Visions de Anne Catherine Emmerich

La Vie de la Vierge Marie – Partie 9/12

Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

LXXXI – Le térébinthe d’Abraham. La sainte Famille se repose au bord d’une fontaine, près d’un baumier.

(Le dimanche, 4 mars.)

Hier, samedi, après la clôture du sabbat, la sainte Famille quitta Nazara pendant la nuit ; je la vis, tout le dimanche et la nuit suivante jusqu’au lundi, rester cachée près de ce grand vieux térébinthe, sous lequel elle s’était arrêtée en allant à Bethléhem, lorsque la sainte Vierge avait tant souffert du froid. C’était le térébinthe d’Abraham, près du bois de Moreh, à peu de distance de Sichem, de Thenat, de Siloh et d’Arumah. Les projets d’Hérode étaient connus dans ce pays, et la sainte Famille n’y était pas en sûreté. C’était près de cet arbre que Jacob avait enfoui les idoles de Laban. Josué rassembla le peuple près de ce térébinthe, sous lequel il avait dressé le tabernacle où était l’Arche d’alliance, et l’y fit renoncer aux idoles. Ce fut aussi là qu’Abimelech, le fils de Gédéon, fut salué roi par les Sichémites.

(Le dimanche, 4 mars.)

Ce matin, de bonne heure, je vis la sainte Famille dans une contrée fertile, se reposer près d’une petite source, à côté d’un buisson de baume. L’Enfant-Jésus avait les pieds nus ; il était sur les genoux de la sainte Vierge. Ces arbrisseaux de baume étaient couverts de baies rouges ; il y avait à quelques branches des incisions d’où sortait un liquide qui était recueilli dans de petits vases. J’étais étonnée qu’on ne les volât pas. Saint Joseph remplit de cette liqueur les petites cruches qu’il avait avec lui. La sainte Famille mangea des petits pains et des baies cueillies sur des arbrisseaux voisins. L’âne buvait et paissait dans le voisinage. Je vis à leur gauche, dans le lointain, les hauteurs sur lesquelles était Jérusalem. C’était un tableau très touchant.

LXXXII – Juttah. Elisabeth s’enfuit dans le désert avec le petit Jean-Baptiste.

(Le mardi, 6 mars.)

Zacharie et Elisabeth avaient appris aussi le danger qui les menaçait. Je crois que la sainte Famille leur avait envoyé un messager sûr. Je vis Elisabeth porter le petit Jean à un lieu très retiré dans le désert, à deux lieues d’Hébron. Zacharie les accompagna jusqu’à un endroit où ils traversèrent un petit cours d’eau sur une poutre. Alors Zacharie se sépara d’eux et se dirigea vers Nazareth par le chemin que Marie avait suivi lors de sa visite à Élisabeth. Je les vis en voyage aujourd’hui. Probablement il voulait prendre des informations plus précises auprès de sainte Anne. Plusieurs amis de la sainte Famille à Nazareth sont très attristés de son départ. Le petit Jean n’avait sur lui qu’une peau d’agneau. Quoiqu’il eut à peine dix-huit mois, il pouvait déjà courir et sauter. Il portait dès lors à la main un petit bâton blanc avec lequel il jouait à la manière des enfants. Il ne faut pas se représenter par le mot désert une immense étendue de pays sablonneuse et stérile, mais plutôt une solitude avec beaucoup de rochers, de ravins et de grottes, où croissent çà et là divers arbrisseaux produisant des baies et des fruits sauvages.

Élisabeth porta le petit Jean dans une caverne où Madeleine séjourna quelque temps après la mort de Jésus. Je ne me souviens pas bien combien de temps Élisabeth s’y tint cachée cette fois avec son enfant, si jeune encore ; elle y resta probablement jusqu’au moment où la persécution d’Hérode -, parut plus à craindre. Elle revint alors avec son fils à Juttah ; je l’ai vue s’enfuir encore dans le désert avec le petit Jean, lorsqu’Hérode convoqua les mères qui avaient des enfants de moins de deux ans, ce qui eut lieu près d’un an plus tard.

La narratrice avait raconté jusqu’ici, jour par jour, les scènes de la faite en Egypte ; il y eut alors une interruption causée par la maladie ; et lorsqu’elle reprit, plusieurs jours après, le fit de son récit, elle dit :  » Je ne puis plus désigner exactement les jours ; mais je raconterai les diverses scènes de la fuite en Egypte à peu près dans l’ordre où je me souviens de les avoir vues « .

LXXXIII – Halte de la sainte Famille dans une grotte. Marie montre à l’Enfant-Jésus le petit Jean dans le lointain.

Après que la sainte Famille eut franchi quelques hauteurs dépendant de la montagne des Oliviers, je la vis aller au delà de Bethléhem, dans la direction Hébron. A deux lieues environ du bois de Mambré, je la vis entrer dans une grotte spacieuse, placée dans une gorge sauvage, au-dessus de laquelle se trouvait un endroit dont le nom ressemble à Héphraim. Je crois que c’était la sixième station de leur voyage. Je les vis arriver là accablés de fatigue et de tristesse. Marie était très triste et pleurait. Ils souffraient toute espèce de privations, car ils prenaient des chemins détournés, évitant toutes les villes et les auberges publiques. Ils se reposèrent ici tout un jour. Il y eut plusieurs grâces miraculeuses pour leur soulagement. Une source jaillit dans la grotte, à la prière de la sainte Vierge. Une chèvre sauvage vint à eux et se laissa traire ; un ange leur apparut aussi et les consola.

Un prophète avait souvent prié dans cette grotte. Samuel, à ce que je crois, s’y arrêta quelquefois. David gardait près de là les troupeaux de son père. Il y pria et y reçut des ordres apportés par un ange, par exemple, l’ordre de se présenter au combat contre Goliath’.

Elle oublia de mentionner cette halte de la sainte Famille dans son récit général de la fuite en Égypte ; mais elle raconta ceci dans ses communications journalières sur la prédication de Jésus-Christ lorsqu’elle vit le Sauveur, après son baptême, dans les environs de Bethléhem, visiter avec quelques disciples tous les endroits où sa mère s’était arrêtée avec lui. Elle vit Jésus après son baptême par saint Jean qu’elle raconta le 28 septembre 1821, s’arrêter dans cette glotte avec les disciples du 8 au 9 octobre, et l’entendit parler des grâces accordées dans ce lieu, et en général des fatigues de la fuite en Égypte. Il bénit cette grotte, et donna à entendre qu’un jour on bâtirait là une église.

Le 18 octobre, elle ajouta :

Cette grotte rut appelée plus tard le Séjour de Marie, et visitée par les pèlerins sans qu’on sut bien son histoire. De pauvres gens en firent postérieurement leur habitation. 2 Elle décrivit avec détails la situation de ce lieu, et, longtemps après l’écrivain trouva, à son grand étonnement, dans le voyage à Jérusalem du franciscain Antoine Gonzalès (Anvers, 1679, 1ère partie, p. 556) qu’à deux petites lieues d’Hébron, dans la direction de Bethléhem, il avait été dans un village appelé Village de Marie, où elle s’était arrêtée lors de la fuite en Égypte. Il était sur une hauteur, ajoutait-il, et il y avait encore une église avec trois arcades et trois portes. Marie sur l’âne avec l’Enfant-Jésus, et saint Joseph, qui les conduisait, étaient représentés sur le mur. Au bas de la montagne sur laquelle étaient le village et l’église, il y avait une belle source appelée Source de Marie. Tout cela s’accorde avec la description de la localité donnée par 1a soeur. Anieux, dans le second volume de ses Mémoires (Leipsig. 1783), dit aussi :  » Entre Hébron et Bethléhem, nous passâmes par le, Village de la sainte Vierge, qu’on dit s’être reposée là lors de la fuite en Égypte « .

En quittant cette grotte, ils firent sept lieues au midi, laissant toujours la mer Morte à leur gauche, et deux lieues au delà d’Hébron, ils entrèrent dans le désert où se trouvait alors le petit Jean-Baptiste. Ils passèrent à une portée de trait de la grotte où il était. Je vis la sainte Famille, fatiguée et languissante, s’avancer dans un désert de sable. L’outre qui contenait l’eau et les petites cruches de baume étaient vides. La sainte Vierge était triste, elle avait soif, Jésus aussi. Ils se détournèrent un peu de la route, vers un enfoncement ou il y avait des buissons et un peu de gazon desséché. La sainte Vierge descendit de l’âne et s’assit par terre. Elle avait Son enfant devant elle ; elle était triste et priait.

Pendant que la sainte Vierge demandait de l’eau, comme Agar dans le désert, mes yeux furent attirés par un incident singulièrement touchant. La grotte dans laquelle Élisabeth avait caché le petit saint Jean était tout près de là, au milieu de rochers élevés, et je vis le petit Jean errer à peu de distance parmi les broussailles et les pierres. Il semblait plein, d’un désir inquiet, comme s’il eût attendu quelque chose. Je ne vis pas alors Élisabeth. La vue de ce petit enfant, courant d’un pas assuré dans le désert, faisait une vive et touchante impression. De même qu’il avait tressailli dans le sein de sa mère comme pour aller à la rencontre de son Seigneur, il était excité cette fois par le voisinage de son rédempteur souffrant de la soif. Il avait une peau d’agneau jetée sur les épaules et attachée autour des reins ; il tenait à la main son petit bâton, au haut duquel flottait une banderole d’écorce. Il sentait que Jésus passait, qu’il avait soif ; il se jeta à genoux et cria vers Dieu les bras étendus. Puis il se leva vivement, courut, poussé par l’esprit, jusqu’à une haute paroi du rocher, et frappa le sol avec son bâton. Il en sortit aussitôt une source abondante. Jean courut en hâte à l’endroit où elle descendait. Il s’arrêta là et vit dans le lointain la sainte Famille qui passait.

La sainte Vierge éleva l’Enfant-Jésus en l’air, et le tourna de ce côté en disant :  » Voilà Jean dans le désert !  » Je vis Jean tressaillir de joie près de l’eau qui se précipitait. Il fit un signe en agitant la banderole de son bâton, puis il s’enfuit dans la solitude.

Elle entendit le Seigneur raconter lui-même ce touchant incident, lorsqu’elle le vit, le 26 du mois de thebet, 14 janvier de la troisième année de sa prédication, dans la maison paternelle de saint Jean-Baptiste, près de Juttah, en compagnie de la sainte Vierge, de Pierre, de Jean et de trois disciples du Précurseur. Il leur adressa quelques paroles de consolation sur le meurtre de Jean-Baptiste, qui avait eu lieu à Machérunte, le 20 de Thébet (8 janvier), lors de la fête anniversaire de la naissance d’Hérode. On avait étendu devant eux un tapis que Marie et Élisabeth avaient fait après la Visitation, et sur lequel diverses sentences significatives avaient été brodées à l’aiguille. Jésus parla beaucoup de saint Jean, et dit que le Précurseur l’avait vu deux lois des veux du corps : une foie lors de la fuite en Egypte, et l’autre fois lors de 60n baptême.

Le ruisseau, au bout de quelque temps, arriva au chemin que suivaient les voyageurs. Je les vis passer outre et s’arrêter près de quelques buissons, à une place commode, où il y avait du gazon desséché. La sainte Vierge mit pied à terre avec l’enfant. Tous étaient pénétrés d’une joyeuse émotion. Marie s’assit sur l’herbe. Joseph creusa, à quelque distance, un petit bassin que l’eau vint remplir. Quand elle s’y montra tout à fait limpide, ils en burent tous. Marie baigna l’enfant ; ils se lavèrent les mains, les pieds et je visage. Joseph amena l’âne, qui se désaltéra, et il remplit son outre. Ils étaient pleins de joie et de reconnaissance. Le gazon desséché s’imbiba et se redressa. Le soleil se montra brillant ; tous étaient ranimés et silencieux. Ils firent là une halte de deux ou trois heures.

LXXXIV – Dernière halte sur le territoire d’Hérode. Détails personnels à la narratrice.

La dernière halte de la sainte Famille dans les états d’Hérode fut à peu de distance d’une ville, sur la frontière du désert, à deux lieues environ de la mer Morte. La ville s’appelait comme Anam, Anem ou Anim. (Elle hésita entre ces noms) ils entrèrent dans une maison isolée ; c’était une auberge à l’usage des gens qui voyageaient dans le désert. Il y avait là des cabanes et des hangars contre une hauteur : on trouvait alentour quelques fruits sauvages. Les habitants me parurent être des chameliers ; ils avaient plusieurs chameaux qui erraient dans des pâturages entourés de haies. C’étaient des gens de moeurs assez farouches, et qui s’étaient livrés au brigandage. Cependant ils reçurent bien la sainte Famille et lui donnèrent l’hospitalité. Dans la ville voisine, il y avait aussi beaucoup de gens à la vie désordonnée, qui s’étaient établis là après la guerre. Il se trouvait entre autres dans l’auberge un homme d’environ vingt ans, qui s’appelait Ruben ‘.

Elle fit mention de cette auberge pour la première fois dans le récit des années de la prédication de Jésus lorsque le Seigneur, après son baptême, le 8 octobre, se rendit en ce lieu, venant de la vallée des bergers, convertit ce Ruben, et guérit plusieurs malades pendant que les disciples l’attendaient dans la grotte voisine d’Héphraim. Il enseigna aux endroits où la sainte famille s’était reposée, et parla aux habitants de la grâce qui leur était actuellement accordée comme d’une récompense de leur hospitalité antérieure. En allant de ce lieu à la grotte voisine d’Héphraim, il passa près d’Hébron. Saint Jérôme et Eusèbe parlent d’un lieu appelé Anim ou Anem, situé à neuf milles au midi d’Hébron, dans le district de Daroma.

(Le jeudi, 8 mars.)

Je vis la sainte Famille, par une nuit étoilée, traverser un désert sablonneux, couvert de broussailles peu élevées. Il me semblait que je voyageais avec eux dans le solitude. Il y avait plus d’un danger, à cause d’une quantité de serpents qui étaient cachés dans les broussailles, où ils se tenaient roulés en cercle sous le feuillage. Ils s’approchaient en sifflant et dressaient leurs têtes contre la sainte Famille, qui passait tranquillement tout entourée de lumière. Je vis encore des animaux malfaisants d’une autre espèce. Ils avaient un long corps noirâtre, avec des pieds très courts et des espèces d’ailes sans plumes, ressemblant à de grandes nageoires. Ils passaient rapidement comme s’ils eussent volé : il y avait dans la forme de leur tête quelque chose qui tenait du poisson. (C’étaient peut-être des lézards volants.) Je vis la sainte Famille arriver comme au bord d’un chemin creux ou d’une profonde excavation dans le sol. Ils voulaient se reposer là derrière des buissons.

J’eus peur alors pour eux. Cet endroit était effrayant, et je voulus en toute hâte leur faire comme un rempart avec des branches entrelacées ; mais il vint à moi une bête horrible, semblable à un ours, et je tus dans une affreuse anxiété. Alors, un vieux prêtre de mes amis, mort depuis peu, m’apparut tout à coup sous la forme d’un beau jeune homme ; il saisit la bête féroce par la nuque et la jeta bien loin. Je lui demandai comment il était venu là, car il devait certainement se trouver bien mieux là Ou il était, et il me répondit :  » Je voulais seulement te secourir, et je ne resterai pas longtemps « . Il me dit en outre que je le reverrais ‘.

‘Toute cette scène est une parabole on action faisant partie d’un songe. Elle veut exercer la charité envers les voyageurs ; elle ne peut cas y réussir par suite d’une faute, d’un acte d’impatience ou de colère : l’ours se précipite sur elle et l’en empêche. Alors un ami décédé, auquel elle a fait du bien spirituel et temporel, vient près d’elle, repousse l’ours, la délivre par son intercession de la tentation de colère a laquelle elle est exposée, etc.

LXXXV – Lieu inhospitalier. Montagnes. Séjour chez des voleurs. Guérison de l’enfant lépreux du brigand.

La sainte Famille fit deux lieues vers l’orient en suivant la grand route ordinaire. Le nom du dernier endroit où ils arrivèrent, entre la Judée et le désert, était quelque chose comme Mara. Cela me fit penser au lieu d’où sainte Anne était originaire ; mais ce n’était point lui. Les gens d’ici étaient sauvages et inhospitaliers, et la sainte Famille ne reçut d’eux aucune aide. Ils entrèrent ensuite dans un grand désert de sable. Il n’y avait plus de chemin ni rien qui leur indiquât la direction à prendre, et ils ne savaient comment faire. Après avoir un peu marché, ils gravirent devant eux une sombre chaîne de montagnes. Ils étaient très attristés ; ils se mirent à genoux et appelèrent Dieu à leur secours. Plusieurs grands animaux sauvages se rassemblèrent autour d’eux ; il semblait d’abord qu’il y eût du danger ; mais ces animaux n’étaient pas méchants. Au contraire, ils les regardèrent d’un air amical, comme me regardait le vieux chien de mon confesseur lorsqu’il venait à moi. Je connus que ces bêtes étaient envoyées pour leur montrer le chemin. Elles regardaient du côté de la montagne, couraient en avant, puis revenaient, comme fait un chien qui veut conduire quelqu’un. Je vis enfin la sainte Famille suivre ces animaux et arriver à travers les montagnes (de Seir ?) à une contrée triste et sauvage.

Il faisait sombre ; ils cheminèrent le long d’un bois. Hors du chemin, devant le bois, je vis une méchante cabane. A peu de distance on avait suspendu à un arbre une lanterne qu’on pouvait voir de très loin, et qui était destinée à attirer les voyageurs. Le chemin était très difficile et coupé ça et là par des fossés. Il y avait aussi des fossés autour de la cabane, et sur les parties du chemin où l’on pouvait passer, étaient tendus des fils cachés, qui correspondaient à des sonnettes placées dans la cabane. Les voleurs qui y habitaient étaient ainsi avertis de la présence des voyageurs et venaient les dépouiller. Cette cabane de voleurs n’était pas toujours à la même place, elle était mobile, et ses habitants la transportaient ailleurs, suivant les circonstances.

Quand la sainte Famille s’approcha de la lanterne, je la vis entourée du chef des voleurs et de cinq de ses compagnons. Ils avaient d’abord de mauvaises intentions ; mais je vis partir de l’Enfant-Jésus un rayon de lumière, qui toucha comme un trait le coeur du chef, lequel ordonna à ses gens de ne pas faire de mal aux saints voyageurs. La sainte Vierge vit aussi ce rayon arriver au coeur du brigand, comme elle le raconta à la prophétesse Anne après son retour.

Ce détail est mentionné ici parce que nous rapportons cet événement, ainsi que beaucoup d’autres choses relatives à la fuite en Egypte, d’après les conversations du vieil Essénien Eliud, qui accompagna Jésus lorsqu’il alla de Nazareth au lieu où saint Jean baptisait. Il raconta que la prophétesse Anne lui avait dit avoir appris cette circonstance de la bouche de la sainte Vierge.

Le voleur conduisit alors la sainte Famille dans sa cabane, où se trouvaient sa femme et ses deux enfants. La nuit était venue. L’homme raconta à sa femme le mouvement extraordinaire qui s’était produit en lui à la vue de l’enfant. Elle accueillit la sainte Famille avec quelque timidité, quoique non sans bienveillance. Les saints voyageurs s’assirent à terre dans un coin et se mirent à manger quelque chose des provisions qu’ils avaient avec eux. Leurs hôtes furent d’abord réservés et craintifs, ce qui pourtant ne paraissait pas être dans leurs habitudes. Peu à peu ils se rapprochèrent. Il vint d’autres hommes qui, pendant ce temps, avaient mis sous un abri l’âne de Joseph. Ces gens s’enhardirent, se placèrent autour de la sainte Famille et s’entretinrent avec elle. La femme offrit à Marie des petits pains avec du miel et des fruits. Elle lui porta aussi à boire. Le feu était allumé dans une excavation pratiquée dans un coin de la hutte. la femme disposa une place séparée pour la sainte Vierge, et lui apporta, sur sa demande, une auge pleine d’eau pour baigner l’Enfant-Jésus. Elle lava aussi ses langes et les fit sécher devant le feu.

Marie baigna l’Enfant-Jésus sous un drap. Le voleur était si ému qu’il dit à sa femme :  » Cet enfant juif n’est pas un enfant ordinaire ; c’est un saint enfant. Prie la mère de nous laisser baigner notre petit garçon lépreux dans l’eau où elle l’a lavé ; cela le guérira peut-être « . Quand la femme s’approcha de Marie, celle-ci lui dit ? avant qu’elle n’eut parlé, de laver son enfant lépreux dans cette eau. La femme apporta dans ses bras un petit garçon d’environ trois ans. Il était rongé de la lèpre, et son visage n’était qu’une croûte. L’eau dans laquelle Jésus avait été baigné paraissait plus claire qu’auparavant. Quand l’enfant y eut été mis, les croûtes de la lèpre se détachèrent et tombèrent à terre. Il était parfaitement guéri.

La mère était transportée de joie. Elle voulait embrasser Marie et l’Enfant-Jésus ; mais Marie lui fit signe de n’en rien faire. Elle ne se laissa pas toucher par elle, non plus que le petit Jésus. Elle lui dit de creuser une citerne dans le roc et d’y verser cette eau, qui donnerait à la citerne la même vertu. Elle s’entretint encore avec elle, et je crois que la femme promit de quitter ce lieu à la première occasion.

Ces gens étaient tout joyeux de la guérison de leur enfant. Plusieurs de leurs compagnons étant venus pendant la nuit, on leur montra l’enfant guéri, et on leur raconta ce qui s’était passé. Ces nouveaux venus, parmi lesquels étaient quelques jeunes garçons, entourèrent la sainte Famille et la regardèrent avec étonnement. Il était d’autant plus remarquable de voir ces brigands se montrer si respectueux envers la sainte Famille, que je les vis, pendant cette même nuit où ils recevaient de si saints hôtes, arrêter plusieurs autres voyageurs attirés par la lumière placée dans leur voisinage, et les conduire dans une grande caverne placée plus bas dans le bois. Cette caverne, dont l’entrée était cachée par des broussailles, paraissait être leur magasin. J’y vis plusieurs enfants volés, âgés de sept à huit ans, et une vieille femme chargée de garder tout ce qui s’y trouvait. J’y vis des vêtements, des tapis, de la viande, des chameaux, des montons, des animaux plus grands, et toute espèce de butin. C’était un endroit spacieux ; tout s’y trouvait en abondance.

Je vis Marie prendre un peu de sommeil pendant cette nuit ; la plupart du temps elle resta assise sur sa couche. Ils partirent de grand matin, munis de provisions qu’on leur avait données. Ces gens les accompagnèrent quelque temps et les menèrent jusqu’au bon chemin, en les faisant passer près de plusieurs fosses.

Ces voleurs prirent congé de la sainte Famille avec une grande émotion, et le chef dit aux voyageurs, d’une façon très expressive :  » Souvenez-vous de nous en quelque lieu que vous alliez. A ces paroles, je vis tout d’un coup une scène de crucifiement, et je vis le bon larron dire à Jésus :  » Souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume « . Je reconnus que c’était l’enfant guéri de la lèpre. La femme du brigand renonça au bout d’un certain temps à la vie qu’elle menait ; elle s’établit dans un endroit où la sainte Famille s’était reposée postérieurement ; une source y avait jailli, et un jardin de baumiers y était venu ; plusieurs honnêtes familles s’établirent dans cet endroit.

LXXXVI – Le désert. Première ville égyptienne. Habitants malveillants. Longueur du voyage.

Je vis la sainte Famille entrer dans un désert. Comme ils avaient perdu leur chemin, je vis s’approcher d’eux des reptiles de diverses espèces, entre autres des lézards rampants avec des ailes de chauve-souris, et aussi des serpents ; ils ne cherchaient pourtant pas à leur faire du mal, et paraissaient seulement vouloir montrer le chemin. Plus tard encore, comme ils ne savaient plus quelle direction prendre, je vis qu’elle leur fut indiquée par un gracieux miracle. Des deux côtés du chemin sortit de terre la plante appelée rose de Jéricho, avec ses branches, à feuilles frisées, portant au milieu de petites fleurs. Ils s’avancèrent pleins de joie, et virent à perte de vue s’élever des plantes semblables ; il en fut ainsi tout le long du désert. Il fut révélé à la sainte Vierge qu’à une époque postérieure des gens du pays viendraient cueillir ces fleurs et les vendre aux voyageurs étrangers pour avoir du pain. Je vis qu’en effet cela eut lieu dans la suite. Le nom de cet endroit était comme Gas ou Gose ‘. Je les vis ensuite arriver à un lieu qui s’appelait, si je ne me trompe, Lepe ou Lape. Il y avait de l’eau en cet endroit ; il s’y trouvait des fossés, des canaux et des digues élevées. Ils traversèrent un cours d’eau à l’aide d’un radeau formé de poutres, sur lequel se trouvaient des espèces de grandes cuves dans lesquelles on plaçait les ânes. Deux hommes laids, basanés, à moitié nus, avec des nez épatés et de grosses lèvres, les passèrent. Ils arrivèrent ensuite près des maisons isolées du bourg ; les habitants étaient si grossiers et si hautains qu’ils passaient outre sans entrer en pourparler avec eux. C’était, je crois, la première ville paienne (égyptienne ?). Ils avaient voyagé dix jours sur le territoire de la Judée et dix jours dans le désert.

C’était peut-être le lieu mentionné dans le livre de Josué, X, 41 ; XI, 16 ; XV, 51.
Elle veut probablement parler de Peluse ; car souvent elle changeait les lettres de place, disant, par exemple, Lep au lieu de Pel.

Je vis ensuite la sainte Famille dans un pays de plaine appartenant au territoire égyptien ; il y avait ça et là de vastes prairies où erraient des troupeaux. Je vis aussi des arbres auxquels des idoles semblables à des enfants au maillot étaient attachées par deux bandelettes ; elles étaient couvertes de figures ou de caractères. Je vis aussi ça et là des hommes gros et trapus habillés à la façon de ces fileurs de coton que j’avais vus près de la frontière du pays des trois rois ; je vis ces gens aller devant les idoles et leur rendre hommage. La sainte Famille entra dans un hangar où était du bétail qui sortit pour lui faire place. Ils manquaient entièrement d’aliments ; ils n’avaient ni pain ni eau. Personne ne leur donna rien. Marie pouvait à peine allaiter son enfant. Ils eurent alors à endurer toutes les souffrances humaines. Enfin quelques bergers vinrent faire boire leur troupeau à un puits fermé ; sur l’instante prière de saint Joseph, ils leur donnèrent un peu d’eau.

Je vis ensuite la sainte Famille dépourvue de tout secours et toute languissante traverser un bois à la sortie duquel était un dattier très élancé, portant à son sommet des fruits qui formaient comme une grappe. Marie vint près de cet arbre, tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras ; elle fit une prière, et éleva l’enfant en l’air ; alors l’arbre courba sa tête vers eux comme s’il se fût agenouillé, et ils cueillirent tous ses fruits. L’arbre resta dans cette position.

Je vis toute espèce de gens du lieu précédent suivre la sainte Famille, et Marie donner des fruits de l’arbre à plusieurs enfants nus qui couraient après elle. A un quart de lieue environ de ce premier arbre, je les vis arriver près d’un grand sycomore d’une grosseur extraordinaire. Il était creux, et ils s’y cachèrent pour éviter les gens qui les suivaient et qu’ils avaient alors perdus de vue ceux-ci passèrent outre. La sainte Famille passa là

LXXXVII – Plaine de sable. Source qui jaillit à la prière de Marie. Origine du jardin de baume.

Le jour suivant ils continuèrent leur route à travers des sables déserts. Ils n’avaient pas d’eau, et ils s’assirent tout épuisés près d’un monticule de sable. La sainte Vierge implora Dieu, et je vis une source abondante jaillir à côté d’elle et arroser le terrain d’alentour. Joseph fit un petit bassin pour cette source, et creusa une rigole pour l’écoulement de l’eau. Ils se reposèrent là ; Marie lava l’Enfant-Jésus ; Joseph fit boire l’âne, et remplit son outre d’eau. Je vis de vilaines bêtes, comme d’énormes lézards, et aussi des tortues s’approcher pour se rafraîchir. Elles ne tirent pas de mal à la sainte Famille, mais la regardèrent d’un air amical. L’eau qui coulait de la source faisait un assez grand circuit, et se perdait de nouveau dans la terre à peu de distance.

La portion de terrain qu’elle arrosait fut merveilleusement bénie ; elle fut bientôt couverte de verdure, et le précieux arbre qui produit le baume y vint en grande quantité ; la sainte Famille, à son retour d’Egypte, put déjà y prendre du baume. Ce lieu devint plus tard célèbre comme jardin de baume. Diverses personnes s’y établirent : je crois que la mère de l’enfant du voleur qui avait été guéri de la lèpre fut de ce nombre. J’ai vu plus tard des scènes qui se passèrent dans cet endroit. Une belle clôture formée de baumiers entourait le jardin, où se trouvaient plusieurs autres arbres fruitiers. A une époque postérieure on creusa là un autre puits large et profond, d’où on tirait, à l’aide d’une roue mise en mouvement par des boeufs, une grande quantité d’eau qu’on mêlait avec celle de la source de Marie, pour arroser tout le jardin : sans ce mélange, l’eau du nouveau puits aurait été nuisible. Il me fut montré aussi que les boeufs qui mettaient la roue eu mouvement ne travaillaient pas depuis le samedi à midi jusqu’au lundi matin.

LXXXVIII – Héliopolis ou On. Une idole tombe en avant de la ville. Tumulte qui en résulte.

Quand ils se furent restaurés en ce lieu, ils se rendirent une grande ville, bien bâtie, mais en partie ruinée. C’était Héliopolis, qui s’appelle aussi On. C’était là que, au temps des enfants de Jacob, habitait le prêtre égyptien Putiphar, chez lequel demeurait Asnath, la fille qu’avait eue Dinah après son enlèvement par les Sichémites, et que le patriarche Joseph épousa.

C’était aussi là que demeurait Denys l’Aréopagite à l’époque de la mort de Jésus La ville avait été dévastée et dépeuplée par la guerre, et des gens de toute espèce étaient venus ensuite s’établir dans ses édifices en ruine.

Ils passèrent, sur un pont très élevé et très long, une large rivière (le Nil), qui me parut avoir plusieurs bras. Ils vinrent sur une place située devant la porte de la ville et qui était entourée d’une espèce de promenade. Là se trouvait, sur un tronçon de colonne, plus large d’en bas que d’en haut, une grande idole à tête de boeuf, qui tenait dans ses bras quelque chose de semblable à un enfant au maillot. Elle était entourée de pierres formant comme des bancs ou des tables sur lesquelles les gens qui venaient de la ville, en grand nombre, vers cette idole, déposaient leurs offrandes Non loin de là se trouvait un très grand arbre sous lequel la sainte Famille s’assit pour se reposer.

Ils étaient là depuis quelques instants à peine, lorsque la terre trembla, et que l’idole chancela et tomba. Il s’ensuivit beaucoup de tumulte et de cris parmi le peuple ; beaucoup de gens qui travaillaient à un canal dans le voisinage accoururent. Un brave homme, qui était, je crois, un ouvrier du canal, et qui déjà avait accompagné sainte Famille sur le chemin par où elle était venue là, les conduisit en toute hâte vers la ville. Ils étaient déjà hors de la place où était l’idole, lorsque le peuple les remarqua, et, leur attribuant la chute de la statue, se précipita vers eux en furie, les injuriant et les menaçant, mais cela ne fut pas long ; car bientôt la terre trembla, le grand arbre s’abattit, laissant à nu ses racines, et le sol qui entourait le piédestal de l’idole devint un bourbier d’eau noire et fangeuse dans lequel la statue s’enfonça jusqu’aux cornes. Quelques-uns des plus méchants parmi cette foule furieuse tombèrent aussi dans cette mare d’eau noirâtre. La sainte Famille gagna tranquillement la ville, où elle s’établit dans un édifice massif adossé à un grand temple d’idoles, et où se trouvaient plusieurs places vides.

LXXXIX – Héliopolis. Habitation de la sainte Famille. Travaux de saint Joseph et de la sainte Vierge.

La soeur Emmerich communiqua encore les fragments suivants sur la vie ultérieure de la sainte Famille dans la ville d’Héliopolis ou d’On.

Je franchis une fois la mer pour aller en Egypte, et je trouvai encore la sainte Famille établie dans la grande ville ruinée. Elle s’étend le long d’un grand fleuve à plusieurs bras. On la voit de loin à cause de sa position élevée. Il y a des parties voûtées sous lesquelles coule le fleuve. On en traverse les bras sur des poutres placées dans l’eau pour ce but. Je vis là avec surprise de grands restes d’édifices, des tours à demi détruites, et des temples presque entiers. Je vis des colonnes, semblables à des tours, sur lesquelles ou pouvait monter par l’extérieur. Je vis aussi d’autres colonnes très élevées, pointues par en haut et couvertes d’images étranges, ainsi que beaucoup de grandes figures semblables à des chiens accroupis avec des têtes humaines.

La sainte Famille habitait les salles d’un grand bâtiment supporté d’un côté par de grosses colonnes peu élevées, les unes carrées, les autres rondes. Beaucoup de gens s’étaient arrangé des habitations sous ces colonnes. En haut, au-dessus de cet édifice, régnait un chemin par lequel on allait et venait. En face était un grand temple d’idoles avec deux cours.

Devant un endroit fermé d’un côté par un mur, s’ouvrant de l’autre sous une rangée de gros piliers peu élevés, Joseph avait disposé une légère construction en bois, divisée par des cloisons en plusieurs compartiments : c’était là qu’ils habitaient. Je les y vis tous ensemble. Je remarquai, pour la première fois, que, derrière une de ces cloisons, ils avaient un petit autel où ils priaient : c’était une petite table avec une couverture rouge, et une autre couverture blanche et transparente par-dessus ; une lampe la surmontait. Je vis plus tard saint Joseph tout à fait installé ; il travaillait souvent au dehors Il faisait de longs bâtons avec des pommeaux ronds à l’extrémité, de petits escabeaux à trois pieds et des corbeilles. Il fabriquait aussi des cloisons légères en branches entrelacées. Les gens du pays y ajoutaient un certain enduit, et s’en servaient pour disposer des cabanes à compartiments contre les murs et même dans ces murs, qui étaient d’une épaisseur extraordinaire. Il faisait aussi, avec des planches longues et minces, de petites tours légères, à six ou huit pans, se terminant en pointe, et surmontées d’un bouton. Il y avait une ouverture, en sorte qu’une personne pouvait s’y asseoir comme dans une guérite. Des degrés étaient pratiqués à l’extérieur pour monter jusqu’en haut. Je vis de petites tours semblables devant les temples des idoles, et aussi sur des toits plats. On s’asseyait dedans. C’étaient peut-être des espèces de corps de garde ou des abris contre le soleil.

Je vis la sainte Vierge tresser des tapis. Je la vis aussi s’occuper d’un autre travail pour lequel elle se servait d’un bâton à l’extrémité duquel était un pommeau ; je ne sais pas si elle filait ou faisait quelque autre ouvrage. Je vis souvent des gens la visiter, ainsi que l’Enfant-Jésus, qui était près d’elle par terre dans une espèce de petit berceau. Je vis plusieurs fois ce berceau placé sur une espèce de tréteau comme ceux des scieurs. Je vis l’enfant gracieusement couché dans ce berceau ; je l’y vis une fois sur son séant. Marie était assise à coté et tricotait. Il y avait une petite corbeille près d’elle. Trois femmes se trouvaient là.

Les hommes qui habitaient cette ville en ruine étaient vêtus comme ces fileurs de coton que je vis lorsque j’allai à la rencontre des trois rois ; seulement ils portaient des espèces de tabliers ou plutôt des robes courtes autour du corps. Il y avait là peu de Juifs. Je les voyais roder avec précaution, comme s’ils n’avaient pas eu la permission d’habiter dans cet endroit.

Au nord d’Héliopolis, entre cette ville et le Nil, qui se divisait en plusieurs bras, se trouvait le pays de Gessen. Il y avait là un lieu où demeuraient entre deux canaux un assez grand nombre de Juifs, fort dégénérés en ce qui touchait la pratique de leur religion. Plusieurs d’entre eux avaient fait connaissance avec la sainte Famille ; Marie faisait pour eux des ouvrages de femme, au moyen desquels elle se procurait du pain et d’autres aliments. Les Juifs de la terre de Gessen avaient un temple qu’ils mettaient en parallèle avec celui de Salomon, mais il était fort différent.

Je vis la sainte Famille à Héliopolis. Ils habitaient encore près du temple d’idoles, dans l’édifice dont j’ai parlé Joseph avait construit, assez près de là, un oratoire où les Juifs qui habitaient cet endroit se réunissaient avec eux. Auparavant, ils n’avaient pas de lieu pour prier en commun. Cet oratoire était surmonté d’une coupole légère qu’on pouvait ouvrir, et alors on se trouvait comme en plein air. Au milieu se trouvait une table ou un autel sur lequel étaient posés des rouleaux écrits. Le prêtre ou le docteur était un homme très avancé en âge. Les femmes étaient d’un côté, les hommes de l’autre.

Je vis la sainte Vierge La première fois qu’elle vint dans cet oratoire avec l’Enfant-Jésus. Elle était assise par terre, appuyée sur un bras. Elle avait devant elle l’enfant, vêtu d’une robe bleu de ciel, et elle joignait ses petites mains sur sa poitrine. Joseph se tenait derrière elle, comme il faisait toujours, quoique les autres, hommes et femmes, fussent assis ou debout, les uns d’un côté, les autres de l’autre.

L’Enfant-Jésus me fut aussi montré quand il était plus grand et qu’il recevait souvent la visite d’autres enfants. Il pouvait déjà parler et courir ; il était habituellement près de saint Joseph, et allait souvent avec lui lorsqu’il travaillait au dehors. Il avait une petite robe, semblable à une petite chemise tricotée ou faite d’un seul morceau.

Comme ils habitaient dans le voisinage d’un temple, quelques-unes des idoles qui s’y trouvaient étaient tombées en morceaux ; beaucoup de gens se souvenant de la chute de l’idole qui avait eu lieu devant la porte lors de leur entrée, attribuèrent cela à la colère des dieux contre eux, et ils eurent beaucoup de persécutions à souffrir à cause de cela.

XC – Sur le massacre des Innocents par Hérode.

Jésus étant à peu près au milieu de sa seconde année, un ange apparut à la sainte Vierge, à Héliopolis, et lui apprit le massacre des enfants par Hérode. Joseph et elle en furent très affligés, et l’Enfant-Jésus pleura toute la journée. Voici ce que je vis à cette occasion.

Les trois rois n’étant pas revenus à Jérusalem, les craintes d’Hérode, qui avait alors diverses affaires de famille à régler, se calmèrent un peu ; mais elles se réveillèrent de nouveau lorsqu’après le retour de la sainte Famille à Nazareth, mille bruits arrivèrent jusqu’à lui touchant les prédictions faites par Siméon et par Anne lors de la présentation de Jésus au temple. Il envoya des soldats, sous divers prétextes, en différents lieux des environs de Jérusalem, à Gilgal, à Bethléhem, et jusqu’à Hébron, et il fit faire un dénombrement des enfants. Les soldats occupèrent ces endroits pendant neuf mois. Hérode, pendant ce temps, était à Rome ‘, et ce ne fut qu’après son retour que les enfants furent égorgés. Jean avait alors deux ans, et il avait été caché chez ses parents pendant quelque temps, avant qu’Hérode ait donné l’ordre aux mères de présenter devant les autorités leurs enfant. Agés de deux ans et au-dessous. Élisabeth, avertie par un ange, s’enfuit de nouveau dans le désert avec le petit saint Jean. Jésus avait alors prés d’un an et demi et pouvait déjà courir.

Les enfants furent égorgés en sept endroits différents. On promit aux mères des gratifications à cause de leur fécondité. Elles portèrent leurs enfants, qu’elles avaient revêtus de leurs plus beaux habits dans les maisons où se tenaient les autorités. Les hommes furent renvoyés et les mères séparées de leurs enfants. Ceux-ci furent égorgés par des soldats dans des cours fermées, jetés en tes enterrés dans des fosses.

La soeur Emmerich raconta sa vision sur le massacre des Innocents, le 8 mars 1821, par conséquent, vers le moment de l’année où eut lieu la fuite en Egypte, en sorte qu’on : peut admettre que cet événement eut lieu un an après.

Elle raconta ceci étant gravement malade : elle mentionna divers événements arrivés dans la famille d’Hérode et divers voyages, mais d’une manière très peu intelligible. Elle ne mentionna clairement que le séjour d’Hérode à Rome. L’écrivain lisant quinze ans après l’histoire d’Hérode le Grand dans l’historien Josèphe, n’y trouva rien qui indiquait un voyage d’Hérode à cette époque, et il ne sait pus d’où peut venir cette erreur. Peut-être voulait-elle dire : Antipater, fils d’Hérode, avait été à Rome. et ce ne fut qu’après son retour qu’eut lieu le massacre des enfants.

Aujourd’hui, vers midi, dit-elle, je vis les mères avec leurs enfants de deux ans et au-dessous, venir à Jérusalem d’Hébron, de Bethléhem et d’un autre endroit où Hérode avait envoyé des soldats et fait donner des ordres en conséquence par ses fonctionnaires Elles se rendirent à la ville en différentes troupes. Plusieurs avaient deux enfants avec elles, et étaient montées sur des ânes. On les conduisit toutes dans un grand bâtiment, et on renvoya les hommes qui les accompagnaient. Elles entrèrent gaiement , car elles croyaient recevoir des gratifications pour leur fécondité.

L’édifice était un peu isolé ; il n’était pas loin de celui qui fut plus tard la demeure de Pilate. Il était entouré de murs, de manière qu’on ne pouvait pas facilement savoir au dehors ce qui se passait dans l’intérieur. Ce devait être un tribunal, car je vis dans la cour des piliers et des blocs de pierres où pendaient des chaînes ; il y avait aussi des arbres qu’on courbait et qu’on liait ensemble pour y attacher des hommes. puis on les laissait se redresser rapidement pour écarteler ces malheureux. C’était un édifice massif et sombre. La cour était presque aussi grande que le cimetière, qui est À un des côtés de l’église principale de Dulmen. Une porte, qui s’ouvrait entre deux murs, conduisait à cette cour, qui était entourée de bâtiments de trois côtés. Ceux de droite et de gauche avaient un étage ; celui du centre ressemblait à une vieille synagogue abandonnée. Ces bâtiments avaient tous des portes sur la cour.

On conduisit les mères, à travers la cour, aux deux bâtiments latéraux ! et on les y enferma. Elles me firent l’effet d’être dans une espèce d’hôpital ou d’auberge. Quand elles se virent privées de leur liberté. elles eurent peur et commencèrent à pleurer et à se lamenter. Elles restèrent ainsi toute la nuit.

Le jour suivant`, 9 mars, elle raconta ce qui suit : J’ai vu aujourd’hui, après midi, un tableau effrayant. Je vis dans la maison de Justice le massacre des Innocents. Le grand édifice de derrière qui fermait la cour était élevé de deux étages. L’étage inférieur consistait en une grande salle nue, semblable à une prison ou à un grand corps de garde ; au-dessus, était une pièce dont les fenêtres avaient vue sur la cour. Je vis là plusieurs personnages rassemblés comme en tribunal ; il y avait devant eux des rouleaux posés sur une table. Je crois qu’Hérode était présent, car je vis un homme en manteau rouge avec une fourrure blanche ; il y avait sur cette fourrure de petites queues noires. Je le vis, entouré des autres, regarder par la fenêtre de la salle.

Les mères, avec leurs enfants, étaient appelées une à une pour être conduites des bâtiments latéraux dans la grande salle inférieure du corps de logis qui était sur le derrière. A l’entrée, les soldats leur enlevaient leurs enfants et les portaient dans la cour, où une vingtaine d’entre eux les massacraient en leur perçant la gorge et le coeur avec des épées et des piques. Il y avait des enfants au maillot que leurs mères allaitaient encore, et d’autres, un peu plus grands, avec de petites robes. Ils ne les déshabillaient pas, mais ils les égorgeaient, et, les prenant par le bras ou par le pied, ils les jetaient en tas. C’était un horrible spectacle.

Les mères furent entassées par les soldats dans la grande salle ; et, quand elles virent ce qu’on faisait de leurs enfants, elles poussèrent des cris lamentables, s’arrachèrent les cheveux et se jetèrent dans les bras les unes des autres. A la fin, elles étaient si serrées, qu’elles pouvaient à peine se remuer. Je crois que le massacre dura jusqu’au soir.

Les enfants furent, plus tard, jetés tous ensemble dans une fosse creusée dans la cour Leur nombre me fut montré, mais je ne m’en souviens pas bien. Je crois qu’il y en avait sept cents, plus un chiffre où se trouvait sept ou dix-sept.

Je fus terrifiée à cette vue ; je ne savais pas où cela avait lieu, je croyais que c’était ici. Quand je me réveillais, je ne pus me remettre que peu à peu. Je vis, dans la nuit suivante, les mères chargées de liens et reconduites chez elles par les soldats. Le lieu du massacre des enfants à Jérusalem était l’ancienne cour des exécutions, située à peu de distance du tribunal de Pilate ; mais des changements y avaient été faits à son époque. Je vis, à la mort de Jésus, s’ouvrir la fosse où avaient été jetés les enfants égorgés ; leurs âmes apparurent et sortirent de là.

A suivre …

Les notes précédées de la mention NDM sont des Notes de Miléna, les autres notes font partie de la version originale.

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