné de la peine il dit au mouton

je te veux plus que les quatre-vingt-dix-neuf

Mt 18. 12-14 – Lc 15. 1-7

Le sens de l’image, que nous présente ce logion, est à rapprocher de celui du pêcheur avisé au logion 8 ou du marchand sage au logion 76. La femme portant une cruche – logion 97 – ne pouvait être peinée, car elle n’était pas consciente de ce qu’elle perdait. En plus la valeur en était banale. Le manque de quelque chose d’important – il s’agit ici du mouton le plus grand – en révèle la valeur. La joie d’une retrouvaille se mesure à la peine qu’on s’est donné pour retrouver l’égaré ! Il n’est pourtant pas évident de se séparer de ce qui, au regard des autres, nous certifie une importance certaine – et des fois il peut s’agir d’un troupeau entier – dans l’espoir de découvrir l’unique , le plus précieux…

En un certain sens les trois logia se complètent. Ce qui fut pris à l’enfant de sept jours, il pourra le retrouvé grâce au discernement du pêcheur avisé, à la sagesse du marchand et à l’engagement du berger responsable.

108

a dit jésus

celui qui boit de ma bouche sera comme moi

moi-même je serai lui

et ce qui est caché lui sera révélé

La réalité biologique nous apprend que chaque être est unique, que tous et toutes nous sommes différents les uns des autres. Comment Jésus peut-il reconnaître en quelqu’autre son égal… ? Parce que sa connaissance transcende la réalité biologique. Sa perception du réel concerne l’Être absolu, qui est la source même de toute vie relative. Dans la prise de conscience d’un lien, l’unissant à cette source, réside sa connaissance. Cette connaissance sert non pas à savoir mais à être…

Celui qui boira l’eau que je lui donnerai deviendra source lui-même… dit Jésus dans l’évangile de Jean. C’est l’instant où, en conscience, le disciple est unifié à lui. La réceptivité du disciple est la condition essentielle pour accéder à l’état de conscience de Jésus. Cette réceptivité concerne directement le vide intérieur . Tel que l’eau de la source, la gnose s’écoule du vide, qui est aussi le substrat de la conscience. Si Jésus se donne tant de peine pour communiquer sa connaissance à d’autres, il le fait parce qu’il a pleine conscience que personne n’est différent de lui dans son unité avec le Père .

Le piège dont nous, en tant que chrétiens, avons été les victimes est précisément la reconnaissance de Jésus comme l’unique fils du Père . Tous et toutes nous sommes fils et filles de l’homme … Être comme lui, accéder à son état de conscience, voilà le défi du nouveau ! Dans Jn 6. 56 Jésus exprime cela dans une parole déroutante : celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui . Ces paroles résonnent comme un cri du cœur, comme une image extrême par laquelle il tente de nous dire que chaque être peut être comme lui, peut devenir sa chair et son sang… Hélas, dans cette image ne fut pas reconnu Jésus le vivant , l’homme de chair et de sang, celui qui est serviteur parce qu’il est vivant … Car c’est précisément cette présence-là que Paul refusa de reconnaître… (2 Cor 5. 16) Cette image devint donc pour l’Église catholique la raison d’être d’un rituel par lequel est remémoré le sang rédempteur versé par le Christ crucifié. Car ce Christ là – crucifié et ressuscité – représentait l’unique image de Jésus digne de l’attention de Paul… Le serviteur vivant devint donc cadavre d’agneau … (voir commentaire au logion 60)

109

a dit jésus

le royaume est comparable à un homme

qui avait dans son champ un trésor caché

dont il ignorait la présence

à sa mort il le laissa à son fils

le fils ignorant vendit le champ

et celui qui l’avait acheté vint

et en le labourant découvrit le trésor

et il prêta de l’argent à ceux qu’il voulut

Mt 13. 44

Ce logion illustre le rapport de valeurs qui peut exister entre connaissance et ignorance, ainsi que le cheminement nécessaire pour parvenir à une juste connaissance. Nous devons labourer nous-mêmes le champ de notre conscience ! La recherche, qui s’impose à nous, suppose une mise en question sincère et tenace de vérités que d’autres nous ont imposées. Ceci est le propre d’un cheminement qui , à contre courant, mène à la source. Celle ou celui qui a découvert le trésor à l’intérieur de soi, peut donner sans compter !

110 voir le logion 80

111

a dit jésus

les cieux et la terre s’enrouleront devant vous

et le vivant issu du vivant ne verra ni mort ni crainte

parce que jésus dit

celui qui se trouve lui-même

le monde n’est pas digne de lui

Tout, ce qui s’exprime dans ce monde relatif, ce qui fait partie de notre vie quotidienne, notre présence corporelle aussi, tout cela constitue une réalité qui constamment est sujette à des changements. À l’origine de cette manifestation est la Vie, absolue, intemporelle et inconcevable, dont la source est vide, silence, repos… Ce qui est inconcevable est inconnaissable. Mais l’inconnaissable représente toujours une source d’angoisses. Seule une connaissance peut dissoudre l’ignorance et les angoisses qu’elle engendre.

Lors d’une projection cinématographique nous observons des images, qui nous apparaissent comme étant la réalité, mais que nous pouvons relativiser grâce à une connaissance du phénomène de la projection visuelle. Ainsi nous pouvons également reconnaître en tout phénomène temporel et donc éphémère une manifestation relative de l’Être absolu et inaltérable. À tout phénomène il y a une fin, à une projection comme à la vie biologique. Naissance et mort vont et viennent… les feuilles de l’arbre se meurent… Ceci ne signifie nullement la fin de la Vie…

Celle ou celui, qui dans cette vie a pris conscience de son unité dans une source absolue, dans cette source est devenu vivant. Car de cette vie les racines ont leurs assises dans le Père le vivant . Dans cette expérience se révèle la véritable nature du «soi». Notre réalité biologique est alors reconnue comme l’expression individuelle et temporelle de l’Être universel et intemporel. Dans cet état de conscience nous sommes libérés de toute attache à des valeurs temporelles et transcendons de ce fait les valeurs du monde . En cela réside également la certitude d’un retour à un port d’attache sécurisant car absolu. Quiconque n’a pas réalisé ce cheminement demeure dans l’angoisse de l’inconnu…

98

a dit jésus

le royaume du père est comparable à un homme

qui voulait tuer un grand personnage

dans sa maison il dégaina une épée et transperça le mur

afin de tester la solidité de sa main

alors il tua le grand personnage

Ce serait faire preuve de naïveté que de voir dans cette parole une incitation à la violence. L’image n’est qu’un moyen pour aborder une réalité. Elle doit donc être reconnaissable par ceux auxquels elle s’adresse. Ni la réalité de conflits humains, ni l’usage de la violence ne sont étrangers aux disciples.

Qui autre que notre moi dominateur pourrait-on reconnaître dans l’image du personnage important, à qui il est nécessaire de lui régler son compte…? Un moi, imbu des règles du lion, enivré par des valeurs trompeuses, un moi qui, demeurant dans l’illusion de son propre pouvoir, s’est élevé soi-même sur un trône. De ce moi là il est impératif de se débarrasser. De son ivresse le vin doit être rejeté… de la poutre dans son œil il doit être libéré… L’unique combat véritable que nous devons mener est celui avec nous-mêmes. (voir le logion 16)

99

les disciples lui dirent

tes frères et ta mère se tiennent à l’extérieur

il leur dit

ceux qui en ces lieux font la volonté de mon père

ceux-là sont mes frères et ma mère

ce sont eux qui entreront dans le royaume de mon père

Mt 12. 45-50 – Mc 3. 31-35 – Lc 8. 19-21

Tous et toutes nous avons une mère biologique et peut-être aussi des frères et des sœurs. Mais nous avons également une Mère ou un Père spirituel. De ce Père là Jésus n’est pas le fils unique … !

Un lien spirituel dépasse les limites d’une expérience physique ou mentale. C’est la raison pour laquelle il ne peut être appréhendé que par le biais de l’image. L’expression la volonté de mon Père appartient elle aussi à l’image… Car la volonté est une qualité humaine. Elle représente une énergie qui engage à l’action et dont le contenu est défini par des désirs personnels. Parce que nous commettons l’erreur de projeter une qualité humaine et donc relative sur une réalité absolue, nous sommes perplexes devant tant d’atrocités que la volonté de Dieu puisse permettre… La sincérité nous oblige à reconnaître que l’image de Dieu, qui nous a été imposée dans notre culture, est impuissante face au «vouloir» de l’homme… Car, par le Père, fut délégué à l’homme l’accomplissement de Sa volonté : la réalisation de Sa loi d’harmonie ! Dans son intégration dans l’autorité du Père c’est l’homme qui prend les décisions, pas le Père… En cela réside le sens de notre liberté et donc de notre responsabilité !

« Inch Allah »… « que Votre volonté soit faite »… ce sont là de pieuses déférences envers un pouvoir imaginaire… ! La responsabilité de ce qui se passe sur terre ne revient pas à une insondable volonté divine, ni à quelque pouvoir d’un satan, ni à une fatalité… ! Par la liberté, qui lui fut déléguée, l’Adam porte lui-même l’entière responsabilité de ses actes. Dans cette réalité régit la loi qui fustige tout, le bien comme le mal.

Le monachos, qui demeure dans l’unité avec le Père, se laisse guider par Sa loi et accomplit ainsi «Sa volonté». Dans cette réalité nous sommes tous et toutes frères et sœurs les uns des autres, car unis dans la même paternité.

100

ils montraient à jésus une pièce d’or en disant

les agents de césar exigent de nous des tributs

il leur dit

donnez à césar ce qui est à césar

donnez à dieu ce qui est à dieu

et ce qui est mien donnez-le moi

Mt 22. 15-22 – Mc 12. 13-17 – Lc 20. 20-26

Exceptionnellement dans cet évangile Jésus ne parle pas du Père mais de Dieu. Ceux, qui lui adressent la parole, vénèrent un Dieu. Jaweh est son nom. Il s’agit donc de Jaweh et non du Père… En plus, par rapport à ce Dieu, Jésus prend délibérément ses distances, car : et ce qui est mien donnez-le moi … Pas étonnant que cette phrase se soit égarée dans les évangiles canoniques…

Jésus nous présente ici trois exemples d’autorité. Il y a César, qui symbolise l’autorité politique et militaire. Une autorité avide de pouvoir ! Les juifs vivaient alors sous une occupation romaine. De cette situation déplaisante et inacceptable pour un homme libre ils doivent donc assumer les conséquences. Par leur question à Jésus ils veulent de toute évidence mettre à l’épreuve son engagement politique. Mais sa tâche est élevée au-dessus de la réalité politique. Son engagement libérateur surpasse le monde phénoménal. Il n’est pas un combattant contre le mal ou l’injustice. Il ne lui incombe donc pas de créer quelque agitation contre l’occupant. La loi du plus fort appartient au lion. Ceux qui s’engagent dans un combat avec le lion ont à en subir les conséquences. La situation étant ce qu’elle est, il convient donc de donner à César ce qui lui revient, selon la loi du plus fort.

La deuxième autorité est Dieu, le Dieu des juifs, le produit de leur imagination. De ce Dieu tout puissant, dont ils s’imaginent être complètement séparés , l’autorité est bien plus contraignante encore que celle de César. Car leur croyance leur impose une implication permanente dans la volonté et les commandements de leur Dieu. Les juifs doivent donc s’astreindre à de nombreux devoirs : faire l’offrande, prier, donner l’aumône, jeûner, respecter le sabbat, se laisser circoncire, des rituels pour lesquels Jésus dans cet évangile témoigne de peu de mansuétude… Mais l’accès au royaume de leur Dieu se mérite… Pour leur conception religieuse Jésus fait preuve d’indulgence, car : donnez à Dieu ce qui est à Dieu … si cela est votre conviction.

Jésus lui-même est la troisième autorité. Une autorité qui n’ambitionne ni contrainte, ni pouvoir, mais qui est servante . Une autorité qui ne témoigne pas de soi-même mais d’une source intérieure à laquelle il est uni. Pour préciser ce lien intérieur et donc spirituel Jésus nous propose l’image du lien intime unissant le fils à son père. Il invite les hommes à modifier leur état d’esprit, à s’engager dans une voie de recherche intérieure, à découvrir leur unité avec l’Être absolu et, comme d’un père, d’en recevoir l’inspiration. Son souci n’est pas de s’octroyer un pouvoir, ni de rétablir un pouvoir divin sur terre . Car l’autorité du Père est établie ! Elle est au service de chaque être qui s’ouvre à Son Esprit. Ce qui revient à Jésus est notre attention, notre écoute. Son enseignement est une invitation personnelle : changez votre mentalité, prenez conscience de qui vous êtes vraiment, de votre responsabilité dans l’autorité du Père, et servez comme moi-même je sers.

Le Dieu de l’ancien et le Père du nouveau n’ont en effet rien de commun… Le vêtement neuf, dont témoigne Jésus, n’a pas besoin de retouche à l’aide d’un vieux tissu, le vin nouveau n’a que faire de vielles outres…

101 voir le logion 55

102 voir le logion 37

103

a dit jésus

heureux est l’homme qui connaît l’endroit par où entrent les pillards

en sorte qu’il se dressera et rassemblera ses forces

et ceinturera ses reins avant qu’ils ne rentrent

Ce logion est à associer à la seconde partie du logion 21, au logion 98 aussi. Les pillards, les acolytes du lion, qui tout compte fait pourraient bien représenter nos propres désirs égocentriques, constituent toujours un réel danger. La connaissance de nos faiblesses, des endroits où notre moi est vulnérable, est importante car elle peut nous protéger contre nous-mêmes et préserver ainsi une relation harmonieuse avec autrui. Lutter contre n’est jamais le bon choix… Se fortifier soi-même, afin de résister à des tentations malveillantes, est par contre une attitude recommandable. Car, finalement, nous sommes nous-mêmes responsables de ce que nous pouvons acquérir, mais ce qui peut aussi nous être repris.

104

ils lui dirent

viens prions aujourd’hui et jeûnons

a dit jésus

quelle est donc la faute que j’ai commise

ou en quoi ai-je failli

mais quand le marié aura quitté la chambre nuptiale

alors qu’on jeûne et qu’on prie

Mt 9. 14-15 – Mc 2. 18-20 – Lc 5. 33-35

Après l’image de l’enfant de sept jours et celle de la graine, l’image aussi de la levure et du joug, l’image surtout de l’union du fils et de son père, voici la dernière métaphore par laquelle l’idée centrale de cet évangile – l’unité – est visualisée.

La spécificité de la chambre nuptiale ne dure qu’une nuit… la nuit où se réalise entre l’homme et la femme l’unité qui engendre la vie nouvelle . C’est également le lieu où demeure l’enfant de sept jours, où la graine retrouve la bonne terre, où est la source elle-même… L’ovule fécondé, le fruit de l’unité du masculin et du féminin, de l’époux et de l’épouse, est le germe de la vie nouvelle, qui s’est défait de l’ancien. L’ancien est séparation , isolement, mort … Combien est vaine l’ovule qui ne fut pas fécondé… vaine la semence qui ne féconda point…

Le nouveau ne peut être jugé par des valeurs de l’ancien ! La vérité nouvelle est absence de vérités, la voie nouvelle absence de voie, que cheminement… Dans le nouveau point de voile pour cacher notre nudité… point de mérites personnels pour nous enorgueillir… Mais la vie nouvelle ne peut révéler sa richesse que si elle est fondée non dans la séparation mais dans l’unité en sa source, qui est Être absolu. Celle ou celui dont la conscience est établie dans cette unité n’a que faire du jeun, de la prière ou de la méditation… Seulement, quand l’unité est rompue, quand le marié a quitté la chambre nuptiale et que séparation est devenue réalité, alors peut être fait appel au jeun et à la prière, afin de rétablir le un là où est venu le deux , la séparation…

112

a dit jésus

malheur à la chair celle qui dépend du moi intérieur (psychè)

malheur au moi intérieur celui qui dépend de la chair

Une fois de plus sont fustigées dans ce logion les conséquences de la dépendance . Dans l’introduction ( voir traduire est trahir… ) nous avons tenté de distinguer les notions de soma (corps), sarks (l’être de chair et de sang) et psychè (le moi intérieur). Ces notions étaient déjà présentes dans les logia 29 et 87. L’homme de chair et de sang est une combinaison de soma et psychè . Dans cette relation un rôle prépondérant est dévolu au psychè , aussi bien dans son aspect conscient que subconscient. Car le psychique détermine l’image de notre ego.

Dans la sensibilité du psychè face à tant d’influences extérieures, qui peuvent en perturber l’harmonie, réside aussi notre vulnérabilité. D’une part le psychè est tributaire des actions du sarks , qui peuvent troubler son harmonie. D’autre part la disharmonie, présente dans le psychè , aura toujours une influence perturbante sur le choix de nos actions. Voilà le cercle vicieux qui inlassablement tient en mouvement la roue de samsara : toute action est la conséquence d’une action précédente et la cause d’une suivante… Pourtant, ce cercle vicieux peu être rompu. Le moyen pour y parvenir est la circoncision en esprit , dont il est question au logion 53. Notre esprit doit se détacher , afin de s’immerger dans la non-activité, dans le silence du vide intérieur. La porte de notre chambre intérieure doit, de temps en temps, se fermer…

Dans la pureté originelle, dans laquelle réside toujours l’enfant de sept jours, dans l’unité qui unit l’inférieur au supérieur, chaque cellule de notre corps est unie harmonieusement à toutes les autres. Où règne l’harmonie il ne peut y avoir de dépendance ! La dépendance appartient à l’inférieur. Dans le dualisme, dans lequel nous percevons toute manifestation relative, nous discernons des valeurs différentes. Certaines choses sont plus importantes que d’autres. Dans l’unité originelle cette distinction n’est pas de mise… ! La bonne terre n’est pas plus importante que la semence, le spermatozoïde mâle pas plus important que l’ovule femelle, l’homme pas plus important que la femme… Seule leur union harmonieuse a une valeur réelle…

Avoir et dépendance appartiennent à l’ancien, être dans l’harmonie de l’unité au nouveau ! Pour la lumière du nouveau notre œil est encore trop faible, notre conscience trop aveugle… En cela réside la difficulté que nous éprouvons à accéder à la gnose de Jésus. Cette difficulté engendre la tentation de retenir surtout la dernière ligne de ce logion, qui, isolée de la première, pourrait illustrer un dualisme existant entre «l’esprit» et «le corps». Mais il s’agit de psychè et non de pneuma . En plus, il n’y a pas que la dernière ligne…

113

ses disciples lui dirent

quel jour le royaume viendra-t-il

sa venue ne s’observera pas

on ne dira pas il est par ici ou le voilà

mais le royaume du père s’étend sur la terre

et les hommes ne le voient pas

Lc 17. 20-21 : le royaume de Dieu ne se laisse pas épier, ni on ne dira le voici ou il est là

car le royaume de Dieu est au-dedans de vous.

La question des disciples nous rappelle une fois de plus combien est tenace leur attachement à l’ancien. Se détacher de l’ancien est pourtant la condition première pour que le nouveau puisse s’épanouir. Au début de cet évangile, au logion 3, Jésus précisa sa conception du royaume : il est l’intérieur de vous et il est l’extérieur de vous… Au logion 51 il tint ce propos : ce que vous attendez est venu mais vous ne le reconnaissez pas. Dans ce logion il confirme que le royaume n’est pas le happening tant attendu par Paul et les juifs, mais une réalité qui s’étend sur la terre . Sur terre la royauté du Père est établie… Cette réalité ne peut toutefois être perçue par les hommes à la condition que leur aptitude à percevoir se transforme, que leur conception du royaume se modifie .

Il va de soi que le verbe voir ne réfère pas à une expérience sensorielle mais symbolise un acquit de connaissance. Le manque, qui nous accable aujourd’hui, concerne aussi bien une juste connaissance de soi qu’une appréciation exacte de la loi, qui gère la création entière comme elle gère notre propre physiologie. La conception d’unité, dans laquelle chaque être est uni à cette loi, ne fait plus partie de notre conscience. Une juste connaissance de soi peut à nouveau nous la révéler.

Tout ce qui s’exprime sur terre, chaque cellule végétale ou animale, chaque cellule de notre propre corps aussi est spontanément à l’écoute d’une loi d’harmonie, la parole du Père dans la création. À l’homme est toutefois déléguée la liberté d’écouter ses propres désirs, de déterminer des choix personnels. Cette liberté l’élève bien sur au-dessus de toute autre espèce dans la création, mais comporte également une responsabilité impressionnante. Comme la nature toute entière témoigne d’une intégration du supérieur dans l’inférieur, la tâche de l’homme consistera donc à réaliser l’intégration de cette unité dans sa propre conscience. Dans la prise de conscience de son intégration dans la royauté du Père, ici et maintenant, réside pour lui sa responsabilité au service de Son autorité.

Parce que l’homme ne voit ni n’écoute, il est devenu aveugle et sourd… La lumière intérieure n’illumine plus sa conscience. Dans les ténèbres de son ignorance son intelligence ne lui est plus d’aucun secours. Il s’est enivré dans son propre savoir et pouvoir… Voilà le constat désolant que fait Jésus… De cette pénible réalité le dernier logion de cet évangile est illustration navrante…

114

simon pierre leur dit

que mariam sorte de chez nous

car les femmes ne sont pas dignes de la vie

a dit jésus

voici que je l’attirerai afin qu’elle devienne mâle

pour qu’elle aussi soit un esprit vivant

semblable à vous mâles

car toute femme qui se fera mâle

entrera dans le royaume des cieux

Le dernier logion de cet évangile remarquable témoigne d’un anti-climax dégrisant ! Il nous rejette dans une réalité ô combien humaine, qui de toute évidence est peu réceptive à la parole de Jésus.

Les évangiles canoniques nous proposent eux aussi une image du caractère impulsif de Simon Pierre. La grossièreté de sa remarque ne laisse planer aucun doute quant à la place de la femme dans la culture religieuse juive. De cet état d’esprit Paul témoigna lui aussi sans aucune ambiguïté. Pour Paul, l’homme qui en paroles exaltantes chanta pourtant l’amour, Jésus fut en effet tellement plus important en tant que «Christ crucifié et ressuscité», que comme l’homme qui reconnut dans chaque être, homme ou femme, son égal. L’état d’esprit juif, dont témoignèrent Pierre et Paul, fustigea hélas bien davantage le christianisme que ne le fit celui de Jésus.

Face à leur sentiment de supériorité, l’attitude de Jésus a du être ressentie comme une atteinte à leur honorabilité masculine. Ici Simon Pierre n’accepte pas qu’une femme demeure parmi eux . Dans l’ancien – toujours présent hélas, et malgré la qualification de «catholique» – la religion était en effet considérée comme un territoire uniquement réservé à la gente masculine…

Afin de spécifier son union spirituelle, l’unité dans laquelle la vie peut nous révéler sa richesse totale, Jésus fait dans cet évangile appel à l’image de l’unité du masculin et du féminin. Le même symbolisme est à l’honneur dans l’image du mariage et dans celle de la chambre nuptiale. Il est donc compréhensible que ces images furent la cause d’une certaine commotion parmi les disciples. En plus, la relation particulière qui unissait Jésus et Mariam – Marie Madeleine, à qui Jean reconnut le privilège d’être la première à reconnaître le Jésus ressuscité – ne fut pas toujours acceptée de bon cœur par ses disciples.

Dans ce logion la métaphore utilisée par Jésus a subi une transformation remarquable ! L’image de l’unité du masculin et du féminin dégénère en effet en une mutation nécessaire de la féminité, qui se ferait mâle… Il est évident que les paroles, mises ici dans la bouche de Jésus, ne pourrait en aucun cas lui être attribuées ! La nécessité d’une telle mutation serait en outre un blâme au Créateur… Le fruit de l’unité du masculin et du féminin, symbolisé dans le mariage, est l’ovule fécondé, comme le germe est le fruit de l’unité de la graine et de la bonne terre…

Comment le symbolisme dans une image peut-il être reconnu si l’image elle-même n’est pas acceptée… ? La manipulation, qu’a subie l’image dans ce logion, ne pourrait se concevoir que dans la plume d’un transcripteur qui, imbu de son orgueil masculin, ne pouvait accepter – comme ne pouvait le faire Simon Pierre – l’égalité de l’homme et de la femme comme symbole de l’unité. Simon Pierre et ses conjoints peuvent pourtant en appeler à quelque mansuétude… En effet, le décryptage du symbolisme dans la métaphore de l’unité du masculin et du féminin, de l’époux et de l’épouse, comme dans celle du mariage et de la chambre nuptiale, la transposition d’une union biologique vers une union spirituelle, se sont avérés être un défi insurmontable pour vingt siècles de théologie chrétienne…

Ni la signification radicale de l’unité, ni les nombreuses images référant à elle, n’ont pu effleurer la conscience de ceux qui se sont présentés comme les héritiers des disciples. De même que ceux-ci croyaient devoir redevenir petits pour avoir accès au royaume, ainsi leurs héritiers semblent toujours croire que la vie nous est transmise par une cigogne ou par un chou-fleur et non pas par l’unité de papa et maman… L’épouvante paulinienne face à la sexualité – domaine de la chair et du sang – a, en outre, laissé des traces plus que pénibles dans l’éducation chrétienne…

L’aspiration de Jésus à une élévation de la conscience humaine à une vision d’unité – et non pas de séparation – de l’inférieur et du supérieur, du naturel et du surnaturel, fut sans doute trop perturbante pour être acceptable. Ce dernier logion nous confirme combien il était difficile pour les hommes de se défaire de leurs prérogatives et, par une juste perception des images, d’être réceptifs à une vision nouvelle. Jadis cette démarche représentait pour eux – comme elle représente aujourd’hui toujours pour une grande majorité d’entre nous – un engagement trop révolutionnaire. Peu nombreux furent ceux ou celles en qui s’est opérée une metanoia , ce bouleversement mental libérateur et nécessaire proposé par Jésus.

Parmi eux : Marie Madeleine et Judas Thomas …

l’auteur

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