Visions de Anne Catherine Emmerich

La Vie de la Vierge Marie – Partie 10/12

Vénérable Anne Catherine Emmerich – Apparitions – Visions
Vie de la Vierge Marie (1774-1824)
Béatification en octobre 2004

Vierge-Marie2VIE DE LA SAINTE VIERGE D’APRES LES MEDITATIONS D’ANNE CATHERINE EMMERICH

Publiées en 1854
Traduction de l’Abbé DE CAZALES

XCI – Saint Jean réfugié de nouveau dans le désert.

Lorsque Élisabeth, avertie par un ange avant le massacre des Innocents, se réfugia de nouveau dans le désert avec le petit Jean, je vis ce qui suit à cette occasion.

Élisabeth chercha longtemps avant de trouver une grotte qui lui parût assez sûre et assez cachée ; mais quand elle l’eut trouvée, elle y resta environ quarante jours avec l’enfant. Quand elle revint chez elle, un Essénien de la communauté du mont Horeb, vint dans le désert ; il portait des aliments à l’enfant et l’aidait dans tout ce qui lui était nécessaire. Cet Essénien, dont j’ai oublié le nom, était parent de la prophétesse Anne. Il vint d’abord toutes les semaines, puis tous les quinze jours, jusqu’à ce que Jean n’eût plus besoin de son secours. Ce moment ne tarda pas beaucoup ; car, de très bonne heure, l’enfant se trouva mieux dans le désert que parmi les humains. Il était destiné par Dieu à y croître dans son innocence, sans contact avec les hommes et leurs péchés.

Comme Jésus, il n’alla jamais à l’école : ce fut le Saint Esprit qui l’instruisit. Je vis souvent près de lui une lumière ou des figures lumineuses, comme des anges. Le désert qu’il habitait n’était pas dévasté et stérile ; il y venait parmi les rochers beaucoup d’herbes et d’arbrisseaux portant des baies de diverses sortes ; il y avait aussi des fraises que Jean cueillait et mangeait. Il avait une familiarité extraordinaire avec les bêtes, surtout avec les oiseaux. Ils volaient à lui et se posaient sur ses épaules ; il leur parlait ; ils semblaient le comprendre et lui servaient pour ainsi dire de messagers. Il allait aussi le long des ruisseaux, et les poissons, eux-mêmes, se familiarisaient avec lui ; ils s’approchaient quand il les appelait et le suivaient tant qu’il marchait au bord de l’eau.

Je le vis s’éloigner beaucoup de sa patrie, peut-être cause du danger qui le menaçait. Les animaux l’avaient en telle amitié, qu’ils le servaient et l’avertissaient. Ils le conduisaient à leurs repaires ou à leurs nids ; et, quand les hommes s’approchaient, il s’enfuyait dans leurs lieux de refuge. Il se nourrissait de fruits sauvages, d’herbes et de racines. Il n’avait pas longtemps à chercher pour cela ; car, s’il ne savait pas l’endroit où on en trouvait, les bêtes le lui indiquaient. Il portait toujours sa peau d’agneau et son petit bâton, et s’enfonçait toujours plus avant dans le désert. Quelquefois, pourtant, il se rapprochait de sa patrie. Deux fois il eut une entrevue avec ses parents, qui désiraient toujours vivement sa présence. Ils devaient savoir quelque chose les uns sur les autres par révélation ; car, quand Élisabeth ou Zacharie voulaient voir Jean, il ne manquait jamais de venir à leur rencontre de très loin.

XCII – Voyage de la sainte Famille à Mataréa. Sur les Juifs de la terre de Gessen.

Après un séjour d’à peu près dix-huit mois, Jésus ayant environ deux ans, la sainte Famille quitta Héliopolis par suite du manque d’ouvrage et de beaucoup de persécutions. Ils se dirigèrent au midi, vers Memphis. Comme ils passaient par une petite ville peu éloignée d’Héliopolis, et qu’ils se reposaient dans le vestibule d’un temple d’idole, l’idole tomba et se brisa. Elle avait une tête de boeuf, avec trois cornes ; plusieurs ouvertures étaient pratiquées dans le corps pour placer et brûler les offrandes. Il s’ensuivit un grand tumulte parmi les prêtres idolâtres, qui arrêtèrent la sainte Famille et la menacèrent, Mais l’un d’entre eux représenta aux autres qu’il valait mieux se recommander au Dieu de ces gens ; il rappela les fléaux qui avaient frappé leurs ancêtres lorsqu’ils avaient persécuté le peuple auquel ceux-ci appartenaient, notamment la mort des premiers-nés de chaque famille dans la nuit qui avait précédé la sortie de ce peuple. Sur ces observations, on laissa aller la sainte Famille sans lui faire de mal.

Ils allèrent jusqu’à Troya, endroit situé sur la rive orientale du Nil, vis-à-vis Memphis. C’était un bourg considérable, où il y avait beaucoup de boue. Ils avaient l’idée de rester là, mais on ne les reçut nulle part ; on refusa même de leur donner de l’eau à boire et quelques dattes qu’ils demandaient. Memphis était située sur l’autre rive du Nil. Le fleuve était large en cet endroit, et il y avait quelques îles. Une partie de la ville était aussi de ce côté du Nil. Il s’y trouvait, du temps de Pharaon, un grand palais avec des jardins et une haute tour, sur laquelle montait souvent la fille de Pharaon. Je vis aussi la place où Moise, enfant, avait été trouvé parmi de grands roseaux. Memphis formait comme trois villes des deux côtés du Nil ; et il semblait que Babylone, une ville placée sur la rive orientale plus en aval du fleuve, en fit aussi partie. Du reste, à l’époque de Pharaon, la contrée du Nil entre Héliopolis, Babylone et Memphis, était tellement couverte de hautes digues de pierres, de canaux et d’édifices voisins les uns des autres, que tout cet ensemble ne paraissait faire qu’une seule ville. Au temps de la sainte Famille, il y avait des séparations et de grands intervalles déserts.

Ils revinrent au nord, en descendant le cours du fleuve, dans la direction de Babylone, qui était dépeuplée, mal bâtie et fangeuse. Ils la contournèrent, passèrent entre le Nil et la ville, et firent un peu de chemin dans la direction opposée à celle qu’ils avaient d’abord prise.

Ils firent environ deux lieues le long du Nil La route était bordée ça et là de bâtisses en ruine. Il leur fallut traverser encore un canal et un petit bras du fleuve, et ils arrivèrent à un endroit dont j’ai oublié le nom ancien, mais qui, plus tard, s’appela Mataréa. Il était voisin d’Héliopolis. Cet endroit, situé sur une langue de terre . en sorte que l’eau le bordait de deux côtés, était assez dépeuple ; les habitations y étaient très dispersées et mal bâties ; elles étaient faites avec du bois de dattier et du limon desséché, et couvertes en roseaux. Joseph y trouva de l’ouvrage. Il bâtit des maisons plus solides en branches entrelacées, et construisit au-dessus des galeries où l’on pouvait se promener.

Ils se logèrent là sous une voûte sombre, dans un lieu solitaire, à peu de distance de la porte par laquelle ils étaient entrés. Joseph disposa, en outre, une construction légère en avant de cette voûte. Ici aussi, une idole, qui était dans un petit temple, tomba à leur arrivée, et, plus tard, toutes les idoles de l’endroit. Ce fut encore un prêtre qui calma le peuple en rappelant le souvenir des plaies d’Egypte. Plus tard, quand une petite communauté de Juifs et de paiens convertis se fut rassemblée autour d’eux, les prêtres leur abandonnèrent le petit temple dont l’idole était tombée à leur entrée, et saint Joseph en fit une synagogue. Il devint comme le père de la communauté et leur apprit à chanter régulièrement les psaumes, car ils avaient oublié en grande partie le culte de leurs pères.

Il y avait là quelques Juifs très pauvres, vivant dans des fosses et des trous creusés dans la terre. Dans le village juif, situé entre On et le Nil, demeuraient, au contraire, beaucoup d’Israélites qui avaient un temple à eux, mais ils étaient tombés dans l’idolâtrie ; ils avaient un veau d’or, use figure avec une tête de boeuf, et, alentour, de petites figures d’animaux ressemblant à des putois, avec de petits baldaquins au-dessus. Ce sont des animaux qui défendent l’homme contre les crocodiles (les ichneumons).

Ils avaient aussi une imitation de l’Arche d’alliance, dans laquelle étaient d’affreuses choses. Ils pratiquaient un culte abominable, qu’ils exerçaient en se livrant à toutes sortes d’impuretés dans un passage souterrain, croyant amener par là la venue du Messie. Ils étaient très endurcis, et ne voulaient pas se corriger. Plus tard plusieurs d’entre eux vinrent ici de cet endroit, qui était éloigné de deux lieues au plus. Ils ne pouvaient pas venir directement, à cause des canaux et des chaussées, mais il leur fallait faire un détour autour d’Héliopolis.

Ces Juifs, du pays de Gessen, avaient déjà fait connaissance avec la sainte Famille, lorsqu’elle était à On, et Marie faisait pour eux toutes sortes d’ouvrages de femme, comme du tricot et des broderies. Elle ne voulait pas faire des choses inutiles et des objets de luxe, mais seulement des choses d’un usage habituel et des habits qu’on mettait pour prier. Je vis des femmes lui commander des ornements à la mode, pour satisfaire leur vanité ; Marie alors les refusait, quelque besoin qu’elle eût d’avoir de l’ouvrage. Je vis aussi ces femmes lui dire des injures.

XCIII – Mataréa. Pauvreté du lieu. Oratoire de la sainte Famille.

Au commencement, leur position à Mataréa fut pénible il n’y avait là ni bois, ni eau potable ; les habitants brûlaient de l’herbe desséchée ou des roseaux. La sainte Famille ne mangeait, la plupart du temps, que des aliments froids. Joseph trouva du travail ; il mit les cabanes en meilleur état. Les gens du pays le traitaient presque comme un esclave ; ils lui donnaient ce qu’ils voulaient ; quelquefois, il recevait un salaire pour son travail, quelquefois il ne recevait rien. Les habitants étaient très peu industrieux dans la construction de leurs cabanes. Il n’y avait pas de bois en cet endroit ; je vis bien ça et là des souches, mais ils n’avaient pas d’instruments pour les façonner. La plupart n’avaient que des couteaux de pierre ou d’os. Ils extrayaient de la tourbe. Joseph avait apporté les plus indispensables de ses outils.

La sainte Famille s’installa bientôt assez bien. Joseph divisa son habitation en compartiments à l’aide de cloisons en clayonnage ; il disposa un foyer et fabriqua des escabeaux et de petites tables. Les gens du lieu prenaient leurs repas par terre.

Ils vécurent là plusieurs années, et j’ai vu des scènes des différentes années de la vie de l’Enfant-Jésus. Je vis l’endroit où il dormait. Dans le mur de la voûte où Marie prenait son repos, Joseph avait pratiqué une cavité où était la couche de Jésus. Marie dormait à côté, et je l’ai vue souvent la nuit prier à genoux devant la couche de l’enfant. Joseph dormait dans un autre endroit.

Je vis aussi un oratoire disposé par saint Joseph dans l’habitation. Il était dans un couloir séparé. Joseph et la sainte Vierge y avaient leurs places distinctes ; il y avait aussi pour l’Enfant-Jésus un petit coin où il priait debout, assis ou agenouillé. La sainte Vierge avait une espèce de petit autel devant lequel elle priait : c’était une petite table couverte en blanc et en rouge ; on la tirait comme d’un compartiment pratiqué dans le mur et qui pouvait se fermer. Il y avait dans l’enfoncement du mur une espèce de reliquaire. Je vis de petits bouquets dans des vases en forme de calice. J’y vis le bout du bâton de Joseph avec la fleur qui l’avait fait désigner dans le temple comme époux de Marie. Outre cela, Je vis une autre relique, mais je ne puis bien préciser ce c’était.

XCIV – Elisabeth conduit pour la troisième fois le petit saint Jean dans le désert.

Pendant le séjour de la sainte Famille en Egypte, le petit Jean était revenu secrètement à Juttah, chez ses parents ; car je le vis encore conduit dans le désert par Elisabeth, lorsqu’il avait quatre ou cinq ans. Zacharie n’était pas présent lorsqu’ils quittèrent la maison. Je crois qu’il était parti d’avance pour ne pas voir les adieux ; car il aimait Jean au delà de toute expression ; il lui avait pourtant donné sa bénédiction, car il bénissait toujours Élisabeth et Jean avant de se mettre en route.

Le petit Jean avait une peau de mouton qui, partant de l’épaule gauche, lui tombait sur la poitrine et les reins et se rattachait sur le côté droit. L’enfant n’avait d’autre vêtement que cette peau. Il avait des cheveux bruns, plus foncés que ceux de Jésus, et tenait encore à la main le petit bâton blanc qu’il avait pris avec lui en quittant la maison, et que je lui vis toujours porter dans le désert. Je le vis ainsi pendant que sa mère le tenait par la main. C’était une femme âgée, de grande taille, à l’allure prompte ; elle avait une petite tête et une figure agréable. Souvent il courait en avant. Il avait toute la naïveté de son âge sans en avoir la légèreté.

Ils se dirigèrent d’abord vers le nord, ayant un cours d’eau à leur droite ; je les vis ensuite traverser une petite rivière. Il n’y avait pas de pont; ils passèrent sur un radeau formé de poutres qui se trouvait là. Élisabeth, qui était une femme très décidée, le dirigeait à l’aide d’une branche d’arbre. Au delà de cette rivière, ils se dirigèrent plus au levant et entrèrent dans une gorge de rochers qui était nue et aride par en haut, mais dont le fond était couvert de buissons avec des fruits sauvages et des fraises, dont l’enfant cueillait et mangeait de temps en temps. Quand ils eurent cheminé quelque temps dans ce défilé, Élisabeth dit adieu à l’enfant ; elle le bénit, le serra contre son coeur, l’embrassa sur les deux joues et sur le front, et revint sur ses pas. Plusieurs fois elle se retourna et le regarda en pleurant. Quant à lui, il était sans inquiétude et marchait d’un pas assuré, s’enfonçant de plus en plus dans le défilé.

J’étais très malade pendant ces visions, et Dieu me fit la grâce d’assister à tout ce qui se passait comme si j’eusse été un enfant. Je croyais être une petite fille du même âge que Jean, et je m’inquiétais de le voir s’éloigner autant de sa mère. Je craignais qu’il ne pût plus retrouver la maison paternelle ; mais je fus rassurée par une voix qui me dit :  » Sois sans inquiétude ; l’enfant sait très bien ce qu’il fait « . Il me sembla que j’entrais dans le désert seule avec lui, comme avec un compagnon des jeux de mon enfance, et je vis à plusieurs reprises ce qui lui arrivait. Jean, lui-même, me raconta plusieurs détails sur sa vie dans le désert, par exemple, comment il s’y faisait violence et mortifiait ses sens de toutes les façons, comment il y devenait de plus en plus éclairé, et comment il était instruit de tout ce qui l’intéressait d’une manière extraordinaire.

Tout cela ne me surprenait pas, car déjà, dans mon enfance, lorsque je gardais notre vache, j’avais vécu intimement avec saint Jean dans le désert. Souvent, lorsque je désirais le voir, et que je m’écriais au milieu des buissons :  » Petit saint Jean, viens me trouver avec ton bâton et ta peau sur les épaules ! « , le petit saint Jean venait à moi avec son bâton et sa peau d’agneau ; nous jouions comme des enfants ; il me racontait et m’enseignait toute sorte de bonnes choses. Je n’étais pas étonnée non plus qu’il apprît tant de choses des animaux et des plantes dans le désert, car, moi aussi, pendant mon enfance, lorsque j’étais dans les bois, dans les pâturages et dans les champs, lorsque je cueillais des épis, que j’arrachais du gazon ou que je ramassais des herbes, j’étudiais comme un livre chaque feuille, chaque fleur ; tous les animaux qui passaient, tout ce qui m’entourait était pour moi une source d’enseignement. Toutes les formes, toutes les couleurs, et jusqu’à la configuration des feuilles me faisaient venir des pensées profondes, que les gens auxquels je les communiquais écoutaient avec étonnement, mais dont ils riaient la plupart du temps ; ce qui finit par m’habituer à garder le silence sur tout cela, car je pensais et je pense encore souvent qu’il en arrive autant à tous les hommes, et qu’on n’apprend mieux nulle part que dans cet alphabet que Dieu lui-même a écrit.

Lorsque dans mes contemplations postérieures je suivis de nouveau le petit saint Jean dans le désert, je vis, comme je l’avais fait antérieurement, toutes ses allures et ses actions. Je le vis jouer avec des fleurs et des animaux ; les oiseaux surtout étaient singulièrement familiers avec lui. Ils venaient se poser sur sa tête quand il marchait ou qu’il priait à genoux ; souvent il plaçait son bâton en travers sur des branches : alors les oiseaux de toutes couleurs venaient à son appel et se posaient sur son bâton à la suite les uns des autres. Il les regardait et leur parlait familièrement comme s’il leur eût fait l’école. Je le vis aussi suivre d’autres animaux dans leurs gîtes, leur donner à manger et les considérer attentivement.

XCV – Hérode fait mourir Zacharie en prison.

– Elisabeth se retire dans le désert prés de saint Jean, et y meurt.

Jean était âgé de six ans, Zacharie alla une fois au temple avec des victimes pour le sacrifice, et Elisabeth profita de son absence pour visiter son fils dans le désert. Zacharie n’y était jamais allé le voir, afin que, si Hérode l’interrogeait sur le séjour de son fils, il put répondre sans manquer à la vérité qu’il ne le connaissait pas. Mais pour satisfaire sa grande tendresse pour Jean et son ardent désir de le voir, celui-ci, plus d’une fois, vint en grand secret pendant la nuit dans la maison de ses parents et s’y arrêta quelque temps. Vraisemblablement son ange gardien l’y conduisait quand cela devait être et qu’il n’y avait pas de danger. Je le vis toujours guidé et protégé par des puissances célestes, et j’aperçus souvent près de lui des figures lumineuses qui paraissaient être des anges.

Jean était prédestiné à vivre dans la solitude, sépare du monde et privé des secours humains ordinaires pour y être élevé et instruit par l’esprit de Dieu, c’est pourquoi la Providence divine avait disposé les choses pour que des circonstances extérieures aussi le conduisissent forcément au désert. Il y était poussé d’un autre côté par son penchant naturel irrésistible ; car, dès sa plus tendre enfance, je le vis toujours solitaire et méditatif. L’Enfant-Jésus ayant été emmené en Egypte sur un avertissement divin, son précurseur Jean fut de son côté caché dans le désert. Lui aussi était menacé, car on avait beaucoup parlé de lui dans le pays dès les premiers instants de sa vie ; les merveilles de sa naissance étaient connues ; on disait l’avoir vu souvent entouré de lumière, en sorte qu’Hérode en voulait particulièrement à sa vie.

Plusieurs fois déjà Hérode avait fait interroger Zacharie sur le séjour de Jean, mais il n’avait pas jusqu’alors mis la main sur lui. Cependant, cette fois, comme Zacharie allait au temple, il fut assailli et fort maltraité par les soldats d’Hérode qui le guettaient devant la porte de Jérusalem appelée porte de Bethléhem, dans un chemin creux où l’on ne pouvait pas voir encore la ville ; ils le traînèrent dans une prison située sur le flanc de la montagne de Sion, près d’un endroit où, plus tard, je vis souvent passer les disciples de Jésus se rendant au temple. Le vieillard y souffrit beaucoup de mauvais traitements ; on le mit même à la torture pour lui faire avouer où était son fils, et, comme on ne put pas y réussir, on le mit à mort sur l’ordre d’Hérode.

Plus tard, ses amis enterrèrent son corps à peu de distance du temple. Ce n’était pas lui qui était le Zacharie tué entre le temple et l’autel, que je vis sortir des murs du temple, près de l’oratoire du vieux Siméon, quand ‘es morts apparurent, lors de la mort de Jésus-Christ. Son tombeau, qui était dans le mur, s’écroula, ainsi que plusieurs autres tombeaux cachés dans le temple. Ce Zacharie fut tué entre le temple et l’autel, à l’occasion d’une lutte sur la lignée du Messie ainsi que sur certains droits que quelques familles prétendaient avoir dans le même temple et sur les places qu’elles y occupaient. Ainsi, par exemple, toutes les familles ne pouvaient pas faire élever leurs enfants dans le temple. Je me souviens à cette occasion que j’ai vu un petit garçon, de famille royale, à ce que je crois, confié dans le temple aux soins de la prophétesse Anne. Zacharie seul périt dans cette lutte Son père s’appelait Barachias’. Je vis aussi qu’on retrouva plus tard les ossements de ne Zacharie. mais j’ai oublié les détails.

Elisabeth revint du désert à Juttah pour y attendre le retour de son mari. Jean l’accompagna une partie du chemin. Elle le bénit et le baisa sur le front, après quoi il retourna dans le désert. Elisabeth trouva chez elle la triste nouvelle du meurtre de Zacharie. Sa douleur fut si grande qu’elle ne put pas l’apaiser. Alors elle alla se réunir à Jean dans le désert, et elle y mourut peu de temps avant que la sainte Famille ne revint d’Egypte. L’Essénien du mont Horeb qui assistait le petit saint Jean, l’ensevelit dans le désert.
Jean s’y enfonça davantage, s’éloignant de plus en plus de la maison paternelle. Il quitta le défilé de rochers pour un pays plus ouvert, et je le vis arriver près d’un petit lac. Il y avait là beaucoup de sable blanc ; la rive était plate, et je le vis s’avancer assez loin dans l’eau, pendant que les poissons nageaient sans crainte autour de lui. Il demeura longtemps dans cet endroit, et je le vis s’y faire dans les broussailles une cabane de branches entrelacées, où il passait la nuit. Elle était très basse et tout juste assez grande pour qu’il pût s’y coucher pour dormir. Là et ailleurs, je vis souvent près de lui des figures lumineuses d’anges avec lesquels il conversait humblement, mais sans crainte et avec une piété naive. Ils semblaient l’instruire et lui faire remarquer différentes choses Je vis aussi une petite traverse à son bâton, qui avait ainsi la forme d’une croix. Il y avait attaché une bandelette d’écorce semblable à une petite flamme : elle flottait au vent, et il jouait avec.

Lorsque la soeur parla du meurtre de ce Zacharie entre le temple et l’autel, et de la querelle qui y donna lieu, elle luttait contre le sommeil extatique, et elle ne s’exprima pas très clairement sur ce point.

La maison paternelle de Jean à Juttah était alors habitée par une fille de la soeur d’Elisabeth. C’était une maison bien ordonnée. Jean, devenu plus grand, y vint encore une fois en secret ; puis il retourna dans le désert jusqu’au moment où il parut parmi les hommes.

A Mataréa aussi, où les habitants n’avaient d’autre eau que l’eau trouble du Nil, Marie, en priant, trouva une fontaine. Ils souffrirent d’abord de grandes privations, n’ayant que des fruits à manger et de mauvaise eau à boire. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient eu de bonne eau, et Joseph voulait aller avec ses outils et son âne en chercher dans le désert. À la fontaine du Jardin de baume, lorsque la sainte Vierge, étant en prière, vit un ange qui lui dit qu’elle trouverait une source derrière sa demeure. Je la vis aller de l’autre côté du mur où était son habitation, jusqu’à un espace libre placé plus bas, parmi des décombres où se trouvait un vieil arbre très gros. Elle avait à la main un bâton au bout duquel était une petite pelle, comme en portent souvent dans ce pays les gens qui voyagent.

Elle courut toute joyeuse appeler Joseph, qui découvrit en creusant qu’il y avait eu là autrefois une fontaine avec un revêtement en maçonnerie, et qu’elle n’était que bouchée et encombrée. Il la dégagea et la restaura à merveille. Il y avait prés de cette fontaine, du côté par où Marie était venue, une grande pierre assez semblable à un autel, et je crois bien qu’en effet ç’avait été autrefois un autel, mais j’ai oublié ce qui s’y rapportait.

Ce fut là que la sainte Vierge lava et fit sécher au soleil les vêtements et les linges de l’Enfant-Jésus. Cette fontaine resta inconnue et fut exclusivement à l’usage de la sainte Famille jusqu’au temps où Jésus fut assez grand pour rendre divers petits services, comme de puiser de l’eau pour sa mère. Je le vis une fois amener d’autres enfants à la fontaine, et leur donner à boire dans le creux d’une grande feuille. Les enfants ayant raconté cela à leurs parents, d’autres personnes, vinrent à la source, qui pourtant resta principalement à l’usage des Juifs.

Un jour que Marie priait à genoux sur la route où elle habitait, je vis Jésus se glisser jusqu’à la fontaine avec une outre, et y puiser de l’eau ; c’était la première fois. Marie fut profondément émue lorsqu’elle le vit revenir, et, toujours agenouillée, elle le pria de ne plus faire cela, pour ne pas courir le risque de tomber dans l’eau. Jésus lui dit qu’il prendrait garde, mais qu’il désirait puiser de l’eau pour elle toutes les fois qu’elle en aurait besoin.

Le petit Jésus rendait à ses parents des services de toute espèce, et il se montrait très attentif et très soigneux. Ainsi je le voyais, quand Joseph ne travaillait pas trop loin de la maison, lui porter l’outil qu’il pouvait avoir oublié. Il faisait attention à tout. Je crois que la joie qu’il leur donnait compensait, et bien au delà, tout ce qu’ils avaient à souffrir. Je vis aussi plus d’une fois Jésus aller au village des Juifs, qui était bien à un mille de Mataréa, chercher le pain qu’on donnait à sa mère en échange de son travail. Les vilaines bêtes qui se rencontrent fréquemment dans ce pays ne lui faisaient pas de mal et se montraient familières avec lui. Je le vis jouer avec des serpents.

La première fois qu’il alla seul au village des Juifs (je ne sais plus bien si c’était dans sa cinquième ou dans sa septième année), il portait une petite robe brune bordée de fleurs jaunes que la sainte Vierge lui avait faite. Je vis qu’il s’agenouilla pour prier sur le chemin, et que deux anges lui apparurent et lui annoncèrent la mort d’Hérode. Il ne le dit pas à ses parents ; je ne sais si ce fut par humilité, ou parce que les anges lui dirent de n’en rien faire, ou bien encore parce qu’il savait qu’ils ne devaient pas encore quitter l’Égypte. Je le vis une autre fois aller au village en question avec d’autres enfants juifs, et, lorsqu’il revint à la maison, pleurer amèrement sur l’état de dégradation où étaient tombés les Israélites qui habitaient ce lieu.

XCVI – La fontaine de Mataréa. Job y avait habité avant Abraham. Détails sur ce patriarche.

La fontaine de Mataréa ne devait pas son origine à la sainte Vierge ; elle avait seulement jailli de nouveau. Elle était cachée sous les décombres et revêtue de maçonnerie à l’intérieur. Je vis que Job avait été en Egypte avant Abraham, et avait habité en ce lieu. Il avait trouvé la fontaine et sacrifié sur la grosse pierre qui était là. Job était le plus jeune de treize frères. Son père était un grand chef de tribu à l’époque où fut bâtie la tour de Babel. Ce père de Job avait un frère duquel descendait la famille d’Abraham. Les descendants de ces deux frères se mariaient le plus souvent entre eux. La première femme de Job était de la race de Phaleg ; lorsqu’après plusieurs aventures il alla habiter sa troisième demeure, il avait épousé trois autres femmes de la famille de Phaleg. L’une d’elles lui donna un fils, dont la fille se maria encore dans la famille de Phaleg, et mit au monde la mère d’Abraham. Job était donc le bisaïeul de la mère d’Abraham.

Le père de Job s’appelait Joctan il était fils d’Héber et habitait au nord de la mer Caspienne, auprès d’une chaîne de montagnes, où il fait chaud sur l’un des versants, tandis que l’autre côté est froid et couvert de glace. Il y avait des éléphants dans ce pays. L’endroit où Job alla d’abord, et où il s’établit avec sa famille, n’aurait pas convenu aux éléphants ; c’était une contrée très marécageuse. Ce pays était situé au nord d’une chaîne de montagnes située entre deux mers, dont la plus occidentale était aussi, avant le déluge, une haute chaîne de montagnes ‘, où habitaient de mauvais esprits qui possédaient les hommes.

Il est remarquable que, dans une autre occasion, elle raconta qu’à la Place de la mer Noire il y avait eu, avant le déluge, une haute chaîne de montagnes hantée par de mauvais esprits. Comme elle avait dit cela une autre fois de la mer Noire, il est vraisemblable que par la chaîne de montagnes derrière laquelle était le premier séjour de Job elle désignait le Caucase, qui est entre la mer Noire et la mer Caspienne.

Il y avait là une contrée stérile et marécageuse ; je crois qu’elle est habitée maintenant par un peuple qui a de petits yeux, le nez épaté et les pommettes saillantes. Ce fut là que Job subit sa première épreuve. Il alla ensuite plus au midi, vers le Caucase, et commença un nouvel établissement De là Job fit un voyage en Egypte, où dominaient alors des rois étrangers, appartenant à des peuples pasteurs venus de son pays. L’un d’eux était de la contrée de Job, l’autre venait du pays le plus éloigné habité par les trois rois. Ils n’étaient maîtres que d’une partie de l’Égypte, et furent chassés plus tard par un roi égyptien. Il y avait une grande quantité de ces pasteurs réunis devant une ville où ils s’étaient établis.

Le roi de ces pasteurs, compatriotes de Job, désirait, pour son fils, une femme de la race voisine du Caucase dont il était issu, et Job, accompagné d’un nombreux cortège, conduisit en Égypte cette fiancée royale, qui était sa parente. Il avait avec lui trente chameaux, de nombreux présents et une grande quantité de serviteurs. Il était encore jeune ; c’était un grand homme avec un teint d’un brun jaunâtre, mais agréable, et des cheveux tirant sur le roux. Les habitants de l’Egypte étaient d’un brun sale. Ce pays n’était pas encore très peuplé ; il y avait seulement ça et la de grandes populations agglomérées. On n’y voyait pas encore non plus tous ces grands édifices, qu’on ne commença à construire qu’à l’époque des enfants d’Israel.

Le roi rendit de grands honneurs à Job et ne voulut pas le laisser partir. Il désirait beaucoup qu’il vînt s’établit là avec toute sa tribu. Il 1ui assigna pour séjour la ville où demeura plus tard la sainte Famille, et qui était alors toute différente. Il resta cinq ans en Egypte. Je vis qu’il avait habité à l’endroit même où habita dans la suite la sainte Famille, et que la fontaine dont il a été question lui fut montrée par Dieu. Il sacrifia aussi sur la grosse pierre dont j’ai parlé.

Job était un gentil, mais c’était un homme juste. Il connaissait le vrai Dieu et l’adorait comme son créateur, en contemplant la nature, les astres et la lumière. Il aimait à s’entretenir avec Dieu de ses oeuvres merveilleuses. Il n’adorait pas d’affreuses images d’animaux comme le faisaient les peuples d’alors. Il avait imaginé une représentation du vrai Dieu : c’était une petite figure humaine, avec des rayons autour de la tête, et aussi avec des ailes, à ce que je crois. Elle avait les mains jointes sur la poitrine et portant un globe, au-dessus duquel était figuré un navire voguant sur les flots. C’était peut-être une représentation du déluge. Dans l’exercice de son culte, il brûlait des grains devant cette image. De petites figures du même genre furent introduites plus tard en Égypte, elles étaient assises comme dans une chaire surmontée d’une espèce de dais.

Job trouva dans cette ville un abominable culte, lequel se rattachait aux superstitions idolâtriques qui avaient présidé à la construction de la tour de Babel. Les habitants avaient une idole avec une tête de boeuf, très large, terminée en pointe et comme relevée en l’air ; sa bouche était ouverte et ses cornes tournées en bas. Cette idole était creuse ; on allumait du feu dans l’intérieur, et on mettait des enfants vivants entre ses bras brûlants. Je vis tirer quelque chose des ouvertures pratiquées dans le corps.

Les gens de ce pays étaient très cruels ; la contrée était pleine d’affreux animaux. On voyait voler en grandes troupes des bêtes noires dont il semblait sortir du feu. Elles empoisonnaient tout, et les arbres sur lesquels elles s’étaient posées se desséchaient. Je vis aussi des animaux qui avaient les pattes de derrière très longues et celles de devant plus courtes, comme les taupes ; ils pouvaient sauter d’un toit sur un autre. Il y avait aussi d’horribles bêtes qui se glissaient entre les pierres et dans trous ; elles enlaçaient les hommes et les étouffaient.

Dans le Nil, je vis un énorme animal avec d’affreuses dents et de gros pieds noirs ; il était de la taille d’un cheval, et avait aussi quelque chose du cochon. Je vis encore d’autres affreux animaux Mais le peuple était encore plus abominable, et Job, que j’avais vu délivrer son pays des bêtes malfaisantes par ses prières, avait une telle aversion pour ces hommes impies, qu’il éclatait souvent en plaintes contre ceux qui l’accompagnaient ; il aimait mieux vivre avec ces méchants animaux qu’avec les habitants du pays.

Je le voyais souvent aussi se tourner vers l’Orient, et jeter des regards pleins de désirs vers sa patrie, qui était au midi du pays le plus éloigné habité par les trois rois. Il vit des figures prophétiques de l’arrivée des enfants d’Israël en Egypte et en général du salut du genre humain, ainsi que des épreuves qui lui étaient réservées il ne se laissa pas persuader de rester dans ce pays, et au bout de cinq ans il quitta l’Egypte avec sa suite.

Dans l’intervalle des rudes épreuves qu’il eut à subir, il eut d’abord neuf ans, puis sept ans, puis encore douze ans de repos. Ces paroles du livre de Job  » Et comme le messager de malheur parlait encore « , sont équivalentes à celles-ci :  » Ce malheur qu’il avait eu était encore dans la bouche du peuple lorsque le suivant le frappa « . Il subit ses épreuves dans trois pays différents. La dernière, qui fut suivie du rétablissement de sa prospérité, lui arriva lorsqu’il vivait dans un pays de plaines, situé à l’orient de Jéricho. Ce pays produisait de l’encens et de la myrrhe ; il y avait aussi une mine d’or et on y travaillait les métaux.

Dans une autre occasion, je vis encore beaucoup de choses relativement à Job. Je ne dirai maintenant que ce qui suit. Deux serviteurs affidés, qui étaient comme des intendants, recueillirent de sa bouche son histoire et ses entretiens avec Dieu ils s’appelaient Haï et Uis ou Ois. 1

L’écrivain entendit dire, en 1835, que le père de la race arménienne s’appelait ainsi.

Cette histoire fut religieusement conservée par ses descendants. Elle fut transmise de génération en génération jusqu’à Abraham et à ses fils. On la faisait servir à l’instruction de la jeunesse. Elle vint en Égypte avec les enfants d’Israël. Moise en fit comme un abrégé pour consoler les Israélites sous l’oppression des Egyptiens et pendant leur séjour dans le désert. Elle était auparavant beaucoup plus longue, et il y avait bien des choses qu’ils n’auraient pas comprises. Salomon la remania à son tour, et elle devint ainsi un livre de piété, rempli de la sagesse de Job, de Moise et de Salomon. Il était difficile d’y retrouver l’histoire véritable de Job, car on y introduisit des noms de lieux et de peuples plus voisins de la terre de Chanaan. On crut que Job était un Iduméen, parce que le pays où il avait vécu en dernier lieu fut, longtemps après sa mort, habité par les descendants d’Esau ou Edom. Job pouvait vivre encore à l’époque de la naissance d’Abraham.

XCVII – La fontaine de Mataréa. Séjour que fit Abraham en ce lieu. Détails sur la fontaine jusque dans les temps chrétiens.

Abraham, lors de son séjour en Egypte, planta aussi ses tentes près de cette fontaine, et je l’y vis instruire le peuple ‘.

Flav. Josephus, lib. I, Anthquitat. Iud., et d’autres écrivains, disent qu’Abraham enseigna aux Egyptiens l’arithmétique et l’astronomie.

Il résida là plusieurs années avec Sara et plusieurs fils et filles dont les mères étaient restées en Chaldée. Son frère Loth fut aussi dans ce pays avec sa famille. Je ne sais plus quel était le lieu de leur résidence. Abraham alla en Egypte par l’ordre de Dieu, la première fois à cause d’une grande famine dans la terre de Chanaan, et la seconde fois pour y recouvrer un trésor de famille qu’une nièce de la mère de Sara y avait porté. Cette femme appartenait à la tribu des peuples pasteurs qui étaient de la même race que Job et qui avaient dominé précédemment sur une partie de l’Égypte ; elle était venue chez eux comme servante et elle avait ensuite épousé un Egyptien. Il sortit d’elle une tribu dont j’ai oublié le nom. Une de ses filles était Agar, la mère d’Ismael, qui était par conséquent de la même race que Sara’.

La soeur, dans une autre occasion, dit à propos d’Agar :  » Elle était de la race de Sara, et celle-ci, étant stérile, la donna pour femme a Abraham, et dit qu’eue voulait revivre en elle, qu’elle voulait avoir par elle de la postérité. Elle se considérait comme ne faisant qu’un avec toutes les femmes de son sang ; c’était pour elle comme une souche féminine qui avait plusieurs rejetons. Agar était un vaisseau, une fleur de sa souche, et elle espérait avoir par elle un fruit de sa lignée. Tout était alors comme une seule tige sur Laquelle une même sève produisait les fleurs.

Cette femme avait enlevé un trésor de famille, comme Rachel déroba plus tard les dieux de Laban, et elle l’avait vendu en Egypte pour une grosse somme d’argent. Il était ainsi venu en la possession du roi et des prêtres du pays. C’était un registre généalogique des enfants de Noé, et en particulier des descendants de Sem jusqu’à l’époque d’Abraham, formé de pièces d’or triangulaires attachées ensemble. C’était fait comme une balance avec ses cordons. Les plaques triangulaires étaient enfilées ensemble avec d’autres qui indiquaient les branches latérales. Sur les plaques étaient gravés les noms des membres de la famille, et toutes ses séries, partant du milieu d’un couvercle, se réunissaient dans le plateau de la balance quand on abaissait le couvercle par-dessus. La balance se fermait ainsi comme une boite. Les plaques principales étaient épaisses et jaunes ; celles qui étaient dans les intervalles étaient minces et blanches ; elles semblaient être d’argent. J’ai aussi entendu dire combien tout cela pesait de sicles ; ce qui indiquait une certaine somme. Les prêtres d’Egypte avaient rattaché divers calculs à cet arbre généalogique ; mais leurs éternelles supputations n’étaient pas conformes à la vérité.

Quand Abraham vint dans le pays, ils apprirent quelque chose sur lui par leurs observateurs des astres et leurs magiciennes ; ils surent notamment qu’il était d’une très noble souche, ainsi que sa femme, et que d’eux devait sortir une postérité élue. Dans leurs divinations, ils cherchaient toujours à connaître les lignées les plus nobles, afin de s’allier avec elles par des mariages. Satan y introduisait par là la cruauté et la débauche, afin de dégrader les races pures.

Abraham, qui craignait que les Egyptiens ne le fissent mourir à cause de la beauté de sa femme, l’avait fait passer pour sa soeur, et ce n’était pas un mensonge, car elle était sa soeur consanguine, étant fille de son père Tharé, qui l’avait eue d’une autre mère (Genes., XX, 12). Le roi fit amener Sara dans sa résidence, et il voulut la prendre pour femme. Tous deux furent très affligés ; ils prièrent Dieu de les secourir, et Dieu punit le roi. Toutes ses épouses et la plupart des femmes de la ville tombèrent malades. Le roi effrayé en rechercha la cause, et, ayant appris que Sara était l’épouse d’Abraham, il la lui rendit, en le priant de quitter l’Egypte aussitôt que possible, car il avait reconnu que les dieux les protégeaient.

Les Égyptiens étaient un peuple très singulier. D’une part, ils étaient très orgueilleux et se regardaient comme les plus grands et les plus sages des hommes ; mais, d’un autre côté, ils étaient incroyablement lâches et rampants, et ils cédaient promptement quand ils craignaient de rencontrer une force supérieure à la leur. Cela venait de ce qu’ils n’étaient pas très assurés de leur science, et qu’ils ne connaissaient la plupart des choses que par des divinations obscures et équivoques, par lesquelles pouvaient leur être annoncées toutes sortes de résultats compliqués et contradictoires. Comme ils voyaient le merveilleux partout, ils s’effrayaient promptement lorsque l’événement ne répondait pas à leur attente.

Abraham s’était présenté très humblement au roi pour lui demander du blé. Il s’était adressé à lui comme à un père des peuples, et il avait gagné par là ses bonnes grâces, en sorte que celui-ci lui fit beaucoup de présents. Quand il lui rendit Sara et le pria de quitter le pays, Abraham répondit qu’il ne le pouvait pas avant d’avoir recouvré cet arbre généalogique qui lui appartenait, et raconta de quelle manière il avait été porté en Égypte. Le roi assembla alors les prêtres, et ils consentirent à rendre à Abraham ce qui lui appartenait, mais ils le prièrent de leur en laisser prendre copie, ce qui eut lieu en effet. Alors Abraham s’en retourna avec sa suite dans le pays de Chanaan.

J’ai vu encore beaucoup de choses relatives à la fontaine de Mataréa jusqu’à notre époque. Je ne me souviens que de ce qui suit : Déjà à l’époque de la sainte Famille, les lépreux faisaient usage de son eau comme ayant une vertu particulière. Dans un temps très postérieur, lorsque déjà on avait élevé sur l’habitation de Marie une petite église chrétienne, avec une entrée près du maître autel pour descendre dans le caveau où avait longtemps demeuré la sainte Famille, je vis la fontaine entourée d’habitations, et son eau employée comme remède contre différentes espèces de lèpre. Je vis aussi des gens qui s’y baignaient pour être délivrés de certaines maladies de peau. Cela avait encore lieu lorsque les Mahométans furent maîtres du pays. Je vis aussi les Turcs entretenir une lampe toujours allumée dans l’église qui avait servi de demeure à Marie. Ils craignaient qu’il ne leur arrivât malheur s’ils négligeaient de l’entretenir. Dans les temps modernes, Je vis la source dans la solitude et à une assez grande distance des habitations. Il n’y avait plus de ville en cet endroit, et divers fruits sauvages croissaient alentour.

XCVIII – Retour d’Egypte. Un ange avertit Joseph de quitter ce pays.

– Départ de la sainte Famille. Séjour de trois mois à Gaza.

Je vis la sainte Famille quitter l’Egypte. Hérode était mort depuis assez longtemps ; mais ils ne pouvaient encore revenir parce qu’il y avait toujours du danger. Le séjour de l’Egypte devenait de plus en plus pénible pour saint Joseph. Les gens du pays pratiquaient un horrible culte idolâtrique : ils sacrifiaient des enfants mal venus, et ceux qui en sacrifiaient de bien conformés croyaient faire preuve d’une grande piété. Ils avaient en outre un culte secret plein d’impuretés ; les Juifs mêmes du pays étaient infectés de ces abominations. Ils avaient un temple qu’ils disaient être comme celui de Salomon ; mais c’était une vanterie ridicule, car il était tout différent. Ils avaient une imitation de l’Arche d’alliance, dans laquelle étaient des figures obscènes, et ils se livraient à de détestables pratiques. Ils ne chantaient plus de psaumes. Joseph avait établi un ordre parfait dans l’école de Mataréa. Le prêtre égyptien qui, lors de la chute des idoles dans la petite ville voisine d’Héliopolis, avait parlé en faveur de la sainte Famille, était venu là avec plusieurs personnes et s’était réuni à la communauté juive.

Je vis saint Joseph occupé de son travail de charpentier. Lorsque vint l’heure où il devait le cesser, il parut très triste, car on ne lui donnait pas son salaire, et il n’avait rien à rapporter à la maison, où l’on souffrait pourtant de grandes privations. Accablé de soucis, il s’agenouilla en plein air, exposa à Dieu sa détresse et le pria de venir à son secours. Je vis la nuit suivante un ange lui apparaître en songe et lui dire que ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant étaient morts, qu’il devait se lever et faire ses dispositions pour revenir dans sa patrie par la route la plus fréquentée. Il l’exhortait à ne rien craindre parce qu’il serait à ses côtés. Je vis saint Joseph faire connaître cet ordre de Dieu à la sainte Vierge et à l’Enfant-Jésus. Ils obéirent aussitôt et firent leurs préparatifs de voyage avec la même promptitude qu’ils les avaient faits lorsqu’ils avaient reçu l’ordre de s’enfuir en Egypte.

Le lendemain matin, quand on connut leur projet, beaucoup de gens, très attristés de leur départ, vinrent prendre congé d’eux et leur apportèrent des présents de toute espèce dans de petits vases d’écorce. Ces gens étaient sincèrement affligés : il y avait parmi eux quelques Juifs, mais la plupart étaient des paiens convertis. Les Israélites établis dans ce pays étaient, pour la plupart, tellement tombes dans l’idolâtrie, qu’ils n’étaient presque plus reconnaissables. Il y avait aussi des hommes qui voyaient avec joie le départ de la sainte Famille, car ils les regardaient comme des magiciens, qui avaient à leur service les plus puissants d’entre les mauvais esprits.

Je vis parmi les braves gens qui leur portaient des pré0ents des mères avec leurs enfants qui avaient été les compagnons de Jésus, et spécialement une femme de distinction de cette ville, ayant avec elle un petit garçon, qu’elle avait coutume d’appeler le fils de Marie ; car cette femme avait longtemps désiré en vain d’avoir des enfants, et c’était à la prière de la sainte Vierge que Dieu lui avait accordé ce petit garçon. Elle s’appelait Mira et son fils Déodatus. Je la vis donner de l’argent à l’Enfant-Jésus. C’étaient de petites pièces triangulaires, jaunes, blanches et brunes. Jésus, en les recevant, regarda sa mère.

Quand Joseph eut chargé sur l’âne leurs effets les plus nécessaires, ils se mirent en route accompagnés de ces amis. C’était le même âne que Marie avait monté en allant à Bethléhem. Pour la fuite en Égypte, ils avaient emmené en outre une ânesse ; mais Joseph l’avait vendue dans un moment de détresse.

Ils passèrent entre Héliopolis et le village juif, et se détournèrent un peu au midi, vers la source qui avait jailli à la prière de Marie avant leur première arrivée à Héliopolis ou On. Tout, dans ce lieu, s’était recouvert d’une belle verdure. Le ruisseau coulait autour d’un jardin carré, bordé de baumiers. Ce lieu, où il y avait une entrée, était à peu prés grand comme est ici le manège du duc’. Il était plein de jeunes arbres fruitiers, de dattiers, de sycomores, etc.

1) Elle voulait parler du duc de Croy, seigneur de Dulmen.

Les baumiers étaient à peu près grands comme des ceps de vigne de moyenne taille. Joseph avait fait de petits vases d’écorce d’arbre. Ils étaient enduits de poix à certaines places, du reste bien polis et d’une forme élégante. Il faisait souvent, dans les haltes du voyage, de semblables vases destinés à différents usages. Il arracha aux petites branches rougeâtres des baumiers leurs feuilles semblables à des feuilles de trèfle ; il y suspendit de ces petits vases d’écorce pour recueillir le baume qui en découlait, et ils l’emportèrent avec eux pour le voyage. Ceux qui les avaient accompagnés leur firent des adieux touchants. Pour eux, ils s’arrêtèrent là quelques heures. La sainte Vierge lava et fit sécher quelques effets. Ils se reposèrent au bord de l’eau et remplirent leur outre ; puis ils continuèrent leur voyage par la route la plus fréquentée.

Je les vis plusieurs fois pendant ce voyage, où ils ne coururent aucun danger. L’Enfant-Jésus, Marie et Joseph avaient sur la tête, pour se garantir du soleil, une large pièce d’écorce très mince, assujettie sous le menton avec un linge. Jésus avait sa petite robe brune et des chaussures d’écorce que Joseph lui avait fabriquées : elles couvraient les pieds à moitié. Marie n’avait que des sandales. Je les vis souvent inquiets parce que l’Enfant Jésus avait peine à marcher dans le sable brûlant. Je les vis plusieurs fois s’arrêter et ôter le sable de ses chaussures. Ils le faisaient fréquemment monter sur l’âne pour le soulager.

Je les vis traverser plusieurs villes et passer près de quelques autres. Les noms m’ont échappé ; je me souviens pourtant du nom de Ramessès. Ils traversèrent un cours d’eau qu’ils avaient déjà traversé en venant. Il allait de la mer Rouge au Nil.

Joseph ne voulait pas revenir à Nazareth, mais s’établir à Bethléhem, sa patrie ; cependant il était indécis, parce qu’il avait appris dans la terre promise que la Judée était gouvernée par Archélaus, qui était aussi très cruel.

Je vis que la sainte Famille, arrivée à Gaza, y séjourna trois mois. Beaucoup de paiens habitaient cette ville. Un ange lui apparut de nouveau en songe, et lui ordonna de retourner à Nazareth, ce qu’il fit aussitôt. Anne vivait encore. Elle connaissait le séjour de la sainte Famille, ainsi que quelques-uns de ses parents.

Le retour d’Égypte eut lieu en septembre. Jésus était âgé de huit ans moins trois semaines.

A suivre …

Les notes précédées de la mention NDM sont des Notes de Miléna, les autres notes font partie de la version originale.

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