A la Une Spiritualité Valérie Charoux

L’Art de la Guerrre

par Valerie Charoux

La réalité s’oppose à la l’illusion car, si l’essence de cette dernière est une condensation de nos fantasmes, la nature de la réalité est dure du fait qu’elle s’oppose à nos désirs. Le résultat de cette opposition est une évidence qui se révèle d’une façon que nul n’est prêt à admettre, car il est plus facile de se laisser séduire par le mensonge… Le mensonge fait appel à l’imaginaire qui est raisonné par l’intellect, et le résultant, même s’il est aberrant, il n’est pour autant écarté comme étant de la folie. Car lorsque l’imaginaire s’associe à l’intellect, le résultat est un outil puissant au service de l’auto-déception, l’arme des faibles, la conquête intestine du Prince des Mensonges. L’imaginaire s’envole car nous lui donnons volontiers des ailes, le mensonge devient si élaboré qu’il plaît aux intellectuels qui y voient l’opportunité d’utiliser toute leur science afin de démontrer chaque théorie et son contraire.

La réalité littérale devient alors, de façon lente mais inexorable, un concept qui s’apparente à l’absurde pour les intellects qui s’enorgueillissent des détours mystérieux de théories élaborées et merveilleuses. Le monde émerveillé prend alors l’illusion pour la réalité et devient comme l’empereur nu de Hans Christian Andersen :

« Il y a de longues années vivait un empereur qui aimait par-dessus tout être bien habillé.

Un beau jour, deux escrocs arrivèrent dans la grande ville de l’empereur. Ils prétendirent savoir tisser une étoffe que seules les personnes sottes et incapables dans leurs fonctions ne pouvaient pas voir et proposèrent au souverain de lui confectionner des vêtements. L’empereur pensa que ce serait un habit exceptionnel et qu’il pourrait ainsi repérer les personnes intelligentes de son royaume.

Les deux charlatans se mirent alors au travail.

Quelques jours plus tard, l’empereur, curieux, vint voir où en était le tissage de ce fameux tissu. Il ne vit rien car il n’y avait rien. Troublé, il décida de n’en parler à personne, car personne ne voulait d’un empereur sot.

Tout le royaume parlait de cette étoffe extraordinaire.

Le jour où les deux escrocs décidèrent que l’habit était achevé, ils aidèrent l’empereur à l’enfiler.

Ainsi « vêtu » et accompagné de ses ministres, le souverain se présenta à son peuple qui, lui aussi, prétendit voir et admirer ses vêtements.
Seul un petit garçon osa dire la vérité :

– Mais l’empereur est nu ! »

Car l’orgueil de l’humanité est tel, que ce qu’il estime le plus est ce qui est exceptionnel relativement à ce qui est la norme ou à ce qui est normal et réel. De ce fait, l’exceptionnel est au service du merveilleux qui est raisonné et rationnalisé de façon à en démontrer le bien-fondé.

Les nouveaux dogmes spirituels élaborés et merveilleux captivent les esprits. La vérité spirituelle littérale et toute simple est de ce fait subjuguée au profit d’esprits qui s’enorgueillissent de leur propre brillance et qui perdent de vue la Lumière originale. En effet, la réalité n’ensorcèle pas les esprits, car elle fait appel à la véritable conscience, à la force de caractère; car, le fait de faire face à la réalité signifie aussi la nécessité de subjuguer son propre caractère plutôt que de se complaire dans les atours des détours intellectuels qui détournent de la réalité de telle sorte que ces habits neufs semblent être bien plus appréciables.

Ainsi, chacun préfère croire au fait que la réalité est une illusion et que l’illusion est la réalité. Ce coup de prestidigitateur est d’autant plus facile que le monde rêve de magie. C’est ainsi que les belles théories ensorcèlent ceux qui ne souhaitent rien de plus que d’y croire. Le monde spirituel est ainsi mis au service de l’orgueil humain et il n’y a rien d’étonnant au fait que les théories spirituelles exceptionnelles captivent et rendent captifs.

C’est ainsi que l’art de la déception transforme la fausse lumière en vertu et que celle-ci devient plus attirante que la Lumière originale qui semble être obsolète, inintéressante et trop dure à accepter. Ainsi, le Mal devient Bien et le Bien devient Mal, L’Ombre devient Lumière et la Lumière devient Ombre. Les pôles sont alors inversés et le chaos s’installe dans les méandres de l’intellectualisation de concepts spirituels qui étaient purs, non-altérés et non-altérables à l’origine.

C’est là tout l’Art de la Guerre : transformer l’Ombre en Lumière, transformer le Bas en Haut et créer le Chaos de façon si subtile et machiavélique que le Chaos est pris pour l’Ordre. Mais l’Ordre naturel des choses est la création ainsi que le dessein de Dieu, et, si l’évolution intellectuelle fait que la Lumière est perçue comme étant l’Ombre, toute bonne intention est vouée à l’échec dès lors qu’elle provient des envols intellectuels de l’Homme et non de Dieu.

L’Unité et la Paix ne peuvent être engendrées par le Chaos, même si l’illusion est convaincante vu que le Merveilleux a des attraits que la Réalité ne possède pas. L’Homme se voit Dieu, l’illusion est parfaite, les dés sont jetés. Dans la dimension spirituelle, rien n’est ce qu’il paraît, une guerre se « joue », mais le Maître de la Guerre, grand Magicien, fait croire que celle-ci est une illusion. Nous admirons ces beaux habits neufs et les faisons admirer au monde entier, tel le cheval de Troie que nous accueillons comme offrande du monde spirituel dont nous ignorons l’essence véritable, préférant croire au rêve plutôt qu’à la réalité. Lorsque le songe ment, il se nomme pourtant men-songe…

Nous nous intéressons à la connaissance de tous les Mystères sauf à celle du Mystère de Dieu. Nous cherchons notre raison de vivre dans les plaisirs de l’illusion, lorsque notre raison de vivre est celle qui mène à mourir à la mort éternelle. Nous fondons ainsi notre bonheur sur nos relations au monde superficiel plutôt que de le fonder sur la volonté de Dieu.

Pourtant, le fait de fonder son bonheur sur une relation, personnelle ou professionnelle, signifie fonder son bonheur sur ce qui est relatif, donc sur des valeurs superficielles et altérables. Ce qui en découle, est que nous souhaitons tout contrôler ou attirer et que nous ne voulons rien laisser au hasard.

Nous créons une société de contrôle, le contrôle de notre propre image et le contrôle de nos semblables. Pourtant, le besoin de tout contrôler n’est pas un objectif réalisable, car le hasard est le résultat de la volonté de Dieu. Le hasard mène à des déceptions qui sont dures et inévitables, car, si l’on a dévié, l’expérience de la déviation ne peut se faire et se comprendre que dans la douleur. Le paradoxe est que ce n’est que par nos faiblesses que la puissance de Dieu peut se manifester et surgir par le moyen de la pression qui est subie dans toute sa gloire.

Dans l’Art de la Guerre, si l’on souhaite battre son ennemi au jeu subtil qui se joue sur le plan spirituel, il est nécessaire de le garder tout près de soi, afin de le connaître intimement. Si l’on ne peut se débarrasser de son ennemi, cela tombe bien et c’est là tout le dessein de Dieu. Car Dieu ne nous donne pas le poisson mais nous enseigne plutôt à pêcher. Il n’est pas non plus possible de faire la guerre à son ennemi sur un autre terrain que sur celui où il s’active, et ce terrain est son fond ainsi que ses subtilités, l’abysse qu’il est nécessaire de connaître.

En effet, il n’est pas possible de connaître la vraie Lumière si l’on ne connaît pas la fausse lumière et ses enchantements, et ce n’est que par une expérience prolongée et jonchée de déceptions que l’on est en mesure de connaître intimement ce qui fait souffrir. C’est seulement en faisant face à l’Obscurité et à tout ce qu’elle a de séducteur et de mensonger, jusqu’à la chute provoquée par le dédale de fausses doctrines spirituelles, en tombant même jusqu’à un face à face avec le Prince du Mensonge, que nous sommes en mesure d’admettre son existence. Ce face-à-face n’est ni une fatalité ni un rejet de la part de Dieu, mais c’est une opportunité car la réalité du Mal nous révèle ainsi la réalité de Dieu.

Si nos échecs nous mènent à une grande souffrance, ils nous mènent aussi à l’analyse de nos forces et de nos faiblesses. Le fait d’admettre la réalité plutôt que d’admettre l’illusion nous permet de faire enfin face à ce qui nous menace afin d’être en mesure de comprendre l’opportunité qui en découle. Ce n’est que sous la pression que nous admettons ce que nous refusons par ailleurs d’admettre en choisissant plutôt de vivre dans le monde illusoire et merveilleux du syndrome de Peter Pan.

Lorsqu’un individu ne vit pas sur le plan relatif et illusoire, il est dénué d’orgueil et c’est par ce dénuement qu’il se soumet aux aléas des voies du Seigneur qui sont impénétrables. Pourtant, cette façon d’être est généralement assimilée à de la folie, quand ce qui n’est que pure folie est le fait de dépendre de son orgueil qui s’ajuste constamment de façon relative aux autres, car ceci mène à un monde qui n’a de sens que pour l’égo, ce qui est par conséquent insensé aux yeux de Dieu dont le dessein est le réajustement de l’Ordre lorsque l’humanité dévie vers l’orgueil du chaos.

L’opposition constante de l’Ordre et du Chaos se fait de façon subtile, sur les plans spirituel et psychologique, car le Maître de la Guerre, le Prince des Ténèbres, est un fin stratège psychologique.

Selon Sun Tzu, dans son traité sur l’Art de la Guerre, le fait de gagner ou de perdre dépend avant tout de la capacité de prendre tous les attributs de l’ennemi, et non pas de les rejeter, ce qui fait que l’ennemi est traité en ami. Le principe de l’espionnage est ici essentiel et signifie que les forces en présence sont connues de façon intime.

De ce fait, l’illusion est complète et la déception devient manifeste lorsque l’on se remémore les paroles de Sun Tzu : « Toute guerre est fondée sur la tromperie. Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l’ennemi sera victorieux une fois sur deux. »

Il s’agit ici de s’activer sur le même terrain que l’ennemi, en le traitant en ami, plutôt que de s’activer sur un autre terrain et d’invectiver l’ennemi, ce qui est voué à l’échec. Afin d’établir une bonne connaissance du terrain de l’ennemi, il est essentiel d’aller avec le flux, le Tao, afin d’être ensuite en mesure de s’adapter aux circonstances spécifiques de façon victorieuse.

C’est ainsi uniquement par une connaissance intime du Mal que l’on est en mesure de connaître le Bien, car c’est la connaissance intime des doctrines opposées qui permet une réflexion raisonnée, c’est le fait de connaître la façon de penser de l’ennemi en le traitant en ami qui permet d’élaborer une tactique et c’est par cette ruse que la psychologie est manipulée afin d’en venir à une victoire complète jusqu’à l’apothéose. Car le Maître de la Guerre est celui qui parvient à faire croire au fait que cette guerre est une illusion, et comme l’avait énoncé Sun Tzu : « L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat. »

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