Gnostiques et Rose-Croix Le Mystère JESUS

La Vengeresse Gnostique : Marie madeleine ou la déesse Sophia

Par John Lash

Traduction par Dominique Guillet

Jésus et Madeleine dans le Monde Païen

L’importance exceptionnelle de Marie Madeleine pour les Gnostiques non-Chrétiens provint de son identification avec la Sophia déchue, la prostituée sacrée, la Putain de Sagesse.

“Le disciple que Jésus aimait” n’était probablement pas Jean Le Divin, auteur de l’Evangile de Jean et de l’Apocalypse, mais une femme diversement appelée Marie, Mariam, Myriam. Elle n’est pas l’incarnation de l’Eon Sophia mais elle un reflet humain assez fidèle de la divinité. En termes Gnostiques, elle est la personnification d’une instructrice accomplie des Ecoles de Mystères, une initiée qui connaissait les secrets du cosmos et de la psyché aussi profondément que tout homme.

La contrepartie mâle de Madeleine, Jésus, n’est pas non plus l’incarnation humaine de l’Eon Christos.

Dans la théologie Gnostique, il n’existe pas de telle incarnation. Jésus était, tout comme Madeleine, un phoster ou personne illuminée, pleinement humaine et pleinement mortelle. Ensemble, ces deux personnages auraient constitué un couple non marié sans enfants, car les gardiens Gnostiques des Mystères – qui se nommaient eux-même des telestai, ceux qui sont tendus vers un but – rejetaient la procréation comme un esclavage à des obligations sociales fondées sur des impulsions biologiques inconscientes.

Ils auraient accordé plus de valeur à la consécration partagée de leur travail dans les Mystères qu’à l’institution mondaine du mariage. C’est du moins ainsi que l’on pourrait imaginer ce couple si l’on devait reconstruire un scénario fondé sur des éléments non-Chrétiens des Codex de Nag Hammadi.

Des illustrations authentiques des Gnostiques et des instructeurs des Mystères n’existent pas du tout, en raison principalement du fait que les initiés se vouaient à l’anonymat. Cela allait à l’encontre de leur code de consécration altruiste de permettre qu’ils fussent dépeints d’une façon quelconque qui pût favoriser un culte de la personnalité. Néanmoins, les traditions antiques préservent quelque reconnaissance de la figure initiatique. Marie Madeleine est souvent dépeinte lisant un ouvrage afin d’indiquer que les Gnostiques étaient des intellectuels et des instructeurs qui enseignaient l’alphabétisation et préservaient le niveau élevé de la culture du monde pré-Chrétien. ( Madeleine lisant par Roger van der Weyden. 1435).

Le Christ et Christos

Ainsi que je l’ai déjà souligné, par ailleurs sur ce site, la différence entre le Christos des Mystères Païens et le “Christ” requiert une élucidation attentive, et plus particulièrement dans la mesure où cela influe sur le personnage de la contrepartie de Jésus, Marie Madeleine.

Le Christ est un icône idéologique inventé par Paul sur la base du messie Zaddikite de la Mer Morte.

En tant que tel, le terme caractérise un être surhumain qui, assumant la forme de l’homme mortel Jésus, façonne l’idéal le plus élevé de l’humanité.

L’hybride Jésus/Christ est la figure centrale du culte Romain du rédemptionnisme.

Le Christ représente donc le paradigme d’une rédemption effectuée par un porteur humain mais avec la présence d’un élément supra-humain.

Peu de Chrétiens comprennent que l’élément supra-humain, la puissance derrière le Christ, est Melchisédech, le contremaître sinistre, de nature quasi clonique, des Zaddikim; mais c’est exactement ce qu’affirme Paul dans Hébreux 6:20.

Il constitue le point de focalisation du complexe du rédempteur Palestinien qui est exhaustivement explicité dans mon ouvrage « Pas en Son Image ». Dans le glossaire, j’offre ces définitions contrastées: Christ: (de Christos, “l’oint”, une traduction Grecque du mashiash Hébreu, du messie).

Dans la théologie Chrétienne “le fils unique engendré de Dieu” qui prend une forme humaine pour entrer dans l’histoire et sauver l’humanité du péché. Figure centrale du complexe du rédempteur. Dit s’être incarné uniquement dans la personne historique appelée Jésus de Nazareth; d’où l’hybride humain/divin, Jésus/Christ. Considéré par les dévots comme le modèle ultime de l’humanité et le siège de la dignité humaine. Le bouc émissaire divin.

Christos: (du Grec, “l’oint”). Dans le langage des Mystères, une divinité de la matrice galactique (le Plérome) qui s’unit avec Sophia pour configurer la singularité de la potentialité humaine et qui intercède, ultérieurement, pour assister Sophia dans l’organisation de la vie animale de la biosphère (l’intercession Christique). Ne s’incarne pas sous une forme humaine mais peut assumer une apparence humanoïde dans le Mesotes. (Matrice des Animaux de Pouvoir)

Ces définitions mettent en exergue non seulement un contraste pointilleux de termes mais une collision profonde entre deux paradigmes. Le Christos Gnostique n’est ni un sauveur divin ni, sous un déguisement humain, le modèle suprême de l’humanité.

Dans la forme humanoïde du Mesotes, cette entité est une sorte de guide intérieur ou de boussole intérieure spirituelle.

Paul prêcha que “le Christ en nous” est une présence supra-humaine qui est porteuse de notre sens de l’humanité alors que les Gnostiques enseignèrent que notre sens de l’humanité doit être acquis grâce à une reconnaissance intellectuelle et empathique de l’Anthropos, l’espèce humaine. Dans « Pas en Son Image », j’appelle cette reconnaissance la “connexion soi-espèces” (chapitre 23).

La différence entre le Christos Gnostique et le Christ implique une vaste divergence de vues concernant la manière dont nous sentons “une présence spirituelle” dans nos vies personnelles et la manière dont nous identifions cette présence avec notre sens inné d’humanité.

Tolérance Païenne

En termes Gnostiques, la figure de Madeleine est indissociable de notre sens intérieur de l’humanité.

Elle constitue une présence obsédante et insaisissable dans les Evangiles conventionnels alors que dans les écrits Gnostiques, l’épanouissement de sa stature authentique se manifeste dans toute sa plénitude. Madeleine est présente dans les dialogues d’une demi-douzaine de traités de Nag Hammadi; elle tient littéralement le rôle principal dans la Pistis Sophia (un traité hors Nag Hammadi): et l’Evangile de Marie lui est attribué. Ce dernier est un récit fragmentaire avec seulement 8 pages qui ont survécu sur 18. Il se trouve dans le Codex de Berlin (BG 8502) et ne fait donc pas partie des Codex de Nag Hammadi mais il est inclus dans le Canon et constitue le dernier texte dans l’édition en Anglais des Codex.

Beaucoup de choses ont été dites à propos de l’Evangile de Marie mais peu, de ce qui est couramment écrit, pénètre au coeur Gnostique de sa nature. Il est regrettable que les paroles attribuées à Madeleine dans l’Evangile de Marie fournissent encore une occasion, aux érudits du Gnosticisme, de légitimer le Christianisme et de mépriser les enseignements Gnostiques originels.

Dans son ouvrage “L’Evangile de Marie de Magdala”, sous-titré “Jésus et la Première Femme Apôtre”, l’érudite du Gnosticisme, Karen King, affirme que “la norme du Christianisme était la diversité théologique”. Cette affirmation est destinée à louer la communauté Chrétienne primitive et à mettre en valeur les Chrétiens d’aujourd’hui. Dans la vision de King, les croyants modernes peuvent se féliciter sachant que leur système de croyances émergea d’une riche diversité de vues plutôt que d’un dogme totalitaire. Son point de vue encourage les Chrétiens modernes à être ouverts d’esprit et tolérants vis à vis des différentes interprétations de la Foi.

Mais les preuves historiques, que King utilise pour valider sa thèse, démontrent qu’au milieu du 4 ème siècle, le Christianisme était si piètrement défini et si pauvrement appréhendé, par ceux qui l’embrassaient, que c’est une malhonnêteté intellectuelle que de le dénommer ainsi. Les dévots ne s’entendaient même pas sur le nom à donner à leur sauveur, Chrestos ou Christos.

King est explicite: “Comme nous l’avons souligné, de façon répétée, à l’époque où l’Evangile de Marie fut rédigé, le Christianisme ne possédait ni credo, ni canon et ni structure de hiérarchie reconnus.” C’est exactement cela: il n’existait pas de Christianisme dogmatique dans la diversité des sectes primitives mais le Christianisme, comme tel, n’est signifiant qu’en terme des dogmes qui le définissent.

King implique que la diversité formatrice de la Foi, incluant les versions Gnostiques du programme rédemptionniste, est à mettre au crédit de l’esprit ouvert et empreint de compassion des premiers Chrétiens, ou proto-Chrétiens. C’est un stratagème astucieux mais complètement fourvoyant. Le Professeur King nie que le pluralisme qu’elle encense durant les premiers siècles de l’Ere Commune résultait entièrement de la tolérance Païenne, qui allait être bientôt éradiquée lorsque les Chrétiens auto-proclamés en vinrent finalement à définir leur credo, leur canon et leur structure hiérarchique!

“La complexité et l’abondance des premières conceptions Chrétiennes”, selon King de nouveau, étaient assurément impressionnantes mais réfléchissons juste une minute. Si l’on imagine Jésus et Madeleine comme deux instructeurs éminents, à cette époque et dans ce contexte, cela ne peut pas être le message Chrétien qu’ils étaient en train de propager mais la théologie Païenne dans laquelle Hypatia excellait.

Nous restons avec la question suivante: Si Jésus et Madeleine étaient des initiés des Mystères, comment auraient-ils pu apparaître et qu’auraient-ils pu enseigner?

De Vinci suivit aussi la tradition qui reconnaissait le haut niveau d’érudition des Gnostiques et des initiés des Mystères. Dans son Annonciation, il a dépeint la Vierge positionnée avec élégance devant une table, lisant un ouvrage. On peut voir quelque chose ressemblant à une urne sur la table à gauche. Quoi que l’on fasse d’une connexion de De Vinci avec le Prieuré de Sion, il observa clairement, en tant qu’artiste, la tradition secrète qui dépeignait Madeleine comme lettrée et aux cheveux roux. Au vu de l’attention portée à la présence possible de Madeleine au Dernier Souper, il est tout autant choquant, sinon mêm plus choquant, de penser que Léonard de Vinci aurait pu la dépeindre, de façon subversive, dans son Annonciation. Il est très improbable que la mère de Jésus, épouse d’un simple charpentier, pût avoir été élégante ou lettrée.

Simon et Hélène

Les enseignements Gnostiques encouragèrent la vision ultime et à long terme de la potentialité humaine. La finalité de l’initiation dans les Mystères n’était pas la “divinité humaine” mais le niveau le plus élevé d’authenticité et d’innovation dans l’expérience religieuse, sans autorité, sans intermédiaires et sans doctrines fixées.

La Gnose est un chemin d’illumination grâce auquel nous acquérons, de par nos facultés propres, la connaissance qui régénère la force de vie et qui réaffirme notre connexion à la source de vie, Gaïa-Sophia, alors que le rédemptionnisme est une “théologie de la croix” (Karen King) qui nous lie à la souffrance de la Victime Divine. De façon saisissante, Karen King dit qu’ “une des problématiques en jeu dans la théologie de la croix était l’autorité”. J’avoue qu’un Gnostique considérerait cette affirmation, pour le moins, comme claire et sans ambage.

La spiritualité Gnostique était vivement et rigoureusement anti-autoritarienne.

La représentation de Madeleine comme la “première femme apôtre” l’enferme dans le vieux paradigme de l’autorité patriarcale et l’assujettit à l’agent mâle primordial de la croyance rédemptionniste Romaine (divin ou non selon les critères doctrinaux). Ce portrait de Marie Madeleine est complètement pernicieux en termes Gnostiques et ne correspond même en rien aux évidences historiques et textuelles. Elle était la marginale, par excellence, dans le scénario évangélique de Jésus tel qu’il est conventionnellement raconté.

On ne peut pas faire des évangélistes de Jésus et de Madeleine tels qu’ils sont dépeints à l’époque et dans le contexte du proto-Christianisme. Etant donné le ferment spirituel intense de l’Age des Poissons, ainsi que la situation sans précédents qui obligea certains initiés Païens à travailler au grand jour, on peut au mieux les imaginer comme un couple de guérisseurs-instructeurs Gnostiques. En tant que tels, ils auraient été des agents et des personnifications du Chrestos, le Bienfaiteur attendu par tant de personnes à l’aube de l’Age des Poissons, et dans ce rôle, ils auraient pris position à l’encontre du paternalisme autoritaire de la “théologie de la croix”.

Selon l’avis de G. R. S. Mead:

“Lorsque nous étudions les vies et les enseignements de ces Gnostiques, nous devrions toujours garder à l’esprit que nos seules sources d’informations ont été, jusqu’ici, les caricatures des hérésiologues et nous devrions nous souvenir que seuls les aspects qui semblaient fantastiques, à ceux qui les réfutaient, ont été retenus et ensuite exagérés par touts les stratagèmes de critique agressive; les enseignements généraux et éthiques, qui n’offraient pas de tels aspects, étaient systématiquement ignorés. Il est donc impossible de dresser un portrait, qui ne soit pas totalement perverti, de ces individus dont le plus grand péché fut de vivre des siècles avant leur temps”.

En plus de projeter Madeleine dans l’imagination collective, la controverse récente autour du Da Vinci Code a transformé la manière dont nous considérons son compagnon. Dès que Madeleine apparaît sur la scène, nous ne pouvons plus imaginer Jésus avec le même regard. Comment donc pouvons-nous réimaginer le Sauveur ?

Et bien, considéré comme un révélateur Gnostique (phoster), Jésus ne peut plus être pris pour le Fils de Dieu, un être divin. De même, il ne peut plus être identifié avec le rebelle Juif et le prétendant messianique dont le profil sensationnel a été dressé par Eisenman, en se fondant sur les Manuscrits de la Mer Morte.

Jésus le Gnostique aurait été totalement humain et apolitique.

En positionnant ce personnage aux côtés de Madeleine, nous pouvons visualiser un couple d’initiés des Ecoles des Mystères qui s’aventurèrent au grand jour, en cherchant à répondre aux problématiques de l’Age des Poissons – et plus particulièrement la problématique centrale, la quête pour une guidance personnelle, en raison de la transition massive vers le narcissisme et l’intérêt personnel à l’aube de cet Age, (aux environs de 120 avant EC).

Comme l’accompagnement recherché par tant de personnes, de cette époque, était de nature personnelle, il ne pouvait pas être trouvé au sein du programme des Mystères dont la mort de l’ego et le service transpersonnel à l’humanité constituaient les critères.

Un portrait humaniste de Pythagore, initié Grec et adepte des Mystères.

En fait, un tel couple apparut à cette époque précise et dans cet environnement: Simon le Magicien, ou Simon le Mage, et Hélène, la femme déchue qui était dite incarner l’Ennoia, “l’intention divine” du Plérome.

Simon le Magicien, qui vécut en Samarie aux alentours de 50 EC, est souvent appelé le premier Gnostique (le titre Mage fait allusion à l’ordre ancien Zoroastrien des prêtres-shamans, la racine préhistorique du mouvement Gnostique: voir l’essai “Gnostiques ou Illuminatis?”).

Simon fut le premier initié des Ecoles de Mystères, connu par son nom, à être apparu en Palestine et à avoir protesté en public contre le complexe du rédempteur. Le Christianisme n’existait pas en 50 EC. La figure et la mission du rédempteur Chrétien n’étaient pas claires à cette époque. Ainsi que Karen King le souligne, même trois cent ans plus tard, il n’y avait pas encore de consensus sur la croyance, la doctrine ou la pratique.

Simon aurait argumenté contre certains points théologiques propres au complexe du rédempteur Palestinien des Juifs radicaux, les Zaddikim. Des siècles plus tard, ces points se seront consolidés dans les dogmes rigides du Christianisme Romain.

Les fables Hellénistes (des contes populaires) racontées dans les Reconnaissances Clémentines (4 ème siècle) représentent Simon comme un magicien maléfique qui discute de théologie avec l’apôtre Paul et qui le provoque dans un duel de sorciers dans le ciel au-dessus de Rome. Ce n’est pas la peine de vous plonger dans les Reconnaissances pour deviner qui a gagné!

Dans l’arrière-scène de ces contes naïfs des Reconnaissances et de ces romances Hellénistes connues sous le nom d’Evangiles, une bataille pour l’humanité faisait rage. Bien que la croyance Rédemptionniste ne fût pas formalisée avant des siècles, le complexe du rédempteur, avec son programme de récompenses et de châtiments divins, s’était développé depuis la captivité Babylonienne en 586 avant EC.

La théologie terroriste de l’apocalyptisme Juif attint son paroxisme chez les Zaddikim, la secte extrémiste de la Mer Morte.

Depuis l’époque de la révolte des Maccabées en 168 avant EC, à l’aube de l’Age des Poissons, la Palestine pullulait d’obsessions messianiques et était agitée de bouleversements sociaux dus à la résistance féroce à l’occupation Romaine par les Zélotes. Les Manuscrits de la Mer Morte présentent des preuves directes de cette situation explosive mais elles ne sont jamais citées par des érudits tels que Karen King qui portent des oeillères d’experts. Néanmoins, les Manuscrits de la Mer Morte constituent la preuve la plus révélatrice et la plus irréfutable que nous ayons de l’environnement réel du Jésus historique et de sa compagne mal famée, Madeleine.

Comme des portraits réalistes d’initiés Païens, et de Gnostiques des Mystères, leur faisaient défaut, les artistes et les écrivains des générations suivantes furent enclins à les dépeindre comme des personnages fabuleux en robe longue, entourés d’instruments magiques et symboliques. Cette manière de représentation les démarquait de l’humanité et les enveloppait d’une aura de mystification. Un certain nombre d’adeptes étaient dépeints de cette façon mais il n’existe (pour autant que je sache) aucune illustration qui ait survécu d’un couple Gnostique tel que celui de Jésus et de Madeleine ou celui de Simon le Mage et d’Hélène.

Durant l’époque de Simon le Magicien, la Palestine était devenue une menace conséquente de déstabilisation de l’Empire Romain. Toute la région était en ébullition sous l’impact de l’agitation religieuse et sociale, de la violence sectaire et de la folie millénariste. C’est dans cette atmosphère dangereuse que s’engagèrent un couple d’initiés, Simon et Hélène, ou bien Jésus et Madeleine, si vous le préférez.

La substitution est légitime car les deux couples sont quasiment identiques. L’un ou l’autre aurait pu être Juif car il y avait beaucoup de Juifs au sein des Mystères qui étaient par nature multi-ethniques quant à leurs membres.

Tout comme Hélène, Madeleine était réputée être une prostituée. (Dans l’essai-compagnon, “Celle qui oint” qui présente une recension extensive de l’ouvrage de King, je considère ce facteur de controverse dans le profil de Madeleine en termes de son rôle de partenaire sacrée dans les rites Païens de consécration). La finalité des initiés, en ces temps troublés, aurait été de rendre des services empreints de compassion aux personnes nombreuses se débattant dans des périodes extrêmement difficiles de l’histoire humaine. Ils n’auraient pas paradés comme des dieux, comme ils en sont accusés dans les “caricatures des hérésiologues”.

L’Instruction de l’Humanité

A cette époque et dans cet environnement tumultueux, Jésus et Madeleine pourraient avoir constitué un couple d’initiés des Mystères, tout comme Simon et Hélène. Ils auraient même pu être un couple Juif qui s’opposait au fanatisme haineux émergeant au sein de leur propre peuple.

Il est essentiel de se souvenir que l’idéologie Zaddikite, le fondement de la théologie Chrétienne, ne constituait pas la croyance des Juifs du courant classique dans l’antiquité et était, en fait, une source de peine et d’angoisse considérables parmi eux. (La même situation est prévalente de nos jours: de nombreux croyants sincères au sein de la communauté Juive internationale n’acceptent pas que le Sionisme représente les convictions de coeur des Juifs ou qu’il serve véritablement les finalités de leur tradition spirituelle.)

En tant que couple Juif, Jésus et Madeleine se seraient sentis obligés de faire face à la crise au sein de leur propre tradition culturelle et raciale, une crise qui fit éclater la tradition Hébraïque et provoqua l’expulsion de tous les Juifs de Jérusalem en l’an 70. En tant que couple initié des Mystères, ils auraient agi différemment, cependant. Leur mission, dans la vie publique, aurait privilégié les problèmes de guidance personnelle soulevés par le nouveau Zeitgeist de l’Age plutôt que les problématiques concernant la destinée des Juifs.

Imaginé ainsi, ce couple ne peut pas avoir été Chrétien dans n’importe quel sens conventionnel du terme. Ils n’auraient pas constitué non plus un couple marié Juif enclin à avoir des enfants qui soient une extension biologique de leur foi. (Se référer à mon article dans The Secrets of Mary Magdalene, édités par Dan Burstein et Arne de Keijzer).

La puissance de Madeleine est telle que lorsqu’elle entre en scène, Jésus perd son aura de rédempteur divin. Ce couple ne représente pas le sauveur familier et la “première femme apôtre”, quelle que soit la pièce rapportée dont on les affuble. Le Professeur King affirme que Marie de Magdala, dans son “exercice légitime de l’autorité en instruisant les autres disciples” prêcha le message unique du Christianisme dans le monde: “La communauté Chrétienne constituait une nouvelle humanité, à l’image de l’humain authentique à l’intérieur”.

La notion selon laquelle les premiers Chrétiens découvrirent un nouveau sens de l’humanité, inconnu de quiconque avant eux, est typique de l’arrogance de la croyance Rédemptionniste. L’affirmation selon laquelle les Chrétiens représentent l’espèce humaine d’une manière qui soit exceptionnelle, meilleure et plus profonde que toute autre personne, est un pur non-sens de culs-bénis.

“L’image de l’humain authentique à l’intérieur” n’est pas, et n’a jamais été, une marque déposée du Christianisme. En fait, le terme “humain authentique” (en Copte PITELEIOS RHOME), dans la traduction par King de l’Evangile de Marie, est une expression de la doctrine de l’Anthropos des Gnostiques, l’enseignement des Mystères concernant l’origine pré-terrestre de l’humanité et non pas l’origine du rédempteur divin.

Les érudits qui utilisent la matière Gnostique pour revaloriser et réinterpréter les doctrines Chrétiennes font rarement référence à l’originalité de leurs sources. Marvin Meyer s’en sort un peu mieux que Karen King en tentant de rendre les écrits Gnostiques “dans un langage destiné à être exhaustif… (en utilisant) des phrases et des termes non-sexistes”. Meyer utilise le terme “Enfant de l’Humanité” plutôt que l’expression plus commune de “Fils de l’Homme”. Le changement de langage qui en résulte peut s’avérer étonnant.

Par exemple, Le Livre secret de Jacques dit “Bénis ceux qui ont répandu vers l’extérieur la bonne nouvelle du Fils avant qu’il ne descende sur Terre”. Meyers l’a rendu ainsi: “Bénis soient, trois fois et plus, ceux qui furent proclamés par l’Enfant avant qu’ils ne s’incarnent”. Ce langage est proche de faire référence à l’Anthropos, la matrice génétique numineuse de l’espèce humaine projetée à partir du coeur galactique du Plérome, et donne ainsi quelque notion de ce que Madeleine aurait pu réellement enseigner. (Meyer incorpore également le jargon des Mystère, “trois fois et plus”, qui fait référence au statut du hiérophante, c’est à dire à Hermes Trismegistos; il implique, donc, que l’identité de l’Enfant ou de l’humanité authentique est un sujet de connaissance initiée).

Mais Meyer perd quasiment le fil du message authentique non-Chrétien qu’il souhaite appréhender. “Le Fils avant qu’il ne descende sur Terre” est l’Anthropos projeté du Plérome avant l’émergence de la Terre, selon les termes Gnostiques, mais cela ressemble dangereusement à l’Incarnation selon les termes Chrétiens. La substitution de l’Enfant pour le Fils humanise le langage du texte mais diverge des enseignements des Mystères relatifs à l’Anthropos. L’allusion de Karen King à “l’image de l’humain à l’intérieur” est en fait plus proche de la signification Gnostique bien que King ne se soucie nullement de reconnaître que la doctrine de l’Anthropos, distincte du complexe du rédempteur, est la source de ce langage.

En faisant de Madeleine une pièce rapportée dans le paradigme rédempteur, le message Gnostique est co-opté et perverti, une fois de plus. A leur propre époque, les Gnostiques furent témoins de cela et protestèrent avec véhémence et éloquence. La distorsion continue, oblitérant efficacement, de la personnalité et de l’enseignement de Madeleine, toute trace du “côté qui perdit” ainsi que Karen King les caractérise.

Avec Jésus et Madeleine, c’est une version ou bien c’est l’autre: ou ils représentent l’illumination Gnostique ou ils représentent la plate-forme rédemptionniste du complexe du sauveur. Cela ne peut être les deux à la fois. Toute altération, par la théologie de la croix, détruit instantanément l’authenticité du couple Gnostique et de leur message à l’humanité quant à la signification d’être humain.

Celle qui Oint

La première étape pour promouvoir un renouveau durable et authentique de la Gnose, à notre époque, serait de reconnaître ce qui est original dans les enseignements Gnostiques des Mystères et de se réfréner de procéder à des co-optations destinées à produire une version “nouvelle et améliorée” des croyances Chrétiennes. Madeleine pourrait être le facteur-clé de ce renouveau mais, à ce jour, elle contribue à générer beaucoup de distorsion.

Le problème avec l’occultisme bon marché de Baigent et d’autres, et aussi de Dan Brown, c’est qu’il fait de Madeleine l’instrument d’un scénario patriarcal altéré plutôt que d’un scénario anti-patriarcal. Le Prieuré de Sion, la soit-disant société secrète, qui est dite avoir préservé la vérité au sujet du rôle de Madeleine dans la vie de Jésus, est la courroie de transmission d’une cabale monarchiste dont le but est de restaurer la lignée de sang de Jésus en Europe. Vrai ou non, réel ou non, cette arnaque est on ne peut plus patriarcale.

Même si le Prieuré n’existe pas, le message est clair: la valeur de Madeleine réside dans son rôle biologique de coupe du “sang sacré” de Jésus, le sangraal. Derrière cette fantaisie se cache la mentalité crypto-fasciste qui imprègne presque toutes les formes de l’ésotérisme moderne.

Si Jésus était divin, la lignée de sang dont il est l’origine est unique sur terre. S’il était un homme mortel, la lignée de sang conserve toutes ses prérogatives pour un statut royal car le “Roi des Rois” devrait, à juste titre, être le géniteur des rois qui gouvernent ce monde. De telles voies ne font que nous rendre de nouveau la proie des combines pernicieuses des théocrates.

Néanmoins, le Da Vinci Code a profondément influencé de nombreuses personnes de par la manière dont il réintroduit le Divin Féminin dans la vie religieuse. Cette perspective du roman se rapproche du profil Gnostique de Marie Madeleine comme une instructrice de l’Humanité Authentique, PITELEIOUS RHOME, et la compagne intime de Jésus qu’elle oint. Au mieux, il projette l’attention, au-delà du cadre du contexte des Evangiles, sur la puissance exceptionnelle de Madeleine en tant que figure numineuse dans l’imagination humaine.

Comme nous l’avons souligné ci-dessus, le Christos, l’équivalent Grec du mashiash Hébraïque, signifie “l’oint”. A l’origine, c’était un titre honorifique conféré aux rois sacrés de la Mésopotamie. Il n’était empreint d’aucune connotation divine et il en est encore ainsi, de nos jours, pour les Juifs dévots.

En tant que titre d’affiliation plutôt que de divinisation, il désigne un homme qui est porteur de l’autorité du Dieu Paternel. La théocratie est un système de domination “pur mâle”, l’essence du programme patriarcal. Le patriarcat est une affaire d’hommes qui consacrent les hommes, ou en termes bureaucratiques, des hommes qui mandatent des hommes.

Les Mages Zoroastriens, qui consacraient les anciens rois au Proche Orient, jouissaient d’une position d’autorité et de contrôle sur les hommes qu’ils consacraient. Les prêtres astucieux flattaient l’ego des théocrates, en les traitant comme s’ils étaient divins, de descendance divine. La prétention à la divinité va comme un gant au programme crypto-fasciste: Constantin reconnut cela clairement lorsqu’il insista sur la divinité du Christ afin qu’il pût revendiquer une autorité supra-humaine pour l’Empire Romain. Le fait qu’il n’en vint pas à se proclamer lui-même divin, comme le firent ultérieurement d’autres empereurs Romains, donne la mesure de sa finesse politique. La proclamation de sa divinité, en tant qu’homme, aurait pu être remise en question. Mais il agit de telle sorte que personne ne pouvait remettre en question la divinité du personnage supra-humain, Jésus Christ, sous peine de mort.

Dans les temps pré-patriarcaux, l’onction, la consécration, était un rituel sexuel-hédonique, le hieros gamos (mariage sacré) de la Déesse, qui était représentée par une prêtresse, avec l’homme prétendant au trône. Tel un aimant puissant, la figure de Madeleine attire notre attention vers ce rite oublié et la femme qui conférait le pouvoir en le réalisant.

Pour les Gnostiques des Mystères, la figure humaine de Marie Madeleine possédait une contrepartie mythique : la Déesse Sophia, la partenaire de Christos dans le Plérome. L’Evangile de Philippe décrit ce sacrement érotique dans le nymphion (la chambre nuptiale) où les initiés reproduisaient rituellement l’accouplement divin qui engendra l’Anthropos, la matrice lumineuse de l’humanité. Le mythe est répété dans le rituel sexuel, les deux genres sont réconciliés dans le nymphion et les célébrants émergent avec un sens de l’humanité régénéré et intensifié. L’Evangile de Philippe (73.5) affirme que “ceux qui ne reçoivent pas la résurrection lorsqu’ils sont encore en vie, lorsqu’ils mourront, ils ne recevront rien”.

Pour les Gnostiques, la résurrection était une régénération sexuelle et vitale, ici et maintenant, dans la chair vivante.

Madeleine est traditionnellement dépeinte avec une urne, la coupe de l’onction. Tous les faits concordent pour indiquer que cette femme aurait été perçue par ses compagnons et compagnes Gnostiques comme une courtisane chargée de l’onction rituelle et de l’instruction dans les mystères du nymphion – une “prostituée sacrée” pour employer l’expression peu élégante qui prévaut dans le raz de marée d’ouvrages écrits à son sujet.

Récemment, personne ne semble avoir aussi bien perçu l’indignité de cette image que Marjorie M. Malvern dont l’ouvrage Venus in Sackcloth fut écrit presque trente années avant l’hystérie actuelle dont elle est l’objet. Malvern montre que “la connexion de la Madeleine avec une déesse d’amour… est indubitable et toujours vivante” dans la littérature et l’art Européens de la période classique. “La transcendance de la peur de la mort au travers de la célébration du “mystère” de l’amour sexuel et de la vie sur Terre” est la signature de l’amante, celle qui ravive l’image de la Grande Déesse dans l’imagination collective.

La Vengeresse Gnostique

Dans la perspective des Mystères Païens, le rôle de Madeleine, dans la vie de Jésus, était d’oindre l’oint mais l’homme mortel n’était pas divinisé par ce rituel.

Cela démontrait, plutôt, qu’il était reconnu par une représentante de la Déesse Sophia pour être un instructeur de “l’humain à l’intérieur”. Considérez cette notion en contraste avec la proclamation par Paul dans Hébreux 6:20 selon laquelle “même Jésus devint un grand prêtre dans l’ordre de Melchisédech”. Cette révélation étonnante alarma les Zaddikim qui furent les témoins du déballage au grand public, par Paul, de leurs doctrines secrètes. Cela mit en garde aussi, sans doute, les observateurs Gnostiques contre les prétentions ultimes de la secte Zaddikite de la Mer Morte, un groupe dont les visions sexistes et génophobiques étaient diamétralement opposées à l’humanisme sexuellement harmonieux de la Gnose.

Des Gnostiques tels que Jésus et Madeleine n’avaient pas de pratiques religieuses qui soient réalisées au grand jour. Ils n’entraient pas en politique pour transformer le monde ou pour accomplir des réformes sociales mais, au sein de leur travail dans les Mystères, ils faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour soutenir des gens qui bâtiraient une société qui n’avait pas besoin d’être réformée parce qu’elle était assez saine en termes de l’intégrité morale de ses membres.

En tant que telestai, Jésus et Madeleine, auraient consacré leur vie à harmoniser la relation entre la culture et la nature et, très certainement, à garder les distances les plus grandes entre les politiques théocratiques (le seul type de politique qui compte sur cette planète) et l’espace dans lequel ils instruisaient leurs compagnons humains à la co-évolution. Comme de nombreux autres gardiens des Mystères, ils réussirent à accomplir tout cela, au Proche Orient et en Europe, pendant six millénaires, dont les quatre derniers millénaires avaient vu le patriarcat s’établir déjà fermement.

On ne peut pas en dire autant des individus qui sont amourachés, jusqu’à la moelle, de leur propre divinité.

La présence de Marie Madeleine dans l’histoire de Jésus réduit à néant les prétentions de déification et dégonfle les présomptions patriarcales d’un Dieu à portée de main.

Cela affaiblit également, plutôt que de le renforcer, le programme crypto-fasciste associé à la fantaisie de “sang sacré, sacré graal”.

Madeleine est un défi vivant à la prise de pouvoir patriarcale qui relégua l’union sacrée, aux oubliettes de l’histoire, au bénéfice du club messianique pur-mâle et de la production d’héritiers royaux.

Elle est celui qui oint virginalement, sans conception.

Elle est la Vengeresse Gnostique.

John Lash

Traduction de Dominique Guillet.

Télécharger l’essai avec les illustrations.

Ceux qui étaient les témoins de la scène à Jérusalem vers l’an 35 ne savaient pas si les femmes, aux portes de la ville, pleuraient pour le Jésus crucifié ou pour Dumuzi, le tendre pastouriau Sumérien dont l’amante était la déesse sensuelle, Inanna. Aujourd’hui, face à la possibilité d’un renouveau Gnostique, nous savons qu’Inanna et Dumuzi, la déesse et le roi-berger, se reflètent chez Madeleine et Jésus et nous savons que leur relation n’a rien à voir avec l’auto-déification ou le bricolage d’une forme meilleure de Christianisme ou la réinstitution de la dynastie Mérovingienne en Europe. Ce qui définit ce couple, c’est l’érotisme Païen, les rites hédoniques de la passion humaine et le sacramentalisme Gnostique. Dans leur union, tout comme dans leur enseignement, ils célèbrent le corps divin de Gaïa-Sophia dans lequel l’humanité trouve son plaisir et sa régénération.
Comme de nombreuses peintures supposées dépeindre la Vierge Marie, la “Madonne du Vêtement Sacré” de C. B. Chambers (environ 1890) présente un personnage à la “Madeleine” dans une attitude de gentillesse et de bienvenue, donnant un aperçu de ce à quoi pouvait ressembler une initiée Païenne.

Voir notre page « La Vengeresse Gnostique dans l’Art » pour consulter quelques illustrations, dans l’art, de Madeleines qui sont « impénitentes » et qui ne sont pas en pâmoison devant le symbole mortifère du Christianisme, la croix.

Source : http://www.liberterre.fr/

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