Visions de Anne Catherine Emmerich

La Vie de la Vierge Marie – Partie 3/12

Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

XXI Naissance de Marie

Quelques jours avant sa délivrance, Anne avait annoncé à Joachim que le temps de ses couches était proche Elle envoya des messagers à Séphoris, à sa soeur cadette Maraha; dans la vallée de Zabulon, à la veuve Énoué, soeur d’Élisabeth, et à Bethsaïde, à sa nièce Marie Salomé, pour engager ces trois femmes à venir chez elle.

Je vis Joachim, la veille de la délivrance d’Anne, envoyer ses nombreux serviteurs aux pâturages où étaient ses troupeaux. Parmi les nouvelles servantes d’Anne, il ne garda à la maison que celles dont le service était nécessaire. Lui-même alla au plus voisin de ses pâturages. Je vis que Marie Eléli, la fille aînée d’Anne, prenait soin du ménage. Elle avait alors environ dix-neuf ans, et avait épousé Cléophas, chef des bergers de Joachim, dont elle avait une petite fille appelée Marie de Cléophas, laquelle avait alors à peu près quatre ans.

Joachim pria, choisit les plus beaux de ses agneaux, de ses chevreaux et de ses boeufs, et les envoya au temple comme sacrifice d’actions de grâces. Il ne revint chez lui qu’à la nuit.

Je vis les trois parentes d’Anne arriver le soir chez elle. Elles la visitèrent dans la chambre située derrière le foyer et l’embrassèrent. Après leur avoir annoncé l’approche de sa délivrance, Anne, se tenant debout, entonna avec elles un cantique conçu à peu près en ces termes :  » Louez Dieu le Seigneur; il a eu pitié de son peuple; il a accompli la promesse qu’il avait faite à Adam dans le paradis, quand il lui dit que la semence de la femme écraserait la tête du serpent, etc « . Je ne puis pas tout rapporter exactement.

Anne était comme en extase; elle énumérait dans son cantique tout ce qui avait figuré Marie par avance. Elle disait : « Le germe donné par Dieu à Abraham a mûri en moi ». Elle parlait d’Isaac promis à Sara, et ajoutait :  » La floraison de la verge d’Aaron s’est accomplie en moi « . Je la vis comme pénétrée de lumière. Je vis la chambre pleine de clartés, et l’échelle de Jacob apparaître au-dessus. Les femmes, pleines d’un joyeux étonnement, étaient comme ravies, et je crois qu’elles virent aussi l’apparition.

Après cette prière de bienvenue, on servit aux femmes une petite réfection de pain, de fruits et d’eau mêlée de baume. Elles mangèrent et burent debout, et allèrent dormir quelques heures pour se reposer de leur voyage. Anne resta levée et pria. Vers minuit, elle éveilla ses parentes pour prier avec elle. Elles la suivirent derrière un rideau à l’endroit où était son lit.

Anne ouvrit les portes d’une petite niche pratiquée dans le mur, et qui renfermait des reliques dans une boite. Il y avait des deux côtés des lumières qu’on alluma; je ne sais si c’étaient des lampes. Un escabeau rembourré était au pied de cette espèce de petit autel. Dans le reliquaire se trouvaient des cheveux de Sara, pour laquelle Anne avait beaucoup de vénération; des os de Joseph, que Moise avait emportés d’Égypt ; quelque chose de Tobie, peut-être un morceau de vêtement, et le petit vase brillant, en forme de poire, dans lequel Abraham avait bu lors de la bénédiction de l’ange, et que Joachim avait reçu avec la bénédiction. Je sais maintenant que cette bénédiction était du pain et du vin, et comme une nourriture et une réfection sacramentelle.

Anne s’agenouilla devant la niche. Deux des femmes étaient à ses côtés, la troisième derrière elle. Elle dit encore un cantique; je crois qu’il y était question du boisson ardent de Moise. Je vis alors une lumière surnaturelle remplir la chambre, se mouvoir et se condenser autour d’Anne. Les femmes tombèrent la face contre terre comme évanouies.

La lumière prit tout autour d’Anne la forme qu’avait le buisson ardent de Moise sur l’Horeb, en sorte que je ne la vis plus.

La flamme rayonnait vers l’intérieur, et je vis tout d’un coup Anne recevoir dans ses bras la petite Marie toute resplendissante, l’envelopper dans son manteau, la presser sur son sein, puis la placer sur l’escabeau devant le reliquaire, et continuer à prier. Alors j’entendis l’enfant pleurer, et je vis Anne tirer des linges de dessous le grand voile qui l’enveloppait. Elle emmaillota l’enfant jusque sous les bras, laissant la poitrine, la tête et les bras découverts. L’apparition du buisson ardent s’était évanouie.

Les femmes se relevèrent, et à leur grande surprise reçurent dans leurs bras l’enfant nouveau-né. Elles versaient des larmes de joie. Elles entonnèrent toutes un nouveau cantique d’actions de grâces, et Anne éleva l’enfant en l’air comme pour l’offrir. Je vis alors la chambre se remplir de nouveau de lumières, et j’entendis plusieurs anges qui chantaient gloria et alléluia. J’entendais tout ce qu’ils disaient. Ils annonçaient que l’enfant devait recevoir, le vingtième jour, le nom de Marie.

Anne entra alors dans sa chambre à coucher et se mit sur son lit. Les femmes déshabillèrent l’enfant, la baignèrent, puis l’emmaillotèrent de nouveau. Elles la portèrent ensuite à sa mère, dont la couche était disposée de manière qu’on pouvait fixer auprès d’elle une petite corbeille à jour, où l’enfant avait une place séparée à côté de sa mère.

Les femmes alors appelèrent son père Joachim. Il vint près de la couche d’Anne, s’agenouilla et versa d’abondantes larmes sur l’enfant; puis il l’éleva dans ses bras et entonna un cantique de louanges, comme Zacharie à la naissance de Jean-Baptiste.

Il parla dans ce psaume du saint germe qui, placé par Dieu dans Abraham, s’était perpétué chez le peuple de Dieu dans l’alliance dont la circoncision était le sceau, mais qui arrivait dans cet enfant à sa plus haute floraison.

J’entendis dire dans ce cantique que la parole du Prophète :  » une tige sortira de la racine de Jessé « , se trouvait maintenant accomplie. Il dit aussi, avec beaucoup de ferveur et d’humilité, que maintenant il mourrait volontiers.

Je remarquai que Marie d’Héli, la fille aînée d’Anne, ne vint qu’assez tard voir l’enfant. Quoique mère elle-même depuis quelques années, elle n’avait pas assisté à la naissance de Marie, peut-être parce que, d’après les lois juives, une fille ne devait pas se trouver près de sa mère dans un pareil moment.

Le lendemain, je vis les serviteurs, les servantes et beaucoup de gens du pays rassemblés autour de la maison. On les fit entrer successivement, et l’enfant fut montrée à tous par les femmes. Ils furent, en général, très touchés, et plusieurs devinrent meilleurs. Les gens du voisinage étaient venus parce qu’ils avaient vu pendant la nuit une lumière au-dessus de la maison, et parce que les couches d’Anne, venant après une longue stérilité, étaient regardées comme une grande grâce du ciel.

XXII Joie dans le ciel et dans les limbes à la naissance de Marie.

Mouvement dans la nature et parmi les hommes.

Au moment où la petite Marie se trouva dans les bras de sainte Anne, je la vit dans le ciel présentée devant la très sainte Trinité, et saluée avec une joie indicible par toutes les armées célestes. Je connus que toutes ses joies, ses douleurs et ses destinées futures lui étaient manifestées d’une manière surnaturelle.

Marie reçut la connaissance des plus profonds mystères, et pourtant elle resta un enfant.

Nous ne pouvons pas comprendre cette science qui lui fut donnée, parce que la notre a pris son origine sur l’arbre fatal du paradis.

Elle connut tout cela comme l’enfant connaît le sein de sa mère et sait qu’il doit s’y désaltérer. Lorsque cessa la contemplation où j’avais vu la petite Marie instruite par le grâce divine dans le ciel, je l’entendis pleurer pour la première fois.

Je vis la naissance de Marie annoncée aux patriarches dans les limbes, au moment même où elle eut lieu; je les vis tons, particulièrement Adam et Eve, pénétrés d’une joie inexprimable, à cause de l’accomplissement de la promesse faite dans le paradis.

Je connus aussi qu’il y avait un progrès dans l’état de grâce des patriarches, que leur demeure s’éclairait et s’élargissait, et qu’ils acquéraient une plus grande influence sur ce qui se passait dans le monde. Il semblait que tous les travaux. toutes les pénitences de leur vie, tous leurs combats, leurs prières et leurs désirs étaient, pour ainsi dire, arrivés à maturité, et avaient produit un fruit de paix.

Je vis au temps de la naissance de Marie, un grand mouvement de joie dans la nature, chez tous les animaux et aussi dans le coeur de tous les hommes de bien, et j’entendis des chants harmonieux; chez les pécheurs, il y eut une grande angoisse et comme un brisement de coeur.

Je vis spécialement dans la contrée de Nazareth et dans le reste de la terre promise plusieurs possédés agités par des convulsions violentes. Ils se précipitaient ça et là avec de grandes clameurs, et les démons criaient par leur bouche : « il faut partir, il faut partir « .

A Jérusalem, je vis le pieux prêtre Siméon, qui habitait près du temple, effrayé à l’heure de la naissance de Marie par les cris affreux que poussaient des fous et des possédés enfermés en grand nombre dans un édifice contigu à la montagne du temple, et sur lequel Siméon, qui demeurait dans le voisinage, avait un certain droit de surveillance.

Je le vis à minuit se rendre sur la place devant la maison des possédés; un homme qui habitait près de là lui demanda la cause de ces cris qui troublaient le sommeil de tout le monde. Un possédé cria avec plus de force, demandant à sortir. Siméon lui ouvrit la porte; le possédé se précipita dehors, et Satan cria par sa bouche : « il faut partir nous devons partir il est né une Vierge. Il y a sur la terre tant d’anges qui nous tourmentent nous devons partir, et nous ne pourrons plus posséder un seul homme ! « 

Je vis Siméon prier avec ferveur; le malheureux possédé fut violemment jeté ça et là sur la place, et je vis le démon sortir de loi, très contente de voir le vieux Siméon.

Je vis aussi la prophétesse Anne, et Noémi, soeur de la mère de Lazare, qui habitait dans le temple, et qui fut plus tard la maîtresse de Marie furent réveillés et informées par des visions de la naissance d’un enfant d’élection. Elles se réunirent et se communiquèrent ce qu’elles avaient appris. Je crois qu’elles connaissaient sainte Anne.

XXIII L’enfant reçoit le nom de Marie.

(22 – 23 septembre)

J’ai vu aujourd’hui une grande fête dans la maison de sainte Anne. Tout avait été déplacé et rangé à part dans la partie antérieure de la maison. Les cloisons en clayonnage, qui formaient des chambres séparées, avaient été enlevées, et on avait ainsi disposé une grande table. Tout autour de cette salle, je vis une longue table basse, couverte de vaisselle pour le repas. Au milieu de la salle, on avait dressé une espèce de table d’autel recouverte d’une étoffe rouge et blanche, sur laquelle était un petit berceau rouge et blanc, avec une couverture bleu de ciel.

Près de l’autel était un pupitre recouvert, sur lequel étaient des rouleaux en parchemin contenant des prières. Devant l’autel se tenaient cinq prêtres de Nazareth en habits de cérémonie; Joachim était près d’eux. Dans le fond, autour de l’autel, se tenaient plusieurs femmes et plusieurs hommes, des parents de Joachim, tous avec des habits de fête. Je me souviens de la soeur d’Anne, Maraha de Séphoris, et de sa fille aînée. Sainte Anne avait quitté sa couche, mais elle resta dans sa chambre, placée derrière le foyer, et ne parut pas à la cérémonie.

Enoué, la soeur d’Elisabeth, apporta la petite Marie et la plaça sur les bras de Joachim. Les prêtres se placèrent devant l’autel près des rouleaux, et récitèrent des prières à haute voix. Joachim donna l’enfant au principal d’entre eux, qui l’éleva en l’air en priant, comme pour l’offrir à Dieu, et la plaça dans son berceau sur l’autel. Il prit ensuite des espèces de ciseaux d’une forme particulière avec lesquels il coupa à l’enfant trois petites touffes de cheveux sur les deux côtés de la tête et sur le front, puis les brûla sur un brasier. Il prit ensuite une botte où était de l’huile, et oignit les cinq sens de l’enfant avec le pouce il fit cette onction sur les oreilles, les yeux, le nez, là bouche et le creux de l’estomac. Il avait aussi le nom de Marie sur un parchemin qu’il plaça sur la poitrine de l’enfant. On chanta ensuite des psaumes, puis vint le repas, que je ne vis pas.

XXIV Origine de la fête de la Nativité de Marie.

Le soir du 7 septembre, veille de la fête, la soeur se trouva pleine d’une joie inaccoutumée et qu’elle appelait surnaturelle, quoiqu’elle se sentit en même temps très malade ‘. Elle fut bientôt très animée et éprouva une ferveur extraordinaire. Elle parla d’une allégresse universelle qui s’était manifestée dans la nature à l’approche de ta naissance de Marie, et dit qu’elle avait le pressentiment qu’elle aurait une grande joie le lendemain :  » pourvu qu’elle ne se tourne pas en douleur « , ajouta-t-elle. Voici ce qu’elle raconta.

Il y a une jubilation inexprimable dans la nature; j’entends les oiseaux chanter, je vois les agneaux et les chevreaux bondir; les tourterelles, dans le pays où était la maison d’Anne, s’assemblent en grandes troupes et tournent en cercle comme ivres de joie. Il ne reste plus rien de la maison et de ses entours: c’est maintenant un désert. J’ai vu quelques pèlerins avec des ceintures, de longs bâtons et des étoffes roulées autour de la tête; ils traversent le pays, se dirigeant vers le mont Carmel Il y a ici quelques ermites venus du Carmel. Les pèlerins leur demandent avec surprise d’où vient cette joie dans la nature, et ceux ci répondent qu’il en est toujours ainsi la veille de la Nativité de Marie; que la maison de sainte Anne était probablement dans ce lieu, et qu’ils tiennent d’un pèlerin qui avait voyagé ici antérieurement, que cette manifestation de joie, remarquée, il y a bien longtemps, par un saint homme, a donné lieu à l’institution de la fête.

La sainte Vierge lui était apparue et lui avait promis que le lendemain, 8 septembre, qui était aussi le jour de la naissance de la soeur, elle recevrait une grâce, qui consisterait à pouvoir se redresser sur sa couche pendant quelques semaines, quitter son lit et faire quelques pas dans sa chambre, ce qui ne lui était pas arrivé pendant un intervalle de dix ans. Cette promesse eut son accomplissement avec accompagnement de toute espèce de souffrances spirituelles et corporelles, qui lui avaient été annoncées en même temps, ainsi qu’on le dira en son 1ieu.

Je vis alors comment cette fête fut instituée. Deux cent cinquante ans après la mort de la sainte Vierge, je vis un homme d’une grande sainteté parcourir la Terre Sainte, rechercher et honorer tous les lieux où se trouvaient des traces du séjour de Jésus sur la terre. Je vis que ce saint homme recevait des directions d’en haut, et était souvent retenu plusieurs jours dans certains endroits par de grandes consolations intérieures, et par des révélations de plusieurs espèces, qui lui arrivaient dans la prière et la méditation. C’est ainsi que, pendant plusieurs années, dans la nuit du 7 au 8 septembre, il avait remarqué une grande joie dans la nature et entendu dans les airs des chants harmonieux; enfin, sur son instante prière, un ange lui avait appris en songe que c’était la nuit pendant laquelle était née la très sainte vierge Marie. Il avait reçu cette communication lors d’un voyage au mont Sinai ou au mont Horeb. Je le vis ensuite sur le mont Sinaï. L’endroit où se trouve aujourd’hui le couvent était déjà, à cette époque, habité par des anachorètes dispersés, et, du côté de la vallée, il était aussi peu accessible qu’il l’est à présent, que l’on s’y fait hisser à l’aide d’une poulie. Je vis que, sur la foi de cette communication, la fête de la Nativité de la sainte Vierge fut célébrée le 8 septembre par les solitaires. C’était vers l’an 25 ; plus tard, elle passa de là dans l’Eglise catholique.

XXV Prières à faire pour la fête de la Nativité de Marie.

Je vis beaucoup de choses concernant sainte Brigitte, et j’eus connaissance de plusieurs communications qui avaient été faites à cette sainte sur la Conception et la Nativité de Marie. Je me souviens que la sainte Vierge lui dit que, lorsque des femmes grosses sanctifient la veille du jour de sa naissance en jeûnant et en récitant avec dévotion neuf Ave Maria en l’honneur des neuf mois qu’elle a passés dans le sein de sa mère, lorsqu’elles renouvellent fréquemment cet exercice de piété dans le cours de leur grossesse et la veille de leur accouchement, et qu’en outre elles s’approchent des sacrements avec piété, elle porte leur prière devant Dieu et leur obtient une heureuse délivrance, même dans des conditions difficiles.

Quant à moi, la sainte Vierge s’est approchée de moi et m’a dit, entre autres choses, que quiconque aujourd’hui, dans l’après-midi, récite dévotement neuf Ave Maria en l’honneur de son séjour de neuf mois dans le sein de sa mère et de sa naissance, et continue pendant neuf jours cet exercice de piété, donne chaque jour aux anges neuf fleurs destinées à former un bouquet qu’elle reçoit dans le ciel et présente à la sainte Trinité, afin d’obtenir une grâce pour la personne qui a fait ces prières. Plus tard, je me sentis transportée comme sur une hauteur entre le ciel et la terre. La terre était au-dessous de moi obscure et indistincte. Dans le ciel, je vis parmi les choeurs des anges et des saints la sainte Vierge devant le trône de Dieu. Je vis bâtir pour elle, avec les prières et les dévotions des fidèles vivants sur la terre, deux portes ou deux trônes d’honneur, qui grandissaient jusqu’à former des églises, des palais, et même des villes entières Je fus émerveillée de voir que ces édifices étaient faits tout entiers de plantes, de fleurs et de guirlandes, dont les différentes espèces exprimaient la nature et le mérite des prières faites, soit par des individus, soit par des communautés entières. Je vis tout cela pris de la main de ceux qui priaient, par des anges ou des saints, lesquels le portaient dans le ciel.

XXVI Purification de sainte Anne.

Plusieurs semaines après la naissance de Marie, je vis Joachim et Anne se rendre au temple avec leur enfant pour y offrir un sacrifice. Ils présentèrent leur enfant dans le temple avec un vif sentiment de piété et de reconnaissance envers Dieu, de même que plus tard la sainte Vierge présenta et racheta l’enfant Jésus selon les prescriptions de la loi. Le jour suivant, ils firent leur offrande et s’engagèrent à consacrer leur enfant a Dieu dans le temple au bout de quelques années. Ils retournèrent ensuite à Nazareth.

XXVII Présentation de Marie. Préparatifs dans la maison de sainte Anne.

Le 28 octobre 1821, Anne-Catherine Emmerich raconta ce qui suit, étant dans l’état de veille:

La petite Marie sera bientôt conduite au temple de Jérusalem. J’ai vu, il y a déjà quelques jours, Anne dans une chambre de la maison de Nazareth, ayant devant elle Marie, âgée alors de trois ans, et lui apprenant à prier, parce que les prêtres devaient venir bientôt pour examiner l’enfant à l’occasion de son admission dans le temple. Aujourd’hui, il y avait fête dans la maison de sainte Anne: c’était comme une préparation.

Note : Selon la loi de Dieu (Lévit., XII), une femme israélite était impure pendant quatre-vingts jours après à naissance d’une fille, en sorte qu’elle ne pouvait toucher aucun objet consacré ni paraître dans le temple, et pendant ce temps elle ne devait pas quitter sa maison jusqu’à ce qu’elle eût offert dans le temple un sacrifice pour sa purification. Une femme dans l’aisance offrait un agneau d’un an pour l’holocauste, et un petit pigeon ou un petit tourtereau pour le sacrifice pour le péché. Une mère pauvre n’avait besoin d’offrir que deux jeunes colombes ou deux tourterelles: l’un pour l’holocauste, l’autre pour le sacrifice pour le péché.

La présentation de Marie et son séjour dans le temple sont attestés de plusieurs façons par l’autorité de l’Église. La commémoration de la Présentation de Marie est fixée au 21 novembre dans tous les missels: les bréviaires. Dès les temps apostoliques, nous avons un garant de cette tradition dans la personne de l’évêque Evodius, cité par Nicéphore, Histoire ecclésiastique, Liv. II, C. 3. Saint Grégoire de Nysse, saint Épiphane, saint George de Nicomédie, saint Grégoire de Thessalonique, saint Jean Damascène et d’autres saints Pères rendent le même témoignage. L’Église grecque célèbre cette fête depuis onze siècles au moins. Même dans le Coran, Surate Imram, v 3l, le séjour de Marie au temple est raconté avec détail.

Il se trouvait là des étrangers, des parents, des hommes, des femmes, même des enfants. Il y avait aussi trois prêtres présents, un de Séphoris, l’autre de Nazareth, le troisième d’un endroit situé sur une montagne, à quatre lieues environ de Nazareth. Le nom de cet endroit commence par la syllabe Ma… Ces prêtres étaient venus pour examiner si la petite Marie était en état de venir au temple, et en outre pour la faire habiller suivant un certain modèle déterminé. Il y avait trois habillements de différentes couleurs, dont chacun se composait d’une robe, d’une pièce d’étoffe pour Couvrir la poitrine et d’un manteau. A ce costume appartenaient aussi deux guirlandes en soie et en laine, et une couronne fermée par en haut. L’un des prêtres coupa lui-même quelques parties de cet habillement, et arrangea tout conformément à la règle.

Quelques jours plus tard, le 2 novembre, elle continua en ces termes: J’ai vu aujourd’hui une grande fête dans la maison des parents de Marie. Je ne sais pourtant pas si cela a eu lieu à pareil jour, ou si c’est la répétition d’un tableau qui m’a déjà été montré; car j’ai vu des choses du même genre pendant les trois derniers jours, mais elles m’ont échappé au milieu de mes souffrances. Les trois prêtres étaient encore présents, ainsi que plusieurs parents et leurs petites filles, par exemple Marie Héli et son enfant, Marie de Cléophas, qui est beaucoup plus massive et plus forte que la sainte Vierge. Marie est très délicate; elle a des cheveux d’un blond doré, légèrement bouclés à leur extrémité. Elle sait déjà lire, et tout le monde admire la sagesse de ses réponses.

Les habits de Marie, déjà taillés en partie par les prêtres, avaient été cousus par les femmes. On les mit à l’enfant à différentes reprises pendant cette fête, et on lui adressa alors plusieurs questions. Toute la cérémonie était grave et solennelle, et quoique les vieux prêtres l’accomplissent avec un sourire naïf, ils reprenaient leur sérieux par suite de l’admiration que faisaient naître les sages réponses de Marie, et à la vue des larmes de joie de ses parents.

La cérémonie eut lieu dans une chambre carrée, près de la pièce où l’on mangeait. La lumière entrait par une ouverture pratiquée dans le toit, laquelle était recouverte d’un voile transparent. On avait étendu par terre un tapis de couleur rouge; il y avait une table d’autel au-dessus de laquelle une espèce de rideau cachait une petite niche où se trouvaient des rouleaux écrits contenant des prières. Devant cet autel, sur lequel étaient déposés les trois habillements de Marie, ainsi que plusieurs pièces d’étoffe que les parents avaient apportées pour le trousseau de l’enfant, se trouvait une espèce de petit trône élevé sur des gradins. Joachim, Anne et les autres membres de la famille étaient rassemblés. Les femmes se trouvaient derrière, et les petites filles à côté de Marie. Les prêtres entrèrent les pieds déchaussés. Il y avait cinq prêtres, mais trois seulement étaient en vêtements sacerdotaux et prenaient part à la cérémonie. L’un d’eux prit sur l’autel les différentes pièces de l’habillement, expliqua leur signification, et les présenta à la soeur d’Anne, Maraha de Séphoris, qui en revêtit l’enfant.

Marie se tenant debout ainsi habillée, les prêtres lui adressèrent différentes questions qui avaient rapport à la manière de vivre des vierges du temple. Ils lui dirent, entre autres choses :  » Tes parents, en te consacrant au, temple, ont fait le voeu que tu ne boirais ni vin ni vinaigre, et que tu ne mangerais ni raisins ni figues; que veux-tu ajouter toi-même à ce voeu, tu peux y réfléchir pendant le repas ». Les Juifs, et spécialement les jeunes filles juives, aimaient à boire du vinaigre et Marie elle même y prenait plaisir. Après plusieurs demandes du même genre, on lui retira le premier habit et on lui mit le second: après quoi, tout le monde se rendit dans la chambre voisine pour le repas. Marie était placée à table entre deux des prêtres ; un troisième était en face d’elle.

Note : Dans le livre des Nombres, VI, 3, il est dit que ceux qui ceux qui sont consacrés à Dieu doivent s’abstenir de vinaigre.

Les femmes et les jeunes filles étaient à un bout de la table séparées des hommes. Pendant le repas, l’enfant fut encore interrogée et répondit. On lui dit:  » Maintenant, tu peux manger de tout « , et on lui offrit plusieurs choses pour l’éprouver. Mais Marie ne mangea que de peu de plats et en petite quantité, et elle étonna tout le monde par la sagesse enfantine de ses réponses. Pendant le repas et pendant toute l’épreuve. Je vis à ses côtés des anges qui l’assistaient et la dirigeaient dans tout ce qu’elle faisait.

Après le repas, tout le monde se rendit dans la première chambre, devant l’autel, où on déshabilla encore l’enfant et où on lui mit l’habit de cérémonie. C’était une robe d’un bleu violet à fleurs jaunes, puis un scapulaire ou une espèce de fichu brodé de diverses couleurs, et enfin un manteau de la couleur de la robe. Le manteau était ouvert jusque sous la poitrine et tombait en plis majestueux qui commençaient à la hauteur des bras. On lui mit en outre un grand voile, blanc d’un côté et violet de l’autre. La couronne qu’on lui plaça sur la tête se composait d’un cercle large et mince, dont le bord supérieur était découpé en pointes surmontées de boutons. Cette couronne était fermée par en haut et surmontée d’un bouton. Revêtue de cet habit de cérémonie dont le prêtre lui avait expliqué la signification, Marie fut conduite sur l’extrade à degrés qui était devant l’autel. Les petites filles se tenaient à ses côtés.

Elle déclara alors à quoi elle s’engageait à renoncer en entrant dans le temple. Elle promettait de ne manger ni viande ni poisson et de ne pas boire de lait, mais seulement une boisson faite d’eau et de moelle de jonc, dont les gens pauvres faisaient usage. Elle se réservait seulement de mettre quelquefois dans son eau un peu de jus de térébinthe. C’est comme une huile blanche qui réconforte beaucoup, mais qui est moins agréable que le baume. Elle renonçait à toute espèce d’épices, et ne voulait pas manger de fruits, excepté une espèce de baies jaunes qui viennent en grappes. Je les connais bien; les enfants et les pauvres gens en mangent. Elle voulait dormir sur la terre nue et se relever trois fois la nuit pour prier. Les autres vierges ne le faisaient qu’une fois toutes les nuits.

Les parents de Marie furent profondément émus de ses paroles. Joachim serra l’enfant dans ses bras en pleurant, et dit :  » Mon enfant, c’est trop sévère: si tu mènes une vie si dure, ton vieux père ne te reverra pas « . Tout cela était très touchant à entendre. Les prêtres lui dirent qu’elle ne devait se relever qu’une fois la nuit pour prier, comme faisaient les autres, et ils lui imposèrent encore d’autres adoucissements: par exemple, l’usage du poisson aux jours de grandes fêtes. Il y avait à Jérusalem un grand marché au poisson dans une partie basse de la ville. Il recevait de l’eau de la piscine de Bethesda. Comme elle manqua une fois, Hérode le Grand voulut y établir une fontaine ou un aqueduc, et vendre pour cela des vêtements et des vases sacrés du temple. Il y eut presque une émeute à cette occasion Des Esséniens vinrent à Jérusalem de toutes les parties du pays et s’y opposèrent: car les Esséniens étaient chargés de l’inspection des vêtements sacerdotaux; cela me revint alors subitement à la mémoire.

Les prêtres dirent encore à Marie :  » Plusieurs des autres vierges qui sont reçues gratuitement au temple s’engagent, avec le consentement de leurs parents, aussitôt que leurs forces le leur permettent, à laver les habits des prêtres tout souillés du sang des victimes et d’autres grossières étoffes de laine. C’est un rude travail, qui met souvent les mains en sang; tu n’es pas obligée de t’y soumettre, parce que tes parents se chargent de ton entretien au temple « . Marie déclara alors qu’elle se chargerait volontiers de ce Travail si on l’en jugeait digne. La cérémonie de la vêture s’acheva parmi beaucoup d’interrogations et de réponses de ce genre.

Pendant cette sainte cérémonie, Marie m’apparut tellement grande, que sa taille dépassait celle des prêtres. On me donnait par là une image de sa sagesse et de la grâce qui était en elle. Les prêtres étaient pleins d’un étonnement joyeux. A la fin de la cérémonie, je vis le principal prêtre bénir Marie. Elle était debout sur un petit trône entre deux prêtres. Celui qui bénissait était en face d’elle, l’autre derrière elle. Les prêtres récitaient des prières qu’ils lisaient sur les rouleaux de parchemin et se répandaient alternativement. Le premier la bénit en étendant les mains sur elle. J’eus, à cette occasion, le bonheur de voir l’intérieur de la sainte enfant. Je la vis toute lumineuse pendant la bénédiction du prêtre, et, sous son coeur, je vis dans une gloire ce que j’avais vu en contemplant l’objet sacré contenu dans l’Arche d’alliance.

Dans une sphère lumineuse de la même forme que le calice de Melchisédech, je vis des symboles figuratifs de la bénédiction. C’était comme du froment et du vin, de la chair et du sang, tendant à devenir une seule et même chose. Je vis aussi au-dessus de cette apparition son coeur s’ouvrir comme la porte d’un temple, et j’y vis entrer le symbole mystérieux, autour duquel il s’était formé comme un dais de pierres précieuses ayant toutes leur signification. Il me semblait voir l’Arche d’alliance entrant dans le Saint des saints du temple. Puis je ne vis plus que la sainte enfant inondée par la splendeur du feu qui brûlait au dedans d’elle. Elle m’apparut comme transfigurée et s’élevant au-dessus du sol. Je connus pendant cette apparition qu’un des prêtres avait acquis par une illumination d’en haut la conviction intérieure que Marie était le vase d’élection renfermant le mystère du salut; car je le vis recevoir un rayon de la bénédiction qui sembla entrer en lui.

Les prêtres reconduisirent alors l’enfant vers ses parents émus. Anne prit Marie dans ses bras et l’embrassa avec une tendresse mêlée de vénération. Joachim, profondément ému, lui prit la main avec gravité et respect. La soeur aînée de Marie l’embrassa avec plus de vivacité qu’Anne, qui était modeste et réservée dans toutes ses actions. Marie de Cléophas, la petite nièce de la sainte enfant, lui jeta les bras au cou avec une joie enfantine.

Note : Elle croyait, lorsqu’elle raconta la chose en 1820, que ce prêtre était Zacharie.

Quand tous les assistants l’eurent complimentée, on lui ôta ses habits de fête, et elle reparut dans son costume ordinaire.

carte_10

XXVIII Départ de Marie pour le temple.

J’entrai la nuit dans la maison de sainte Anne. Il était resté quelques parents qui dormaient. La famille s’occupait des préparatifs du départ. La lampe à plusieurs bras, suspendue devant le foyer, était allumée. Je vis successivement tous les habitants de la maison en mouvement.

Joachim, dès la veille, avait envoyé des serviteurs au temple avec des animaux qu’il voulait offrir en sacrifice: il y en avait cinq de chaque espèce, et c’étaient les plus beaux qu’il possédât. Ils formaient un très beau troupeau. Je le vis occupé à charger les bagages sur une bête de somme qui était devant la maison: c’étaient les habits de Marie soigneusement empaquetés à part et des présents pour les prêtres. Cela faisait une bonne charge pour la bête de somme. Sur le milieu de son dos était un large paquet sur lequel on pouvait s’asseoir commodément. Tout avait été déjà arrangé par Anne et les autres femmes en petits paquets faciles à porter. Je vis des corbeilles de différentes formes attachées aux deux côtés de l’âne. Dans une de ces corbeilles se trouvaient des oiseaux gros comme des perdrix. D’autres corbeilles, semblables aux hottes où l’on porte le raisin, contenaient des fruits de toute espèce. Quand l’âne fut entièrement chargé, on étendit sur le tout une grande couverture à laquelle pendaient de grosses houppes. Je vis que dans la maison tout était en mouvement comme pour un départ. Je vis une jeune femme, la soeur aînée de Marie, aller ça et là, d’un air affairé, avec une lampe. Sa fille. Marie de Cléophas, était presque toujours à ses côtés. Je remarquai une autre femme, qui me parut être une servante. Je vis encore deux des prêtres qui étaient restés. L’un d’eux était un vieillard; il avait un capuchon qui se terminait en pointe sur le front; son habit de dessus était plus court que celui de dessous. C’était celui qui la veille s’était principalement occupé de l’examen de Marie, et qui lui avait donné sa bénédiction. Je le vis encore donner des instructions à l’enfant. Marie, âgée d’un peu plus de trois ans, belle et délicate, était aussi avancée qu’un enfant de cinq ans chez nous. Elle avait des cheveux d’un blond doré, lisses, bouclés à l’extrémité, et plus longs que ceux de Marie de Cléophas, enfant de sept ans, dont la blonde chevelure était courte et frisée. Les enfants comme les grandes personnes avaient tous pour la plupart des vêtements longs de laine brune sans teinture.

Parmi les assistants, je remarquai particulièrement deux jeunes garçons qui ne paraissaient pas être de la famille et qui ne s’entretenaient avec aucun de ses membres. Il semblait que personne ne les vit. Ils étaient beaux et aimables, avec leurs cheveux blonds et frisés, et ils me parlèrent. Ils avaient des livres, probablement pour leur instruction. La petite Marie n’avait aucun livre, quoiqu’elle sût déjà lire. Ce n’étaient pas des livres comme les nôtres, mais de longues bandes, larges à peu près d’une demi aune, roulées autour d’un bâton, dont les bouts arrondis sortaient de chaque côté. Le plus grand de ces deux garçons avait un rouleau déployé. Il s’approcha de moi, et lut quelque chose qu’il m’expliqua. C’étaient des lettres d’or qui m’étaient tout à fait inconnues, écrites à rebours, et chaque lettre semblait représenter un mot entier. La langue était tout à fait étrangère pour moi, mais pourtant je la comprenais. Malheureusement j’ai oublié ce qu’il m’expliquait: c’était un texte de Moise; il me reviendra peut-être. Le plus petit portait son rouleau à la main comme un jouet. Il sautait ça et là comme font les enfants et agitait son rouleau en jouant. Je ne puis dire à quel point ces enfants me plaisaient. Ils étaient tout autrement que les assistants, et ceux-ci ne paraissaient pas faire attention à eux.

C’est ainsi que la soeur parla longtemps de ces jeunes garçons avec une complaisance naïve, sans pouvoir, bien préciser qui ils étaient. Mais, après souper, quand elle eut dormi quelques minutes, elle dit en revenant à elle :

Ces garçons que je vis avaient une signification spirituelle; leur présence là n’était pas selon l’ordre naturel. C’étaient seulement des figures symboliques de prophètes. Le plus grand portait son rouleau avec beaucoup de gravité. Il m’y montrait le passage du second livre de Moise où celui-ci voit, dans le buisson ardent, le Seigneur qui lui dit d’ôter sa chaussure. Il m’expliqua que, de même que le buisson brûlait sans se consumer, de même le feu du Saint Esprit brûlait dans la petite Marie, qui portait cette sainte flamme en elle comme un enfant, sans en avoir la conscience. Cela indiquait aussi l’union prochaine de la Divinité avec l’humanité. Le feu signifiait Dieu, le buisson les hommes. Il m’expliqua aussi l’ordre de se déchausser, mais je ne me souviens plus de son explication. Cela signifiait, je crois, que maintenant le voile était enlevé, et que la réalité se montrait; que la loi recevait son accomplissemen ; qu’il y avait ici plus que Moise et les prophètes.

L’autre enfant portait son rouleau au bout d’un bâton comme un petit drapeau flottant au vent: cela voulait dire que Marie entrait maintenant avec joie dans la carrière de mère du Rédempteur. Ce garçon paraissait plein de naïveté et jouait avec son rouleau. Cela représentait l’innocence enfantine de Marie, sur laquelle reposait une si grande promesse, et qui, avec cette sainte destination, jouait pourtant comme un enfant. Ces jeunes garçons m’expliquèrent sept passages de leurs rouleaux. Mais, dans l’état de souffrance où je suis, tout m’est sorti de la mémoire, excepté ce que j’ai dit.  » O mon Dieu !  » s’écria la narratrice, là comme tout cela, quand je le vois, me parait beau et profond, et en même temps simple et clair ! Mais je ne puis le raconter avec ordre, et il me faut tout oublier, à cause des misérables soucis de cette triste vie.

Note : Il y a lieu de s’effrayer de l’empire que prennent sur l’homme les choses de la vie, quelque déchue qu’elle soit, quand on considère tout ce qu’elles faisaient oublier à cette âme favorisée, si peu attachée à la terre. Elle voyait tous les ans à cette époque le tableau du départ de Marie pour le temple, et toujours l’apparition les deux prophètes sous forme de jeunes garçons s’y trouvait mêlée de quelque manière. Elle les voyait dans l’enfance, et non avec leur âge réel, parce qu’ils n’étaient pas personnellement présents dans cette circonstance et qu’ils ne s’y rattachaient que comme symbole. Si nous réfléchissons que bien des peintres aussi dans leurs tableaux historiques placent des personnages qui ne servent qu’à mettre en relief une vérité, et ne les représentent pas avec leur extérieur véritable, mais sous forme d’enfants, de génies ou d’anges, nous verrons que cette manière de représenter les choses n’est pas une création de leur fantaisie, mais qu’elle est dans la nature de toutes les apparitions : car la soeur Emmerich aussi n’a pas inventé ces apparitions, mais elles se sont ainsi montrées à elle.

Un an auparavant, au milieu de novembre 1820, la soeur, racontant ses contemplations relatives à la Présentation de Marie, parla encore de l’apparition des enfants prophètes dans les circonstances suivantes. Le 16 novembre, au soir, on avait apporté auprès de la soeur, alors endormie, une ceinture de pénitence qu’un homme, désireux de pratiquer la mortification, mais manquant tout à fait de direction ecclésiastique suivie, s’était faite avec une grosse courroie de cuir, hérissée de pointes de clous, et que, du reste, il ne lui avait pas été possible de porter une heure entière, à cause de la douleur excessive qu’elle produisait. Anne Catherine, dormant encore, fit un mouvement brusque comme pour éloigner ses mains de cette ceinture, et s’écria : « Oh ! c’est tout à fait déraisonnable et impraticable. Moi aussi, dans ma jeunesse, j’ai porté longtemps une ceinture de pénitence pour me mortifier et me surmonter moi-même; mais il n’y avait que des pointes en fit de laiton, très courtes et très rapprochées. Avec cette ceinture-ci, il y a de quoi mourir. Cet homme s’est donné bien de la peine et il n’a pas pu la porter une fois pendant un peu de temps. On ne doit jamais rien faire de semblable sans la permission d’un directeur éclairé: mais il ne le savait pas, car il n’est pas en mesure d’avoir un directeur. De pareilles exagérations sont plus nuisibles qu’utiles.

Le lendemain matin, quand elle raconta les contemplations de la nuit, sous la forme d’un voyage fait en songe, elle dit, entre autres choses:

« Je suis allée à Jérusalem, je ne sais pas exactement dans quel temps, mais c’était un tableau de l’époque des anciens rois de Juda. Je l’ai oublié. Il me fallut ensuite aller à Nazareth, vers la maison de sainte Anne. Devant Jérusalem, les deux jeunes garçons s’étaient joints à moi; ils faisaient la même route. L’un d’eux portait à la main, d’un air très grave, un rouleau d’écritures. Le plus jeune avait son rouleau au bout d’un bâton, et s’amusait à le faire flotter au vent comme un drapeau. Ils me parlèrent avec joie de l’accomplissement des temps prédits dans leurs prophéties, car c’étaient des figures de prophètes. J’eus près de moi cette ceinture de pénitence qui me fut apportée hier, et je la montrai, je ne sais par quelle impulsion, à l’un de ces enfants-prophètes, qui était Élie. Il me dit :  » C’est un instrument de torture qu’il n’est pas permis de porter. Moi aussi, sur le mont Carmel, j’ai préparé et porté une ceinture que j’ai laissée à tous les enfants de mon ordre, les Carmes et Carmélites. Voilà la ceinture que cet homme doit porter ; elle lui sera bien plus profitable que l’autre « .

Il me montra ensuite une ceinture, de la largeur de la main, où étaient dessinés des lettres et des signes de toute espèce, qui avaient rapport à certaines luttes et à certains triomphes sur soi-même. Il m’indiqua divers points, me disant :  » Cet homme pourrait porter ceci huit jours, cela un jour, etc « . Oh ! comme je voudrais que ce brave homme sût cela !

Comme nous étions près de la maison de sainte Anne, et que je voulais y entrer, je ne pus pas en venir à bout, et mon conducteur, mon ange gardien, me dit :  » il faut auparavant te défaire de beaucoup de choses; tu dois revenir à l’âge de neuf ans « . Je ne savais pas comment m’y prendre, mais il m’aida, je ne sais comment, et trois années furent tout à fait retranchées de ma vie, ces trois années pendant lesquelles je fus si vaine de mes ajustements, et aimais tant à être une fille bien parée. Je finis par n’avoir que neuf ans, et alors je pus entrer dans la maison avec les enfants-prophètes. Alors Marie, à l’âge de trois ans, vint à ma rencontre ; elle se mesura avec moi, et elle était de ma taille quand elle s’approcha de moi. Oh ! qu’elle était affable et gracieuse, sans cesser pourtant d’être grave !

Je me trouvai dans la maison à côté des prophètes. On ne paraissait pas nous remarquer, nous ne dérangions personne. Quoiqu’ils fussent déjà vieux plusieurs siècles auparavant, ils ne s’étonnaient pas d’assister là en jeunes garçons; et moi, qui étais pourtant une religieuse de quarante et quelques années, je n’étais pas surprise non plus de me retrouver une pauvre petite paysanne de neuf ans. Quand on est avec ces saints personnages, on ne s’étonne de rien, si ce n’est de l’aveuglement des hommes et de leurs péchés.

Elle raconta ensuite les préparatifs du voyage de Marie au temple, comme elle le faisait tous les ans à cette époque. L’obligation où elle fut de se sentir un enfant de neuf ans peut venir de ce que sa présence à ces scènes n’était pas plus réelle que celle des prophètes, et qu’il lui fallait, en pareil cas, revenir à l’âge de l’enfance. Ceux-là signifiaient l’accomplissement des prophéties ; elle, la contemplation de cet accomplissement. Elle sentit particulièrement qu’il lui fallait se dépouiller des trois années pendant lesquelles elle avait eu un peu de vanité dans les habits. Cela semblerait venir de ce que Marie, dans la cérémonie décrite plus haut, était revêtue de plusieurs habits de fête, et que la spectatrice devait les regarder avec la même humilité qu’elle, et n’y voir que leur signification spirituelle. La circonstance que la petite Marie se mesure avec elle peut vouloir dire:  » Ce n’est que dans cet âge innocent de ton enfance que tu peux regarder cette sainte cérémonie avec la simplicité nécessaire « . Ou bien encore :  » Vois, j’ai trois ans et toi neuf, pourtant je suis aussi grande que toi, car, dans mon intérieur, je suis bien au-dessus de mon âge, etc., etc « .

XXIX Départ pour Jérusalem.

Je les vis se mettre en route pour Jérusalem dès le point du jour. La petite Marie désirait vivement arriver au temple; elle sortit de la maison en toute hâte et vint prés des bêtes de somme. Les jeunes garçons se montrèrent encore des textes sur leurs rouleaux. L’un de ces textes disait que le temple était magnifique, mais que cette enfant renfermait quelque chose de plus magnifique encore, etc. Il y avait deux bêtes de somme. L’un des ânes, qui était très chargé, était conduit par un serviteur ; il devait toujours se tenir un peu en avant des voyageurs. Sur l’autre âne, chargé aussi de paquets, qui se tenait devant la maison, on avait préparé une place pour s’asseoir, et Marie y fut mise. Joachim conduisait l’âne, et portait un grand bâton avec une grosse pomme ronde au bout; c’était comme un bâton de pèlerin. Anne allait un peu en avant avec la petite Marie de Cléophas. Elle était accompagnée d’une servante pour tout le voyage. En outre, quelques femmes et enfants lui firent la conduite pendant un certain temps: c’étaient des parents qui se séparaient d’elle aux embranchements de la route qui les ramenaient chez eux. L’un des prêtres accompagna le cortège pendant quelque temps. Ils avaient une lanterne avec eux. mais je vis la lueur disparaître tout à fait devant cette lumière que je vois dans les voyages de nuit la sainte Famille et d’antres saints encore répandre sur la route autour d’eux, sans que je remarque pourtant qu’ils voient cette lumière. Au commencement, le prêtre me semblait marcher derrière la petite Marie, avec les enfants-prophètes. Plus tard, quand elle fut à pied, je fus à ses côtés. J’entendis plus d’une fois mes jeunes compagnons chanter le psaume quarante-quatre: Eructavit cor meum, et le quarante-neuvième: Deux deorum Dominus locutus est, et j’appris d’eux que ces psaumes seraient chantés à deux choeurs lors de l’admission de l’enfant au temple. J’entendrai cela quand ils seront arrivés.

Je vis au commencement le chemin descendre la pente d’une colline, et plus tard remonter de nouveau. Comme il était de bonne heure et que le temps était beau, je vis Je cortège s’arrêter près d’une fontaine d’où sortait un ruisseau; il y avait là une prairie. Les voyageurs se reposèrent contré une haie d’arbrisseaux de baume. On plaçait toujours sous ces arbrisseaux des écuelles de pierre où était recueilli le baume tombant goutte à goutte. Les voyageurs en mirent dans leur eau et en remplirent de petits vases. Il y avait là d’autres arbustes avec des baies qu’ils cueillirent et mangèrent. Ils mangèrent aussi des petits pains. Ici les deux enfants-prophètes avaient disparu. L’un d’eux était Elie; l’autre me parut être Moise. La petite Marie les vit bien, mais elle n’en dit rien. C’est ainsi qu’on voit quelquefois dans son enfance de saints enfants, et dans un âge un peu plus avancé de saintes jeunes filles ou de saints jeunes gens apparaître près de soi, et qu’on ne le dit pas aux autres, parce que, dans cet état, on est tout à fait calme et recueilli.

Plus tard, je les vis entrer dans une maison isolée où ils furent bien accueillis et prirent quelques provisions. Les habitants de cette maison paraissaient être de leurs parents. C’est de là qu’on renvoya la petite Marie de Cléophas. Pendant la journée, je tournais encore plusieurs fois mes regards sur ce voyage, qui est assez pénible. On monte et on descend beaucoup. Souvent il y a dans les vallées du brouillard et de la rosée; cependant je vois aussi certains endroits bien exposés, où il pousse maintenant des fleurs.

Avant d’arriver à l’endroit où ils devaient passer la nuit, ils trouvèrent un petit cours d’eau. Ils logèrent dans une auberge située au pied d’une montagne sur laquelle est une ville. Malheureusement je ne puis plus bien indiquer le nom de ce lieu. Je le vis à l’occasion d’autres voyages de la sainte Famille; ce qui fait que je puis me tromper aisément sur le nom. Tout ce que je puis dire, quoique non avec une entière certitude, c’est qu’ils suivirent la direction de la route que fit Jésus, au mois de septembre dans sa trentième année, en allant de Nazareth à Béthanie, et ensuite au baptême de Jean. La sainte Famille suivit aussi ce même chemin lors de la fuite en Égypte. La première étape de cette fuite fut à Nazara, un petit endroit entre Massaloth et une ville située sur une hauteur, mais plus près de cette dernière.

Je vois toujours de tous les côtés tant de lieux dont j’entends prononcer les noms, que je confonds aisément les uns avec les autres. La ville couvre le penchant d’une montagne et se divise en plusieurs parties, si tant est que toutes lui appartiennent. On y manque d’eau: il faut la faire monter d’en bas avec des cordes. Il y a là de vieilles tours en ruine. Sur le sommet de la montagne est une tour comme un observatoire. Il s’y trouve un appareil en maçonnerie avec des poutres et des cordes, comme pour faire monter quelque chose de la ville, qui est placée plus bas. Les cordes y sont en si grand nombre que cela ressemble à des mats de navire. Il y a bien une heure du pied de la montagne jusqu’en haut. Les voyageurs entrèrent dans une auberge qui est en bas. On a une vue très étendue du haut de cette montagne. Il y avait dans une partie de la ville des païens qui étaient comme des esclaves vis-à-vis des Juifs, et étaient obligés à beaucoup de corvées. Ainsi il leur a fallu travailler au temple et à d’autres bâtisses .

Note : D’après la situation du lieu, la mention de cette population en partie païenne, et la circonstance que Jésus voyages dans cette direction lorsqu’il alla recevoir le baptême, on peut conjecturer que cette ville était Endor: car dans ses visions quotidiennes sur les années de la prédication de Jésus, elle le vit dans le milieu du mois de septembre célébrer le sabbat dans un petit endroit au-dessous d’Endor; et elle le vit aussi dans la ville haute d’Endor, en partie déserte, instruire des Chananéens qui s’étaient établis là depuis la défaite de Sisara, à l’armée duquel leurs ancêtres avaient appartenu.

Le 4 novembre 1821, elle raconta ce qui suit :

J’ai vu ce soir la petite Marie arriver avec ses parents dans une ville située à environ six lieues de Jérusalem dans la direction du nord-ouest. Elle s’appelle Bethoron et se trouve au pied d’une montagne. Dans le voyage, ils ont travers une petite rivière qui se jette dans la mer, au couchant, dans les environs de Joppé, où saint Pierre enseigna après la descente au Saint Esprit. On a livré de grandes batailles près de Bethoron, je les ai oubliées.

(Voyez Josué, X, 11 ; Macch. VII, 39-40).

Il y avait de là encore deux lieues jusqu’à un endroit de la route d’où l’on pouvait voir Jérusalem. J’ai entendu le nom de cette route ou de cet endroit, mais je ne puis bien le préciser. Bethoron est un endroit considérable. C’est une ville de lévites. On y trouve de très beaux raisins et beaucoup d’autres fruits. La sainte Famille entra chez des amis dans une maison bien disposée. Celui qui l’habitait était maître d’école. C’était une école de lévites, et il y avait plusieurs enfants dans la maison. Ce qui m’étonna, ce fut de voir là plusieurs des parentes d’Anne avec leurs petites filles; je croyais qu’elles étaient retournées chez elles au commencement du voyage. Comme je le vois, elles étaient venues en avant par un chemin plus court, probablement pour annoncer la venue de la sainte Famille. Les parents de Nazareth, de Séphoris, de Zabulon, qui avaient assisté à l’examen de Marie, étaient ici avec leurs petites filles; par exemple, la soeur aînée de Marie et sa fille Marie de Cléophas , et la soeur d’Anne, venue de Séphoris avec ses filles.

On fit une vraie fête à la petite Marie: on la conduisit, en compagnie des autres enfants, dans une grande salle; on la mit sur un siège élevé qui était comme un petit trône préparé pour elle. Alors le maître d’école et d’autres personnes présentes lui firent toutes sortes de questions et mirent des guirlandes sur sa tête.

Note : Elle se souvenait que ce nom ressemblait à Marion (peut-être Marom). On sait qu’il y avait une route de Jérusalem à Nicopolis et à Lydda, qui passait près de Betheron. La soeur donnait d’autres détails sur les montagnes et les vallées traversées antérieurement dans ce voyage; mais, comme elle n’exprimait pas clairement Tout ce qu’elle voyait, et que son point de vue ne pouvait être bien déterminé, tout cela ne peut être reproduit.

Tout le monde était étonné de la sagesse de ses réponses. J’entendis parler aussi de l’esprit judicieux d’une autre jeune fille qui avait passé par là peu de temps auparavant en revenant de l’école du temple chez ses parents. Elle s’appelait Suzanne, et figura plus tard parmi les saintes femmes qui suivaient Jésus. Marie prit sa place, car il y avait au temple un nombre fixé de places pour les jeunes filles. Suzanne avait quinze ans quand elle quitta le temple, par conséquent environ onze ans de plus que Marie. Sainte Anne aussi avait été élevée dans le temple, mais elle n’y était venue que dans sa cinquième année.

La chère petite Marie était toute joyeuse d’être si près du temple. Je vis Joachim la serrer dans ses bras en pleurant, et lui dire :  » Mon enfant, je ne te reverrai plus « . On avait préparé un repas, et je vis, pendant qu’on était à table, Marie aller de côté et d’autre d’une façon toute gracieuse et se serrer contre sa mère, ou, se tenant derrière elle, lui passer ses bras autour du cou.

Le 6 novembre, elle dit :

Ce matin, de très bonne heure, je vis les voyageurs partir de Bethoron pour Jérusalem. Tous les parents, avec leurs enfants, s’étaient joints à eux, ainsi que leurs hôtes; ils avaient avec eux des présents pour l’enfant: c’étaient des habits et des fruits. Il me semble qu’il y a une fête à Jérusalem. J’appris que Marie avait tout juste trois ans et trois mois ; mais elle était aussi avancée que chez nous un enfant de cinq ou six ans. Dans leur voyage, ils n’allèrent ni à Ussencheera, ni à Gophna, où pourtant ils avaient des connaissances, mais ils passèrent dans les environs.

La soeur donne plus de détails sur Suzanne et sa parente avec la sainte Famille le 28 septembre ou 27 élul de la première année de prédication de Notre-seigneur.

XXX Arrivée à Jérusalem. La ville. Le temple.

Le 6 novembre 1821, dans la soirée, la soeur raconta ce qui suit :

J’ai vu aujourd’hui, à midi, l’arrivée de Marie à Jérusalem, avec le cortège qui l’accompagnait. Jérusalem est une singulière ville. Il ne faut pas se figurer qu’il y ait autant de gens dans les rues qu’il y en a, par exemple, à Paris. A Jérusalem, il y a plusieurs vallées escarpées qui passent derrière la ville, sur lesquelles ne donne aucune porte ni aucune fenêtre, et qui sont dominées par des maisons tournées toutes de l’autre côté; car plusieurs quartiers de la ville ont été bâtis successivement les uns à la suite des autres, et l’on y a ainsi renfermé plusieurs hauteurs ; mais les murs de la ville sont restés au milieu des maisons. Souvent ces vallées sont traversées par des ponts élevés et solidement bâtis. Dans la plupart des maisons, les chambres habitées sont autour des cours et tournées vers l’intérieur. Du côté de la rue, on ne voit que la porte ou bien une terrasse au-dessus du mur. A cela près, les maisons sont parfaitement closes. Quand les habitants n’ont pas affaire au marché, ou qu’ils ne prennent pas le chemin du temple, ils sont presque toujours dans l’intérieur des cours ou des maisons.

En général, les rues de Jérusalem sont assez tranquilles, excepté dans le voisinage des marchés et des palais, où il y à un certain mouvement de soldats et de voyageurs. Là, aussi, il y a plus de vie et plus de communications des habitations aux rues. Rome est beaucoup plus agréable; il n’y a pas tant de chemins étroits et escarpés, et les rues sont bien plus animées.

Aux époques où tout le monde est rassemblé autour du temple, plusieurs quartiers de la ville sont tout à fait morts. L’habitude qu’on a de rester chez soi, et la quantité de chemins solitaires dans les vallées faisaient que Jésus pouvait souvent parcourir la ville avec ses disciples sans être dérangé par personne. Il n’y a pas abondance d’eau dans la ville. On voit des suites d’arcades sur lesquelles on la fait passer, et des tours où on la pompe et où on l’élève à une grande hauteur. Au temple, où il faut beaucoup d’eau pour laver et nettoyer les vases, on en est très économe. On l’y fait monter à l’aide de grandes machines hydrauliques.

Il y a beaucoup de marchands dans la ville; ils sont établis ordinairement sur les marchés et sur les places publiques dans de petites cabanes. Ainsi, par exemple, il y a dans le voisinage de la porte des Brebis beaucoup de gens qui vendent toute espèce de bijoux, de l’or et des pierres brillantes. Ils ont de petites cabanes rondes, qui sont de couleur brune, comme si elles étaient enduites de poix ou de résine. Elles sont légères et pourtant très solides. Ils y font leur ménage; d’une de ces cabanes à l’autre on étend des toiles sous lesquelles ils exposent leurs marchandises. La montagne sur laquelle le temple est bâti est du côté où la pente est la plus douce, entourée de maisons qui forment plusieurs rues derrière des murs épais; elles sont sur des terrasses placées les unes au-dessus des autres. Il y loge des prêtres et aussi des serviteurs subalternes du temple, qui font les gros ouvrages, comme, par exemple, de nettoyer les fosses où se rendent les immondices provenant des sacrifices d’animaux faits dans le temple.

Il y a un côté, celui du nord, si je ne me trompe, ou la montagne du temple est très escarpée. En haut, tout autour du sommet, se trouve une zone de verdure formée par de petits jardins qu’ont là les prêtres. Même au temps de Jésus-Christ, on travaillait toujours à certaines parties du temple. Ce travail ne cessa jamais. Dans la montagne du temple, il y avait beaucoup de minerai qu’on en retira lorsqu’on bâtit et qu’on employa dans la construction de l’édifice. Il y a sous le temple plusieurs caves et des endroits pour fondre des métaux. Je n’ai jamais trouvé dans le temple une place où je pusse bien prier. Tout y est extraordinairement massif, haut et solide. Les nombreuses cours qui s’y trouvent, sont étroites et sombres, encombrées d’échafaudages et de sièges; et, quand la foule y est grande, on se trouve à l’étroit entre ces gros murs et ces épaisses colonnes, au point d’en être effrayé. Je n’aime pas non plus ces sacrifices continuels et ce sang versé en abondance, quoique tout cela s’y fasse avec un ordre et une propreté incroyables. Il y avait longtemps, ce me semble, que je n’avais vu tous les bâtiments, les chemins et les passages, aussi distinctement qu’aujourd’hui. Mais il y a tant de choses, que je ne puis pas en bien rendre compte.

Les voyageurs, avec la petite Marie, arrivèrent à Jérusalem par le côté du nord; toutefois, il n’entrèrent pas là, mais tournèrent autour de la ville jusqu’au mur oriental, en suivant une partie de la vallée de Josaphat. Alors, laissant à gauche la montagne des Oliviers et le chemin de Béthanie, ils entrèrent dans la ville par la porte des Brebis, qui conduit au marché aux bestiaux. Près de cette porte, est une piscine, où on lave pour la première fois les brebis destinées aux sacrifices. Ce n’est pas la piscine de Béthesda.

Le cortège, après s’être un peu avancé dans la ville, tourna de nouveau à droite et entra comme dans un autre quartier. Ils suivirent ensuite une longue vallée intérieure que dominent d’un côté les hautes murailles d’un quartier plus élevé; puis ils vinrent dans la partie occidentale, dans les environs du marché au poisson, où se trouve la maison paternelle de Zacharie d’Hébron.

Il y avait là un homme très âgé; c’était, je crois, le frère de son père. Zacharie revenait toujours là après avoir fait son service au temple. Lui-même était encore dans la ville; son temps de service était fini, et il ne devait plus rester que quelques jours à Jérusalem, pour assister à l’entrée de Marie au temple. Il n’était pas présent lors de l’arrivée du cortège. Il se trouvait alors dans la maison plusieurs parents des environs de Bethléhem et d’Hébron, notamment deux filles de la soeur d’Elisabeth. Elisabeth, elle-même, n’était pas présente. Toutes ces personnes vinrent au-devant des voyageurs, jusqu’à un quart de lieue par le chemin de la vallée; elles avaient avec elles plusieurs jeunes filles qui portaient des guirlandes et des branches d’arbres. Elles reçurent les arrivants avec des démonstrations de joie, et conduisirent le cortège à la maison de Zacharie, où on leur fit fête. On leur donna quelques rafraîchissements, et l’on se disposa à les conduire à une auberge voisine du temple, où les étrangers logent les jours de fête. Les animaux destinés au sacrifice par Joachim avaient été déjà conduits des environs du marché aux bestiaux dans des étables situées près de cette maison. Zacharie vint aussi pour conduire le cortège de sa maison paternelle à l’auberge en question.

On mit à la petite Marie le second vêtement de cérémonie avec le manteau bleu céleste. Tous se mirent en marche, formant comme une procession. Zacharie allait en avant, avec Joachim et Anne ; puis, venait Marie, entourée de quatre petites filles habillées de blanc; les autres enfants, avec leurs parents, fermaient la marche. Ils suivirent plusieurs rues et passèrent devant le palais d’Hérode, et devant la maison qu’habita plus tard Pilate. Ils se dirigèrent vers l’angle nord-est du temple, ayant derrière eux la forteresse Antonia, grand édifice fort élevé, situé au nord-ouest du temple. Ils montèrent un escalier percé dans une haute muraille. La petite Marie monta toute seule avec un empressement joyeux; on voulait l’aider mais elle ne le permit pas; tout le monde la regardait avec étonnement.

La maison où ils entrèrent était une auberge pour les jours de fête, située à peu de distance du marché aux bestiaux. Il y avait plusieurs auberges de ce genre autour du temple. Zacharie avait loué celle-ci pour eux. C’était un grand bâtiment avec quatre galeries autour d’une cour spacieuse. Dans les galeries étaient les chambres à coucher, et aussi de longues tables basses. Il y avait, en outre, une vaste salle et un âtre pour la cuisine. La cour où étaient les animaux envoyés par Zacharie était dans le voisinage Des deux côtés de cet édifice habitaient des serviteurs du temple, qui avaient des fonctions dans tes sacrifices Quand les voyageurs entrèrent, on leur lava les pieds comme on faisait aux étrangers: ils furent lavés aux hommes par des hommes, aux femmes par des femmes. Ils se rendirent ensuite dans une salle au milieu de laquelle une grande lampe à plusieurs bras était suspendue au-dessus d’un grand bassin d’airain rempli d’eau. Ils s’y lavèrent je visage et les mains. Quand on eut déchargé la bête de somme de Joachim, un serviteur la mena à l’écurie. Joachim, qui s’était fait annoncer comme devant sacrifier, suivit les serviteurs du temple dans l’endroit où étaient les animaux qu’ils examinèrent.

Joachim et Anne se rendirent ensuite avec Marie dans l’habitation des prêtres, laquelle était située plus haut. Ici aussi l’enfant, comme poussée et portée par un esprit intérieur, monta les degrés très vite et avec un élan extraordinaire. Les deux prêtres qui étaient dans la maison, l’un très âgé, l’autre plus jeune, les accueillirent très amicalement; tous deux avaient assisté à l’examen de Marie à Nazareth, et ils attendaient sa venue. Après qu’on eut échangé quelques paroles sur le voyage et sur la cérémonie prochaine de la présentation, ils firent appeler une des femmes du temple: c’était une veuve âgée qui devait être chargée de veiller sur l’enfant. Elle habitait dans le voisinage du temple avec d’autres personnes de même condition; elle faisait toutes sortes d’ouvrages de femme et élevait des petites filles. Leur habitation était un peu plus éloignée du temple que les pièces immédiatement adjacentes à cet édifice, dans lesquelles avaient été disposés, pour les femmes et les jeunes filles consacrées au service du temple, de petits oratoires d’où l’on pouvait voir dans le sanctuaire sans être vu soi-même.

La matrone qui venait d’arriver était si bien enveloppée dans ses vêtements, qu’on pouvait à peine voir un peu de son visage. Les prêtres et les parents de Marie lui présentèrent l’enfant comme devant être confiée à ses soins. Elle fut affectueuse avec dignité, sans cesser d’être grave; l’enfant, de son côté, se montra humble et respectueuse. On instruisit cette femme de tout ce qui concernait Marie, et on s’entretint avec elle touchant la remise solennelle au temple. Elle descendit avec eux à l’auberge, prit un paquet d’effets appartenant à l’enfant, et les emporta avec elle pour tout préparer dans le logement qui lui était destiné.

Les gens qui avaient accompagné le cortège depuis la maison de Zacharie, s’en retournèrent chez eux. Seulement les parents venus avec la sainte Famille restèrent dans l’auberge louée par Zacharie. Les femmes s’installèrent et préparèrent tout pour un repas de fête qui devait avoir lieu le jour suivant.

Le 7 novembre, la soeur raconta ce qui suit :

J’ai passé toute la journée d’aujourd’hui à contempler les préparatifs du sacrifice de Joachim et de la réception de Marie au temple.

Joachim et quelques autres hommes conduisirent de bon matin les victimes au temple devant lequel elles furent encore inspectées par les prêtres. Quelques animaux furent rejetés, et on les conduisit aussitôt dans la ville au marché aux bestiaux. Les animaux acceptés par les prêtres furent conduits dans la cour où ils devaient être immolés. Je vis là bien des choses que je ne saurais plus raconter dans l’ordre où elles se passèrent. Je me souviens qu’avant l’immolation, Joachim mettait la main sur la tête de chacune des victimes. Il devait recevoir le sang, dans un vase et aussi quelques parties de l’animal. Il y avait là des colonnes, des tables et des vases où tout était découpé, partagé et rangé. L’écume du sang était enlevée; la graisse, le foie et la rate étaient mis à part. On salait aussi le tout. Les intestins des agneaux étaient nettoyés, remplis de quelque chose et remis dans le corps, en sorte que l’agneau semblait rester tout entier. Les pieds des animaux étaient attachés en forme de croix. On portait une grande partie de la chair dans une autre cour aux vierges du temple, qui avaient quelque chose à faire à cette occasion. Peut-être devaient-elles la préparer pour leur nourriture ou pour celle des prêtres.

Tout cela se passait avec un ordre incroyable. Les prêtres et les lévites allaient et venaient, toujours deux par deux, et, dans ce travail compliqué et pénible, tout se faisait facilement et comme de soi-même. Les morceaux destinés au sacrifice restaient dans le sel jusqu’au jour suivant, qui était celui où ils étaient offerts sur l’autel.

Dans l’auberge il y eut aujourd’hui fête et repas solennel. Il y avait bien là cent personnes, les enfants compris. Environ vingt-quatre jeunes filles de différents âges étaient présentes. Je vis, entre autres, Séraphia, qui fut nommée Véronique après la mort de Jésus. Elle était déjà assez grande, elle pouvait bien avoir dix ou douze ans. On prépara des couronnes et des guirlandes de fleurs pour Marie et ses compagnes. L’on para aussi sept cierges ou flambeaux: c’étaient comme des chandeliers en forme de sceptre, sans piédestal. Quant à la flamme qui brillait à leur extrémité, je ne sais si elle était alimentée par de l’huile, par de la cire ou par quelque autre matière. Pendant la fête, plusieurs prêtres et lévites entrèrent et sortirent. Ils prirent aussi part au repas. Comme ils s’étonnaient de la quantité de victimes offertes par Joachim, il leur dit qu’en souvenir de l’affront qu’il avait reçu au temple quand son sacrifice avait été rejeté, et à cause de la miséricorde de Dieu qui avait exaucé sa prière, il voulait maintenant témoigner sa reconnaissance suivant ses moyens. Je vis encore aujourd’hui la petite Marie se promener à l’entour de la maison avec les autres jeunes filles. J’ai oublié beaucoup d’autres choses.

A suivre …

Les notes précédées de la mention NDM sont des Notes de Miléna, les autres notes font partie de la version originale.

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer la source et le site: http://www.elishean.fr/

Copyright les Hathor © Elishean/2009-2017/ Elishean mag



Print Friendly, PDF & Email
Articles similaires

Suivez nous sur les réseaux sociaux

Votre aide est importante…

MilenaVous appréciez mon travail et vous voulez soutenir ce site?

Vous pouvez contribuer à la continuité de ce site en faisant un don sécurisé sur PayPal.

Même une somme minime sera la bienvenue, car je gère seule tous les sites du réseau Elishean/ les Hathor. Avec toute ma gratitude, Miléna

 

Articles Phares