Gnostiques et Rose-Croix Religion et Tradition

Gnostiques ou Illuminatis ? Les Origines du Mouvement Gnostique

Par John Lash.

Un des problèmes les plus embarrassants posés par la bibliothèque Copte Gnostique de Nag Hammadi est la question des origines.

Qui écrivit ces documents et d’où vinrent les auteurs ?

Il est exaspérant d’explorer ce matériau sans avoir une idée concrète de son origine humaine en termes culturels, historiques ou géographiques. Même si l’on présume que les Codex Egyptiens sont des traductions “d’écrits originels” par des Gnostiques qui appartenaient à des groupes éparpillés en Egypte et dans le Proche Orient, nous restons, cependant, confrontés à la question déconcertante de savoir quelle est l’origine géographique du mouvement Gnostique, en premier lieu.

Une Histoire Complexe

Les traités de Nag Hammadi sont des oeuvres de scribes qui sont tardives et de facture bâclée et erratique. Ils furent copiés et traduits – et non point rédigés – par des scribes Coptes utilisant un langage improvisé. C’étaient des moines du désert qui, sans doute, ne comprirent que très peu ce qu’ils traduisirent.

Nous ne savons rien de la nature des textes Grecs qu’ils utilisèrent ou pourquoi ils furent chargés de réaliser ces traductions. Ceci étant, ma supposition est probablement tout aussi valable qu’une autre: je dirais que les “originaux” étaient des notes rapides prises par des étudiants des Ecoles de Mystères ou de ce qu’il en restait. Il se peut que la traduction des notes en Copte – selon mon opinion, une forme de sténographie de scribes, plutôt qu’un langage authentique – ait été un exercice d’écriture pour les scribes plutôt qu’un travail de préservation fidèle des textes. C’est dur à imaginer, peut-être, et pénible à admettre. Mais le triste fait est que ces précieux documents sont effroyablement médiocres, incohérents et biaisés.

Nous savons où les Codex de Nag Hammadi furent cachés mais nous ne savons pas par qui et pourquoi. (Concernant mon hypothèse qu’ils puissent avoir été connectés avec le temple d’Hathor à Dendera, à un jet de pierre de Nag Hammadi, voir l’essai “Lorsque les Mystères Moururent”).

Nous ne savons pas où les originaux peuvent avoir été écrits et conservés mais la Bibliothèque Royale d’Alexandrie est une possibilité.

Il existe des preuves architecturales et artéfactuelles que des groupes Gnostiques étaient établis autour du bassin Méditerranéen, dont la Palestine, près de la base Zaddikim de la Mer Morte.

Les “originaux” pourraient avoir provenu de centaines de lieux.

Au-delà de la question des origines textuelles des documents Gnostiques qui ont survécu, surgit la question plus globale des origines même des Gnostiques. Les érudits d’aujourd’hui ignorent cette question comme étant insoluble et ne valant pas peine d’y consacrer du temps. Leur unique intérêt vis à vis des traités Gnostiques réside dans le fait que ces derniers révèlent des informations sur les origines du Christianisme, pas sur le Gnosticisme. Aucun érudit sérieux ne considère le contenu des enseignements Gnostiques et les instructions des Ecoles de Mystères comme valant la peine d’être débattues. Cette attitude condescendante s’étend au problème des origines culturelles, historiques et géographiques du mouvement Gnostique.

Il n’en fut pas tout le temps ainsi, néanmoins. Il y a une centaine d’années, un demi-siècle avant la découverte des Codex de Nag Hammadi, des érudits, qui travaillaient sur les Codex de Berlin, Askew et Ahkmin, et sur les paraphrases des enseignements Gnostiques trouvées dans les polémiques des Pères de l’Eglise (c’est à dire les attendus de l’accusation) développèrent un intérêt profond pour les origines pré-Chrétiennes du mouvement. Lorsque Doresse publia “Les Livres Secrets des Gnostiques D’Egypte” en 1958, il existait encore un débat quant aux origines du mouvement Gnostique. Etonnamment, Doresse qui était un archéologue Catholique ouvertement hostile aux Gnostiques, fut le seul érudit de l’époque post-Nag Hammadi, à citer ce que les Gnostiques eux-mêmes avaient à dire quant à l’origine de leur mouvement. Et c’est ainsi que commence une longue et complexe épopée.

Gnostiques ou Illuminatis?

L’épopée nous emmène d’Ephèse vers l’est au-delà d’Hattusash, citadelle froide des Hittites, et au coeur de l’Asie Mineure: tout d’abord à Harran, le carrefour mouvementé où Abraham arriva durant la dernière étape de son exil d’Ur en Chaldée; ensuite vers Ctesiphon, légendaire pour ses piles d’ambre doux sur la place du marché; puis dans la Parthie, le pays des meilleurs archers du monde, passés les campements éparpillés des Sabbéens, les astronomes qui lisaient, en transe mystique, les secrets des treize Eons célestes; et puis encore plus loin dans l’Asie, au-delà de Ninive riche en courtisans et puis au-delà d’Hecbatana, citée emplie de fumée aux cent portes; tournant ensuite au nord vers les montagnes escarpées d’Elbruz et montant sur les hauts plateaux du Mont Hermon, la Montagne Blanche de Seir, non loin de la Mer Caspienne, au bleu métallique et étincelant. De façon simplifiée, cela nous mène à l’Azerbaïdjan, sur la frontière nord-ouest de l’Iran. Là-bas, bordé au nord par la rivière Araxes, un haut plateau arrosé par le Lac Urmia marque la matrice géographique du mouvement Gnostique. Doresse écrivit: “Ici, nous trouvons des légendes antérieures au Gnosticisme – celles, par exemple, qui attribuaient un caractère sacré au Mont Hermon, la résidence supposée des Enfants de Seth au début de l’existence humaine”. (Page 255).

La localisation géographique du pays d’origine du mouvement Gnostique, met un fait remarquable en lumière: le plateau d’Urmia était le nombril caché des anciennes cultures de Mésopotamie, aligné avec le Croissant Fertile et unissant symétriquement le Proche Orient et l’Extrême Orient avec la Méditerranée.

Sagesse d’Etoile

“Les Enfants de Seth” est le nom légendaire que les Gnostiques attribuèrent à une lignée sacrée de phosters ou révélateurs. Le nom Seth est mentionné dans la Bible dans Genesis 4:25: “Et Adam connut sa femme une autre fois et elle porta un fils et elle l’appela Seth car dit-elle ‘Dieu m’a donné une autre graine à la place d’Abel que Caïn tua’”.

Il est significatif que cela soit la seule occasion. Seth appartient à “une autre graine”, une lignée mise à part du récit Judéo-Chrétien de “l’histoire sacrée”.

Dès les origines de leur histoire, les Gnostiques se situent à l’extérieur du récit conventionnel de la vie spirituelle Occidentale. Selon ce qu’en disent les Gnostiques eux-mêmes, une tradition de connaissance secrète fut transmise, depuis des temps reculés, par une succession d’hommes et de femmes qui avaient maîtrisé la méthode d’illumination, la Gnose. Les Révélateurs étaient un corps d’élite oeuvrant au sein d’un complexe unique, culturel et spirituel qui émergea dans l’Iran préhistorique: l’Ordre des Mages.

Des érudits Allemands, tels que Gustav Widengren, Richard Reitzenstein et M. H. Schraeder, qui sont largement inconnus de nos jours, ont exploré profondément les racines préhistoriques de la religion Iranienne connue sous le nom de Zurvan.

C’est l’origine de la doctrine du dualisme cosmique attribué au prophète Perse, Zoroastre, et répandue de par le monde entier par les membres de son ordre religieux, les Mages. Reitzenstein eut en particulier l’intuition que les concepts Gnostiques étaient influencés par le dualisme Perse ou Zurvanisme mais il fut incapable de l’expliciter. Personne depuis son époque n’a fait mieux. Cette investigation est rendue complexe par l’ancienneté de la religion Iranienne qui remonte au sixième millénaire avant l’ère commune.

Le dualisme Perse constitue la grande énigme dans l’histoire des religions. A ce jour, aucun érudit, pas même Mircea Eliade, n’a percé le voile Zoroastrien. “Zarathoustra est dit avoir précédé Platon de 6000 années. Il apprit la sagesse universelle de la Bonne Loi, à savoir la compréhension excellente. Son nom traduit en Grec, Astrothutes, signifie “l’adorateur de l’étoile” (Platon Prehistorian).

Dans son élégant petit ouvrage sur les Gnostiques, Jacques Lacarrière affirme que le Gnosticisme était un chemin d’illumination fondé sur l’ancienne sagesse des étoiles.

L’historien Juif Josephus dit que les Enfants de Seth étaient largement vénérés comme des voyants célestes qui “découvrirent les sciences des corps célestes et leurs configurations” (Antiquités. I. 68-72).

Dans tout le proche Orient et en Europe, les prêtres-astronomes de l’Ordre des Mages étaient connus dans les temps anciens comme les “Chaldéens”, un surnom assez trompeur. Ce terme dérive du Sumérien Kasdim, relié à l’Hébreu Chesed (un séphiroth de l’Arbre de Vie) et à Chassidim, “les pieux”, une secte ultra-conservatrice liée aux Zaddikim.

La tendance des éditions Bibliques est de colliger les thèmes Chaldéens avec l’Ordre des Mages, ce qui confère une légitimité aux patriarches, par voie d’association. Le Père d’Abraham, Terah, était un prêtre du temple du dieu lunaire, Sin, dans la cité d’Ur.

Il y a une quantité de connaissances astro-mythologiques qui sont encodées dans l’Ancien Testament – preuve des influences des Mages et des Séthiens. Et bien sûr, les Mages sont très présents dans la fable de la naissance du sauveur dans le Nouveau Testament. Une note de scribe rédigée en marge d’Alciabides I, un ouvrage attribué à Platon, évoque la légende selon laquelle Zoroastre vivait au 7 ème millénaire avant l’ère commune. Plusieurs autres sources classiques, dont Aristote, Pline et Plutarque nous parlent également des “Mages” vivant 6000 ans avant la mort de Platon. Dans son ouvrage extraordinaire et peu connu “Platon Prehistorian”, Mary Settegast situe l’avènement de l’Ordre des Mages, la caste originelle des prêtres de l’ancienne religion Iranienne, dans l’Age des Gémeaux, autour de 5500 avant l’ère commune, une date confirmée par les sources Grecques. Settegast fait référence ici au cycle Zodiacal fondé sur la précession des équinoxes.

L’Age des Gémeaux dura de 6200 à 4300 av. EC. Le thème du dualisme associé avec la constellation des Gémeaux est cohérent avec le thème central de la religion Iranienne, le dualisme cosmique absolu, le Bien versus le Mal. Mais ce type de dualisme n’est pas ce que nous trouvons dans les enseignements Gnostiques.

Dans mon ouvrage, Not in His Image, je fais la distinction entre le dualisme d’origine unique et le dualisme de double origine (l’hologramme de double origine de Philip K. Dick). Le dernier est caractéristique des écrits Gnostiques. Dans le mythe de Sophia, il n’y pas de fractionnement inhérent à la Divinité (le Plérome) mais il en existe une projection anormale qui se manifeste par un scénario à deux mondes.

La plupart des historiens n’ont pas recours à la datation Zodiacale pour resituer la recherche préhistorique et historique alors que Settegast le fait d’une manière exceptionnelle. Le mythologiste et indologiste Alain Daniélou et l’historien culturel William Irwin Thompson ont également adopté cette technique. Je l’ai énormément appliquée, moi-même, durant plus de trente années.

Note importante à l’attention des lecteurs: replacer les événements dans le cadre de la précession des équinoxes ne requiert pas d’adopter la croyance selon laquelle les étoiles influencent les affaires humaines. Un Age Zodiacal est un outil permettant de créer un cadre, à l’image d’une ère géologique (Pléistocène), d’une période historique (Age de Bronze) ou d’une époque culturelle (la Dynastie Tang). Le cadre des Ages est un outil heuristique et non pas une farce astrologique.

La précession devint reconnue par la recherche académique en 1969, grâce à la publication de Hamlet’s Mill par Giorgio de Santillana et Herta von Dechend, mais cet ouvrage n’applique pas systématiquement la précession à l’analyse des événements historiques. Settegast utilise habilement la précession pour corroborer d’anciens témoignages sur l’Ordre des Mages avec les recherches archéologiques d’une part et avec l’analyse historico-religieuse, d’autre part.

Au cours de mes propres recherches avec le maître-outil de précession, le Zodiaque de Dendera, j’ai découvert que les Ages Zodiacaux sont corrélés à des événements historiques et archéologiques connus, de façon incroyablement cohérente et souvent avec des détails étonnants. L’axe C du Zodiaque de Dendera, daté à 5600 av. EC, marque l’Age des Gémeaux. Une statue en marbre blanc de la “double déesse” de Catal Huyuk VI (extraite de l’ouvrage de Mellaart “The Archeology of Ancient Turkey”, Page 21) symbolise clairement le thème des Gémeaux.

A Catal Huyuk, les archéologues ont découvert douze niveaux successifs de construction qui représentent différentes phases de la cité et qui reflètent différentes époques de son histoire. Les niveaux supérieurs des tumulus, contenant les constructions les plus récentes, sont datés à 5600 av. EC, la date de l’axe C et de la statue de la double déesse. Je pourrais présenter des douzaines d’exemples similaires.

Le Nombril Caché

Les prêtres-astronomes de l’Ordre des Mages et d’autres voyants contemplateurs d’étoiles, de l’Hibernie à la Vallée de l’Indus, auraient utilisé la datation de la précession pour dessiner le cours de l’expérience humaine sur le long terme. Les Mages amenèrent cette méthode du plateau d’Urmia et la répandirent dans tout le Croissant Fertile.

A Eridu (Ur en Chaldée), directement au sud du nombril caché du mouvement Gnostique, la datation par la précession aurait été transmise aux premiers théocrates Sumériens. Mais une fois qu’elle fut confiée aux prêtres soutenus par l’état et aux contrôleurs sociaux des premières théocracies du Proche Orient, la précession perdit de sa valeur en tant qu’instrument de guidance et d’encadrement éducatif. Les telestai, qui se consacraient à la guidance de l’humanité, entrèrent en conflit avec les autres Mages dont les desseins étaient politiques. La scission éventuelle au sein de l’Ordre des Mages procéda de cette problématique ésotérique.

La période d’émergence du mouvement Gnostique dans la préhistoire est identifiée archéologiquement avec la culture Hajii Firuz (5500 à 5000 av. EC) du nord-ouest de l’Iran et de Turkménie. Elle est centrée dans le bassin d’Urmia, exactement là où les Gnostiques avaient leur foyer spirituel. La culture est nommée d’après des fouilles archéologiques au sud du Lac Urmia, à l’est du Lac Van qui se trouve en Arménie. Le Lac Van est surplombé par le Mont Ararat, là où l’Arche de Noé est réputée être venue s’échouer.

Au-dessus du Lac Urmia se profile le Mont Kuh-I-Khwaga, la “Montagne Blanche de Seir” que les Gnostiques considéraient encore comme sacrée de 5000 à 6000 ans après que leur tradition y eut été fondée. (la carte est extraite de l’ouvrage Platon Prehistorian. Le rayon du cercle est d’environ de 250 km).

Les Codex de Nag Hammadi font allusion à une légende selon laquelle la lignée du Révélateur eut pour origine un couple illuminé, Seth et son épouse Norea, qui vivaient sur la Montagne Blanche de Seir.

Les Mandéens des marais d’Irak, dont les croyances témoignent de nombreuses similarités avec celles des Gnostiques, rapportent une légende similaire d’un couple fondateur, Anosh-Uthra et Yohanna qui établirent leur base à la Montagne Blanche de Seir. Seir est une racine Indo-Iranienne, corrélée avec Syr et Shri, “sacré”. Urmia dérive de l’ancien mot Perse signifiant eau. Le Lac Urmia est une réserve Biosphère de l’UNESCO.

Selon une ancienne légende qui survit encore localement à ce jour, la cité sur le bord du Lac Urmia fut le lieu de naissance de Zoroastre. “Un très ancien centre Mage était situé au Lac Urmia” écrit Settegast (page 215). Certains vestiges de cette communauté antique se retrouvent encore aujourd’hui sur les llieux. Des fouilles a Hajii Firuz ont permis de découvrir de magnifiques vestiges archéologiques dont un plat en céramique de la culture Halafian de Palestine qui date de la même époque – c’est à dire que le plat fut amené, de Palestine, à Urmia. Le décor de ce plat dépeint le motif à seize pétales, la signature des cellules des Mystères (Settegast, page 121). Il est probable que l’organisation des cultes des Mystères dans le Proche Orient, ainsi que les techniques et les enseignements qu’ils transmirent, ont pour origine cette antique matrice Iranienne.

L’Ordre des Mages se répandit du bassin d’Urmia dans toutes les directions: au nord vers les montagnes du Caucase, au sud vers l’Irak, à l’est vers l’Inde et à l’ouest vers l’Asie Mineure et l’Europe. Mais au cours de la dissémination, l’Ordre se scinda progressivement en deux branches distinctes, les Gnostiques et les Illuminatis, comme nous pourrions les appeler maintenant. Les finalités et les techniques de chaque branche différaient.

Maîtres-Enseignants

“Les Iranologues considèrent que le problème des Mages est un des problèmes les plus captivants, mais aussi l’un des plus difficiles, de l’histoire de l’ancien monde” (Settegast. Page 215).

Au sein de l’Ordre, il était donné aux Gnostiques le titre de “vaedemna”, “sages, voyants” pour les distinguer des prêtres “zoatar” qui officiaient ouvertement dans la société et conseillaient les théocrates du Moyen Orient sur la gestion de l’état, la moralité sociale et sans oublier l’organisation agricole (Car Zoroastre, selon la tradition, fut l’instigateur d’une agriculture à grande échelle et planifiée). Le mot Parsi zoatar est à l’origine du mot Grec soter “sauveur”. La tradition Judéo-Chrétienne-Islamique présente diverses mutations du personnage du rédempteur ou du soter. La religion de la rédemption, fondée sur un agent surhumain qui met en oeuvre la volonté de la divinité paternelle, est appelée sotériologique.

Dans la religion Hébraïque, cet agent est le messie, conçu soit comme une personne humaine, le Roi des Juifs, soit comme une entité surhumaine, comme Melchizedeck (le culte des Zaddikim). Dans le Christianisme, c’est Jésus en tant qu’incarnation du Christ, le Fils unique de Dieu, selon la théologie hybride de Paul. Dans l’Islam, la figure rédemptrice est plurielle et assume la forme de divers imams et maîtres occultes. Le conflit actuel entre les Shites et les Sunnites est lié à la succession des imams après Mahomet. Dans tous les cas, le soter est une figure patriarcale, l’autorité centrale dans un culte théocratique dont la finalité ultime est, ne nous méprenons pas, de dominer le monde entier en imposant un ordre socio-spirituel fondé sur les diktats d’un dieu paternel extra-terrestre qui ne s’adresse qu’à des démagogues mâles et blancs (DMB).

La sotériologie Perse est à l’origine du concept du Nouvel Ordre Mondial partagé par les magouilleurs néocons et certains adeptes du Nouvel Age. Au fil des siècles, elle engendra le maître plan des Mages qui s’engagèrent dans l’ingénierie sociale, “les Illuminatis” au contraire des Gnostiques ou telestai, qui se consacrèrent à la guidance spirituelle et éducative.

Dans les Codex Coptes, le terme soter intervient fréquemment pour désigner le maître ou enseignant Gnostique. Un autre terme, cependant, phoster est plus proche de la signification de vaedemna, un sage ou une personne illuminée (corrélé à veda, vidya, wisdom, wit). De crainte que le lecteur se lasse en croyant que j’ergote indûment sur les mots, je dois souligner qu’il est excessivement important de bien distinguer entre le voyant ou l’initié d’une part et le prêtre, d’autre part, et plus particulièrement le prêtre sponsorisé par l’état.

Mary Settegas fait remarquer avec justesse que les Iranologues “avaient des conceptions contradictoires en ce qui concerne le milieu historique du prophète”. Le problème crucial est celui-ci: “A une extrême, Zarathoustra a été décrit comme un sage primitif et extatique, une sorte de shaman; à l’autre extrême, comme un familier mondain des rois de Chorasmie et des politiques de cour” (Page215).

Voilà la distinction qui a dérouté tous les érudits: entre le voyant-shaman et le prêtre sacerdotal qui joue un rôle dans les politiques de cours. Pour ce dernier, l’agriculture faisait partie d’une vocation sacrée. La culture de la terre était au coeur du message de Zoroastre, “les prêtres-missionnaires étaient sans doute tout aussi bien versés dans les techniques agricoles que dans le dogme religieux. L’irrigation, l’élevage, la fertilisation faisaient sans doute partie de la sagesse missionaria”. (Page 220). Cela ne semble-t-il pas affreusement familier ? Dans la mission des Mages Zoroastriens qui prirent le contrôle de l’organisation sociale sous l’égide de la théocratie, nous avons l’ancien modèle de colonialisme envahisseur et de tout ce qu’il implique, un modèle qui est encore bien prévalent, de nos jours.

Considérons, maintenant, l’autre aspect de l’histoire. Selon l’opinion des érudits modernes et selon la tradition populaire d’antan, les Mages étaient considérés, non pas comme des missionnaires avec un programme d’état à mettre en place, mais comme des “serviteurs dédiés aux Dieux” et “des maîtres de l’enseignement”, réputés être à l’origine des ‘sciences cosmologiques’, non seulement l’étude des cieux mais aussi celle des éléments et des sphères terrestres” (page 215). A qui correspond vraiment cette description? A des émissaires illuminés d’une culture supérieure ou à des colonialistes en quête de pouvoir?

Les Guides et les Leaders

De par les limites de cet article déjà long, je ne peux pas faire plus que d’introduire la problématique des Mages, “un des problèmes les plus captivants, mais aussi l’un des plus difficiles, de l’histoire de l’ancien monde” comme l’observe Mary Settegast. Cependant, cela n’est pas seulement un problème pour les érudits, c’est un sujet qui concerne le destin même de l’humanité. Il détermine la manière dont nous envisageons le potentiel humain et dont nous élaborons un ensemble de valeurs éthiques qui puisse guider la société. Cette histoire longue et complexe, du nord-ouest de l’Iran, nous amène à la problématique qui est au coeur de l’expérience sociale humaine: comment nous définissons le mal, ce qui est antinomique de la vie.

Pour résumer: les Gnostiques sont issus de l’Ordre des Mages mais ils y étaient aussi fondamentalement opposés.

Le mouvement Gnostique identifié par les érudits à partir des traités Coptes de Nag Hammadi, et d’ailleurs, est une branche de l’Ordre des Mages et qui plus est, une sorte de mouvement dissident. Le conflit au sein de l’ordre était dû principalement à deux raisons, une idéologique et une pratique.

D’un point de vue idéologique, les Gnostiques rejetaient le dualisme conflictuel de la classe des prêtres de Zurvan. Reitzenstein et autres érudits qui situent les origines Gnostiques dans le dualisme Iranien n’avaient pas assez d’informations de base pour reconnaître que le dualisme Gnostique est un système à deux mondes, et non pas un système d’origine fractionnée. Par “origine fractionnée”, je veux dire que le mal et le bien procèderaient de la même source. Les Gnostiques rejetaient vigoureusement cette conception. C’est néanmoins la doctrine Zoroastrienne fondamentale dont hérita une secte d’extrémistes en Palestine, les Zaddikim de la Mer Morte, et qui fut absorbée par le Christianisme comme un virus mortel. Aujourd’hui, lorsqu’il délivre son discours sur l’état de l’union, le président des USA s’appuie lourdement sur cette même rhétorique d’origine unique. Nous sommes les gentils et eux les méchants.

Les Gnostiques considéraient que le problème auquel doit faire face l’humanité n’est pas le mal mais l’erreur.

L’opposition absolue entre le bien et le mal était un concept erroné et complètement étranger à leur vision du monde. Les concepts Gnostiques sont magnifiquement élaborés et leurs enseignements sont empreints d’une grande finesse en ce qui concerne les problématiques de l’erreur et de la responsabilité humaine. On ne trouve aucunement cette sophistication dans le dualisme rigide et conflictuel de Zoroastre.

Quant à la seconde raison, la raison pratique, le “sage primitif et extatique ou shaman” n’agirait pas et ne pourrait pas agir comme un animal politique. Les shamans sont des intermédiaires entre la société et l’Autre Monde, l’Inconnu.

Le vaedemna ne s’implique pas dans les politiques du contrôle social, pas même pour donner son avis, parce qu’il ou elle se consacre intensément à d’autres priorités. Pour les initiés Gnostiques, les priorités consistaient à maintenir la lignée des Révélateurs, à préserver les vois sacrées d’instruction par la Lumière Divine et à enseigner et transmettre ce qu’ils connaissaient au monde entier. Ils s’étaient voués à un but sacré, un telos, qui comprenait deux dimensions: l’art de la guidance et le travail de création des cultures. Il est vrai qu’ils guidaient les autres mais ils ne les manipulaient pas comme le faisait le zaotar ou prêtre d’état. Ils guidaient les individus par l’instruction mystique et l’exemple de personnalité.

En bref, ils maintenaient une frontière rigoureuse entre leur but sacré d’enseigner et l’ambition politique de gouvernance. Les guides les plus sages ne sont pas les leaders. Les meilleurs guides sont à l’image des espions: ils n’aiment pas être suivis. Comme le chantait Bob Dylan, il y a longtemps: “Ne suis pas les leaders, Surveille plutôt les parcmètres”.

Les Je-sais-tout

Dans son étude magistrale “The History of the Term Gnostikos”, l’historien des religions, Morton Smith, écrivit que “gnostikos n’était pas un terme commun”. Il souligne que des initiés respectés tel que l’empereur Païen Marcus Aurelius ne l’employaient pas. Il n’était pas non plus d’usage dans le Judaïsme de langue Grecque. Il semble qu’il ait été utilisé pour la première fois par Platon! Dans le Politicus, 258e- 267a, Platon fait référence à gnostike techne, “l’art de la connaissance” ou peut-être “l’art de gérer les choses connues” afin d’affirmer que “le politicien idéal est défini comme le maître de l’art gnostique”.

Platon affirme que “si un tel être devait apparaître, il serait comme un dieu descendu gouverner l’humanité”.

Et bien le voici, en toute clarté: Platon joue la carte de la déification. Sa définition d’un gnostikos est celle d’un expert attaché à un gouvernement théocratique, c’est à dire, à une gouvernance par les dieux ou par les descendants des dieux. Mais comment est-ce possible? Il est de notoriété publique que Platon fut initié à Eleusis. S’il avait des contacts étroits avec les telestai, comment pourrait-il avoir adopté et entériné le plan des Illuminatis, les Mages qui contrôlaient le programme théocratique?

Je suggérerais que la réponse se trouve dans l’analogie bien connue de la grotte de Platon. Selon cette métaphore, les objets du monde sensoriel ne sont que des ombres projetées par les Eidos, les Formes divines du monde supranaturel. Mais la Lumière Organique ne projette aucune ombre. J’en conclue que Platon, bien qu’initié, ne contempla jamais la Lumière Organique, le medium secret de l’enseignement des Mystères. S’il l’avait contemplée, il n’aurait jamais inventé l’analogie de la grotte.

Un extrait du manifeste de Platon concernant la politique Illuminati, “La République” est traduite en Copte dans les Codex de Nag Hammadi (Codex VI, 5). C’est le texte le plus ancien des Codex qui est de 700 ans plus vieux que les autres documents. Cependant, aucun érudit n’a souligné le caractère très étrange de son inclusion dans le corpus. J’ai mis en valeur, auparavant, que les gardiens des Mystères ne s’appelaient pas eux-mêmes gnostikoi mais telestai “ceux qui ont un but”. Il est connu que gnostikoi était le terme utilisé par les Pères de l’Eglise pour les ridiculiser: les “je-sais-tout”. Je maintiens que les telestai abandonnèrent ce nom parce qu’il était associé (via Platon) aux planificateurs sociaux et aux conseillers spéciaux de la théocracie.

Il est significatif que le seul exemple d’un groupe Gnostique connu pour s’être appelé gnostokoi était un groupe de Carpocrates dirigés par une femme du nom de Marcelina. Les Carpocrates étaient enclins à adhérer à la doctrine Hindoue de descente de l’avatar, c’est à dire de l’incarnation physique d’êtres surhumains – un élément du scénario théocratique. Le groupe conduit par Marcelina “avait des images et des statues de grands enseignants révérés par leur école, tels que Pythagore, Platon et Aristote et également un portrait de Jésus” selon ce qu’en écrit Origène ( G. R. S. Mead “Fragments of a Faith Forgotten”. Page 232). Le culte de la personnalité était totalement incompatible avec la mission et le comportement des telestai. Ils n’auraient jamais toléré de telles statues alors que la glorification des “grands hommes” est typique du programme théocratique.

Les telestai exerçaient dans l’anonymat leur rôle de mystiques et de gardiens des Mystères bien qu’en tant qu’enseignants, oeuvrant ouvertement dans la société, ils eussent des noms et des charges sociales. En d’autres mots, ils n’arboraient pas leur participation aux Mystères pour acquérir du prestige ou un renom social. Les noms attribués aux Gnostiques et aux initiés étaient en fait des titres plutôt que des noms propres: Asklepios (Esculape), par exemple. Les noms de très peu de Gnostiques – Simon Magus, Valentin, Basilides, Hypatia – sont parvenus jusqu’à nous.

“Le vieil homme aimable avec un serpent sage et bienveillant” est un archétype d’un telestes, pas d’un personnage réel. “Les statues du Christ rappellent parfois quelque chose des statues d’Asklepios. L’épouse du thérapeute était Hygeia (Santé)… Quant au serpent, c’est le personnage le plus important dans le sanctuaire”. (Statue, ci-contre, d’Epidaure. Période Romaine. Atlas of the Greek World. Page 162).

De nos jours, nous utilisons l’insulte “Gnostique” pour caractériser le mouvement ancien dont les membres s’opposaient non seulement à leur propre glorification mais aussi au programme théocratique des grands hommes et des leaders mâles qui était élaboré et mis en oeuvre par les Mages orientés politiquement.

Conclusion

La théocracie, qui est le prototype de la gouvernance patriarcale, est la carte d’atout du jeu victime-perpétrateur, tel que je l’explique amplement dans mon ouvrage Not in His Image. Si le tyran qui châtie et qui récompense son peuple peut le convaincre qu’il est mandaté par les dieux ou qu’il est lui-même un dieu, alors l’autorité divine est en contrôle (ainsi que Constantin, le faux converti, l’avait si bien compris). Mais la théocracie, et tout le complexe de domination qu’elle incarne, était un concept totalement étranger à la mission que s’était donnée les Telestai d’enseigner, de guider et de faire prospérer – en bref, d’encourager et de cultiver le potentiel humain.

On ne peut pas réconcilier la volonté de contrôler et de manipuler le potentiel humain avec une telle mission. C’est pourquoi les Gnostiques originels, les adeptes de l’extase shamanique qui enseignaient au travers de l’initiation par la Lumière, quittèrent l’Ordre des Mages. L’Ordre fut fondé sur le plateau d’Urmia aux alentours de 6000 av. EC, durant l’Age des Gémeaux. La scission eut lieu après 4400 av. EC, lorsque le point vernal passa du Taureau dans le Bélier.

L’Age du Bélier, (d’environ 2000 à 120 av. EC) est l’époque d’Abraham et de l’émergence du patriarcat, incluant l’Empire Romain.

Alexandre le Grand domina l’ancien monde lorsque l’équinoxe de printemps était située dans les étoiles de la tête du Bélier, connu comme Amun chez les Egyptiens. Par conséquent, Alexandre se fit dépeindre sur les pièces de monnaie avec les cornes d’Amun et il mit en scène une initiation au sanctuaire Amun de Siwa dans le but de se faire élever au statut quasi-divin (un autre exemple de vérification artéfactuelle de datation par la précession). Tout cela est totalement cohérent avec la mise en place d’un programme théocratique durant l’Age du Bélier.

A partir de leur base antique dans le nord-ouest de l’Iran, les Gnostiques auraient été capables d’observer les développements dans le Croissant Fertile, incluant l’émergence de l’urbanisation et de l’agriculture à grande échelle. Leur statut de sages nomades, les célèbres “Chaldéens” de l’antiquité, leur aurait conféré toutes les possibilités d’observer trois développements fondamentaux: le passage du roi sacrificiel (pratique primordiale du bouc-émissaire, la méthode du pharmakon) au roi sacré (rite modifié requérant le hieros gamos, l’accouplement sacré avec la Déesse pour s’assurer de la valeur du roi) et ensuite au roi rédempteur (les hommes sacrant les hommes et au diable l’accouplement sacré).

Cependant, ils n’auraient pas pu analyser cette progression ni détecter la violence pathologique impulsée par les croyances rédemptrices aussi profondément que nous le pouvons actuellement. Du moins, je ne le pense pas. Il est possible qu’ils aient été pris par surprise par la très grande force du processus, pour ne pas mentionner les techniques insidieuses des Illuminatis qui pervertissaient les rites régénérateurs des Mystères.

Nous sommes à l’autre extrémité du long drame qui commença sur les rivages du Lac d’Urmia, avec 2000 ans de recul sur le programme des Illuminati et sur ce que le message d’amour divin, enjolivé d’un complexe de rédemption, peut infliger à la vie sur une planète, petite et solitaire.

John Lash. Octobre 2006.

Traduction de Dominique Guillet.

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