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Les humains ont atteint l’Afrique du Nord plus tôt qu’on ne le pensait

Berceau présumé de l’humanité, l’Afrique de l’Est a aussi vu naître les plus anciennes industries lithiques qui ont propulsé les hominines sur le chemin du progrès. Parmi ces techniques de création d’outils en pierre taillée se trouve l’Oldowayen, apparu il y a 2,6 millions d’années en Afrique de l’Est et présent en grandes quantités en Israël.

Mais de nouvelles fouilles sur le site d’Ain Boucherit, dans l’est de l’Algérie, ont révélé la présence d’outils oldowayens datant de 2,44 millions d’années, ce qui signifie que des humains ont vécu dans cette région bien plus tôt qu’on ne l’estimait.

De précédents travaux, sur un site voisin, établissaient une présence humaine il y a 1,78 million d’années.

Sur le site d’Ain Boucherit, Mohamed Sahnouni et Sileshi Semaw, du Centre national d’investigation de l’évolution humaine, à Burgos, en Espagne, ont découvert 17 pierres taillées d’une taille supérieure à 2 cm, ainsi que des ossements d’animaux portant des traces de boucherie, comme des stries de découpe ou encore des marques résultant de la percussion des os.

L’analyse de ces objets a conduit les chercheurs à les associer à l’industrie de l’Oldowayen. Cette technique consiste à frapper des galets avec un autre bloc de matière, le percuteur (a priori plus solide).

Ainsi, en retirant progressivement des éclats de la pointe du galet, les hominines obtenaient des outils tranchants, soit à une face – chopper -, soit à plusieurs faces. Dans cette industrie, les éclats, qui ne sont pas retouchés une fois qu’ils sont séparés du galet, peuvent être réutilisés à d’autres fins, mais ils ne sont pas l’outil principal.

« La découverte de restes fossilisés d’animaux associés à des artefacts lithiques est rare pour les périodes aussi anciennes, et très importante, explique Dominique Cauche, chercheur à l’Institut de paléontologie humaine et rattaché au CNRS.

Cette faune fossile fournit des données permettant de reconstituer et de comprendre les paléoenvironnements dans lesquels vivaient ces hominines. »

Les traces de boucherie, quant à elles, apportent des informations sur les comportements de subsistance de ces hominines, tels que leurs pratiques alimentaires.

Ces données permettent d’établir des comparaisons avec des découvertes dans d’autres sites de mêmes périodes et dans d’autres régions d’Afrique et d’Eurasie.

En abondance en Israël

La technologie oldowayenne existait aussi en Afrique du Sud il y a 2 millions d’années, mais c’est la première fois qu’elle est révélée pour une date aussi ancienne sur le continent africain en dehors du rift oriental.

« Il ne faut pas occulter ce qui a été découvert hors d’Afrique, rappelle Dominique Cauche. En effet, une industrie lithique de type oldowayen datant de 2,4 millions d’années a été découverte à Yiron, en Israël. »

Si l’Oldowayen dévoilé sur le site d’Ain Boucherit n’est pas très loin dans le temps de celui qui est apparu en Afrique orientale, il en reste éloigné dans l’espace.

Pour expliquer cette distance, les auteurs de l’étude envisagent deux hypothèses.

La première consiste en une diffusion précoce de la culture oldowayenne, ce qui coïnciderait avec la découverte de cette technologie en Israël et donc dans le corridor terrestre qui relie l’Afrique à l’Asie, passage le plus probable pour la diffusion des populations et des techniques hors d’Afrique à cette époque.

La seconde consiste en une origine multiple de l’industrie oldowayenne, c’est-à-dire la convergence technique indépendante de plusieurs populations.

« Au regard des données actuelles, l’hypothèse de la diffusion précoce semble plus probable, estime Dominique Cauche.

Toutefois, il ne faut pas oublier que les outils de pierre taillés les plus anciens que nous connaissions, mis au jour au Kenya, datent de 3,3 millions d’années. Il n’est donc pas impossible que nous découvrions des traces d’industries oldowayennes plus anciennes que 2,6 millions d’années en Afrique orientale. »

À mesure que les surfaces de fouilles s’agrandissent pour le site archéologie d’Ain Boucherit, de nombreux autres résultats sont attendus.

En effet, si l’industrie lithique et les restes d’animaux auxquels elle est associée ont été identifiés, l’hominine responsable de ces traces n’a pas encore été découvert.

« Ces travaux confirment l’immense potentiel paléonto-archéologique des sites dispersés à travers les vastes territoires de cette région, en particulier au Sahara », conclut Dominique Cauche.

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