Messianisme Swedenborg

La NOUVELLE JÉRUSALEM et sa DOCTRINE CELESTE – 3ème partie

LA FOI

108. Personne ne peut savoir ce qu’est la foi dans son essence s’il ignore ce qu’est la charité, parce que là où il n’y a point de charité, il n’y a point de foi.

En effet, la charité fait un avec la foi, comme le bien fait un avec le vrai. Or, ce que l’homme aime, ou ce qui lui est cher, est pour lui le bien, et ce que l’homme croit est pour lui le vrai. De là il est évident qu’entre la charité et la foi, il y a la même union qu’entre le bien et le vrai. D’après ce qui a été dit dans le chapitre sur Le Bien et le Vrai, on peut voir en quoi consiste cette union.

109. L’union de la charité et de la foi est également semblable à celle qui existe entre la volonté et l’entendement chez l’homme

Car ce sont ces deux facultés qui reçoivent le bien et le vrai : la volonté, le bien et l’entendement, le vrai. Ainsi, ces deux facultés reçoivent aussi la charité et la foi, puisque le bien est chose de la charité et le vrai chose de la foi. Chacun sait que la charité et la foi sont chez l’homme et dans l’homme ; et puisqu’elles sont chez lui et en lui, elles ne peuvent être que dans sa volonté et dans son entendement, car toute la vie de l’homme est là et vient de là. L’homme a aussi la mémoire, mais celle-ci n’est qu’un vestibule où sont rassemblées les choses qui doivent entrer dans l’entendement et la volonté, Il est évident, d’après ce qui précède, qu’entre la charité et la foi, il y a la même union qu’entre la volonté et l’entendement. En quoi cette union consiste, on peut le voir par ce qui a été dit dans le chapitre sur La Volonté et l’Entendement.

110. La charité se conjoint à la fois chez l’homme, quand ce dernier veut ce qu’il sait et perçoit : vouloir se rapporte à la charité, savoir et percevoir à la Foi.

La foi entre dans l’homme et lui appartient réellement quand il veut et aime ce qu’il sait et perçoit ; avant cela, elle est en dehors de lui.

111. La foi n’est pas pour l’homme la foi, à moins d’être spirituelle et elle ne devient spirituelle que lorsqu’elle devient chose de l’amour

Et elle devient chose de l’amour quand l’homme aime à vivre le vrai et le bien, c’est-à-dire vivre selon ce qui est prescrit dans la Parole.

112. La foi est l’affection du vrai, provenant de vouloir le vrai parce qu’il est le vrai ; et « vouloir le vrai parce qu’il est le vrai », c’est le « spirituel » même de l’homme

En effet, ce « spirituel » est entièrement séparé du « naturel » qui consiste à vouloir le vrai non pour le vrai, mais pour la gloire de soi-même, pour la réputation ou pour le lucre. Abstraction faite de ces motifs, le vrai est spirituel, parce qu’il vient du Divin. Ce qui procède du Divin est spirituel et se conjoint à l’homme par l’amour ; car l’amour est une conjonction spirituelle.

113. L’homme peut savoir, penser et comprendre beaucoup de choses, mais celles qui ne concordent pas avec son amour, il les rejette loin de lui quand, livré à lui-même, il réfléchit.

Pour la même raison, il les rejette aussi après la vie du corps quand il est en esprit ; car, dans l’esprit de l’homme, il ne reste que ce qui est entré dans son amour ; les autres choses, après la mort, sont regardées comme étrangères ; et parce qu’elles ne sont pas choses de son amour, il les expulse de la maison. Il est dit « dans l’esprit de l’homme » parce que l’homme vit esprit après la mort.

114. On peut se former une idée du bien qui est le bien de la charité et du vrai qui est le vrai de la foi par comparaison avec la lumière et la chaleur du soleil.

Quand la lumière qui procède du soleil est conjointe à la chaleur, ce qui arrive au printemps et en été, toutes les productions de la terre germent et fleurissent ; mais quand dans la lumière il n’y a point de chaleur, comme en hiver, toutes les productions de la terre languissent et sont dans un état de mort ; or, la lumière spirituelle est le vrai de la foi, et la chaleur spirituelle est l’amour. D’après cela, on peut se former une idée de ce qu’est l’homme de l’Église, quand, en lui, la foi est conjointe à la charité, à savoir qu’il est comme un jardin ou un paradis, et de ce qu’est l’homme quand, en lui, la foi n’est pas conjointe à la charité, à savoir, qu’il est comme un désert ou comme une terre couverte de neige.

115. La confiance ou l’assurance, qui se dit de la foi et qui est appelée la foi même qui sauve, est une confiance ou une assurance naturelle, et non pas spirituelle, quand elle provient de la foi seule.

Par contre, la confiance ou assurance spirituelle tire son essence et sa vie du bien de l’amour, mais non pas du vrai de la foi séparée (de la charité). La confiance de la foi séparée est morte ; c’est pour cela que la vraie confiance ne peut pas exister chez ceux qui mènent une vie mauvaise ; quant à la confiance basée sur l’assurance qu’on est sauvé à cause du mérite du Seigneur auprès du Père, quelle qu’ait été la vie vécue, elle n’existe pas non plus d’après le vrai. Tous ceux qui sont dans la foi spirituelle ont la confiance qu’ils sont sauvés par le Seigneur, car ils croient que le Seigneur est venu dans le monde pour donner la vie éternelle à ceux qui croient et vivent selon les préceptes qu’Il a enseignés et que Lui seul les régénère et les rend propres pour le ciel, cela par pure miséricorde, sans le secours de l’homme.

116. Croire les choses qu’enseigne la Parole, ou qu’enseigne la doctrine de l’Église, et n’y point conformer sa vie, semble être la foi.

Quelques-uns même s’imaginent qu’ils sont sauvés par elle ; mais personne ne peut être sauvé par une telle foi, car c’est une foi persuasive, de la qualité de laquelle il sera maintenant parlé.

117. Avoir la foi persuasive, c’est croire et aimer la Parole et la doctrine de l’Église, non pour le vrai et la vie selon le vrai, mais pour le lucre, les honneurs et le désir de passer pour érudit.

Aussi ceux qui sont dans cette foi tournent-ils leurs regards non vers le Seigneur et le ciel, mais vers eux-mêmes et le monde. Ceux qui, dans le monde, nourrissent de grandes ambitions et ont de nombreux désirs sont plus fortement persuadés que ce qu’enseigne la doctrine de l’Église est le vrai, que ceux qui n’ont pas de telles ambitions et de tels désirs ; la raison en est que la doctrine de l’Église n’est pour ceux-là qu’un moyen d’arriver à leurs fins, et qu’autant ils désirent les fins, autant ils aiment les moyens et ont foi en eux.

Mais voici ce qu’il en est : Autant ils sont dans le feu des amours de soi et du monde, et parlent, prêchent et agissent d’après ce feu, autant ils sont dans une telle persuasion, et alors, ils ne savent rien, sinon que la chose est ainsi. Mais quand ils ne sont point dans le feu de leurs amours, ils croient peu, et même certains d’entre eux ne croient rien. De là, il est évident que la foi persuasive est une foi de bouche et non de coeur, et qu’ainsi, en elle-même, elle n’est pas la foi.

118. Ceux qui sont dans la foi persuasive ne savent d’après aucune perception interne si les choses qu’ils enseignent sont des vrais ou des faux.

Bien plus, ils ne s’en soucient même pas, pourvu qu’elles soient crues du public ; car ils ne sont dans aucune affection du vrai pour le vrai. C’est pourquoi, s’ils sont privés des honneurs et des profits, ils se détachent de la foi, pourvu que leur réputation ne coure aucun danger ; car la foi persuasive n’est point intérieurement chez l’homme, mais elle est en dehors, dans la mémoire seulement, d’où elle est tirée, lorsqu’elle est enseignée. C’est pourquoi aussi, après la mort, cette foi se dissipe avec ses vrais. En effet, il ne reste alors de la foi que ce qui est intérieurement dans l’homme, c’est-à-dire ce qui a été enraciné dans le bien, par conséquent ce qui est devenu chose de la vie.

119. Ceux qui sont dans la foi persuasive sont décrits en ces termes dans Matthieu :

« Plusieurs Me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom ? N’avons-nous pas chassé les démons en ton nom ? N’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ? Alors, je leur dirai ouvertement : je ne vous ai jamais connus… ouvriers d’iniquité. » (7 : 22-23.)

Puis, dans Luc :

« Alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé et bu devant Toi et Tu as enseigné dans nos places. Mais Il répondra : je vous le dis, je ne sais d’où vous êtes ; retirez-vous de Moi, vous tous, ouvriers d’iniquité. » (13 : 26-27.)

Ils sont aussi entendus par les cinq vierges insensées, qui n’avaient point d’huile dans leur lampe, dans Matthieu :

« Plus tard, les autres vierges vinrent et dirent : Seigneur ! Seigneur ! Ouvre-nous. Mais Il répondit : je vous le dis, en vérité je ne vous connais point. » (25 : 11-12.)

L’huile dans les lampes, c’est le bien de l’amour dans la foi.

LA PIETE

123. Nombreux sont ceux qui croient que la vie spirituelle, ou la vie qui conduit au ciel, consiste dans la piété, dans la sainteté externe et dans le renoncement au monde.

Mais la piété sans la charité, la sainteté externe sans la sainteté interne, et le renoncement au monde sans la vie dans le monde, ne font point la vie spirituelle ; ce qui la fait, c’est la piété d’après la charité, la sainteté externe d’après la sainteté interne et le renoncement au monde avec la vie dans le monde.

124. La piété consiste à penser et à parler pieusement, à s’adonner beaucoup à la prière, à se comporter avec humilité, à fréquenter les temples et y écouter avec dévotion les prédications, à participer fréquemment chaque année au sacrement de la Sainte Cène et à assister aux autres cérémonies du culte selon les statuts de l’Église.

Mais la vie de la charité consiste à vouloir et à faire du bien au prochain, à agir selon la justice et l’équité, le bien et le vrai dans toute action et dans tout emploi. En un mot, elle consiste à accomplir des usages. Or, le culte divin concerne en premier lieu la vie de la charité ; en second lieu seulement la vie de la piété.

C’est pourquoi celui qui sépare l’une de l’autre, c’est-à-dire celui qui mène la vie de la piété, et non en même temps la vie de la charité, ne rend pas un culte à Dieu. Il pense à Dieu, il est vrai ; toutefois, ce n’est pas d’après Dieu, mais d’après lui-même ; car il pense continuellement à lui-même et nullement au prochain ; ou s’il pense au prochain il le méprise à moins que ce dernier ne soit semblable à lui. Il considère en outre le ciel comme étant une récompense, ce qui fait que son esprit est imbu de l’idée du mérite et de l’amour de soi.

De plus, il méprise ou néglige les usages, et par conséquent son prochain ; en même temps il se croit exempt de fautes. On peut voir par là que la vie de la piété, séparée de la vie de la charité, n’est point la vie spirituelle qui doit être dans le culte divin. (Cf. Matth. 6 : 7-8.)

125. La sainteté externe est semblable à la piété externe et consiste principalement à croire que le culte divin ne comporte pas autre chose que d’observer une attitude sainte, quand on est dans un lieu de culte.

Mais cela, chez l’homme, n’est pas quelque chose de saint à moins que son interne ne soit saint ; car tel est l’homme quant à son interne, tel il est quant à son externe ; en effet, celui-ci procède de celui-là, comme l’action procède de son esprit. C’est pourquoi la sainteté externe sans la sainteté interne est naturelle et non spirituelle ; elle peut, par conséquent, se trouver chez les méchants comme chez les bons.

Ceux qui placent en elle tout le culte sont pour l’ordinaire vides, c’est-à-dire entièrement dépourvus des connaissances du bien et du vrai ; et cependant, les biens et les vrais sont précisément les choses saintes que l’on doit savoir, croire et aimer, parce qu’elles viennent du Divin, et que le Divin est en elles. La sainteté interne consiste donc à aimer le bien et le vrai pour le bien et le vrai, et aussi ce qui est juste et sincère, parce que c’est juste et sincère.

Autant l’homme aime ces choses de cette manière, autant il est spirituel ainsi que son culte, car autant aussi il veut les savoir et les faire ; mais autant l’homme ne les aime pas de cette manière, autant il est naturel ainsi que son culte, et autant aussi il ne veut ni les savoir ni les faire. Le culte externe sans le culte interne peut être comparé à la vie de la respiration sans la vie du coeur, et le culte externe d’après le culte interne à la vie de la respiration conjointe à la vie du coeur.

126. Quant à ce qui concerne le renoncement au monde, beaucoup de personnes croient que renoncer au monde, et vivre par l’esprit et non par la chair…

C’est rejeter les choses du monde, qui sont principalement les richesses et les honneurs, être continuellement en pieuses méditations sur Dieu, sur le salut et sur la vie éternelle, passer sa vie à prier, à lire la Parole et des livres pieux, et à se mortifier. Mais ce n’est point là « renoncer au monde ».

En vérité, renoncer au monde, c’est aimer Dieu et le prochain. Or, Dieu est aimé par l’homme, lorsque ce dernier vit selon Ses préceptes, et le prochain est aimé quand l’homme accomplit des usages. C’est pourquoi, pour que l’homme reçoive la vie du ciel, il doit absolument vivre dans le monde et là, dans les emplois et les affaires. La vie détachée des choses du monde, c’est la vie de la pensée et de la foi séparée d’avec la vie de l’amour et de la charité ; dans une telle vie, il n’y a plus ni bonne volonté, ni bonne action à l’égard du prochain ; et quand cela arrive, la vie spirituelle est comme une maison sans fondements qui, peu à peu, ou s’affaisse ou se fend et s’entr’ouvre, ou encore chancelle jusqu’à ce qu’elle s’écroule.

127. Que faire le bien, ce soit rendre un culte au Seigneur, c’est ce que prouvent ces paroles du Seigneur Lui-même :

« Quiconque entend Mes paroles et les met en pratique, je le comparerai à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. Mais quiconque entend Mes paroles et ne les met pas en pratique, sera comparé à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable » (Matth. 7 : 24 – 27) ou « sur le sol sans fondement. » (Luc 6 : 47- 49.)

128. D’après ces considérations, il est évident que la vie de la piété n’a de valeur et n’est acceptée du Seigneur que dans la mesure où la vie de la charité lui a été conjointe

Car celle-ci est la principale, et telle est celle-ci, telle est l’autre. De même, la sainteté externe n’a de valeur et n’est acceptée du Seigneur, qu’autant qu’elle procède de la sainteté interne ; car telle est celle-ci, telle est l’autre. Et encore, le renoncement au monde n’a de valeur et n’est accepté du Seigneur qu’autant qu’il se fait dans le monde ; ceux-là renoncent au monde qui éloignent d’eux l’amour de soi et du monde, et agissent dans toute fonction, dans toute affaire et dans tout travail, avec justice et sincérité, d’après une disposition intérieure et par conséquent céleste. En effet, cette disposition est inhérente à la vie de tout homme qui agit avec équité, sincérité et justice, parce que cela est conforme aux lois divines.

LA CONSCIENCE

130. La conscience est formée, chez l’homme, d’après ses principes religieux et dans la mesure où il les a reçus intérieurement.

131. La conscience, chez l’homme de l’Église, est formée par les vrais de la foi d’après la Parole, ou d’après une doctrine tirée de la Parole, selon la réception de ces vrais dans son coeur.

En effet, quand l’homme a appris à connaître les vrais de la foi et les comprend à sa manière, et qu’ensuite il les veut et agit en conséquence, il se forme alors en lui une conscience ; les recevoir dans le coeur, c’est les recevoir dans la volonté, car c’est la volonté de l’homme qui est appelée coeur. De là vient que ceux qui ont une conscience disent de coeur ce qu’ils disent et font de coeur ce qu’ils font. Leur mental n’est pas divisé, car ils agissent selon ce qu’ils comprennent et croient être vrai et bien.

132. Chez ceux qui, plus que d’autres, sont éclairés par les vrais de la foi et qui, plus que d’autres, jouissent d’une perception claire, il peut y avoir une conscience plus parfaite que chez ceux qui sont moins éclairés et dans une perception obscure.

133. La vie spirituelle même de l’homme est dans la vraie conscience

Car sa foi y est conjointe à la charité ; c’est pourquoi agir d’après la conscience, c’est agir d’après la vie spirituelle et agir contre la conscience, c’est agir contre la vie spirituelle. De là vient que l’homme est dans la tranquillité de la paix et la félicité interne quand il agit selon la conscience, et dans l’inquiétude et la douleur quand il agit contre elle. C’est cette douleur qui est appelée remords de conscience.

134. Il y a chez l’homme la conscience du bien et la conscience du juste.

La conscience du bien est la conscience de l’homme interne, et la conscience du juste celle de l’homme externe. La conscience du bien consiste à agir selon les préceptes de la foi d’après une affection interne ; et la conscience du juste, à agir selon les lois civiles et morales d’après une affection externe. Ceux qui ont la conscience du bien ont aussi la conscience du juste ; ceux qui ont seulement la conscience du juste sont dans la faculté de recevoir la conscience du bien, et même ils la reçoivent quand ils ont été instruits.

135. La conscience, chez ceux qui sont dans la charité à l’égard du prochain, est la conscience du vrai, parce qu’elle est formée par la foi du vrai.

Par contre, chez ceux qui sont dans l’amour envers le Seigneur, elle est la conscience du bien, parce qu’elle est formée par l’amour du vrai. La conscience de ces derniers est une conscience supérieure et est appelée la « perception du vrai d’après le bien ». Ceux qui ont la conscience du vrai sont du Royaume spirituel du Seigneur ; mais ceux qui ont la conscience supérieure, appelée « perception », sont du Royaume céleste du Seigneur.

136. Quelques exemples montreront clairement ce qu’est la conscience :

Quelqu’un a chez lui les biens d’un autre, sans que cet autre le sache. Ainsi, il peut en tirer profit sans craindre la loi ou encore la perte de son honneur et de sa réputation. Si, cependant, il les rend parce qu’ils ne lui appartiennent pas, il a de la conscience, car il fait le bien parce que c’est le bien et ce qui est juste parce que c’est juste. Ou encore : Quelqu’un peut obtenir une dignité, mais il voit qu’un autre, qui la recherche aussi, est plus utile que lui à sa patrie. Si, considérant le bien de sa patrie, il lui cède la place, il a une bonne conscience. De même pour d’autres cas.

137. D’après ces exemples, et par antithèse, on peut voir quels sont ceux qui n’ont pas de conscience.

Par exemple, ceux qui, pour un gain quelconque, font que ce qui est injuste paraisse comme juste et que ce qui est mal paraisse comme bien, ou inversement, n’ont pas de conscience ; ils ignorent ce qu’est la conscience, et si on le leur explique, ils restent incrédules. D’aucuns même ne veulent pas le savoir. Tels sont ceux qui, dans tout ce qu’ils font, n’ont en vue qu’eux-mêmes et le monde.

138. Ceux qui n’ont pas reçu la conscience dans le monde ne peuvent la recevoir dans l’autre vie

Ainsi, ils ne peuvent pas être sauvés. En effet, ils n’ont pas le plan dans lequel influe le ciel, ou plutôt le Seigneur par le ciel, et par lequel le Seigneur peut opérer et les amener à Lui ; car la conscience est le plan et le réceptacle de l’influx du ciel.

LA LIBERTÉ

141. Toute liberté est en fonction de l’amour, car ce que l’homme aime, il l’accomplit librement

Par suite, toute liberté est en fonction de la volonté, car l’homme veut ce qu’il aime. Et puisque l’amour et la volonté font la vie de l’homme, la liberté la fait aussi. D’après ces considérations, on peut voir ce qu’est la liberté : c’est ce qui appartient à l’amour et à la volonté, et par suite à la vie de l’homme. De là vient que tout ce que l’homme accomplit librement lui semble provenir de son propre.

142. La liberté de faire le mal n’est la liberté qu’en apparence

En réalité, c’est un esclavage, parce que cette liberté a son origine dans l’amour de soi et l’amour du monde qui, tous deux, proviennent de l’enfer. Une telle liberté est même changée en une réelle servitude après la mort, car l’homme qui a été dans cette liberté devient alors dans l’enfer un vil esclave. Mais faire le bien librement est la liberté même, parce que cela découle de l’amour envers le Seigneur et de l’amour à l’égard du prochain, et que ces amours proviennent du ciel.

Cette liberté demeure aussi après la mort et devient alors la vraie liberté, car l’homme qui a été dans une telle liberté devient dans le ciel comme un fils de la maison. Le Seigneur l’enseigne par ces paroles :

« Quiconque se livre au péché est esclave du péché. L’esclave ne demeure point dans la maison à perpétuité ; le fils y demeure à perpétuité. Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres » (Jean 8 : 34-36).

Maintenant, puisque tout bien vient du Seigneur, et que tout mal vient de l’enfer, il s’ensuit que la liberté consiste à être conduit par le Seigneur et l’esclavage à être conduit par l’enfer.

143. Si l’homme est libre de penser le mal et le faux, et aussi de le faire en tant que les lois ne l’en empêchent pas

C’est afin qu’il puisse être réformé ; car les biens et les vrais doivent être implantés dans son amour et dans sa volonté, pour qu’ils deviennent choses de sa vie ; et cela ne peut pas être fait, à moins qu’il n’ait la liberté de penser tant le mal et le faux que le bien et le vrai. Cette liberté est donnée à chacun par le Seigneur : autant l’homme pense le bien et le vrai, autant il n’aime pas le mal et le faux ; autant aussi le Seigneur implante le bien et le vrai dans son amour et dans sa volonté, par conséquent dans sa vie, et ainsi le réforme.

Ce qui est semé dans un état de liberté demeure, mais ce qui l’est dans un état de contrainte ne reste point, parce que tout ce qui est fait par contrainte provient, non de la volonté de l’homme, mais de la volonté de celui qui contraint. C’est même pour cela que le culte que l’homme rend au Seigneur dans un état libre Lui plaît, mais non le culte rendu dans un état de contrainte ; en effet, le premier découle de l’amour, ce qui n’est pas le cas du second.

144. La liberté de faire le bien et la liberté de faire le mal, quoiqu’extérieurement semblables en apparence, sont aussi différentes entre elles et aussi distantes l’une de l’autre que le ciel et l’enfer.

La liberté de faire le bien vient du ciel et est appelée liberté céleste ; mais la liberté de faire le mal vient de l’enfer, et est appelée liberté infernale. Or, autant l’homme est dans l’une, autant il n’est pas dans l’autre, car personne ne peut servir deux maîtres (Matth. 6 : 24). Cela ressort aussi du fait que ceux qui sont dans la liberté infernale croient que la servitude et la contrainte, c’est de ne pas avoir la permission de vouloir le mal et de penser le faux à leur gré ; tandis que ceux qui sont dans la liberté céleste éprouvent de l’horreur à l’idée de vouloir le mal et de penser le faux ; s’ils y étaient contraints, ils en éprouveraient du tourment.

145. Puisqu’il semble à l’homme qu’agir d’après la liberté c’est agir d’après son propre, il s’ensuit que la liberté céleste peut être aussi appelée le « propre céleste », et la liberté infernale le « propre infernal ».

C’est dans le propre infernal que l’homme naît, et ce propre est le mal ; mais c’est en un propre céleste qu’il est réformé, et ce propre est le bien.

146. D’après ce qui vient d’être dit, on peut voir ce qu’est le libre arbitre : c’est faire le bien d’après son arbitre ou sa volonté ; seuls ceux qui sont dans cette liberté sont conduits par le Seigneur ; or, le Seigneur conduit ceux qui aiment le bien et le vrai pour le bien et le vrai.

147. L’homme peut connaître quel genre de liberté est la sienne d’après le plaisir qu’il éprouve quand il pense, parle, agit, entend et voit ; car tout plaisir appartient à l’amour.

LE MÉRITE

150. Ceux qui font le bien pour avoir du mérite, le font non par amour du bien, mais par amour de la récompense, car vouloir mériter c’est vouloir être récompensé.

Ceux qui agissent ainsi, recherchent et placent leur plaisir dans la récompense, et non dans le bien ; c’est pourquoi ils ne sont point spirituels, mais naturels.

151. Le bien, qui est le bien, ne peut être fait que d’après l’amour du bien, ainsi pour le bien.

Ceux qui sont dans cet amour ne veulent pas entendre parler de mérite, car ce qu’ils aiment, c’est faire le bien et c’est en cela qu’ils éprouvent du bonheur. Au contraire, ils sont attristés si l’on croit qu’ils agissent pour quelque avantage personnel. Il en est de cela à peu près comme lorsqu’un homme fait du bien à des amis à cause de l’amitié, à un frère à cause de la fraternité, à son épouse et à ses enfants parce qu’ils sont épouse et enfants, à la patrie à cause de la patrie, ainsi par amitié et par amour. Celui qui pense d’une manière juste à ce sujet reconnaîtra et maintiendra qu’en effet cet homme fait le bien non pour lui-même, mais pour ceux-là.

152. Ceux qui font le bien en vue de la récompense ne font pas le bien qui vient du Seigneur

Ils agissent d’après eux-mêmes, car c’est eux-mêmes qu’ils considèrent en premier lieu, parce qu’ils considèrent leur propre bien ; quant au bien du prochain, c’est-à-dire du concitoyen, d’une société d’hommes, de la patrie ou de l’Église, ils ne le considèrent que comme un moyen pour leurs fins. De là vient que dans le bien fait en vue du mérite, est caché le bien de l’amour de soi et du monde. Ce bien procède de l’homme et non du Seigneur. Or, tout bien qui procède de l’homme n’est point le bien ; et même en tant qu’il y a caché en lui quelque chose de soi ou du monde, il est le mal.

153. La charité réelle et la foi réelle sont exemptes de toute idée de mérite, car le plaisir de la charité est le bien même, et le plaisir de la foi est le vrai même.

C’est pourquoi ceux qui sont dans cette charité et dans cette foi savent ce qu’est le bien fait sans idée de mérite, mais ceux qui ne sont pas dans la charité et la foi ne le savent point.

154. Qu’on ne doit pas faire le bien en vue de la récompense, le Seigneur Lui-même l’enseigne dans Luc :

« Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi agissent de même… Aimez plutôt vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans rien espérer ; alors votre récompense sera grande, et vous serez des fils du Très-Haut » (6 : 32-35)

Il enseigne aussi, dans Jean, que l’homme ne peut par lui-même faire le bien qui soit réellement le bien : « Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel » (3 : 27).

Et ailleurs :

« Jésus dit : je suis le cep ; vous êtes les sarments. » « Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en Moi. » « Celui qui demeure en Moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits, car sans Moi vous ne pouvez rien faire » (15 : 4-8).

155. Étant donné que tout bien et tout vrai viennent du Seigneur et nullement de l’homme, et que le bien qui vient de l’homme n’est pas le bien, il s’ensuit que le mérite n’appartient à aucun homme, mais, au Seigneur seul.

Le mérite du Seigneur consiste en ceci : que, par Sa propre puissance, Il a sauvé le genre humain, et aussi dans le fait qu’Il sauve ceux qui font le bien d’après Lui. C’est pourquoi la Parole appelle « juste » celui à qui sont attribués le mérite et la justice du Seigneur, et « injuste » celui à qui sont attribués sa propre justice et son propre mérite.

156. Le plaisir inhérent à l’amour de faire le bien sans aucun but de rémunération constitue lui-même la récompense qui demeure éternellement

Car le ciel et la félicité éternelle sont implantés dans ce bien par le Seigneur.

157. Penser et croire que ceux qui font le bien vont au ciel, et aussi qu’il faut faire le bien pour aller au ciel, ce n’est point regarder la récompense comme fin, ni par conséquent placer le mérite dans les oeuvres

Ccar ceux qui font le bien d’après le Seigneur pensent et croient de même. Mais ceux qui pensent, croient et agissent ainsi, et qui ne sont point dans l’amour du bien pour le bien, regardent la récompense comme fin et placent le mérite dans les oeuvres.

LA REPENTANCE ET LA RÉMISSION DES PÉCHÉS

159. Celui qui veut être sauvé doit confesser ses péchés et faire oeuvre de repentance.

160. Confesser ses péchés, c’est connaître les maux, les voir chez soi, les reconnaître, s’en déclarer coupable, et, à cause d’eux, se condamner.

Faire cela devant Dieu, c’est confesser ses péchés.

161. Faire oeuvre de repentance, c’est, après avoir ainsi confessé ses péchés, et en avoir demandé d’un coeur humble la rémission…

Y renoncer et mener une vie nouvelle selon les préceptes de la charité et de la foi.

162. Celui qui se reconnaît pécheur seulement d’une manière générale et se déclare coupable de tous les maux sans s’examiner

– c’est-à-dire sans voir ses péchés – fait une confession, mais non la confession de la repentance. Ne connaissant pas ses propres maux, il vit ensuite comme auparavant.

163. Celui qui vit la vie de la charité et de la foi fait chaque jour oeuvre de repentance.

Il réfléchit sur les maux qui sont en lui, il les reconnaît, il s’en garde, il supplie le Seigneur de le secourir. En effet, l’homme, par lui-même, tombe continuellement, mais il est continuellement relevé par le Seigneur et conduit vers le bien. Tel est l’état de ceux qui sont dans le bien. Ceux, au contraire, qui sont dans le mal, tombent aussi continuellement, et sont aussi continuellement relevés par le Seigneur ; toutefois, ils sont seulement retenus sur la pente du mal, de peur qu’ils ne tombent dans les maux les plus graves, vers lesquels, laissés à eux-mêmes, ils tendent de toutes leurs forces.

164. L’homme qui s’examine pour faire oeuvre de repentance doit examiner ses pensées et les intentions de sa volonté…

Et y rechercher ce qu’il ferait s’il en avait la licence, c’est-à-dire s’il ne craignait la loi, la perte de la réputation, de l’honneur et du gain. En effet, c’est dans ses pensées et ses intentions que résident les maux chez l’homme, car ceux qu’il fait au moyen de son corps proviennent tous de là. Ceux donc qui n’examinent pas les maux de leur pensée et de leur volonté ne peuvent faire oeuvre de repentance, car ils pensent et veulent par la suite comme auparavant ; et cependant vouloir les maux, c’est les faire. Voilà ce que c’est que de s’examiner.

165. La repentance des lèvres sans celle de la vie n’est point la repentance.

Par la repentance des lèvres, les péchés ne sont point remis, mais ils le sont par la repentance de la vie. À vrai dire, le Seigneur pardonne (remet) continuellement à l’homme ses péchés, car Il est la miséricorde même ; pourtant ceux-ci restent attachés, bien que l’homme les croie remis : ils ne peuvent être éloignés que par une vie selon les préceptes de la vraie foi. En effet, autant l’homme vit selon ces préceptes, autant ses péchés sont éloignés, et autant ils sont éloignés, autant ils sont remis.

166. On croit que quand les péchés sont remis, ils sont effacés ou pour ainsi dire lavés, comme des souillures le sont avec de l’eau.

Toutefois, ils ne sont point effacés, mais éloignés, c’est-à-dire que l’homme en est détourné, quand il est tenu dans le bien par le Seigneur. Or, quand il est dans cet état, il semble à l’homme qu’il soit sans péchés, autrement dit que ses péchés soient effacés ; et autant l’homme est réformé, autant il peut être tenu dans le bien. Dans l’article doctrinal qui suit et qui traite de la régénération, il sera montré comment l’homme est réformé. Quiconque croit que les péchés sont remis d’une manière différente est grandement dans l’erreur.

167. Les signes auxquels on peut reconnaître que les péchés ont été remis, c’est-à-dire éloignés, sont les suivants :

On éprouve du plaisir en adorant Dieu pour Dieu, en servant le prochain pour le prochain, ainsi en faisant le bien pour le bien, et en prononçant le vrai pour le vrai ; on ne veut tirer aucun mérite des actes inspirés par la charité et la foi ; on fuit et on a en aversion les maux, tels que les inimitiés, les haines, les vengeances, les adultères ; on s’interdit même toute pensée accompagnée d’intention concernant ces maux. Par contre, on reconnaît que les péchés n’ont pas été remis, c’est-à-dire éloignés, par les signes suivants : On adore Dieu non pas pour Dieu, et l’on sert le prochain non pas pour le prochain, ainsi l’on fait le bien et prononce le vrai, non pour le bien, ni pour le vrai, mais pour soi et pour le monde ; on veut tirer du mérite des actes que l’on fait ; on n’éprouve aucun déplaisir dans les maux, par exemple dans l’inimitié, la haine, la vengeance et les adultères ; et, d’après ces maux, on porte en toute licence sa pensée sur eux.

168. La repentance qui se fait dans un état de liberté est efficace

Mais celle qui se fait dans un état de contrainte ne l’est pas. Les états de contrainte sont les états de maladie, d’abattement par suite d’infortune, de mort imminente, puis aussi tout état de crainte qui ôte l’usage de la raison. Le méchant qui, dans un état de contrainte, promet de faire oeuvre de repentance et même fait le bien, retourne à sa précédente vie de mal dès qu’il se retrouve dans un état de liberté. Il en est autrement de l’homme bon.

169. Après que l’homme s’est examiné, qu’il a reconnu ses péchés et fait oeuvre de repentance, il doit rester constamment dans le bien jusqu’à la fin de sa vie

Car s’il retombe dans sa précédente vie de mal et s’y attache, il devient un profanateur, car alors il conjoint le mal au bien, ce qui fait que son dernier état est pire que le premier, selon ces paroles du Seigneur :

« Quand l’esprit impur sort d’un homme, il parcourt des lieux arides, cherchant du repos, mais il n’en trouve point. Alors il dit : je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti ; et quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée (pour lui). Alors il s’en va et s’adjoint sept autres esprits pires que lui ; étant entrés, ils s’y établissent et le dernier état de cet homme devient pire que le premier » (Matth. 1 : 2 : 43-45).

LA REGENERATION

173. Celui qui ne reçoit pas la vie spirituelle, c’est-à-dire qui n’est pas engendré de nouveau par le Seigneur, ne peut entrer au ciel.

Le Seigneur l’enseigne dans Jean :

« En vérité, en vérité, je te dis : Si quelqu’un n’est engendré de nouveau, il ne peut voir le Royaume de Dieu » (3 : 3).

174. L’homme, par ses parents, ne naît pas dans la vie spirituelle, mais dans la vie naturelle.

La vie spirituelle, c’est aimer Dieu par-dessus toutes choses et le prochain comme soi-même ; et cela, selon les préceptes de la foi que le Seigneur a enseignés dans la Parole. Mais la vie naturelle, c’est s’aimer et aimer le monde plus que le prochain, et même plus que Dieu.

175. Chaque homme, par ses parents, naît dans les maux de l’amour de soi et du monde.

Tout mal que l’homme accomplit par habitude devient chez lui quelque chose de naturel et se transmet à ses enfants, c’est-à-dire que chacun l’hérite de ses parents, de ses grands-parents, de ses aïeux, et ainsi de suite, en remontant la longue ligne des ancêtres. En fin de compte, cette transmission atteint une telle ampleur que le tout de la vie propre de l’homme n’est que mal. Cet enchaînement héréditaire ne peut être rompu ou changé que par une vie de foi et de charité provenant du Seigneur.

176. L’homme penche continuellement vers le mal qui procède de sa nature héréditaire, et y tombe.

Par suite, il le confirme chez lui et y ajoute encore d’autres maux provenant de lui-même. Ces maux sont absolument contraires à la vie spirituelle ; ils la détruisent. Si donc l’homme ne reçoit du Seigneur une vie nouvelle, qui est la vie spirituelle, autrement dit s’il n’est conçu de nouveau, s’il ne naît de nouveau et s’il n’est éduqué de nouveau, en un mot s’il n’est créé de nouveau, il est damné. En effet, il ne veut que ce qui a rapport à lui-même et au monde, et par suite ne pense qu’à cela, comme on veut et pense en enfer.

177. Nul ne peut être régénéré, s’il n’est instruit dans les choses qui concernent la vie nouvelle, c’est-à-dire la vie spirituelle.

Ces choses sont les vrais qu’il faut croire et les biens qu’il faut faire ; ceux-là relèvent de la foi et ceux-ci de la charité. Nul ne peut les connaître par soi-même, car l’homme ne saisit que ce qui vient à portée de ses sens ; la lumière qu’il tire de ses sens est appelée lueur naturelle. Cette lueur ne lui permet de voir que les choses qui concernent le monde ou lui-même, mais non celles qui concernent le ciel et Dieu ; celles-ci, il ne peut les connaître que par révélation.

Ainsi, il doit apprendre que le Seigneur, qui, de toute éternité, est Dieu, est venu dans le monde pour sauver le genre humain ; qu’à Lui appartient tout pouvoir dans le ciel et sur la terre ; que toutes les choses de la foi et toutes celles de la charité, par conséquent tout vrai et tout bien, viennent de Lui ; qu’il y a un ciel et un enfer ; que l’homme vit éternellement : dans le ciel, s’il a bien agi ; dans l’enfer, s’il a mal agi,

178. Ces choses, et bien d’autres encore, appartiennent à la foi.

Il faut que l’homme les connaisse avant d’être régénéré ; car celui qui les connaît est à même de les penser, ensuite de les vouloir, et enfin de les faire, et par là d’avoir une vie nouvelle. Pour exemple celui qui ne sait pas que le Seigneur est le Sauveur du genre humain ne peut avoir foi en Lui, ni L’aimer, ni, par conséquent, faire le bien à cause de Lui.

Celui qui ne sait pas que tout bien vient du Seigneur ne peut pas même penser que son propre salut vient de Lui, ni à plus forte raison vouloir qu’il en soit ainsi ; par conséquent, il ne peut pas vivre par Lui. Celui qui ignore qu’il y a un enfer, qu’il y a un ciel et une vie éternelle, ne peut pas davantage penser à la vie du ciel, ni s’appliquer à la recevoir. Il en est de même pour bien d’autres choses.

179. Il y a chez chacun un homme interne et un homme externe.

L’homme interne est celui qui est appelé l’homme spirituel et l’homme externe celui qui est appelé l’homme naturel. L’un et l’autre doivent être régénérés pour que l’homme soit régénéré.

Chez l’homme qui n’a pas été régénéré, l’homme externe ou naturel commande, et l’homme interne ou spirituel sert ; mais, chez celui qui a été régénéré, l’homme interne ou spirituel commande et l’homme externe ou naturel sert. De là, il est évident que chez l’homme, dès la naissance, l’ordre de la vie a été interverti, c’est-à-dire que ce qui doit commander sert, et que ce qui doit servir commande. Or, cet ordre-là doit être renversé pour que l’homme soit sauvé, et ceci n’est possible qu’au moyen de la régénération opérée par le Seigneur.

180. Les exemples suivants permettent de comprendre ce qu’il faut entendre par « l’homme interne commande » et « l’homme externe sert »

Et inversement si l’homme place le bien uniquement dans ce qui lui est agréable, dans le lucre et dans le faste, S’il trouve du plaisir dans la haine et la vengeance, et qu’intérieurement il cherche en lui-même des raisons qui le confirment dans ces sentiments, alors son homme externe commande et son homme interne sert. Mais s’il perçoit le bien et qu’il éprouve du plaisir à penser et à vouloir avec bonté, sincérité et justice, et à parler et agir pareillement, alors son homme interne commande et son homme externe sert.

181. L’homme interne est d’abord régénéré par le Seigneur, et ensuite l’homme externe.

Celui-ci l’est au moyen de celui-là. En effet, ce qui régénère l’homme interne, c’est de penser les choses qui appartiennent à la foi et à la charité, et ce qui régénère l’homme externe, c’est de vivre selon ces choses. C’est là ce que signifient ces paroles du Seigneur : « Si quelqu’un n’est engendré d’eau et d’esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jean 3 : 5). L’eau, dans le sens spirituel, est le vrai de la foi, et l’esprit est la vie selon ce vrai.

182. L’homme qui a été régénéré est dans le ciel quant à son homme interne.

Il y est ange parmi les anges et se retrouve au milieu d’eux après la mort. Il peut alors vivre la vie du ciel, aimer le Seigneur et le prochain, comprendre le vrai, apprécier le bien et percevoir la béatitude qui en découle.

LA TENTATION

187. Seuls ceux qui sont en voie de régénération subissent des tentations spirituelles

Car les tentations spirituelles sont des douleurs du mental introduites par les mauvais esprits chez ceux qui sont dans les biens et dans les vrais. Quand ces esprits excitent les maux qui sont chez ces derniers, il se produit alors une anxiété qui est l’anxiété de la tentation. L’homme ne sait d’où elle vient, parce qu’il ne connaît pas cette origine.

188. En effet, il y a chez chaque homme des esprits bons et des esprits mauvais…

Les mauvais sont dans ses maux et les bons sont dans ses biens. Lorsque ce sont les mauvais esprits qui s’avancent, ils réveillent les maux de cet homme. Au contraire, les bons esprits réveillent ses biens. Il en résulte une collision et un combat, qui se traduit pour l’homme par une anxiété intérieure, qui est la tentation. D’après cela, il est évident que les tentations sont produites par l’enfer et non par le ciel. Cela aussi est conforme à la foi de l’Église, qui est que Dieu ne tente personne.

189. Chez ceux qui ne sont pas dans les biens et dans les vrais, il y a aussi des anxiétés intérieures, mais ce sont des anxiétés naturelles, et non pas spirituelles.

Il y a entre elles cette différence que les anxiétés naturelles ont pour objet les choses du monde, tandis que les anxiétés spirituelles ont pour objet les choses du ciel.

190. Dans les tentations, il s’agit de la domination du bien sur le mal, ou du mal sur le bien.

Le mal qui veut dominer est dans l’homme naturel ou externe, et le bien dans l’homme spirituel ou interne. Si le premier est vainqueur, alors l’homme naturel domine ; mais si c’est le bien, alors l’homme spirituel domine.

191. Ces combats se font par les vrais de la foi tirés de la Parole et c’est par leur moyen que l’homme doit combattre les maux et les faux.

S’il se sert d’autres vrais pour combattre, il n’obtient pas la victoire, parce que le Seigneur ne se trouve pas en eux. Comme le combat se fait par les vrais de la foi, c’est pour cela que l’homme n’est pas admis à ce combat avant d’être dans les connaissances du vrai et du bien, et d’avoir, par là, acquis quelque vie spirituelle. Voilà pourquoi ces combats n’existent pas chez l’homme avant qu’il soit parvenu à l’âge adulte.

192. Si l’homme succombe, son état après la tentation est pire qu’auparavant

Een effet, le mal s’est alors acquis la puissance sur le bien ; et le faux la puissance sur le vrai.

193. Comme aujourd’hui la foi est rare, parce qu’il n’y a point de charité,

– car l’Église est arrivée à sa fin – il y a peu d’hommes, de nos jours, qui soient admis dans quelques tentations spirituelles. De là vient qu’on sait à peine ce qu’elles sont et à quoi elles servent.

194. Les tentations servent à donner au bien la domination sur le mal, et au vrai la domination sur le faux

Puis aussi, à confirmer les vrais, et à les conjoindre aux biens, et en même temps à dissiper les maux et par suite les faux. Elles servent aussi à ouvrir l’homme interne spirituel, et à lui soumettre l’homme naturel ; puis encore, à réprimer les amours de soi et du monde et à dompter les convoitises qui en proviennent. Parvenu à ce résultat, l’homme est éclairé et perçoit ce qu’est le vrai et le bien, et ce qu’est le faux et le mal. Ainsi, il acquiert l’intelligence et la sagesse, qui ensuite croissent de jour en jour.

195. Le Seigneur seul combat pour l’homme dans les tentations

Si ce dernier ne croit pas que le Seigneur seul combat pour lui, et remporte pour lui la victoire, c’est qu’il ne subit qu’une tentation externe qui ne lui est d’aucune utilité.

Par Emmanuel SWEDENBORG

Source : http://livres-mystiques.com/

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