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Les menhirs de l’Aveyron révèlent les bases d’un véritable langage

MENHIRS STÈLE DE L’AVEYRON, DES PROPORTIONS CHOISIES PAR NOS ANCÊTRES TAILLEURS DE PIERRE

par Quentin Leplat

Tout le monde connaît les monuments mégalithiques de Bretagne, ne serait-ce que de réputation. Les alignements de menhirs de Carnac sont un des plus grands mystères du monde antique. Au cœur du Morbihan, Carnac fait figure de capitale mondiale du menhir. Mais l’on trouve aussi des milliers de menhirs et dolmens ailleurs en Europe.

C’est dans l’Aveyron que je vous propose de faire une escale.

Plusieurs centaines de dolmens sont répertoriés dans ce seul département, des centaines de menhirs également. Mais ces pierres ont une étrange particularité : elles représentent, de par la façon dont elles furent sculptées et gravées, des hommes et des femmes de pierre. De plus, il semble qu’elles furent taillées à la manière des stèles… quant à leurs proportions, elles sont toutes très différentes.

Lors d’une visite au musée de Rodez, j’ai pu me procurer plusieurs documents qui ne sont pas disponibles dans les librairies classiques. Il s’agit d’ouvrages destinés aux universitaires et aux curieux souhaitant en savoir plus sur l’histoire de ces monuments. J’ai donc ramené un énorme pavé de plus 500 pages au format A4 dans lequel se trouve une mine d’or d’informations officielles qui furent collectées par les archéologues.

Parmi ces centaines de menhirs-stèles, 81 sont entiers, c’est à dire qu’il n’en manque pas un morceau. Toutes ces stèles ont été mesurées avec soin pour en évaluer le poids et tenter d’estimer la taille originelle des pierres qui ont été brisées. Puisqu’elles sont de forme rectangulaire, il est assez facile d’estimer leur poids… toutefois, ceci n’est pas le point le plus intéressant à mon sens.

Effectivement, ces pierres ont été mesurées mais à aucun moment, au cours des 500 pages, les archéologues, historiens et scientifiques qui ont participé à l’élaboration de ce très bel ouvrage, ont essayé de déduire une quelconque unité de mesure dans les proportions choisies de ces stèles. Pourtant, il est bien mentionné dans le livre que les pierres n’ont pas été installées au gré des sites dans leur état brut, mais qu’elles ont été entièrement façonnées et taillées au préalable. Or l’envergure de ces pierres, même après façonnage, demeure exceptionnelle… leurs dimensions méritent donc autant que l’on s’attarde sur elles que sur les mystérieuses gravures.

Les proportions de ces menhirs stèles.

En étudiant donc les dimensions de ces stèles, voici ce que j’ai pu observer.

Rapport de proportions : 14,8% des stèles ont un rapport de proportion de 1 de large par 2 de hauteur (marge d’erreur 1%). Ceci mériterait vraiment que l’on s’y arrête, car on comparant avec 1000 stèles dont les dimensions sont créées de manière aléatoire avec Excel nous n’obtenons en moyenne que 2,4 % de stèles de proportion 1 par 2 (marge d’erreur 1%).

Cette différence entre le hasard et ce que l’on peut mesurer montre sans l’ombre d’un doute que les dimensions des stèles ne sont justement pas le fruit du hasard, et que les tailleurs de pierres avaient une préoccupation de proportions lorsqu’ils bâtirent ces monuments.

Poursuivons l’exploration des rapports de proportions. Quelque que soit le rapport de proportions que nous testons, nous aurons toujours au minimum 2,4% (± 0,9) de stèles qui vont correspondre à ce rapport que nous recherchons, simplement par hasard. Ceci est validé par le test des 1000 stèles dont les dimensions sont créées de manière aléatoire sur Excel. Ainsi, tout rapport de proportions que nous observons plus de 3,3% (2,4 + 0,9 la variation du hasard) est susceptible d’être le fruit d’une intention des tailleurs de pierres.

Nous observons 7,4 % de stèle de proportions 3 / 5 et 6,2 % de stèles de proportions 1 / 1,618. Il est probable que ces proportions soient l’objet d’une intention. Ces deux rapport 5/3 = 1,666 et 1,618 sont très proches et le nombre de pierres ayant ce type de proportions est très au dessus de ce que le hasard nous permet d’observer. Ce rapport de 1,618 et 1,666 pourrait il illustrer le rapport entre la taille de l’humain et la hauteur de son nombril ? Ce rapport selon certains auteurs varient de 1,618 pour les hommes et 1,666 pour les femmes. Il s’agit bien entendu d’une moyenne vers laquelle tendent ces rapports si on effectue un grand nombre de mesures. N’essayez pas de le vérifier seulement sur vous ! Dans la nature le nombre d’or ne s’exprime pas à la perfection chez tous le monde.

Nous pouvons aussi examiner quelques statues-menhirs et constater que les dessins répondent eux aussi aux choix de proportions nous renvoyant directement au double carré, triple carré et quadruple carré. Derrière l’apparence grossière de ces gravures se cachent des choix simples dans les rapports de proportions.

Les jambes, ici au centre de la partie basse de la pierre déterminent un triple carré sur la largeur. Les pieds quant à eux détermine six carrés cote à cote. Sur le dos de la stèle, une bande centrale détermine un quadruple carré dans le sens verticale. Ce même quadruple carré détermine ensuite deux doubles carrés qui l’entourent.

Les jambes de cette stèle ne sont pas au centre, mais leurs positions déterminent un double carré et un triple carré. Le cercle gravé au dos de la pierre mesure 1 yard mégalithique de diamètre au mm près.

Il semble évident, derrière l’apparente rusticité de ces pierres et de ces gravures, qu’il y a une intention de proportionner les choses sur la base de principes simples reposant sur des nombres entiers. L’étude statistique de ces pierres le démontre, l’étude artistique également.

Intéressons nous maintenant aux unités de mesures.

Le yard mégalithique, par exemple : l’on trouve 5 mesures en nombre entier de yard mégalithique (±0,5%) parmi les 162 mesures (81 largeurs et 81 hauteurs) que nous pouvons faire sur ces pierres. Cela n’est peut être pas significatif. En revanche, l’on constate que 11 mesures sont des nombres entiers de mètre. Et dans ce cas-là, on peut évaluer la probabilité d’obtenir (7 hauteurs, 4 largeurs) 11 valeurs de 1, 2 ou 3 mètres sur 162 mesures au cm près. C’est comme le Loto, cela se calcule.

Nombre de mesures 162 (81 hauteurs et 81 largeurs)
Plus petite largeur 38 cm, plus grande largeur 185 cm, soit un échantillon de 185-38 = 147 mesures possibles au cm près.
Plus grande hauteur 450 cm, plus petite hauteur 67 cm, soit un échantillon de 450-67 = 383 mesures possibles au cm près.
Résultat du calcul de probabilité avec la loi binomiale.

Probabilité calculée avec la loi binomiale d’obtenir 7 valeurs de 100, 200, 300 ou 400 cm pour la hauteur, parmi 81 menhirs : 0,0000035, soit 1 chance sur 284 468.

Probabilité d’obtenir 5 valeurs de 100 cm pour la largeur, parmi 81 menhirs : 0,00148, soit 1 chance sur 675.

Il convient de comparer cela avec des unités de mesures arbitraires qui n’existent pas, par exemple prenons 72, 54, 87, 107 cm qui ne correspondent pas à des unités existantes comme le pied, la coudée, le mètre, le yard. Pour ces 4 exemples, nous trouvons entre 0 et 3 stèles dont les dimensions sont des nombres entiers de ces mesures aléatoires.

Conclusions

Ces observations factuelles des dimensions et des proportions des menhirs sont très importantes.

S’il est évident que les proportions de ces stèles et celles de leurs gravures nous informent sur des principes simples qui sont des clefs de lecture de la première architecture monumentale, c’est-à-dire une architecture antique qui utilise des blocs modulaires carrés, nous devons surtout garder à l’esprit que l’unité de mesure en nombre entier la plus présente dans les dimensions de ces stèles est le mètre, et que le rapport de proportions le plus employé est le double carré.

Nous pouvons nous appuyer sur ces éléments lorsque nous étudions l’implantation géographique des mégalithes dans un secteur donné.

La géométrie et les nombres se révèlent être les bases d’un véritable langage.

Nous avons tort de dire des peuples anciens qu’ils ne connaissaient pas l’écriture, car ils avaient développé un mode d’écriture différent qui repose sur la géométrie et les nombres. Cette écriture est-elle archaïque ? Ce n’est pas mon avis, elle est universelle et intemporelle. Elle peut nous sembler rudimentaire, mais c’est parce que nous avons pour habitude de penser de manière analytique et très spécifique.

Le sens d’un double carré est très vaste.

Il s’agit d’une figure géométrique qui synthétise à elle seule la rigueur géométrique et l’interprétation symbolique de la dualité, de l’indissociable polarité formant une unité complète et équilibrée. Il s’agit d’un mode d’écriture très différent de l’idée que nous nous faisons de l’écriture.

Les gravures sur les mégalithes de l’Aveyron utilisent des principes modulaires carrés, la forme de ces mégalithes utilise les mêmes principes, et leur position sur le territoire les emploie également.

Le paradoxe ici réside dans l’apparence rustique des ces pierres et gravures, qui contraste avec la très grande précision avec laquelle sont implantés ces mégalithes sur d’importantes distances.

Ci-dessous, un exemple montrant la disposition de deux dolmens qui se trouvent à proximité du village de Salles-la-Source dans l’Aveyron. L’angle qui sépare ces deux monuments est de 26,56° depuis l’entrée du dolmen jusqu’à l’entrée de l’autre dolmen, plus au sud. La distance est exactement de 323,6 m, c’est-à-dire que nous avons la diagonale d’un double carré sur une distance qui est 200 fois le nombre d’or exprimé en mètres (200 x 1,618 = 323,6 m)… aussi incroyable que cela puisse paraître.

Article Quentin Leplat _ son site : http://messagedelanuitdestemps.org/

Références :

Homme et femmes de pierre, Statues menhirs du Rouergue et du Haut Languedoc, Michel Maillé, Toulouse 2010, disponible au musée fenailles de Rodez.

Annexes : Listes des menhirs stèles intacts avec les dimensions arrondies au cm le plus proche.

http://messagedelanuitdestemps.org/

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