AFRICA Religion et Tradition

Les croyances berbères et leurs influences

Dans l’antiquité, les Berbères avaient leurs propres divinités, mais comme ils ont été presque toujours en contact avec les peuples méditerranéens, ils ont aussi connu des influences des croyances grecques, phéniciennes, romaines, égyptiennes et probablement ibériques et celtiques ; ils ont aussi exercé leur influence sur ces croyances.

N’oublions pas que la terre berbère est associée depuis la plus haute antiquité à la Grèce, puisque Platon y situe l’Atlantide (Timée et Critias), que c’est là que le titan Atlas fut condamné à porter la charge du monde, que c’est là qu’Hercule vainquit le géant Antée, etc. C’est aussi là que selon les Grecs, est née Athéna la fille de Zeus, sur les rives du fleuve Triton (aujourd’hui Lac Kelbia, au pied du mont Waslatiya, le mont Vasaletus de Ptolémée, en Tunisie)… Nombreux sont les auteurs grecs de l’antiquité qui ont évoqué ne serait-ce que dans une ligne, cette partie occidentale de ce qu’ils appelaient alors la Lybie.

Le culte de Dionysos introduit en Grèce par le phénicien Cadmos, frère d’Europe, tous les deux, enfants d’Agénor le roi de Tyr, trouve naturellement sa place chez les Berbères alliés des Carthaginois. Les Berbères semblent également avoir suivi le culte de Dionysos ainsi que le culte solaire lié à Apollon, qui est la version hellénisée du dieu Baal phénicien et qui fut adoré à Troie.

Si les Berbères ont adopté certains dieux des Romains, ces derniers, habitués à la multiplicité des rites par le cosmopolitisme croissant au sein de leur empire, ne se formalisaient pas pour enrichir leur panthéon avec des dieux berbères. Rome qui, rappelons-le ne fut pas un pays colonisateur aussi cruel que le fut le colonialisme de la France, n’excluait pas que la possibilité soit donnée à des autochtones de gravir les échelons de la hiérarchie politique. Beaucoup de Berbères, de gaulois et des peuples orientaux sous leur tutelle sont devenus proconsuls et empereurs même, ou titulaires de fonctions administratives supérieures. Citons les noms de Septime Sévère, de Macrinus (Moqrân), et Héliogabale.

Comme les persans décrits par Hérodote, les Berbères avaient une religion fondée sur le culte des forces de la nature, du soleil et de la lune, de la mer et de la montagne, des grottes. Ils n’adorent donc pas tant les statues et n’ont pas bâti des temples spéciaux à cet effet.

Ils s’abstenaient de manger du porc, de consommer du sang des bêtes sacrifiées, selon la religion égyptienne, qui fut peut-être elle-même d’origine berbère.

A propos de la religion antique des Perses, Hérodote écrit :

« CXXXI. Voici les coutumes qu’observent, à ma connaissance, les Perses. Leur usage n’est pas d’élever aux dieux des statues, des temples, des autels ; ils traitent au contraire d’insensés ceux qui le font : c’est, à mon avis, parce qu’ils ne croient pas, comme les Grecs, que les dieux aient une forme humaine. Ils ont coutume de sacrifier à Jupiter sur le sommet des plus hautes montagnes, et donnent le nom de Jupiter à toute la circonférence du ciel. Ils font encore des sacrifices au Soleil, à la Lune, à la Terre, au Feu, à l’Eau et aux Vents, et n’en offrent de tout temps qu’à ces divinités. Mais ils y ont joint dans la suite le culte de Vénus Céleste ou Uranie, qu’ils ont emprunté des Assyriens et des Arabes. Les Assyriens donnent à Vénus le nom de Mylitta, les Arabes celui d’Alitta (al-lât), et les Perses l’appellent Mitra. »

berbères monumentLes Berbères occupèrent le nord de l’Afrique septentrionale, de la Méditerranée au Soudan, de l’Atlantique à l’Egypte. Ils étaient liés par leur langue et non par leur religion, et gardaient des croyances païennes issues d’une assimilation d’autres cultures.

Les Berbères sacralisaient leur environnement, tel les montagnes, les grottes ou encore les rochers. Ces lieux étaient assimilés à des divinités ou au siège d’un être divin.

Hérodote dans Histoires (IV, 184) et Pline l’Ancien dans Histoire Naturelle (tome 1, ch.1, par.6) mentionnent l’Atlas «La colonne du ciel» comme l’objet d’une vénération.

Maxime de Tyr dans ses Dissertations (VIII, par.7) confirme que les populations locales sacralisaient l’Atlas. Les habitants de Ténérife nommèrent l’Atlas par les termes Dyris et Addiris. Par ailleurs, les Guanches de Ténérife vénéraient leur dieu Atguaychafunataman «Celui qui soutient les cieux», proche de la conception grecque de l’Atlas qui soutient le monde.

Les connaissances actuels supposent que les Berbères auraient adoré Boul’Qornin, l’ancien Balcaranensis tunisien issu de la divinité Saturnus Balcaranensis et qui fut remplacé par le Ba’al phénicien auquel fut superposé Saturne, l’épithète de Soharensis fut ensuite ajouté à Henchir bou Bekr.

Ba’al Qarnin adoré par les Phéniciens fut sans aucun doute adoré par les autochtones berbères, ce Ba’al était une divinité sémitique tel le Ba’al de l’Hermon ou le Ba’al du Liban, la parèdre de ce dernier était Tanit Pené Ba’al mentionné dans une inscirption punique de Bordj Djedid.

Saturne est fréquemment mentionné sous le nom de Saturnius, tel à Aïn Zana sous l’inscription Deo frugum Saturnus frugifero Augustus et à Fontaine-Chaude sous l’inscription Deo Sancto frugifero.

D’autres inscriptions se référant aux génies des montagnes furent découvertes à proximité d’Aumale dédiée au génie de la montagne de Pastorianensis qui protège contre la violence du vent et à Chemton en Tunisie. De nos jours, les Touareg craignent encore les génies des montagnes.

Pline l’Ancien nous rapporte en reproduisant un passage du Périple d’Hannon que demeurent dans l’Atlas les Aegipans et les Satyres alors que les Cathaginois les mentionne plus au sud, ce qu’affirme également Solin dans son Polyhistor (par.25). Un écrivain arabe du XIIème siècle mentionne dans la montagne de Fellel du Sahara des êtres similaires. Le massif de l’Iddinen à 30 kilomètres au nord de Ghat, les Touaregs Azgers craignent les génies de ces lieux. Les Touaregs Ahaggar redoutent les esprits Alhinen (de l’arabe Eldjinn) du mont Oudan, une croyance d’origine arabe est venue se joinde à une superstition berbère. Le mont Koudiat au nord de Temanghaset et à l’est de l’Ilaman est aussi craint pour les mêmes raisons. Les populations des Canaries étaient effrayés par le pic de Teyde désigné dans leurs croyances comme l’enfer nommé Echeyde habité par le démon Guayota ou Huayota, celui de Palma était appelé Irnene.

Le culte des rochers était vénéré par les Berbères. Pline l’Ancien dans son Histoire Naturelle (L.II, ch.7, par.44) et Pomponius Méla dans son De situ orbis (L.I, ch.8) nous apprennent l’existence en Cyrénaïque d’un rocher consacré à l’Auster provoquant des tempêtes de sables si la main de l’homme le touche. Près du cratère de la caldera à Palma aux Canaries se trouvait un rocher à la forme d’un obélisque nommé Idafe. La tribu Tanansu l’empêchaient selon eux de tomber par des processions et des chants ainsi que des entrailles d’animaux qu’ils mangeaient et parfois, des victimes étaient jetées du haut des montagnes voisines.

Sur la Grande Canarie, les religieuses nommées Magadas faisaient des pèlerinages en tenant dans leurs mains des branches de palmiers et des vases remplis de lait et de beurre qu’elles versaient sur le rocher Tismar dans le district de Galdar et Vimenya dans le district de Telde dans les temps de détresse en chantant des airs funèbres appelés Endechas et en dansant. Puis, elles battaient l’eau de la mer avec force grâce à leurs baguettes et elles se mettaient à hurler.

Une autre pierre des Canaries nommée Hadjar Gaïd située près de Guertoufa entre Tiharet et Relizane était vénérée par des sacrifices sanglants mais nous ne savons pas à quel culte cette pierre était liée, et de la même façon, en d’autres lieux des Canaries se faisaient des libations de lait dans des trous et des canaux creusés dans la roche destinés à recueillir le liquide. Des fosses à sacrifices entourées de pierres amoncelées furent aussi découvertes. De nos jours, un aérolithe dans le qsar de Tementit au Touat fait l’objet d’un culte.

Les cavernes furent vénérées chez les Berbères. Masquerey dans Comparaison du vocabulaire des Zénagas affirme l’existence d’un dieu des cavernes appelé Ifrou ou Ifri mais aucune découverte ne le confirma. Le dieu des cavernes le plus célèbre se nomme Bacax, sa grotte se situe près d’Announa (Thibilis). Son nom fut retrouvé dans de nombreuses inscriptions latines. Devant sa grotte se faisait les sacrifices. Une autre divinité des cavernes est connue sous le nom de G D A S retrouvé à la grotte R’ar Zemma aux environs de Constantine. Des scientifiques supposent que ce nom signifie Giddabae deo augusto sacrum.

À la Grande Canarie, à proximité de Trede se situe la Montagne des quatre portes, une grotte spacieuse au sommet d’une montagne volcanique. Les ouvertures sont séparées par des piliers, devant chacun d’entre eux se trouve une esplanade taillée dans le roc et servant de péristyle. Dans l’île de Fer aux Canaries, la grotte d’Asteheyta sert de retraite à celui qui implore la divinité par de temps de sécheresse. La divinité apparaissait et remettait un porc à l’homme en signe d’acceptation des prières.

Les Berbères vénèrèrent l’air sous l’influence des étrangers, ainsi, Junon était le nom donné à l’air selon l’inscription latine trouvée à Naraggara (Sidi Yousof).

Les sources des rivières étaient sacralisées par les Berbères. Ces divinités nous sont connues par les inscriptions Genius, sans doute sous l’influence romaine ainsi au Sig, le Génie du fleuve est Genius fluminis, à la source Bou Merzoug est mentionnée par l’inscription Génie de l’Amsaga issu de l’ancien nom du fleuve, une autre inscription mentionne la divinité Alexandriana, à Fontaine du Caïd près de Batna étaient adorés la divinité des eaux et le Génie de la Fontaine associé à Jupiter.

Les Berbères imitèrent les Romains en désignant un Génie à leur ville, cet être personnifie la cité. Ainsi sont recensés le Génie de Lambèse du village de Lambèse, le Génie de Rusicada, le Génie de Henchir Masfouna, le Génie de Sour Djouab, le Génie des colonies cirtéennes, le Génie de la colonie à Mila, le Génie de Mactar, le Génie de Subzavar, le Génie de Phua, le Génie du municipe à testour, le Génie du municipe de Sataf, le Génie de la Civitas celtianensium chez les Beni Oualbân, le Genius populi Cuiculitani à Djemila, le Génie de la colonie à Henchir Sidi Ali bel Qâsem, le Génie de l’oppidum Lamsortense à Henchir Maf’ouna, le Génie de la colonie Julia Veneria Chirtae novae à Henchir Djezza, le Génie de la bourgade à Marcouna, le Génie de Thibar à Henchir Amamet, le Génie du peuple à Aïn Zana à Constantine, le Génie de Novar chez les Beni Fouda, le Génie de Gadimefala, la divinité de Gouraï près de Tébessa, le génie nommé Auzio Deo Genio près de Bordj Hamza.

Les Berbères vénéraient aussi les astres et particulièrement le soleil. De nombreuses inscriptions latines sont dédiées au soleil, tel Soli deo invicto dans la plaine de Batna. Les Guanches de Palam appelaient le soleil Magec et Aman «Seigneur», Amanai a le sens de «Dieu» en touareg aoulimmiden. Selon Macrobe dans ses Saturnales (L.I, ch.21), les Lybiens adoraient le soleil couchant en tant que Hammon (Amen) représenté avec des cornes de bélier symbolisant les rayons du soleil. Ammon ou Hammon ou Amen est donc un dieu d’origine berbère.

Un monument retrouvé représentait Gourzil, son père était Jupiter Ammon qu’il engendra avec une génisse. Gourzil était similaire à Apollon et représenté par un taureau qu’on portait à la guerre. El Bekri mentionne au XIème siècle en Tripolitaine une idole de pierre nommée Gorza qui guérissait les troupeaux. Ce nom Gorza se retrouve dans certaines localités selon Polybe dans ses Histoires (L.I, par.74) tandis qu’une plaque d’airain mentionne la civitas Gurzensis. De plus, El Bekri signale dans l’Atlas entre Aghmât et le Sous des Berbères qui idolâtrent un bélier.

Toutefois, la tribu des Atlantes dérivée de Atarantes regardaient le soleil se coucher et se lever en prononçant de terribles paroles contre un astre funeste selon Hérodote dans ses Histoires (L.IV, par.184) et Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle (L.V, ch.8), cette tribu ne distinguait pas le lever et le coucher du soleil par des noms distincts.

La lune était adorée par les Berbères nomades demeurant entre le lac Tritonis et l’Egypte selon hérodote, par les Berbères de l’ouest et par les Guanches. Ces populations observaient les différentes phases de la lune, les Berbères avaient assimilé l’astre à la déesse céleste de Dougga et de Carthage, celle-ci elle même apportée par Didon que les Phéniciens nomment Astro Akhé dont le culte fut introduit à Rome par Caracalla selon Hérodien dans son Histoire Romaine (L.V, ch.VI, par.4). Toutefois, le nom berbère de la lune est masculin et se nomme Aiour ou Aggour.

Les Berbères vénéraient d’autres corps célestes mais peu de preuves existent ou ont été retrouvé. La planète Vénus porte actuellement le nom de Lemr’ar en zaouaoua, chez les Aouelimmiden elle se nomme Tatari en tant qu’étoile du soir et Amaouen n ehad ou amaouen achimmelech en tant qu’étoile du matin, chez les Ahaggar elle se nomme Tafrit ta n toufat «Etoile du matin».

Précisons que les Ahaggar plaçèrent dans le ciel de nombreuses scènes, tel les Pléiades nommées les «Filles de la Nuit» (Chêt Ahadh, Chettahat pour les Aouelimmiden), six possèdent un nom, à savoir Mâteredjré, Erredjâot, Mâteseksek, Essekâot, Mâtelaghlagh, Elleghâot et la septième est assimilé à l’oeil d’un garçon qui s’est envolé au ciel. Orion en touareg se nomme Amanar, elle a deux interprétations, à savoir qu’il sortit d’un puit vaseux et Rigel est le dernier pied qu’il sort de la boue (la dernière étoile) quand la constellation monte à l’est, l’autre version est qu’Orion est un chasseur ceint de sa ceinture (le Baudrier d’orion en amanat, Tadjebest en ahaggar et en aouelimmiden) et il est précédé des Gazelles nommées Ihenkadh, la constellation du Lièvre. La Grande Ourse et la Petite Ourse représentent une chamelle et son petit, l’Etoile Polaire est une noire appelée Lemkechen «Tiens» car elle doit tenir le petit Chameau Aoura pour pouvoir traire sa mère. Des étoiles symbolisent une assemblée qui délibère pour savoir s’il faut tuer la femme noire tandis que l’Etoile Polaire est immobile de peur.

L’arrivée de l’Islam modifia la signification de la Grande Ourse, elle devint une chamelle qui aurait appartenu à Noé. Sept nobles dont un Touareg la tuèrent et ces meurtrier se furent métamorphosée en chacal, en caméléon, … et le Touareg fut changé en ourane ou ar’ata, un grand lézard. Depuis, les Touareg ne dévorent pas l’ourane de peur de tuer leur oncle maternel.

Le Scorpion est appelé Tagherdamt «Scorpion» ou Tazzeit «Palmier». L’étoile Antarès correspond à Amrot, un jeune homme souhaitant monter sur le palmier mais il reste à mi-hauteur pour admirer de belles jeunes filles, les Tibaradin vêtues de h’aoulis rouges venant de la mare nommée Tesâhak.

La Voie Lactée est appelée Ajgou u tignaou «Poutre du ciel» à Bougie et Mahellaou pour les Touareg. Trois étoiles du Grand Chien sont appelées Ifarakraken «Bruit d’un éventail» et l’étoile Beta est nommée Aouhem «Le petit de la Gazelle», deux étoiles du Navire sont Tenâfalet «La Richesse» et Tôzzert «La Pauvreté», Aldébaran se nomme Kôkoyyodh et Canope s’appele Ouadit. L’arc en ciel se nomme Abechchi à l’Oued Rir’, en harakta Abeggas «La Ceinture», en zouaoua Thislith b ouanzar, Thisrith n ounzar chez les Bot’ioua d’Arzeu, Thaslit nounzer «La Fiancée de la Pluie» chez les Beni Iznacen, Taslith n oujenna «Fiancée du ciel» chez les Beni Menacer.

culte étoilesGravures du massif de Toubkal de plus de 8000 ans, au sud de Marrakech, appelée la plaque du soleil.

La pluie Anzar est un être masculin, il est personnifié dans un conte de Ouargla et l’arc en ciel devient donc la fiancée de la pluie. Pour provoquer la pluie, les Berbères de Aïn Sefra de Tlemcen à Mazouna prennent un cuillère de bois appelée en kabyle aghendja habillée avec des chiffons comme une poupée symbolisant la fiancée nommée Ghondja qui est promenée solennellement aux tombeaux des marabouts locaux en chantant des couplets spécifiques.

Dans l’oasis du Touat à Tit, la population habillent une cuillère de bois avec des vêtements féminins, une jeune fille la porte en prononçant : «O cuiller! ô prairie! Seigneur, améliore le temps de la chaleur! Ô Seigneur! Au nom du prophète!» Les Guanches séparaient les jeunes du troupeaux afin que leurs cris émeuvent le ciel, ou bien les hommes et les troupeaux jeûnaient.

De nombreux dieux nous sont connus par l’épigraphie latine mais nous ne connaissons ni
leurs attributions ni leur nature, les inscriptions se situent à Cherchel, près de l’Oued Marcouna, près de l’Oued Tezzoulet, à Lamoricière, à Henchir Remdan en Tunisie, à Aïn Kebira. Peut être ces divinités sont des rois Maures divinisés, ainsi, Autiman associé à Mercure dans une inscription à Lambèse est comparé au Mastiman de Corippus et correspondant pour certains au dieu de la guerre tandis que d’autres voyaient en lui le Jupiter Toenarius similaire au Jupiter Tartarius correspondant au Dis Severus de l’inscription latine. Des victimes humaines étaient immolées en son honneur en temps de peste. Aulisva était adoré dans la région de Tlemcen avec des inscriptions découvertes à Agadir et à ‘Aïn Khial. Kautus Pates est mentionné à Khenchela et Kaub dans le Chetabba.

Une inscriptions de Henchir Matkides nous apprend cinq dieux du pagus de Magifa, à savoir Masidenis, Tikikvae, Sugganis et Iesdanis qui possèdaient une statue chacun.

L’inscription Iocoloni deo patrio à Sidi Yousof mentionne un Iocolo, cette dernière est une épithète de Deus patrius donnée à Baliddir ou Baldir dans les inscriptions de Guela’at bou Sba’, à Sigus et un autre à Henchir el Bez. M.G.Mercier traduit iddir par «le Dieu vivant» et d’autres rapprochent iddir du nom de Abbadiri Sancto dans l’inscription de Miliana, il fut ajouté dans les divinités puniques par Saint Augustin tandis que Priscie donne le nom d’Abbadia au bétyle avalé par Saturne. Iddir pourrait s’être crée sous l’influence de Rome et des peuples en auraient fait un grand dieu local, du moins en Mauritanie comme l’indiqueraient deux inscriptions, à savoir celle de Bougie dédiée à Numini Mauretaniae et genio Thermarum et celle de Aïn Kebira honorant Numini Maur.

Selon les Espagnols, les Guanches vénéraient un dieu suprême et Viana rapporte que ce dieu se nommait Hucanech, Guayaxarax (de Achguoyaxiraxi «Le Conservateur du monde»), Acucanac, Menceito, Acoron, Acaman, Acuhurajan et toutes signifiant «Tout-Puissant, Protecteur et Créateur de tout être, sans principe et sans fin, cause des causes». Les mots Acoron et Acaman signifient en berbère «Le Grand» et «Le Ciel».

Toutefois, les Espagnols altérèrent les mots guanches. Ainsi, Achaman «Dieu suprême» est plus juste qu’Acaman et se rapproche du touareg aouelimmiden Aochina «Le Ciel», ce mot se rattache à la racine G N qui donne en zouaoua Thignouth «Nuage» et Igenni «Ciel» et dans d’autres dialectes se rapporte à Ajenna et Ijenni. Mais ces révélations de Viana sont sujettes à discussions. Pour Viera, le dieu serait appelé Eraoranhan (Eraorangan pour Galindo) sur l’île de Fer, il siègeait avec Aroreyba, la déesse des femmes, sur les deux rochers de Bentayga.

Après leur conversion au Christianisme, les habitants de l’île de Fer nommèrent Jésus Eraoranhan et Marie fut appelée Moreybo. Selon Espinosa, le dieu suprême aurait crée l’homme et la femme de la terre et de l’eau, les troupeaux leur furent donnés pour les nourrir. Dieu leur dit de pratiquer l’élevage car il ne leur donnerait pas plus de bêtes pour manger. Dieu créa plusieurs classes de personnes, à savoir les Achicaxac les paysans qui sont la dernière classe, les nobles Achimencei et les chevaliers Cichiciquitzo.

D’autres divinités existent mais nous ignorons les noms indigènes mentionnés par les Grecs et les Romains que les Berbères empruntèrent ou assimilèrent à ces cultures.

Hérodote dans son Histoire (L.II, ch.50) nous apprend que les Lybiens utilisèrent les premiers le nom Poséidon. Ampélius dans son Liber memorialis (ch.IX) se réfère à un cinquième Apollon né en Lybie. Selon Hérodote dans ses Histoires (L.IV, ch.180), Pomponius Mela dans son De situ orbis (L.I, ch.7) et Pausanias dans son Description de la Grèce (L.I, ch.IV), Athénê Tritogénis est née de Poséidon et de la nymphe du lac Tritonis.

Pour Hérodote, les Berbères vénèraient la déesse Athénê appelée Athena par les Grecs par des rites paternels que les Vierges des Auses éxécutaient. Une inscription à Aïn Goulea en Tunisie et une autre à Henchir El Matria mentionnent un dragon Draconi Augusto. Peut être ce dragon est à rapproché du culte des païens qui adoraient un serpent de bronze à tête dorée à Tipasa que sainte Salsa jeta à la mer, provoquant son supplice.

Le panthéon berbère s’est enrichi par la divinisation des rois. Une inscription latine est consacrée à Juba et au Génie Vanisuensis à Tassammert et Minucius Félix cite dans Octavius (ch.XXIII) : «Et Juba, Mauris volentibus, Deus est». À Bougie a été découvert un fragment d’inscription dédiée au roi Ptolémée, fils de Juba, un autre morceau à Alger et un à Cherchel au Génie du roi Ptolémée. Les habitants de Thubursicum Numidarum (Khamissa) ont sacralisé Hiemsal, fils de Guda.

Par ailleurs, les Berbères adoptaient les moeurs et les coutumes des peuples qui les conquéraient , ainsi, les Berbères assimilaient les dieux de Rome après les divinités de Carthage, à savoir Jupiter, Junon, Pluton, Pallas, Vénus, Apollon, Diane, les Nymphes, Neptune, Mercure, Silvain, Bellone, Cérès, Hercule, Minerve, Mars, Esculape, les Dioscures, Tellus, Hygie, … mais aussi les divinités orientales, tel Mithra, Malgabel, Mater Magna, Jupiter Dolicheles, Jupiter Heliopolitanus, Isis, Sarapis.

Des demi-dieux sont recensés dans le panthéon berbère engendrant des légendes. La soeur de Ya’la ben Moh’ammed el ifreni accoucha vierge de son fils après s’être baignée dans une source d’eau chaude où s’abreuvent les animaux sauvages, la bave de ces bêtes fécondèrent la femme. L’enfant fut ainsi nommé Kelmârn ibn al Asad «Fils de Lion». Une autre légende rapporte la découverte du corps d’Antée qui mesurait 60 coudées, père de Sophax et ançêtre de Juba. Un autre géant assimilé par les Juifs et les Musulmans sous le nom Sidi Oucha’ (Josué) serait enterré au bord de la mer chez les Beni Cha’ban dans la région de Nedromah.

Parmis les êtres fabuleux existent les génies nommés sous le nom arabe Chamârikh au
XIème siècle de notre ère chez les Benou Oursifan. Les Chamârikh sont les  »démons familiers »de cette ethnie. Les historiens arabes rapportent l’existence des ces génies familiers de la Kahinah, Dihya, fille de Tâbet de la tribu des Djeraouas. Ces démons lui annonçèrent la victoire finale sur les Arabes.

Cette faculté prophétique nous est également rapportée par Procope dans De bello Vandalico (L.II, ch.8) quand les Maures usèrent de l’art de prédication des femmes lors de leur expédition de Bélisaire contre les Vandales. Au Xème siècle chez les Ghomara du Maroc, Tangrit, tante de Ha-Mim, et Djadjou, sa soeur, étaient des devineresses réputées. Toutefois, le don de prophétie étaient aussi accordé aux hommes berbères, tel le devin Feïlaq des Kotama.

Les Berbères craignaient les ogres relativement présents dans les contes populaires. Chez les Fadhilah et les Benou’Aqidân à l’ouest de l’Egypte, la tradition prétendait que fréquemment le nouveau né féminin changeait de forme pour prendre celle d’un ogre, le Ghoul, ou d’une Si’lah pour se jeter sur les voyageurs. La plupart des noms désignant les ogres sont d’origine berbère, ils sont nommés Amza à Ouargla, Thamzat ou Tamzat au féminin qui dérive de la racine M Z «Saisir» ou «Prendre» chez les Beni Menacer, Aouaghzeniou chez les Zouaouas. L’ogresse se nomme aussi Taghouzant en chel’a du Tazeroualt et Tserial en zouaoua. Les termes arabes sont Ghoul ou Zellouma par exemple. Toutefois, dans les contes qui sont un mélange de traditions diverses, anciennes et tardives, les ogres sont nommés Djohala (en arabe «Ignorants»).

Les cultes rendus aux dieux sont presques inconnus concernant les divinités d’origine berbère, car les Berbères assimilèrent les cérémonies des Phéniciens, des Romains et parfois des Grecs. Les Guanches se constituèrent leur propre culte sans être influencé par les étrangers du fait de leur isolement. Viana cite la caste des Harimaguadas chez les Guanches qui vivaient en commun, faisaient voeu temporaire de virginité, instruisaient les enfants, assistaient aux cérémonies de pluie et les hommes étaient interdits de les regarder. Leur demeure se nommait Tamogantin acoran «Maison de Dieu» traduit en berbere par Tigimmi tin amoqran. Une de leurs cérémonies étaient la consultation par le sommeil, ils se couchaient sur une tombe et la réponse leurs apparaissaient en songes, divination existante aussi chez les Nasamons.

Les principales fêtes berberes sont saisonnières symbolisant les principaux changements de l’année. Ces cérémonies s’adressent aux formes invisibles et se déroulent près des tombeaux des marabouts populaires. Les principales fêtes se nomment Ennaïr, Ansera la fête de l’eau, Achoura, …

Une tradition affirme que chez les Berbères Beni Geldîn et Fazânah de Tamerna entre Sabâb et les montagnes de Targhîn, les habitants traçaient un écrit qu’ils se communiquaient entre eux pour découvrir l’auteur d’un vol. Le voleur saisissant l’écrit était pris de tremblements s’arrêtant lorsqu’il avouait. Une autre légende affirme qu’un homme nommé Ibn Kosyah «Le fils du petit manteau» vivait dans les montagnes des Medjeksa du Rif. Lorsqu’il retournait son manteau, ses adversaires et leurs bêtes périssaient quelques soient leur nombre.

De nombreuses autres légendes usant de la magie sont recensées chez les Berbères. Les femmes berbères étaient réputées pour être de puissantes sorcières depuis l’Antiquité, Virgile fit consulter par Didon une prêtresse massylienne pour retenir Enée par sa magie dans Enéide (IV).

De nos jours, les femmes du Jurjura usent d’incantations et de plantes, tels que l’id’mim (l’aubépine), thagounsa (les racines du palmier nain), thazouggarth (le jujubier sauvage), azinba (le fruit des conifères), kerrouch (le chêne vert).

Les rites funéraires étaient élaborés, les Berbères enterraient leurs défunts dans de simple
fosse surmontée de pierres au mausolée royale. La position du corps variait d’une ethnie à une autre, certains corps étaient étendus et d’autres les genoux ramenés au menton, symbolisant la position foetale. Les Berbères craignaient et respectaient leurs morts, ils pensaient que leur manquer de respect entraînaient le retour des morts sous la forme d’un mauvais esprit. Les rites funéraires étaient très ancrés dans la tradition berbère, ils ne furent pas influencés par les croyances étrangères.

temple de siwaTemple de Siwa

Les Berbères pensaient que les morts continuaient à vivre dans l’au-delà, ainsi, de la nourriture, des armes et des poteries étaient déposées dans la sépulture. Des animaux étaient sacrifiés avant ou après l’enterrement. Pour éviter l’anéantissement du cadavre, des objets magiques, des bijoux de cuivre ou des colliers de coquillages paraient le corps du mort, puis, après la décarnisation, le squelette était peint de couleur rouge, symbole de vie et de force.

Les Berbères pratiquaient l’incubation pour communiquer avec les morts, ils priaient puis s’endormaient sur la tombe du défunt qui usait du rêve pour transmettre son message. Ce rite fut interdit par l’Islam et remplacé par l’istikhara, prière de demande par le rêve.

Toutefois, ce peuple fut à de nombreuses reprises conquis par des adversaires qui infuençèrent leurs convictions religieuses. Les Berbères restèrent païens ou se convertirent à l’islam, au Judaïsme ou au Christianisme.

source : René BASSET

http://www.diablus.com

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer l’auteur, la source et le site : http://www.elishean.fr/

Copyright les Hathor © Elishean/2009-2015/ Elishean mag



Print Friendly, PDF & Email
Articles similaires

Suivez nous sur les réseaux sociaux

Votre aide est importante…

MilenaVous appréciez mon travail et vous voulez soutenir ce site?

Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur PayPal.

Même une somme minime sera la bienvenue, car je gère seule tous les sites du réseau Elishean/ les Hathor. Avec toute ma gratitude, Miléna

 

Articles Phares