A la Une Le Mystère JESUS

L’Arnaque de la Résurrection : Jésus, Judas et le Lien Victime-Perpétrateur

Par John Lamb Lash

Traduction par Dominique Guillet de l’essai « Resurection Scam« 

Le débat en pleine effervescence à propos de l’Evangile de Judas découvert en 1978 en Egypte, dont la publication en Anglais est attendue pour l’été 2006, suggère que Judas puisse devenir bientôt un personnage aussi controversé que Marie-Magdeleine.

De par l’immense succès de l’ouvrage “Le Da Vinci Code”, la connexion entre Jésus et Magdeleine, qui n’était auparavant connue que des hérétiques (les Gnostiques), supprimée par l’Eglise Romaine, est devenue un sujet de divertissement mondial. Qu’on l’imagine comme une prostituée, une femme-apôtre douée ou une mère et épouse aimante, Magdeleine change la façon dont l’histoire de la vie de Jésus est perçue. Sa présence dans l’histoire remet la mission entière de Jésus en question et ébranle des conceptions vieilles de plusieurs siècles quant à un plan divin de rédemption.

La connexion entre Jésus et Judas peut-elle délivrer un choc similaire à la psyché collective?

Pour au moins un érudit Biblique, l’histoire de Judas est une vieille histoire. Dans son ouvrage “Le complot de Pâques”, publié en 1965 (13 ans avant que l’Evangile de Judas fût découvert), High Schonfield émettait l’hypothèse que Judas avait conspiré avec Jésus pour que son maître fût capturé et crucifié par les Romains mais ensuite sauvé de justesse avant de mourir, caché dans une crypte et prétendu se lever d’entre les morts.

La finalité de l’arnaque de la résurrection était d’insuffler une mystique surnaturelle dans la révolte Juive faiblissante contre l’occupation Romaine de la Palestine.

Le fer de lance de la révolte était le mouvement des Zadokites.

Les Zadokites, ou Zélotes, étaient les héritiers de la révolte des Macchabées de 167 av. EC, par laquelle cinq frères tentèrent de faire revenir la nation Juive rétive vers une obéissance stricte à Jéhovah. Inspirés par les visions apocalyptiques d’Isaïe, d’Ezékiel et de Daniel, les Zélotes adoptèrent un programme mystico-militariste dont la finalité essentielle était d’établir un état théocratique fondamentaliste dans la Terre Promise.

Leur programme, conservé dans les Manuscrits de la Mer Morte, ne fut jamais plébiscité par la majorité des croyants Juifs. Génération après génération, le plan visionnaire d’un messie Zadokite – si vous préférez, un combattant nationaliste pour la liberté avec un programme mystique – fut brutalement réprimé par l’opposition Romaine et, qui plus est, rejeté par son propre peuple.

Le mouvement se regroupa en 63 av. EC lorsque Pompée, le rival principal de Julius César, annexa la Palestine à l’Empire. Avec un siècle de terreur et de fanatisme derrière eux, les Zadokites passèrent à la vitesse supérieure pour être, de nouveau, trahis et défaits. Un siècle plus tard, aux environs de 30 EC, un Galiléen arrogant nommé Yeshua (pour nous, Jésus) devint le chef de ce groupe. Avec deux siècles de défaite derrière lui, et une prédiction de trahison inscrite dans les Manuscrits de la Mer Morte, il se peut que Jésus ait considéré des mesures extrêmes pour accomplir l’objectif, toujours aussi vague, de son mouvement.

Selon le Nouveau Testament, au moins un des proches disciples de Jésus était un Zélote reconnu, Simon Zélotes. Judas lui-même répondait au surnom d’Iscariot, une déformation de sicarius, “homme au couteau”; c’est à dire Judas au Couteau.

Les Zélotes étaient réputés pour être des tueurs sans pitié qui n’hésitaient pas à assassiner leurs compatriotes Juifs qui étaient vus collaborer avec les Romains. (La pratique Romaine de crucifixion fut empruntée aux Juifs qui l’utilisaient au temps de l’Ancien Testament pour punir ceux qui retombaient dans les voies Païennes). Le peuple de la rue affublait les Zélotes de nombreux noms insultants dont lesthai, “voleurs”, le même terme utilisé dans le Nouveau Testament pour les deux hommes crucifiés de chaque côté de Jésus. Les nombreux témoins de cette scène auraient maudit l’homme dans le milieu avec la même insulte.

Ce profil de Judas comme un terroriste coupeur de gorges n’est peut-être pas incompatible avec son rôle de traître, même si ce traître est de mèche avec celui qu’il trahit. Supposément le membre le plus insensible de la bande de Zélotes, Judas pourrait s’être très facilement qualifié pour l’acte ultime de trahison. Schonfield écrivit: “Une conspiration devait être organisée dont la victime elle-même était l’instigateur secret et volontaire. C’était un projet et une conspiration cauchemardesques, le fruit de la logique effrayante d’un esprit malade, ou d’un génie. Et cela fut couronné de succès”.

Qui imagina le stratagème, Judas ou Jésus? Nous ne saurons jamais mais de nombreuses personnes vont maintenant se poser la question.

Schonfield devance l’érudit rebelle Robert Eisenmann dont la monographie, “Macchabées, Zadokites, Chrétiens et Qumran” (1983) secoua mémorablement l’establishment, à la fois Chrétien et Juif.

Dans son interprétation des Manuscrits de la Mer Morte, Einsenmann présenta Jésus comme un messie Zadokite résolu à gagner son royaume par la violence et il mit en exergue le rôle de son frère, Jacques, en tant qu’idéologue principal du mouvement. En un mot, Eisenmann politisa le personnage de Jésus.

A ce jour, les érudits officiels des Manuscrits de la Mer Morte, qui définissent et contrôlent ce champ d’investigations, continuent de faire le blocus à l’encontre de ces conceptions. L’ouvrage imposant et en deux volumes “L’Encyclopédie des Manuscrits de la Mer Morte” passe en revue une demi-douzaine de théories à propos de l’ancien culte à Qumran mais il ignore tacitement l’hypothèse Zadokite d’Einsenmann.

Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln écrivirent “L’Enigme sacrée” qui introduit l’histoire de Marie-Magdeleine comme étant l’épouse de Jésus. Michael Baigent et Richard Leigh écrivirent aussi “La Bible confisquée” qui donne un bon aperçu des thèses d’Einsenmann (une lecture peu facile) et de la controverse qui les entoure.

Les idées d’Eisenmann sont sûrement plus attrayantes, pour les esprits modernes sceptiques, que celles des érudits officiels parce qu’elles sont plus en accord avec les faits vérifiables de l’époque et qu’elles présentent Jésus dans un contexte historique et plus précisément dans une situation politique explosive qui est un reflet de la lutte permanente en Palestine.

L’analyse, ligne par ligne, d’Eisenmann de la compétition féroce entre Jacques, le prêtre Zadokite ultra-conservateur, et l’apôtre Paul qui a peut-être piraté les doctrines Zadokites pour inventer sa propre religion, remet en perspective de façon saisissante de nombreux épisodes du Nouveau Testament. Vers après vers, chapitre après chapitre, il semble que Jacques et Paul se livrèrent une bataille farouche (après la mort de Jésus) pour savoir qui possédait et gérait le Messie.

L’hypothèse de Schonfield sur la connexion Jésus-Judas préfigure le débat actuel sur l’Evangile de Judas et le profil politique, par Eisenmann, du leader Zadokite rend cette connexion encore plus plausible. Avec l’Evangile de Judas, nous ne voyons qu’une fissure de surface d’un énorme gouffre qui s’est développé depuis plus de 40 années.

Mais la question harcelante reste de savoir dans quel but Judas et Jésus conspirèrent-ils.

Schonfield, tout comme Eisenmann, rejettent la conception selon laquelle Jésus était de quelque façon divin. La divinité humaine est un concept étranger à la religion Juive orthodoxe bien que cela ait été un fondement central du programme ultra-radical des Zadokites.

Schonfield expliqua qu’à cette époque et dans cet environnement, le messie Zadokite aurait été considéré comme divin dans le même sens que les héros Païens Hector et Hercules – mais pas comme l’incarnation unique et exclusive de la divinité selon la ligne du parti Paulinien.

L’escroquerie de la résurrection était-elle destinée à conférer au leader Zadokite une aura comparable à celle des autres super-héros Païens de l’Empire?

Si c’est le cas, cela aurait été certainement bien pensé et consistant avec l’atmosphère de ces jours troublés où toutes sortes d’événements miraculeux étaient attendus. Judas aurait été la clef de voûte d’un stratagème astucieux pour transformer un homme mortel en un surhumain.

Ce scénario, bien sûr, ne va pas convenir à quiconque croit que Jésus était vraiment divin. L’objectif de la conspiration n’aurait pas alors été politique mais spirituel. L’argument de la théodicée (à savoir, parler pour Dieu, expliquer ou excuser ce que Dieu fait) se serait présenté ainsi: Dieu ordonna par avance que la crucifixion ait lieu afin que l’humanité fût sauvée par une expiation par procuration mais pour que la crucifixion ait réellement lieu, il fallait que Jésus soit livré aux Romains. Selon cette thèse, Judas conspira avec Jésus selon les ordres mêmes de Jésus, afin qu’un événement surnaturel et divinement ordonné puisse se manifester. Grâce à Judas, Jésus accomplit la volonté du Père. Judas doit donc être considéré comme un complice dans le plan de Dieu pour l’humanité.

Si Judas est considéré de cette façon, l’arnaque de la résurrection apparaît comme un moyen humain mesquin d’accomplir un but sublime, l’événement miraculeux du sauveur se levant d’entre les morts – un événement qui préfigure et garantit l’opportunité pour tout un chacun de survivre à la mort.

Ceux qui peuvent croire que le leurre, la trahison, la torture et le meurtre sont des moyens légitimes pour Dieu de garantir l’immortalité à l’espèce humaine, n’auront pas besoin, pour cela, de remettre en question leurs croyances. Tout au contraire, ils auront la confirmation, de ce qu’ils croient déjà, dans l’Evangile de Judas. Par des voies mystérieuses, Dieu accomplit ses merveilles. Les gens de foi peuvent remercier le traître Judas pour l’opportunité qu’ils auront de vivre après la mort.

Il est également possible, cependant, que le facteur Judas puisse rebondir sur les croyants. Bien qu’il ne soit pas inconcevable que nous survivions à la mort, d’une façon ou d’une autre – cette croyance a persisté de tous temps et en tous lieux, indépendamment du programme Chrétien, et il existe une foultitude de témoignages de survie après la mort allant des expérience proches de la mort aux visites spectrales dans le Livre des Morts Tibétain – cela commence à paraître de plus en plus absurde qu’un être divin, omniscient et omnipotent mette en place une escroquerie de type Judas pour accomplir un tel objectif ou d’ailleurs n’importe quel autre objectif. Ou encore mieux dit, la divinité qui a recours à une telle arnaque commence à paraître de plus en plus suspecte, pour ne pas dire ridicule.

Avec l’Evangile de Judas, toutes les cartes du complot divin sont sur la table, et retournées. Ceux qui persistent à croire que c’est comme cela que Dieu réellement fonctionne risquent de passer carrément pour des insensés si ce n’est pour des fous à lier.

Il se peut que Dieu fonctionne par des voies mystérieuses mais dans mon nouvel ouvrage, Not in His Image, j’affirme qu’il n’y a rien de bien mystérieux dans la relation victime-perpétrateur qui est la dynamique psychologique au coeur de la religion de la salvation.

Jusqu’à maintenant il était certain que Jésus était la victime divine mais il y avait beaucoup de perpétrateurs dans l’histoire, dont les Juifs et les Romains, selon la version à laquelle vous adhérez. Maintenant il est clair non seulement qu’il n’y avait qu’un perpétrateur principal, à savoir Judas, mais qu’en plus Jésus était lié au perpétrateur qui le trahit.

Le lien victime-perpétrateur explique non seulement la contagion pathologique de la doctrine de la rédemption mais elle explique également comment le sauveur historique en vint à accomplir sa mission divine en premier lieu.

Si maintenant nous avons compris que la victimisation n’est pas simplement le résultat d’un acte de perpétuation mais réellement un moyen pour les perpétrateurs de dominer le monde en collusion avec leurs victimes, nous pouvons alors remercier Judas pour cette découverte stupéfiante – et peut-être même libératrice.

John Lash. Dimanche de Pâques 2006.

Traduction de Dominique Guillet.

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