Visions de Anne Catherine Emmerich

La Vie de la Vierge Marie – Partie 7/12

Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

LXI – Bethléhem. Visite à le Crèche. Caravane des Rois. Ils arrivent dans la terre promise.

(Du 14 au 18 décembre.)

La fête de la Dédicace finit avec le sabbat. Joseph n’alluma plus les petites lampes. Le dimanche 16 et le lundi 17, beaucoup de gens des environs vinrent encore à la crèche ; les mendiants effrontés se montrèrent aussi à l’entrée. C’était parce qu’on revenait alors de la fête.

Le 17, il vint deux messagers de sainte Anne avec des provisions de bouche et divers effets. Mais Marie est bien plus prompte que moi à donner. Tout cela fut bientôt distribué. Je vis Joseph commencer à faim divers arrangements dans la grotte de la Crèche, dans les grottes latérales et aussi dans cette du tombeau de Maraha. Ils attendaient bientôt la visite de sainte Anne et aussi celle des trois rois, d’après la vision qu’avait eue Marie.

(Le lundi, 17 décembre.)

Je vis aujourd’hui la caravane des trois rois arriver le soir dans une petite ville où les habitations étaient dispersées ça et là ; plusieurs des maisons étaient entourées de grandes haies, il me sembla que c’était le premier endroit de la Judée. Ils étaient là dans la direction de Bethléhem ; cependant ils prirent à droite, probablement parce qu’il n’y avait pas de route directe. Quand ils arrivèrent dans ce lieu, leur chant sembla plus animé et plus expressif ; ils étaient tout joyeux, parce que l’étoile avait ici un éclat extraordinaire : c’était comme un clair de lune, en sorte que les ombres se dessinaient très distinctement. Cependant les habitants de ce lieu paraissaient ou ne pas voir l’étoile, ou ne point s’en occuper particulièrement. Ces gens étaient, du reste, bons et obligeants. Quelques-uns des voyageurs étaient descendus de leurs montures, et les habitants les aidèrent à les abreuver. Je pensai alors au temps d’Abraham, où tous les hommes étaient si bienveillants et si serviables. Beaucoup de gens du pays accompagnaient le cortège à son passage dans la ville, portant à la main des branches d’arbre. Je ne voyais pas l’étoile toujours également brillante ; quelquefois elle s’obscurcissait. Il semblait qu’elle jetât plus de clarté dans les lieux où habitaient des gens de bien. Quand les voyageurs la voyaient plus éclatante, ils étaient très émus, et croyaient que c’était peut-être en cet endroit qu’ils allaient trouver le Messie.

(Le mardi, 18 décembre.)

Ce matin, ils contournèrent, sans s’y arrêter, une ville sombre et couverte d’un brouillard. Peu après, ils traversèrent un cours d’eau qui se jette dans la mer Morte (peut-être l’Arnon). Plusieurs des gens qui s’étaient adjoints à eux restèrent dans les deux derniers endroits. J’ai su que l’une de ces villes avait servi de refuge à quelqu’un lors d’un débat qui avait eu lieu avant que Salomon ne montât sur le trône. Ils traversèrent le torrent ce matin, et trouvèrent ensuite une bonne route.

(Le mercredi 19.)

Ce soir, je vis le cortège des trois rois, qui pouvait être d’environ deux cents personnes, parce que leur libéralité avait porté beaucoup de menu peuple à se joindre à eux, s’approcher, par le côté oriental, d’une ville à l’occident de laquelle Jésus passa, sans y entrer, le 31 juillet de sa seconde année de prédication. Le nom de cette ville ressemblait à Manathea, Methanea, Medana ou Madian. Il s’y trouvait des Juifs et des paiens ; les habitants étaient méchants.

Saint Jérôme mentionne une ville appelée Methane, prés de l’Arnon. De là les Methanites dont il est parlé dans le premier livre des Paralipomènes (XI, 48).

Quoiqu’une grand route la traversât, les trois rois ne voulurent pas y entrer. Ils passèrent devant le côté oriental pour gagner une enceinte murée où se trouvaient des hangars et des écuries. Les rois y dressèrent leurs tentes, firent boire et manger leurs bêtes, et mangèrent eux-mêmes.

Je vis les rois s’arrêter ici le jeudi 20 et le vendredi 21 ; mais ils furent très attristés, parce qu’ici, comme dans la ville précédente, personne ne savait rien du roi nouvellement né. Cependant je les entendis raconter très amicalement aux habitants beaucoup de choses touchant la cause de leur départ, la longueur de la route et toutes les circonstances de leur voyage. Voici ce que je m’en rappelle encore :

Le roi nouveau-né leur avait été annoncé depuis très longtemps. Je pense que ce fut peu de temps après Job, et avant qu’Abraham n’allât en Égypte ; car une troupe, d’environ trois mille hommes de la Médie, venus du pays de Job (il y en avait aussi d’autres venus de pays différents), avaient fait une expédition en Égypte, et étaient venus jusque dans la contrée d’Eliopolis. Je ne sais pas bien pourquoi ils étaient allés si loin, mais c’était une expédition militaire ; je crois qu’ils étaient venus au secours de quelqu’un. Cependant leur expédition était blâmable, elle était dirigée contre quelque chose de saint ; je ne sais plus si c’était contre de saints hommes ou contre un mystère religieux qui concernait l’accomplissement de la promesse divine.

Dans les environs d’Héliopolis, plusieurs de leurs chefs eurent une révélation par suite de l’apparition d’un ange qui les empêcha d’aller plus loin. Il leur annonça un Sauveur qui devait naître d’une vierge et être honoré par leurs descendants. Je ne sais plus comment les choses se passèrent ; mais ils durent s’arrêter, revenir chez eux et observer les astres. Je les vis établir en Egypte des fêtes de réjouissance ; ils élevèrent des arcs de triomphe et des autels, les ornèrent de fleurs, puis ils revinrent dans leur patrie. C’étaient des gens de la Médie, adorateurs des étoiles ; ils étaient fort grands, presque comme des géants ; ils avaient une taille avantageuse et un beau teint brun tirant sur le jaune. Ils allaient avec leurs troupeaux d’un lieu à un autre, et dominaient partout à cause de leur force supérieure. J’ai oublié le nom d’un prophète principal qui était parmi eux. Ils connaissaient beaucoup de prédictions et observaient certains signes que leur donnaient les animaux. Souvent les animaux se mettaient en travers de leur route et se laissaient tuer plutôt que de se retirer. C’était pour eux un signe, et ils se détournaient des chemins où cela arrivait.

Ces Mèdes, revenant de l’Égypte, avaient les premiers, suivant le récit des saints rois, rapporté la prophétie, et l’on commença dès lors à observer les étoiles. Ces observations tombèrent en désuétude ; mais elles furent renouvelées par les soins d’un disciple de Balaam, et mille ans après celui-ci, les trois prophétesses, filles des ancêtres des trois rois, les firent reprendre. Cinquante ans plus tard, c’est-à-dire à l’époque où l’on était parvenu, l’étoile avait apparu et ils la suivaient pour adorer le nouveau roi.

Ils racontaient tout cela à leurs auditeurs avec beaucoup de simplicité et de sincérité, et ils furent affligés de voir que ceux-ci ne semblaient pas croire à ce qui, depuis deux mille ans, avait été l’objet de l’attente de leurs ancêtres

L’étoile fut obscurcie le soir par des vapeurs ; mais dans la nuit elle se montra grande et brillante entre les nuages qui couraient, et elle parut très près de la terre. Alors ils se levèrent en toute hâte, éveillèrent les habitants du pays et la leur montrèrent. Ces gens regardèrent le ciel tout étonnés et avec quelque émotion ; mais plusieurs s’irritèrent contre les saints rois, et la plupart ne cherchèrent qu’à tirer profit de leur libéralité.

Je les entendis dire combien de chemin ils avaient parcouru depuis leur lieu de réunion jusqu’ici. Ils comptaient par journées de voyage à pied, qu’ils évaluaient à douze lieues. Avec leurs montures, qui étaient des dromadaires et qui allaient plus vite que des chevaux, ils faisaient trente-six lieues par jour, en comptant la nuit et les haltes. Ainsi le plus éloigné des trois rois pouvait faire on deux jours les cinq fois douze lieues qui le séparaient du lieu où ils s’étaient réunis, et les moins éloignés faire en un jour et une nuit leurs trois fois douze lieues. De cet endroit où ils s’étaient réunis jusqu’ici ils avaient fait 672 lieues, et pour cela, à compter de la naissance de Jésus-Christ, ils avaient employé environ vingt-cinq jours et autant de nuits, les jours de repos compris.

Le soir du vendredi 21 décembre, comme le sabbat commençait pour les Juifs habitant ici, lesquels s’étaient rendus à la synagogue d’un petit endroit voisin en passant l’eau sur un pont qui se trouvait à l’ouest, les saints rois se préparèrent à partir. Je vis plusieurs fois ces Juifs regarder l’étoile qui guidait les rois et témoigner à cette, occasion un grand étonnement ; mais ils n’en étaient pas plus respectueux. Ces hommes effrontés et importuns se pressaient comme des essaims de guêpes autour des trois rois pour leur faire des demandes, et ceux-ci, pleins de patience, leur distribuaient sans cesse de petites pièces jaunes triangulaires qui étaient très minces, et aussi des grains de métal d’une couleur plus foncée. Ils devaient être bien riches.

Ils firent ensuite, conduits par les habitants, le tour des murs de la ville, dans laquelle je vis des temples avec des idoles ; puis ils traversèrent le torrent sur un pont et passèrent par le village juif. Ils avaient encore vingt-quatre lieues à faire pour arriver à Jérusalem.

LXII – Bethléhem.-Arrivée de sainte Anne.-Libéralité de la sainte Famille.

Le soir du 19 décembre, je vis sainte Anne, avec Marie d’Héli, une servante, un domestique et deux ânes, passer la nuit à peu de distance de Béthanie : elle se rendait à Bethléem. Joseph avait à peu près fini ses arrangements dans la grotte de la Crèche et dans les grottes latérales, pour loger ses hôtes de Nazareth, et pour recevoir les trois rois, dont Marie avait récemment annoncé l’arrivée lorsqu’ils étaient à Causour. Joseph et Marie étaient allés dans l’autre grotte avec l’Enfant-Jésus. La grotte de la Crèche était entièrement débarrassée. L’âne seul y avait été laissé.

Joseph, autant que je puis m’en souvenir, avait depuis quelque temps payé le second impôt. De nouveaux curieux étaient venus de Bethléhem pour voir l’enfant. Il s’était laissé prendre tranquillement par quelques-uns et s’était détourné de quelques autres en pleurant.

Je vis la sainte Vierge tranquille dans son nouveau logement, qui était arrangé commodément. Sa couche était contre la paroi. L’Enfant-Jésus était près d’elle dans une longue corbeille faite d’écorce, qui reposait sur des fourches. La couche de Marie, ainsi que le berceau de l’Enfant-Jésus qui était à côté, étaient séparés du reste par une cloison en clayonnage. Le jour, quand elle ne voulait pas être seule, elle était assise en avant de cette cloison, ayant l’enfant auprès d’elle. Joseph reposait dans une partie éloignée de la grotte, qui était aussi séparée du reste. Je vis Joseph porter des aliments à Marie dans un plat, ainsi qu’une petite cruche et de l’eau.

(Le jeudi, 20 décembre.)

Ce soir commençait un jour de jeûne. Tous les aliments étaient préparés pour le jour suivant : le feu était couvert et les ouvertures voilées l. Sainte Anne était arrivée avec la soeur aînée de la sainte Vierge et une servante. Ces visiteurs devaient passer la nuit dans la grotte de la Crèche ; c’était pour cela que la sainte Famille s’était retirée dans la grotte latérale. J’ai vu aujourd’hui Marie mettre l’enfant dans les bras de sa mère : celle-ci était profondément touchée. Anne avait apporté des couvertures, des linges et des provisions de bouche. Elle dormit à l’endroit où Elisabeth avait reposé, et Marie lui raconta avec beaucoup d’émotion tout ce qui s’était passé. Anne pleura avec la sainte Vierge, et tout ce récit fut interrompu par les caresses de l’Enfant-Jésus.

(Le vendredi, 21 décembre.)

Je vis aujourd’hui la sainte Vierge revenir dans la grotte de la Crèche et le petit Jésus c ouche de nouveau dans la crèche. Quand Joseph et Marie sont seuls près de l’enfant, je les vois souvent l’adorer. Je vis aussi aujourd’hui sainte Anne se tenir près de la crèche avec la sainte Vierge dans une attitude respectueuse, et contempler l’Enfant-Jésus avec un grand sentiment de dévotion et de ferveur. Je ne sais pas bien si les personnes qui accompagnaient sainte Anne avaient passe la nuit dans l’autre grotte, ou si elles étaient allées ailleurs. Je suis portée à croire qu’elles étaient ailleurs. Je vis aujourd’hui qu’Anne avait apporté différents objets pour la mère et pour l’enfant. Marie a déjà reçu bien des choses depuis qu’elle est ici ; mais tout, autour d’elle, présente l’image de la pauvreté, parce qu’elle donne tout ce dont elle peut se passer à la rigueur. Je l’entendis dire à Anne que les rois de l’Orient viendraient bientôt et que leur visite ferait un grand effet. Je crois que, pendant le séjour des rois, Sainte Anne ira à trois lieues d’ici, chez sa soeur, et qu’elle reviendra plus tard.

(Le samedi, 9 décembre.)

Ce soir, après la clôture du Sabbat, je vis sainte Anne, avec sa compagne, quitter la sainte Vierge pour un certain temps. Elle s’en alla à trois lieues de là, dans la tribu de Benjamin, chez une soeur qui y était mariée. Je ne sais plus le nom de l’endroit, qui consiste seulement en quelques maisons dans une plaine. Il est à une demi lieue du dernier logement de la sainte Famille dans son voyage à Bethléhem.

LXIII – Voyage des trois Rois. Leur arrivée à Jérusalem. Hérode consulte les docteurs de la loi.

(Le samedi, 22 décembre.)

Le cortège des trois rois partit la nuit de Mathanea, et suivit un chemin frayé. Ils ne traversèrent plus aucune ville, mais passèrent le long de tous les petits endroits dans lesquels Jésus, à la fin du mois de juillet de sa troisième année de prédication, enseigna, guérit et bénit les enfants : de ce nombre était Bethabara, où ils arrivèrent le matin de bonne heure pour le passage du Jourdain. Comme c’était le jour du sabbat, ils ne rencontrèrent que peu de gens sur le chemin.

Ce matin, à sept heures, je vis la caravane passer le Jourdain. Ordinairement on traversait le fleuve à l’aide d’un appareil en poutres ; mais pour de grands convois’ avec de lourds bagages, on jetait une espèce de pont. Les bateliers qui habitaient sur les bords avaient coutume de faire ce travail moyennant une rétribution ; mais, comme c’était le jour du sabbat et qu’ils ne pouvaient pas travailler, les voyageurs s’occupèrent eux-mêmes de leur passage, et ils furent aidés par quelques paiens, valets des bateliers. Le Jourdain n’était pas très large en cet endroit, et il était plein de bancs de sable. On plaça des planches sur les poutres à l’aide desquelles on passait ordinairement, et on y fit passer les chameaux. Il fallut assez de temps pour que tout le monde pût atteindre la rive occidentale.

Le soir, à cinq heures et demie, elle dit : ils ont laissé Jéricho à leur droite ; ils sont dans la direction de Bethléhem, mais ils se détournent à droite dans cette de Jérusalem. Il y a bien une centaine d’hommes avec eux. Je vois dans le lointain une petite ville qui m’est connue ; elle est près d’un petit cours d’eau qui, à partir de Jérusalem, coule de l’ouest à l’est. Ils doivent certainement passer par cette petite ville. Pendant un certain temps, ils ont le petit cours d’eau à leur gauche. Tantôt on voit Jérusalem, tantôt elle disparaît, selon que la route monte ou descend. Elle dit plus tard : ils n’ont pas passé par la petite ville, ils se sont détournés à droite vers Jérusalem.

Le samedi soir, 22 décembre, après la clôture du sabbat, je vis le cortège des trois rois arriver devant Jérusalem. Je vis la ville avec ses hautes tours qui s’élevaient vers le ciel. L’étoile qui les conduisait avait presque disparu, elle jetait seulement encore une faible lueur derrière la ville. A mesure que les voyageurs s’étaient approchés de Jérusalem, ils avaient perdu de leur confiance, car l’étoile ne se montra t plus à eux si brillante, à beaucoup près, et en Judée ils la voyaient bien moins souvent. Ils avaient cru aussi trouver partout des fêtes et des réjouissances à cause de la naissance de ce Sauveur pour lequel ils étaient venus de si loin. Mais, comme ils ne rencontraient que la plus entière indifférence à ce sujet, ils s’attristaient, se troublaient et craignaient de s’être complètement trompés.

Le cortège, qui pouvait être de deux cents personnes, avait à peu près un quart de lieue de long. Déjà, à Causour, un certain nombre de gens de distinction s’étaient adjoints à eux. D’autres avaient fait de même plus tard. Les trois rois étaient assis sur trois dromadaires. Trois autres dromadaires étaient chargés de bagages. Chaque roi avait près de lui quatre hommes de sa tribu. La plupart des autres personnes du cortège montaient des animaux très légers à la course, qui avaient de très jolies têtes. Je ne sais pas si c’étaient des chevaux ou des ânes ; ils ne ressemblaient pas à nos chevaux. Ceux de ces animaux dont se servaient les gens de distinction, avaient de beaux harnais et de belles brides : ils étaient ornés de chaînes et d’étoiles d’or.

Quelques gens de la suite des rois allèrent à la ville et revinrent avec des gardiens et des soldats. Leur arrivée, avec un si nombreux cortège, dans un moment où il n’y avait pas de fête, et sans qu’ils vinssent pour faire le commerce, était, sur cette route surtout, une chose tout à fait inaccoutumée Aux questions qu’on leur adressa, ils répondirent pourquoi ils venaient ; ils parlèrent de l’étoile et de l’enfant nouveau-né. Personne n’y pouvait rien comprendre. Ils furent très troublés de cela, et pensaient qu’ils s’étaient trompés, puisqu’ils ne trouvaient pas un homme qui parût savoir quelque chose touchant le Sauveur du monde ; car tous ces gens les regardaient avec surprise, et ne pouvaient s’imaginer ce qu’ils voulaient.

Quand les gardiens de la porte virent avec quelle bonté ils distribuaient d’abondantes aumônes aux mendiants qui s’approchaient d’eux, et les entendirent dire qu’ils cherchaient un logement, et qu’ils payeraient tout généreusement ; quand ils ajoutèrent qu’ils voulaient parler au roi Hérode, quelques-uns d’entre eux rentrèrent dans : la ville, et il s’ensuivit des allées et des venues, des messages et des explications. Pendant ce temps, les trois rois s’entretinrent avec des gens de toute espèce qui s’étaient rassemblés autour d’eux.

Quelques-uns de ces hommes avaient entendu parler d’un enfant né à Bethléhem, mais ils ne pensaient pas qu’il y eut là rien d’important, parce que les parents étaient pauvres et des gens du commun ; d’autres se moquaient d’eux. Ils comprirent, d’après ce qu’on leur disait, qu’Hérode ne savait rien touchant cet enfant nouveau-né, et comme, d’ailleurs, ils ne comptaient guère sur Hérode, ils furent de plus en plus découragés ; car ils étaient embarrassés de l’attitude qu’ils auraient devant Hérode et de ce qu’ils lui diraient. Leur tristesse pourtant ne leur fit pas perdre leur calme, et ils se mirent à prier. Alors le courage leur revint, et ils se dirent les uns aux autres : Celui qui nous a conduits si vite par le moyen de l’étoile, saura bien nous ramener heureusement chez nous.

Quand enfin les surveillants furent revenus, on conduisit le cortège le long des murs de la ville, et on les fit entrer par une porte située dans le voisinage du Calvaire. A peu de distance du marché aux poissons, ils furent conduits dans une cour ronde, entourée d’écuries et de logements, et à l’entrée de laquelle se tenaient des gardes. Les bêtes de somme furent mises dans les écuries ; eux-mêmes se retirèrent sous des hangars, dans le voisinage d’une fontaine placée au milieu de la cour. Cette cour touchait par un côté à une hauteur ; des autres côtés, elle était dégagée, et il y avait des arbres devant. Des employés vinrent alors, deux par deux, avec des lanternes, et visitèrent les bagages des rois. Je pense que c’étaient des douaniers.

Le palais d’Hérode était situé plus haut, à peu de distance de cet édifice, et je vis le chemin éclairé par des lanternes et des falots placés sur des perches. Il envoya un de ses valets, chargé d’amener secrètement le roi Théokéno dans son palais. Il était près de dix heures du soir. Théokéno fut reçu dans une salle d’en bas par un courtisan d’Hérode et interrogé sur les motifs de son voyage. Il raconta tout avec une grande simplicité, et pria cet homme de demander à Hérode où était le roi nouveau-né des Juifs, dont ils avaient vu et suivi l’étoile.

Lorsque le courtisan eut fait son rapport à Hérode, celui-ci fut d’abord très troublé, mais il se remit et fit répondre qu’il voulait faire prendre des informations à ce sujet. Il fit engager les trois rois à se reposer en attendant ; car, disait-il, il voulait s’entretenir avec eux le lendemain et leur faire connaître ce qu’il aurait appris.

Lorsque Théokéno revint près de ses compagnons de voyage, il ne put leur porter aucune nouvelle qui les consolât. On n’avait rien disposé pour les faire reposer, et ils tirent refaire bien des paquets qui avaient été défaits. Je ne les vis pas dormir pendant cette nuit, mais quelques-uns d’entre eux errèrent dans la ville, regardant le ciel comme pour y chercher leur étoile. Dans Jérusalem même tout était silencieux, mais devant la cour on s’agitait et on prenait des informations. Les rois supposaient qu’Hérode devait tout savoir, mais qu’il se cachait d’eux.

Il y avait une fête chez Hérode au moment où Théokéno était dans le palais ; les salles étaient éclairées : on voyait là toutes sortes de gens et des femmes parées indécemment. Les questions de Théokéno touchant un roi nouveau-né troublèrent beaucoup Hérode, et il fit aussitôt convoquer chez lui les princes des prêtres et les scribes. Je les vis, avant minuit, venir près de lui avec des rouleaux d’écriture. Ils avaient leurs costumes de prêtres, des plaques sur la poitrine et des ceintures sur lesquelles étaient brodées des lettres.

J’en vis environ une vingtaine autour de lui. Il leur demanda où le Messie devait naître ; je les vis alors déployer leurs rouleaux et répondre en désignant un passage avec le doigt :  » il doit naître à Bethléhem de Juda, disaient-ils, car il est écrit dans le prophète Michée :  » Et toi, Bethléhem, tu n’es pas a la plus petite parmi les princes de Juda ; car c’est de toi que sortira le chef qui doit gouverner mon peuple dans Israel « . Je vis alors Hérode se promener avec quelques-uns d’entre eux sur le toit en terrasse du palais et chercher inutilement des yeux l’étoile dont avait parlé Théokéno. Il était extraordinairement inquiet ; mais les prêtres et les docteurs lui firent de longs discours pour le tranquilliser, disant qu’il ne fallait pas attacher d’importance aux propos des rois mages ; que ces gens, amis du merveilleux, se faisaient toujours de singulières imaginations avec leurs étoiles ; que si quelque chose de pareil avait eu lieu, on le saurait dans le temple et dans la ville sainte, qu’Hérode et eux-mêmes ne pourraient l’ignorer.

LXIV – Les Rois devant Hérode. Conduite de celui-ci et ses motifs.

(Le dimanche, 23 décembre.)

Aujourd’hui, de très grand matin, Hérode fit conduire secrètement les trois rois dans son palais. Ils furent reçus sous une arcade et conduits dans une salle où je vis des branches vertes et des bouquets dans des vases, et où on avait préparé quelques rafraîchissements. Au bout de quelque temps, Hérode vint ; ils s’inclinèrent devant lui et l’interrogèrent sur le roi des Juifs nouvellement né. Hérode cacha du mieux qu’il put son agitation et feignit une grande joie. Il y avait encore quelques scribes avec lui. Il leur fit des questions sur ce qu’ils avaient vu, et Mensor lui décrivit la dernière apparition qu’ils avaient vue dans le ciel avant leur départ : c’était, lui dit-il, une vierge, et devant elle un enfant, du côté droit duquel était sortie une branche lumineuse ; puis, au-dessus de celle-ci, s’était montrée une tour à plusieurs portes. Cette tour était devenue une grande ville, au-dessus de laquelle l’enfant avait paru avec une couronne, un glaive et un sceptre comme un roi ; après quoi ils s’étaient vus eux-mêmes, ainsi que tous les rois du monde, prosternés devant l’enfant et l’adorant ; car il avait un empire auquel tous les autres empires devaient se soumettre, etc.

Hérode leur dit qu’il existait une prophétie disant quelque chose de semblable à propos de Bethléhem Ephrata ; il les engagea à y aller sans bruit, et quand ils auraient trouvé l’enfant, à revenir le lui dire, afin que lui aussi pût aller l’adorer. Les rois, qui n’avaient pas touché aux mets qu’on avait apprêtés pour eux, s’en retournèrent à leur logis. Il était encore de grand matin, car je vis des lanternes allumées devant le palais. Hérode conféra avec eux très secrètement’ pour éviter qu’on en parlât. Comme il commençait à faire jour, ils se préparèrent à partir. Les gens qui avaient accompagné le cortège jusqu’à Jérusalem s’étaient dès la veille dispersés dans la ville.

Hérode était en ce moment plein de mécontentement et d’irritation. Lors de la naissance de Jésus-Christ, il se trouvait dans un château qu’il avait près de Jéricho, et il s’était rendu coupable d’un lâche assassinat. Il avait placé dans la haute administration du temple des gens de son parti qui espionnaient à son profit ce qui se passait là, et lui dénonçaient ceux qui s’opposaient à ses desseins. Le principal de ses adversaires était un haut fonctionnaire du temple, homme juste et pieux. Hérode, sous les dehors de l’amitié, le fit inviter à venir le trouver à Jéricho, puis il le fit attaquer et assassiner dans le désert, mettant ce meurtre sur le compte des brigands.

Quelques jours après, il alla à Jérusalem pour prendre part à la célébration de la fête de la dédicace du temple, qui avait lieu le 25 du mois de Casleu, et il s’y engagea dans une affaire très désagréable. Voulant faire plaisir aux Juifs à sa manière, il avait fait faire en or une figure d’agneau, ou plutôt de chevreau, car elle avait des cornes, afin que cette image fût placée sur la porte qui conduisait de la cour des femmes à la cour des immolations. Il voulut faire cela de sa propre autorité, et que pourtant on lui en sût gré. Les prêtres s’y étant opposés, il les menaça de leur faire payer une amende ; ils déclarèrent qu’ils la payeraient, mais qu’ils n’admettraient pas l’image en question, parce que cela était contraire aux prescriptions de la loi. Hérode furieux voulut faire placer l’image secrètement ; mais, quand on l’eut apportée, un Israélite zélé la saisit et la jeta par terre, en sorte qu’elle se brisa en deux morceaux. Il y eut du tumulte à cette occasion, et Hérode fit mettre cet homme en prison. Cette affaire l’avait fort irrité, et il se repentait d’être venu à la fête. Mais ses courtisans tâchaient de le distraire et de l’amuser.

Il était dans cette disposition d’esprit lorsque des bruits se répandirent sur la naissance du Christ. Depuis longtemps, en Judée, plusieurs hommes pieux vivaient dans l’attente de la venue du Messie, qu’ils regardaient comme prochaine. Ce qui s’était passé lors de la naissance de Jésus avait été divulgué par les bergers. Cependant beaucoup de gens considérables regardaient tout cela comme des fables et de vains discours. Hérode en avait aussi entendu parler, et il avait fait prendre très secrètement des informations à Bethléhem ; ses émissaires étaient venus à la crèche trois jours après la naissance de Jésus, et, après s’être entretenus avec saint Joseph, ils déclarèrent, en hommes orgueilleux qu’ils étaient, que c’était une chose sans conséquence ; qu’il n’y avait là qu’une pauvre famille dans une misérable grotte, et que tout cela ne méritait pas qu’on s’en occupât. Leur orgueil même les avait empêchés, dés le commencement, d’interroger sérieusement saint Joseph, d’autant plus qu’ils avaient reçu l’ordre d’éviter ce qui pourrait attirer l’attention.

Mais tout d’un coup Hérode vit arriver les trois rois avec leur immense suite, ce qui le jeta dans une grande inquiétude ; car ils venaient de bien loin, et c’était là quelque chose de plus que de simples bruits. Comme ils parlaient avec tant d’assurance du roi nouveau-né, il teignit aussi de vouloir lui rendre hommage, et ils se réjouirent de le voir ainsi disposé. L’aveuglement orgueilleux des scribes ne parvint pas à le tranquilliser, et l’intérêt qu’il avait à tenir cet incident aussi secret que possible détermina sa conduite. Il ne fit d’abord aucune objection aux explications des trois rois ; il ne mit pas non plus aussitôt la main sur Jésus, pour ne pas donner crédit à leurs dires en présence d’un peuple très difficile à manier. Il résolut d’obtenir des informations plus exactes par le moyen même des trois rois, et de prendre ensuite des mesures en conséquence. Mais, comme les rois, avertis par Dieu, ne revinrent pas vers lui, il fit représenter leur fuite comme la conséquence d’une illusion ou d’un mensonge de leur part. On fit répandre partout qu’ils n’avaient pas osé reparaître, parce qu’ils étaient honteux de l’erreur grossière où ils étaient tombés et où ils avaient voulu entraîner les autres ;  » car, sans cela, disait-on, quelles raisons auraient-ils pu avoir pour s’enfuir clandestinement, après avoir été reçus d’une façon si amicale ? « 

C’est ainsi qu’il essaya plus tard d’assoupir toute l’affaire. Il fit seulement dire à Bethléhem qu’on ne devait pas se mettre en rapport avec cette famille dont il avait été parlé, ni accueillir des bruits et des inventions propres à égarer les esprits. Comme la sainte Famille retourna à Nazareth quinze jours plus tard, on cessa bientôt de parler d’événements sur lesquels la multitude n’avait eu que des renseignements assez vagues, et les gens pieux qui espéraient gardèrent le silence.

Quand tout parut à peu près oublié, Hérode pensa à se défaire de Jésus, mais il apprit que la famille avait quitté Nazareth avec l’enfant. Il le fit longtemps rechercher ; mais, tout espoir de le trouver s’étant évanoui, son in quiétude en devint plus grande, et il eut recours à la mesure désespérée du massacre des enfants. Il prit, du reste, à cette occasion les plus grandes précautions, et envoya d’avance des troupes partout où l’on pouvait craindre quelque émeute. Je crois que le massacre eut lieu en sept endroits.

LXV – Les Saints Rois vont de Jérusalem à Bethléhem. Ils adorent l’Enfant et lui offrent leurs présents.

Je vis le cortège des trois rois arriver à une porte située au midi. Une troupe d’hommes les suivit jusqu’à un ruisseau qui est en avant de la ville, et s’en retourna ensuite. Quand ils eurent franchi le ruisseau, ils firent une petite halte et cherchèrent l’étoile des yeux. L’ayant aperçue, ils jetèrent un cri de joie et continuèrent leur marche en chantant. L’étoile ne les conduisit pas en ligne directe, mais par un chemin qui se détournait un peu à l’ouest.

Ils passèrent devant une petite ville que Je connais bien, derrière laquelle je les vis s’arrêter et prier vers midi, dans un site agréable voisin d’un hameau. En cet endroit, une source jaillit de terre devant eux, ce qui les remplit de joie. Ils descendirent et creusèrent pour cette source un bassin qu’ils entourèrent de sable, de pierres et de gazon. Ils campèrent là plusieurs heures, firent boire et manger leurs bêtes, et prirent eux-mêmes un peu de nourriture ; car à Jérusalem ils n’avaient pu prendre aucun repos par suite de leurs diverses préoccupations. Plus tard, j’ai vu Notre Seigneur s’arrêter plusieurs fois près de cette source avec ses disciples. L’étoile, qui brillait la nuit comme un globe de feu, ressemblait maintenant à la lune vue dans le jour ; elle ne paraissait pas parfaitement ronde, mais comme découpée ; je la vis souvent cachée par des nuages.

Sur la route directe de Bethléhem à Jérusalem il y avait un grand mouvement de voyageurs avec des bagages et des ânes ; c’étaient probablement des gens qui revenaient de Bethléhem après avoir payé l’impôt, ou qui allaient à Jérusalem pour le marché ou pour visiter le temple. Le chemin que suivaient les rois était solitaire, et Dieu les conduisait sans doute par là pour qu’ils pussent arriver à Bethléhem le soir et sans faire trop d’effet. Je les vis se remettre en marche quand le soleil était déjà très bas. Ils allaient dans le même ordre qu’en venant ; Mensor, le plus jeune, allait en avant ; puis venait Sair, le basané, et enfin Théokéno, le blanc et le plus âgé.

(Le dimanche, 23 décembre). Je vis aujourd’hui, par le crépuscule du soir, le cortège des saints rois arriver devant Bethléhem, près de ce même édifice où Joseph et Marie s’étaient fait inscrire : c’était l’ancienne maison de la famille de David. Il n’en reste plus que quelques débris de murs ; elle avait appartenu aux parents de saint Joseph. C’était un grand bâtiment entouré d’autres plus petits, avec une cour fermée, devant laquelle était une place plantée d’arbres et où se trouvait une fontaine. Je vis sur cette place des soldats romains, parce que la maison était comme le bureau des collecteurs de l’impôt. Quand le cortège arriva, un certain nombre de curieux se rassembla autour de lui. L’étoile ayant disparu, les rois avaient quelque inquiétude. Des hommes s’approchèrent d’eux et les interrogèrent. Ils descendirent de leurs montures, et des employés vinrent de la maison à leur rencontre avec des branches à la main, et leur offrirent quelques rafraîchissements. C’était l’usage de souhaiter ainsi la bienvenue à des étrangers de cette espèce. Je me dis à moi-même : On est bien plus poli avec eux qu’avec le pauvre saint Joseph, parce qu’ils ont distribué de petites pièces d’or.

On leur parla de la vallée des bergers comme d’un bon endroit pour y dresser leurs tentes. Ils restèrent assez longtemps dans l’indécision. Je ne les entendis pas faire des questions sur le roi des Juifs nouvellement né : ils savaient que Bethléhem était l’endroit dédaigné par la prophétie ; mais, par suite des discours d’Hérode, ils craignaient d’attirer l’attention. Bientôt ils virent briller du ciel, sur un côté de Bethléhem, un météore semblable à la lune à son lever ; alors ils remontèrent sur leurs bêtes ; puis, longeant un fossé et des murs en ruine, ils firent le tour de Bethléhem par le midi et se dirigèrent à l’orient, vers la grotte de la Crèche, qu’ils abordèrent par le côté de la plaine où les anges étaient apparu aux bergers.

Quand ils furent arrivés prés du tombeau de Maraha dans la vallée qui est derrière la grotte de la Crèche. Ils descendirent de leurs montures. Leurs gens défirent beaucoup de paquets, dressèrent une grande tente qu’ils portaient avec eux, et firent d’autres arrangements, avec l’aide de quelques bergers qui leur indiquèrent les places les plus convenables. Le campement était arrangé en partie, quand les rois virent l’étoile se montrer, claire et brillante, sur la colline de la Crèche et y diriger perpendiculairement ses rayons. Elle parut grandir beaucoup et répandit une masse de lumière extraordinaire. Je les vis d’abord regarder d’un air très étonné. Il faisait sombre ; ils ne voyaient pas de maison, mais seulement la forme d’une colline semblable à un rempart.

Tout d’un coup, ils furent saisis d’une grande joie, car ils virent dans la lumière la figure resplendissante d’un enfant. Tous se découvrirent la tête pour témoigner leur respect ; puis les trois rois allèrent vers la colline et trouvèrent la porte de ‘a grotte. Mensor l’ouvrit ; il vit la grotte pleine d’une lumière céleste, et au fond la Vierge tenant l’enfant et assise, telle que ses compagnons et lui l’avaient vue dans leurs visions.

Il retourna aussitôt su. ses pas et dit aux autres ce qu’il venait de voir. Alors Joseph sortit de la grotte, accompagné d’un vieux berger, pour aller à leur rencontre. Ils lui dirent en toute simplicité comment ils étaient venus pour adorer le roi nouveau-né des Juifs, dont ils avaient vu l’étoile, et pour lui offrir leurs présents. Joseph les accueillit amicalement, et le vieux berger les accompagna près de leur suite et les aida dans leurs arrangements, ainsi que quelques autres bergers qui se trouvaient là.

Eux-mêmes se préparèrent comme pour une cérémonie solennelle. Je les vis mettre de grands manteaux blancs qui avaient une longue queue ; ces manteaux avaient un reflet brillant comme s’ils eussent été de soie brute ; ils étaient très beaux et flottaient légèrement autour d’eux : c’était leur costume ordinaire pour les cérémonies religieuses. Ils portaient à la ceinture des bourses et des boites d’or suspendues à des chaînes. Tout cela était recouvert par leurs larges manteaux. Chacun des rois était suivi par quatre personnes de sa famille ; il y avait en outre quelques serviteurs de Mensor qui portaient une petite table, un tapis à franges et d’autres menus objets. Quand ils eurent suivi saint Joseph sous l’auvent qui était devant la grotte, ils recouvrirent la table avec le tapis, et chacun des trois rois y plaça quelques-unes des boîtes d’or et des vases qu’ils détachèrent de leur ceinture : c’étaient les présents qu’ils offraient en commun.

Mensor et tous les autres ôtèrent leurs sandales, et Joseph ouvrit la porte de la grotte Deux jeunes gens de la suite de Mensor marchaient devant lui ; ils étendirent une pièce d’étoffe sur le sol de la grotte, puis ils se retirèrent en arrière ; deux autres le suivirent avec la table, où étaient les présents. Arrivé devant la sainte Vierge, il les prit, et, mettant un genou en terre, il les déposa respectueusement à ses pieds. Derrière Mensor étaient les quatre hommes de sa famille qui s’inclinaient humblement. Sair et Théokéno, avec leurs compagnons, se tenaient en arrière dans l’entrée. Quand ils s’avancèrent, ils étaient comme ivres de joie et d’émotion et inondés de la lumière qui remplissait la grotte ; et pourtant il n’y avait là d’autre lumière que la Lumière du monde.

Marie, appuyée sur un bras, était plutôt couchée qu’assise sur un tapis, à la gauche de l’Enfant-Jésus, lequel était étendu, à la place où il était né, dans une auge recouverte d’un tapis et placée sur une estrade ; mais au moment où ils entrèrent, la sainte Vierge se mit sur son séant, se voila et prit dans ses bras l’Enfant-Jésus enveloppé dans son large voile. Mensor s’agenouilla, et, mettant les présents devant lui, il prononça de touchantes paroles par lesquelles il lui faisais hommage, en croisant ses mains devant sa poitrine et en inclinant sa tête découverte. Pendant ce temps, Marie avait mis à nu le haut du corps de l’enfant, qui regardait d’un air aimable du milieu du voile dont il était enveloppé ; sa mère soutenait sa petite tête de l’un de ses bras et l’entourait de l’autre. Il avait ses petites mains jointes devant sa poitrine, et souvent il les étendait gracieusement autour de lui.

Oh ! combien se trouvaient heureux de l’adorer ces chers hommes de l’Orient ! Quand je voyais cela, je me disais à moi-même :  » Leurs coeurs sont purs et sans souillure, pleins de tendresse et d’innocence comme des coeurs d’enfants pieux. Il n’y a rien de violent en eux, et pourtant ils sont pleins de feu et d’amour. Je suis morte, je ne suis plus qu’un esprit ; autrement je ne pourrais pas voir cela, car cela n’existe pas maintenant, et cependant existe maintenant ; mais cela n’existe pas dans le temps ; en Dieu il n’y a pas de temps ; en Dieu tout est présent ; je suis morte, je ne suis plus qu’un esprit « . Pendant que j’avais ces pensées si étranges, j’entendis me voix qui me disait :  » Que t’importe cela ? regarde et loue le Seigneur, qui est éternel et dans lequel tout est éternel « .

Je vis alors Mensor tirer d’une bourse, qui était ; suspendue à sa ceinture, une poignée de petites barres compactes, pesantes, de la longueur du doigt, effilées à l’extrémité et brillantes comme de l’or : c’était son présent, qu’il plaça humblement sur les genoux de la sainte Vierge, à côté de l’Enfant-Jésus. Elle prit l’or avec un remerciement gracieux et le couvrit d’un coin de son manteau. Mensor donna ces petites barres d’or vierge parce qu’il était plein de sincérité et de charité, et qu’il cherchait la vérité avec une ardeur constante et inébranlable.

Mensor se retira en arrière avec ses quatre suivants, et Sair, le roi basané, s’avança avec les siens et s’agenouilla avec une profonde humilité ; il offrit son présent avec des paroles touchantes : c’était un vase d’or à mettre de l’encens, plein de petits grains résineux, de couleur verdâtre ; il le plaça sur la table devant l’Enfant-Jésus. Il donna l’encens, parce que c’était un homme qui se conformait respectueusement et du fond du coeur à la volonté de Dieu et la suivait avec amour. Il resta longtemps agenouillé avec une grande ferveur avant de se retirer.

Après lui vint Théokéno, le plus vieux des trois ; il était très avancé en âge ; ses membres étaient raides, et il ne pouvait pas se mettre à genoux ; mais il se tint debout, profondément incliné, et plaça sur la table un vase d’or avec une belle plante verte. C’était un bel arbuste à tige droite, avec de petits bouquets frisés surmontés de jolies fleurs blanches : c’était la myrrhe. Il offrit la myrrhe, parce qu’elle est le symbole de la mortification et de la victoire sur les passions ; car cet excellent homme avait soutenu des luttes persévérantes contre l’idolâtrie, la polygamie et les habitudes violentes de ses compatriotes. Dans son émotion, il resta si longtemps devant l’Enfant-Jésus avec ses quatre suivants, que je pris pitié des autres serviteurs restés hors de la grotte, parce qu’ils avaient tant attendu pour voir l’Enfant-Jésus.

Les paroles des rois et de tous leurs compagnons étaient pleines de simplicité et fort touchantes. En se prosternant et en lui offrant leurs présents, ils s’exprimaient à peu près en ces termes : Nous avons vu son étoile ; nous savons qu’il est le Roi de tous les rois ; nous venons l’adorer et lui offrir notre hommage et nos présents, et ainsi de suite. Ils étaient comme en extase, et, dans leurs prières naïves et affectueuses, ils recommandaient à l’Enfant-Jésus eux-mêmes, leurs familles, leur pays, leurs biens et tout ce qui avait du prix pour eux sur la terre. Ils offraient au roi nouveau-né leurs coeurs, leurs âmes, leurs pensées et leurs actions. Ils le priaient de les éclairer, de leur donner la vertu, le bonheur, la paix et l’amour. Ils se montraient enflammés d’amour et répandaient des larmes de joie, qui tombaient sur leurs joues et leurs barbes. Ils étaient dans le bonheur ; ils croyaient être arrivés eux-mêmes dans cette étoile vers laquelle’ depuis des milliers d’années, leurs ancêtres avaient dirigé leurs regards et leurs soupirs avec un désir si constant. Toute la joie de la promesse accomplie après tant de siècles était en eux.

La mère de Dieu accepta tout avec d’humbles actions de grâces ; d’abord, elle ne dit rien, mais un simple mouvement sous son voile exprimait sa pieuse émotion. Le petit corps de l’enfant se montrait brillant entre les plis : de son manteau. A la fin, elle adressa à chacun quelques paroles humbles et gracieuses et retira un peu son voile en arrière. Oh ! j’ai pris là une nouvelle leçon ; je me disais à moi-même : Avec quelle douce et aimable gratitude elle reçoit chaque présent ! Elle qui n’a besoin de rien, qui possède Jésus, qui accueille avec humilité tous les dons de la charité. Moi aussi, à l’avenir, je recevrai’ humblement et avec reconnaissance tous les dons charitables. Que de bonté dans Marie et dans Joseph. Ils ne gardaient presque rien pour eux, et distribuaient tout aux pauvres.

Lorsque les rois eurent quitté la grotte avec leurs suivants et furent retournés à leur tente, leurs serviteurs entrèrent à leur tour. Ils avaient dressé la tente, déchargé les bêtes de somme, mis tout en ordre, et ils attendaient devant la porte, patiemment et humblement. Ils étaient plus de trente, et il y avait aussi avec eux une troupe d’enfants qui avaient seulement un linge autour des reins et un petit manteau. Les serviteurs entraient cinq par cinq, et un des principaux personnages auxquels ils appartenaient les conduisait. Ils s’agenouillaient autour de l’Enfant et l’honoraient en silence. Enfin, les enfants entrèrent tous ensemble, se mirent à genoux et adorèrent Jésus avec une joie innocente et naive. Les serviteurs ne restèrent pas longtemps dans la grotte de la Crèche, car les rois rentrèrent avec solennité. Ils avaient mis d’autres manteaux longs et flottants ; ils portaient à la main des encensoirs, et ils encensèrent très respectueusement l’enfant, la sainte Vierge, Joseph et toute la grotte ; puis ils se retirèrent après s’être inclinés profondément. C’était une manière d’adorer chez ce peuple.

Pendant tout ce temps, Marie et Joseph étaient pénétrés de la plus douce joie où je les eusse jamais vus ; des larmes d’attendrissement coulaient souvent sur Leurs joues. Les honneurs solennellement rendus à l’Enfant-Jésus, qu’ils étaient obligés de loger si pauvrement, et dont la dignité suprême restait cachée dans leurs coeurs, les consolaient infiniment ; ils voyaient que la Providence toute-puissante de Dieu, malgré l’aveuglement des hommes, avait préparé pour l’Enfant de la promesse et lui avait envoyé des contrées les plus lointaines ce qu’eux-mêmes ne pouvaient lui donner, l’adoration due à sa dignité rendue par les puissants de la terre avec une sainte magnificence. Ils adoraient Jésus avec les saints rois ; les hommages qui lui étaient adressés les rendaient heureux.

Les tentes étaient dressées dans la vallée située derrière la grotte de la Crèche jusqu’à la grotte du tombeau de Maraha ; les bêtes étaient rangées en ordre et attachées à des pieux séparés par des cordes. Près de la grande tente qui était voisine de la colline de la Crèche, se trouvait un espace recouvert de nattes, où était déposée une partie des bagages ; cependant, la plus grande partie fut portée dans la grotte du tombeau de Maraha. Quand tous eurent quitté la crèche, les étoiles s’étaient levées. Ils se rassemblèrent en cercle près du vieux térébinthe, qui s’élevait au-dessus de la grotte de Maraha, et entonnèrent des chants solennels en présence des étoiles. Je ne puis dire combien étaient touchants ces chants qui retentissaient dans la vallée silencieuse. Pendant tant de siècles leurs ancêtres avaient regardé les astres, prié, chanté ; maintenant, tous leurs désirs étaient exaucés ; ils chantaient comme enivrés de joie et de reconnaissance.

Pendant ce temps, Joseph, avec l’aide de deux vieux bergers, avait apprêté un petit repas dans la tente des trois rois. Ils apportèrent du pain, des fruits, des rayons de miel, quelques herbes et des flacons de baume, qu’ils rangèrent sur une table basse recouverte d’un tapis. Joseph s’était procuré tout cela dès le matin pour recevoir les rois, dont la sainte Vierge lui avait annoncé d’avance l’arrivée. Quand ceux-ci revinrent à leur tente, je vis saint Joseph les accueillir très amicalement, et les prier, comme étant ses hôtes, d’accepter le petit repas qu’il leur offrait. Il se plaça à côté d’eux autour de la table, et ils mangèrent. Il ne montrait point de timidité ; il était si content qu’il versait des larmes de joie.

Quand je vis cela, je pensai à feu mon père, le pauvre paysan, qui, lors de ma vêture dans le couvent, fut obligé de se mettre à table avec beaucoup de gens de distinction. Dans sa simplicité et son humilité, il avait eu d’abord grand peur ; puis, plus tard, son contentement fut tel, qu’il en pleura de joie. Il tenait, sans le vouloir, la première place à la fête. Après ce petit repas, Joseph les quitta. Quelques-uns des plus considérables de la caravane allèrent à une auberge de Bethléhem ; les autres se placèrent sur leurs couches, qui étaient rangées en cercle dans la grande tente, et se livrèrent au repos. Joseph, revenu à la grotte, mit tous les présents à droite de la crèche, dans un recoin devant lequel il avait mis une cloison, en sorte qu’on ne pouvait pas voir ce qui s’y trouvait. La servante d’Anne qui, après le départ de celle-ci, était restée auprès de la sainte Vierge, s’était tenue dans une grotte latérale pendant toute la cérémonie ; elle ne reparut que lorsque tous eurent quitté la crèche. Elle était grave et intelligente. Je ne vis ni la sainte Famille, ni même cette servante regarder les présents des rois avec une complaisance mondaine ; tout fut accepté avec d’humbles remerciements et presque aussitôt distribué charitablement.

Ce soir, à Bethléem, je vis un peu d’agitation lors de l’arrivée du cortège à la maison où l’on payait l’impôt, et, plus tard, bien des allées et des venues dans la ville. Les gens qui avaient suivi le cortège jusqu’à la vallée des bergers, n’avaient pas tardé à revenir. Plus tard, pendant que les trois rois, pleins de joie et de ferveur, adoraient et déposaient leurs présents dans la grotte de la Crèche, je vis roder dans les environs, à une certaine distance, quelques Juifs qui espionnaient et chuchotaient ensemble ; plus tard, je les vis aller et venir dans Bethléhem, et faire divers rapports. Je ne pus m’empêcher de pleurer amèrement sur ces malheureux. Je souffre beaucoup de voir ces méchantes gens, qui alors, et maintenant encore, quand le Sauveur s’approche des hommes, se tiennent là murmurant et observant) puis, poussés par leur malice, répandent des mensonges. Oh ! combien ces malheureux me semblaient à plaindre ! ils ont le salut si près d’eux, et ils le repoussent, tandis que ces bons rois, guidés par leur foi sincère dans la promesse, Sont allés si loin et ont trouvé le salut. Oh ! combien je pleure sur ces hommes endurcis et aveugles !

A Jérusalem, je vis aujourd’hui, pendant le jour, Hérode lire encore des rouleaux avec plusieurs scribes, et parler de ce qu’avaient dit les trois rois. Plus tard, tout fut calme, comme si l’on eût voulu assoupir cette affaire.

LXVI – Les Rois visitent encore la sainte Famille.

– Hérode leur tend des embûches.
– Un Ange les avertit. Ils prennent congé et s’en vont.

(Le lundi, 91 décembre.)

Aujourd’hui je vis de grand matin les rois et quelques personnes de leur suite visiter successivement la sainte Famille. Je les vis aussi, pendant la journée, près de leur campement et de leurs bêtes de somme, occupés de diverses distributions. Ils étaient dans la joie et le bonheur, et faisaient beaucoup de présents. J’ai vu qu’alors on en agissait toujours ainsi lors des événements heureux. Les bergers, qui avaient rendu des services à la suite des rois, reçurent des présents considérables. Je vis aussi faire des gratifications à beaucoup de pauvres ; ainsi l’on mettait des couvertures sur les épaules de quelques pauvres vieilles femmes toutes courbées qui s’étaient glissées là. Il y avait plusieurs personnes de la suite des trois rois qui se plaisaient dans la vallée près des bergers, et qui voulaient rester là et se réunir à ces bergers. Ils firent connaître leur désir aux rois, et reçurent la permission de rester avec de riches présents. On leur donna des couvertures, des effets, de l’or en grains, et les Anes qu’ils avaient montés. Comme je vis aussi les rois distribuer beaucoup de pain, je me demandai d’abord d’où ils l’avaient tiré. Je me rappelai ensuite les avoir vus plusieurs fois, aux endroits où ils campaient, préparer, au moyen de leur provision de farine, dans des formes de fer qu’ils portaient avec eux, de petits pains plats semblables à du biscuit, qu’ils mettaient sur leurs bêtes de somme, entassés dans de légères boites de cuir. Il vint aussi aujourd’hui beaucoup de gens de Bethléhem, qui se pressaient autour d’eux pour avoir des présents, et qui se faisaient donner quelque chose sous divers prétextes.

Le soir, ils allèrent à la crèche pour prendre congé. Mensor s’y rendit seul d’abord. Marie lui mit l’Enfant-Jésus dans les bras : il pleurait et était rayonnant de joie. Après lui vinrent les deux autres, qui prirent congé en versant des larmes. Ils apportèrent encore beaucoup de présents, des pièces de diverses étoffes, dont quelques-unes semblaient être de soie sans teinture, dont quelques autres étaient rouges ou à fleurs ; il y avait aussi de très belles couvertures. Ils voulurent en outre laisser leur grands manteaux d’un jaune pâle, qui semblaient faits d’une laine extrêmement fine ; ils étaient très légers, le moindre souffle d’air les agitait. Ils portaient aussi plusieurs coupes placées les unes sur les autres, des boites pleines de grains, et dans une corbeille des pots où étaient de beaux bouquets d’une herbe verte avec de jolies fleurs blanches. Ces pots étaient placés les uns au-dessus des autres dans la corbeille. C’était de la myrrhe. Ils donnèrent aussi à Joseph de longues cages avec des oiseaux qu’ils avaient en grand nombre sur leurs dromadaires pour les manger.

Tous versèrent des larmes abondantes quand ils quittèrent Marie et l’enfant. Je vis la sainte Vierge debout près d’eux lorsqu’ils prirent congé. Elle portait sur son bras l’Enfant-Jésus enveloppé dans son voile, et elle fit quelques pas pour reconduire les rois vers la porte de la grotte ; là elle s’arrêta en silence, et, pour donner un souvenir à ces excellents hommes, elle détacha de sa tête le grand voile d’étoffe jaune transparente qui l’enveloppait ainsi que l’Enfant-Jésus ; et elle le donna à Mensor. Ils reçurent ce don en s’inclinant profondément, et une joie respectueuse fit battre leurs coeurs quand ils virent devant eux la sainte Vierge sans voile, tenant le petit Jésus. quelles douces larmes ils versèrent en quittant la grotte ! Le voile fut pour eux dès lors la plus sainte relique qu’ils possédassent.

La sainte Vierge, en recevant les présents, ne semblait pas attacher de prix aux choses qu’on lui offrait ; et pourtant, dans sa touchante humilité, elle montrait une véritable reconnaissance pour celui qui donnait. Pendant cette merveilleuse visite, je n’ai vu chez elle aucun sentiment de retour complaisant sur elle-même. Seulement, au commencement, par amour pour l’Enfant-Jésus et par compassion pour saint Joseph, elle se hissa aller en toute simplicité à l’espérance que dorénavant ils trouveraient peut-être de la sympathie à Bethléhem, et ne seraient plus traités d’une manière aussi méprisante qu’à leur arrivée ; car la tristesse et la confusion de saint Joseph l’avaient beaucoup affligé.

Quand les rois prirent congé, la lampe était déjà allumée dans la grotte : il faisait sombre, et ils se rendirent aussitôt avec leurs suivants sous le grand térébinthe qui surmontait le tombeau de Maraha, pour y faire, comme la veille au soir, les cérémonies de leur culte. Une lampe était allumée sous l’arbre. Lorsque les étoiles se montrèrent, ils prièrent et entonnèrent des chants mélodieux. Les voix des enfants faisaient un effet très agréable dans le choeur. Ils se rendirent ensuite dans leur tente, où Joseph leur avait encore préparé un petit repas, après lequel quelques-uns s’en retournèrent à leur auberge à Bethléhem, tandis que les autres se livrèrent au repos dans la tente.

Vers minuit, j’eus tout à coup une vision. Je vis les rois reposant dans leur tente sur des couvertures étendues par terre, et j’aperçus auprès d’eux un jeune homme resplendissant : c’était un ange qui les éveillait et leur disait de partir en toute hâte, et de ne pas revenir par Jérusalem, mais par le désert, en contournant la mer Morte. Ils se jetèrent promptement à bas de leur couche, et leur suite fut bientôt sur pied. L’un d’eux alla à la crèche éveiller saint Joseph, qui courut à Bethléhem pour avertir ceux qui s’y étaient logés ; mais il les rencontra avant d’y arriver, car ils avaient eu la même apparition. La tente fut pliée, les bagages furent chargés, et tout fut enlevé avec une rapidité étonnante. Pendant que les rois faisaient encore de touchants adieux à saint Joseph devant la grotte de la Crèche, leur suite partait en détachements séparés pour prendre les devants, et se dirigeait vers le midi pour longer la mer Morte en traversant le désert d’Engaddi.

Les rois firent des instances pour que la sainte Famille partît avec eux, parce qu’un danger la menaçait certainement ; ils demandèrent ensuite que Marie se cachât avec le petit Jésus pour n’être pas inquiétée à cause d’eux ; ils pleurèrent comme des enfants, embrassèrent saint Joseph et lui adressèrent des paroles touchantes ; puis ils montèrent leurs dromadaires légèrement chargés, et s’éloignèrent à travers le désert. Je vis l’ange dans la plaine près d’eux, il leur montrait la direction du chemin. Bientôt ils disparurent. Ils suivirent des routes séparées à un quart de lieue les uns des autres, se dirigeant pendant une lieue vers l’orient, et ensuite vers le midi, dans le désert. Ils passèrent par la contrée que traversa Jésus en revenant d’Égypte dans sa troisième année de prédication.

LXVIII – Mesures prises par les autorités de Bethléhem contre les Rois.

– L’accès à la grotte de la Crèche interdit.
– Zacharie visite la sainte Famille

(Le mardi 25 décembre.)

L’ange avait averti les rois à propos, car les autorités de Bethléhem avaient le projet de les faire arrêter aujourd’hui, de les emprisonner dans de profonds caveaux qui étaient sous la synagogue, et de les accuser auprès d’Hérode comme perturbateurs du repos public.

Je ne sais pas s’il y avait eu un ordre secret d’Hérode à cet effet ; je crois plutôt que c’était un mouvement de zèle spontané. Ce matin, lorsqu’on apprit leur départ à Bethléhem, ils étaient déjà près d’Engaddi, et la vallée où ils avaient campé était calme et solitaire comme avant leur séjour, dont il ne restait plus d’autres traces que le gazon foulé et quelques pieux qui avaient servi pour les tentes. Dans le fait, pourtant, l’apparition de la caravane avait produit beaucoup d’effet dans Bethléhem. Bien des gens se repentaient de n’avoir pas donné l’hospitalité à saint Joseph ; d’autres parlaient des rois comme d’aventuriers conduits par d’étranges imaginations ; d’autres enfin trouvaient des rapports entre leur arrivée et les bruits de l’apparition qu’avaient eue les bergers.

Tous ces propos portèrent les magistrats de l’endroit, peut-être sur une invitation d’Hérode, à prendre certaines mesures. Je vis au centre de Bethléhem tous les habitants convoqués sur une place où se trouvait un puits entouré d’arbres, devant une grande maison à laquelle on montait par des degrés. Du haut de ces degrés on lut un avertissement ou une proclamation dirigée contre les discours superstitieux, et interdisant les visites à la demeure des gens qui avaient donné lieu à tous ces propos.

Quand la foule ainsi rassemblée se fut retirée, je vis saint Joseph mandé dans cette même maison et interrogé par de vieux Juifs. Je le vis revenir à la crèche et se rendre encore une fois au tribunal. La seconde fois, il prit avec lui un peu de l’or qu’avaient apporté les rois, et il le leur donna ; après quoi ils le laissèrent s’en aller tranquillement. Tout cet interrogatoire me parut aboutir à une escroquerie. Je vis aussi que les autorités firent barrer par un tronc d’arbre mis en travers un chemin qui conduisait aux environs de la crèche sans passer par la porte de la ville, mais qui, en partant de la place où Marie s’était arrêtée sous un grand arbre, franchissait une colline ou un rempart. Ils placèrent une sentinelle près de l’arbre dans une cabane, et firent tendre sur le chemin des fils qui aboutissaient à une sonnette dans la cabane, afin qu’on pût arrêter ceux qui voudraient prendre ce chemin.

Dans l’après-midi, je vis une troupe de seize soldats d’Hérode près de Joseph, avec lequel ils s’entretinrent. Ils avaient probablement été envoyés à cause des trois rois, qu’on avait accusés de troubler la paix publique ; mais, comme le silence et le repos régnaient partout fit qu’ils ne trouvèrent dans la grotte que la pauvre famille, comme d’ailleurs ils avaient l’ordre de ne rien faire qui pût attirer l’attention, ils s’en retournèrent tranquillement et rapportèrent ce qu’ils avaient vu. Joseph avait porté les présents des trois rois et ce qu’ils avaient laissé en outre après eux, dans la grotte de Maraha et dans d’autres grottes cachées de la colline de la Crèche, qu’il connaissait depuis sa jeunesse pour s’y être souvent dérobé aux persécutions de ses frères. Ces caveaux solitaires existaient dés le temps du patriarche Jacob. A une époque où il n’existait que des cabanes à la place de Bethléhem, il y avait dressé une fois ses tentes sur la colline de la Crèche.

Ce soir, je vis Zacharie d’Hébron visiter pour la première fois la sainte Famille. Marie était encore dans la Grotte. Il versa des larmes de joie, prit l’enfant dans ses bras, et répéta, en y changeant quelque chose, le cantique de louanges qu’il avait chanté lors de la circoncision de Jean-Baptiste.

(Le mercredi, 26 décembre.)

Aujourd’hui Zacharie s’en retourna chez lui, et sainte Anne revint près de la sainte Famille avec sa fille aînée. La fille aînée d’Anne était plus grande que sa mère et paraissait presque plus âgée.

Une grande joie règne maintenant dans la sainte Famille. Anne est tout heureuse. Marie place souvent l’Enfant-Jésus dans ses bras, et le laisse soigner par elle. Je ne l’ai vue faire cela pour aucune autre personne. Je vis, ce qui lue toucha beaucoup, que les cheveux de l’enfant, qui étaient blonds et bouclés, avaient à leur extrémité de beaux rayons de lumière. Je crois qu’ils lui frisent les cheveux, car je vois qu’on frotte sa petite tête lorsqu’on le lave, ce qu’on fait en mettant sur lui un petit manteau. Je vois toujours dans la sainte Famille une pieuse et touchante vénération pour l’Enfant-Jésus ; mais tout s’y passe simplement et naturellement, comme chez les saints élus de Dieu. L’enfant a une affection, une tendresse pour sa mère que je n’ai jamais vue chez des enfants si jeunes.

Marie raconta à sa mère tout ce qui s’était passé lors de la visite des trois rois, et Anne fut extraordinairement touchée que le Seigneur eût appelé ces hommes de si loin pour leur faire connaître l’enfant de la promesse. Elle vit les présents des rois, qui étaient cachés dans une excavation pratiquée dans la paroi : elle aida à en distribuer une grande partie, et à ranger le reste en bon ordre.

Tout étai’ tranquille dans les environs : les chemins menant à la grotte, qui ne passaient pas par la porte de la ville, étaient barrés par ordre des autorités. Joseph n’allait plus faire ses emplettes à Bethléhem ; les bergers lui apportaient ce dont il avait besoin. La parente chez laquelle Anne est allée, dans la tribu de Benjamin’, est Mara. La fille de Rhode, soeur d’Élisabeth.

Dans sa narration la soeur confondit souvent cette Mara avec une soeur cadette ou nièce d’Anne, qu’elle appelait Énoué. Souvent des proches parents lui apparaissaient comme des frères ou des soeurs.

Elle était pauvre, et eut dans la suite plusieurs fils qui furent disciples de Jésus. Un d’eux s’appelait Nathanael’ : c’était le fiancé des noces de Cana. Cette Mara était présente lors de .a mort de la sainte Vierge à Éphèse.

Anne était maintenant seule avec Marie dans la grotte latérale. Je les vis travailler ensemble à une couverture grossière. La grotte de la Crèche était entièrement vide. L’âne de Joseph était caché derrière des claies. Encore aujourd’hui des agents d’Hérode vinrent de Bethléhem, et prirent des informations dans plusieurs maisons relativement à un enfant nouveau-né. Ils accablèrent spécialement de questions une Juive de distinction qui, peu de temps auparavant, avait mis au monde un enfant mâle. Ils ne vinrent pas à la grotte de la Crèche ; comme précédemment ils n’y avaient trouvé qu’une pauvre famille, ils ne supposèrent pas qu’il pût en être question.

Deux hommes âgés (c’étaient, je crois, des bergers qui avaient adoré l’Enfant-Jésus) vinrent trouver Joseph, et l’avertirent de ces perquisitions. Je vis alors la sainte Famille et sainte Anne se réfugier avec l’enfant dans la grotte du tombeau de Maraha. Dans la grotte de la Crèche il n’y avait plus rien qui décelât un lieu habité : elle paraissait entièrement abandonnée.

Ce n’est pas le Nathanael que Jésus vit sous le figuier. Nathanael, le fils de Mara, était l’un des enfants que sainte Anne réunit pour fêter Jésus, âgé de douze ans, lorsqu’il revint après avoir enseigne dans le temple pour le première fois. Jésus, à cette fête, parla en parabole d’un mariage ou l’eau devait être changée en vin, et d’un autre mariage où le vin serait changé en sang. Il disait aussi, comme en plaisantant, Au jeune Nathanael, qu’il serait un jour présent à ses noces. La fiancée de Cana était de Bethléhem et de la famille de saint Joseph. Après le miracle de Cana, les deux époux firent voeu de continence.

Nathanael se joignit aussitôt aux disciples de Jésus, et il reçut au baptême le nom d’Amator. Il devint plus tard évêque. Il fut à Edesse et aussi en Crète, près de Carpus ; il alla ensuite en Arménie. Y ayant fait de nombreuses conversions, il fut arrêté et envoyé sur les bords de la mer Noire. Rendu à la liberté, il alla dans le pays de Mensor. Il y opéra sur une femme on miracle dont j’ai oublié les détails, baptisa un grand nombre de personnes, et fut mis à mort dans la ville d’Acaiakuh, située sur une île de l’Euphrate.

Je les vis pendant la nuit suivre la vallée avec une lumière couverte. Anne portait l’Enfant-Jésus dans ses bras, Marie et Joseph marchaient à côté d’elle ; les bergers les conduisaient, portant les couvertures et tout ce qui était nécessaire pour les saintes femmes et l’enfant.

J’eus à cette occasion une vision, et je ne sais pas si la sainte Famille l’eut aussi. Je vis autour de l’Enfant-Jésus une gloire formée de sept figures d’anges placées les unes au-dessus des autres ; plusieurs autres figures paraissaient dans cette gloire. Je vis aussi près de sainte Anne, de saint Joseph et de Marie, des formes lumineuses qui semblaient les conduire par le bras. Quand ils furent entrés dans le vestibule, ils fermèrent la porte et allèrent jusque dans la grotte du Tombeau, où ils disposèrent tout pour prendre leur repos.

LXVIII – La sainte Famille dans la grotte de Maraha.

– Joseph sépare l’Enfant Jésus de Marie pendant quelques heures.
– Marie, dans son inquiétude, exprime du lait de son sein.
– Origine d’un miracle qui s’est perpétué jusqu’à nos jours.

La soeur Emmerich raconta à diverses reprises les deux incidents qui suivent comme ayant eu lieu lorsque la sainte Vierge était cachée dans la grotte de Maraha. Ayant toujours été distraite par la souffrance ou par des visites, elle ne les raconta pas le jour même où elle les vit, mais par forme de supplément, comme quelque chose qu’elle avait oublié ; nous les mettons donc ensemble, laissant au lecteur le soin de les placer dans un autre ordre selon qu’il le jugera convenable.

La sainte Vierge raconta à sa mère tout ce qui s’était passé lors de la visite des saints rois, et elles parlèrent aussi de la manière dont elle avait été laissée dans la grotte du tombeau de Maraha.

Je vis deux bergers venir trouver la sainte Vierge, et l’avertir qu’il venait des gens chargés par les autorités de s’enquérir de son enfant. Marie ressentit une vive inquiétude, et je vis bientôt après saint Joseph entrer, retirer l’Enfant-Jésus de ses bras, l’envelopper dans un manteau et l’emporter. Je ne me souviens plus où il alla avec lui.

Je vis alors la sainte Vierge livrée à ses inquiétudes maternelles, rester seule dans la grotte sans l’Enfant-Jésus pendant l’espace d’une demi journée. Quand vint l’heure où on devait l’appeler pour allaiter l’enfant, elle fit ce qu’ont coutume de faire des mères soigneuses lorsqu’elles ont été agitées violemment par quelque frayeur ou quelque vive émotion. Avant de donner à boire à l’enfant, elle exprima de son sein le lait que ses angoisses avaient pu altérer, dans une petite cavité de la couche de pierre blanche qui se trouvait dans la grotte. Elle parla de la précaution qu’elle avait prise à un des bergers, homme pieux et grave, qui était venu la trouver (probablement pour la conduire auprès de l’enfant) ; cet homme, profondément convaincu de la sainteté de la mère du Rédempteur, recueillit plus tard avec soin le lait virginal qui était resté dans la petite cavité de la pierre, et le porta avec une simplicité pleine de foi à sa femme, qui avait alors un nourrisson qu’elle ne pouvait pas satisfaire ni calmer. Cette bonne femme prit cet aliment sacré avec une respectueuse confiance, et sa foi fut récompensée, car son lait devint aussitôt très abondant. Depuis cet événement la pierre blanche de cette grotte reçut une vertu semblable, et j’ai vu que, de nos jours encore, même des infidèles mahométans en font usage comme d’un remède, dans ce cas et dans plusieurs autres’.

La tradition de ce miracle est rapportée avec diverses variantes dans beaucoup de descriptions anciennes et modernes de la Palestine. Suivant la tradition la plus ordinaire, la sainte Famille, passant près de Bethléhem lors de la fuite en Egypte, se serait cachée dans cette grotte, et quelques gouttes de lait tombées du sein de la mère de Dieu auraient donné cette vertu à la pierre de la grotte. C’est la soeur Emmerich qui a dit la première que cette grotte avait servi de tombeau à la nourrice d’Abraham ; quelle s’appelait dès lors la grotte de la nourrice ; et aussi que les inquiétudes maternelles de Marie avaient été la cause de cette vertu communiquée à la pierre de la grotte en question.

Le savant franciscain Fr. Quaresmius, commissaire apostolique dans la Terre Sainte au dix-neuvième siècle, dit entre autres choses, à propos de cette grotte, dans son Historica Terra’ Sanctae elucidatio, Antwerpiæ, 1632, t. II, p. 678 : « à peu de distance de la grotte de la Nativité et de l’église de la sainte Vierge, à Bethléhem (suivant d’autres indications elle en est éloignée de deux cents pas), se trouve un souterrain dans lequel sont creusées trois grottes ; dans cette qui est au milieu, le saint sacrifice de la messe a été souvent célébré en mémoire du miracle qui s’y est opéré : on l’appelle communément la grotte de la Vierge ou l’église de Saint Nicolas une bulle du pape Grégoire Xl (mort en 1378) mentionne cette chapelle de Saint Nicolas à Bethléhem, et permet aux franciscains d’y bâtir une maison avec clocher et cimetière. « On lit encore dans un ancien manuscrit sur les lieux saints : « Item, l’église de Saint Nicolas, où est la grotte dans laquelle, suivant la tradition, la sainte Vierge s’est cachée avec l’Enfant-Jésus « . Quaresmius, après avoir rapporté la tradition vulgaire sur cette grotte, ajoute que la terre de cette grotte est naturellement rouge ; mais qu’étant réduite en poussière, lavée et séchée au soleil, elle devient blanche comme la neige, et que, mêlée avec de l’eau, elle ressemble parfaitement à du lait.

La terre ainsi préparée s’appelle lait de la sainte Vierge. On en fait une potion très salutaire pour les femmes qui ne peuvent pas nourrir, et on l’emploie aussi avec succès contre d’autres maladies. Même les femmes turques et arabes en retirent une telle quantité de terre pour l’employer ainsi, que ce qui était autrefois une seule grotte en forme trois aujourd’hui. Les reliques qui, dans plusieurs Lieux de pèlerinage, portent le nom de lac bestoe Virginia, et donnent lien à beaucoup de moqueries, ne sont le plus souvent que de la terre de cette grotte de Bethléhem, dont parle la soeur Emmerich.

Quaresmius, à ce propos, mentionne un miracle rapporté par Baronius, lequel dit, dans ses Annales (an 158), que depuis que saint Paul a rejeté la vipère qui l’avait mordu à la main dans l’île de Malte (Act. XXIX), il n’y a plus dans cette île ni serpents ni animaux venimeux, et même que la terre de Malte est devenue un contrepoison ; puis il ajoute ces paroles :  » Si une telle vertu a été donnée à cette terre à cause de saint Paul, pourquoi refuserions-nous de croire que Dieu, pour honorer la Vierge mère, a communiqué une vertu semblable et encore plus grande d cette grotte, sanctifiée par la présence de Jésus et de Marie  » ! Castro, dans la vie de Marie, Grotonus, dans la vie de saint Joseph, rapportent la même tradition d’après un vieil écrit arménien.

Depuis ce temps, cette terre passée à l’eau et pressée dans de petits moules a été répandue dans la chrétienté comme un objet de dévotion ; c’est d’elle que se composent les reliques appelées lait de la très sainte Vierge.

LXIX – Préparatifs pour le départ de la sainte Famille.

– Départ de sainte Anne. Détails personnels à la soeur.
– Elle reconnaît des reliques venant des trois Rois.

(Du 28 au 30 décembre.)

Je vis dans les derniers jours et aujourd’hui saint Joseph prendre divers arrangements qui annonçaient le prochain départ de la sainte Famille. Chaque jour il amoindrissait son mobilier. Il donna aux bergers les cloisons mobiles, les claies et les autres objets à l’aide desquels il avait rendu la grotte habitable, et tout cela fut emporté par eux.

Aujourd’hui, dans l’après-midi, un assez grand nombre de gens qui allaient à Bethléhem pour le sabbat, vinrent à la grotte de la Crèche ; mais, la trouvant abandonnée, ils passèrent outre. Sainte Anne doit retourner à Nazareth après le sabbat ; on met tout en ordre et on fait des paquets. Elle prend avec elle et charge sur deux ânes plusieurs choses données par les trois rois, spécialement des tapis, des couvertures et des pièces d’étoffe. Ce soir, la sainte Famille célébra le sabbat dans la grotte de Maraha ; on continua à le célébrer le samedi 29 décembre. La tranquillité régnait dans les environs. Après la clôture du sabbat, on prépara tout pour le départ de sainte Anne.

Cette nuit, je vis, pour la seconde fois, la sainte Vierge sortir, au milieu des ténèbres, de la grotte de Maraha, et porter l’Enfant-Jésus dans cette de la Crèche. Elle le posa sur un tapis à l’endroit où il était né et pria à genoux près de lui. Je vis alors toute la grotte remplie d’une lumière céleste, comme à l’heure de la naissance du Sauveur. Je pense que la sainte Mère de Dieu doit aussi avoir vu cela.

Le dimanche 30 décembre, de très grand matin, je vis sainte Anne faire de tendres adieux à la sainte Famille et sus trois bergers, et partir pour Nazareth avec ses gens.

Ils emportaient sur leurs bêtes de somme tout ce qui restait des présents des trois rois, et je fus très surprise de les voir prendre un petit paquet qui m’appartenait. J’eus le sentiment qu’il était parmi les leurs, et je ne pus comprendre comment il pouvait se faire que sainte Anne emportât ainsi ce qui était à moi.

Cette impression qu’eut la soeur Emmerich s’explique par ce qui va être raconté. Bientôt après ce mouvement de surprise qu’elle eut lorsqu’il lui sembla voir sainte Anne emporter de Bethléhem quelque chose qui lui appartenait, elle communiqua ce qui suit à l’écrivain :

 » Sainte Anne, dit elle, a emporté en partant beaucoup de choses données par les trois rois, et spécialement des étoffes ; une grande partie de tout cela a servi dans la primitive Église, et il en est resté quelque chose jusqu’à nos jours. Il y a parmi mes reliques un petit morceau de la couverture de la petite table où étaient les présents des trois rois. et un autre morceau venant d’un de leurs manteaux.

A l’occasion de ce mot : mes reliques, nous avons quelques détails à donner au lecteur. A toutes les époques, il y a eu dans l’Église catholique des personnes qui, en vertu d’un don particulier, éprouvaient une rire et agréable impression à la vue ou nu contact des ossements des saints et de tous les objets consacrés et sanctifiés. Vraisemblablement ce don ne s’est jamais manifesté à un aussi haut degré ni aussi constamment que chez la soeur Anne-Catherine Emmerich. Non seulement le très saint Sacrement mais encore tout ce qui avait été consacré et bénit par l’Église, particulièrement les ossements des saints et tout ce que l’Eglise désigne par le nom de reliques, était distingué par elle de toutes les autres substances semblables quant à Leur nature. Ces objets sacrés lui apparaissaient brillants de lumière, et d’une lumière différemment colorée suivant leur espèce. Lorsque c’étaient des ossements de saints on des etoffe9 qui leur avaient appartenu, elle pouvait faire connaître les noms des sainte et souvent raconter leur histoire dans le plus grand détail. C’est ce dont les personnes qui l’approchaient le plus souvent purent se convaincre si pleinement par une foule d’expériences journalières, qu’un de ses amis lui donna le nom de saeromètre. Celui qui écrit ceci rapportent dans l’histoire détaillée de sa vie un grand nombre de ces expériences.

Nous ne savons pas si les autorités ecclésiastiques du pays où a vécu la soeur Emmerich se sont fait faire un rapport étendu avec tous les témoignages à l’appui sur ce phénomène si intéressant en ce qui touche la vie spirituelle, mais nous sommes convaincus que ce don était ce qu’il y avait en elle de’ plus remarquable et de plus digne d’attention. Pour éprouver cette connaissance qu’elle avait des reliques et des autres objets consacrés, plusieurs de ses amis, et notamment l’écrivain, étaient mis à la porté. de la bonne soeur une grande quantité d’objets de ce genre Cela leu avait été facile, car, malheureusement, par suite de la destruction de tant d’églises et de couvents à notre époque, et aussi par suite de la diminution ou même de l’extinction complète du sens de la loi en ce qui touche les choses saintes et les objets transmis par la tradition comme sacrés et vénérables, de véritables trésors, eu l’honneur desquels de grandes églises avaient peut-être été bâties, étaient négligés ou profanés de la manière la plus affligeante. Plusieurs étaient tombés dans les mains de particuliers et jusque dans les boutiques des fripiers. Elle-même indiqua ce qu’étaient devenus beaucoup de ces ossements sacres, et on les lui procura. Elle reçut ainsi, grâce à la bonté du respectable Overberg, qui était son directeur extraordinaire, deux châsses importantes, pleines de reliques des temps primitifs, qui avaient été trouvées dans une vieille église supprimée.

Comme une partie de ces reliques se trouvait dans une petite armoire près du lit de la malade, tandis qu’une autre partie était dans la demeure de l’écrivain, celui-ci demanda :  » Cette relique est-elle ici  » ? Non, répondit-elle, là-bas, dans la maison.  » est-ce chez moi  » ? dit l’écrivain.-Non, répliqua-t-elle, chez cet homme, chez le pèlerin « . (Elle avait coutume de désigner ainsi l’écrivain). c Elle se trouve dans un petit paquet ; la petite pièce du manteau est d’une couleur effacée. Mais on ne me croira pas, et pourtant cela est vrai ; je le vois devant vos yeux. Il y a un proche parent de l’écrivain, celui qui m’a fait une visite ; celui-là a un coeur semblable à celui du roi basané Séir. Il est si doux, si docile et si sincère c’est un vrai coeur chrétien. Ah ! si cet homme était dans l’Eglise : il posséderait le ciel sur la terre !

L’écrivain ayant pris parmi les reliques déposées chez lui ce qu’on pouvait appeler un petit paquet, et le lui ayant apporté, elle l’ouvrit aussitôt et reconnut un petit reste d’étoffe de laine jaune et un autre morceau de soie rougeâtre, comme provenant des trois rois, mais sans donner à cet égard d’explications plus précises. Elle dit ensuite :  » Je dois avoir moi-même un petit morceau d’étoffe venant des trois rois mages. Ils avaient plusieurs manteaux ; un, qui était épais et d’une étoffe serrée pour le mauvais temps ; un autre, de couleur jaune, et un autre rouge, de belle laine fine. Ces manteaux flottaient au vent quand ils marchaient. Dans les cérémonies, ils portaient des manteaux de soie sans teinture ; les bords étaient brodés d’or, et il y avait une longue queue que portaient des suivants. Je pense qu’il y a près de moi quelque pièces d’un de ces manteaux, et que c’est pour cela que j’ai vu près des trois rois, antérieurement et encore cette nuit, des scènes relatives à la production et au tissage de la soie.

Dans une contrée située a l’orient, entre le pays de Théokéno et celui de Séïr, se trouvaient des arbres de..’ les branches étaient couvertes de vers ; on avait creusé autour de chaque arbre un petit fossé pour que les vers ne pussent pas s’en aller. Je vis souvent placer des feuilles sous ces arbres ; de petites boites étaient suspendues aux arbres, et comme on y prenait des objets ronds, plus longs que le doigt, je croyais d’abord que c’étaient des oeufs d’oiseau d’une espèce rare ; mais je vis bientôt que c’étaient des coques filées par les vers, lorsque ces gens les dévidèrent et en tirèrent des fils très déliés. Ils en assujettissaient une grande quantité devant leur poitrine, et filaient avec un beau fit qu’ils roulaient sur quelque chose qu’ils tenaient à la main.

Je les vis aussi tisser entra des arbres ; leur métier à tisser était très simple : la pièce d’étoffe était à peu près large comme mon drap de lit. Quelques jours après, elle dit : Mon médecin m’a souvent interrogée à propos d’un petit morceau d’étoffe de soie d’un tissu singulier. J’en ai vu dernièrement un pareil auprès de moi, et ne sais plus ce qu’il est devenu. En recueillant mes souvenirs, j’ai reconnu que c’était à cette occasion que j’avais vu ce tableau du tissage de la soie : c’était plus à l’orient que le pays des trois rois, dans un pays où alla saint Thomas. Je me suis trompée en le racontant : il faut que le pèlerin efface cela. Ce morceau d’étoffe n’appartient pas aux trois rois ; il m’a été donné par quelqu’un qui voulait faire une expérience, sans s’inquiéter de ce qui m’occupait alors intérieurement : il résulte de là des contusions, et tout devient obscur.

J’ai vu de nouveau les reliques, et je sais où elles sont. Il y a plusieurs années, j’ai donné à ma belle-soeur qui habite Flamske, avant ses dernières couches, un petit paquet fermé par une couture. Elle m’avait priée de lui donner une relique pour la fortifier ; je lui donnai ce petit paquet, que j’avais vu lumineux. et comme ayant été autrefois en contact avec la Mère de Dieu. Je ne me souviens pas bien si je vis alors clairement tout ce qu’il contenait ; mais il procura à cette pieuse femme beaucoup de consolation. Cette nuit, je l’ai revu, elle le possède encore, il est solidement cousu. Il y a un petit morceau de tapis d’un rouge sombre, deux petites pièces d’un tissu léger comme du crêpe, de la couleur de la soie brute, quelque chose de vert qui ressemble à du coton, un petit morceau de bois et deux petits fragments de pierre blanche. J’ai fait dire à ma belle-soeur de me le rapporter.

Au bout de quelques jours, sa belle-soeur vint en effet la voir et apporta le petit paquet en question, qui était à peu près de la grosseur d’une noix. L’écrivain l’ouvrit chez lui avec soin, sépara les uns des autres les morceaux d’étoffe roulés ensemble, et les serra entre les pages d’un livre pour les aplatir. Il y avait un morceau d’étoffe de laine fort épaisse d’environ deux pouces carrés, de couleur rouge tirant sur le brun ; des morceaux longs et larges de deux doigts d’un tissu léger, semblable à de la mousseline, et dont la couleur était celle de la soie brute, puis un petit éclat de bois et deux petits fragments de pierre. Ayant plié les petits morceaux d’étoffe dans des feuilles de papier à lettre, il les lui mit sous les yeux dans la soirée.

Elle ne savait pas ce que c’était et dit d’abord :  » Qu’ai je à faire de ces lettres  » ? Puis, tenant dans sa main les papiers sans les ouvrir, elle ajouta aussitôt : « Il faut conserver cela avec soin et n’en pas perdre un brin. L’étoffe épaisse, qui maintenant parait brune, était autrefois d’un rouge foncé. C’était une couverture, à peu près aussi grande que ma chambre ; les suivants des trois rois l’étendirent dans la grotte de la Crèche, et Marie s’y assit avec l’Enfant-Jésus pendant qu’ils présentaient l’encens. Elle l’a conservée ensuite dans la grotte et la prit sur son âne lorsqu’elle alla à Jérusalem présenter l’enfant au temple. Le tissu léger vient d’une espèce de manteau court, composé de trois bandes d’étoffe séparées et attachées à un collet, qu’ils portaient sur leurs épaules comme une étole pour les cérémonies. Le petit éclat de bois et les deux petites pierres ont été rapportés de la Terre Sainte à une époque plus récente.

Elle était alors occupée de la suite de ses visions relatives à la dernière année de la prédication de Jésus. Le 27 janvier qui précéda sa Passion, elle le vit, allant à Béthanie, s’arrêter, avec dix-sept disciples, dans une auberge de Bethléhem. Il les instruisit sur leur vocation, et célébra le sabbat avec eux. La lampe resta allumée toute la journée.  » Il y a, dit-elle, un de ces disciples qui est nouvellement venu avec lui de Sichar. Je l’ai vu très distinctement : il doit y avoir parmi mes reliques un petit fragment de ses os. Son nom ressemble à Silan ou à Vilan ; ces deux lettres s’y trouvent « . Plus tard, elle dit Silvain. Au bout de quelque temps elle ajouta :  » J’ai vu de nouveau les petits morceaux d’étoffe venant des trois rois. Il doit y avoir encore là un petit paquet, où se trouvent entre autres choses un peu du manteau du roi Mensor, un morceau d’une couverture de sole rouge qui fut placée anciennement près du Saint Sépulcre, et un petit fragment de l’étole blanche et rouge d’un saint « . Après avoir fait une pause, elle dit encore :  » Je vois maintenant où est ce petit paquet ; je l’ai donné, il y a deux ans et demi, à une femme d’ici pour le porter sur elle ; elle l’a encore. Je la prierai de me le rendre. Je le lui donnai pour la consoler quand on me mit en prison, à cause du grand intérêt qu’elle me portait. Je ne savais pas alors au juste ce qu’il y avait ; je voyais seulement qu’il brillait, que c’était une relique, et qu’il avait été en contact avec la mère de Dieu. Maintenant que j’ai vu avec tant de détail tout ce qui concerne les trois rois, j’ai reconnu tout ce qui, dans mon voisinage, avait quelque rapport à eux, et notamment ces reliques d’étoffe « .

Au bout de quelques jours, quand elle eut de nouveau ce petit paquet, elle le donna à ouvrir à l’écrivain, parce qu’elle était malade. Il ouvrit dans l’autre pièce ce petit paquet, fermé depuis longtemps par une forte couture, et il y trouva les objets suivants enveloppés ensemble :

1 – un petit morceau de tissu de laine très fine, sans teinture, qui, lorsqu’on voulait le déployer, s’effilait en parcelles très minces ;
2 – Deux petits morceaux d’étoffe de coton, couleur nankin d’un tissu peu serré mais pourtant assez solide de la longueur d’un doigt ;
3 – Un pouce carré d’étoffe de soie cramoisie ;
4 – un quart de pouce carré d’étoffe de soie jaune et blanche ;
5 – Un petit échantillon de soie verte et rouge ;
6 – Au milieu de tout cela, un petit papier plié où était une petite pierre blanche de la grosseur d’un pois.

L’écrivain sépara tous ces objets et les enveloppa dans autant de morceaux de papier, excepté le n° 6 qu’il laissa dans le vieux papier. Quand il s’approcha de la malade, elle ne semblait pas être dans l’état de clairvoyance ; elle était éveillée, toussait et se plaignait de vives douleurs ; pourtant elle dit bientôt :  » Qu’est-ce que ces lettres que vous avez là ? cela est tout brillant. Nous avons là des trésors qui ont plus de valeur qu’un royaume « . Elle prit alors les différents papiers sans les ouvrir et sans regarder ce qu’ils contenaient. Après les avoir tenus successivement dans sa main, elle se fut pendant quelques instants, comme regardant intérieurement ; puis, en les rendant, elle dit ce qui suit sur leur contenu, sans faire la plus légère erreur, car l’écrivain s’en assura aussitôt en ouvrant ces papiers, qui étaient tous pliés de la même manière :

N. l. Ceci vient d’une robe de Mensor ; c’est de la laine très fine. Elle n’avait pas de manches, mais seule ment des ouvertures pour passer les bras. Une bande d’étoffe, semblable à une manche, pendait depuis les épaules jusqu’aux coudes. Elle décrivit alors très exacte. ment la forme, la matière et la couleur de la relique.
N. 2. Ceci provient d’un manteau que les trois rois avaient laissé après eux. Elle décrivit ensuite la relique.
N. 3. Ceci est un petit morceau d’une couverture de soie rouge qui était étendue sur le sol près du Saint Sépulcre, quand les chrétiens possédaient encore Jérusalem. Lorsque les Turcs prirent la ville, elle était comme neuve. Les chevaliers la partagèrent entre eux, et chacun en emporta un morceau comme souvenir.
N. 4. Ceci vient de l’étole d’un très saint prêtre, nommé Alexis. C’était, je crois, un capucin. Il priait continuellement au Saint Sépulcre. Les Turcs lui firent subir beaucoup de mauvais traitements. Ils firent entrer des chevaux dans l’église, et placèrent une vieille femme turque entre lui et le Saint Sépulcre, à l’endroit où il priait. Mais il ne se laissa pas troubler par tout cela. Ils finirent par le murer là, et la femme lui donnait de l’eau et du pain par une ouverture. Je sais cela par beaucoup de choses qui m’ont été montrées récemment, lorsque j’ai vu le petit paquet, sans bien savoir où il se trouvait.
N. 5. Ceci n’est pas une relique, c’est cependant un objet digne de respect. Cela provient des sièges où les princes et les chevaliers s’asseyait dans l’église du Saint Sépulcre
N. 6. C’est une petite pierre de la chapelle qui est au-dessus du Saint Sépulcre, et il y a aussi un petit fragment d’ossement du disciple Silvain de Sichar.

L’écrivain lui ayant dit qu’il n’y avait pas de fragment d’ossements, elle répondit :  » Regardez et cherchez « . Il alla dans la première pièce pour y voir plus clair, ouvrit avec précaution le papier plié, et trouva dans un pli un très petit morceau d’ossement, de forme irrégulière, de l’épaisseur de l’ongle et de la grandeur d’un demi kreutzer. Elle l’avait exactement décrit, et il le reconnut aussitôt. Tout cela se passa le soir dans sa chambre, qui n’était pas éclairée ; il n’y avait de la lumière que dans la première pièce.

LXX – Purification de la sainte Vierge.

Comme on approchait du jour où la sainte Vierge devait présenter son premier-né au temple et le racheter suivant les prescriptions de la loi, tout fut préparé pour que la sainte Famille pût d’abord aller au temple, puis retourner à Nazareth. Déjà, le dimanche 30 décembre au soir, les bergers avaient pris tout ce qu’avaient laissé après eux les serviteurs de sainte Anne. La grotte de la Crèche, la grotte latérale et celle du tombeau de Maraha étaient entièrement débarrassées, et même nettoyées. Saint Joseph les laissa parfaitement propres.

Dans la nuit du dimanche au lundi 31 décembre, je vis Joseph et Marie visiter encore une fois avec l’enfant la grotte de la Crèche, et prendre congé de ce saint lieu. Ils étendirent d’abord le tapis des trois rois à la place où Jésus était né, y posèrent l’enfant et prièrent ; puis, ils le placèrent à l’endroit où avait eu lieu la circoncision, et s’y agenouillèrent aussi pour prier.

Le lundi 31 décembre, au point du jour, je vis la sainte Vierge se placer sur l’âne, que les vieux bergers avaient amené tout harnaché devant la grotte. Joseph tint l’enfant jusqu’à ce qu’elle se fût installée commodément et le lui donna. Elle était assise sur un siège : ses pieds, un peu relevés, reposaient sur une planchette. Elle tenait sur son sein l’enfant, enveloppe dans son grand voile, et le regardait avec bonheur. Ils n’avaient près d’eux, sur l’Ane, que deux couvertures et deux petits paquets, entre lesquels Marie était assise. Les bergers leur firent de touchants adieux et les conduisirent jusqu’au chemin. Ils ne prirent pas la route par laquelle ils étaient venus, mais passèrent entre la grotte de la Crèche et celle du tombeau de Maraha, en longeant Bethléhem au levant. Personne ne les aperçut.

(30 janvier.)

Aujourd’hui, je les vis suivre lentement la route, assez courte du reste, qui va de Bethléhem à Jérusalem. Ils y mirent beaucoup de temps et s’arrêtèrent souvent. A midi, je les vis se reposer sur des bancs qui entouraient un puits recouvert d’un toit. Je vis deux femmes venir près de la sainte Vierge et lui apporter deux petites cruches avec du baume et des petits pains.

L’offrande de la sainte Vierge pour le temple était dans une corbeille suspendue aux flancs de l’âne. Cette corbeille avait trois compartiments, dont deux étaient recouverts et contenaient des fruits. Le troisième formait une cage à jour où l’on voyait deux colombes.

Je les vis vers le soir, à environ un quart de lieue en avant de Jérusalem, entrer dans une petite maison, tenue par un vieux ménage qui les reçut très affectueusement. C’étaient des Esséniens, parents de Jeanne Chusa. Le mari s’occupait de jardinage, taillait les haies et était chargé de quelque chose relativement au chemin.

(1er février.)

Je vis aujourd’hui la sainte Famille passer toute la journée chez ses vieux hôtes. La sainte Vierge fut presque tout le temps dans une chambre, seule avec l’enfant, qui était posé sur un tapis. Elle était toujours en prière et paraissait se préparer pour la cérémonie qui allait avoir lieu. J’eus à cette occasion des avertissements intérieurs sur la manière dont on doit se préparer à la sainte communion. Je vis apparaître dans la chambre plusieurs anges qui adorèrent l’Enfant-Jésus. Je ne sais pas si la sainte Vierge les vit ; mais je suis portée à le croire, car je la vis très émue. Les bons hôtes montrèrent toute espèce de prévenances envers la sainte vierge. Ils devaient avoir un pressentiment de la sainteté de l’Enfant-Jésus.

Le soir, vers sept heures, j’eus une vision relative au vieux Siméon. C’était un homme maigre, très âgé, avec une barbe courte. Il était prêtre, avait une femme et trois fils, dont le plus jeune pouvait avoir vingt ans. Je vis Siméon, qui habitait tout contre le temple, se rendre, par un passage étroit et obscur, dans une petite cellule voûtée qui était pratiquée dans les gros murs du temple. Je n’y vis rien qu’une ouverture par laquelle on pouvait voir dans l’intérieur du temple. J’y vis le vieux Siméon agenouillé et ravi en extase pendant sa prière. Un ange lui apparut et l’avertit de remarquer le lendemain matin l’enfant qui serait présenté le premier, parce que cet enfant était le Messie, après lequel il avait si longtemps soupiré. Il ajouta qu’il mourrait peu de temps après l’avoir vu. C’était un merveilleux spectacle ; la cellule était brillante de clarté, et le saint vieillard était rayonnant de joie. Je le vis ensuite revenir dans sa demeure et raconter, tout joyeux, à sa femme, ce qui lui avait été annoncé. Quand sa femme fut allée se reposer, je le vis de nouveau se mettre en prière.

Je n’ai jamais vu les pieux Israélites ni leurs prêtres faire, pendant leur prière, ces contorsions exagérées que font les Juifs d’à présent ; mais je les vis quelquefois se donner la discipline. Je vis aussi la prophétesse Anne prier dans sa cellule du temple, et avoir une vision touchant la présentation de l’Enfant-Jésus.

(2 février.)

Ce matin, avant le jour, je vis la sainte Famille, accompagnée de ses hôtes, quitter son auberge avec les corbeilles où étaient les offrandes, et se rendre au temple de Jérusalem. Ils entrèrent d’abord dans une cour entourée de mur attenante au temple. Pendant que saint Joseph et son hôte plaçaient l’âne sous un hangar, la sainte Vierge fut accueillie très amicalement par une femme âgée, qui la conduisit plus loin par un passage couvert. Elles avaient une lanterne, car il faisait encore sombre. Dès leur entrée dans ce passage, le vieux Siméon vint au-devant de Marie. Il lui adressa quelques paroles qui exprimaient sa joie, prit l’enfant qu’il serra contre son coeur, et revint en hâte au temple par un autre chemin. Ce que l’ange lui avait dit la veille lui avait inspiré un si vif désir de voir l’enfant après lequel il avait si longtemps soupiré, qu’il était venu là attendre l’arrivée des femmes. Il portait de longs vêtements comme les prêtres hors de leurs fonctions. Je l’ai vu souvent dans le temple, et toujours en qualité de prêtre, mais qui n’occupait pas un rang élevé dans la hiérarchie. Il se distinguait seulement par sa grande piété, sa simplicité et ses lumières.

La sainte Vierge fut conduite par la femme qui lui servait de guide jusqu’au vestibule du temple où la présentation devait avoir lieu : elle y fut reçue par Anne et par Noémi, son ancienne maîtresse, lesquelles habitaient l’une et l’autre de ce côté du temple. Siméon, qui était venu de nouveau à la rencontre de la sainte Vierge, la conduisit au lieu où se faisait le rachat des premiers-nés : Anne, à laquelle saint Joseph donna la corbeille où était l’offrande, la suivit avec Noémi. Les colombes étaient dans le dessous de la corbeille ; la partie supérieure était remplie de fruits. Saint Joseph se rendit par une autre porte au lieu où se tenaient les hommes.

On savait dans le temple que plusieurs femmes devaient venir pour la présentation de leurs premiers-nés, et tout était préparé. Le lieu où la cérémonie eut lieu était aussi grand que l’église principale de Dulmen. Contre les murs étaient des lampes allumées qui formaient toujours une pyramide. La flamme sortait à l’extrémité d’un conduit recourbé par un bec d’or qui brillait presque autant qu’elle. A ce bec était attaché par un ressort une espèce de petit éteignoir qui, relevé en haut, éteignait la lumière sans qu’elle répandit d’odeur, et qu’on retirait par en bas lors. qu’on voulait allumer.

Devant une espèce d’autel, au coin duquel se trouvaient comme des cornes, plusieurs prêtres avaient apporté un coffret quadrangulaire un peu allongé, qui formait le support d’une table assez large sur laquelle était posée une grande plaque. Ils mirent par-dessus une couverture rouge, puis une autre couverture blanche transparente, qui pendait tout autour jusqu’à terre. Aux quatre coins de cette table turent placées des lampes allumées à plusieurs branches ; au milieu, autour d’un long berceau, deux plats ovales et deux petites corbeilles.

Ils avaient tiré tous ces objets des compartiments du coffre, où ils avaient pris aussi des habits sacerdotaux, qu’on avait placés sur un autel fixe. La table, dressée pour les offrandes, était entourée d’un grillage. Des deux côtés de cette pièce du temple il y avait des rangées de sièges, dont l’une était plus élevée que l’autre ; il s’y trouvait des prêtres qui priaient. Siméon s’approcha alors de la sainte Vierge, qui tenait dans ses bras l’Enfant-Jésus enveloppé dans une étoffe bleu de ciel et la conduisit par la grille à la table des offrandes, où elle plaça l’enfant dans le berceau. A partir de ce moment, je vis le temple rempli d’une lumière dont rien ne peut rendre l’éclat. Je vis que Dieu y était, et au-dessus de l’enfant, je vis les cieux ouverts jusqu’au trône de la très sainte Trinité. Siméon reconduisit ensuite la sainte Vierge au lieu où se tenaient les femmes derrière un grillage. Marie portait un vêtement couleur bleu de ciel et un voile blanc ; elle était enveloppée dans un long manteau d’une couleur tirant sur le jaune.

Siméon alla ensuite à l’autel fixe, sur lequel étaient placés les vêtements sacerdotaux. Lui et trois autres prêtres s’habillèrent pour la cérémonie. Ils avaient au bras une espèce de petit bouclier, et sur la tête une sorte de mitre. L’un d’eux se tenait derrière la table des offrandes, l’autre devant ; deux autres étaient aux petits côtés, et ils récitaient des prières sur l’enfant.

La prophétesse Anne vint alors près de Marie, lui présenta la corbeille des offrandes, qui renfermait dans deux compartiments, placés l’un au-dessous de l’autre, des fruits et des colombes, et la conduisit au grillage qui était devant la table des offrandes ; elle resta là debout. Siméon, qui se tenait devant la table, ouvrit la grille, conduisit Marie devant la table, et y plaça son offrande. Dans un des plats ovales on plaça des fruits, dans l’autre des nièces de monnaie : les colombes restèrent dans la corbeille.

Siméon resta avec Marie devant l’autel des offrandes le prêtre, placé derrière l’autel, prit l’Enfant-Jésus, l’éleva en l’air en le présentant vers différents côtés du temple et pria longtemps. Il donna ensuite l’enfant à Siméon qui le remit sur les bras de Marie, et lut des prières dans un rouleau placé près de lui sur un pupitre.

Siméon reconduisit alors la sainte Vierge devant la balustrade, d’où elle fut ramenée par Anne, qui l’attendait là, à la place où se tenaient les femmes ; il y en avait là une vingtaine, venues pour présenter au temple leurs premiers-nés. Joseph et d’autres hommes se tenaient plus loin, à l’endroit qui leur était assigné. Alors les prêtres, qui étaient devant l’autel, commencèrent un service avec des encensements et des prières ; ceux qui se trouvaient sur les sièges y prirent part en faisant quelques gestes, mais non exagérés comme ceux des Juifs d’aujourd’hui. Quand cette cérémonie fut finie, Siméon vint à l’endroit où se trouvait Marie, reçut d’elle l’Enfant-Jésus, qu’il prit dans ses bras, et, plein d’un joyeux enthousiasme, parla de lui longtemps, et en termes très expressifs. Il remercia Dieu d’avoir accompli sa pro. messe, et dit, entre autres choses : « C’est maintenant Seigneur, que vous renvoyez votre serviteur en paix selon votre parole ; car mes yeux ont vu votre salut que vous avez préparé devant la face de tous les peuples la lumière qui doit éclairer les nations et glorifier votre peuple d’Israël « .

Jusqu’en 1823, dans le troisième récit da la prédication de Jésus, elle parla d’un séjour qu’il fit à Hébron, environ dix jours après la mort de saint Jean-Baptiste, elle vit Jésus, le vendredi 29 Thébet (17 janvier), taire une instruction sur la lecture du sabbat, qui était tirée de l’Exode (X-XIII), et qui traitait des ténèbres d’Egypte et du rachat des premiers nés. Elle vit à cette occasion toute la cérémonie de la présentation de Jésus dans le temple et raconta ce qui suit : « La sainte vierge présenta l’Enfant-Jésus au temple le quarante et unième jour après sa naissance. Elle resta à cause d’une fêle trois jours dans l’auberge située devant la porte de Bethléhem. Outre l’offrande ordinaire des colombes, elle offrit cinq petites plaques d’or de forme triangulaire provenant de’ présents des trois rois, et donna plusieurs pièces de belle étoffe pour le’ ornements du temple. Joseph, avant de quitter Bethléhem, vendit à sen cousin la jeune ânesse qu’il lui avait remise en gage le 30 novembre, Je crois toujours que l’ânesse sur laquelle Jésus entra à Jérusalem le dimanche des rameaux provenait de cette bête.

Joseph s’était rapproché après la présentation ; ainsi que Marie, il écouta avec respect les paroles inspirées de Siméon, qui les bénit tous deux, et dit à Marie :  » Voici que celui-ci est placé pour la chute et pour la résurrection de plusieurs dans Israel, et comme un signe de contradiction ; un glaive traversera ton âme, afin que ce qu’il y a dans beaucoup de coeurs soit révélé « .

Quand le discours de Siméon fut fini, la prophétesse Anne fut aussi inspirée, parla longtemps de l’Enfant-Jésus, et appela sa mère bienheureuse.

Je vis les assistants écouter tout cela avec émotion, mais pourtant sans qu’il en résultat aucun trouble ; les prêtres même semblèrent en entendre quelque chose. Il semblait que cette manière enthousiaste de prier à haute voix ne fût pas tout à fait une chose inaccoutumée, que des choses semblables arrivassent souvent, et que tout dût se passer ainsi. Tous donnèrent à l’enfant et à sa mère de grandes marques de respect. Marie brillait comme une rose céleste.

La sainte Famille avait présenté, en apparence, la plus pauvre des offrandes ; mais Joseph donna secrète. ment au vieux Siméon et à la prophétesse Anne beaucoup de petites pièces jaunes triangulaires, lesquelles devaient profiter spécialement aux pauvres vierges élevées dans le temple, et hors d’état de payer lad frais de leur entretien.

Je vis ensuite la sainte Vierge, tenant l’enfant dans ses bras, reconduite par Anne et Noémi à la cour où elles l’avaient prise et où elles se firent réciproquement leurs adieux. Joseph y était déjà avec les deux hôtes ; il avait amené l’Ane sur lequel Marie monta avec l’enfant, et ils partirent aussitôt du temple, traversant Jérusalem en allant dans la direction de Nazareth.

Je n’ai pas vu la présentation des autres premiers-nés amenés aujourd’hui ; mais j’ai le sentiment que tous reçurent des grâces particulières, et que beaucoup d’entre eux furent du nombre des saints innocents égorgés par ordre d’Hérode.

La cérémonie de la Présentation dut être terminée ce matin, vers neuf heures ; car c’est alors que je vis partir la sainte Famille. Ils allèrent ce jour-là jusqu’à Béthoron, et passèrent la nuit dans la maison qui avait été le dernier gîte de la sainte Vierge, treize ans avant, lorsqu’elle fut conduite au temple. La maison me parut habitée par un maître d’école. Des gens, envoyés par sainte Anne, les attendaient là pour les prendre avec eux. Ils revinrent à Nazareth par un chemin beaucoup plus direct que celui qu’ils avaient pris en allant à Bethléhem, lorsqu’ils évitaient les bourgs et n’entraient que dans les maisons isolées.

Joseph avait laissé chez son parent la jeune ânesse qui lui avait montré le chemin dans le voyage à Bethléhem ; car il pensait toujours revenir à Bethléhem, et à se construire une demeure dans la vallée des bergers. Il avait parlé de ce projet aux bergers, et il leur avait dit qu’il voulait seulement que Marie passât un certain temps chez sa mère pour se remettre des fatigues de son mauvais gîte. Il avait, à cause de cela, laissé beaucoup de choses chez les bergers.

Joseph avait avec lui une singulière espèce de monnaie qu’il avait reçue des trois rois. Il avait à sa robe une espèce de poche intérieure où il portait une quantité de feuilles de métal jaunes, minces, brillantes et repliées les unes sur les autres. Elles étaient carrées, avec les coins arrondis ; il y avait quelque chose de gravé. Les pièces d’argent que reçut Judas pour prix de sa trahison étaient plus épaisses et en forme de langue.

Pendant ces jours-là, je vis les trois saints rois réunis au delà d’une rivière. Ils firent une halte d’un jour et célébrèrent une fête. Il y avait là une grande maison entourée de plusieurs autres petites. Au commencement, ils voyageaient très vite ; mais, à dater de leur halte actuelle, ils allèrent beaucoup plus lentement qu’ils n’étaient venus. Je vis toujours en avant de leur cortège un jeune homme resplendissant qui leur parlait quelquefois.

A suivre …

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