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Le peuplement du Maghreb : Une histoire de migrations plurielles

par Mohamed Mezzine

Une lecture rapide de la répartition des peuples au Maghreb aujourd’hui montre clairement la grande diversité des noms de tribus, des toponymes et des espaces portant le nom de telle ou telle tribu ou confédération, ainsi que l’apparente incohérence de la distribution de ces peuples dans l’espace maghrébin.

En fait, le peuplement du Maghreb semble être le résultat des traces des passages successifs de vagues de migrations qui ont modelé l’espace ethnologique et social de la région. Tant et si bien que des noms de confédérations, de tribus (qbila), de fractions (arch) continuent de peupler les traditions orales, la toponymie et la société.

Des noms de tribus ou de confédérations, comme les Sanhaja, Masmouda, Zenata, Butr, Branès, qui ont traversé le temps, ressemblent aujourd’hui plus à des reliques d’un passé toujours présent qu’à une réalité sur le terrain.

Au début du XXe siècle, Émile-Félix Gauthier disait déjà de cette situation : « On trouve partout n’importe quel nom de tribu… en Afrique du Nord. »1 Ces noms de confédérations tribales défient encore aujourd’hui la recherche, qui se pose de nombreuses questions : D’où viennent ces noms ? Comment démêler les imbrications, les enchevêtrements et les désordres apparents des groupements qui composent cette mosaïque de toponymes et de tribus ? Comment comprendre les liens et les interconnexions entre les uns et les autres ?

La géographie historique de l’onomastique tribale, qui s’intéresse à la localisation, dans le temps et l’espace, des toponymes qui ont désigné ou qui désignent encore des groupements tribaux, constitue aujourd’hui l’une des bases possibles pour comprendre la complexité des dynamiques de peuplement dans le Maghreb. Car le peuplement du Maghreb est le résultat d’une longue histoire, qui a laissé derrière elle un pays qui a vu se superposer, aux populations autochtones, de multiples apports humains. La situation qui en a résulté est une mosaïque humaine qui dissimule derrière elle des noms de tribus, de fractions, voire de grandes aires culturelles et/ou linguistiques, qui augmentent cette complexité.

Pour tenter de répondre à tous ces questionnements, les documents disponibles sont, malgré les apparences, limités. Il n’y a pas d’inventaire des origines de ces tribus, ni des groupes les plus importants auxquels ils disent appartenir (même pas pour les origines avouées et reconnues), ni de catalogues géographiques qui répertorient et classifient la répétition des mêmes ethnonymes, ou des ethnonymes les plus célèbres, qui serviraient de contre-épreuve. Pourtant, un tel outil pourrait contribuer à comprendre les grands mouvements des populations, les grandes migrations, et donc la logique de la situation humaine qui prévaut aujourd’hui au Maghreb.

On est obligé de restreindre la recherche à des sources historiques rares et souvent contradictoires, ou à des légendes dites des origines, colportées et transmises par une tradition orale tenace. Certes, de célèbres historiens arabes ont tenté, depuis longtemps déjà, de voir un peu plus clair dans cette situation, comme Ibn Raqiq, Ibn Hazm, Ibn Hawqal, al Maqdissi, el Ya’qubi et l’incontournable Ibn Khaldun. Ils ont laissé des itinéraires, des généalogies et des chroniques qui, en plus d’offrir des informations pertinentes sur les emplacements des tribus et leurs liens, donnent des pistes de recherches intéressantes, sur leurs origines.

Certes, le passé du Maghreb a été mouvementé. Son histoire est une suite de migrations, de déplacements…

À tel point que certains anthropologues considèrent que l’un des traits saillants des sociétés du Maghreb est le déplacement : la migration, qui les rattache aux peuples de la Méditerranée. Ainsi, retracer les grandes lignes de l’histoire du peuplement du Maghreb revient à faire l’histoire de cette migration plurielle.

L’objectif de ce propos est donc de présenter, dans ses grandes lignes, les étapes qui ont conduit à la carte actuelle du peuplement du Maghreb, et d’essayer de comprendre cette migration qui a occupée toute son histoire.

Cela ne va pas être aisé.

Le débat, chez les historiens et chez les anthropologues, qui vise à rendre intelligible la situation actuelle, est complexe, car les uns et les autres utilisent souvent des concepts et des outils différents et empruntent des entrées et des méthodes différentes.

Cependant, à la base ce débat, se cristallise d’abord sur les concepts : tribu, confédération…

Le débat

De la première chronique du IXe siècle jusqu’aux textes classiques de la culture arabo-musulmane du XIVe siècle, en filigrane de chaque écrit, transparaît ce débat. Les questionnements qui le sous-tendent sont nombreux. Les plus fréquents sont : Comment se constitue une tribu ? D’où viennent ces tribus et ces confédérations qui structurent le peuplement maghrébin ? Comment s’établit le lien entre les différentes composantes de ces groupements ?

La plus célèbre réponse à ces questionnements a été celle d’Ibn Khaldun qui explique l’essence de ce phénomène par la cohésion (al-açabiya). Selon lui, un groupement (une tribu) se forme autour d’un élément, d’un objectif, d’un danger, ou de la défense d’un territoire. La cohésion entre les membres du groupe les conduit à se trouver un ancêtre commun.

L’Histoire des Berbères d’Ibn Khaldun va être une démonstration de sa définition de la tribu. Cette approche sera adoptée par les nassaba berbères et arabes qui viendront après lui dans leurs nombreux écrits.

Ces problèmes de concepts seront de nouveaux soulevés, au XIXe siècle, par les orientalistes. Il s’agit, pour ces historiens, de régler la question de la terminologie adoptée, mais aussi de faire le tri parmi les hypothèses explicatives les plus utilisées des origines des tribus.

Se pose d’abord la question de savoir ce qu’est une « tribu » ? Et ce qu’est une « confédération » ? Ensuite, quelles sont les origines des grandes tribus et confédérations du Maghreb qu’on traite souvent comme si leur généalogie était connue ? La définition explicative d’Ibn Khaldun est-elle suffisante, encore valable ?

Jacques Berque a tenté de résumer ce débat dans son célèbre article « Qu’est-ce qu’une tribu nord-africaine »2, pour la période précoloniale et coloniale.

Il rappelle que, pendant le XIXe et au début du XXe siècle, les historiens d’occasion, comme les appelle A. Laroui, « géographes à idées brillantes, fonctionnaires à prétentions scientifiques, militaires se piquant de culture » (officiers militaires, chefs de « bureaux arabes », missionnaires) et, avant eux, les ethnologues, faisant face à ces difficultés de définitions, vont distinguer sous un vocable simpliste une réalité complexe du terrain. Ainsi, ils distinguent simplement les « petites et les grandes tribus »3.

Les anthropologues, suivis par les historiens de l’époque, vont tenter de différencier les tribus, cette fois-ci, selon leurs rythmes, leurs alliances et leurs territoires. Mais le débat ne s’arrêtera pas là. Il ne fera que s’amplifier pour aboutir en fin de compte à distinguer trois écoles de pensées qui tentent, chacune, d’expliquer ce qu’est une tribu, sa construction, son évolution et sa dispersion. L’une s’appuyant sur le déterminisme héréditaire et sur la causalité génétique des Sémites (comme le dit Jacques Berque), la deuxième sur les métaphores botaniques, la troisième fait appel à la légende transmise par la tradition orale.

Pour les résumer, il y a :

  • – l’explication par l’ancêtre éponyme
  • – l’explication par la métaphore botanique
  • – et l’explication par la légende, et l’histoire.
La reine Tin Hinan – peinture de Hocine Ziani

L’explication par l’ancêtre éponyme

C’est probablement la plus ancienne approche, qui semblait la plus solide au XIVe siècle, déjà. Ibn Khaldun l’a adoptée et a organisé le schéma général de la répartition des tribus berbères à partir de deux grands ancêtres : Butr et Branès.

Depuis, l’explication par l’ancêtre commun (éponyme) a fait son chemin. Surtout que cette filiation permettait, avec une certaine commodité, de structurer les grands ensembles de tribus et de les reconstruire sur un modèle d’hérédité et selon une logique généalogique. Au XIXe siècle, la pratique coloniale, suivie en cela par les historiens orientalistes de l’époque, après avoir adopté pour un temps le schéma

khaldunien, tel qu’il l’a proposé dans son Histoire des Berbères, va tenter d’en fixer les contours, en systématisant son application.

L’institution coloniale des « bureaux arabes », en Algérie, prenait en considération, en 1863, dans la référence foncière, « le cadre patriarcal » (fils d’un tel), adoptant ainsi l’approche khaldunienne4, lorsqu’elle voulait définir la tribu de référence d’un individu.

Reprenant cette approche, en 1886, Masquarey, dans son livre La formation des cités5, reconstituait autour de la tribu des groupes sédentaires (fractions) se prétendant issus d’un ancêtre commun (éponyme) auquel se réfèrent toutes les composantes du leff (sur le mode de la structure des groupes dans la cité grecque et romaine).

Mais rapidement, les historiens postcoloniaux se rendent compte qu’il est difficile d’accepter ce schéma, parce qu’il y a une extrême variété des origines et des groupes. Et que l’on retrouve, en outre, certaines fractions de tribus dans plusieurs leff en même temps. Ceci rendait très discutable l’application de l’hypothèse d’explication par l’ancêtre éponyme, et donc la reléguait progressivement au rang de fiction, difficilement acceptable.

Les explications par la métaphore botanique

En parallèle à cette tentative d’explication par l’ancêtre éponyme, celle qui se réfère à la nature faisait aussi son chemin. En effet, plusieurs années plus tard, Émile-Félix Gauthier dans Le passé de l’Afrique du Nord6 (1941) et Georges Marçais dans La Berbérie au IXe siècle7 (1942) montrent qu’il y a une extrême variété des origines des tribus en Afrique du Nord revendiquant leur rattachement à un même ancêtre, et que cette revendication ne s’appuyait sur aucune argumentation écrite. Et qu’il arrivait que certaines de ces tribus changent, à un moment donné, d’ancêtre. Ce qui fragilisait beaucoup la valeur de l’explication par l’ancêtre éponyme.

Ils ont ainsi proposé d’expliquer cette diversité des tribus qui se déclaraient d’une même origine en comparant la tribu à un arbre et, ainsi, les différentes tribus ne seraient que des branches, issues initiales des souches mères d’un même tronc projetant leurs surgeons de tous les côtés. Ce qui expliquerait, selon eux, l’extraordinaire dissémination de certains groupes, à travers le Maghreb, comme les Senhaja du Maroc atlantique (depuis l’époque almoravide, XIe siècle) et qu’on retrouve jusque dans le Mzab, en Algérie, ou les Luata (Lemtouna ?) médiévaux de Libye, par exemple, qui vivent encore aujourd’hui dans deux régions éloignées, une fraction vivant dans la région de Bengrir, près de Marrakech, et l’autre dans le Sud algérien. Comme l’explique É.-F. Gautier8, ce sont là des surgeons qui ont poussé, chacun dans une région différente, mais qui se rattachent tous à une même souche mère.

En fait, Gauthier et Marçais ne faisaient que reprendre l’hypothèse d’Edmond Doutté et d’Augustin Bernard, qui les avaient précédés.

En effet, déjà au début du XXe siècle, le premier9 avait proposé cette explication des liens tribaux par la métaphore botanique, tout en émettant un certain doute. Ainsi, en 1903, après avoir analysé ce qu’il prenait pour l’agrégat hétéroclite des populations de Figuig et tenté de trouver une explication théorique à ce phénomène de répartition et de dissémination des tribus, il arriva à la conclusion suivante :

« Les divisions des groupes actuels de populations constituent généralement non des rameaux issus d’une même souche, mais des boutons, des greffes continuelles apportées sur un pied primitif devenu parfois impossible à discerner. »10

Avec cette approche, il pouvait faire renaître n’importe quelle fraction dans n’importe quelle région du Maghreb.

En 1911, Augustin Bernard, dans le même ordre d’idées, mais en le nuançant, affirme que « la tribu ne se développe pas seulement par intussusception mais aussi par juxtaposition »11. Deux formules promises à être largement reprises par de nombreuses études, après lui, surtout par les orientalistes.

Elles ne seront pourtant aujourd’hui ni confirmées ni rejetées, car il n’y a pas de vraies statistiques ni d’inventaires sérieux des tribus du Maghreb selon leurs origines ou leurs ethnonymes. Inventaire qui aurait facilité la constitution de répertoires des ethnonymes, des vocables et des toponymes répétitifs à travers le Maghreb. Ce qui aurait permis d’essayer de rattacher les toponymes ayant les mêmes référents identitaires et d’utiliser ainsi, dans une même approche, les métaphores botaniques et l’analyse géographique.

En fait, toute cette approche sera remise en question par les historiens postcoloniaux qui vont mettre en avant l’explication par la légende et par l’histoire, rejoignant par là même, d’une certaine façon, les historiens arabes et berbères anciens.

Costumes traditionnels algériens

L’explication par la légende

Tout semble effectivement conduire à une explication où la légende et surtout l’histoire (spécialement les chroniques) seraient à la base de toute construction de « tribus » ou de « confédérations ». Nous l’avons déjà perçu avec l’explication par l’ancêtre éponyme et avec l’explication par la métaphore botanique. L’histoire et la légende semblent même constituer le cadre idéal pour soutenir et compléter les deux premières explications. Mais ce seront surtout les légendes généalogiques, construites sur des références aux grands leff khalduniens, qui allaient prendre le relais pour apporter une explication logique à l’évolution du peuplement au Maghreb. Deux grandes catégories de légendes seront mises en avant.

– La première catégorie est celle qui se base sur le premier ancêtre de la tribu, d’abord ses faits de guerre, puis sa descendance différenciée, assignée par la tradition à sa famille, et parfois même à ses actions qui sortent de l’ordinaire, les karamat. L’ancêtre des Zenata et celui des Hawara en constituent des modèles très significatifs. Les légendes construites autour de leurs personnages en font des modèles. Les Mérinides ont repris à leur compte la légende de l’ancêtre des Zenata pour l’adapter à la fraction mérinide.

– La seconde catégorie est construite sur la légende de l’ensemble d’un groupe qui a survécu à de grands événements, face à des ennemis, ou qui a émigré vers des contrées lointaines, comme les Sanhaja qui ont quitté, en trois vagues (qu’Ibn Khaldun considère comme trois races), le Sahara atlantique pour remonter jusque dans le pays Ghomara. On retrouve leurs légendes des origines reprise en partie par les Ghumara. Le ralliement des tribus qui formaient au tout début cette grande confédération s’est constitué en modèle. On le retrouve d’ailleurs aussi chez les Masmouda.

Les grandes égéries des livres généalogiques (ansab12) vont mettre par écrit les récits de ces légendes, les immortalisant et contribuant à la légitimation de la « tribu » ou de la « confédération » ainsi constituées. Ces livres généalogiques vont prospérer offrant des prolongements de choix aux légendes des origines et des tribunes vivantes à des traditions orales vivaces. À titre d’exemple, la légende que s’est créé le plus célèbre des Masmouda, Ibn Tumert, pour se constituer une généalogie, qui ne trouvera pas de contradiction entre le fait d’être d’origine berbère et celui de prétendre à une filiation chérifienne (arabe). Un exemple parmi tant d’autres, mais les tribus au pouvoir seront les plus concernées par ce genre de légendes, que celles-ci ssoient berbères ou arabes.

Folklore marocain Aquarelle.

Les explications par l’histoire prennent le relais

En fait, l’explication « historique » n’est guère loin, lorsque l’on s’appuie sur la légende. Elle semble supérieure à l’hypothèse de l’explication par le système généalogique (légende), qui s’en tient à l’image de dispersion accomplie à partir de foyers primitifs, image répercutée par la tradition orale, et qu’elle tente d’expliquer.

Certes, le passé du Maghreb fut mouvementé. On ne peut minimiser ces grandes marches des peuples berbères ou arabes, ces expansions dynastiques et cette migration plurielle qui se déroule tout au long des siècles. Mais la façon dont les évolutions, qui ont produit le schéma défendu par les grands généalogistes arabes et berbères, ont pu s’exercer, nous échappe. Toutefois, les historiens considèrent que depuis le début de l’histoire du Maghreb, trois à quatre grandes confédérations berbères (selon les nassaba) constituent l’ossature humaine du Maghreb : les Masmouda, les Sanhaja, les Zenata et, accessoirement, les Hawara. Elles descendent toutes de deux grands ancêtres : Burnes et Batr.

– D’abord les Masmouda, qui sont des populations dans leur ensemble sédentaires, qui se rattacheraient à un même ancêtre que les Sanhaja, Burnes. Ce sont donc des Branès (filiation de Burnes). Elles ont toujours vécu sur les deux versants du Haut-Atlas, se sont ensuite étendues vers le Haouz et sont, plus tard, remontées vers le nord du pays. Elles forment une vieille confédération à laquelle se rattachent de nombreuses tribus qui parfois ont gardé des liens généalogiques confus, mais en tout cas très forts, même si certaines tribus masmouda se retrouvent dans d’autres confédérations, de constitution plus tardive, souvent par intérêt stratégique. C’est le cas dans le nord du Maroc où des tribus masmouda se seraient ralliées aux Sanhaja et à d’autres fractions pour former (ou consolider, selon certains généalogistes) la grande confédération des Ghumara.

– Les Sanhaja sont aussi des Branès, beaucoup plus nomades. Ils semblent baliser les flancs sud des Atlas et du Tell. Certaines tribus de cette confédération ont des prolongements jusqu’en Mauritanie, voire jusqu’au Sénégal et au Mali actuels où elles se dissolvent en une évanescence d’origines et de groupes. Elles agrègent même parfois des éléments venus d’ailleurs. La personnalité collective sanhaja y cède le pas à des groupements moins homogènes. C’est le cas dans le Rif, au Maroc.

– Les Zenata sont connus pour être des bédouins berbères, qui se rattachent à l’ancêtre éponyme Butr, célèbres par leur mobilité. Leur territoire s’étend de l’Oriental marocain aux hauts plateaux algériens jusqu’au Mzab, dans le Maghreb central. Ils forment au Maroc une grande confédération qui avait des ramifications de l’Oriental jusqu’aux premières oasis du Tafilalet vers le sud. Ils constituaient la charnière humaine qui reliait les deux Maghreb, le Central et l’Occidental, avec des ramifications réelles ou supposées en Ifriqiya.

D’autres généalogistes ajoutent à ces trois grandes confédérations celle des Hawara. Cette confédération reconnaît son rattachement aux Branès par son ancêtre. Moins établie que les trois autres, elle est constituée de nombreuses fractions dont les origines se confondent avec les Zenata. Elle couvre, au Moyen Âge, tout le long du Tell algérien avec des avancées sur le Rif-Ghumara.

Cette division des populations berbères, en trois à quatre grandes confédérations, a longtemps été à la base des livres d’Émile-Félix Gauthier, de Georges Marçais et d’Henri Terrasse. Les trois historiens ont construit leur système sur ces grandes divisions des confédérations et des tribus qu’a proposées Ibn Khaldun. Ils y ont rattaché de nombreuses tribus et fractions de tribus, faisant remonter la construction de ces confédérations à une époque bien antérieure à l’arrivée de l’islam au Maghreb. Pourtant, ils ont très peu évoqué la question des tribus berbères juives.

Les historiens européens de la période coloniale et même précoloniale qui ont essayé d’établir la liste des tribus et des « races » au Maghreb ont rarement tenté de comprendre la relation entre les Berbères et les juifs.

Les juifs ont été considérés comme une catégorie à part, aux côtés des Maures, des Berbères, des Arabes et des Andalous.

En 1840, James Richardson, qui a visité le Maroc, a été le premier à désigner les juifs de l’Atlas comme des « juifs shelouh ».

Les historiens d’aujourd’hui, qui travaillent sur le judaïsme et sur le peuplement juif en Afrique du Nord, ont repris à leur compte cette question de la berbérité des juifs du Maghreb. Et l’une des questions qui les préoccupe concerne l’origine de ces juifs.

Femmes berberes juives – Vallee du dades
Jeune Juive de Tiilit – Vallée du Dadès – 1940.

Les juifs constituent-ils une population à part, venue de différents horizons, qui se serait berbérisée par la suite, ou, au contraire, fait-elle partie du socle sémite berbère du Maghreb ?13

Une juive marocaine

Les historiens des populations juives semblent hésiter entre deux explications.

– La première est endogène et prône le rattachement des populations juives du Maghreb par leurs origines ethniques aux populations locales berbères. C’est l’option que défend, déjà au début du XXe siècle, l’historien orientaliste hébraïsant Nahoum Slouschz. Il soutient que les juifs ne sont en fait que des éléments de confédérations ou de tribus berbères judaïsées. Et que leurs origines se confondent avec celles des grandes confédérations berbères. Slouschz s’appuie, pour cela, sur Ibn Khaldun dans son Histoire des Berbères14.

Voici le passage où Ibn Khaldun évoque ce phénomène :

« Une partie des Berbères professait le judaïsme, parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djerawa, tribus qui habitaient l’Aurès… Les autres tribus juives étaient les Néfouça, Berbères de l’Ifriquya, les Fendlaoua, les Médiouna, les Behloula, les Ghiatas et les Faza, Berbères du Maghreb el-Aqça. »15

Pendant longtemps, les opinions de Slouschz sur les origines berbères des juifs vont avoir force de loi. Ses idées seront même reprises dans la période postcoloniale par plusieurs chercheurs comme Gabriel Camps, qui affirme que « la plupart des juifs indigènes de l’Afrique du Nord descendent des tribus berbères »16.

– La seconde explication est exogène et rattache les peuples juifs du Maghreb à la diaspora de Palestine. Elle isole ainsi leur lignée, certes sémite, mais qui aurait été seulement berbérisée. L’historien Haïm Zeev Hieschberg17 estime ainsi que l’essentiel du peuplement juif du Maghreb est le résultat de flux migratoires en provenance de Palestine et d’autres régions du pourtour de la Méditerranée.

Il est difficile de trancher dans ce débat. Cependant, de nombreux historiens ont tenté d’établir une histoire de ce phénomène, qui tienne compte des deux approches.

Nous savons qu’en 70 apr. J.-C., à la faveur de la pax romana, de nombreuses communautés juives s’installent sur tout le pourtour de la Méditerranée.

Après la chute de Jérusalem, Titus a envoyé en Mauritanie (césarienne et tingitane) douze navires de captifs juifs, rachetés par leurs coreligionnaires, renforçant ainsi les colonies juives déjà existantes. Ces groupes vont être renforcés par l’arrivée en 115 et 117 des juifs de Cyrénaïque, d’Égypte et de Chypre. Issachar ben Ami cite la légende des sept sages qui auraient été envoyés de Palestine à cette fin. Et ainsi ces juifs auraient diffusé leur foi dans les tribus locales berbères.

Ce sont ces tribus, dont parle Ibn Khaldun, qui étaient anciennes et bien enracinées, qui se seraient fondues dans le milieu berbère, adoptant ses systèmes généalogiques et ses légendes, évoquant leurs liens avec telle ou telle confédération, déjà établie.

Ces tribus juives vont façonner, comme les autres tribus berbères musulmanes, des généalogies complexes qui les rattachent aux dynamiques berbères autochtones.

Les enjeux idéologiques de ces approches sont implicites. Ils sont affichés à l’époque du protectorat, puisqu’en exhumant les séquelles du passé berbère judéo-chrétien on justifiait le régime colonial au Maghreb. Certaines légendes sur l’expansion du judaïsme parmi les berbères, à l’époque préislamique, ont été même historiées pour servir les besoins de l’administration coloniale dans sa volonté de séparer les Berbères des Arabes.

Ces enjeux, mêmes cachés, sous-tendent des débats importants, puisqu’ils interviennent dans la définition même d’une identité juive berbère. Les uns veulent démontrer l’existence confirmée d’un judaïsme berbère autochtone au Maghreb. Les autres démontrent par l’histoire la tendance berbère à la tolérance et à l’acceptation de l’autre, contrairement aux peuples wisigoths et romains, plus tard ibériques, et à l’époque coloniale, aux Français. Mais aussi la légitimité des juifs berbères maghrébins à revendiquer leurs origines locales, autochtones.

Les royaumes juifs oubliés d’Afrique du nord, suivre ce lien pour lire l’article: http://www.elishean.fr/les-royaumes-juifs-oublies-dafrique-du-nord/

Tout cela s’appuie, bien entendu, d’abord sur Ibn Khaldun, mais aussi sur des sources juives qui traitent du judaïsme dans le pourtour de la Méditerranée.

En fait, l’explication par l’histoire de toute dynamique de peuplement s’adosse à l’autorité du grand maître Ibn Khaldun qui a conféré à l’historiographie européenne et arabe une sorte de tutelle, en lui laissant en héritage sa construction stratifiée de classement des populations berbères et sa théorie qui organise toute l’histoire du Moyen Âge, en cycles, sous forme de successions au pouvoir de ces grandes lignées.

Selon son schéma, les trois grandes confédérations tribales ont produit chacune et successivement sa dynastie politique : les Senhaja, la dynastie des Almoravides ; les Masmouda, la dynastie des Almohades ; les Zenata, la dynastie des Mérinides. Cette répartition des Berbères en trois grands ensembles, qui ont chacun produit une dynastie, d’Ibn Khaldun reste une hypothèse qui a été rapidement transformée par commodité en théorie explicative même s’il est difficile aujourd’hui de la confirmer en la transformant en conviction scientifique. Car rien ne permet de dire que toutes ces divisions ne sont pas que des prolongements d’un mythe explicatif, ancien, remis à jour par l’auteur de l’Histoire des Berbères.

Comment en effet concilier et mettre dans un même ensemble – les Senhaja – les paysans (sédentaires) de la Grande Kabylie et les chameliers (pasteurs) d’Ibn Tachfine qui ont régné sur l’Occident musulman pendant plus d’un siècle ? Comment rendre compte de cette diversité du terrain, qui met dans le même ensemble des Zenata ces bédouins mobiles de l’Oriental et des hauts plateaux algériens avec des Zenata, habiles agriculteurs, du Mzab, ou avec le montagnard znati des montagnes du Rif, au Maroc ?

La Kahena

Doit-on remettre en question l’explication par l’histoire que nous propose Ibn Khaldun, reprise par les historiens de la période coloniale et même aujourd’hui par certains historiens marocains, faute de trouver mieux ?

On peut au moins la remettre en débat. D’ailleurs, les linguistes et philologues n’hésitent pas à semer le doute sur cette répartition en grands ensembles. Car les parlers de chaque composante de ces ensembles ne sont pas des faits linguistiques ordonnés. Ce sont plutôt des foisonnements qui interfèrent, comme le dit J. Berque, « parfois selon les lignes géographiques les plus paradoxales »18.

Il suffit de voir le cas du pays Ghomara (Rif) au Maroc, ou le parler et l’identité jbala semblent en contradiction avec leur généalogie connue et établie. Ce sont des berbères arabophones, dans leur ensemble, mais ils sont composés de fractions tribales arabes et berbères. En tout état de cause, et en adoptant la répartition khaldunnienne des Berbères, il est admis aujourd’hui, et les sources mises en avant par les nouvelles monographies universitaires le confirment, que l’histoire des migrations au Maghreb reste à faire ou à refaire. Même si un cadre pour retracer les grandes migrations a déjà été adopté par les historiens.

Une histoire des grandes migrations est-elle possible?

Pourrons-nous jamais arriver à retracer l’histoire des grands mouvements migratoires qu’a connus le Maghreb ? Le doute est permis, même si textes, qui séparent clairement les migrations des tribus berbères des migrations arabes, surtout au Moyen Âge, semblent confiants.

Ces écrits proposent un schéma serein, simple et relativement clair.

Au Moyen Âge

El Bekri dans sa Description19, au XIe siècle, évoquait déjà des ensembles tribaux complexes, dispersés. Il retrouve des lambeaux des grandes confédérations éparpillés dans tout le Maghreb, mais n’esquisse aucune explication. Même, si en y regardant de plus près, les grands noms de confédérations qui seront repris par Ibn khaldun sont déjà là : Masmouda, Sanhaja, Zenata, Hawara… Cependant, vers le XIVe siècle, époque d’Ibn Khaldun, les grands mouvements migratoires tribaux semblent avoir déjà été effectués, celui-ci ne faisant que les préciser et les confirmer.

– Les Sanhaja remontent, durant plus de trois siècles (du VIIIe au XIe siècle), du sud de l’Atlas et pénètrent par les grandes vallées pour aboutir au Souss, au Haouz et, en moindre importance, au Tadla. Certaines branches, si l’on en croit les toponymes, sont venues se perdre dans les Ghomara, dans le Rif actuel. Du côté du Maghreb central et de l’Ifriqiya, le schéma de cette migration est beaucoup plus complexe. Cette complexité sera accentuée par l’entrée en scène dans tout le Maghreb des tribus arabes.

– Les Masmouda qui étaient, comme signalé plus haut, à cheval sur l’Atlas et se mélangeaient, dans un espace très vaste, avec les Senhaja, se présentent en un agrégat complexe. Dans leur expansion vers les marges du Souss, ils rencontrent les Arabes Maqil. Vers le nord, débouchant des vallées du Haut-Atlas, ils s’éparpillent dans le Haouz jusqu’au pays Abda et Doukala. Certaines branches masmouda remontent jusqu’au pays Ghumara. La certitude d’Ibn Khaldun semble sans équivoque.

– Les Zenata, beaucoup plus expansifs, s’ouvrent, au Moyen Âge, à des branches (arch) des autres confédérations. Leur domination de l’Est marocain et des hauts plateaux algériens est la conséquence de leur large déploiement tout au long du XIIIe, puis du XIVe siècle.

Cette rétrospective n’est cependant que l’interprétation des informations rapportées par les sources de l’époque et que les nassaba comme Ibn Hazm et Ibn Khadun ont repris à leur compte. Sa subjectivité renvoie à la perception que les auteurs de l’époque avaient de leurs milieux. C’est là un autre problème.

Dans ce même Moyen Âge, l’arrivée des Arabes semble avoir perturbé les descriptions tranquilles des chroniqueurs et des voyageurs. Car à travers la rétrospective qu’ils ébauchent des migrations berbères s’insinuent progressivement, mais difficilement, les migrations arabes. Presque absentes au temps d’El Bekri, les références aux mouvements des populations arabes se multiplient. Ibn Khaldun, qui a vécu l’apogée de leur migration, en fait une référence à un système et à un genre de vie bédouin20, al aarab.

La migration arabe se profile dès le XIIe siècle.

Elle se déroule sur plus de deux siècles, démantèle sur son passage les constructions confédérales fragiles et probablement en phase de faiblesse. Composée de Hilaliens, de Maqils et de Soleïm, la migration arabe, d’abord appoint d’une politique berbère en perte de vitesse, va devenir, en élargissant ses espaces, plus omniprésente. Malmenant le substrat berbère, elle s’insinue géographiquement dans toutes les contrées, ou presque.

Les Beni Hilal s’installent progressivement dans le Gharb, dans le Haouz grâce aux largesses des pouvoirs politiques en place, le mérinide, puis le saadien. Ils s’insèrent avec le temps dans un tissu tribal berbère déjà distendu.

Les Maqils, passant par le sud, contournent les Senhaja et les poussent vers le nord, leur faisant franchir les cols de l’Atlas (du Deren).

Les Soleim tentent de consolider le mouvement maqil. Leur mouvement migratoire est moins facile à suivre.

Ainsi, l’équilibre semble avoir été atteint dans cette recherche tribale des territoires à occuper. Ibn Khaldun est obligé, dans son Histoire des Berbères, de laisser une grande place aux tribus arabes.

Quand arrivent les Chorfas, au XVIe siècle, et avec eux le mouvement maraboutique, la tribu ou la confédération, qu’elle soit berbère ou arabe, va obéir, dans sa construction et son expansion, à de nouvelles exigences.

Les mutations aux temps des Chorfas et des Ottomans

À l’arrivée des Chorfas, au XVIe, la fresque de la répartition des populations au Maghreb évolue pour atteindre une certaine stabilité au XIXe siècle. La remontée générale des populations du sud vers le nord se consolide au moment où les côtes marocaines font l’objet d’attaques ibériques.

Les tribus arabes maqil du Draà s’installent dans le Souss. Les Senhaja soutiennent le nouveau pouvoir saadien, qui, avec ses origines arabes, tente, grâce à son statut de chérifien, d’arbitrer les nouvelles migrations21. À la veille de leur arrivée au pouvoir (au XVIe siècle), Léon l’Africain montre, avec beaucoup de réalisme, dans sa Description, le réveil des mouvements migratoires22. Il insiste sur les épidémies et les famines qui poussent des populations par milliers à changer de territoire.

Le schéma du Moyen Âge évolue. Le mouvement vers le nord continue. Il ne se stabilise que lorsque le pouvoir saadien fixe, pour les besoins d’une politique nouvelle, les tribus qui lui sont fidèles dans les régions sensibles. Al-Mansour (1578-1603) s’appuie sur les tribus guiches pour mener sa politique de fixation des grandes confédérations arabes. Les Kholt, des Beni Hilal de première date, installés dans le Gharb, avec les Beni Hsan et les Beni Malek, tous de la confédération des Beni Hilal, tentent de se révolter contre El Mansour dès son installation au pouvoir (en 1578). Ils s’insurgent et soutiennent des soulèvements, comme celui du prince an-Nassir, le neveu d’El Mansour, qui menaçait Fès et tout le nord du pays. Comme l’explique longuement A. Fichtali dans son livre Manahil as Safa, le nouveau souverain réduit, pour les punir, leurs moyens de guerre, en leur reprenant plusieurs milliers de chevaux, puis les oblige à changer de territoire et à s’installer dans le Haouz. El Mansour déchire ainsi l’unité des Beni Hilal du Gharb, et réduit leurs forces…

Pourtant, l’interpénétration des tribus, le renouvellement des compositions des confédérations tribales continue et se consolide. Par exemple, la confédération berbère des Cherraga (les gens de l’Est) se développe grâce à l’apport arabe des tribus de l’Est, de la région de Tlemcen. Les Saadiens les ont installés au nord de Fès et leur ont même construit une casbah, aux portes de la ville de Fès.

Les Ghumara intègrent des Senhaja et des fractions Zenata. Les Oudaya, les Kholt sont intégrés, chacun dans des confédérations nouvelles. Ce schéma s’affirme progressivement tout au long du XVIIIe et au début du XIXe siècle.

Les migrations contemporaines

Le mouvement se poursuit encore longtemps. La marche vers le nord et le nord-ouest se confirme. Les Aït Atta, au sud de l’Anti-Atlas, quittent les zones semi-désertiques, traversent le Saghro, repoussant les grandes confédérations berbères vers les plateaux intérieurs. Les Aït Yafelman, les Aït Youssi, les Aït Saghrouchen s’installent sur les grandes régions pastorales. Les Zemmours et les Zaêrs arrivent pratiquement jusqu’à l’océan Atlantique. En Algérie et en Tunisie, le mouvement est moins important. Les tribus berbères, pour la plupart Zenata, sont maintenues sur les Hauts-Plateaux par les Ottomans. Quelques incursions débordent sur le Tell.

La colonisation accentue la sédentarisation. Les mouvements des tribus sont plus limités. Les déplacements ne se font plus dans le cadre tribal ou confédéral. D’autres motivations vont progressivement remplacer les motivations d’appartenance à une tribu ou de déplacements pour chercher de nouveaux territoires.

La colonisation a établi de nouvelles règles. Le morcellement, la dispersion vont rendre la cohésion tribale, donc la migration collective, plus difficile. La ‘asabiya s’use. La substance du groupe se perd, engendrant une segmentation profonde. Seuls quelques réseaux économiques et spirituels subsistent et maintiennent quelques vieilles solidarités. Les mutations sociales, l’attrait de la ville amènent de nouvelles formes de migrations. Une certaine rupture avec le passé menace. Le phénomène tribal devient en partie intégré à de nouvelles données. Le politique, le social vont y chercher des soutiens. Mais nous sommes là sur un autre terrain. La lecture du phénomène tribal du XXe siècle reste difficile, peut-être plus difficile que sa lecture au Moyen Âge.

Doit-on conclure en redisant les limites qui restreignent toute recherche sur les migrations tribales du Maghreb ? La réponse, tout en étant affirmative, devrait pourtant souligner les différentes pistes qu’emprunte la recherche aujourd’hui pour tenter de répondre progressivement aux questionnements qui continuent à nous interpeler. Il faudrait peut-être pour cela, comme le préconisent les anthropologues, faire abstraction du miroir des représentations accumulées tout au long de l’histoire et qui déforment notre vision du phénomène en marche, pour l’aborder à partir d’autres dimensions.

Les pistes qui nous semblent aujourd’hui les plus prometteuses sont celles des ethnologues qui, avec l’aide des linguistes, et en s’appuyant sur l’étude des ethnonymes, à partir d’enquêtes sur le terrain, tentent de répertorier les parlers, de les analyser et d’y chercher les traces d’interpénétrations des tribus. Le pays Ghomara nous semble un terrain tout indiqué pour accueillir ce genre de travail.

D’autre part, de nouvelles pistes de recherches sont ouvertes par les expériences à partir d’ADN, qui ont été lancées par des chercheurs de l’EHESS de Paris, sur des populations du Sud tunisien, pour tenter de retrouver leurs origines.

Voir notes et source en bas de l’article

Génétiquement, les Maghrébins ne sont pas des Arabes

Le Fantasme

Alors que la majorité des Maghrébins s’identifie culturellement aux Arabes, des études scientifiques tendent à indiquer qu’ils seraient ethniquement plus proches des Berbères et de certains Européens, qu’ils ne le sont des Arabes.

« Comparés avec d’autres communautés, notre résultat indique que les Tunisiens sont très liés aux Nord-Africains et aux Européens de l’Ouest, en particulier aux Ibériques, et que les Tunisiens, les Algériens et les Marocains sont proches des Berbères, suggérant une petite contribution génétique des Arabes qui ont peuplé la région au VIIe ou VIIIe siècle. » ( A. Hajjej, H. Kâabi, M. H. Sellami, A. Dridi, A. Jeridi, W. El Borgi, G. Cherif, A. Elgaâïed, W. Y. Almawi, K. Boukef et S. Hmida, « The contribution of HLA class I and II alleles and haplotypes to the investigation of the evolutionary history of Tunisians », Tissue Antigens, vol. 68, n°2, août 2006, pp. 153–162).

Bien que ces études se soient basées sur des échantillons retreints, elles sont parlantes. Elles confirment ce que les historiens ont toujours affirmé : l’apport arabe est très minoritaire dans les populations maghrébines (Ibn Khaldoun, Gabriel Camps, etc.), car quelques dizaines de milliers d’envahisseurs arabes n’ont pas pu, génétiquement et matériellement, changer des millions de Berbères en Arabes.

Le verdict des chercheurs ci-dessus est sans appel : l’identité arabe (ou arabo-musulmane) du Maghreb relève plus du fantasme que de la réalité. Ce fantasme a été injecté dans les têtes et les esprits à une époque récente, inventée par les monarchies pétrolières et leurs agents islamistes (on vient de découvrir que Ghannouchi est un agent du MI6 britannique, et que Morsi, le président égyptien déchu, est un agent de la NSA américaine, sans parler des rois et des émirs qui roulent tous pour l’impérialisme anglo-saxon). En psychologie, un fantasme est une construction consciente ou inconsciente, permettant au sujet qui s’y met en scène, d’exprimer et de satisfaire un désir plus ou moins refoulé, de surmonter une angoisse.

Par ailleurs, le plus grand historien maghrébin, Ibn Khaldoun, l’a énoncé et démontré : les Maghrébins ne sont pas des Arabes, ce sont des Berbères « arabisés » (mousta’arabouneمستعربون ).

Historiquement et de tout temps, la culture arabe a toujours nettement distingué les Arabes (considérés comme la race supérieure, celle qui doit, de droit divin, détenir pouvoir et richesse) des non Arabes (les sujets de seconde zone, les peuples dominés).

Ceux-ci sont appelés ‘Ajam, عجم , c’est-à-dire des non arabes, « des étrangers », comme l’étaient les « barbares » pour les Grecs ou les Romains.

Les ‘Ajam regroupaient les Perses, les Roums (Byzantins), les Turcs, les Berbères etc. tous les peuples soumis par les armes, même s’ils se sont islamisés.

Se déclarer musulman permettait alors d’échapper à l’impôt (assez lourd) que devait payer tout sujet non musulman. Cet impôt constituait alors le principal revenu relativement stable de l’empire arabe. Donc, même pour ceux qui ont opté pour la culture et la religion arabes, ils restent, aux yeux des Arabes de souche, des « non Arabes ». C’est toujours le cas aujourd’hui : les Arabes du Golfe considèrent toujours les Maghrébins avec une certaine condescendance, ils les traitent comme des «Arabes de seconde catégorie ». Comme, en plus, ce sont eux qui disposent aujourd’hui de la manne des pétrodollars, leur morgue et leur mépris pour les Maghrébins et pour les autres non-arabes sont sans limite.

Rappel historique

Le Maghreb, initialement peuplé de Berbères, a été envahi par de nombreuses civilisations, qui ont toutes été assimilées à des degrés divers : Phéniciens, Romains, Vandales, Arabes, Espagnols, Turcs et Français. De plus, beaucoup de Maures (Espagnols islamisés) et de Juifs arrivèrent d’Andalousie à la fin du XVe siècle.

Les premiers Arabes orientaux, venus à partir du VIIe siècle avec les conquêtes musulmanes, ont contribué à l’islamisation du Maghreb.

C’est à partir du XIe siècle, avec l’arrivée des tribus hilaliennes (tribus bédouines arabes) chassées d’Égypte, que l’arabisation linguistique et culturelle s’est renforcée. En conséquence, pour pouvoir profiter des gains et des prébendes, qui étaient le lot des conquérants arabes victorieux, il valait mieux se déclarer arabe et musulman, être du côté des vainqueurs et des maîtres. Beaucoup de tribus berbères ont opté pour ce choix : elles renient leur berbérité pour se déclarer arabe (voir Arabisation du Maghreb : qu’en est-il au juste ?). Le même phénomène continue jusqu’à nos jours.

Cette mentalité s’est incrustée dans la mémoire collective de beaucoup de Maghrébins depuis cette époque : se déclarer, aujourd’hui arabo-musulman, signifie être du côté des maîtres, des chefs, des prédateurs, des nouveaux oligarques islamistes. De nos jours, on voit ce phénomène en Tunisie, en Libye, et ailleurs : ceux qui veulent profiter des postes de direction et des prébendes qui vont avec, ceux qui veulent acheter les biens de l’Etat à vil prix, ceux qui veulent caser les membres de leurs familles, se découvrent, soudain, pro-islamistes. Car les islamistes, qui sont au pouvoir, considèrent la province conquise (pour eux, la notion d’Etat nation n’existe pas. Tous les pays ne sont que des provinces du califat projeté) comme leur propriété privée, leur prise de guerre, suite à une razzia appelée, par les démocraties occidentales, des « élections libres et transparentes », mais que les Tunisiens considèrent comme frauduleuses et truquées. Comme on disait en Mai68 : « élections, piège à cons ».

A. Génétique : Adn et généalogie ou l’histoire de nos ancêtres

A partir d’un simple prélèvement salivaire, les généticiens sont désormais en mesure de retracer l’histoire des migrations des ancêtres de tout individu. Leurs techniques sont si performantes qu’elles permettent de remonter jusqu’à la préhistoire, soit 900 ans avant Jésus-Christ, juste avant l’arrivée, en 814 av. J.C., de Didon/Elyssa, fondatrice et reine de Carthage.

C’est au travers de l’haplogroupe que les généticiens sont capables de remonter la lignée généalogique sur autant de décennies. Les haplogroupes peuvent se définir comme les branches de l’arbre généalogique des Homo Sapiens, ils représentent l’ensemble des personnes ayant un profil génétique similaire grâce au partage d’un ancêtre commun.

On distingue deux sortes d’haplogroupe, le premier étant d’ADN mitochondrial et le second le chromosome Y.

L’ADN mitochondrial (ADNmt) est transmis de la mère à ses enfants (fille et garçon), l’haplogroupe ADNmt réunit les personnes d’une même lignée maternelle. Le chromosome Y est transmis uniquement du père vers son fils, l’haplogroupe chromosome Y se compose des hommes partageant un ancêtre de la lignée paternelle.

Grâce à l’identification des haplogroupes et à leur comparaison entre populations, il est possible de connaître, avec une certitude relative, les déplacements migratoires réalisés par des peuples. Ces techniques permettent donc de déterminer la zone géographique dans laquelle nos ancêtres vécurent.

Lignée paternelle maghrébine : l’ADN du chromosome Y

Les principaux haplogroupes du chromosome Y des Maghrébins (berbérophones et arabophones) les plus courants sont : le marqueur berbère E1b1b1b (M81) (65 % en moyenne) et le marqueur arabe J1 (M267) (15 % en moyenne). Plus de 80 % des Maghrébins y appartiennent.

E1b1b1b est le marqueur berbère. Il est caractéristique des populations du Maghreb. Dans certaines parties isolées du Maghreb, sa fréquence peut culminer jusqu’à 100 % de la population. Ce haplogroupe se retrouve aussi dans la péninsule Ibérique (5 % en moyenne) et à des fréquences moins élevées, en Italie, en Grèce et en France.

J1 est un haplogroupe « sémitique » très fréquent dans la péninsule arabique, avec des fréquences avoisinant 70 % au Yémen. J1 est le marqueur « arabe ». 20 % des Juifs appartiennent aussi à J1. On en conclut que l’origine des Arabes est le Yémen. Le marqueur arabe se retrouve aussi en Turquie, en Europe du Sud et en France.

D’après les données du tableau intitulé « Lignée paternelle : l’ADN du chromosome Y » figurant dans l’article de Wikipédia relatif aux Maghrébins, nous avons calculé que, en moyenne, chez les Maghrébins, le marqueur berbère est majoritaire à 59,6%, et que le marqueur arabe est minoritaire à 20,6%.

Lignée maternelle : l’ADN mitochondrial

Selon le même tableau cité ci-dessus, les études montrent que la structure génétique mitochondriale générale des populations du Maghreb est composée majoritairement d’haplogroupes (H, J, T, V…) fréquents dans les populations européennes (de 45 à 85 %), d’haplogroupes L (de 3 à 50 %) très fréquents dans les populations sub-sahariennes, et d’autres haplogroupes très minoritaires.

Conclusions de la génétique

En moyenne, le Maghrébin est donc , globalement, :

– à 60% d’ascendance berbère et à 20% d’ascendance arabe du côté paternel,

– à plus de 50% d’ascendances diverses, qu’il partage avec les Européens, du côté maternel.

Les défenseurs de l’hégémonie, voire même de l’exclusivité du caractère arabo-musulman du Maghreb, tentent de gommer de la mémoire collective toutes les autres composantes de l’identité nationale ou maghrébine et d’imposer une conception extraterritoriale de l’État nation, en l’occurrence la Oumma islamique, cet ensemble mou et informe, prélude à la dissolution de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc dans un califat archaïque et cauchemardesque.

Mais là où le bât blesse encore plus, c’est que, alors que la plupart des sociétés modernes s’orientent vers le multiculturalisme et vers l’ouverture, le « monde arabe » semble à la recherche d’une pureté identitaire chimérique et complètement fantasmée.

B. L’héritage linguistique maghrébin

La langue berbère de nos premiers ancêtres maghrébins est devenue minoritaire aujourd’hui : quasiment éradiquée en Tunisie et en Libye, elle est encore vivante au Maroc et en Algérie.

Les Maghrébins actuels parlent, en majorité, une langue commune, la darija ou derji. Cet ensemble de parlers populaires est appelé maghribi par les linguistes, ou langue maghribia ou maghrébia. La Maghrébia est une langue issue du « mariage » des langues berbère et punique. Ces deux langues sont relativement proches car elles font partie de la famille linguistique chamito-sémitique. Elles sont aussi, historiquement, très antérieures à la langue arabe, la langue du Coran, dont la première preuve écrite indiscutable date du septième siècle (les plus vieux feuillets du Coran, visibles à la Bibliothèque Nationale de France, dateraient de 34 ans après l’hégire). La langue maghrébia précède donc la langue arabe de plus mille ans : affirmer que la Maghrébia découle de l’arabe est donc un « non sens » historique. Voir, pour plus de détail, notre article intitulé « La langue maghrébia date de plus de 25 siècles ».

Comme, par ailleurs, la langue phénicienne et la langue arabe sont des langues sémitiques, elles ont beaucoup de termes communs ou phonétiquement voisins. D’ailleurs les noms de beaucoup de lettres de l’alphabet arabe sont les mêmes en punique et signifient la même chose. Autrement dit, les langues maghrébia et arabe, issues du même ancêtre sémitique, sont des langues cousines, comme le sont par exemple l’espagnol et l’italien. Cet aspect linguistique explique pourquoi « l’arabisation » de la Berbérie s’est faite rapidement et facilement. En fait d’arabisation, les populations punico-berbère des villes et des côtes parlaient déjà la Maghrébia, une langue très proche de l’arabe. Avec les conquêtes arabes, la Maghrébia s’est enrichie de l’apport arabe, mais elle reste une langue distincte de l’arabe : lorsque deux Maghrébins parlent entre eux, un Saoudien ou un Syrien aura du mal à les comprendre.

Depuis ces temps préhistoriques, cette langue maghrébia – tant méprisée par les autorités politiques maghrébines, toutes tendances confondues – perdure et continue à vivre. Malgré toutes les lois et toutes les déclarations pompeuses, la langue arabe n’a jamais été et ne sera jamais la langue maternelle de quiconque, y compris à la Mecque, son lieu de naissance officiel. Elle ne perdure que grâce à deux phénomènes : (1) c’est la langue du Coran et (2) par la volonté politique des gouvernements des pays arabes.

Hannibal Genséric

L’islam a tout détruit

Par Salem Ben Ammar

Nous Nord-africains nos origines se perdent dans la nuit du temps. Nous sommes les enfants de la Kahena, Didon, Hannibal, Koceila, Saint-Augustin, Saint Cyprien, Sainte Monique, et des 3 papes berbères:

– Victor Ier était berbère, né dans l’actuelle Tunisie, il fut évêque de Rome et à ce titre gouverna l’Église romaine à partir de 189 et ce durant une dizaine d’années

– Miltiade ou Melchiade, né en Afrique du nord, fut pape de 311 à 314

– Gélase Ier, également berbère, fut pape de 492 à 496.

Mais nos envahisseurs arabo-musulmans balayant et détruisant tout sur leur passage ont fini par tout effacer de notre mémoire historique rendant illicite toute référence à notre passé immémorial.

Par un procédé alchimique des plus grotesques les colonisateurs arabo-musulmans qui ont mis la région à feu et à sang, commettant l’un des plus grands génocides de l’histoire humaine, jamais reconnu comme tel, ont dissout notre histoire dans la leur et fait de nous les enfants de Mahomet, d’Omar ou Aïcha qui n’est ni mère ni notre parente.

Tous ces sinistres et sulfureux personnages sont des étrangers à notre histoire et notre culture et le symbole de notre état d’assujettissement éternel. Nos vrais parents millénaires sont ignorés et occultés dans les manuels d’histoire qui préfèrent glorifier celle des barbares arabo-musulmans.

Que l’on en finisse une fois pour toutes avec le négationnisme de notre propre identité et notre personnalité historique. Des peuples sans histoire sont des peuples sans mémoire, ni repères pour pouvoir se projeter dans l’avenir.

Jamais une histoire n’a été autant violée et occultée que l’histoire nord-africaine.

Ses propres enfants qui ne connaissent de la lecture que le Coran et encore au regard de leur analphabétisme chronique et de la culture que les prêches enflammés et haineux de leurs imams sont dans l’ignorance totale et absolue de leurs racines. Convaincus qu’ils sont arabo-musulmans puisqu’ils professent l’islam et parlent l’arabe qui n’est pas l’arabe littéral, qui est juste un dialecte, la derja.

Selon Wiképédia : « Le dialecte tunisien, tout comme les autres dialectes et langues maghrébines que sont l’algérien, le marocain, le libyen et le maltais, s’établit sur un substrat berbère et punique, influencé par les langues des peuples ayant vécu ou administré cette région au cours de l’histoire, dont notamment l’arabe, le turc, l’italien, l’espagnol et le français. »

L’arabo-islamisme a érigé une muraille de la longueur du diamètre du globe terrestre entre eux et leur histoire originelle pour empêcher tout travail d’exploration de la mémoire historique.

Soumis à un endoctrinement intensif et permanent, ils ont perdu tout esprit critique et si jamais certains d’entre eux se posent la question sur leurs véritables origines, ils sont considérés comme des renégats si ce n’est des apostats. On ne doit pas lever le voile sur son passé. Il n’y en a qu’un, celui que l’arabo-islamisme impose.

Condamnés à rester coupés de leurs racines, ils ne savent pas et ne le sauront jamais qu’ils ont été une terre juive comme chrétienne bien avant l’Europe occidentale qui ne rate pas une occasion de leur envoyer à la figure ses racines judéo-chrétiennes qui sont surtout chrétiennes, gallo-celto-romaines.

Savent-ils que leur terre abrite la plus vieille synagogue au monde la Ghriba sur l’Ile de Djerba haut lieu de pèlerinage juif en dehors d’Israël comme le rapporte la légende la plus populaire, imprimée pour la première fois dans un livre du rabbin Abraham Haim Addadi de Tripoli (Hashomer Emet publié à Livourne en 1849), des prêtres appelés Cohanim se seraient installés sur l’île de Djerba après la prise de Jérusalem et l’incendie du Temple de Salomon par l’empereur Nabuchodonosor II en 586 av. J.-C.. Ils auraient emporté un élément du temple détruit qui aurait été inséré dans la synagogue ; les visiteurs peuvent voir une pierre incorporée à l’une des voûtes de la synagogue et qui serait la pierre originale rapportée de Jérusalem. »

Le nom de leur contrée n’était pas inconnu de l’époque du Talmud, la présence juive dans cette région était reconnue comme très importante par les rabbins qui ont écrit :

« Rabbi Yehouda a dit au nom de Rab que entre Syr et Carthage, les nations reconnaissaient Israël et le Père qui est aux cieux, mais que, depuis Syr vers l’ouest et depuis Carthage vers l’est, les nations ne reconnaissent ni Israël ni le Père qui est aux cieux ».

Concernant Syr, il ne s’agissait pas de la ville phénicienne de Tyr, mais de la Syr punique, appelée Syrorum par les Romains, et qui est aujourd’hui la ville algérienne de Maghnia (ou Marnia du temps de la colonisation française).

L’Europe occidentale se prévaut de ses supposées racines juives qui n’ont jamais été reconnues comme telles ni par l’Eglise ni par ses rois et n’ont pas non plus pour autant épargné aux juifs les persécutions dont ils furent l’objet tout au long de leur histoire mouvementée en Occident jusqu’au 20 ème siècle contrairement à leur influence avérée en Afrique du Nord. Entre la synagogue de Prague et celle de la Ghriba, c’est 1600 ans d’histoire qui les séparent.

De même que pour le christianisme qui a pris souche en Afrique du Nord dès le II ème siècle, alors que l’Occident a attendu « que l’Empire romain devint officiellement chrétien avec la conversion de Constantin en 312, le judaïsme fut frappé par une série de lois qui visaient non pas à le supprimer mais à freiner son expansion ».

Les Nord-africains ne sont pas plus éloignés que cela de la source judéo-chrétienne de l’Occident. Ils ont été les premiers à en être irrigués. Ils sont la preuve vivante que le catholicisme n’est pas une exclusivité européenne mais la dislocation de l’Empire romain, les invasions vandales puis enfin musulmanes en Afrique du Nord, ont fait disparaître les derniers chrétiens berbères que l’Afrique du Nord a connus au VIII e siècle.

L’Occident devrait plus que jamais tirer la leçon de l’histoire de l’Afrique du Nord s’il ne veut finir balayé par sa tempête de sable.

La langue maghrébia date de plus de 25 siècles

L’Algérie française a duré cent trente deux ans. L’arabisme dure depuis treize siècles ! L’aliénation la plus profonde, ce n’est plus de se croire Français mais de se croire Arabe. Or il n’y a pas de race arabe, ni de nation arabe. Il y a une langue sacralisée, la langue du Coran, dont les dirigeants se servent pour masquer au peuple sa propre identité… Kateb Yacine

Guerres puniques

La Numidie carthaginoise (Algérie – Tunisie) a joué un très grand rôle dans le monde antique.

Elle a eu une forte influence culturelle au cours d’un itinéraire marqué par une grande longévité historique (plus de 1.000 ans). La place privilégiée qu’elle a occupée à l’époque pré-romaine est liée au destin exceptionnel de Carthage, qui a profondément marqué de son empreinte des domaines aussi divers que la langue, l’écriture, l’agriculture, l’artisanat, la navigation, le commerce, la religion, les institutions politiques et l’art.

Embarcation punique

La prestigieuse métropole était à la tête d’un empire couvrant le Maghreb, les grandes îles méditerranéennes, et une partie de l’Europe, et des Carthaginois auraient même découvert l’Amérique 1500 ans avant Christophe Colomb !

En effet, après la prise de Carthage par les Romains, en l’an 147 avant J.C., un groupe de Carthaginois partit en exil et s’installa dans des comptoirs atlantiques (au Maroc actuel), à partir desquels ce groupe aurait entamé une croisière de trois ans, au large de l’Océan Atlantique, pour parvenir à une terre ferme , qui s’appellera le Brésil.

L’héritage linguistique punique

La langue berbère de nos premiers ancêtres est devenue minoritaire aujourd’hui. Quasiment éradiquée en Tunisie, elle est bien vivante au Maroc et en Algérie.

On connaît au moins un glossaire agricole d’inspiration punique dans le kabyle moderne. On a identifié un nombre conséquent de patronymes berbères dans les stèles écrites en punique et vice-versa. La question du rapport linguistique entre le berbère et le punique est un champ complexe. Parallèlement à la langue, comment peut-on ne pas être saisi par la présence obsédante du signe de Tanit dans les bijoux berbères traditionnels ? Que dire des poteries kabyles à « oreilles », et de « la main de fatma », copie conforme du symbole punique ?

Les Maghrébins parlent, en majorité, une langue commune, la darija ou derji. Cet ensemble de parlers populaires est appelé maghribi par les linguistes, ou langue maghribia ou maghrébia.

Dans ce qui suit, nous allons nous intéresser tout particulièrement à un lexique punique traduit en français et en maghrébi. En examinant cette liste de mots puniques, nous constatons la parenté, et même parfois l’identité, des mots dans les trois langues : punique, maghrébia, arabe. On remarquera aussi que plusieurs termes puniques se retrouvent dans la maghrébia actuelle parlée dans nos campagnes. Les mots puniques sont souvent exactement les mêmes que nous utilisons aujourd’hui. Plusieurs siècles plus tard, la langue arabe reprendra les mêmes mots.

Cet aspect linguistique explique pourquoi « l’arabisation » de la Numidie s’est faite rapidement et facilement. En fait d’arabisation, les populations punico-berbère des villes et des côtes parlaient déjà le Maghrébi, une langue très proche de l’arabe, car ces deux langues sont issues d’une même souche : la langue phénicienne, branche majeure de la famille sémitique.

On connaît les fameux exemples : Utique signifie, عتيقة, Carthage قرية حداش , Qariat Haddach ou Qaria Haditha (Cité nouvelle).

Note de Miléna : Qariat Haddach, c’est en vérité de l’hébreu… Phénicien et hébreu ancien sont des langues très proches.

Le lexique suivant vient d’un dictionnaire sur Internet : http://www.canaanite.org/dictionary/. Nous y avons remplacé l’anglais par le français. En rouge, figure le mot punique, translittéré (ré-écrit) en caractères latins.

A travers (عبر) XBR, Prononcé, « Xabr », « عبر »
Abondance ( وَفْرَة) : CBX, Prononcé «Cabax » ; « شبع » ; PQT, Prononcé « Paqta;بقتا » avec P;
Adam ( آدم) ` DM, Prononcé « Êdem », Le premier homme
Adjacent (مُتَاخِم , مُتَّصِل) ` ṠL, Prononcé « Aṡl », « أصل » Synonyme: Mitoyen, Proche, Limitrophe
Adroit, Fin (ماهر) MHR, Prononcé « Mehir », « ماهر »
Affable, gentil (رَحُوم, حنون) HNN, Prononcé « hanoun », « حنون »
Agrandir (كَبُرَ , وسع) RhB, Prononcé « Rahab », « رحب »
Aide (مُسَاعَدَة , مُعَاوَنَة) XZR, Prononcé « Xazar », « عازر »
Aider (ساعَدَ , سانَدَ , عاوَنَ) XZR, Prononcé « Xazar », « عازر ») XZRT, Prononcé « Xezrat », « عزرت »
Aller (إذهب، إنصرف) RḢ, Prononcé « Rouh », « رح »
Allumeur de lampe (المضيء) MQDh, Prononcé « Miqdeh », « مقدح »
Amour (حب) ḢHB, Prononcé « Hob », « حب »
Amoureux (مُحَبّ , حَبِيب) MHB, Prononcé « Mouhib », « محب »
Ancêtre (أَسْلاف , جَدّ , جَدٌّ أَعْلَى , سَلَف) `B, Prononcé « Ab », « أب » . Voir aussi : Père
Ancien, Vieux (قديم) QDM, Prononcé « Qadiim », « قديم »
Argent (فضة) KSP, Prononcé « Kesep », « كساب », avec P non B à la fin
Autel (مذبح) MZBḢ, Prononcé « Mazbaḣ », « Mazba », « مزبح »
Barbe (لِحْيَة) ZQN, Prononcé « Zaqn », « زقن », devient menton en arabe
Bataille (حَرْب , مَعْرَكَة) MLḢMT, Prononcé « Malḣamit », « ملحمت »
Bâtir (أَشَادَ , أَقَامَ , أَنْشَأَ , بَنَى) BNY, Prononcé « Bini », « بني »
Bâtir, ériger (أَشَادَ , أَقَامَ , أَنْشَأَ , بَنَى) BNY, Prononcé « Bini », « بني » ; NsB, Prononcé « Nasab », « نصب »
Bélier (الْوَعِل , أيل) `YL, Prononcé « Ayyil », « أيل » YBL, Prononcé « Yibil », « يبل »
Bénédiction (بركة) BRKT, Prononcé « Barkêt », « بركات » ; NXMT, Prononcé « Nixmet », « نعمت »
Bénir (بارك) BRK, Prononcé « Birek », « بى رك »
Blanc (أَبْيَض) LBN, Prononcé « Laban », « لبن »
Bon (جيد) MNH, Prononcé « Mniih », « منيح »
Bouclier (مِجَنّ , دِرْع) MJN, Prononcé « Mjann », « مجن »
Bouger (تحرك) RGL, Prononcé « Rajal », « رجل »
Bovins (ماشِيَة, بقر) BQR, Prononcé « Baqar », « بقر »,
Bras ( يَد) YD, Prononcé « Yed », « يد »
Cadeau (هَدِيَّة, بركة) BRK, Prononcé « Barky », « بركي »
Cent (مئة) M`T, Prononcé « Mi`at », « مئة »
Chaque, tout (كل) KL, Prononcé « Kil », « كل »
Chaque, Tout, Tous : (كل) KL, Prononcé « Kil », « كل »
Charpentier (نجار) NGR, Prononcé « Nujjar », « نجار »
Charrette (مَرْكَبَة, عَرَبَة) XGLT, Prononcé « Xajlit », « عجلت »
Chèvre (جدي) GD, Prononcé « Jady », « جدي » XZ, Prononcé « Xazzi », « عزي »
Chien (كلب) KLB, Prononcé « Kalb », « كلب »
Cisaille (tondre) (جَزَّ , جَلَمَ) JLM, Prononcé « Jalam », « جلم »
Clan (أُسْرَة, أَهْل , عَشِيرَة) DR, Prononcé « Dar », « دار »
Clôturer, ceinturer ( حَصَرَ , حَظَرَ, أَحَاطَ بِـ) ḢGR, Prononcé « Hajr », « حجر » ; ḢHSR, Prononcé « Ḣaṡr », « حصر »
Coeur ( صَمِيم , لُبّ , نَوَاة , فُؤَاد , قَلْب) LB, Prononcé « Lib », « لب »
Colonne ( عَمُود) XMD, Prononcé « Xamud », « عمود »
Comme (مَثَل , كما) KM, Prononcé « Kama », « كما »
Compatriote (مُوَاطِنُ) BN XM, Prononcé « Bin Xam », « بن عم »
Comptable ( محاسب) MḢCB, Prononcé « Mḣecib;محاشب »
Confisquer (صادَرَ) GZL, Prononcé « Jazal », « جزل »
Consacrer (قَدَّسَ , كَرَّسَ) QDC, Prononcé « Qaddach », « قدش »
Consommer (أكل) `KL, Prononcé « Akal », « أكل »
Coût (ثَمَن , سِعْر) « TMN », Prononcé « Taman », « تمن »
Courtier (سمسار , وَسِيط) SRSR, Prononcé « Soursar », « سرسار »
Couverture (كَسَا) KSY, Prononcé « Kisi », « كسي »
Creuser (نَقَبَ) NQB, Prononcé « Naqab », « نقب »
Cuisine (مطبخ) MTBKh, Prononcé « Matbakh », « مطبح »
Cumin (كمون) KMN, Prononcé « Kammun », « كمون »
Dans (في) B, Prononcé « B », « ب »
De (la part de) : (من) BD, Prononcé, « Bid », « بد » MN, Prononcé « Min », « من »
Déesse (إلهة) `LT, Prononcé « Iylit », « إيلة »
Delivrer (أَوْصَلَ) CLM, Prononcé « Chellem », « شلم »
Demander (سَأَلَ , طَلَبَ) ‘RC, Prononcé « Erec », « ارش » ; C`L, Prononcé « Ca`al », « شأل »
Dérangement (إِرْباك , إِزْعاج , إِقْلاق) XKRT, Prononcé « Xakrate », « عكرت »
Descendre, revenir (هَوَى , وَقَعَ , نزل) YRD, Prononcé « Yered », « يرد »
Détruire (أبد, يبيد, يدمر ) ; BD, Prononcé « Abed », « أبد »
Dévaster (أبد, يبيد, يدمر) ; BD , Prononcé « Abed », « أبد »
Dieu ( اله) `L, Prononcé « Iil”, « ايل »
Dire (يقول) `MR, Prononcé « Amr », « امر » DBR, Prononcé « Dabar », « دبر »
Dos (ظهر) ṠHR, Prononcé « Ṡohr », « صهر »
Eau (ماء) MM, Prononcé « Miim », « ميم »
Ecrire ( خَطَّ, كَتَبَ) ḢṪ, Prononcé « Ḣaṫṫ », « حط » ◊ (𐤊𐤕𐤁) KTB, Prononcé « Katab », « كتب »
Ecriture ( كِتَابَة) KTBT, Prononcé « Ktebit », « كتابت » See also: Letter
Effacer ( مَحَى , مَسَحَ) MhY, Prononcé « محي », ou MhQ, Prononcé « محق »
égorger (ذبح) TBH , Prononcé « Ṫabaḣ », « طبح » See also: Slaughter
Égorger, massacrer (ذبح) ṪTBhḢ, Prononcé ṪTabehḣ, طبح . Voir aussi Boucher
Emprisonnement (مَلْجَأ ,حرز) ḢHRZ, Prononcé « Hirz », « حرز »
Endroit (مكان، مقام) MQM, Prononcé « Maqam », « مقام »
Enfant (فَتًى, ولد) YLD, Prononcé « Yalad », « يلد »
Entend (سَمِعَ) CMX, Prononcé « Cmax », « شمع »
Epouse ( عَقيلَة , قَرِينَة , زَوْجَة) `CT, Prononcé « Ecta », « إشت » See also: Woman
ère, époque (دَوْر , دَوْرَة , زَمَان , زَمَن , طَوْر, وقت) DR, Prononcé « Dor », « دور »
Et (و) W, Prononcé « Ww », « و »
Être (le verbe « être ») (كان) KN, Prononcé « Ken », « كان »
Excellent (ممتاز) NXM, Prononcé « Naxxum », « نعوم »
Family (أُسْرَة, أَهْل , عائِلَة) `HL Prononcé « Ahel », « أَهْل » ; `ZRT, Prononcé « ozrat », « أزرة »,
Fantassin (الجُنُودُ المُشاة) DRK, Prononcé « Darak », « درك »
Femme ( سَيِّدة , اِمْرَأَة) `CT, Promounced, « Ecta », « إشت »
Ferme (مزرعة) MZRX, Prononcé « Mazrax », « مزرع »
Filiation (بنين) BNM, Prononcé « Baniim », « بنيم »
Fille (اِبْنَة , بِنْت) BT, Prononcé « Bitt », « بت »
Fils (اِبْن) BN, Prononcé « Bin », « بْن »
Forteresse (حِصْن , قَلْعَة , مَعْقِل) ḢMT, Prononcé « hamet », « حامات » ḢMYT, Prononcé “Hemyet », « حاميات »
Fortune, Richesse (ثَرْوَة) `NM, Prononcé « Anim », « أنيم »
Frère ( أخ) `Ḣ, Prononcé « Akh » « أح »
Gardien, Protecteur (القيم) XRB, Prononcé « Xurrab », « عراب »
Grand (كبير) KBR, Prononcé « Kbiir », « كبير »
Grand (قدير, عظيم) `DR, Prononcé « Adiir » « أدير »
Grand pére (أب قدير) “`B `DR », Prononcé « Ab Adiir », « أب أدير »
Groupe (ثُلَّة , جَمَاعَة) ṠSRB, Prononcé « Sourby:, « صربي »
Guérir (أَبْرَأَ , أَسَا , أَسَى , أَلْأَمَ , أَنْقَهَ , بَلْسَمَ , داوَى , شَفَى) `SY, Prononcé « Isi », « إيسي »
Guérir (شَفَى) RP`, Prononcé « Rapa` », « ربأ »
Guerre (حَرْب , مَعْرَكَة) MLḢMT, Prononcé « Malhamet », « ملحمت »
Guerrier (مُحَارِب , مُقَاتِل) JBR, Prononcé « Jabbur », « جبور »
Habit (كَسَا) KSY, Prononcé « Kisy », « كسي »
Homme (إِنْسِيّ , اِبْنُ آدَم) `DM, Prononcé « Edam », « إدام » GBR, Prononcé « Jeber », « جابر »
Huile (زَيْت) CMN, Prononcé « Chamn », « شمن »
Humain (إنسان) `DM, Prononcé « Edam », « إدام »
Ici (هنا) HN, Prononcé « Han », « هان »
Immeuble (بِنَاء, مبنى) BN, Prononcé « Bena », « بنا » ; MBNT, Prononcé « Mebnet », « مبنت » ; MQR, Prononcé « Maqarr », « مقر »
Inscrire, graver (حَفَرَ , خَطَّ , نَقَشَ) RCM, Prononcé « Racam », « رشم »
Intacte (سليم , سَوِيّ , مَوْفُور) CLM, Prononcé « Chelim », « شالم »
Jour (يوم) YM, Prononcé « Yawm », « يوم »
Juste, Vertueux (صالِح , صِدِّيق , طاهِر) ṠSDQ, Prononcé « Siddiq », « صديق »
Labour (حِرَاثَة , حَرْث) ḢRC, Prononcé « Harch », « حرش »
Lait (حليب) ḢHLB, Prononcé « Haliib », « حليب »
Langue (لسان) LCN, Prononcé « Lchen », « لشان »
Lettre (حَرْف) KTBT, Prononcé « Ktebit », « كتابت »
Lumière (نور) `R, Prononcé « Our », « أوور » QDh, Prononcé « Qadah », « قدح »
Main ( يد) YD, Prononcé « Yad », « يد »
Maison (بيت) BT, Prononcé « Bet », « يت »
Manger (أكل) `KL, Prononcé « Akal », « أكل »
Mer (بَحْر , خِضَمّ , يَمّ) YM, Prononcé « Yam », « يم »
Mère (‘M; أم) `M, Prononcé, « Imm », « إم »
Mille (ألف) `ELP, Prononcé « Elep », « إلب »
Moi (أنا) `N, Prononcé, « Ana », « أنا »
Mort (موت) MT, Prononcé « Mot », « موت » Noter que « Mot » est aussi le Dieu de la mort
Mot ( كلمة) `MR, Prononcé « Umer », « اومر »
Mourir (مات) MT, Prononcé « Met », « مات »
Mouton (خَرُوف , شَاة , ضَأْن , غَنَم) Ṡ`SN, Prononcé « Saa`n », « صأن »
Mur (جِدَار , حائِط) JDR, Prononcé « Jdar », « جدار »
Myrrh (المر) MR, Prononcé « Murr », « مر »
Non (كلا) L`, Prononcé « La` » « لأ »
Nous (نحن) NHN, Prononcé « Nihna », « نحن »
Nouveau (جَدِيد , حديث) ḢHDC, Prononcé « Ḣadiic », « حديش »
Nuit (ليل) LL, Prononcé « Leil », « ليل »
Odeur, parfum (رائِحَة) RḢ, Prononcé « Rouh », « روح »
Offre (منحة, تقدمة) MNHT, Prononcé « Minhat », « منحت »
Oignon (بصل) BSL, Prononcé « Basal », « بصل »
Oindre (دهن ,مسح) MCḢ, Prononcé « Macaḣ », « مشح »
Olive (زَيْتُون) ZT, Prononcé « Zet », « زت »
Orphelin (يَتِيم) YTM, Prononcé « Yatiim », « يتيم »
Où , ( أين) `Y, Prononcé « Ay », « أيى »
Ouvert (فتح) PTh, Prononcé « Patah », « بتح » (avec un P)
Paire, Jumeaux (زَوْج) T`M, Prononcé « Ta`im » « تأم »,
Paix (أَمَان , سلام) CLM, Prononcé « Chalem », « شلام »
Partir (رَحَلَ, برح) BRH, Prononcé « Berah », « برح »
Passage (مسلك, معبر) MXBR, Prononcé « Maxbar », « معبر »
Paternité (أُبُوَّة) `BT, Prononcé « Abat », « أبت »
Pauvre (مسكين) MSKN, Prononcé « Maskiin », « مسكين »
Père (أب) Prononcé comme en arabe
Perturber (شَوَّشَ , عَكَّرَ) XKR, Prononcé « Xakkar », « عكر »
Petit-fils (حَفِيد) BNBN, Prononcé « Bin bin »qui veut dire « fils de fils » « بن بن »
Plant (بَتِيلَة , شَتْلَة) « CTL » Prononcé « Chatla », « شتلي »
Plein (مَلَأَ) ML`, Prononcé « Mala` », « ملء »
Possède (اِقْتَنَى , اِمْتَلَكَ) MLK, Prononcé « Malak », « ملك » See also: Own
Poudre (مَسْحُوق , دُقَّة , ذَرُور , سَحِيق) DQ, Prononcé « Diq », « دق »
Pour, afin de (ل) L, Prononcé « Lé », « ل »
Premier-né (بكر) BKR, Prononcé « Beker », « بكر »
Prêtre (KHN; كاهن) KHN, Prononcé « Kehin », « كاهن »
Prêtresse (كاهنة) KHNT, Prononcé « Kehinit » « كاهنة »
Procréer (enfanter) (نَسَلَ , وَلَدَ) YLD, Prononcé « Yolod », « يولد »
Puissance (أَزْر , إِيَاد , بَأْس , جَبْر) JBRT, Prononcé « Jabrut », « جبروت » XZ, Prononcé « Xizz », « عز »
Puissance, force (أَزْر , إِيَاد , بَأْس , جَبْر) GBRT, Prononcé « Jabrut », « جبروت »
Pur (طاهر) ṪTHR, Prononcé « Taher », « طاهر »
Purée (هَرِيسَة) BLL, Prononcé « Balal », « بلل »
Quarante (أربعين) `RBXM, Prononcé « Arbxiim », « أربعيم »
Quatre (أربعة) `RBX, Prononcé « Arbxa », « أربع »
Qui ? ( مَنْ , الذي) `C, Prononcé « Ici », « إششي »
Quitter (رَحَلَ) BRh, Prononcé « Berah », « بارح »
Racine (جِذْر , عِرْق) « CRC » Prononcé « Ciric », « شرش »
Raisin (كَرْم العِنَبِ) KRM, Prononcé « Karm », « كرم »
Réalisation (إنجاز) XṠMT, Prononcé « Xiṡmat », « عصمت »
Règne (حَكَمَ) MLK, Prononcé « Malak », « ملك »
Rejeton خَلَف , ذُرِّيَّة, فَرْع , نَسْل) ZRX, Prononcé « Zarex », « زرع »
Réparer (جَدَّدَ , حَدَّثَ) ḢHDC, Prononcé « Haddach », « حدش »
Ressemblance (شبه, مثل) MCL, Prononcé « Michl », « مشل »
Reste (ابقى) BQY, Prononcé as « Bqy », « بقي »
Roi (ملك) ` MLK, Prononcé « Malik », « ملك »
Roue ( دُولَاب , عَجَلَة) JLJL, Prononcé « Jiljol », « جلجل »
Route (طَرِيق) DRK, Prononcé « Dariik », « دريك »
Sacrifice (ذَبِيحَة , ضَحِيَّة) `ZRM, Prononcé « Izram », « إزرام » ZBh, Prononcé « Zabeh », « زبح »
Sagesse ( حِكْمَة) ḢKMT, Prononcé « Ḣikmat », « حكمت »
Saint (مُقَدَّس) QDC, Prononcé « Quddoc », « قدوش »
Sanctuaire (مَقَام , مقْدِس , مَزَار) MQDC, Prononcé « Maqdach », « مقدش »
Sang (دم) DM, Prononcé « Demm », « دم »
Sans ( من دون) DL, Prononcé « Dool », « دوول »
Savoir (عَرَفَ) YDX, Prononcé « Yidxe », « يدعي »
Sceau, Cachet (خَتْم) ḢTM, Prononcé « Ḣatm », « حتم » ṪTBXT, Prononcé « Ṫabxat » « طبعت »
Se lever (قام) QM, Prononcé « Qam », « قام »
Se Souvenir (تَذَكَّرَ) YZKR, Prononcé « Yzkur », « يزكر »
Semence, graine (بَذْر , بَذْرَة , بِزْرَة) ZRX, Prononcé « Zarex », « زرع »
Sentir (sentiment) (تَحَسَّسَ , جَسَّ , حَسَّ , شَعَرَ) ḢhS, Prononcé « Hiss », « حس »
Serviteur, Serveuse (خَادِمَةٌ) ` XBD, Prononcé « Xabd », « عبد »
Si (إِذَا, إن) `M, Prononcé « Ima », « إم »
Soeur (اخت) `ḢT, Prononcé « Ikht », « إحت »
Soleil (شمس) CMC, Prononcé « Chamch », « شمش »
Source (عَيْن) XN, Prononcé « Xayn », « عَيْن »
Sous, Au-dessous de (تحت) « ThT », Prononcé « Taht » « تحت »
Stèle funéraire (نصب تذكاري) NSB, Prononcé « Nasob », « نصب »
Sur, Au-dessus (على) XL, Prononcé « Xl », « عل »
Tampon (دَمَغَ , رَشَمَ , مَهَرَ) ṪBX, Prononcé « Tabax », « طبع »
Tarif, honoraire, salaire (أَتْعاب , أَجْر , أُجْرَة) « `JRT », Prononcé « Ujrat », « اجرت »
Tasse, coupe , calice (كأس) NBL, Prononcé « Nêbel », « نابل »
Temps de (زَمَان) YM, Prononcé « Yawm », « يوم »,
Temps, Heure (دَوْر , دَوْرَة , زَمَان , زَمَن , طَوْر, وقت) DR, Prononcé « Dor », « دور »
Terre (أرض) `RT, Prononcé « Ars » or « Erth » , « أرص »
Tête (رَأْس) R`C, Prononcé « Ra`c », « رأش »
Tigre (نِمْر) NMR, Prononcé « Nimr », « نمر »
Tombe (قبر) QBR », Prononcé « Qabar », « قبر »
Tout (كل) KL, Prononcé « Kil », « كل » Voir aussi : Chaque
Trembler (اِرْتَجَفَ , اِرْتَعَشَ) RXC, Prononcé « Raach », « رعش »
Triomphe (نَصَرَ) NṠR, Prononcé « Nasar », « نصر »
Tu ( انت) `T, Prononcé « Itta », « إتا »
Tunique (سُتْرَة) KTN, Prononcé « Kitten », « كتان »
Un (واحد) `ḢHD, Prononcé « `Ahad », « احد »
Vallée (واد) XMQ, Prononcé « Xammiq », « عميق »
Veau XGL , Prononcé « Xijil », « عجل »
Venger (انتقم) NQM, Prononcé « Naqam », « نقم »
Vente (مَبِيع) BXT, Prononcé « Bayxat », « بيعت »
Ventre (بطن) BTN, Prononcé « Batn », « بطن » ; KRC, Prononcé « Kirch », « كرش »
Village (ضَيْعَة , قَرْيَة) KPR, Prononcé « Kapr », « كفر » WT, Prononcé « Ḣawta », « حوتا »
Vin rouge ( خَمْر , نَبِيذ) ḢMR, Prononcé « Ḣamr », « حمر »
Vivant (حَيِيَ , عاشَ) ḢHYY, Prononcé « Hayi », « حيي »
vœu, jurer (نذر) NDR, Prononcé « Nidir », « ندر » ou Prononcé « Nadar », « ندر »
Voiture (عَرَبَة , مَرْكَبَة) XGLT, Prononcé « Xajlit », « عجلت »
Voix (صوت) « QL » Prononcé « Qawl », « قول »
Voler, dérober (سرق) JNB, Prononcé « Janab », « جنب »

Conclusion

Durant environ deux mille ans, la langue punico-berbère a été la langue de communication des populations maghrébines des cités et des zones côtières.

C’était aussi la langue du commerce tout autour de la Méditerranée. Elle a été la langue de prestige et de diplomatie pratiquée par les contemporains d’Hannibal et de Massinissa.

Les langues arabe et maghrébia sont issues d’un tronc commun chamito-sémitique. La langue maghrébia a précédé, au Maghreb, la langue arabe de plus de mille ans, il est donc absurde de prétendre que la langue maghrébia est un dialecte de la langue arabe. C’est, historiquement, faux. Les mots communs aux langues arabe et maghrébia sont, à l’évidence, des mots maghrébis et non pas arabes.

Depuis ces temps préhistoriques, la langue maghrébia – tant méprisée par les autorités politiques maghrébines, toutes tendances confondues – perdure et continue à vivre. Malgré toutes les lois et toutes les déclarations pompeuses, la langue arabe n’a pas été et ne sera probablement jamais la langue maternelle de quiconque, ni au Maghreb, ni au Machrek.

Nous avons vu que, génétiquement, les Maghrébins ne sont pas des Arabes, nous constatons ici que, linguistiquement, ils ne le sont pas non plus. Ils sont, tout simplement, Maghrébins.

Hannibal Genséric

NOTES de l’article de Mohamed Mezzine

1 Émile-Félix Gauthier, Le passé de l’Afrique du Nord, Paris, 1942, p. 358.

2 Jacques Berque, « Qu’est-ce qu’une “tribu” nord africaine ? » (p. 22-34), in Maghreb, histoire et sociétés, SNED Duculot, Alger, 1974.

3 Ibid., p. 22.

4 Statistiques et Documents relatifs au S. C. sur la propriété arabe, thèse inédite de Mme Rey Goldzeiger, soutenue en 1974, Paris.

5 Il a tenté de recomposer sur le mode de Rome et d’Athènes primitives la structure des groupes sédentaires de la Kabylie, de l’Aurès et du Mzab, voir J. Berque, « Qu’est-ce qu’une “tribu” nord-africaine ? », op. cit., p. 23.

6 Émile-Félix Gauthier, op. cit., p. 358.

7 Georges Marçais, « La Berbérie orientale au IXe siècle d’après al-Yàqàbi », in Revue africaine, 1941, p. 42 et suiv., Alger.

8 Émile-Félix Gauthier, op. cit.

9 Edmond Doutté, « Figuig », in Bulletin de la Société de géographie d’Oran, 1903, p. 186.

10 Edmond Doutté, Ibid., p. 186.

11 Augustin Bernard et Napoléon Lacroix, L’évolution du nomadisme en Algérie, Alger, 1906, p. 271 et suiv.

12 Les « Kutub al Ansab », genre littéraire qui a fleuri surtout au Maroc, à l’époque mérinide, puis saâdide et alaouite.

13 Raymond Mauny, « Le judaïsme, les Juifs de l’Afrique occidentale », in Bulletin de l’Institut français d’Afrique Noire (IFAN), t. XI, Dakar, juillet-octobre 1949, p. 378-354. Et Robert Assaraf, Éléments de l’histoire des Juifs de Fès, de 808 à nos jours, CRJM, Rabat, 2009, p. 28-29.

14 Ibn Khaldun, Histoire des Berbères, trad. De Slane, Alger, 1852-1856, t. 1, p. 208.

15 Ibid.

16 Gabriel Camps, Les Berbères : mémoire et identité, Paris, Éditions Errance, 1995, p. 98.

17 Voir Nahoum Slouschz, Étude sur l’histoire des Juifs et du judaïsme au Maroc, Ernest Leroux, Paris, 1906, p. 49-52.

18 Jacques Berque, op. cit., p. 27.

19 E. Bekri, Massalik al Ansar, trad. De Slane, Description d’El Bekri, 1913, p. 42, 112, 117, 124, 139, etc.

20 Ibn Khaldun, Histoire des Berbères, op. cit., p. 209.

21 Al-Fichtali, Manahil as-Safa, établi par A. Krièm, 1972, Rabat.

22 Léon L’Africain, Description de l’Afrique, vol. I, Epaulard, 1949.

AUTEUR

Mohamed Mezzine
Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès

Sources des articles

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