A la Une Chamanisme Extraterrestres Infra-monde Le DOUBLE

L’Enigme des Extra-Terrestres : Le Coeur du Sujet

Parallèles Gnostiques dans l’Oeuvre de Carlos Castaneda

Carlos Castaneda

Par John Lash

Traduction par Dominique Guillet

Les onze ouvrages de Castaneda relatent son apprentissage avec un Amérindien Yaqui, Don Juan Matus, qui joue le rôle du mentor Socratique de Castenada, un anthropologue sceptique.

Durant plus de 20 ans, Castenada a appris la théorie et la pratique d’une nouvelle discipline enseignée par son professeur malicieux et exigeant. L’art des “nouveaux initiés” implique une nouvelle compréhension des secrets antiques de la sorcellerie Toltèque transmis à Don Juan au travers d’une filiation tardive datant du 18 ème siècle.

Sorcellerie, dans ce cas précis, se rapporte à un chemin de vie qui se situe en dehors des expériences habituelles de l’humanité.

Au travers d’un long processus d’erreurs et d’épreuves, Castenada arrive à altérer les paramètres de la perception afin d’explorer d’autres mondes. Au cours de ses aventures, il rencontre certains êtres extraterrestres inorganiques qui représentent un obstacle, ou une épreuve, pour le shaman. Dans son ouvrage Passes Magiques, (Editions du Rocher), Castenada écrivit: “Les êtres humains sont dans une quête de conscience qui a été momentanément interrompue par des forces étrangères”.

Ombres Boueuses

Dans l’ouvrage final de Castaneda, Le Voyage définitif (Editions du Rocher publié sous le titre original “The Active Side of Infinity”, le côté actif de l’infini), Don Juan met Castaneda au défi de réconcilier l’intelligence de l’homme, dont témoignent toutes ses prouesses, avec “la stupidité de ses systèmes de croyance… la stupidité de son comportement contradictoire”.

Don Juan associe cette contradiction flagrante dans l’intelligence humaine avec ce qu’il appelle “le sujet des sujets”, “le coeur du sujet”, “le sujet le plus sérieux de la sorcellerie”. Ce sujet concerne la “prédation”.

A l’étonnement horrifié de son élève, le vieux sorcier explique comment le mental humain a été infiltré par une intelligence extraterrestre:

“Nous avons un prédateur qui est venu des profondeurs du cosmos et qui contrôle notre existence. Les êtres humains sont ses prisonniers. Le prédateur est notre maître et seigneur. Il a fait de nous des êtres dociles et impuissants. Il réprime toute velléité de protestation! Si nous voulons faire preuve d’indépendance, il exige que nous rentrions dans les rangs!

Les sorciers sont convaincus que les prédateurs nous ont imposé nos systèmes de croyance, nos conceptions du bien et du mal, nos mœurs sociales. Ce sont eux qui suscitent nos espoirs et nos attentes, nos rêves de réussites et nos peurs de l’échec. Ils insufflent en nous la convoitise, la cupidité et la lâcheté. Les prédateurs ont fait de nous des êtres suffisants, routiniers et des maniaques de l’ego”.
Selon Castaneda, les sorciers de l’ancien Mexique appelaient le prédateur un “planeur” (mis en italiques par Castaneda) “parce qu’il jaillit de l’espace.. C’est une grande ombre, d’un noir impénétrable, une ombre noire qui fonce vers le sol et se pose lourdement”. Cette description correspond à des milliers de témoignages relatant des mouvements bizarres de sauts, parfois latéraux, qui sont exécutés par des extraterrestres de type Gris qui abordent des individus de façon impromptue. Les ombres noires fugaces sont moins souvent reportées, dans les témoignages, mais elles jouent le rôle principal dans le rapport, long et détaillé, réalisé par John Keel, sur l’activité extraterrestre dans son ouvrage “La Prophétie des Ombres”.

Les écrits Gnostiques contiennent des descriptions de prédateurs extraterrestres appelés les Archontes, Arkontai en Grec. Les Codex de Nag Hammadi les décrivent comme des créatures lourdes, ténébreuses et fuyantes. Les noms les plus communs qu’ils leurs attribuent sont “créatures de l’ombre, simulacres”. Pourrait-on comparer les Archontes aux “ombres boueuses” décrites par Don Juan ?

Cette question soulève la problématique plus générale des parallèles existant entre le shamanisme Toltèque de Méso-Amérique de Don Juan et le shamanisme des Ecoles des Mystères de l’Europe antique. Nous allons analyser quelques uns de ces parallèles.

Tout d’abord, nous avons le problème de l’influence des prédateurs, ou planeurs, sur l’humanité. Dans Le Voyage définitif, Don Juan dit à Castaneda que “les prédateurs ont échangé leur mental contre le nôtre”. Cette affirmation alarmante suggère un parallèle immédiat avec les enseignements Gnostiques.

Les Gnostiques, qui dirigeaient les Ecoles de Mystères du Proche Orient dans l’antiquité, enseignaient que le mental réel des êtres humains, nous authenticos, fait partie de l’intelligence cosmique, dont toute la nature est empreinte, mais qu’en raison de l’intrusion des Archontes, ce “mental indi/gène”, ou “génie inné”, peut être subverti et même remplacé par une autre intelligence. Ils indiquèrent que les Archontes envahissent la psyché humaine et que, si leur invasion est avant tout de nature mentale et psychique, il reste qu’ils peuvent également nous agresser sur le plan physique. Leur influence fondamentale, cependant, se fait sentir dans notre syntaxe mentale, dans nos paradigmes et dans nos croyances, tout comme Don Juan le dit des planeurs.

Don Juan dit à Castaneda que le mental du prédateur est “un modèle bon marché: réduction des dépenses, taille unique”. Cette description correspond parfaitement à la mentalité de ruche des Archontes. Les sorciers appellent ce mental étranger uniformisé “l’implantation étrangère, qui existe en toi et en tout être humain”.

L’implantation étrangère (mise en italiques par Castaneda) nous arrache à notre syntaxe. Elle perturbe nos facultés indigènes d’organiser le monde en harmonie avec le langage qui est propre à notre espèce. L’importance de la syntaxe correcte dans la maîtrise, par le sorcier, de l’intention constitue l’un des sujets essentiels des derniers enseignements de Don Juan. La préoccupation du sorcier concernant la déviation de la syntaxe, et la dérivation subséquente de l’intention, est à mettre en parallèle avec l’importance du langage et de la définition correcte mises en exergue par les enseignements Gnostiques.

Don Juan énonce un certain nombre d’affirmations relatives aux stratégies efficaces contre l’intrusion étrangère. Il dit que les sorciers des anciens temps “s’étaient aperçus que s’ils opposaient au mental des planeurs leur silence intérieur, cette implantation étrangère disparaissait, ce qui confirmait, pour les patriciens impliqués dans cette stratégie, l’origine extérieure de ce mental.” En d’autres mots, la prise de conscience qu’un autre mental puisse opérer en notre mental ne devient parfaitement claire et certaine que lorsque ce mental étranger a été dévoilé et expulsé. Ce n’est qu’alors que nous comprenons comment “notre véritable mental, celui qui nous appartient en propre et se résume à notre expérience personnelle, est devenu timide, inquiet et fuyant après une vie entière d’asservissement”.

Le “véritable mental” de Castaneda peut être identifié au “nous authenticos” des Gnostiques. L’influence principale des planeurs, sur notre mental, se traduit par un conditionnement mental, un lavage de cerveau. C’est également le principal effet de l’intrusion Archontique.

Auto-Défense Psychique

Les textes Gnostiques décrivent des confrontations directes et physiques avec les deux types d’Archontes, le type embryonnaire ou foetal – à rapprocher des Gris que l’on rencontre dans les témoignages modernes impliquant des OVNIs – et le type reptilien.

La tactique habituelle des Gris est tout d’abord de paralyser et ensuite d’infiltrer le mental du sujet humain. Dans la Première Apocalypse de Jacques, le maître Gnostique instruit un étudiant comment faire face aux Archontes. Ces entités prédatrices sont connues pour “enlever les âmes la nuit”, ce qui est une description précise des kidnappings modernes par des ET. Les adeptes des Mystères apprennent à repousser les Archontes grâce à des formules magiques (des mantras), des passes magiques ou des gestes de pouvoir (des mudras).

Dans certains textes, la rencontre avec les Archontes est structurée selon le système des “sphères planétaires”. L’adepte qui pratique la projection astrale, le rêve éveillé ou la “manipulation de son double” (comme chez Castaneda) fait ainsi face aux Archontes dans une sorte de labyrinthe de jeu virtuel à sept niveaux, qui correspondent aux sept planètes. A chaque niveau, l’adepte ne peut continuer que s’il fait face au “gardien du seuil” en utilisant des paroles et des passes magiques.

Pour plus d’informations sur la confrontation des Archontes, voir mon essai : “Un Principe Gnostique”.

La notion archétypique du “voyage au travers des sphères planétaires” était bien connue dans l’antiquité, particulièrement dans les écoles Hermétistes et Cabalistiques.

Dans Tantra Vidya, O. M. Hinze compare l’ascension Gnostique, au travers des sept sphères, avec la montée de la Kundalini au travers des sept chakras dans les traditions Yoguiques de l’Inde. Don Juan n’a pas recours à ce système en sept niveaux mais sa description des planeurs s’adapte parfaitement à ce système. La corrélation est d’autant plus pertinente si nous rapprochons le “culte du serpent” de certains groupes Gnostiques avec la pratique du yoga de la Kundalini qui, à son tour, peut être rapprochée avec “le feu de dedans”, et le Serpent à Plumes, dans plusieurs des ouvrages de Castaneda. En bref, les sorciers Toltèques étaient des adeptes de la kundalini qui cultivaient “le feu de dedans”. Il se peut que leurs rencontres avec les planeurs n’aient pas été formalisées dans un jeu-épreuve de sept niveaux, mais les mêmes expériences sont décrites dans les trois systèmes: Toltèque, Yoguique et Gnostique.

Sur l’utilisation de la Kundalini pour repousser l’intrusion extraterrestre, voir mon essai : la Kundalini et la Force extraterrestre.

Les traits de caractère humains attribués par Don Juan à la déviation, par une implantation étrangère, sont identiques à ceux qui sont imputés aux Archontes dans les textes Gnostiques: l’envie (la convoitise) et l’arrogance (le sur-développement de l’ego) sont considérés comme leurs caractéristiques primordiales tandis que leur comportement témoigne du fait que ce sont des drones stupides (routiniers), avides d’exercer leur pouvoir sur nous et trop peureux pour se manifester ouvertement et pour se dévoiler.

Ce serait une erreur de faire correspondre, de manière stricte et littérale, les révélations de Don Juan avec les enseignements Gnostiques mais ces premiers parallèles sont frappants et ce ne sont pas les seuls. Cet exemple exceptionnel nous montre comment la sagesse indigène des Amériques concorde avec les enseignements ésotériques d’une tradition spirituelle du Proche Orient perdue depuis longtemps.

Le parallèle Toltèque-Gnostique peut paraître, à première vue, distant et improbable. Mais si nous postulons que l’expérience shamanique est, par essence, consistante et empirique (à savoir fondée sur l’expérience), il n’est pas étonnant de découvrir des correspondances cohérentes dans des traditions très éloignées dans le temps ou dans l’espace.

L’Implantation Etrangère

La notion d’une implantation étrangère est extrêmement instructive. Cela nous rappelle immédiatement les implants métalliques ou cristallins qui sont supposés être utilisés par les Gris (et leurs complices humains) pour suivre à la trace des sujets humains. Dans un autre sens, moins technologique, cela évoque le concept de virus idéologique implanté dans nos cerveaux par des entités non-humaines.

Selon la critique Gnostique du Christianisme, l’idéologie rédemptrice dans sa forme Judéo-Chrétienne (c’est à dire la croyance en un rédempteur divin et une apocalypse finale) est tout simplement un tel virus. C’est quelque chose qui est implanté dans le mental humain par des forces extraterrestres.

L’insistance Gnostique sur le Judéo-Christianisme (que l’on peut maintenant étendre aussi à l’Islam) nous confère un avantage stratégique dans la détection des influences extraterrestres parce que les religions patriarcales et rédemptionnistes ont dominé la narration historique sur notre planète. Cette domination est symptomatique de la déviance Archontique, selon les Gnostiques.

Le mental étranger fait intrusion dans notre faculté de raconter des histoires, une faculté cruciale pour l’humanité si elle veut découvrir son chemin dans le cosmos. C’est une des manières les plus efficaces, sinon la plus efficace, de nous détourner du cours d’évolution qui nous est propre. La faculté, pour l’humanité, d’accomplir une finalité dépend de la possibilité de développer des narrations, des histoires, des scénarios qui nous guident, de la conception initiale à la complétude finale.
Il est probable que les voies de détournement sont aussi nombreuses et diversifiées que les finalités humaines. Pour faire face à l’immense complexité de l’intrusion, la clarté et la concentration constituent des atouts indispensables. Don Juan fait remarquer, de façon étonnante, que le mental des planeurs est incapable de la moindre concentration. Cette remarque rappelle l’assertion Gnostique selon laquelle les Archontes n’ont pas d’ennoia, ils ne possèdent aucune volonté en propre: ils ne peuvent pas faire preuve d’intention.

On pourrait définir la concentration comme une synergie entre l’attention et l’intention. Se concentrer, c’est apporter une certaine intensité d’attention (Bythos) à l’intention (Ennoia). Selon les enseignements Gnostiques, Bythos et Ennoia sont des divinités cosmiques, ou principes du Plérome, le Tout, et ce sont également des attributs du mental humain. Ils sont symbolisés par deux sphères. Se concentrer, c’est amener les deux sphères ensemble en un point unique de fusion, un centre mutuel. Nous réalisons ce processus en permanence lorsque nous focalisons notre attention sur une finalité spécifique ou sur une intention; les Archontes en sont incapables parce qu’ils sont “incapables de la moindre concentration”. Ils ne possèdent pas de pouvoir de concentration, aucune faculté innée qui leur permette d’unifier l’attention à l’intention.

La résistance humaine à leur intrusion dépend de l’attitude intérieure et de la discipline mentale: la sobriété du guerrier. Les conseils que Don Juan prodigue au guerrier, qui doit s’opposer aux planeurs, semblent constituer une version Toltèque des stratégies Gnostiques de résistance aux Archontes.

Points Communs

Lorsqu’on les examine attentivement, les enseignements de Don Juan, développés dans les neuf ouvrages de Castaneda de 1968 à 1998, contiennent de nombreux parallèles distincts avec l’initiation Gnostique. La nouvelle sorcellerie introduite par Castaneda est une extension et une transformation des connaissances ancestrales des “anciens voyants” de la tradition Toltèque du Mexique d’antan. Elle diffère de l’ancienne sorcellerie principalement de par le fait qu’elle n’accorde aucun intérêt aux jeux de pouvoirs subtils, aux querelles, aux pactes sinistres avec des puissances non-humaines ainsi qu’au contrôle d’autrui. Sa finalité est la liberté du guerrier spirituel plutôt que la prise de contrôle sur un objet ou une personne.

Selon la conception Gnostique et selon la conception Toltèque, la libération ultime de l’humanité peut s’accomplir en s’opposant aux prédateurs extraterrestres.

Ils ne sont pas ici pour nous guider ou pour nous faire évoluer mais, en les confrontant et en les subjuguant, nous pouvons générer une énergie vitale qui nous propulse vers d’autres états de conscience.

Les aspects communs au Gnosticisme et au néo-shamanisme d’inspiration Toltèque de Castaneda sont les suivants:


Néo-shamanisme Toltèque
1. Le dévoilement d’un mental extraterrestre, ou implantation étrangère, qui amoindrit ou altère notre humanité innée.

2. L’importance pour le sorcier de maîtriser l’intention.

3. L’insistance de Castaneda sur la syntaxe: attributions correctes et utilisation de signaux de commande mentaux pour diriger l’intention.

4. L’affirmation selon laquelle la prédation est “le sujet des sujets”, “le coeur du sujet”.

5. Le travail avec le rêve éveillé, le voyage astral, la projection du double, dans de nombreux épisodes des aventures de Castaneda.

6. Le modèle des grandes bandes d’émanations qui imprègnent l’univers.

7. La distinction entre les êtres organiques et les entités inorganiques.

8. L’exploration d’autres mondes et autres dimensions grâce à la pratique de conscience non-ordinaire.

9. La description par Don Juan de “l’oeuf lumineux”.

10. La figure Toltèque de l’Aigle, une métaphore primordiale chez Castaneda.

11. L’organisation du clan du sorcier en huit paires de sorciers mâles et femelles.

12. Le développement du “feu de dedans”, la Kundalini, ou le Serpent à Plumes des Toltèques.

13. Le mécanisme du point d’assemblage.


Gnosticisme
1. La conception d’un virus idéologique déshumanisant implanté dans notre mental par les Archontes/Extraterrestres.

2. L’insistance sur l’ennoia, l’intentionnalité qui nous aligne avec les dieux et qui nous élève au-dessus des Archontes.

3. Enseignement sur l’ennoia, la clarté mentale et l’attribution correcte (utilisation adéquate des définitions).

4. Mise en exergue de l’intrusion Archontique. Il est essentiel de faire face à l’intrusion parce que nous ne pourrons pas découvrir notre chemin véritable dans le cosmos si nous ne percevons pas comment nous en sommes déviés.

5. Le travail avec le rêve éveillé, le voyage astral, la projection du double dans les cercles Gnostiques des Ecoles de Mystères.

6. Les émanations, ou flux émanant du Plérome, décrits dans les textes de révélation des Ecoles des Mystères.

7. La distinction entre les humains et les Archontes dans la cosmologie Gnostique.

8. Les pratiques shamaniques très anciennes des Ecoles des Mystères.

9. L’ovale de lumière claire dans les textes de révélation Gnostique et l’augoeides, ou “oeuf aurique” des Mystères.

10. La même figure dans les Codex de Nag Hammadi lorsque la voix d’instruction de l’esprit sacré, peut-être l’équivalent de la “voix du voir” de Castaneda, affirme: “Je suis apparu sous la forme d’un Aigle sur l’Arbre de Connaissance, la connaissance primordiale qui émerge dans la lumière pure, afin que je puisse les instruire et les éveiller des profondeurs du sommeil” (Apocryphe de Jean, 23:25-30).

11. L’organisation des cellules des Mystères en seize membres, huit de chaque sexe, tels qu’ils sont dépeints sur le bol Orphique du serpent ailé et sur le bol de Pietroasa, provenant de Roumanie. Voir mon essai “Une gerbe de blé coupé.”

12. Le Serpent Ailé et l’Instructeur divin des Gnostiques.

13. Le mécanisme du point d’assemblage.

Le Point d’Assemblage

Le sujet du point d’assemblage est certainement l’un des aspects les plus étranges et les plus déconcertants des enseignements de Don Juan. Dans plusieurs ouvrages, il est évoqué que l’oeuf lumineux qui entoure l’être humain est attaché au corps physique par un mécanisme bizarre appelé le point d’assemblage.

Ce point se situe en haut de l’épaule droite. Il semble qu’à cet endroit du corps, l’oeuf lumineux exerce une sorte de pression et forme une ondulation, ou une dépression. Tant que la force de l’oeuf demeure dans l’ondulation, le point d’assemblage est stable et l’être humain perçoit la réalité d’une façon prédéterminée. En déplaçant le point d’assemblage, les sorciers sont capables de modifier leur perception de la réalité et, qui plus est, de déconstruire et de reconstruire la réalité à leur convenance.

Les instructions de Don Juan concernant le point d’assemblage sont tout autant étonnantes que fascinantes mais loin d’être claires. Les dynamiques de glissement ou de déplacement du mécanisme sont difficiles à appréhender et encore plus difficiles à visualiser. De plus, il semble que le point d’assemblage soit un concept excentrique que l’on ne peut comparer à aucune autre source ou tradition.
Il existe, cependant, un témoignage rare, procédant des Mystères, qui décrit le point d’assemblage de la même manière que Castaneda. Dans son ouvrage The Subtle Body in Western Tradition, l’érudit Gnostique G. R. S Mead cite les écrits perdus d’Isadorus, le mari d’Hypatia et l’un des derniers Gnostiques qui aient enseigné à l’Ecole des Mystères (le Museum) d’Alexandrie. L’oeuvre originelle d’Isadorus est perdue mais elle fut paraphrasée par un autre auteur, Damascius, et on peut donc avoir accès à quelques aspects de ses enseignements. Isadorus est réputé avoir décrit l’augoeides, “l’aura dorée” comparable à l’oeuf lumineux de Castaneda.

La nature et le fonctionnement de l’augoeides, également appelé l’oeuf aurique, est l’un des secrets les plus profonds des Mystères. Il semblerait qu’un traité perdu d’Isadorus affirmait que l’augoeides entoure l’être humain comme une membrane ovale, de telle sorte que le corps physique flotte dans l’ovale. C’est précisément de cette manière que Castaneda décrit l’oeuf lumineux. L’instructeur Gnostique déclara également que l’ovale lumineux est connecté, ou accroché, au corps physique à un point situé dans le dos, au-dessus de l’omoplate droite.

Ainsi donc, un des détails les plus étranges des ouvrages de Castaneda est confirmé par un instructeur des Mystères qui vécut à Alexandrie au 5 ème siècle EC.

Une Epreuve Cosmique

Dans la structure classique du système planétaire, il existe sept planètes, à l’exclusion de la Terre: le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne. (Le Soleil n’est évidemment pas une planète, mais une étoile, le corps central de notre système planétaire et la Lune est un satellite de la Terre. Dans certains systèmes antiques, ces deux corps sont exclus et remplacés par les noeuds lunaires.)

Cette situation rappelle la description par Castaneda de la structure organique et inorganique des “grandes bandes d’émanation” qui composent l’univers. Si nous excluons la Terre des autres planètes, les “sept bandes inorganiques” pourraient parfaitement correspondre aux “sept planètes” que l’on considère comme des sphères qui ne peuvent pas accueillir la vie organique au contraire de la Terre.

Les Gnostiques enseignèrent que la Terre n’appartient pas au système planétaire mais qu’elle en est simplement la captive. Ils appelèrent le système planétaire, à l’exclusion de la Terre, l’Hebdomade, le Septuple. On peut comparer cette terminologie à la description Gnostique du royaume des Archontes, qui sont des êtres inorganiques. Il se pourrait que les “sept bandes inorganiques” dans le schème de Castaneda représentent le même modèle, mais dans un autre langage.

Les initiés Gnostiques localisèrent l’habitat des Archontes prédateurs dans le système planétaire, à l’exclusion de la Terre. Le royaume Archontique serait ainsi un assemblage des sept bandes inorganiques. Dans cet espace ainsi assemblé, les Archontes seraient sur leur territoire. Leur présence dans le monde assemblé autour de nous, la biosphère gouvernée par les lois de la chimie organique, serait une intrusion. Castaneda n’indique nulle part que ces entités prédatrices procèdent de ces sept bandes, mais cette déduction semble logique. Il affirme explicitement, néanmoins, que les planeurs sont des entités inorganiques et cette conclusion est donc non seulement logique mais en cohérence avec sa syntaxe, son système descriptif.

Don Juan spécifie que les sorciers peuvent entrer en contact avec des êtres inorganiques, et qu’ils le font généralement. Ils initient ce contact en déplaçant le point d’assemblage et en pénétrant dans le territoire inconnu des autres bandes, ou en glissant dans des régions inconnues de notre propre bande.

Une grande partie de l’activité décrite dans l’oeuvre de Castaneda consiste en des incursions dans des autres mondes qui sont contingents au nôtre. “Une fois que la barrière est brisée, les êtres inorganiques changent et se transforment en ce que les initiés appellent des alliés”. Il existe baucoup d’alliés dans l’immensité du cosmos.

Selon de nombreuses traditions indigènes, la terre est visitée par de nombreuses espèces d’êtres alter-dimensionnels qui poosèdent une fonction d’alliés et de guides pour l’humanité. Le prédateur sombre et ténébreux semblerait constituer une catégorie unique d’entités inorganiques qui n’est peut-être pas du tout un allié, ou bien alors un allié particulièrement peu aisé à maîtriser.

Don Juan insista sur la nécessité de faire face à cet être inorganique pour faire l’expérience “de la certitude de l’origine étrangère du mental”. Le “prédateur qui est venu des profondeurs du cosmos et qui contrôle notre existence” peut être certainement identifié avec les Archontes des enseignements Gnostiques. Don Juan décrit, de façon très vivante, l’intrusion Etrangère et son influence majeure, à savoir une modification comportementale. Le vieux sorcier offre également un commentaire étonnant sur ce que l’on pourrait gagner d’une rencontre avec ces entités. “Les planeurs sont un constituant fondamental de l’univers et nous devons nous efforcer de les voir sous leur véritable jour – terrifiants, monstrueux. C’est par leur intermédiaire que l’univers nous met à l’épreuve.”

Les parallèles entre la matière Gnostique et la nouvelle sorcellerie Toltèque de Carlos Castaneda sont frappants et présentent des intuitions qui donnent à réfléchir sur la condition humaine. Comment pouvons-nous réagir vis à vis du coeur du sujet, la prédation ?

Selon le conseil de Don Juan “On ne peut strictement rien faire, hormis de se discipliner au point qu’ils ne nous toucheront pas.” Et il est significatif qu’il dise “ne nous toucheront pas” et non “ne puissent pas nous toucher”. Il déclare également, comme nous venons de le souligner, que les prédateurs extraterrestres constituent le vecteur par lequel l’univers nous met à l’épreuve. Il s’ensuit que l’intention d’ordonner notre mental, de vivre de telle sorte que les planeurs/Archontes ne souhaitent pas nous envahir, constitue l’exercice capital, l’épreuve fondamentale pour l’évolution de l’humanité.

John Lash.

Traduction de Dominique Guillet

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Source :

En annexe: « Les lourdes ombres noires » . Castaneda


Chapitre extrait du livre de Carlos Castaneda  » Le voyage définitif « 
Ed. du Rocher – 1998 – page 261

(…) L’obscurité s’était installée très rapidement, et le feuillage des arbres qui, un instant plus tôt, était d’un vert éclatant, paraissait à présent beaucoup plus sombre et dense. Don Juan me dit que si je regardais avec une grande attention la couleur foncée du feuillage, sans focaliser mes yeux et avec une sorte de regard en coin, je verrais une ombre fugitive traverser mon champ de vision.
 » C’est le meilleur moment de la journée pour faire ce que je te demande. Il va te falloir un moment pour trouver en toi le degré d’attention nécessaire. Ne t’arrête pas avant d’avoir entrevu cette ombre noire.  »
Je vis effectivement se profiler une étrange ombre noire sur le feuillage des arbres, une ombre qui partait et revenait, puis diverses ombres évanescentes se déplaçant de droite à gauche, de gauche à droite, ou s’élevant très haut en l’air. On aurait dit de gros poissons noirs, de gigantesques espadons volants. J’étais complètement absorbé par cette vision qui finit par m’effrayer. Il faisait désormais trop sombre pour voir le feuillage, mais je distinguais toujours ces ombres noires fugitives.
 » Qu’est-ce que c’est, don Juan ? Je vois des ombres noires s’agiter partout.
– C’est l’univers à l’état naturel, me répondit-il, l’univers incommensurable, non linéaire, délivré du joug de notre syntaxe. Les sorciers mexicains d’autrefois furent les premiers à voir ces ombres et ils les suivirent partout. Ils les voyaient comme tu les vois, et ils les voyaient également sous forme d’énergie circulant dans l’univers. Et ils ont alors fait une incroyable découverte.  »
Il se tut et me regarda. Ses pauses étaient toujours très étudiées et il savait me tenir en haleine.
 » Qu’ont-ils découverts, don Juan ?
– Ils ont découvert que nous ne sommes pas seuls, me dit-il aussi clairement qu’il le put. Venu des profondeurs du cosmos, un prédateur est là, qui toute notre vie nous maintient sous son emprise. Les êtres humains sont prisonniers et ce prédateurs est notre seigneur et maître. Il étouffe toute velléité de protestation ou d’indépendance et nous empêche d’agir librement.  »
L’obscurité alentour semblait réduire ma faculté d’expression. S’il avait fait jour, j’aurais éclaté de rire, mais en pleine nuit, je me sentais comme muselé, paralysé.
 » Il fait nuit noire, me dit don Juan, mais si tu regardes du coin de l’œil, tu vas continuer à voir ces ombres fugitives aller et venir autour de nous.  »
Il avait raison. Je pouvais toujours les voir et leurs mouvements me donnaient le tournis. Don Juan alluma la lumière, ce qui eut pour effet de tout dissiper.
 » Te voilà arrivé, grâce à tes seuls efforts, à ce qui était pour les anciens chamans le  » cœur du sujet « . Je tourne autour du pot depuis longtemps en te laissant entendre que quelque chose nous retient prisonniers. Nous sommes effectivement tous prisonniers ! C’était un fait énergétique pour les sorciers d’autrefois.
– Pourquoi ce prédateur exerce-t-il ce pouvoir sur nous comme vous le dites, don Juan ? Il doit y avoir une explication logique !
– Il y a une explication, me répondit don Juan, qui est extrêmement simple. Ils nous tiennent sous leur emprise parce que nous sommes leur source de subsistance. Ils ont besoin de nous pour se nourrir, et c’est pour cela qu’ils nous pressurent implacablement. Exactement comme nous qui élevons des poulets pour les manger, ils nous élèvent dans des  » poulaillers  » humains pour ne jamais manquer de nourriture.  »
Je me sentir secouer négativement la tête. Je ne pouvais exprimer mon violent sentiment de malaise et de révolte, et mon corps s’agitait pour le faire remonter à la surface. Je tremblais de la tête aux pieds sans pouvoir me contrôler.
 » Non, non, non, m’entendis-je dire. C’est absurde, don Juan ! Ce que vous dites est horrible. Cela ne peut tout simplement pas être vrai, ni pour les sorciers, ni pour des gens normaux, ni pour personne.
– Et pourquoi ? me répondit calmement don Juan. Pourquoi donc ? Parce que cela te met en fureur ?
– Oui, cela me met en fureur, répliquai-je. Ce sont des idées monstrueuses !
– Eh bien, je ne t’ai pas encore tout dit. Ecoute moi jusqu’au bout et on verra comment tu te sens. Attention, je vais t’infliger un choc ! Ton esprit va subir de terribles attaques, et tu ne pourras pas fuir, parce que tu es pris au piège ; non parce que je te retiens prisonnier, mais parce que quelque chose en toi t’empêchera de partir, même si cela te rend fou de rage. Alors, rassemble tes forces !  »
Don Juan avait raison. Je ne serais pas parti de chez lui pour un empire, et pourtant j’abominais toutes les idioties qu’il était en train de me débiter.
 » Je vais faire appel à ton esprit analytique, me dit don Juan. Réfléchis un moment, et dis-moi comment tu peux expliquer la contradiction entre, d’une part, l’intelligence de l’homme sur le plan scientifique et technique et, d’autre part, la stupidité de ses systèmes de croyances ou l’incohérence de son comportement. Ce sont les prédateurs, disent les sorciers, qui nous ont imposé nos systèmes de croyance, nos idées sur le bien et le mal, nos mœurs sociales. Ce sont eux qui suscitent nos espoirs et nos attentes, nos rêves de succès ou notre peur de l’échec, eux encore qui insufflent dans notre esprit convoitise, avidité et lâcheté et qui le rendent prétentieux, routinier et égocentrique.
– Mais comment s’y prennent-ils, don Juan ? lui demandai-je, de plus en plus irrité par ses paroles. Ils nous chuchotent tout cela dans le creux de l’oreille pendant notre sommeil ?
– Non, ils ne procèdent pas aussi bêtement, me répondit don Juan en souriant. Ils sont extrêmement efficaces et organisés, et pour s’assurer de notre obéissance, de notre docilité et de notre apathie, ils ont accompli une manœuvre extraordinaire – extraordinaire, bien sûr, sur un plan stratégique, mais horrible du point de vue de ceux qui en sont victimes. Ils nous ont donné leur esprit ! Tu m’entends ? Les prédateurs ont remplacé notre esprit par le leur, qui est bizarre, incohérent, grincheux, et hanté par la peur d’être percé à jour.
 » Tu n’as jamais souffert de la faim, poursuivit-il, et tu as pourtant une sorte d’angoisse à propos de la nourriture. C’est celle du prédateur qui redoute continuellement qu’on découvre son manège et lui coupe les vivres. Par le biais de l’esprit humain qui est en réalité le leur, les prédateurs nous inculquent ce qui les arrange pour améliorer leur sécurité et avoir moins peur.
– Peut-être tout cela est-il vrai, don Juan, mais si c’est le cas, il y a là quelque chose d’odieux qui me répugne et m’oblige à prendre le parti contraire. Et comment font-ils pour nous manger ?  »
Don Juan me fit un large sourire. Il avait l’air de bien s’amuser. Il m’expliqua que les sorciers voyaient les nouveaux-nés et les bébés comme d’étrange boules d’énergie lumineuse, recouvertes de haut en bas d’un revêtement brillant, un peu comme si une housse en plastique enveloppait étroitement leur cocon d’énergie. C’était cette couche brillante de conscience, me dit-il, que consommaient les prédateurs. Et lorsque les êtres humains atteignaient l’âge adulte, il n’en restait qu’une étroite bande à hauteur des orteils qui permettait tout juste à l’humanité de survivre.
Comme en rêve, j’entendis don Juan me déclarer qu’à sa connaissance, l’espèce humaine était la seule à avoir cette couche brillante de conscience à l’extérieur du cocon lumineux. C’est pourquoi nous étions une proie facile pour le mode de conscience différent, plus pesant, des prédateurs.
Il me révéla alors quelque chose d’encore plus traumatisant : cette étroite bande de conscience était le siège de l’autocontemplation dans laquelle l’homme était irrémédiablement piégé. En jouant sur cette autocontemplation qui est le dernier brin de conscience qui nous reste, les prédateurs suscitaient des éclairs de conscience qu’ils dévoraient avec l’acharnement d’un rapace. Et pour les provoquer, ils nous donnaient à résoudre des problèmes idiots et se nourrissaient du flamboiement énergétique de nos pseudo-intérêts.
Il devait y avoir dans ce que disait don Juan quelque chose de si pénible et bouleversant pour moi que j’en avais des haut-le-cœur.
Après une pose suffisamment longue pour me permettre de récupérer, je demandai à don Juan :  » Mais puisqu’ils voient les prédateurs, pourquoi les sorciers mexicains, anciens ou actuels, ne font-ils rien ?
– On ne peut strictement rien faire, me dit tristement don Juan d’une voix grave, hormis se discipliner au point qu’ils ne puissent nous toucher. Et comment demander à nos semblables d’affronter les rigueurs d’une telle discipline ? Ils réagiraient en riant et se moquant de nous, et les plus agressifs d’entre eux s’énerveraient et nous tabasseraient. Ce n’est pas qu’ils ne nous croiraient pas ! Il y a au tréfond de chaque être humain une connaissance ancestrale, viscérale, de l’existence des prédateurs.  »
Mon esprit analytique jouait au yo-yo. Tout ce que me racontait don Juan était grotesque, absurde, et en même temps me semblait raisonnable, très simple. Toutes les contradictions humaines s’expliquaient. Mais comment prendre tout cela au sérieux ? Don Juan me poussait sur le trajet d’une avalanche qui m’emporterait à jamais.

(…) Don Juan continua à enfoncer le clou toujours plus profondément.  » Les sorciers mexicains d’autrefois voyaient le prédateur. Ils l’ont appelé planeur parce qu’il jaillit de l’espace. Il n’est pas beau à voir. C’est une grande ombre, d’un noir impénétrable, qui fonce vers le sol et se pose lourdement. Ces sorciers ne savaient pas exactement quand il avait fait son apparition sur terre. Dans leur idée, l’homme avait sans doute été à une époque un être complet doué d’une conscience prodigieuse lui permettant d’accomplir d’incroyables prouesses – tous ces exploits que nous retrouvons aujourd’hui dans nos légendes mythologiques. Ces facultés semblaient par la suite avoir disparu pour donner l’être humain actuel, un être diminué, comme abruti par des sédatifs.  »
J’aurai dû me mettre en colère, le traiter de paranoïaque, mais je ne sais trop pourquoi, ce genre d’indignation toujours latente chez moi m’avait quitté. Quelque chose en moi avait même dépassé ce stade où je me disais :  » Et si c’était vrai ?  » Face à don Juan qui me parlait cette nuit là, je sentais au plus profond de mon être que tout ce qu’il me disait était vrai, mais en même temps, avec une force égale, que tout ce qu’il me disait était complètement absurde.
 » Que voulez-vous dire, don Juan ?  » lui demandai-je faiblement.
 » Ce que je veux dire, c’est que nous avons affaire à forte partie. C’est un prédateur très malin et bien organisé, qui procède méthodiquement pour nous neutraliser et nous empêcher d’être la créature magique que nous étions destinés à être. Nous ne sommes plus désormais qu’une source de ravitaillement et n’avons d’autres rêves que ceux d’un animal que l’on élève pour sa viande : des rêves banals, conventionnels et imbéciles. « 

(…)  » Ce prédateur, me dit don Juan, est évidemment un être inorganique. Mais il n’est pas pour nous complètement invisible comme le sont les autres. Je suis sûr que les enfants le voient, et devant l’horreur que leur inspire cette vision, ils préfèrent ne plus y penser. Et même s’ils cherchaient à mieux le voir, tout le monde autour d’eux les en dissuaderait. « 

Description de ce qu’est un être inorganique, page 231 dudit livre :  » Les vieux chamans ont découvert que l’ensemble de l’univers est constitué de deux forces jumelles opposées, mais complémentaires. Ainsi notre monde a un jumeau, un monde opposé et complémentaire peuplé par des êtres doués de conscience, mais dénués d’organisme, auxquels ils avaient donné le nom d’êtres inorganiques. (…) L’ensemble de l’univers regorge de toutes sortes de mondes où la conscience peut être organique ou inorganique. « 

 » La seule alternative qui reste à l’humanité, continua don Juan, est la discipline. Seule la discipline a un effet disuasif. Mais je n’entends pas par ce terme une affreuse routine où l’on saute du lit tous les jours à cinq heures du matin pour s’asperger d’eau glacée ! Pour un sorcier, la discipline est la faculté d’affronter sereinement les difficultés imprévues. Il la considère comme un art : l’art de faire face à l’infini sans broncher, non pour faire étalage de sa force, mais pour lui témoigner son admiration et son respect.
– En quoi la discipline des sorciers peut-elle avoir un effet dissuasif ?
– Les sorciers disent qu’elle rend la couche brillante de conscience inconsommable pour le planeur, me dit don Juan en scrutant mon visage comme pour y déceler un signe d’incrédulité. Il est alors perplexe. Je suppose qu’il n’a jamais entendu dire qu’une couche brillante de conscience pouvait ne pas être comestible. Et cette perplexité ne lui laisse d’autre issue que de s’abstenir de poursuivre son infâme activité.
 » A partir du moment où les prédateurs ne la mangent plus, notre couche brillante de conscience se développe. En simplifiant à l’extrême, on pourrait dire que, grâce à leur discipline, les sorciers éloignent les prédateurs, ce qui permet à leur couche brillante de conscience de se reformer et de retrouver progressivement sa taille normale. Les sorciers d’autrefois la comparaient à un arbre qui atteint sa hauteur et son volume si on ne le taille pas. Et à mesure que le niveau de conscience s’élève au-dessus des pieds, de nouveaux modes de perception surgissent automatiquement.
 » Les anciens sorciers avaient découvert une excellente tactique : ils tenaillaient l’esprit des planeurs par la discipline. Ils s’étaient aperçus que s’ils lui opposaient leur silence intérieur, cette implantation étrangère disparaissait, ce qui confirmait l’origine extérieure de cet esprit. L’implantation étrangère tentait évidemment de revenir, mais elle avait perdu de sa force, et un processus se mettait en marche dans lequel l’esprit des planeurs prenait la fuite de plus en plus souvent, jusqu’au jour où il disparaissait définitivement. Un triste jour, en fait, puisqu’on doit dès lors se débrouiller tout seul en ne comptant que sur ces propres ressources, qui sont pratiquement nulles. Personne n’est plus là pour nous dire que faire, aucun esprit clandestin ne nous dicte plus les idioties auxquelles nous sommes accoutumés.
 » Mon maître, le nagual Julian, disait fréquemment à ses disciples que c’était le moment le plus difficile de la vie d’un sorcier, car notre véritable esprit, celui qui nous appartient en propre et se résume à notre expérience personnelle, est devenu timide, inquiet et fuyant après une vie entière d’asservissement. C’est alors, selon moi, que débute le véritable combat du sorcier. Le reste n’est que simple préparation. « 

(…)  » Que voulez-vous dire par tenailler l’esprit des planeurs ?
– La discipline le met au supplice, me répondit-il. C’est donc grâce à leur discipline que les sorciers peuvent se débarrasser de cette implantation étrangère.  »
J’étais extrêmement troublé. Soit don Juan était bon pour l’asile, soit ce qu’il venait de me raconter était si terrifiant que mon sang se glaçait dans mes veines. Je notai cependant la vitesse à laquelle se ranima mon énergie pour tout nier en bloc. Après un instant de panique, j’éclatai de rire, comme si don Juan venait de me raconter une bonne plaisanterie. Je m’entendis même lui dire :
 » Don Juan, don Juan, vous êtes incorrigible !  »
Il parut comprendre tout ce que j’éprouvais et secoua la tête, levant les yeux au ciel, comme pour feindre le désespoir.
 » Je suis si incorrigible que je vais asséner à l’esprit des planeurs qui t’habite un coup supplémentaire, en te confiant l’un des sectets les plus extraordinaires de la sorcellerie. C’est la conclusion à laquelle ont abouti les sorciers, une conclusion qu’ils ont mis des milliers d’années à établir et vérifier.  »
Il me sourit d’un air machiavélique.  » L’esprit des planeurs s’enfuit définitivement lorsqu’un sorcier réussit à saisir la force vibratoire qui assemble les champs d’énergie qui nous constituent. S’il maintient suffisamment longtemps sa pression, l’esprit des planeurs, vaincu, bat en retraite. Et c’est exactement ce que tu vas faire : te cramponner à l’énergie qui maintient ta cohésion.  »
J’eus une réaction totalement imprévisible et inexplicable. Une partie de moi était vraiment ébranlée, comme si elle avait reçu un coup. Je me sentis envahi par une terreur injustifiée que j’associai aussitôt à mon éducation religieuse.
Don Juan me regarda de la tête aux pieds.
 » Tu redoutes la colère divine, non ? Sois tranquille, cette peur n’est pas la tienne. C’est celle des planeurs, car ils savent que tu vas faire exactement ce que je vais te dire.  »
Ses paroles ne me rassurèrent absolument pas, et je me sentis encore plus mal. J’avais des spasmes involontaires que je ne pouvais maîtriser.
 » Ne t’inquiète pas, me dit calmement don Juan. Ce genre de crise passe très rapidement. L’esprit des planeurs n’a pas la moindre force de concentration.  »
Quelques instants plus tard, toutes ces manifestations disparurent comme don Juan l’avait prédit. Dire que j’étais perplexe serait un euphémisme. Pour la première fois de ma vie, seul ou avec don Juan, je ne savais plus du tout où j’en étais. Je voulais m’extraire de mon fauteuil pour faire quelques pas, mais j’étais mort de peur. La tête farcie d’affirmations rationnelles, je me sentais pourtant terrorisé comme un enfant. Je me mis à respirer profondément et tout mon corps se couvrit de sueurs froides. J’avais déchaîné en moi quelque chose d’épouvantable : des ombres noires fugitives bondissaient partout où que je tourne mon regard.
Je fermais les yeux et reposai la tête sur le bras du fauteuil.  » Je ne sais plus que faire, don Juan. Vous avez vraiment réussi à me déboussoler cette nuit.
– Tu es déchiré par une lutte intérieure, me dit don Juan. Tout au fond de toi, tu sais que tu ne peux t’opposer à ce qu’une indispensable partie de toi-même, la couche brillante de conscience, serve inexplicablement à nourrir de mystérieuses entités. Et quelque chose d’autre en toi refuse de toutes ses forces cette situation.
 » Ce qui est révolutionnaire dans l’attitude des sorciers, poursuivit-il, c’est qu’ils se refusent à respecter un accord auquel ils n’ont pas participé. Personne ne m’a jamais demandé si j’acceptais d’être mangé par des êtres ayant un mode de conscience différent ! Mes parents m’ont simplement mis au monde pour les ravitailler, comme cela s’était passé pour eux, et c’est tout. « 

(…) Revenu chez moi, je m’aperçu que l’idée des planeurs m’obsédait chaque jour davantage, jusqu’au jour où je sentis que les conclusions de don Juan étaient irréfutables. J’avais beau m’efforcer de trouver une faille à sa logique, elle était imparable. Plus j’y réfléchissais, plus j’observais mes semblables et moi-même, plus s’intensifiait ma conviction que quelque chose nous rendait incapables de toute activité ou interaction non focalisée sur le moi. Mon seul souci, comme celui de tous ceux que je connaissais ou rencontrais, était mon moi.

 » Tous les êtres humains sur terre semblent avoir exactement les mêmes réactions, les mêmes pensées, les mêmes sentiments. Ils réagissent de manière presque identique aux mêmes stimuli. Le langage qu’ils utilisent jette une sorte de voile sur leurs attitudes, mais si l’on gratte un peu, on voit bien qu’ils ne peuvent échapper à cette similitude de comportement.  » Don Juan

(…) Je fis des recherches anthropologiques approfondies sur la présence d’éventuelles allusions aux planeurs dans d’autres cultures. Elles s’avérèrent totalement infructueuses. Don Juan paraissait être l’unique source d’informations à cet égard. Dès que je le vis la fois suivante, je lui reparlai immédiatement des planeurs.
 » J’ai fait tout mon possible pour rester rationnel sur ce plan, mais je n’y arrive pas. Il y a des moments où je suis complètement d’accord avec vous sur les prédateurs.
– Concentre ton attention sur les ombres fugitives que tu vois vraiment « , me dit don Juan en souriant.
Je lui fit remarquer qu’elles mettaient en péril ma rationnalité. Je les voyais partout. Depuis ma dernière visite chez lui, j’étais incapable de dormir dans le noir. Garder la lumière allumée ne me gênait pas du tout, alors que s’il faisait nuit, tout se mettait à bondir autour de moi. Je ne voyais jamais de véritables formes ou silhouettes complètes, mais seulement ces fameuses ombres noires fugitives.
 » L’esprit des planeurs ne t’a pas quitté, me déclara don Juan. Il a été gravement atteint et essaie à tout prix de conclure un nouvel arrangement. Mais il s’est produit en toi une sorte de rupture définitive, et le planeur le sait. Le vrai danger, c’est que l’esprit des planeurs t’ait à l’usure et te fasse abdiquer en jouant sur la contradiction entre ses affirmations et les miennes.
 » L’esprit des planeurs n’a pas d’opposant, poursuivit don Juan, et lorsqu’il propose quelque chose, il acquiesce à sa propre proposition et te fait croire que tu as raison. Il va affirmer que les prétendues révélations de don Juan sont complètement absurdes, puis il va tomber d’accord avec se propre déclaration et te faire dire :  » Mais oui, c’est vrai, il raconte n’importe quoi !  » C’est comme ça qu’ils nous dominent.
 » Les planeurs sont un constituant fondamental de l’univers et nous devons nous efforcer de les voir sous leur véritable jour – terrifiants, monstrueux. C’est par leur intermédiaire que l’univers nous met à l’épreuve.
 » Nous sommes des sondes énergétiques douées de conscience, reprit-il comme s’il avait oublié ma présence, que l’univers a créées pour prendre conscience de lui-même. Les planeurs constituent pour nous un défi auquel nous ne pouvons nous soustraire. Nous ne devons pas les mésestimer. Nous devons les vaincre pour que l’univers laisse les êtres humains poursuivre leur existence.  »
J’aurai voulu que don Juan m’en dise davantage, mais il se contenta d’ajouter :  » Le choc , tu l’as reçu la dernière fois. On pourrait parler pendant des heures des planeurs, mais il est temps de passer à autre chose.  »
(…)

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