Visions de Anne Catherine Emmerich

La Vie de la Vierge Marie – Partie 2/12

Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

XI Restauration de l’humanité montrée aux anges.

Note : Ici viennent diverses visions de la soeur Emmerich, qu’elle communiqua à diverses époques lors de ses méditations annuelles pendant l’octave de la Conception de la sainte Vierge. Elles ne présentent pas une série continue sur la vie de Marie, mais elles jettent partout une lumière particulière sur l’élection et la préparation de ce vase de la grâce. Comme elle les a racontées au milieu de beaucoup de troubles et de souffrances, on ne sera pas étonné qu’elles paraissent sous forme de fragments.

Dans la nuit du 2 au 3 septembre l821, Anne Catherine, alors gravement malade, eut des visions très étendues sur la fête des Anges gardiens, ainsi que sur la nature des anges et les hiérarchies célestes en général. Mais, assaillie par beaucoup de souffrances, d’épreuves et de peines de toute espèce, elle n’en communiqua qu’une petite partie et à bâtons rompus. On donne ici ce qu’on a pu obtenir d’elle après des interrogations répétées.

Je vis un tableau merveilleux: c’était Dieu qui, après a chute de l’homme, montrait aux anges comment il voulait régénérer le genre humain.

A la première vue, je ne compris pas ce tableau, mais bientôt il devint clair pour moi.

Je vis le trône de Dieu. la très sainte Trinité et comme un mouvement en Elle. Je vis les neuf choeurs des anges auxquels Dieu annonçait de quelle manière il voulait régénérer l’humanité déchue. Je vis, à cette annonce , une jubilation indicible parmi les anges.

Le développement des desseins de miséricorde de Dieu sur l’homme me fut montré dans divers tableaux symboliques. Je vis ces tableaux apparaître au milieu des neuf choeurs angéliques et se suivre comme une sorte d’histoire. Je vis les anges coopérer à ces tableaux, les protéger et les défendre. Je ne puis plus en rapporter la suite avec certitude; je dirai avec l’aide de Dieu ce que j’en ai retenu.

Je vis devant le trône de Dieu une montagne comme de pierres précieuses: elle croissait et s’étendait sans cesse; elle avait des degrés et ressemblait à un trône, puis elle prenait la figure d’une tour. Sous cette forme, elle renfermait dans son enceinte tous les trésors spirituels, tous les dons de la grâce. Les neuf choeurs des anges l’environnaient. Je vis à l’un des côtés de cette tour, comme sur un petit rebord formé par une nuée dorée, paraître des ceps de vigne et des épis de blé, qui s’entrelaçaient comme les doigts de deux mains jointes. Je ne pourrais pas bien déterminer à quel moment de la vision prise dans son ensemble, j’ai vu cela.

Je vis apparaître, dans le ciel, une figure semblable à une vierge, qui entra dans la tour et se fondit pour ainsi dire avec elle. La tour était très large et aplanie par en haut; il me sembla qu’il y avait par derrière une ouverture par laquelle entra la Sainte Vierge Marie dans le temps, c’était elle dans l’éternité en Dieu’.

Je vis son apparition se produire devant la sainte Trinité de la même manière que l’haleine se condense devant la bouche en une petite vapeur ‘. Je vis aussi une apparition sortir de la sainte Trinité vers la tour. Dans ce moment, je vis au milieu des choeurs des anges paraître comme un tabernacle du saint Sacrement. Les anges semblaient tous y travailler, et il avait la forme d’une tour entourée d’images symboliques de toute espèce. Il y avait à côté deux figures qui se tendaient la main derrière lui. Ce vase spirituel paraissait s’accroître continuellement et devenait toujours plus magnifique et plus riche.

Je vis alors quelque chose sortir de Dieu et passer à travers les neuf choeurs des anges; cela me parut semblable à une nuée lumineuse qui devenait de plus en plus distincte à mesure qu’elle approchait de ce tabernacle de sainteté dans lequel enfin elle entra.

Autant que je puis le comprendre, c’était une bénédiction substantielle de Dieu qui se rapportait à la continuité d’une lignée pure et sans péché et pour ainsi dire à la production de rejetons purs. Je vis enfin cette bénédiction, sous la forme d’une fève brillante, entrer dans le tabernacle, après quoi celui-ci se perdit lui-même dans la tour.

Note : Voyez le capitule des vêpres de l’office de la très sainte Vierge, tiré de l’Ecclésiastique, XXIV : Ab initio et ante secula crenta sum, et jusque ad futurum secuium non desinam.

Comparez le texte consacré par l’application que l’Église en fait depuis longtemps à Marie : Ego ex ore Altissimi prodivi primogenita ante omnem creaturam ; ego feci in coelis ut oriretur lumen indeficiens. Thronus meus in columna nubis, etc. Eccli., XXIV, 7.

3 La narratrice, dans le cours de ses nombreuses contemplations, moitié historiques, moitié symboliques, sur l’Ancien et le Nouveau Testament, fit sur cette bénédiction plusieurs communications, dont nous présenterons ici quelques-unes dans un ordre chronologique.

 » Ce fut, dit-elle, cette bénédiction avec laquelle et par laquelle Eve fut tirée du côte droit d’Adam. Je la vis retirée à Adam par la providence miséricordieuse de Dieu lorsqu’il était au moment de consentir au péché. Abraham la reçut de nouveau par le ministère des anges, après l’institution de la circoncision, en même temps que la promesse de la naissance d’Isaac. Elle fut transmise par lui dans une cérémonie solennelle et sacramentelle son premier-né Isaac, et par celui-ci à Jacob. Cette bénédiction fut enlevée à Jacob par l’ange qui lutta avec lui, et elle passa à Joseph, en Egypte. Enfin elle fut prise de nouveau par Moïse, dans la nuit de la sortie d’Egypte, enlevée avec les ossements de Joseph, et elle fut ensuite placée dans l’Arche comme le trésor sacré du peuple de Dieu « .

Note : Ce n’était pas sans scrupule et sans inquiétude que nous avions rédigé, pour les livrer à l’impression, ces explications de la soeur, lorsque nous apprîmes que, dans le livre appelé Zohar (qui a été rédigé dans le second siècle de l’ère chrétienne, mais qui contient des paroles beaucoup plus anciennes), on retrouve, presque mot pour mot, ce qu’elle dit ici et ailleurs sur le mystère de l’ancienne arche d’alliance. Un lecteur familiarisé avec la langue chaldéenne peut s’en convaincre en lisant, par exemple, les textes suivants : Par Toledoth, p. 340 ; ibid., p. 335 ; Béreschith, p. 155 ; T’rurrab. 251, etc.

Je vis les anges jouer un rôle actif dans une partie de ces apparitions. Une série de tableaux s’éleva aussi de l’abîme ; c’étaient comme des images d’illusion et de mensonge: je vis les anges agir contre elles et les faire disparaître. J’ai vu et oublié beaucoup de choses de ce genre.

Il y avait dans tous ces tableaux une merveilleuse liaison; l’ensemble de cette vision était singulièrement riche et significatif. Même les apparitions ennemies, fausses, mauvaises, de tours, de calices, d’églises qui étaient rejetées de côté, devaient servir au développement de l’oeuvre du salut.

Note : Pendant ces récits, elle revenait toujours sur l’inexprimable joie des anges. L’ensemble de ces fragments n’a pas de conclusion proprement dite: cela semble une série de tableaux symboliques relatifs à l’histoire de la rédemption. Elle disait à ce sujet:  » J’ai vu d’abord les représentations figuratives de l’oeuvre de la rédemption au milieu des neuf choeurs des anges, et ensuite une série de tableaux depuis Adam jusqu’à la captivité de Babylone « .

XII Elie voit une image figurative de la sainte Vierge.

Je vis toute la terre promise privée de pluie, desséchée et languissante, et je vis Élie monter au mont Carmel avec deux serviteurs, pour demander de la pluie à Dieu. Ils montèrent d’abord sur un haut escarpement, puis, par des degrés grossièrement taillés dans le roc, jusqu’à une terrasse, puis encore de nouveaux degrés, et ils arrivèrent enfin à une plate-forme assez grande, sur laquelle était un monticule de rochers où se trouvait une grotte. Elie monta jusqu’au haut de ce monticule. Il laissa ses serviteurs au bord de la plate-forme, et ordonna à l’un d’entre eux de regarder la mer de Galilée. Celui-ci parut tout consterné à cette vue, car le lac était entièrement desséché, plein de trous et d’excavations, couvert de vase et d’animaux pourris.

Elie s’accroupit, mit sa tête entre ses genoux, se voila, pria avec ardeur vers Dieu, et sept fois de suite il demanda à haute voix à son serviteur s’il ne voyait pas une nuée monter de la mer. A la septième fois, je vis le nuage monter, et quand le serviteur l’annonça au prophète, celui-ci l’envoya au roi Achab.

Je vis, au milieu de la mer, se former comme un tourbillon de couleur blanche, duquel sortait un petit nuage noir, qui se déploya et s’étendit. Dans ce petit nuage je vis, dès le commencement, une petite figure brillante, semblable à une vierge; je vis aussi Élie l’apercevoir dans la nuée qui s’élargissait. La tête de cette vierge était entourée de rayons; elle étendait ses bras en croix, et tenait à l’une de ses mains comme une couronne de victoire. Son long vêtement était comme attaché sous ses pieds. Elle parut dans le nuage qui grandissait, et sembla s’étendre sur toute la terre promise.

Je vis ce nuage se diviser; en certains endroits sainte et sanctifiés, et là où habitaient des hommes pieux et aspirant au salut, il laissait comme de blancs tourbillons de rosée Ces tourbillons avaient sur leurs bords toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et je vis au milieu la bénédiction se concentrer comme pour former une perle dans sa coquille. Il me fut expliqué que c’était une figure prophétique, et que dans les lieux bénis ou le nuage avait laissé ces tourbillons, il y eut réellement coopération à la manifestation de la sainte Vierge’.

Note : L’humanité, avant Jésus-Christ, était comme un sol desséché qui aspirait après lui pour pouvoir donner des fruits Elle demandait que sa soif fut apaisée, non seulement par des grâces spirituelles, mais encore par la justice incarnée Jésus-Christ n’était pas seulement le fruit et le rejeton de Dieu et de la terre (Isaie, IV, 2 ; Jérém., XXIII 5 , XXXIII, 15 ; Zach., III, 8 ; VI, 12), il était aussi une pluie et une rosée destinée à faire naître des fruits semblables à lui. Car David prophétise en ces termes : « il descendra comme la pluie sur la prairie, comme les gouttes qui humectent la terre. Dans ces jours-là, les justes fleuriront: le moment sera épais dans le pays, sur la cime des montagnes (c’est-à-dire, d’après l’explication de la traduction chaldaique, dans l’Église); ils s’accroîtront dans les villes comme l’herbe de la terre. « (Ps. LXXI, 6, 18) Isaie s écrie aussi :  » Cieux, répandez d’en haut 1rotre rosée, et que les nuées pleuvent le juste « . (Ps. LX, 8) Cette pluie se perpétue sous une autre forme par la communication multipliée du saint Sacrement, dont la manne était la figure.

Aussi l’ancien commentaire hébraïque Breschith rabba, à propos du texte où Isaac promet à Jacob, comme bénédiction, la rosée du ciel. (Parasha 65, dans l’édition publiée à Constantinople sous Soliman), remarque que, par cette rosée, il faut entendre la manne, de même que par le froment et le vin (nourris par la rosée), il faut entendre une postérité de jeunes gens et de jeunes filles. (Sur la Genèse, XXVII, 28, comparez Zacharie, IX, 17). O ne doit point s’étonner si, dans les écrits juifs postérieurs le Messie est montré comme une rosée.

Dans le Talmud (Tannith dist maimathi maskirin) Rabbi Barachia parle ainsi: « La maison d’Israël a adressé à Dieu une prière indiscrète : qu’il vienne à nous, a-t-elle dit, comme une pluie du matin, comme une pluie du soir qui recouvre la terre. (Osée, VI, 3.) Alors Dieu lui a dit: Tu demandes une chose qui tantôt est obtenue, tantôt ne l’est pas; mais je serai pour toi une chose qui sera obtenue: je serai pour Israël une rosée, et il fleurira comme un lis (Osée, XIV, 4.)

L’allusion au Messie est plus claire dans le Talmud de Jérusalem. (Tract. b’rachot., c. 5;), lorsqu’il rapporte à cette même idée le psaume sur le sacerdoce du Rédempteur. Il explique les paroles: La rosée de la naissance vient du sein de l’aurore (dans la Vulgate : Ex utero ante luciferum genui te, Ps. CIX, en les rapprochant du texte suivant de Michée: Comme une rosée qui vient du Seigneur, combien de gouttes d’eau sur l’herbe, que n’attendent pas l’homme et ne dépendent pas des enfants des hommes. (Michée, V, 7.) La nuée mystérieuse d’Elie, figure de la créature élue qui devait contenir et apporter cette pluie, laquelle, tombée d’abord de la croix et depuis s’épanchant à jamais du sacrement de l’autel, rafraîchit la terre desséchée, cette nuée monte de la mer de Galilée; ce qui est parfaitement convenable, puisque c’est de cette mer et de ses bords que la rosée de la doctrine et des bienfaits de Jésus-Christ s’est répandue avec tant d’abondance et d’efficacité sur la pauvre humanité. Même alors, quand il enseignait à Capharnaum (Joan., VI) qu’il était la vraie rosée céleste, la vraie manne, le pain de vie dans le Saint Sacrement, il était immédiatement auparavant venu miraculeusement sur la mer comme une nuée, et il versait la bénédiction de la grande promesse dans les coeurs de ses auditeurs.

Nous nous souvenons d’avoir lu dans un vieil écrit rabbinique que le Messie devait monter de la mer de Galilée; mais nous ne pouvons, pour le moment, citer exactement le passage, que nous reproduirons en son lieu quand nous l’aurons retrouvé. Nous trouvons pourtant dans un vieux commentaire hébraïque sur les Psaumes (Midrach Thilim f 4 Lightfoot centur. chronogr., c. 70) les paroles suivantes:  » J’ai crée sept mers, dit Dieu, mais je n’ai choisi entre toutes que celle de Genezareth « .

Je vis ensuite un songe prophétique où, pendant l’ascension de la nue, Élie apprit plusieurs mystères relatifs à la sainte Vierge; malheureusement, au milieu de tant de choses qui nie troublent et me distraient’ j’en ai oublié le détail exact, ainsi que bien d’autres choses.

Élie connut, entre autres choses, que Marie devait naître dans le septième âge du monde; c’est pour cela qu’il appela sept fois son serviteur. Il vit aussi de quelle race elle sortirait.

Je vis une autre fois Élie élargir la grotte au-dessus de laquelle il avait prié, et établir une organisation plus régulière parmi les enfants des prophètes: quelques-uns de ceux-ci priaient habituellement dans Cette grotte pour demander la venue de la sainte Vierge, et l’honoraient déjà avant sa naissance. Je Vis que cette dévotion à la sainte Vierge se perpétua sans interruption, qu’elle subsistait encore, grâce aux Esséniens, quand Marie était déjà sur la terre, et que plus tard elle continua à être pratiquée par des ermites, desquels sortirent enfin les religieux du Carmel.

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XIII Eclaircissements sur la précédente vision d’Élie.

Note : Quand la narratrice communiqua plus tard ses contemplations sur l’époque de saint Jean-Baptiste, elle vit de nouveau la vision relative à Elie, avec quelques détails sur l’état où se trouvaient alors le pays et ses habitants. Nous donnons ce qui suit comme pouvant éclaircir ce qui a été dit précédemment.

Je vis un grand mouvement à Jérusalem, près du temple; c’étaient des gens qui délibéraient, qui écrivaient avec des plumes de roseau, qui envoyaient des messagers dans le pays. On priait, on invoquait Dieu pour avoir de la pluie; on faisait chercher Elie partout. Je vis aussi Élie dans le désert, nourri et désaltéré par un ange. Je vis tous les rapports du prophète avec Achab, le sacrifice sur le Carmel, la mort des prêtres des idoles, sa prière pour la pluie et l’arrivée des nuages.

Je vis, outre la sécheresse de la terre, une grande stérilité chez les hommes et un certain abâtardissement. Je vis qu’Élie appela par sa prière la bénédiction qui produisit la nuée, et qu’il dirigeait et répartissait les nuages et la pluie d’après des intuitions intérieures, sans quoi il y aurait eu peut-être une inondation destructive. Il demanda sept fois à son serviteur s’il voyait la nuée: cela fait allusion à sept âges du monde et à sept générations qui devaient s’écouler jusqu’au temps où la bénédiction véritable, dont cette nuée de bénédiction n’était que la figure, prendrait fortement racine dans Israël; il vit même dans la nuée qui s’élevait une image de la sainte Vierge et connut plusieurs mystères qui se rapportaient à sa généalogie et à sa venue’.

Note : I Dans l’office de la Conception de Marie, et ailleurs, dans les livres liturgiques de l’Eglise, l’emploi du verset de l’Ecclésiastique (XXIV, 6) : Sicut nebula lexi omnem terram se trouve en parfaite concordance avec cette vision prophétique sur la mère de Dieu.

Je vis, par l’effet de la prière d’Élie, la bénédiction descendre d’abord sous forme de rosée.- La nuée s’abaissait ; il s’en détachait des flocons blancs, lesquels formaient des tourbillons dont les bords étaient de la couleur de l’arc-en-ciel, et se résolvaient enfin en gouttes d’eau qui tombaient sur la terre. Je reconnus aussi là quelque chose qui se rapportait à la manne du désert; mais la manne, le matin, était par terre, compacte et cassante, et on pouvait l’empaqueter. Je vis ces tourbillons de rosée aller le long du Jourdain et s’arrêter, non pas partout, mais ça et là à certaines places.

Je vis spécialement à Ainon, en face de Salem, et à l’endroit où eut lieu plus tard le baptême de Notre Seigneur, descendre de ces tourbillons brillants. Je demandai aussi ce que signifiaient leurs bords aux couleurs varices, et cela me fut expliqué par l’exemple d’une coquille marine, qui a aussi des rebords aux couleurs brillantes, et qui, s’exposant au soleil, attire à elle la lumière et la dégage des couleurs, jusqu’à ce qu’au milieu d’elle naisse la perle dans toute sa pureté et sa blancheur. Il me fut montré que cette rosée et la pluie qui lui succédait étaient quelque chose de plus que ce qu’on entend ordinairement par un rafraîchissement de la terre.

J’eus la perception distincte que sans cette rosée la venue de la sainte Vierge aurait été différée d’au moins un siècle, tandis que, par suite de l’amélioration et de la bénédiction de la terre, les races qui vivent de ses fruits furent aussi restaurées et ranimées, et la chair recevant la bénédiction s’ennoblit.

Je vis aussi comment alors la terre et la chair étaient altérées et aspiraient après la pluie, comme plus tard les hommes et l’esprit aspiraient au baptême de Jean. Tout ce tableau représentait à l’avance l’avènement de la sainte Vierge, et en outre l’état du peuple à l’époque de saint Jean-Baptiste.

Leur anxiété d’alors, leur ardeur languissante, leur désir de la pluie et d’Élie, et pourtant la persécution de celui-ci, rappelaient l’ardeur avec laquelle, plus tard, le peuple cherchait le baptême et la pénitence, et aussi l’aveuglement de la synagogue et l’envoi de ses ambassadeurs auprès de Jean.

XIV Figure prophétique de la Sainte Vierge en Égypte.

Je vis en Égypte ce message de salut apporté de la manière suivante: je vis qu’Élie devait faire rassembler de trois contrées, à l’Orient, au Nord et au Midi, de pieuses familles dispersées, et qu’il chargea de cette mission trois disciples des prophètes. Il ne les envoya qu’après avoir reconnu par un signe demandé à Dieu quels étaient ceux qui convenaient pour cela, car c’était une tâche périlleuse, et il fallait choisir des messagers intelligents, afin qu’ils ne fussent pas mis à mort.

L’un d’eux alla vers le Nord, l’autre vers l’Orient, le troisième vers le Midi. Celui-ci avait à faire un long voyage à travers l’Egypte, où les Israélites avaient des risques particuliers à courir. Ce messager suivit le chemin que la sainte Famille prit lors de sa fuite en Egypte; je crois aussi qu’il passa dans le voisinage de la ville d’On*, où l’enfant Jésus se réfugia. Je le vis, dans une grande plaine, arriver près d’un temple d’idoles, qui était dans une prairie, et entouré de diverses autres idoles. On adorait là un taureau vivant. Il y avait dans le temple une figure de taureau et plusieurs autres idoles. On faisait là d’horribles sacrifices et on immolait des enfants mal conformés.

NDM : *Héliopolis

Les habitants du pays saisirent le disciple des prophètes et le conduisirent devant leurs prêtres. Heureusement ils étaient très curieux, sans cela ils l’auraient égorgé. Ils lui demandèrent d’où il était et ce qui l’amenait chez eux. Il leur dit sans hésiter qu’il devait naître une vierge de laquelle sortirait le salut du monde, et qu’alors ils briseraient toutes leurs idoles’.

Note : Saint Epiphane, dans son livre sur la Vie des Prophètes, dit de Jérémie : « Ce prophète donna un signe aux prêtres égyptienne, et Leur annonça que toutes leurs idoles tomberaient en morceaux quand une Vierge mère, avec son enfant divin, entrerait en Egypte. Et cela arriva ainsi ; c’est pourquoi, encore aujourd’hui, ils adorent une Vierge mère et un enfant couché dans une crèche. Quand le roi Ptolémée leur en demanda la cause, ils répondirent :  » C’est un mystère que nous avons reçu de nos pères, auxquels il a été annoncé par un saint prophète’ et nous en attendons l’accomplissement « . (Epiphan., t. II, p. 240.) Toutefois le disciple d’Elie, mentionné plus haut, ne peut pas être Jérémie, puisque celui-ci vécut trois siècles plus tard.

Ils s’étonnèrent de ce qu’il annonçait, en parurent très émus, et le laissèrent aller sans lui faire de mal. Je les vis ensuite tenir conseil et faire faire l’image d’une vierge, qu’ils placèrent au milieu du plafond du temple, étendue en l’air et comme planant. Cette figure’ avait une coiffure pareille à celle de leurs idoles, dont un grand nombre étaient rangées à la suite les unes des autres, ayant le haut du corps d’une femme et le reste d’un lion. Sur le haut de la tète était un petit vase assez profond, semblable à ceux dont on se servait pour mesurer des fruits; le haut des bras était appliqué le long du corps jusqu’au coude, les bras s’en séparaient et s’étendaient en se relevant; elle tenait des épis de blé dans les mains; elle avait trois mamelles, une plus grande, placée plus haut au milieu; deux plus petites, plus bas, de chaque côté de la première.

Note : Un archéologue a communiqué à l’écrivain un dessin fait d’après une antique statue égyptienne, qui est censée représenter Isis, et qui correspond de tout point à la description donnée par la soeur de cette singulière figure.

Le bas du corps était enveloppé d’un long vêtement ; les pieds étaient petits et effilés; des espèces de houppes y pendaient. Aux deux épaules étaient attachées des espèces d’ailes comme de belles plumes en forme de rayons. Ces ailes étaient comme deux peignes de plumes jointes les unes aux autres. Des plumes croisées couraient le long des hanches et se repliaient par-dessus le milieu du corps. La robe n’avait pas de plis.

Ils honorèrent cette image et lui offrirent des sacrifices, la priant de vouloir bien ne pas briser leur dieu Apis et leurs autres dieux. Du reste, ils persévérèrent comme auparavant dans toutes les abominations de leur culte idolâtrique; seulement, à dater de ce temps, ils invoquèrent par avance cette vierge, dont ils avaient composé l’image, à ce que je pense, d’après diverses indications tirées du récit du prophète et en essayant de reproduire la figure vue par Élie.

Je vis aussi comment, à cette époque, par un effet de la grande miséricorde de Dieu, il fut annoncé à de pieux paiens que le Messie naîtrait d’une vierge dans la Judée.

Les ancêtres des trois rois mages, les Chaldéens, adorateurs des astres, reçurent cette connaissance au moyen de l’apparition d’une image dans une étoile ou dans le ciel. Ils prédirent l’avenir à ce sujet. J’ai vu les traces de ces annonces prophétiques de la sainte Vierge dans les représentations figurées qui ornaient leurs temples. J’en ai parlé ailleurs.

XV L’arbre généalogique du Messie.

Je vis la souche du Messie, à partir de David, se diviser en deux branches.

A droite courait la ligne qui commençait par Salomon et finissait par Jacob, le père de saint Joseph. Je vis les figures de tous les ancêtres de saint Joseph mentionnés dans l’Evangile, sur les branches de ce rejeton de la souche de David par Salomon. Cette ligne généalogique, placée à droite, avait une signification supérieure: les figures étaient plus grandes, et en quelque sorte plus immatérielles que celles de la ligne de gauche. Chacune tenait à la main une tige longue à peu près d’une coudée, avec des feuilles pendantes semblables à celles de palmier; au sommet de cette tige fleurissait la grande campanule en forme de lis, avec cinq étamines jaunes par en haut, qui répandaient une belle poussière. Ces fleurs différaient en grandeur, en vertu et en beauté. La fleur que portait saint Joseph, le père nourricier de Jésus, était la plus remarquable de toutes par sa beauté et la fraîcheur de ses feuilles.

Trois membres de cette lignée, vers le milieu, avaient été rejetés; ils étaient noircis et flétris. Il y avait plus d’une lacune dans cette ligne venant de Salomon, où les rejetons étaient très éloignés les uns des autres. La branche de droite et celle de gauche se touchaient quelquefois, et peu de degrés avant la fin elles se croisaient réciproquement. J’eus une explication sur la signification plus relevée de la ligne de Salomon. Elle provenait plus de l’esprit, moins de la chair. Elle avait quelque chose de la signification de Salomon lui-même. Je ne puis pas bien exprimer cela.

La ligne généalogique de gauche allait de David, par Nathan, jusqu’à Héli, qui est le vrai nom de Joachim, le père de Marie; car il reçut plus tard ce dernier nom, de même qu’Abraham, qui s’était appelé d’abord Abram J’ai oublié la cause de ce changement; mais je la retrouverai peut-être. Dans mes contemplations, j’entendis souvent nommer Jésus le fils d’Héli, selon la chair.

Note : Le texte de saint Luc (III, 23) est ainsi donné par plusieurs interprètes anciens et nouveaux (par ex. Hilarius Diaconus, Quoest. uet. et nou., I, 56) et il, 6), spécialement d’après le texte grec : « il passait pour fils de Joseph, mais, dans le fait, il venait d’Héli. « Que Marie, dont la généalogie est pourtant donnée par saint Luc, ne soit pas nommée elle-même, cela s’explique par le principe des généalogiste juifs: Genus patris vocatur genus, genus matris non vocatur genus (Talmud, Baba bathra, f. 110) Le père de Marie était donc le premier membre qu’on pût citer dans la série des ancêtres du Christ selon la chair. Jésus-Christ, qui n’avait pas de père sur la terre, est appelé, à plus juste titre, le fils d’Héli selon la chair, que Laban, nommé fils de Nachor (Genes., XXIV, 5), et Zacharie, nommé le fils d’Iddos (Esdr., V, 1), bien qu’ils ne soient que les petits-fils des personnages en question.

XVI Tableau de la fête de la conception de Marie.

(raconté la 8 décembre 1819.)

Après avoir passé toute la nuit, jusqu’au matin, à contempler, dans une effrayante Vision, les péchés du monde entier, je m’endormis de nouveau et me trouvai transportée à Jérusalem, à l’endroit où avait été le temple, puis ensuite dans les environs de Nazareth, au lieu où s’était trouvée autrefois la maison d’Anne et de Joachim. Je reconnus bien le pays.

Je vis là une belle colonne de lumière s’élever de terre comme la tige d’une fleur; de même que le calice de la fleur ou la tête d’un pavot sortent d’un pédoncule, cette colonne portait une église octogone toute lumineuse’.

La colonne montait jusque dans le centre de l’église comme un petit arbre dont les branches, régulièrement partagées, portaient des figures de la famille de la sainte Vierge, lesquelles étaient, dans cette représentation de la fête, l’objet d’une vénération particulière. Elles étaient comme sur les étamines d’une fleur. C’était sainte Anne, entre saint Joachim et un autre homme, peut-être son père Sous la poitrine de sainte Anne, je vis une cavité lumineuse à peu près de la forme d’un calice, et, dans cette cavité, la figure d’un enfant resplendissant qui se développait et grandissait; ses petites mains étaient croisées sur sa poitrine; sa petite tête était inclinée, et il en partait une infinité de rayons qui se dirigeaient vers une partie du monde. Il me semble que ce n’était pas dans toutes les directions. Sur d’autres rameaux environnants étaient plusieurs figures tournées vers le centre, dans une attitude respectueuse et, dans l’église, je vis un nombre infini de saints rangés tout autour, ou formant des choeurs, se tourner en priant vers cette sainte Mère.

Note : La soeur voyait toutes les fêtes de l’Eglise, et celles mêmes qui ne sont plus célébrées sur la terre dans l’Église militante, célébrée dans l’Eglise triomphante. Elle voyait tous les saints qui avaient une relation particulière avec la fête en faire la solennité dans une église transparente qui était la plupart du temps de forme octogone. cette église lui apparaissait ordinairement planant en l’air. Il est digne de remarque que, dans les fêtes qui avaient rapport aux parents de Jésus-Christ suivant la chair ou aux mystères de sa vie, elle ne voyait pas cette église suspendue en l’air, mais, de même qu’une fleur ou un fruit, placée sur une tige sortant de la terre comme sur une colonne et paraissant avoir poussé sur cette tige.

La plus douce ferveur et l’union la plus intime se manifestaient dans cette fête. On ne pourrait comparer le spectacle qu’elle offrait qu’à celui d’un champ de fleurs très variées qui, agitées par un vent léger, se tournent vers le soleil, comme pour lui offrir leurs parfums et leurs couleurs, vers ce soleil duquel toutes les fleurs ont reçu ces dons eux-mêmes, et jusqu’à leur vie.

Au-dessus de ce tableau symbolique de la fête de l’Immaculée Conception, s’éleva le petit arbre lumineux avec un nouveau rejeton à son extrémité, et je vis dans cette seconde couronne de branches célébrer un moment postérieur de la fête. Ici, Marie et Joseph étaient agenouillés, et, un peu plus bas, devant eux, sainte Anne. Ils adoraient l’enfant Jésus, qui, le globe impérial en main était assis au-dessus d’eux, au sommet de la tige, environné d’un éclat incomparable. Autour de cette représentation, les choeurs des rois mages, des bergers, des apôtres et des disciples étaient en adoration à très peu de distance, tandis que d’autres saints formaient des cercles moins rapprochés. Ensuite, je vis en haut, au milieu d’une grande lumière, des formes plus indistinctes de puissances célestes; plus haut encore, comme un demi soleil rayonner à travers la coupole de l’église. Ce second tableau semblait faire allusion à la proximité de la fête de Noël, qui vient peu après celle de la Conception.

Lors de la première apparition du tableau, il me sembla que j’étais hors de l’église, sous la colonne, dans le pays environnant; plus tard, j’étais dans l’intérieur de l’église que j’ai décrite. Je vis aussi la petite Marie se développer dans l’espace lumineux qui était sous le coeur de sainte Anne; je me sentis en même temps convaincue, à un degré inexprimable, de l’absence de la tache originelle dans la conception de Marie. Je lus cela distinctement comme dans un livre, et je le compris.

Il me fut dit qu’autrefois, il y avait eu dans ce lieu une église érigée en mémoire de cette grâce inestimable accordée par Dieu; mais qu’ayant été l’occasion de luttes peu convenables sur ce saint mystère, elle avait été livrée à la destruction; que toutefois l’église triomphante faisait toujours dans cet endroit la fête de l’Immaculée Conception.

XVII La sainte Vierge parle des mystères de sa vie.

Note : Pendant ses contemplations sur les années de prédication de Notre Seigneur Jésus-Christ, la soeur raconta ce qui suit, le 26 décembre 1822 :

J’entends souvent la sainte Vierge raconter à des femmes qui ont sa confiance, par exemple, à Jeanne Chusa et à Suzanne de Jérusalem, divers mystères relatifs à Notre Seigneur et à elle-même, qu’elle a connus, soit par une illumination intérieure, soit par ce que lui en a dit sainte Anne. Ainsi, je l’ai souvent entendue raconter à Suzanne et à Marthe que, pendant qu’elle portait Notre seigneur dans son sein, elle n’avait jamais ressenti la moindre souffrance, mais une joie intérieure continuelle et un bonheur infini. Elle leur racontait aussi que Joachim et Anne s’étaient rencontrés sous la porte dorée à une heure dorée aussi; qu’en ce lieu leur avait été départie cette plénitude de la grâce divine, en vertu de laquelle elle seule avait reçu l’existence dans le sein de sa mère par l’effet de la sainte obéissance et du pur amour de Dieu, sans aucun mélange d’impureté.

Elle leur fit connaître aussi que, sans la chute originelle. La conception de tous les hommes aurait été également pure.

Je vis ensuite de nouveau tout ce qui concernait la grâce accordée aux parents de Marie, depuis l’apparition de l’ange à Anne et à Joachim, jusqu’à leur rencontre sous la porte dorée, de la manière que je l’ai toujours raconté. Sous la porte dorée, c’est-à-dire dans la salle souterraine qui était sous cette porte, je vis Joachim et Anne entourés d’une multitude d’anges qui brillaient d’une lumière céleste; eux-mêmes resplendissaient, et ils étaient purs comme des esprits, se trouvant dans un état surnaturel où aucun couple humain n’avait été avant eux.

C’était, je crois, sous la porte dorée elle-même, que s’accomplissaient les épreuves et les cérémonies de l’absolution pour les femmes accusées d’adultère, ainsi que d’autres expiations.

Il y avait cinq passages souterrains de ce genre au-dessous du temple; il y en avait aussi un sous l’endroit où demeuraient les vierges. On y était conduit pour certaines expiations déterminées ‘. Je ne sais pas si d’autres avant Joachim et Anne passèrent par ce chemin, mais, dans tous les cas, je crois que ce fut un cas très rare. Je ne me souviens pas bien non plus si c’était lu coutume lors des sacrifices offerts par des personnes stériles. Dans cette circonstance, il fut ordonné aux prêtres de régler ainsi les choses.

Note : La soeur Emmerich est d’accord en ceci avec ce que disent les plus anciens livres juifs. (voyez, par exemple, Mischna. Tract. Tamid., c. v, et Sotah., c.I)

Il est bon de considérer qu’à cet endroit même du temple, au-dessus duquel les femmes accusées d’adultère étaient soumises au jugement de Dieu au moyen du breuvage amer appelé l’eau de jalousie (Num., V). puis punies ou justifiées, à cet endroit, disons-nous, où les impurs étaient purifiés, furent données la grâce et la bénédiction pour la Conception sans tache de la Mère de Jésus-Christ, dans l’union duquel avec l’Eglise le mariage est un grand sacrement (Eph., V, 32), et qui s’est offert en sacrifice expiatoire pour expier l’adultère de l’humanité d’avec son Dieu, et devenir le fiancé des âmes rachetées par lui.

XVIII Célébration de la fête de la Conception en divers lieux. Introduction. Détails personnels.

Note : Le 8 décembre 1820, fête de l’1mmaculée conception de Marie, l’âme de la soeur, pendant le cours de ses contemplations et de ses prières, se trouva comme transportée à travers une grande partie de la terre. Nous plaçons ici quelque chose de ce qui nous fut communiqué à ce sujet, pour donner une idée de ces sortes de voyages en esprit.

Elle alla à Rome, se trouva près du saint Père, visita en Sardaigne une pieuse religieuse qu’elle aimait beaucoup, toucha Palerme, passa en Palestine, ensuite dans l’Inde. Elle alla aussi en Abyssinie, dans une ville de Juifs, située sur une haute chaîne de montagnes ; elle en visita la souveraine, qui s’appelait Judith ‘, et s’entretint avec elle du Messie, de la fête de la Conception de sa mère, du saint temps de l’Avent et de la fête prochaine de Noël. Dans le cours de ce voyage, elle fit tout ce que, dans un voyage de ce genre, aurait fait, suivant l’occasion, un consciencieux missionnaire : elle pria, enseigna, secourut, consola et s’informa.

Cette nuit, dit-elle, ayant fait en songe un voyage dans la terre promise, je vis tout ce que j’ai raconté de la Conception de la sainte Vierge. Je passai ensuite aux contemplations journalières des années de prédication de Notre Seigneur, et j’en étais aujourd’hui au 8 décembre de la troisième année. Je ne trouvai pas Jésus dans la terre promise; mais je fus conduite par mon guide au delà du Jourdain, en Arabie, où le Seigneur, accompagné de trois disciples, se trouvait dans une ville de tentes des trois rois mages : c’était là qu’ils s’étaient établis à leur retour de Bethléhem.

Note : Lorsque l’écrivain mit sur le papier le récit très circonstancié de ses rapports avec Judith et sa description des lieux, il avait conjecturé, d’après la direction de son voyage, qu’il s’agit de l’Abyssinie. Plusieurs années après la mort de la soeur, il trouva dans les voyages de Bruce et de Salt la mention d’une colonie juive établie sur la haute chaîne de Samen en Abyssinie, et dont le chef s’appelait toujours Gédéon, ou, lorsque c’était une femme, Judith. Ce dernier nom, comme on le voit, a été indiqué par la soeur Emmerich.

XIX Les rois mages fêtent la Conception de Marie.

Je vis que deux des trois rois mages qui vivaient encore, à dater d’aujourd’hui, 8 décembre, célébraient avec leur tribu une fête de trois jours. Quinze ans avant la naissance du Sauveur, ils avaient vu, pour la première fois, dans cette nuit, se lever l’étoile annoncée par Balaam* (Num XXIV, 17), qu’eux et leurs ancêtres avaient attendue si longtemps en observant constamment le ciel. Ils y avaient aperçu l’image d’une vierge qui tenait d’une main un sceptre, de l’autre une balance ayant sur l’un de ses plateaux un bel épi de blé, sur l’autre une grappe de raisin faisant contrepoids. Depuis leur retour de Bethléhem, ils célébraient annuellement, à partir du 8 décembre, une fête de trois jours, etc.

NDM : *Aux chapitres 22 à 24 du Livre des Nombres, Balaam est mandé par Balak, roi de Moab, pour maudire les Israélites qui, après avoir traversé le désert, traversaient ses territoires vers le pays de Canaan. Le devin, monté sur une ânesse, se rend chez Balak ; mais, en chemin, un ange, tenant une épée nue à la main, empêche l’ânesse d’avancer malgré les coups donnés par son maître. L’ânesse, douée tout à coup de la parole, reproche à son maître sa dureté. Dieu ouvre alors les yeux de Balaam ; devant Balak, il bénit, par trois fois, le peuple qu’il avait pour mission de maudire. (cf. Dt 23 5-6. Jos 24 9-10. Ne 13 2. Mi 6 5.)

Il prophétise : « De Jacob monte une étoile, d’Israël surgit un sceptre » (Nb 24, 17)

Je vis qu’à la suite de cette connaissance qu’ils avaient eue le jour de la Conception de Marie, quinze ans avant la naissance de Jésus-Christ, ces adorateurs des astres avaient aboli une horrible coutume religieuse qui avait été depuis longtemps en usage parmi eux, par suite de révélations mal comprises et obscurcies par de malignes influences: savoir, un abominable sacrifice d’enfants. Ils avaient en différents temps sacrifié de diverses manières des hommes et des enfants.

Je vis que, dans l’époque antérieure à la Conception de Marie, ils avaient la coutume suivante: ils prenaient l’enfant d’une des plus chastes et des plus pieuses parmi les femmes de leur religion, laquelle se trouvait heureuse d’offrir ainsi son nourrisson. L’enfant était écorché et recouvert de farine destinée à absorber le sang. Ils mangeaient cette farine imprégnée de sang comme un aliment sacré, et recommençaient cet affreux repas jusqu’à ce que le sang fût épuisé. En dernier lieu, la chair de l’enfant était coupée en petits morceaux, distribuée et mangée’,

Je les vis accomplir cette cérémonie abominable avec beaucoup de simplicité et de dévotion, et il me fut dit qu’ils en étaient venus à cette horrible coutume par suite de l’altération et de la fausse interprétation de certaines traditions prophétiques figuratives sur la sainte Cène.

Je vis ces abominations en Chaldée, dans le pays de Mensor, l’un des trois rois mages. Je le vis aussi le jour de la Conception de Marie recevoir dans une vision une illumination d’en haut, à la suite de laquelle l’horrible usage fut aboli.

Note : Il est remarquable de voir les écrivains des premiers siècles de l’Eglise qui parlent des accusations portées par les paiens contre les chrétiens, et entre autres Minucius Félix, rapporter aussi ces calomnies. Les chrétiens, selon leurs accusateurs, présentaient à celui qu’ils initiaient à leur religion un enfant recouvert de farine pour mieux cacher le meurtre dont il avait été victime. Le néophyte devait percer plusieurs fois l’enfant avec un couteau. Ils buvaient avec avidité le sang qui ruisselait, coupaient l’enfant en petits morceaux et le mangeaient en entier. Ce crime, commis en commun, était devenu pour eux la garantie réciproque du silence et de l’observation du secret relativement à d’autres pratiques infâmes par lesquelles se terminaient leurs assemblées.

L’origine de cette accusation ne viendrait-elle pas des sacrifices d’enfants attribués ici a ces adorateurs des astres qui furent des premiers à embrasser le Christianisme ? Quoi qu’il en soit, on peut conjecturer que des idées semblables à celles que nous trouvons ici chez les mages relativement a des prophéties mal comprises, ont été aussi le mobile secret qui a fait égorger par les Juifs des enfants chrétiens, et, s’il en est ainsi, ces ténébreuses abominations seraient une des nombreuses raison’ qui doivent porter à plaindre le malheureux judaïsme plutôt qu’à le mépriser. Il y a là une aspiration vers le Sauveur, quoique étrangement défigurée. Les faits de ce genre, qui semblent s’être si souvent reproduits, n’ont jamais été, que nous sachions, soigneusement recueillis et examinés sans prévention. Dans les temps modernes’ on a généralement trouvé plus commode de les traiter légèrement, ainsi qu’on fait pour toutes les énigmes historiques dont l’origine se perd dans d’obscures profondeurs, et de ne voir là que des accusations portées par un aveugle fanatisme.

Je le vis sur une haute pyramide en bois occupé à observer les étoiles, ce que ces gens continuaient à faire depuis des siècles, poussés à cela par d’antiques traditions. Je vis le roi Mensor, pendant qu’il regardait le ciel, tomber tout à coup en extase: il avait perdu connaissance. Ses compagnons vinrent et le firent revenir à lui; mais, au commencement, il ne paraissait pas les reconnaître.

Il avait vu l’étoile avec la Vierge, la balance, l’épi, la grappe de raisin, et reçu un avertissement intérieur qui lui fit abolir ce culte abominable.

La nuit, pendant mon sommeil, ayant vu à ma droite l’horrible scène du meurtre de l’enfant, je me retournai de l’autre côté pleine d’effroi; mais je le vis encore à ma gauche. Alors je priai Dieu de tout mon coeur afin qu’il me délivrât de cet affreux spectacle; quand je me réveillais, j’entendis sonner l’heure, et mon fiancé céleste me dit :  » Vois les traitements encore pires que me font subir tous les jours beaucoup de gens dans le monde entier « .

Et quand je regardai autour de moi, bien des choses encore plus horribles que ces sacrifices d’enfants passèrent devant mon âme; je vis bien souvent Jésus lui-même cruellement immolé sur l’autel par la célébration indigne et criminelle des saints mystères. Je vis devant des prêtres sacrilèges la sainte hostie reposer sur l’autel comme un enfant Jésus vivant qu’ils coupaient en morceaux avec la patène et qu’ils martyrisaient horriblement. Leur messe, quoique accomplissant réellement le saint sacrifice, m’apparaissait comme un horrible assassinat.

La même cruauté me fut montrée dans les mauvais traitements exercés envers les membres de Jésus-Christ, envers ceux qui confessent son nom et que Dieu a adoptés pour enfants; car je vis une foule innombrable de malheureux opprimés, tourmentés et persécutés de nos jours en plusieurs lieux, et je vis toujours qu’on maltraitait par là Jésus-Christ en personne. Nous sommes à une époque déplorable où il n’y a plus de refuge contre le Mal: un épais nuage de péchés pèse sur le monde entier, et je vois les hommes faire les choses les plus abominables avec une tranquillité et une indifférence complètes.

Je vis tout cela dans plusieurs visions pendant que mon âme était conduite à travers divers pays sur toute la terre à la fin, je revins aux contemplations relatives à la fête de la Conception de Marie.

Note : I De même que le sacrifice du Calvaire fut accompli par les ordres cruels de prêtres impies et par les mains sanguinaires de bourreaux effrénés, de même le sacrifice de l’autel, quand il est célébré indignement, reste un vrai sacrifice, mais le consécrateur joue à la fois le rôle de prêtres juifs qui condamnèrent Jésus, et des soldats qui exécutèrent la sentence.

XX Sur l’histoire de la fête de la Conception de Marie.

Je ne saurais pas bien expliquer la façon merveilleuse dont j’ai voyagé cette nuit en songe. J’étais dans les contrées du monde les plus différentes, aux époques les plus diverses, et je vis souvent célébrer la tête de la Conception de Marie. Je me trouvai près d’Ephèse, et je vis célébrer cette fête dans la maison de la Mère de Dieu, qui servait encore d’église. Ce devait être à une époque très reculée, car je vis le chemin de la Croix érige par Marie elle-même parfaitement conservé ; le second fut érigé à Jérusalem, le troisième à Rome.

Les Grecs célébraient cette fête longtemps avant leur séparation de l’Eglise. Je me souviens encore un peu quoique non bien distinctement, de ce qui y donna lieu. Je vis notamment un saint, saint Sabas, à ce que je crois, qui fut une apparition relative à immaculée Conception. Il vit l’image de la sainte Vierge, debout sur le globe terrestre, écrasant la tête du serpent, et il connut que la sainte vierge seule avait été conçue sans blessure et sans souillure de la part du serpent’.

Note : I Le 5 juillet 1835, l’écrivain apprit par les notes de Baronius sur le martyrologue romain (8 décembre) qu’il y a dans la bibliothèque Sforza un manuscrit, n° 65, où se trouve un discours tenu à Constantinople par l’empereur Léon (monté sur le trône en 880), et duquel il résulte que la fête de la Conception est de beaucoup antérieure à son époque. Suivant Canisius (de Beatissima virgine Maria, lib I, c. 7.) et Galatinus (de Arcanis catholicoe veritatis, llb. VII, c. 5), cette fête est mentionnée dans le Martyrologe de saint Jean Damascène. Le saint abbé Sabas, dont parle la soeur Emmerich, est connu comme ayant été très dévot à Marie. Il mourut en 590.

Je vis aussi qu’une église des Grecs, ou qu’un évêque de leur nation ne voulut pas admettre cela; cette image vint alors vers eux sur la mer. Je vis cette apparition planer sur les flots, se diriger vers leur église et se montrer au-dessus de l’autel; après quoi ils commencèrent à célébrer cette fête. On possédait dans cette église un portrait de la sainte Vierge fait par saint Luc. Elle était représentée vêtue de blanc, avec un voile de la même couleur, et ressemblait beaucoup à ce qu’elle avait été de son vivant. Je crois vaguement qu’il venait de Rome, où l’on n’a d’elle qu’un portrait en buste. Ce portrait avait été placé sur un autel à la place où avait apparu l’image de l’Immaculée Conception. Je crois qu’il est encore à Constantinople, où je l’ai vu honorer à une époque ancienne.

Je me suis trouvée en Angleterre, et j’y ai vu introduire et célébrer cette fête à une époque très ancienne. Avant-hier, jour de Saint Nicolas, j’ai vu à ce sujet le miracle suivant: je vis un abbé d’Angleterre sur un navire pendant une tempête qui menaçait de l’engloutir. On y invoquait avec instance le secours de la mère de Dieu Je vis alors apparaître saint Nicolas de Myre, qui planait sur la mer près du navire; il dit à l’abbé que Marie l’envoyait pour lui annoncer qu’il devait célébrer le 8 décembre la fête de la Conception, et que le navire arriverait au port. L’abbé lui ayant demandé quelles prières il fallait dire, il lui fut répondu qu’il fallait se servir de celles de la fête de la Nativité de la sainte Vierge. Lors de l’introduction de la fête, le nom d’Anselme fut aussi prononcé; mais j’ai oublié les détails. Je vis aussi l’introduction de cette fête en France, et comment saint Bernard s’y montra opposé, parce que la chose ne venait pas de Rome’.

Notes : Ici s’arrêtent les éclaircissements ajoutés par la soeur Emmerich à son récit de la Conception de Marie. Nous allons reprendre maintenant l’histoire de sa sainte Vie.

Il est remarquable qu’elle ne nomme pas saint Anselme comme étant l’abbé qui vit l’apparition, quoique Pierre de Natalibus, in Catalog Sanci, lib. I, c. 42, raconte de lui la même chose, ainsi que l’écrivain l’a lu eu juillet 1835. Ce que dit la soeur paraît confirmer l’allégation de Baronius dans ses notes sur le martyrologe romain, où il dit que cet avertissement fut donné dans des circonstances comme celles qui ont été décrites, non pas à saint Anselme, mais antérieurement : à l’abbé bénédictin Elfin ou Elpin, dans l’année 1070. J. Carlhagena, dans ses homélies de Arcanis Deipare, t. I, hom. 19, affirme la même chose d’après une lettre de saint Anselme aux évêques d’Angleterre. Ce saint archevêque de Cantorbéry fut le premier qui introduisit cette fête en Angleterre.

La fête fut introduite en 1175 par le chapitre de Lyon, auquel Saint Bernard écrivit pour s’y opposer.

A suivre …

Les notes précédées de la mention NDM sont des Notes de Miléna, les autres notes font partie de la version originale.

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