A la Une Le Grand Secret de l'Islam Le Mystère JESUS Messianisme

Le Grand Secret de l’Islam – Partie 2 De révélations divines en Post-christianimes

Comme nous l’avons mentionné en introduction, pour l’essentiel, notre monde ne connaît l’islam que par ce que celui-ci dit de lui-même, par l’histoire musulmane elle-même, considérée comme juste et vraisemblable. C’est ce qu’affirment la plupart des islamologues des plateaux de télévision.

Illustration de couverture : sur fond d’un texte manuscrit de la Torah, quelques
étapes de la rédaction du coran selon la légende islamique, depuis son écriture sur
des omoplates de chameau jusqu’aux recueils calligraphiés– la dernière image
(premier plan) est celle de la première sourate du Coran, dite « l’Ouverture », ou « Al
Fatiha ».

Lire la 1ère partie

Mais voici que ces dernières années, des percées majeures relatives à cette histoire ont été réalisées : des éléments de recherche nouveaux, des découvertes archéologiques, de nouvelles approches linguistiques et codicologiques (se rapportant aux textes anciens), la prise en compte du contexte araméen s’imposant comme celui de la naissance de l’islam, des études rigoureuses des textes musulmans et bien d’autres éléments encore.

Une thèse de doctorat en théologie et histoire des religions a été soutenue en 2004 à l’université de Strasbourg II par un chercheur étonnant, le père Edouard-Marie Gallez11, élève et continuateur des travaux du père Antoine Moussali – lesquels s’enracinent eux-mêmes dans les travaux précédents de chercheurs du Moyen-Orient12.

Cette thèse se fonde également sur les recherches personnelles de son auteur et sur la reprise d’un colossal ensemble de recherches précédentes, ayant abouti aux percées majeures déjà mentionnées.

Nous citerons en particulier les suivantes :

  • ‐ Islamologie « classique » : des découvertes remarquables ont été réalisées par Régis Blachère, Alfred-Louis de Prémare, Patricia Crone, Michael Cook, Marie-Thérèse Urvoy, Gerd Puin, Manfred Kropp, Guillaume Dye, Robert Kerr, Günter Lüling ou encore Christoph Luxenberg ;
  • ‐ Recherches plus ou moins éparses de nombreux intellectuels, historiens, archéologues, géographes, linguistes, scientifiques et religieux ;
  • ‐ Traditions historiques et religieuses – à commencer bien sûr par les traditions et les textes musulmans – et aussi les traditions juives et celles des Eglises d’Orient ;
  • ‐ Approche nouvelle du christianisme des origines, éclairée notamment par l’analyse des manuscrits de la Mer Morte.

En reliant les différents aspects abordés isolément par chacun sur son sujet, l’auteur assemble les différentes pièces du puzzle dans le cadre d’une approche globale, étayée par des faits, des témoignages, une multitude de preuves et d’indices convergents que l’on trouvera abondamment listés et référencés dans ses ouvrages.

Il propose une explication scientifique à l’apparition de l’islam, documentant ses origines réelles et les différentes péripéties historiques qui lui ont permis de se constituer comme religion. Et par là, il permet de comprendre ce qu’est l’islam en vérité. C’est cette approche nouvelle et détonante dont nous nous proposons de mettre les principaux résultats dans une perspective historique, enrichie des dernières découvertes de la recherche venues la préciser.

Bien sûr, il n’existe pas de vérité absolue en matière de recherche historique. Les chercheurs cherchent, découvrent, réfutent, expliquent, et continuent toujours de chercher pour tenter d’approcher la vérité au plus près. Comme telle, cette démarche ne saurait être dirigée contre les musulmans. Ils n’ont rien à craindre, rien à perdre, et tout à gagner dans ce travail de recherche de
la vérité, de la même façon que les chrétiens finissent par bénéficier de ce même travail initié depuis longtemps sur les origines historiques du christianisme.

Voici donc l’histoire du grand secret de l’islam, une histoire dont le lecteur va pouvoir constater combien elle diffère de l’histoire officielle

Avertissement

Au fil de ces pages seront proposés de nombreux liens hypertexte, à titre d’illustration ou d’explication. Beaucoup de ces liens renvoient vers des articles de l’encyclopédie en ligne Wikipedia. Il convient de rester prudent, voire très méfiant, quant au caractère de vérité historique de ces articles, particulièrement ceux traitant de l’histoire musulmane. Du fait du fonctionnement interne de Wikipedia qui repose sur la validation par consensus large des contributeurs, il est souvent très difficile d’y voir établis les travaux de recherche les plus pointus ou les plus récents. De fait, pour ce qui relève de l’histoire islamique, l’essentiel des articles reflète le discours islamique officiel, tel que nous venons de le voir. Le lecteur pourra constater par lui-même qu’il est bien différent de l’histoire réelle.

DE RÉVÉLATIONS DIVINES EN POST-CHRISTIANISMES

Israël, année 30

Cette histoire commence dans l’Israël des années 30 après Jésus Christ. Israël y est alors avant tout un peuple, le peuple hébreu, un peuple forgé par sa religion.

Selon sa tradition (la tradition biblique), un homme, Abraham, aurait répondu à l’appel de Dieu il y a environ 3 800 ans et quitté
la Mésopotamie pour une terre promise, qui se révéla être Israël. La promesse de Dieu à Abraham était celle du don d’une terre et d’une descendance innombrable. Le peuple hébreu se revendique de cette descendance ; Abraham en serait alors le patriarche, le premier juif13 en quelque sorte – le second devant être alors son fils Isaac.

Depuis Abraham, le peuple hébreu vit dans « l’Alliance » : Dieu s’est révélé à lui et l’a choisi pour porter cette révélation. Et ainsi, au fil de l’édification historique très progressive du peuple hébreu et de la construction de son rapport à un dieu empreint de pédagogie envers lui, ce peuple l’a peu à peu reconnu comme dieu unique et exclusif. Il lui a accordé sa foi, rejeté les idoles, et vit en cela une religion singulière dans le monde païen, adorant le dieu unique, créateur et protecteur, « l’Eternel ».

Des patriarches comme Moïse, de nombreux prophètes comme Elie, Isaïe ou Daniel se sont levés au long d’une histoire mouvementée pour conduire le peuple, l’enseigner, l’admonester, le rappeler à ses devoirs envers Dieu, au sens de Dieu. Leurs rappels à l’ordre, leurs commandements, leurs lois et les traditions immémoriales du peuple hébreu ont été rassemblés et compilés dans un ensemble de textes.

Parmi ceux-ci, l’un en particulier, la Torah, rassemble en cinq livres l’histoire du monde depuis sa création, l’histoire du peuple hébreu et une loi fondamentale régissant l’ensemble de la vie des juifs d’alors : vie morale, rapports à Dieu, séparation stricte du juif et du non-juif (le non-juif était supposé rendre impur un juif par son seul contact, ce qui avait permis à ce peuple de construire, préserver et transmettre son héritage religieux dans l’hostile monde antique) ; on y trouve aussi une codification de la vie quotidienne, des rites de pureté et autres règles de comportements.

Selon la tradition, la Torah a été dictée par Dieu à Moïse sur le Mont Sinaï, lors de l’exode du peuple hébreu hors d’Egypte. Elle est au cœur de la vie des Hébreux, qui sont nombreux à la connaître par cœur ainsi que les autres livres sacrés (les psaumes et les livres des prophètes). Ils la transmettent ainsi en famille et en communauté, en langue araméenne, qui est la langue véhiculaire et de compréhension des textes sacrés (les targoums).

Parmi les commandements de Dieu dont l’observance est prescrite, l’un en particulier revêt une importance capitale : c’est la dévotion rendue au temple de Jérusalem.

Ce temple est spécifique au peuple hébreu. Il est pour lui le lieu de la présence réelle de Dieu sur terre, sa maison (le mot de « temple » n’existe pas dans les langues sémitiques qui emploient celui de « maison »). C’est là qu’on lui rend un culte, par le sacrifice d’animaux et par diverses offrandes. C’est une obligation a minima annuelle pour tout juif, et l’occasion d’un pèlerinage.

Le temple abritait initialement l’arche d’alliance (le coffre qui contenait les tables de la loi de Moïse), perdu après la destruction du premier temple. Avec sa reconstruction au fil des aléas de l’histoire, Jérusalem est couronnée en l’an 30 par un temple monumental et somptueux, le temple d’Hérode le Grand. Situé comme son prédécesseur le temple de Salomon au mont du temple, le mont Moriah, sur le lieu supposé du sacrifice d’Isaac par Abraham, il se compose de plusieurs enceintes.

En son cœur se trouve le temple proprement dit, un gigantesque bâtiment dont l’emprise au sol forme une sorte de grand T : les prêtres y entrent par la barre horizontale, son fronton, et le fond de la barre verticale de ce T présente la forme d’un grand cube, séparé de l’entrée par un rideau. C’est le Saint des Saints, c’est là que réside Dieu sur terre, en son temple, dans cette grande pièce cubique, vide.

Personne n’entre jamais dans le Saint des Saints, sous peine de mort, sauf le grand-prêtre et lui seul, une fois par an. A l’extérieur du temple sont faites les offrandes et réalisés les sacrifices d’animaux, au nom de Dieu. Ce temple est
une des merveilles du monde d’alors, la fierté du peuple hébreu.

Israël en l’an 30 est aussi une terre, cette terre promise par Dieu, offerte par Dieu.

Certes, le peuple hébreu présente déjà, et depuis fort longtemps, une considérable diaspora (en Egypte, en Perse, à Rome et dans
tout le monde antique jusqu’en Chine où l’ensemble de cette diaspora, présente principalement dans les villes commerçantes, aurait représenté 2 à 3 millions de personnes à l’époque, soit la moitié environ du peuple hébreu).

Son attachement à la terre promise reste cependant très fort. Mais, en l’an 30, la terre d’Israël est « outragée » à plusieurs égards. Tout d’abord, elle est désunie : divisée en plusieurs royaumes et provinces, gouvernée par plusieurs monarques (les tétrarques). La Samarie, ce territoire qui se situe à peu près en son milieu, est peuplé de Samaritains, des non-juifs (ou plutôt des juifs hérétiques), c’est-à-dire des personnes impures pour tout juif sérieux (particulièrement les Judéens, maîtres de Jérusalem et de son temple, qui regardent avec hauteur les autres juifs).

Tout autour d’Israël, enfin, des royaumes et des peuples idolâtres.

De plus, voilà plusieurs siècles que la terre d’Israël est occupée, soumise à un envahisseur étranger : les Assyriens, les Babyloniens, les Perses puis les Grecs, et désormais les Romains, s’appuyant sur des autorités locales juives pactisantes, notamment les autorités religieuses.

La Judée (Judée-Samarie-Idumée) en particulier est administrée par un préfet romain (Ponce Pilate).

La pax romana est cependant relativement bienveillante envers le peuple hébreu malgré les récriminations contre l’impôt romain : les structures religieuses et politiques traditionnelles ont été maintenues par les Romains, le culte au temple et l’adoration du dieu unique sont respectés (de très nombreux Hébreux pratiquent d’ailleurs leur religion à Rome même). Chez beaucoup d’Hébreux, notamment en Judée, perdure cependant le rêve de l’indépendance et de la réunification nationale, nourri par le souvenir des temps bénis des grands rois juifs (David, Salomon), de la terre juive unifiée où chacun se conformait aux lois selon le plan divin.

Nourri également par une certaine interprétation des écritures saintes et des promesses de Dieu dont elles rendent compte : n’a-t-il pas été promis par Dieu via ses prophètes qu’Israël finira par l’emporter, que les rois étrangers viendraient un jour servir Israël eux-mêmes ? Un messie, un sauveur envoyé par Dieu a même été annoncé par les prophètes. Un descendant du roi David, plus
précisément, un nouveau roi qui restaurera la royauté, libérera Israël sur lequel il fera régner Dieu, pour que le temple rayonne sur le monde entier14.

*Se lèvent ainsi beaucoup de messies, de révoltés et de libérateurs dans ces temps d’excitation religieuse.

Les Hébreux ont une longue, tradition de révolte contre leurs envahisseurs, comme la révolte des Maccabées au 2ème siècle avant Jésus Christ ; et encore celle de Judas le Galiléen, en l’an 6. Sa révolte contre le légat romain, Quirinius se solda par la crucifixion de 2 000 de ses partisans… Mais depuis l’avènement de l’empereur Tibère, les choses semblent s’être calmées en surface, « sub Tiberio quies », comme l’écrivait Tacite.

Jésus, son message, ses adeptes, leurs dérives…

A partir de ce contexte hébreu, l’histoire du grand secret de l’islam va nécessiter une compréhension fine du retentissement de certains aspects de la révélation chrétienne dans les mentalités et dans l’histoire.

Voici qu’intervient en effet un homme dont l’impact va tout changer pour le peuple hébreu, et même pour le monde entier. Jésus15 apparaît vers l’an 27 en Israël et se lance dans trois années de prédication itinérante.

C’est un rabbi qui connaît à la lettre la Torah et les écritures, et enseigne dans les synagogues et au temple de Jérusalem. Interprétant ces écritures, il proclame un discours nouveau, inouï. Il invoque l’autorité de Dieu dont il se dit « fils », « pardonne les péchés » en son nom, et accomplirait des signes miraculeux. Il galvanise les foules et rassemble autour de lui tout un groupe d’hommes et de femmes, des curieux, des passionnés, des disciples et des apôtres. Entre autres choses, il explicite la question du mal et la possibilité d’en être délivré, d’en être sauvé.

C’est une nouveauté absolument radicale dans le monde d’alors, touchant des ressorts psychologiques bien plus profonds que ceux auxquels pouvaient prétendre les cultes païens (mais que la religion hébraïque de cette époque préparait déjà, notamment dans sa loi, son espérance, ou dans sa séparation du pur et de l’impur).

En introduisant la perspective du salut, il rompt avec la vision d’un mal « naturel », compris comme faisant partie de l’ordre des choses. Il rompt avec les visions cycliques de l’histoire des hommes et des sociétés anciennes, condamnées aux éternels recommencements : il ouvre les perspectives d’un destin personnel et collectif, d’un bonheur à saisir ici-bas, d’une libération possible du mal.

Le salut qu’il propose agit à la fois comme salut personnel de l’Homme par sa relation à « Dieu-Père » via lui-même « Jésus-Fils », et comme salut collectif dans le rapport aux autres : « heureux les pauvres de cœurs » dit-il, « heureux ceux qui ont faim et soif de justice », « heureux les artisans de paix », un monde meilleur est à construire, à attendre. « Le Royaume des Cieux est tout proche ».

Serait-ce lui le messie espéré par le peuple hébreu?

Certains veulent le voir comme le roi attendu qui va libérer Israël de l’occupant et restaurer sa splendeur politique. D’autres perçoivent que ce n’est pas sur ce plan-là qu’il entend exercer une messianité liée à sa descendance davidique, mais sur un plan religieux, notamment face à la grande-prêtrise du temple. Celle-ci est en effet accaparée par une famille d’usurpateurs (descendante des Hasmonéens), et qui plus est compromise avec l’occupant romain, tandis que le rôle de prière dévolu traditionnellement à la tribu de Lévi – les prêtres d’Israël – s’efface de plus en plus au profit du mouvement pharisien, lui-même lié au temple.

Jésus dénonce effectivement la corruption de la foi, de la pratique religieuse (notamment au temple) et de ceux qui les encadrent. De plus, il parle de la foi juive comme nul ne l’avait fait auparavant. Il explique les textes en montrant leur sens profond et leur accomplissement, rejetant les interprétations hypocrites légalistes. Il s’inscrit pleinement dans l’alliance ancienne avec Dieu, en allant jusqu’à montrer qu’elle est faite pour s’étendre aux non juifs, aux païens, au mépris des règles de pureté, ce qui est source de très grand scandale (notamment chez les pharisiens).

A cela s’ajoute la multiplication des témoignages de ses miracles. Devant le risque de devoir le reconnaitre comme messie, le pouvoir en place au temple va alors chercher à le faire mourir. Car s’il est le messie, alors les autorités religieuses lui doivent obéissance et doivent lui remettre le pouvoir qu’elles exercent. Et pour la plupart, c’est impensable ! Un complot est donc organisé pour l’arrêter. L’affirmation de son lien avec Dieu sera le prétexte saisi par les autorités du temple (réunies partiellement, et de nuit) pour le condamner à mort. Puis on s’arrange avec les Romains qui l’exécutent d’une façon horrible et infâmante, cloué sur une croix (le supplice réservé aux esclaves), le vendredi 7 avril de l’an 3016.

Mais voici cependant que malgré son exécution, ses disciples se montrent en public. Ils s’étaient pourtant tous sauvés ou cachés au moment de son arrestation par peur des représailles.

Quelque chose d’inouï se serait produit à l’aube du troisième jour après la mort de Jésus, un événement qui aurait poussé ses disciples à reparaître au grand jour et à poursuivre sa prédication au peuple hébreu et aux païens, au risque des pires persécutions, qui s’abattront d’ailleurs sur eux. Cet événement qui n’a jamais cessé de susciter des controverses depuis lors deviendra bientôt une clef de l’histoire, sinon la clef des siècles à venir.

En effet, à partir du dimanche suivant le jour de l’exécution, la nouvelle commence à courir que Jésus est apparu à diverses personnes.

Puis, durant quarante jours, d’autres voient également Jésus, dont tous peuvent constater que son tombeau est vide. Le pouvoir religieux du temple s’inquiète et tente de faire croire à une supercherie : il paye les soldats romains préposés à la garde du tombeau pour qu’ils disent avoir vu des disciples de Jésus dérober son corps – c’est le bruit17 que les autorités du temple essayèrent de répandre jusqu’à la première « guerre juive » (66-70).

Elles sont en effet d’autant plus inquiètes que de nombreuses prophéties bibliques prennent effectivement leur sens à la lumière du « relèvement d’entre les morts » 18 du messie, un messie qui aurait d’abord été « rejeté par les chefs du peuple »19.

L’institution pharisienne s’inquiète également, ayant joué un rôle important dans ce rejet. Car alors, ce pouvoir religieux, déjà considéré comme frauduleux par beaucoup, n’aurait plus aucune légitimité parmi les Hébreux.

Les disciples de Jésus n’ont pourtant pas appelé aux hostilités contre les autorités du temple. Ni Pierre ni les autres apôtres n’appellent à la vengeance contre ceux qui ont comploté et organisé la mort de Jésus. Pas plus qu’ils ne prônaient un quelconque soulèvement politique. Leurs témoignages indiquent au contraire qu’ils appelaient alors à la conversion des cœurs et des intelligences. « Vous avez refusé le Saint et le Juste (…) Le Prince de la vie que vous aviez fait mourir, Dieu l’a relevé des morts, nous en sommes les témoins (…) Vous avez agi dans l’ignorance, tout comme vos chefs (…) Convertissez-vous ! »20.

Et même devant les commanditaires de son meurtre, ils disent simplement : « Le Dieu de nos pères a relevé Jésus que vous aviez exécuté en le pendant au bois. Dieu l’a exalté par sa droite comme Prince et Sauveur, pour donner à Israël la conversion et le pardon des péchés »21.

Mais la plupart des tenants du pouvoir refuseront de reconnaître leur erreur, craignant pour leur autorité politique et religieuse. Ils répondront par la haine au message transmis par les apôtres, tandis que de plus en plus d’Hébreux vont y adhérer.

Ces derniers forment peu à peu une communauté nouvelle. Ils s’appelleront ou seront appelés « messiens » c’est-à-dire disciples du messie (en araméen : « mshyiayè » – en français : « chrétiens », d’après le terme grec « christos » traduisant l’hébreu « mashyah », « messie »).

À Jérusalem, cette communauté se rassemble sous l’autorité de Jacques cousin de Jésus22, et cela d’autant plus que les autres apôtres sont amenés à s’éloigner de Jérusalem à partir de l’an 37, à cause des persécutions lancées par le pouvoir du temple (l’autre Jacques, frère de sang de Jean, y sera assassiné vers 41).

Entre-temps, il semble que, par ses accointances à Rome, ce pouvoir politico-religieux avait réussi déjà à convaincre le sénat romain de déclarer illicite la communauté chrétienne23. La dispersion des apôtres va rendre nécessaire une fixation par écrit du canevas de leur enseignement oral tel qu’il était récité par cœur à Jérusalem en fonction du calendrier et des fêtes religieuses juives.

C’est l’apôtre Matthieu qui en est chargé – ce canevas liturgique sera appelé plus tard « l’évangile selon Matthieu » 24. La dispersion sera également l’occasion pour les apôtres de visiter les communautés chrétiennes naissantes au sein de la diaspora juive, d’en susciter de nouvelles au long de leurs périples, et de les organiser – des vestiges archéologiques témoignent d’une organisation assez remarquable, jusqu’en Chine25.

Les différentes communautés hébraïques qui, à travers le monde, adhèrent à la « bonne nouvelle » (tel est le sens du mot évangile) répercutent celle-ci autour d’elles parmi les populations locales ; ainsi, peu à peu, les non-juifs vont s’agréger de plus en plus nombreux aux Juifs chrétiens.

*La « Grande Eglise de l’Orient » (de langue araméenne) aura cependant toujours à cœur de conserver ses racines juives.

Si le message des apôtres a pu bénéficier de la présence et de l’accueil des communautés juives dans les villes commerçantes du monde d’alors (la considérable diaspora), il a surtout tenu sa force de la réponse nouvelle et radicale qu’il apportait à la question du mal, comme en témoignent les premiers écrits chrétiens.

Selon la tradition biblique, l’être humain créé par Dieu ne devait pas mourir, mais en choisissant de faire le mal, il aurait appelé sur lui la corruption et la mort. « Par la faute d’un seul [Adam], la mort a régné », comme le résume l’ancien pharisien Paul26. Si Jésus est l’intermédiaire entre Dieu et les hommes, alors, du fait que, « se relevant d’entre les morts », il a ouvert le chemin qui mène à une vie après la mort, il « délivre ceux qui, par crainte de la mort,, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves »
27.

Même dans le devenir de l’humanité entière, la mort, le pire de tous les maux que l’homme doit subir, et la corruption, sont potentiellement vaincues28. Cette réponse à la question du mal ouvre des horizons nouveaux tant pour l’existence personnelle que pour le destin collectif de l’humanité. Ces perspectives remuent les profondeurs de l’être humain et possèdent une puissance qui n’a pas laissé indifférents certains accapareurs décidés à l’employer à leur propre profit. Leurs contrefaçons du message des apôtres tiendront en ceci : le sauveur du monde n’est plus Jésus, mais eux-mêmes. Elles s’organiseront autour des courants gnostiques et messianistes.

Ces phénomènes post-chrétiens vont avoir une influence capitale dans l’histoire, et particulièrement dans l’apparition de l’islam, comme nous allons le voir par la suite.

Mais avant d’en arriver là, une série d’événements dramatiques va marquer les esprits.

Arrivé au pouvoir en Judée en 40, Hérode Agrippa 1er se targuera d’être le « Roi-Messie », mais mourra misérablement en 44 après avoir fait assassiner l’apôtre Jacques, frère de Jean. C’est probablement lui qui avait fait installer des inscriptions en trois langues sur le parvis du Temple, disant : « Jésus, qui n’a pas régné, crucifié par les Juifs pour avoir prédit la destruction de la ville et la ruine du Temple » 29.

On y comprend que la question de la royauté donnée par Dieu à la descendance de David est encore centrale, face à des pouvoirs juifs jugés illégitimes qui veulent être tenus pour sacrés par le peuple. De fait, le message des apôtres détourne
d’eux le peuple hébreu. De plus, des Grecs, des Romains, des païens, des non-Juifs se convertissent en nombre à la foi chrétienne, et donc en viennent presque à être admis comme Juifs par les judéochrétiens dans leur communauté nouvelle, au mépris des règles sévères de séparation du juif et du non-juif.

La tension monte à Jérusalem …

En 62 meurt le procurateur romain. Profitant de la vacance du pouvoir chez l’occupant, le grand-prêtre du temple fait assassiner Jacques, l’évêque de Jérusalem, après un simulacre de procès devant le sanhédrin (le tribunal suprême de la Loi juive) : précipité d’une haute tour, il est lapidé et battu à mort30.

Le nouveau procurateur romain destitue ce grand-prêtre pour ce qu’il considère comme une faute très grave : Jacques, surnommé « le Juste », était considéré par tous comme la figure exemplaire de l’homme religieux. Après sa mort, plus rien ne retient le déploiement des mouvements politico-religieux et les délires messianistes. Simon, le nouvel évêque de Jérusalem (un autre cousin de Jésus) ne peut qu’assister impuissant à la dégradation de la situation dans tout le pays.

La destruction du temple de Jérusalem

L’idée d’un royaume juif auquel Dieu donnerait la victoire et la domination sur le monde entier fait son chemin, tandis que des groupes séditieux, soutenus par l’or des autorités du temple, s’opposent de plus en plus aux Romains. L’effervescence politico-religieuse conduit à l’embrasement.

En 66 débute la Grande Révolte, la première « guerre juive ». Elle va appeler une répression terrible de l’occupant romain. Les légions commandées par Titus, fils de l’empereur Vespasien (et futur empereur lui même) vont réduire peu à peu les opposants, et bientôt, en 68, elles mettent le siège autour de Jérusalem.

Les Romains ayant demandé aux Juifs qui ne soutiennent pas l’insurrection de se retirer du théâtre des opérations, tous les Juifs chrétiens vont alors quitter la ville, en se souvenant des paroles de Jésus : « Quand vous verrez Jérusalem encerclée par des armées… »31.

À partir d’avril 70, les légions commencent à reprendre la ville aux insurgés, plus désunis que jamais (les plus fanatiques se battront même entre eux, comme le font les jihadistes d’aujourd’hui). En août, les derniers illuminés se retranchent autour du temple, qui prend feu (par accident, selon Flavius Josèphe). La défaite est consommée, hormis l’épisode de la place forte de Massada, prise 3 ans plus tard.

Peu après la reprise en main de la ville par les Romains, les judéochrétiens y reviennent, ainsi que les habitants qui n’avaient pas pris part à la guerre et avaient quitté Jérusalem à temps. La vie y reprend, la ville n’ayant pas été trop abîmée. Mais le temple, le lieu de la présence de Dieu, de son culte et des sacrifices a été détruit et mis à sac. Et parce qu’il était devenu un symbole du nationalisme juif, les Romains ne veulent pas qu’il soit rebâti.

Les royaumes et gouvernorats d’Israël perdent toute autonomie politique et deviennent la province impériale de Judée.

La perte du temple en particulier représente le cataclysme des cataclysmes aux yeux des Juifs non chrétiens. Ils la pleurent aujourd’hui encore, notamment devant le Mur des Lamentations. Cette catastrophe saisit et transforme les différents courants
religieux qui s’opposaient depuis la prédication de Jésus et de ses apôtres

Que devient le christianisme?

Aux yeux des chrétiens, cette perte a amené à tourner définitivement la page du lieu ancien de la présence de Dieu. « L’alliance nouvelle » voulue par Jésus et prédite par les prophètes doit s’étendre à l’humanité entière.

Dans cette alliance ouverte désormais à tous, les Juifs chrétiens ont un rôle spécial à y jouer, en tant qu’ossature de ce nouveau « corps ». Ils ne sont plus séparés des autres par les impitoyables lois de pureté et d’impureté.

Ainsi, les Eglises fondées par les apôtres à Rome, dans tout l’Orient et dans le monde, se développent-elles dans la continuité et l’accomplissement de l’Israël historique – telle est la conviction de toutes les communautés ecclésiales apostoliques.

Que deviennent les Juifs non chrétiens?

Alors que le rêve national a été écrasé par la puissance romaine, ils se retrouvent ébranlés dans leurs espérances, privés de temple et de culte, privés de grand-prêtre et de toute la caste des prêtres, massacrée ou en fuite, et interpellés au plus profond par l’adhésion au message chrétien de très nombreux Juifs. Il ne leur reste que les textes sacrés, l’application de la « Loi » et les liturgies hebdomadaires en petits groupes … ou alors à s’investir dans de nouveaux projets politico-religieux délirants et plus radicaux encore : un second affrontement avec les Romains va éclater en Judée en 132, après une succession d’émeutes et de révoltes en 115-117 (guerre de Kitos), nourries par la diaspora de l’empire Parthe puis dans tout l’Orient.

Le messianisme de cette seconde guerre judéo-romaine est encore plus affirmé que celui qui a mené à la destruction du temple 62 ans plus tôt : Bar Kochba, son instigateur et chef est considéré comme le « vrai messie » par ses partisans juifs, celui qui restaurera un Etat juif en Judée et rétablira le temple.

Elle montre un caractère anti-judéochrétien plus marqué encore, puisque Bar Kochba ira jusqu’à crucifier des chrétiens. Cette « deuxième guerre juive », financée par les Parthes, sera encore plus meurtrière que la première et ses conséquences seront terribles : elle conduira au ravage de la terre sacrée d’Israël du fait de la tactique de terre brûlée employée par les Romains et à l’expulsion définitive des Juifs de Jérusalem qui sera rasée en 135 (et reconstruite à la romaine, un temple dédié à Jupiter s’élevant alors à la place de l’ancien temple). Jérusalem est alors interdite aux Juifs sous peine de mort.

Face à cela, les Juifs non chrétiens se polarisent peu à peu autour de deux groupes.

Le premier et le plus important est celui du courant pharisien, qui se réorganise à Yavneh à partir de la fin du premier siècle, puis à Babylone dans le monde parthe après la « deuxième guerre juive ». Privé de son culte, il accepte de façon plus ou moins résignée la fin de la religion du temple et des prêtres ; à sa place, ce sera celle des synagogues et des rabbins. Il se centre totalement sur
la « Loi » et ses commentaires : c’est la réforme du judaïsme rabbinique.

Le christianisme est très sévèrement condamné, la figure du rabbi Jésus est vilipendée ; son interprétation des textes anciens est refusée. Ce courant ira jusqu’à instaurer des prières quotidiennes de malédiction antijudéochrétienne. Au nom d’une loi orale ou « Torah orale », les interprétations anciennes des écritures saintes sont conservées ou changées selon les cas, ce qui va donner naissance d’abord à la Mishna, puis aux Talmuds dits de Jérusalem et de Babylone, qui sont des commentaires de cette Mishna.

Ils seront mis par écrit respectivement au cours des 4e et 5e siècles et rejoindront la Torah et les autres livres au titre des écritures sacrées, en leur accaparant même la préséance (en les « recouvrant » – nous verrons par la suite combien ce détail aura de l’importance).

Un autre groupe juif moins connu se centrera autour des familles sacerdotales qui, ne soutenant pas la première guerre juive, s’étaient repliées auprès des communautés juives de Crimée. Si le lien entre ce groupe et le futur Royaume Khazar (centré sur la Volga, au sud de la Russie actuelle) est très discuté32, il est surtout un sujet délicat du fait que ce courant a longtemps rejeté les Talmuds.

La Khazarie deviendra un empire qui durera jusqu’au 13e siècle, regroupant divers peuples dont les Khazars, d’origine mongole ; mais cet empire sera dirigé par des familles juives, ce qui explique l’adhésion de nombreux Khazars à son judaïsme officiel. La « conversion » des rois khazars au 7e siècle à un judaïsme non talmudique sorti de nulle part est une légende tardive destinée à occulter une réalité gênante : ces Khazars seraient essentiellement les ancêtres des Juifs ashkénazes (dont beaucoup sont aujourd’hui en Israël).

Laissons ces débats hypersensibles et retenons que l’habitude qui consiste à parler du judaïsme comme d’une réalité homogène au long de l’histoire du peuple hébreu, avant, pendant et après le temps de Jésus, et comme d’une réalité extérieure au christianisme, est une insulte à l’histoire.

Judaïsme(s) et christianisme ne sont cependant pas les seuls courants ayant émergé dans l’histoire concomitamment à ces événements. Suite à la prédication de Jésus et de ses apôtres, aux morts et destructions liés aux guerres juives des phénomènes post-chrétiens vont se structurer et contrefaire systématiquement le message apostolique pour s’en accaparer la force et en tirer des bénéfices.

Les phénomènes post-chrétiens

Revenons un peu en arrière. Nous avons vu combien le message apporté par les apôtres remuait profondément l’être humain. Il fera bientôt l’objet de convoitises, spécialement après la destruction du temple, période où la quête de sens n’a jamais été aussi forte. L’image du « sauveur », le « Messie Jésus » 33 est récupérée et contrefaite : le sauveur de l’humanité ne sera plus lui, mais ceux qui prétendent l’être à sa place, si ce n’est en son nom.

C’est là un trait majeur des phénomènes post-chrétiens que de toujours prétendre posséder la véritable interprétation du message chrétien (que les chrétiens auraient corrompue à la suite des apôtres). Deux mouvements post-chrétiens se sont façonnés ainsi vers la fin du premier siècle. Le second nous intéressera tout particulièrement, mais il convient de dire un mot du premier.

Ce premier est constitué des courants gnostiques, qu’on désigne souvent sous le terme générique de gnose (terme signifiant simplement la « connaissance » en grec, mais auquel les apologistes chrétiens grecs ont attaché le sens de contrefaçon de la foi).  Selon l’évêque de Lyon Irénée († 202), ils ont une origine unique dans le dévoiement du message chrétien.

En tout cas, ils recherchent tous des formes d’autoréalisation personnelle : je suis mon propre sauveur.

Dans ce schéma, Jésus est celui qui a ouvert la voie, il n’est plus qu’un devancier. L’attrait de la gnose tient à ce qu’elle promet l’accès au divin, de manière directe, en dehors de l’histoire et de l’histoire d’un peuple en particulier. Jésus n’a-t-il pas promis à ses fidèles de les remplir chacun d’un esprit divin, un esprit de liberté, « l’Esprit Saint » ?

Des phénomènes étonnants n’apparaissent-ils pas parfois au milieu des assemblées chrétiennes? Cette volonté d’accaparer le
divin va se décliner en de nombreux mouvements rivaux, parfois centrés sur des systèmes de pseudo connaissances, parfois centrés sur des pratiques magiques, mais exaltant toujours la liberté comme un absolu (la licence sexuelle étant souvent prônée comme une manière de s’autoréaliser).

Au point de vue de l’organisation, ces courants sont multiformes, allant d’une structure fondée sur quelques « gourous » imitant l’organisation chrétienne à des phénomènes de pensée idéologiques34 très construits.

L’autre grande dérive post-chrétienne est le messianisme global : il s’agit de la volonté d’établir sur terre dès maintenant, ou dès demain, un salut collectif général. Cette volonté prendra au cours de l’histoire plusieurs formes35, depuis l’idée première de vouloir établir le Royaume de Dieu sur la terre entière qui avait germé lorsque certains ont voulu s’accaparer les idées nouvelles prêchées par Jésus et ses apôtres.

Quels que soient ses avatars concrets, cette volonté se justifie toujours par la prétention de détenir une révélation ou un programme, clef d’un avenir radieux et « clef de l’histoire ». Si cette dérive s’inspire de la possibilité d’un salut collectif prêché par les apôtres, elle s’inscrit totalement en rupture avec eux : ceux-ci n’ont pas avancé de recette politique pour établir un monde parfait sur la terre. Et si Jésus a laissé entrevoir un salut collectif, il le met toujours en rapport avec l’annonce de son propre retour, sa venue dans la gloire (au « Jour du Jugement »). Ceux qui croient en lui sont engagés à préparer ce retour, et, si leur action en ce monde peut porter des fruits de paix et de progrès, il ne s’agit cependant jamais que de préfigurations d’un royaume à venir, c’est-à-dire d’esquisses imparfaites et souvent éphémères d’une société à venir délivrée de l’emprise du mal. Pour les apôtres, et à leur suite pour les chrétiens, seul Dieu peut libérer du mal, pas l’homme, fût-il animé des meilleures intentions du
monde. Encore faut-il accepter de faire confiance à Dieu et d’attendre l’accomplissement du temps
actuel.

C’est ce que refusent les messianistes : pas question d’attendre un hypothétique salut, il faut le construire ici et tout de suite.

Le mouvement messianiste initial nait dans l’entourage des premières communautés judéochrétiennes, où certains, ayant reconnu Jésus comme le messie attendu par le peuple hébreu, n’ont pas accepté qu’il puisse se faire serviteur et mourir crucifié. Au contraire, ils n’ont jamais voulu renoncer à leurs interprétations des prophéties bibliques, escomptant que le messie se fasse roi, libère Israël de l’occupant romain et l’établisse au dessus des nations.

Dans une vision du monde où le mal est assimilé au non respect de la loi juive, à l’impur, au non-juif, le dévoiement de l’idée de salut va assimiler la libération du mal à celle des impurs. Dans la même logique, la suprématie espérée pour Israël et promise par Dieu va être peu à peu dévoyée en un programme politico-religieux d’éradication des méchants, réalisé par Dieu lui même,
par son messie, voire par ceux qui le feront en son nom36.

L’épisode de la destruction du temple de Jérusalem va jouer un rôle décisif dans la formation de ce mouvement messianiste. Il va travailler la foi de certains judéochrétiens, témoins de ces événements et frustrés de ne pas assister alors au retour annoncé du « Messie Jésus ».  Il avait en effet prédit qu’il « relèverait le temple » 37: pourquoi le « Jour du Jugement » ne vient-il pas alors que les conditions en semblent toutes remplies? Assurément, le temple a bel et bien été détruit, et les autorités du temple en ont été écartées. Les Romains ont en effet châtié les révoltés (notamment les zélotes) et les autorités du temple, qui s’étaient servi de Dieu à leurs fins et qui avaient tué le « Messie Jésus », Jacques le Juste et d’autres.

*Ces questions travaillent très fortement certains judéochrétiens et certains Juifs gravitant dans leur orbite ; les réponses qu’ils leur trouvent vont alimenter leur messianisme et contribuer à façonner leur programme politicoreligieux.

Parmi les Hébreux de Jérusalem, certains ont péri dans la première guerre juive, mais de nombreux autres ont pu s’échapper. En 68-69, souvenons nous que les Romains avaient en effet laissé les Juifs non combattants quitter Jérusalem, avant d’en faire le siège. Et parmi ces derniers, nous retrouvons les judéochrétiens, conduits par l’évêque Simon – et avec eux, à leurs côtés, des
messianistes issus du creuset judéochrétien de Jérusalem38.

Ils partent ensemble en exil au nord, vers le plateau du Golan, en Syrie. La destruction du temple en 70 semble opérer un tri dans leurs rangs : après celle-ci, les Juifs « vraiment chrétiens », reviendront s’établir à Jérusalem, en Judée, et ailleurs. Mais certains irréductibles le refuseront et se sépareront à ce moment de la communauté chrétienne, en restant en exil et en y consommant leur rupture radicale du judéochristianisme.

Leur espérance du « Jour du Jugement » va se déployer en prenant une forme dramatique et même monstrueuse.

Contre l’enseignement des apôtres (ils n’étaient même pas encore tous morts en ce temps là), ils se sont mis à imaginer un programme de salut du monde entier, à réaliser dans une perspective politico-religieuse – et donc guerrière.

Un programme centré sur le « relèvement du temple » dont ils vont alors s’attribuer la responsabilité, à la place de ce qu’ils imaginaient être le rôle du « Messie Jésus ». Ces premiers « croyants » en une foi messianiste plénière furent ces ex-judéochrétiens qui ne revinrent pas en Judée après 70, qui se détournèrent de la foi des apôtres et qui se bâtirent leur propre vision du salut : dans cette vision, ils prenaient la place du « Sauveur » et se voyaient appelés à sauver et dominer le monde en en éradiquant les méchants. Ce sont les judéonazaréens.

Qui sont les judéonazaréens?

Les travaux historiques ont apporté une connaissance39 toujours plus fine de ce groupe si important par l’influence qu’il aura dès la fin du premier siècle dans des milieux et sous des formes très diverses.

Groupe ethniquement juif (et de langue araméenne, comme les Hébreux), il s’est accaparé l’appellation de « nazaréen » (donc « judéonazaréen »). Ce nom avait été donné premièrement à Jésus lui-même selon ce qui se trouvait écrit au sommet de la croix (le titulus crucis), puis, durant très peu de temps, à ses disciples. En tant qu’il désigne ensuite un ou des groupes hébreux séparés des judéochrétiens, cette dénomination devint assez floue sous la plume des auteurs occidentaux antiques ; une désignation plus précise a été rendue nécessaire, celle de « judéonazaréens », ayant pour elle de rappeler l’origine lointainement judéenne de ce groupe.

Il s’agit donc de Juifs messianistes, adeptes dévoyés des apôtres de Jésus, et qui n’ont vu dans la révélation judéochrétienne que le moyen de réaliser un rêve politico-religieux. Au fil de leur exil en Syrie, leur doctrine religieuse va se développer, se singulariser et finir par déclencher une cascade d’événements qui changeront la face du monde.

Cette doctrine religieuse procédait d’un système élaboré de justification : les judéonazaréens se considèrent comme les vrais Juifs et comme les seuls vrais disciples de Jésus.

En tant que Juifs, ils conservent scrupuleusement les coutumes et la loi ancestrale articulées dans la révérence aux écritures saintes, à la Torah. Ils conservent aussi la vénération du temple, bien que détruit pour le moment, la vénération de la terre promise et du peuple « ethnique » juif, du peuple élu par Dieu. Cette élection se ramène cependant à eux seuls, car ils se voient comme les seuls et véritables Juifs, dans la continuité de ce qu’ils sont « ethniquement », mais en s’inscrivant en opposition par
rapport au mouvement pharisien qui donnera la réforme rabbinique que nous avons mentionnée.

En effet, contrairement aux autres, ils ont reconnu en Jésus le messie annoncé par les écritures, venu pour libérer la terre sainte, rétablir la royauté, rétablir la vraie foi (en chassant les autorités juives corrompues par le truchement des Romains) et le vrai culte du temple (ce qu’il n’avait pu faire), bref, libérer et sauver le monde.

Injustement condamné, il n’a pas été exécuté car il a été heureusement enlevé par Dieu vers le « Ciel » d’où il reviendra prendre la tête des armées le moment venu pour conclure sa mission. Ainsi adviendra la « royauté de Dieu sur la terre ». Ils veulent voir la preuve de la vérité de leur croyance et de la justesse de leurs reproches aux « Juifs infidèles » dans l’échec des folies insurrectionnelles successives contre les Romains et la destruction du temple de Jérusalem : Dieu a désavoué et châtié tous ces faux Juifs !

Ils se considèrent aussi comme les vrais chrétiens face à tous ceux qui ont suivi les apôtres, en refusant de croire que Jésus a pu mourir crucifié (et ressusciter) et donc que la présence divine est vraiment en lui. Ils croient quant à eux que Jésus a été enlevé par Dieu, et attendent son retour.

Cette réinterprétation du témoignage des apôtres nie donc que Jésus se soit « relevé d’entre les morts » (ce qui contredirait la prédiction de Jésus dans laquelle les judéonazaréens veulent croire à l’annonce d’une reconstruction physique du temple – cf. note 37). Ils accusent donc les judéochrétiens de s’être trompés, de s’être dévoyés. Ils disposaient pourtant du témoignage des
apôtres : le recoupement des sources indique que l’évangile de leur liturgie était l’évangile de Matthieu40, en araméen bien sûr (comme celui des judéochrétiens et de l’Eglise de l’Orient assyrochaldéenne jusqu’à nos jours).

Ils lui ont toutefois fait subir les retouches propres à fonder leur doctrine. Car bien entendu, ni dans cet évangile tel qu’il a été conservé par les judéochrétiens, ni dans les trois autres, n’est attendu un messie qui reviendrait « terminer le travail » qu’il n’avait pas pu mener à bien à cause de l’opposition du pouvoir religieux du temple : à savoir reconstruire le temple, prendre la tête des armées constituées par les vrais croyants, les élus, pour vaincre les forces du mal et établir définitivement le royaume de justice et de félicité sur la terre.

Ce dont témoigne le Nouveau Testament, dont font partie les quatre évangiles, c’est l’espérance des apôtres en une « venue glorieuse » de Jésus. Il ne s’agit justement pas d’une venue sur terre mais au-dessus et partout, de manière à être vue par tous. Les circonstances d’un tel événement sont plutôt difficiles à imaginer, mais le rapport avec un « jugement » apparaît évident : dans la perspective des apôtres, la confrontation à cette vision impossible à nier amènera chacun à prendre position, et dès lors à être jugé par le « juste juge » qu’est Jésus. Bien entendu, les judéonazaréens nient fondamentalement la dimension divine de Jésus.

Ils accusent les judéochrétiens d’avoir « associé » à Dieu un Fils et un Esprit Saint. Au contraire, ils affirment : « Je
témoigne de ce que Dieu est un et il n’y a pas de dieu excepté lui »41 ! La distance est donc énorme entre ce que les apôtres ont enseigné et la contrefaçon messianiste que les judéonazaréens en ont faite. Et il apparait déjà une certaine parenté entre cette contrefaçon et ce qu’affirmera la profession de foi musulmane42 ..

Vrais Juifs et vrais chrétiens, les judéonazaréens renvoient ainsi très habilement dos à dos les Juifs rabbiniques et les chrétiens, en se plaçant au dessus d’eux. Vrais Juifs et vrais chrétiens, ils se considèrent comme les héritiers uniques et véritables d’Abraham, les « purs ».

Leur installation en Syrie, sur le plateau du Golan, puis par la suite jusqu’au Nord d’Alep – toujours à l’écart des païens et des impurs – est vécue comme une forme de nouvel exode au désert. A l’image du peuple hébreu sortant d’Egypte et conduit par Moïse, il s’agit d’un temps de purification et de préparation.

Le vin sera ainsi interdit à tous les consacrés à Dieu jusqu’au jour du retour du Messie.

Leurs « messes » seront célébrées par leurs prêtres avec de l’eau à la place du vin. C’est ainsi que Clément d’Alexandrie s’en prend au 3e siècle aux « hérétiques qui utilisent le pain et l’eau dans l’oblation, en dehors de la règle de l’Eglise. Car il en est qui célèbrent l’eucharistie avec de l’eau pure » (Stromates, I, 96).

Se purifier soi-même n’est qu’un préalable dans le projet des judéonazaréens de purifier le monde pour le sauver de son mal et de son injustice. Leur « recette du monde parfait sur terre » inclut la reconquête et la purification de la terre sacrée (Israël), de la ville sacrée (Jérusalem), pour que les purs puissent accéder aux lieux saints, rebâtir le temple saint dans les conditions de pureté requises et y réaliser les rites et sacrifices. C’est comme cela que sera alors provoqué le retour du messie.  Et avec le messie à leur tête, les judéonazaréens sauveront le monde de son mal, de son injustice, contre lui-même s’il le faut.

Dans cette vision, on voit que s’affrontent deux parties de l’humanité : celle qui travaille au salut et celle qui s’y oppose. Les purs et les impurs.

A l’aune de cette vision idéologique, de cette surréalité, la morale se transforme : est jugé bon, juste, vrai, noble tout ce qui contribue au projet ; est jugé mauvais, exécrable, blâmable, faux, à anéantir tout ce qui y fait obstacle. Est également jugé mauvais tout ce qui dévie du projet. Les femmes, par exemple, considérées comme tentatrices, détourneraient les justes de leur combat. On imagine quel sera donc leur statut et la sujétion qu’il faudra leur imposer43. De la même manière, tout mouvement divergeant de la foi pure, toute pensée dissidente sont donc à combattre absolument.

Et au-delà, cette conception messianiste du, monde nourrit un système d’autojustification particulièrement pervers : « Je suis pur dans un monde impur, de fait il attente à ma pureté et je suis donc sa victime, je dois purifier le monde mais il me résiste – c’est la preuve de son impureté et de ma pureté ».

C’est la caractéristique même de la schizophrénie : refuser la réalité44, s’enfermer dans un monde imaginaire, refouler le réel, ce qui ne peut qu’aboutir à des délires violents de persécution.

Les judéonazaréens (également nommés ébionites, comme leurs détracteurs chrétiens les ont appelés dans les premiers siècles45) observent alors la marche du monde sous l’angle de leur doctrine : avant eux, un passé de ténèbres qui a rejeté les messagers de Dieu, demain un avenir radieux par le triomphe de la vraie religion (la leur), le redressement du temple et le
retour sur terre du messie ; et en attendant, un temps présent hostile fait d’ennemis de la foi, de guerres et de conflits dont l’issue ne peut que les conforter dans leur croyance.

Et effectivement, c’est ce qui se passe sous leurs yeux dans l’affrontement des Perses (Parthes) et des Romains.

Les Juifs avec la réforme rabbinique ont horrifié les judéonazaréens : avec les talmuds, ils ont osé adjoindre aux écritures sacrées de nouveaux textes écrits de main d’homme. Ils ont osé remanier, dissimuler, recouvrir46 dans leur réforme certains textes anciens mentionnant le messie !

Après l’expulsion des Juifs par les Romains, même si nombre d’entre eux reviennent s’établir en Judée, leur centre de gravité s’est déplacé vers l’empire perse où ils étaient présents de très longue date. Ils y influencent les Perses dans leur lutte millénaire contre l’empire (gréco-)romain pour le contrôle du Moyen-Orient, au point que les judéonazaréens en viennent à les confondre.

Le sanhédrin rabbinique s’est en effet installé en Perse au 3e siècle. Et en face des Perses, voici l’empire romain qui se christianise, qui représente l’hérésie chrétienne aux yeux des judéonazaréens (empire devenu l’empire byzantin après la partition de Dioclétien).

Si les Juifs rabbiniques et les chrétiens, les deux ennemis de leur vraie religion, s’étripent sous leurs yeux dans des guerres incessantes et stériles, c’est bien que Dieu les y conduit. Voilà qui justifie davantage les judéonazaréens Et par-dessus le marché, pendant toutes ces années, les insurrections juives d’inspiration plus ou moins messianistes se succèdent (révolte de 351-353 en Galilée, sous Gallus César, révolte de 530 conduite par le faux messie Julien) et les tentatives de reconstruction du temple ne cessent d’échouer… Comme celle de 360-362 entreprise par l’empereur Julien l’Apostat qui avait pris les Juifs rabbiniques sous son aile.

Elles ne font que conforter les judéonazaréens : eux seuls pourront libérer la Terre et Jérusalem, eux seuls pourront relever le temple.

Aller vers la 3ème partie

Notes

11 – Il a publié sa thèse (1 000 pages environ) sous le titre Le Messie et son Prophète. Il actualise depuis ce travail, avec
notamment un essai récent, Le Malentendu Islamo-Chrétien, des publications régulières sur un site internet dédié à sa thèse et des interventions au sein de l’association EEChO.
12 – Joseph Azzi, Monseigneur Dora-Haddad, le père Magnien (de Jérusalem).
13 – « juif » (sans majuscule) se rapporte ici à la religion, « Juif » (avec majuscule) à l’ethnie (et par extension, aussi, à la religion). La pratique religieuse juive ayant considérablement évolué au fil des événements que nous allons décrire, nous emploierons préférentiellement le mot « Hébreu » (se rapportant strictement à l’ethnie) à celui de « Juif », moins sujet à double sens.
14 – Voir par exemple le chapitre 60 du Livre d’Isaïe
15 – Détails et contexte historique de la vie de Jésus tirés pour la plupart du livre de l’historien Jean-Christian Petitfils, Jésus (2011, Fayard), de La Vie Authentique de Jésus Christ de René Laurentin (1996, Fayard), ainsi que du Nouveau Testament.
16 – D’après les calculs des historiens modernes appliqués aux évangiles : la crucifixion a eu lieu une veille de sabbat, donc un vendredi, également jour de la « préparation » de la Pâque juive, donc le 14 du mois de Nissan dans le calendrier hébraïque. Ces deux éléments coïncident en l’an 30 de notre ère, le 7 avril.
17 – Selon Matthieu 28,12-14
18 – Psaume 22,2 et 8 et 9, Isaïe 53,3-7
19 – Psaume 118, 22-23
20 – Actes 3,14-19 (« Discours de Pierre au peuple »)
21 – Actes 5,30-31 (« Comparution de Pierre et Jean devant le Sanhédrin »)
22 – Jacques le Mineur ou Jacques le Juste dans la tradition chrétienne ; sa généalogie est aisée à établir malgré la polémique qui a voulu en faire un frère de sang de Jésus, selon la terminologie de Flavius Josèphe et du Nouveau Testament : le terme de « frère » ou « sœur » englobe en effet un cousinage large dans les langues sémitiques.
23 – Il s’agit d’un senatus consultus de l’an 35 déclarant le christianisme « superstitio illicita », un décret qui ne sera levé qu’en 313 par l’empereur Constantin. Voir l’article d’Ilaria Ramelli.
24 – Pendant longtemps, dans la liturgie chrétienne, l’évangile selon Matthieu restera l’évangile de référence. Sa transcription en grec est à situer vers l’an 42 (probablement aussi en latin). L’idée de la primauté du Matthieu grec sur l’évangile araméen – qui continue d’être lu et transmis tel quel dans les Eglises chaldéennes et assyriennes (la « Peshitta ») – est typiquement occidentale. Elle contredit les indications fournies par les écrivains ecclésiastiques anciens et elle ne résiste pas à la simple comparaison de ces deux versions.
25 – Voir par exemple la présentation de la frise de Kong Wang Shan au port de Lianyungang ; il existe quantité d’autres vestiges à cet endroit et ailleurs.
26 – Epitre aux Romains – 5,17
27 – Epitre aux Hébreux – 2,15
28 – 1ère épitre aux Corinthiens – 15,26
29 – Ilaria Ramelli, « Jesus, James the Just, a Gate and an Epigraph: Reflections on Josepus, Mara, the NT, Hegesippus and Origen », cité dans cet article. Les prédictions de Jésus de la destruction à venir du temple (Mt 24,1-2) ne s’étaient alors pas encore réalisées.
30 – Relaté dans les Antiquités Juives de Flavius Josephe
31 – Luc 21,20
32 – La parution du livre de Shlomo Sand Comment le peuple juif a été inventé a ainsi donné lieu à un débat nourri.
33 – Une expression que l’on retrouvera onze fois dans le Coran
34 – Notre société de consommation en est toujours fortement imprégnée : esprit d’individualisme et d’élitisme, mépris pour les générations futures et le monde, centrement sur soi-même.
35 – Le nationalisme Juif qui a mené aux guerres judéo-romaines l’a préfiguré sans en embrasser encore toutes les caractéristiques (il lui manquait la dimension de « clef de l’histoire »). De nombreux messianismes se développeront après lui tout au long de l’histoire : par exemple les mouvements anabaptistes du 16e siècle, les millénarismes, le messianisme des « pilgrim fathers » américains, les « Lumières », le messianisme républicain de la Révolution Française, le projet « d’Amérique-Monde », le communisme et ses avatars, le nazisme, l’idéologie du progrès et le scientisme, le mondialisme, et, nous allons le voir, l’islam.
36 – C’est ce qui ressort, entre autres, de l’analyse des manuscrits de la Mer Morte proposée par Edouard-Marie Gallez dans Le Messie et Son Prophète (on en lira un aperçu sur son site) : certains textes messianiques ont été retrouvés dans différentes versions, manifestant un travail de réécriture qui témoigne de l’apparition du développement du courant messianiste.
37 – « Détruisez ce temple, et en 3 jours, je le relèverai » – formule que l’on retrouve quasiment à l’identique chez Marc
14,58, Matthieu 26,61 et Jean 2,19 – Jean indique juste après que le temple que Jésus entendait relever était son propre
corps (la résurrection), comme le professent les chrétiens. Cette précision que l’on ne retrouve pas dans les autres évangiles (Matthieu et Marc, précités) indique très clairement qu’existait alors une attente de la reconstruction physique du temple par Jésus lui-même, revenant sur terre pour cela.
38 – Selon les écrits historiques d’Eusèbe de Césarée et d’Epiphane
39 – Toujours selon les écrits historiques d’Eusèbe et d’Epiphane, et aussi par l’étude des autres Pères de l’Eglise ayant réfuté les hérésies (St Jérôme), et par les recherches archéologiques récentes (fouilles de Farj et Er-Ramthaniyyé, dans l’est du Golan).
40 – Les Pères de l’Eglise le mentionnent comme Evangile des Nazaréens, ou Evangile selon les Hébreux ; Théodoret de Cyr, notamment, l’a identifié comme l’Evangile de Matthieu, altéré par sa conservation en milieu judéonazaréen.
41 – Texte du 2d siècle extrait des Homélies Pseudoclémentines (16, 7.9), qui est mis dans la bouche de l’apôtre Pierre. On
retrouve les mêmes types de profession de foi gravés sur des linteaux de portes très anciens, en Syrie, aux 3e et 4e siècles.
42 – « Ash-hadou an lâ ilâha ill-Allâh », « j’atteste qu’il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah », première partie de la profession de foi musulmane.
43 – On le lit très bien dans le document « Les pièges de la femme » retrouvé dans la grotte de Qumrân, parmi les manuscrits de la mer Morte, écrit dans le milieu qui donnera le judéonazaréisme.
44 – C’est cette même logique de surréalité (terme inventé par les dissidents soviétiques pour désigner les fantasmes de réalité du socialisme) que l’on retrouvera à l’œuvre dans toutes les idéologies messianistes successives (cf. celles citées en note 35). Elles chercheront toutes à établir un monde parfait que des élus éclairés détenant la « clef de l’Histoire »
doivent bâtir en éradiquant le mal et en soumettant l’individu.
45 – Prudence toutefois dans l’usage du terme « ébionites » dont l’acception a évolué au cours du temps pour désigner de façon générique les « hébreux hérétiques » sous la plume des Pères de l’Eglise. Raison de plus pour les identifier sous le
nom de judéonazaréens, comme le propose Edouard-Marie Gallez.
46 – En hébreu biblique, « recouvrir » se traduit par « kfr », la même racine que le verbe arabe « kafara », qui donnera le terme « kafir », (« koufar » au pluriel), c’est-à-dire « recouvreur », terme que la tradition musulmane transformera dans le sens d’infidèle, de mécréant ou d’incroyant comme nous allons le détailler par la suite.

Livre écrit par Olaf

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