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La mafia française ses méthodes, ses réseaux – 4ème partie

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LES AFFAIRES

Les affaires qui secouent la France sont bien souvent Franco-françaises, malgré toutes les tentatives de désinformation.

Le bon sens permet de faire le lien entre elles pour trouver à chaque fois l’empreinte de la mafia. Cette dernière suit le même schéma de fonctionnement quel que soit le pays hébergeur.

Un règlement intérieur dicte à ses chefs d’équipe et ses soldats la conduite à tenir face aux évènements rencontrés. Il n’est donc pas surprenant de retrouver des similitudes dans des meurtres ou des chantages alors qu’ils sont perpétrés dans des pays différents. Il n’est pas étonnant non plus de retrouver les mêmes individus d’une affaire à l’autre.

• l’affaire du meurtre du journaliste kieffer en 2004, en côte d’Ivoire.

Le président Gbagbo ne cesse de répéter qu’il s’agit d’une affaire Franco-française, c’est le point de vue de Robert Dulas dit « Bob » qui a dû se réfugier en France pour ne pas être arrêté par les autorités du pays. Il est soupçonné d’avoir été à l’origine ou d’avoir participé au meurtre, le corps du journaliste n’a jamais été retrouvé.

La commercialisation du cacao serait à l’origine de l’affaire mais rien n’est certain, un incident presque passé inaperçu en décembre 2007 revêt par contre toute son importance, c’est l’arrestation du journaliste Jean Paul Ney.

Ce dernier s’était rendu en Côte-d’Ivoire pour réaliser un documentaire sur Ibrahim Coulibaly, « IB », l’un des principaux opposants à Laurent Gbagbo, et avait aussi pour ambition de filmer un coup d’Etat dont il aurait été averti. En août 2007, il projetait déjà son voyage et en avait parlé à des convives lors d’un repas dans le IVe arrondissement de Paris.

« Manipulations sous haute tension », un documentaire de l’agence Capa réalisé par Jean-Paul Billault, Emmanuel Razavi et Jean-Pierre Cannet, diffusé sur Planète le 22 avril 2009 aborde le piège dans lequel est tombé Jean-Paul Ney.

Un comité de soutien s’est constitué et « reporters sans frontière » s’est préoccupé de son cas. Cette affaire fait penser à ce qu’à vécu Daniel Lainé au Cambodge, mais avec plus de chance. Un comité de soutien s’était aussi constitué, à la différence près qu’aucun documentaire n’avait été réalisé.

Où est la manipulation qui a touché Jean-Paul Ney et à quel niveau ? Ney est associé au président du CIRET-AVT, Yves Bonnet, ancien préfet et directeur de la DST, un ami selon ses dires. Yves Bonnet est aussi associé dans une ONG centrafricaine, « Le Comité national d’investissement », où se côtoient d’illustres personnages impliqués dans le financement de partis politiques français mais où l’on retrouve surtout un protagoniste qui a tout mis en oeuvre pour déstabiliser un témoin de l’affaire Borrel.

Cette ONG est en relation avec une autre ONG, « Fondation sourire d’enfants », immatriculée en Suisse, à Genève, qui elle-même a des membres en relation avec une association russe.

On retrouve encore une fois les ramifications caractéristiques de la «pieuvre».

Les autorités françaises n’ont jamais cherché du côté des ONG africaines pour contribuer à élucider le meurtre du journaliste. L’arrestation de Jean-Paul Ney est-elle un hasard ? Drôles de coïncidences…un journaliste qui disparait, un autre qui se fait mettre en prison, ce dans le même pays. Le point commun n’est peut-être pas évident à trouver entre ces deux journalistes mais la cellule Cambodge étaient particulièrement active pour manipuler les journalistes, allant jusqu’à menacer Daniel Lainé de prison.

Une des étapes pour mener à bien l’enquête sur la disparition du journaliste Kieffer serait de commencer par constater l’évidence en reconnaissant l’existence de la cellule Côte d’Ivoire de la mafia et ensuite le rôle qu’elle a joué dans la disparition du journaliste. Le président Gbagbo a certainement raison dans ses déclarations et il est fort à parier qu’il en connait sur cette affaire plus qu’il ne veut bien le dire.

• l’affaire d’ouvéa en 1988.

Ouvéa est une petite île paradisiaque au nord de Nouméa, la préfecture de Nouvelle-Calédonie. En 1988, l’île est secouée par des affrontements armés entre communautés. La nuit, les militaires venus en renfort sur la grande île passent leur temps à traquer les indépendantistes qui abattent des cocotiers pour couper les routes et n’hésitent pas parfois à creuser une tranchée dans le goudron avec l’objectif de provoquer des accidents. Des coups de feu sont régulièrement tirés contre les gendarmeries, l’aéroport de Touho est tenu par une trentaine de militaires dont certains sont installés sur le toit avec des tireurs d’élite et des armes collectives.

L’ambiance est à l’affrontement permanent, dans les tribus, les couleurs du drapeau français ou kanak sont hissées pour signaler le camp choisi.

«Hasard» du calendrier, le soulèvement kanak d’Ouvéa est déclenché juste avant l’élection présidentielle, le 22 avril 1988, par l’attaque de la gendarmerie de Fayaoue Ouvea où quatre gendarmes sont tués.

Les Kanaks prennent en otage les gendarmes restants et récupèrent leurs armes, des fusils d’assaut et une mitrailleuse. Ils se réfugient dans une grotte pendant que des renforts de la gendarmerie et des militaires de régiments d’infanterie sont déposés sur l’île par avions et hélicoptères. C’est toute une armée qui se met en ordre de marche, la dotation en munitions de l’arme collective de chaque section engagée est renforcée.

Chaque homme est équipé d’une dotation guerre avec la quantité de grenades correspondante. En tout état de cause, l’armée prend au sérieux le potentiel de combat des Kanaks qui connaissent le terrain et sont déterminés à utiliser les armes des gendarmes, un hélicoptère à même été touché en plein vol par des impacts d’arme automatique. Quelques livres sont parus sur l’assaut de la grotte d’Ouvéa, aucun ne cite le déroulement des opérations qui a précédé l’assaut. Pourtant, ce sont ces opérations qui pourraient être à l’origine des ordres donnés de monter à l’assaut alors que les Kanaks étaient disposés à négocier.

L’île d’Ouvéa est parsemée d’une multitude de grottes, un vrai gruyère. La première préoccupation du général Vidal, chargé de mener l’opération, est de localiser les Kanaks et leurs 23 otages, la seule façon d’y arriver étant d’organiser le ratissage de l’île. La compagnie de marche, formée à partir de plusieurs sections de différents régiments provenant de Nouvelle Calédonie, se déploie en ligne et commence à fouiller, baïonnette au canon et mètre par mètre la partie nord de l’île.

A chaque entrée de grotte décelée, une équipe descend effectuer la fouille. Le premier miliaire à se glisser dans un goulot est obligé, vu l’étroitesse du passage, de sortir ses équipements et sa baïonnette du canon ne gardant avec lui que son fusil d’assaut, deux chargeurs dans ses poches de treillis et un chargeur sur l’arme. La grotte a une superficie d’au moins 100 m² «habitables» et au fond il trouvera des livres révolutionnaires ainsi que des passeports aux noms de plusieurs Kanaks.

La saisie laisse penser que la prise d’otages et l’attaque de la gendarmerie sont le fruit d’un long travail d’endoctrinement.

La même impression se dégagera lorsque des parachutistes fouilleront l’école et trouveront des slogans anticolonialistes et des dessins révolutionnaires dans une classe de maternelle. La compagnie s’est postée en garde au niveau du village de Gossanah lorsque deux parachutistes alertent leur sous-officier, ils tiennent en joue l’instituteur qui s’était égaré par mégarde.

La population de l’île n’ayant plus l’autorisation de circuler librement, chaque civil rencontré ne peut qu’être suspecté de faire partie des preneurs d’otages. Les baïonnettes au bout des canons tendent la peau de la gorge de l’instituteur qui a du mal à respirer de peur de se retrouver transpercé. Dans ce contexte de stress, les parachutistes demandent à leur chef de groupe : « On le tue ? » leurs doigts avaient déjà rattrapé le jeu de détente de leur fusil, un millimètre de plus et deux balles lui aurait simultanément fait exploser la tête. La réponse du sous-officier a fort heureusement été celle d’un vrai professionnel et il a fait raccompagner l’instituteur en lieu sûr.

Le soir venu, la section de parachutistes s’installe sur une petite piste où elle va subir pendant une partie de la nuit, sous la pluie, les tirs au FAMAS54 de deux Kanaks qui cherchent à rejoindre leur grotte. Ils y parviendront d’ailleurs certainement en testant au passage la défense d’une autre section.

C’est le soir des résultats du premier tour des élections présidentielles, Mitterrand est en tête et il a toutes les chances de gagner au deuxième tour.

La section de parachutistes reçoit le lendemain la mission de fouiller le village de Gossanah, de vrais professionnels qui investissent le village et sur qui le commandement peut compter. Des gendarmes ont placé des scellés sur les poignées des portes d’entrée de chaque maison après avoir regroupé les derniers villageois dans le sud de l’île. La réaction est immédiate, à grands coups de Rangers, les portes sont défoncées et s’effondrent.

Afin d’éviter de se laisser surprendre durant la fouille, une équipe supplémentaire équipée d’une arme collective couvre le dispositif. Dans les cases, les parachutistes retournent chaque meuble, cassent tout ce qui peut être cassé afin d’être certains que rien ne leur échappe. Les armoires de rangement des enfants, comme des parents, sont systématiquement réduites en morceaux. Les matelas sont éventrés à coups de poignards US. Rien n’est laissé en l’état, sauf la télévision dans la maison du maire du village, c’est le seul appareil qui n’est pas détruit.

Le bureau du maire est personnellement fouillé par le sous-officier du détachement, au moment où le bureau se renverse et se disloque au sol, des insignes publicitaires du FLNKS55 s’en échappent. Le tapis de sol sur lequel se trouvait le bureau laisse découvrir une cache dont la petite trappe sautera rapidement sous les coups portés par les crosses des fusils de deux parachutistes.

Le sous-officier en sort un volumineux carton rempli de documents internes au FLNKS, des carnets de chèques de métropole au nom de plusieurs personnes, des cahiers avec des listes de noms, le suivi des cotisations et dons au mouvement indépendantiste, des plans de l’île où des croix figurent, laissant penser qu’elles donnent la position de caches, enfin des courriers provenant de métropole. Le sous-officier prend furtivement connaissance de quelques documents puis referme le carton, effrayé. La fouille terminée, il ne reste plus rien du village sauf les murs et les toits. Des tas de vêtements trainent partout, mélangés à la vaisselle et à tout ce qui a pu être cassé.

Une liasse de billets de banque, que des parachutistes de 1e et 2e classe ont l’autorisation de se partager, est même trouvée sous un matelas.

Le détachement étant retourné à ses postes de combat, le sous-officier, bien embarrassé par sa découverte, prend la décision de faire porter le carton directement auprès du général Vidal avec l’ordre formel de le lui donner en personne. Lorsqu’on connaît la rigueur de ces engagés volontaires parachutistes, l’ordre est bien sûr exécuté. L’arrivée sur l’île de Bernard Pons, alors ministre des départements et territoires d’Outre-mer, suit de peu cette découverte et tous les militaires engagés dans l’opération de ratissage effectuent un repli de plusieurs kilomètres, la route qui conduit au sud est alors jalonnée de longues colonnes de militaires épuisés.

La section de parachutistes est quant à elle dirigée vers une école où stationne déjà le GIGN56, les railleries des gendarmes à l’encontre des paras, qu’ils qualifient de « bidasses », déclenchent une rixe qui ne s’interrompt qu’avec l’intervention des deux officiers des détachements respectifs. En attendant, les documents trouvés dans le carton ont certainement été mis en lieu sûr et classés « Secret Défense »57. Toute l’explication des évènements et les raisons pour lesquelles des gendarmes ont été tués s’y trouvent. La justice aurait pu s’intéresser à ces documents non seulement pour comprendre l’affaire d’Ouvéa mais plus encore pour comprendre les évènements qui ont ébranlés la Nouvelle Calédonie depuis plusieurs années et en trouver les vrais responsables.

Le 5 mai 1988, 130 militaires prennent part à l’assaut de la grotte et la prise d’otage se termine dans un bain de sang.

L’opération se solde par dix-neuf morts kanaks et deux militaires, 25 morts au total avec les gendarmes assassinés lors de l’attaque de la Gendarmerie.

Sur dix-neuf cadavres décomptés le 5 mai 1988 autour de la grotte d’Ouvéa, douze sont retrouvés une balle dans la tête, exactement au même niveau pour chacun. Ce ne sont pas des tirs provenant de l’échange de coups de feu durant l’assaut mais des tirs de sang froid, méthodiques et précis, sur des cadavres ou des blessés pour les achever. Ils ne proviennent certainement pas de militaires ayant participé à l’assaut car, y compris pour les meilleurs éléments de l’armée française, lorsqu’un assaut se termine, et particulièrement dans les conditions d’Ouvéa, les hommes se retrouvent dans un état second. Ils goutent alors au plaisir d’être vivants, en bon état et comptent leurs morts. Ce sont avant tout des professionnels faisant leur travail et parfaitement capables de se contrôler, ces balles dans la tête ne sont pas de leur fait.

Parmi les morts kanaks, Venceslas Lavelloi était un ancien sergent de l’armée française devenu un indépendantiste convaincu. Surnommé Rambo, il passait pour l’un des meneurs de la prise d’otage et l’un des plus exaltés. « Mon père n’était pas la brute qui a été décrite », assure sa fille Julienne. Il est mort dans des conditions pour le moins suspectes, à la fin de l’assaut. D’abord emmené comme prisonnier, il a été retrouvé dans la grotte, tué d’une balle en plein ventre.

« Il a été victime d’une exécution sommaire », affirme-t-elle. L’autre chef, Alphonse Dianou, a succombé de manière aussi trouble.

En août 2008, lors d’une émission de France Culture, voici ce que Michel Rocard déclare à propos de l’amnistie conclue entre Kanaks et Caldoches : « Ce que je savais moi – et que j’étais seul à savoir, je ne pouvais pas le dire aux autres délégations parce qu’il ne fallait pas que le secret sorte – c’est qu’il y avait aussi des officiers français… enfin, au moins un et peut-être un sous-officier, on ne sait pas très bien… à la fin de l’épisode de la grotte d’Ouvéa, il y a eu des blessés kanaks et deux de ces blessés ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier. »

Michel Rocard et la fille de Lavelloi ont certainement raison tous les deux, ce qui n’explique toutefois pas les balles logées dans les têtes. La sensibilité des documents retrouvés dans la maison du maire de Gossana par les parachutistes justifient cependant et amplement que l’on ait voulu faire disparaitre ces Kanaks qui auraient pu parler et que l’on «achève les morts» comme les survivants de l’assaut. Cette basse besogne n’a pu se dérouler qu’après le combat et ne peut qu’être l’oeuvre d’»idéalistes» mal contrôlés qui, blessés dans leur orgueil de n’avoir pas eu «l’honneur» de monter à l’assaut, se sont empressés de se distinguer en exécutant des ordres avec le souci du détail. Placer une balle dans la tête d’un mort et recommencer sur un autre… il faut avoir été militaire dans les troupes d’élites pour comprendre cet état d’esprit.

Mais ce qu’il faut aussi comprendre, c’est qu’un militaire n’aurait jamais pris de lui-même la décision de se porter sans ordre devant chaque corps pour y loger une balle dans la nuque, avec une précision identique pour chaque individu. Il n’aurait pas non plus tiré dans le ventre d’un prisonnier sans avoir reçu la « mission » de le faire.

La notion de mission est celle qui anime le militaire et va lui donner toute la légitimité de son acte. Sans ordre et sans mission, le militaire n’aura pas « l’honneur de servir », de se dévouer pour une cause. Le profil psychologique de ce ou ces militaires est facile à trouver parmi ceux qui se trouvaient à proximité de la grotte après l’assaut. A coup sûr, ces petites mains ont quitté l’armée bien avant 2010 et sont employées par une cellule mafieuse ou ont subi un accident mortel.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’on connaît aussi la culture et les coutumes kanakes, il est difficile de croire que les preneurs d’otages aient vraiment eu l’intention d’attaquer la gendarmerie pour y tuer des gendarmes. La situation leur a plutôt échappé et ils se sont retrouvés dans une spirale de violence sans pour autant vouloir le résultat que l’on connait. Beaucoup s’accordent à penser qu’ils ont été incités à faire une action d’éclat pour faire parler de la cause indépendantiste en période d’élection. Mais qui les y a incités ? Les documents trouvés par les parachutistes pourraient une fois de plus en donner la réponse.

Certains des courriers contenus dans le carton étaient signés de décideurs politiques qui donnaient des instructions précises quant à l’organisation, plusieurs mois avant l’attaque de la gendarmerie, d’un « voyage d’études » dans un pays étranger et sur la conduite à tenir pour rallier les médias métropolitains à leur cause. Comme le noir est le blanc et inversement, de quelle cause s’agissait-il ? Certainement pas celle du peuple kanak mais fatalement celle qui allait utiliser la cause kanak pour semer le trouble dans l’élection présidentielle au profit d’une autre cause. Un jeu de manipulation où l’intérêt politique sacrifie ses fils d’Outre-mer.

L’assaut et l’assassinat des Kanaks survivants a eu lieu trois jours avant l’élection présidentielle où Mitterrand était donné gagnant. Trois jours pour faire disparaître les preuves d’un acte d’éclat de Kanaks qui étaient bien loin de penser que, même morts, ils représentaient un tel danger qu’on a préféré leur loger une balle dans la tête ! Bernard Pons déclarait en conférence de presse : « Il y allait de l’honneur de la France et de la vie des otages. » Jean-Marie Le Pen pour sa part : « J’approuve la méthode du gouvernement, il faut faire obtenir force à la loi. Il a fait face et a fait respecter la loi et l’Etat. »

C’est certain, tout est une question d’honneur et de respect de la loi. Ceux qui ont assuré les basses besognes ont un sens aigu de l’honneur et pour ce qui est de la loi, le nouveau gouvernement de Michel Rocard entame des discussions et clos le dossier le 26 juin 1988, soit moins de deux mois après l’assaut, par la signature des accords de Matignon. Accords qui incluent une loi d’amnistie qui s’applique à tous les faits liés à l’assaut, donc l’après assaut, ainsi qu’à la préparation de cette journée du 22 avril 1988.

Que ce soit pour la gauche ou pour la droite, l’énormité de la manipulation des Kanaks n’était pas bonne à divulguer aux Français. Les victimes en sont bel et bien les Kanaks, sans pour autant oublier les gendarmes et militaires qui y ont laissé leur vie. Les morts ont ce point commun d’avoir été ensemble manipulés pour une cause qui n’était pas la leur.

Plus de vingt ans après ce tragique épisode, que les acteurs de la vie politique de Nouvelle-Calédonie ne se méprennent pas sur les actuelles intentions de la mafia et qu’ils ne minimisent pas son pouvoir de nuisance.

Les accords de Nouméa qui ont été signés le 5 mai 1998 et prévoient un transfert de souveraineté ne sont certainement pas vus du meilleur oeil par ces «idéalistes», qui faut-il le signaler une nouvelle fois n’ont rien à voir avec l’Etat français. Pour les mafieux, cela ne sert en rien la Cause d’une France qui a déjà tant perdu de son influence.

La Nouvelle-Calédonie est si riche qu’il parait inconcevable que rien ne sera tenté pour saborder ce processus d’indépendance, quitte à ce que l’île devienne un vaste champ de bataille.

La méthodologie mafieuse aurait plutôt intérêt à manipuler les uns et les autres pour réduire les bonnes volontés politiques afin de substituer au dialogue la violence. La même qui a abouti à l’affaire d’Ouvéa et aux évènements qui ont endeuillé l’île durant plusieurs années.

A n’en pas douter, la mafia a déjà préparé ses opérations de manipulation en projetant d’approcher les décideurs politiques locaux et de métropole. L’histoire peut se répéter et l’expérience passée sera mise à profit par les mafieux pour atteindre leur objectif. Personne ne comprendra pourquoi la spirale de haine est réapparue, pourquoi tous les efforts passés n’ont mené à rien. La mafia tentera alors de reprendre l’initiative et pilotera à sa convenance les évènements, au besoin en développant une politique de « terre brûlée » si elle devait être impuissante face à l’aboutissement du processus en cours.

Ce sombre scénario ne tient néanmoins pas compte de la lucidité des différents acteurs politiques et de la sagesse des traditions kanaks qui favorisent la mise en oeuvre du processus dans le calme et le temps, sans menace et violence. Les bonnes volontés sont assez nombreuses en Nouvelle-Calédonie et en France pour ne pas se laisser dévier de l’intérêt collectif et du bien être de chacun. Quoi qu’il en soit, pour les deux partenaires, il faudra aussi tenir compte de cette force cachée et manipulatrice qu’est la mafia ; pour que vivent heureux et en paix ceux qui aiment la Nouvelle-Calédonie.

• l’affaire du meurtre du juge borrel en 1995 à djibouti.

C’est l’affaire où l’implication de la mafia française est la plus flagrante.

Encore faut-il accepter l’idée qu’une mafia française existe bien pour comprendre l’affaire de l’assassinat du juge Borrel. Les faits sont à comparer avec ceux relatés au sein de la cellule Cambodge.

Le 19 octobre 1995, au bas d’un dénivelé rocheux, des gendarmes français découvrent le corps à moitié calciné du juge Bernard Borrel. L’endroit où est retrouvé le corps est situé en bordure du golfe du Goubet. Le constat effectué par le policier de l’ambassade de France conclut à un suicide par le feu. Ce dernier n’a pourtant pas relevé un détail d’importance, celui d’un hématome rond, quasi parfait, sur la tête de Bernard Borrel. C’était « comme s’il avait reçu un coup de maillet dans le front », explique la capitaine qui travaillait à la morgue à Alexandre Barrier, appelé du contingent. Il se souvient aussi que sa hiérarchie lui a fait signer un papier de confidentialité qui lui interdisait de divulguer de qu’il avait vu.

Durant dix ans, cette information restera ignorée et ce n’est qu’en 2007 qu’elle sera portée à la connaissance de la justice française. En réalité, tout a été fait depuis le début pour que l’affaire soit enterrée au plus vite en faisant croire à un suicide. Ce n’est que grâce à l’acharnement de madame Borrel que la justice reviendra sur cette thèse officielle et conclura à un assassinat.

Le 3 février 2004, la juge Sophie Clément questionne le professeur de médecine légale Patrice Mangin sur les coups portés au juge, plus particulièrement au sujet de ce coup au front et à l’avant bras. Sa réponse est claire : « Le traumatisme à la tête ne pourrait pas provenir d’une chute du corps sur les rochers. Il résulte d’un coup porté avec un instrument contondant. »

A la question de la juge pour savoir si M. Borrel aurait pu s’asperger d’essence debout ou à genoux et ensuite courir vers l’endroit où il a été retrouvé, le professeur est formel : « Non, ce n’est pas possible. » Après ces réponses, le procureur de la République de Paris déclarera que « il n’a jamais caché dans son analyse du dossier qu’il considérait que Borrel avait été assassiné ».

Les nouveaux éléments de l’enquête joints au dossier, constatations médico-légales et pyrotechniques, contredisent formellement la thèse du suicide qui constituait jusque là la « thèse officielle ». Les soupçons se tournent alors vers l’entourage de l’actuel président de la République de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh. Régis Ollivier, chef de l’antenne DGSE à Djibouti en 1995, déclare à la juge française « qu’il s’agit d’une affaire politique dont la réponse ne peut être que politique. D’Etat à Etat ». Un autre officier de la DGSE cite une source de son service qui lui « a donné des détails sur la légende construite autour de la mort de Bernard Borrel pour dissimuler l’assassinat et également pour que sa mort serve d’exemple ».

La notion « d’exemple » chère à notre mafia ! Un investissement prévu pour rapporter x fois la mise perdue. La notion d’exemple qui fait partie des règles du code d’honneur à respecter.

A Djibouti, depuis bien longtemps déjà, certains Français tirent profit de commerces en tous genres – prostitution, principalement d’Ethiopiennes, drogue, etc. – Il y a des règles à respecter et l’entraide est de mise entre eux. Un autre militaire des services de la direction protection sécurité défense (DPSD) reconnaît que « les commanditaires du suicide étaient certainement des gens haut placés au gouvernement de Djibouti. Ismaël Omar Guelleh était mêlé à toutes les grandes affaires, attentat du café de Paris en 1990, trafics d’armes, d’argent…

Certainement que monsieur Borrel en savait trop sur ces affaires ». Eric Halphen, ex-juge d’instruction, bon connaisseur des réseaux politico-financiers, y décèle la patte des services secrets : « Lorsqu’on veut salir quelqu’un, le décrédibiliser, dit-il, on lui construit une légende en jouant sur différents ressorts. Les Anglais appellent cela le MICE, le pluriel de souris, M comme Money, I comme Ideology, C comme Compromission, E comme Ego. » Exactement la marque, non des services secrets, mais de la mafia française.

La particularité de Djibouti, comme du Cambodge, est que si l’on cherche quelque chose, on est assuré de trouver. Djibouti est un très petit pays où l’activité commerciale se limite à une rue de 200 mètres, la place Ménélik, et un ou deux supermarchés pour occidentaux. C’est du moins le descriptif qui pouvait en être fait dans les années 1990/1995. Il est évident que le juge Borrel n’a pas eu trop de difficultés à apprendre le fonctionnement et les affaires illégales du pays.

A partir du moment où il a cherché des informations sur une affaire, toutes les autres se sont dévoilées à lui. Les trafiquants ont de plus un sentiment d’impunité par rapport à tous les trafics traditionnels qui s’y déroulent. Un des plus gros est celui du khat, drogue locale à base de feuilles qui se mâchent pour se donner une impression d’invulnérabilité.

Les chauffeurs de taxi en prennent régulièrement et avec certains d’entre eux une course devient vite un parcours à sensations. Le marché du khat est colossal à Djibouti et fait vivre des milliers de distributeurs et de petits revendeurs. La drogue est un des problèmes majeurs de l’armée française qui doit lutter contre sa consommation chez les jeunes militaires. Le pays est si pauvre en distraction, et qui plus est soumis, dès 1991, a des restrictions de déplacement à cause de la guerre avec le FRUD58, que les jeunes se tournent vers la drogue locale vendue librement. A la drogue locale, la drogue dure se substitue ensuite.

Il est donc flagrant que le juge Borrel a connu les détails, non pas d’une affaire, mais de plusieurs.

Mais plus que la drogue, d’autres trafics ont dû apparaître au juge. Arrivé en avril 1994 auprès du ministre djiboutien de la Justice pour effectuer des missions de coopération, le juge Borrel aurait mené des investigations sur l’attentat du café de Paris en 1990. Le soir du 27 septembre59 1990, plusieurs grenades sont lancées dans le café de Paris fréquenté par des occidentaux, les agresseurs en lancent ensuite dans la rue d’Ethiopie.

Les explosions dans le café fauchent plusieurs personnes dont le petit garçon d’un adjudant-chef du 5e RIAOM60. Il venait juste d’accueillir à l’aéroport sa famille qui l’avait rejoint. Les récits de cette attaque décrivent la panique qui s’ensuit après la première explosion, les éclats de vitres et de grenades qui scindent l’espace du bar, des militaires en tenue couverts de sang et d’autres qui cherchent en toute hâte à s’enfuir. Les secours ont mis plusieurs longues minutes avant d’intervenir, les premiers soins étant dispensés directement par les blessés légers. Au cours de la soirée, plusieurs blessés rejoignent le 5e RIAOM par leurs propres moyens en taxi, à leurs frais. Ils se sont présentés au service de garde en lambeaux, couverts de sang et se tenant les uns les autres.

La dizaine de blessés répertoriés officiellement dans l’attentat est largement dépassée par le nombre de blessés légers qui ne sont pas restés sur les lieux de l’attentat.

Les sept casernes de l’armée française s’attendront à d’autres attentats dans la nuit. La garde est renforcée mais rien ne se passe. Le lendemain matin, les discussions vont déjà bon train : « Ici à Djibouti c’est fréquent. Dès que la France ne veut pas payer des rallonges à ce qu’elle paye déjà à l’Etat djiboutien, il y a un attentat.

L’attentat d’hier soir provient du neveu du président Hassan Gouled Aptidon, qui est le patron de la Sûreté nationale et du service de documentation et de sécurité. » D’autres militaires n’hésitent pas à commenter : « L’attentat était bien programmé et les grenades qui n’ont pas explosé ne sont pas le fait du hasard. Elles ne devaient pas exploser pour donner uniquement le change et faire croire que tout le monde était visé. Ce qui est faux, c’était truqué. » Même dans l’armée française, personne n’ose dire ouvertement le nom du commanditaire, Ismaël Omar Guelleh. Les mois qui suivent sont ceux de la montée en puissance de la guerre du Golfe.

Le souvenir de cet attentat est encore présent et des mesures draconiennes de sûreté sont prises par l’Etat-major, bus scolaires accompagnés par des jeeps armées, tireurs d’élites sur les toits de l’école catholique. C’est le début d’une longue période d’insécurité qui sera confirmée par l’arrivée dans le paysage politique et militaire du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD), la guerre civile débute en 1991 entre les Afars et le pouvoir djiboutien.

En 1992, mal entraînée et mal armée, l’armée djiboutienne tombait dans des embuscades meurtrières et les soldats n’arrivaient pas à reprendre le terrain perdu. Tous les soirs, des camions chargés de blessés rentraient en ville en croisant les chars français qui prenaient position sur le poste 20 face à la frontière somalienne.

En fait, l’armée française n’apportait aucun soutien à l’armée du pays, les activités du 5e RIAOM, de la 13e DBLE61 et du BCS62 semblaient ne pas être perturbées par cette guerre qui taillait en morceaux l’armée du président Aptidon. Il est même arrivé qu’une compagnie du RIAOM effectue en dehors de Djibouti une séance de tir alors que le bruit des armes lourdes semblait indiquer que les combats entre les deux factions se déroulaient à proximité immédiate. Si proche, que les Djiboutiens, excédés par l’attitude des militaires français, ont menacé de retourner leurs armes contre eux s’ils ne dégageaient pas la zone pour rejoindre la capitale au plus vite. Le FRUD aurait certainement pu atteindre le centre ville en écrasant facilement son adversaire. Ismaël Omar Guelleh n’hésitait pas quant à lui à déclarer que la rébellion était un complot fomenté par les socialistes français, alors au pouvoir en France. Il est en revanche incontestable que la France avait une certaine complaisance envers les rebelles, à Djibouti, il se disait même que des agents de la DGSE ou des mercenaires étaient derrière les attaques meurtrières du FRUD.

Militairement, le conflit avec le FRUD ne dure pas longtemps. A la surprise générale, l’armée djiboutienne s’est ressaisie, la seule explication étant qu’elle a trouvé entre 1992 et 1993 de quoi s’équiper pour reprendre le dessus sur les assaillants. Or, nous savons que la France était plutôt favorable au FRUD pendant le conflit, le gouvernement de Pierre Bérégovoy n’a donc pu être à l’origine de cet appui, ni le gouvernement suivant mais la mafia française, oui.

En 1994, un traité est signé entre une partie du FRUD et le gouvernement djiboutien, le régime du président Aptidon est sauvé de justesse mais certainement pas grâce à ses capacités à faire la guerre. Coïncidence ou pas, l’époque de la reprise en main de l’armée du président Aptidon est aussi celle où l’ex-préfet Marchiani dirige sa société d’import SOFREMI-SERVAIR. Dans l’édition du 21 décembre 1995, l’hebdomadaire français « l’Evènement du Jeudi » révèle que des mines anti-personnel auraient été livrées à l’Erythrée, confronté à une guérilla « communiste » et, fait du hasard, « cette livraison s’est réalisée deux mois après l’assassinat du juge Borrel ».

En 2003, dans l’affaire de l’Angolagate, l’ex-ministre de la Défense François Léotard n’hésitait pas dénoncer une diplomatie parallèle menée, selon lui, par Charles Pasqua entre 1993 et 1995. En 1993, François Léotard avait visité les troupes françaises du Cambodge mais à qui obéissaient les militaires français de Phnom Penh ? Il faut bien avouer que ces années et celles qui en découlent ont été riches en évènements qui ont terni l’image de la France.

En 1995, Bernard Borrel comptait se rendre à Paris quatre jours après la date de sa mort. Il a eu aussi peu de chance que les Kanaks qui ont trouvé la mort trois jours seulement avant l’élection présidentielle. Quelques jours plus tôt, il avait confié à son épouse qu’il était angoissé mais ne pouvait lui dire pourquoi sans la mettre en danger. Avait-il appris des choses qu’il ne devait pas apprendre ? Ils étaient nombreux en tout cas à avoir des raisons de craindre le «juge fouineur» dans un pays où la corruption touche même les militaires français. Dans les premières années qui suivent la découverte du corps, certains diront qu’il avait prémédité son suicide, n’avait-il par exemple pas fait le plein de son jerrican de voiture avant de quitter la capitale ? Les consignes de sécurité exigent pourtant de quitter la ville avec le maximum de carburant, les légionnaires du poste de contrôle de la route du grand barra peuvent ainsi contrôler la dotation en carburant des véhicules civils. Le juge Borrel n’a donc fait que respecter les consignes de sécurité.

Des témoins Djiboutiens diront que deux voitures ont passé les postes de contrôle djiboutien et français de la Légion, au PK 20. Lors de ces contrôles, le numéro de la voiture ainsi que les noms des passagers sont relevés, or, les mains courantes ont disparues. La voiture du juge est retrouvée face à l’Ile du Diable, ce n’est pas un hasard, il s’agit d’un message de la mafia, le juge a été tué pour l’exemple. Pour «l’exemple» veut dire que son corps devait être retrouvé et sa mort connue, il aurait sinon été facile de le jeter à l’eau afin qu’il soit dévoré par les requins.

Au contraire, il a volontairement été descendu et arrosé de deux carburants différents à un endroit précis, à 80 mètres le long d’une forte dénivellation. Un endroit d’où le feu est visible à l’opposé du golfe du Goubet, soit du centre commando d’Arta plage où des militaires français sont présents ou à proximité des deux compagnies de combat d’Arta. De nuit, un feu est parfaitement visible et sans jumelles, l’utilisation des signaux lumineux est de plus une technique de communication apprise dans l’armée et souvent employée en toute discrétion pour préparer des débarquements nocturnes. A partir de ce moment, il n’y a même pas de compte-rendu radio à effectuer pour confirmer que la cible est bien morte, la mission est considérée comme accomplie. Il parait aussi peu probable que le juge ait été tué près de la voiture qui a été retrouvée car à Djibouti, il y a quelqu’un partout, de nuit comme de jour, le désert n’est jamais vide. Lorsqu’ils font des séances de tirs, les militaires ont bien souvent la surprise de trouver un nomade avec sa caravane de chameaux qui sort d’on ne sait où. Le juge n’a donc pu être abattu que dans un endroit discret, encaissé par un mouvement de terrain, où des complices veillaient à ne pas être dérangés.

C’est donc bien d’un contrat qu’il s’agit. Comme pour le Cambodge, il y a toute une culture du meurtre propre au pays et à Djibouti, les meurtres d’occidentaux ont leur marque particulière. A plusieurs reprises des militaires ont ainsi été tués et leurs corps retrouvés en morceaux dans des sacs poubelles. La mise en scène du «suicide» du juge Borrel porte donc la marque de la mafia et fait penser aux meurtres du Vercors, dans l’affaire de l’Ordre du Temple Solaire63.

La marque sur le front du juge pourrait être effectivement celle d’un maillet et revêt une symbolique qui reste à déterminer. Il s’agit plus probablement d’une manipulation montée à l’encontre des Francs-maçons pour faire croire que le coup porté pourrait être de leur fait, ces derniers utilisant en effet des maillets pour rythmer le travail en Loge. Cette hypothèse est tout simplement ridicule, si de vrais Francs-maçons avaient voulu laisser leur marque, ils auraient aussi utilisé un ciseau64, outil associé au maillet, et sa marque serait bien visible. Le maillet seul ne représente rien en Franc-maçonnerie, l’utilisation de cet outil en arme a donc été servie par un non initié, un profane65 qui a probablement voulu faire diversion vers la Franc-maçonnerie.

Se pose tout de même la question de savoir pourquoi et par qui le juge était accompagné lorsqu’il est sorti de Djibouti-ville, il existe d’ailleurs d’étranges similitudes avec les meurtres des deux Corses au Cambodge. Dans la logique des méthodes de la mafia, le juge s’est certainement fait piéger comme l’ont été beaucoup de cibles au Cambodge et à Djibouti. Un dossier a vraisemblablement été constitué sur lui qui devait le faire tenir tranquille et l’inclure dans le dispositif pour en faire une nouvelle recrue. Face aux pressions, le juge s’est peut-être posé des questions devant la conduite à tenir, fallait-il plier, résister, l’intérêt de sa famille dépendait aussi de ce choix. Les « bons soldats » sont récompensés par la mafia, il suffit pour cela d’accepter l’ordre imposé et de respecter la hiérarchie.

Si la mafia a décidé de l’éliminer, c’est qu’il représentait un danger pour l’organisation tout entière et qu’il a refusé un compromis. Deux cas de figure ont pu se présenter : il a poursuivi ses investigations sur les trafics et, conscient du piège qu’on lui tendait, refusé tout compromis ou, face aux menaces qui pesaient sur sa famille, il s’est retrouvé dans l’impossibilité de refuser une rencontre avec les responsables des trafics sur lesquels il enquêtait. Pour protéger sa famille, il s’est donc volontairement mis en danger et s’est en quelque sorte sacrifié. Beaucoup de ceux qui connaissent le fin mot de l’affaire ont joué sur cette ambiguïté pour valider la thèse du suicide, arguant que tenir tête à la mafia revient à se suicider.

De fait, la version du suicide était apparemment déjà arrêtée lorsque les gendarmes français ont découvert le corps au petit matin du 19 octobre 1995. Là encore, lorsqu’on connaît Djibouti, il n’est pas possible que des gendarmes français découvrent par hasard une voiture perdue, et un corps un peu plus loin, sans avoir été avertis. Le scénario est grotesque et il apparaît évident que des ordres, français, leur ont été donnés pour patrouiller dans cette zone sous un prétexte quelconque.

C’est au niveau des «ressources humaines» que se situe le point faible de la mafia et que les relations avec la cellule Cambodge commencent à se faire jour. En 2005, lors d’une enquête diligentée par le procureur de Clermont-Ferrand, les gendarmes recueillent un témoignage concernant Miniana, ce policier qui a conclu au suicide du juge en moins de dix minutes, mais ce témoignage n’a alors rien à voir avec l’affaire de Djibouti. Miniana est ce policier de l’ambassade de France au Cambodge qui a été cité dans un procès-verbal comme « étant tenu par les mafieux français de Phnom Penh ou subissant un chantage de leur part ». Cette information aurait été confirmée par la rédaction d’une fiche sur sa personne et portée à la connaissance de l’attaché militaire de l’ambassade par les services français. Il y a là le jeu de l’armée avec les services officiels et d’un autre côté celui de la mafia, deux entités différentes qui n’ont rien à voir entre elles, si ce n’est d’être éventuellement complémentaires.

On retrouve dans les témoignages d’autres informations où des personnes sont déjà citées au sujet des activités de la cellule Cambodge. Par exemple, le disque dur de la société Triangle, où les fiches de chantage étaient enregistrées, aurait été déplacé par le militaire à qui la DPSD66 avait demandé d’infiltrer le réseau et une amie à lui, madame Joly.

Ce disque dur aurait été déposé de nuit auprès de la MAM (Mission d’assistance militaire, forte d’une vingtaine de conseillers militaires français et installée le long d’une rue qui est louée par la France à l’Etat cambodgien) mais, au lieu de le transmettre à l’attaché militaire de l’ambassade, les militaires de la MAM se seraient trompés de destinataire et l’auraient remis… au commissaire Miniana. Il y avait dans ce disque dur tous les chantages et au moins l’historique de la cellule Cambodge, si ce n’est celui d’autres cellules… sans compter la fiche de Miniana ! C’est l’histoire qui a été relatée sur procès verbal aux enquêteurs de la Gendarmerie.

Le commissaire Miniana a pris sa retraite en 2008 et a été employé par l’ex-directeur national de la Police judiciaire, Jacques Franquet, qui est à présent le directeur de la sécurité d’un grand groupe français. Le 21 février 1995, Jacques Franquet, nommé par Charles Pasqua, avait démissionné après le scandale suscité par l’affaire Schuller-Maréchal. Il avait placé sur écoute irrégulière le beau-père du juge Eric Halphen, alors sur la piste des fausses factures du RPR67. Comme quoi, être fidèle à ses anciens patrons permet de ne jamais se retrouver sans emploi. Miniana n’est pas le seul acteur à retenir toute l’attention dans l’affaire Borrel, Alain Romani est aussi un personnage clef de l’affaire, soupçonné d’être impliqué dans l’assassinat du Juge. Fils de l’intendant de l’ancien président Aptidon, Romani est aussi l’ancien patron de « L’Historil », ce bar de Djibouti qui a subi l’attentat du 18 mars 1987 et fait 14 morts dont 5 Français, ainsi que 40 blessés.

Le jour de la découverte du corps du juge Borrel, le 19 octobre 1995, Mohamed Aloumekhani, à l’époque lieutenant de la Garde présidentielle djiboutienne, affirme avoir vu Alain Romani débarquer dans les jardins de la Présidence en compagnie de quatre autres personnes à bord de deux véhicules. Il affirme par ailleurs que l’un des membres du groupe s’est approché d’Ismaïl Omar Guelleh et lui a dit en langue somalie : « Le juge fouineur est mort et il n’y a plus de trace. »

Suite au témoignage relatant ces faits, Romani, qui est accusé par les parties civiles d’avoir participé à la «réunion de crise» autour d’Ismaïl Omar Guelleh dans les jardins de la présidence, fait remettre à la juge Sophie Clément des documents certifiés attestant sa présence ce jour-là à… Saint-Denis de la Réunion. L’alibi semble solide, toutefois, quand on connait le personnage, l’authenticité des papiers peut légitimement être mise en doute. Etait-il donc bien à la Réunion ce soir là ?

Quoi qu’il en soit, cela ne veut pas dire non plus qu’il a participé à l’assassinat. Alain Romani se dit honorable, au dessus de tout soupçon et s’indigne de la mauvaise presse qui lui est faite, on peut le comprendre sur ce point d’autant qu’il semble tout aussi apprécié par la communauté corse de la Réunion. En 2005, Alain Romani fait malgré tout de nouveau parler de lui dans un autre pays et pas le moindre. Au mois de novembre, sur le site Khmer-Network, s’ouvre un forum de discussion consacré à Solaris Cambodge. C’est un grand déballage, on y parle de ses escroqueries, du blanchiment d’argent… les échanges se font précis et apportent des éléments nouveaux permettant de mieux cerner le rôle joué par la mafia.

Internaute « Bong » écrit par exemple, le 9 décembre 2005 : « Pour ma part, je n’ai jamais rencontré ces deux énergumènes (Pierot et Franchi) qui disaient travailler pour la DGSE, notamment sur des affaires de pédophilie. Pour l’ambassadeur, il a fait son temps mais qu’il ait eu des casseroles, notamment pour des histoires d’exportation illicite d’oeuvres d’art, est en revanche vrai. Du reste, il est au placard en France et une information judiciaire a été ouverte pour ces faits. Je voudrais rajouter, concernant Franchi et son acolyte, que très vite après leur arrivée au Cambodge, vers 1997, ils se sont associés avec le commandant Tho, haut gradé cambodgien de la police des étrangers, très fortement suspecté par le HCR d’être impliqué dans de multiples enlèvements contre rançons d’enfants ou d’adultes de familles Sino-khmers. »

Internaute « Collebert » écrit, le 14 décembre 2005 : « Personnellement, j’ai été victime de ma confiance dans un individu qui exploite le réseau d’une école, celle de l’ESSEC, auquel il a eu accès après avoir suivi une formation. Nous étions censés développer l’activité d’une entreprise de 30 personnes, une boulangerie de 15 personnes et la société d’édition « Principal ». Les deux activités étant liées à la holding pompeusement nommé Triangle en référence à la Franc-maçonnerie. En réalité cela couvrait différents trafics dont le blanchiment d’argent. »

Les déclarations se succèdent et le nombre de visiteurs de ce forum grimpe très rapidement en flèche pour atteindre plusieurs milliers lorsque la nouvelle du meurtre d’un ressortissant français de Phnom Penh est annoncée, meurtre qui permet en outre de faire la liaison avec Djibouti. « Egorgé au Cambodge (…)

Le Corse le plus célèbre de la Réunion a été égorgé pendant son sommeil, au cours de la nuit de lundi à mardi, dans sa chambre d’hôtel, établissement dont il était le propriétaire depuis qu’il avait vendu la Terrasse au début de l’année. « Allan » et son épouse « Vivi » avaient fait de leur restaurant le rendez-vous le plus ludique des soirées dionysiennes (…) Le Noël prochain devait être l’occasion pour beaucoup de découvrir Phnom Penh. Il était en train d’organiser un réveillon exceptionnel. Plusieurs de ses amis ont du reste déjà acheté leurs billets.

Après 12 ans de réussite à La Terrasse, Allan et Vivi avaient, d’un commun accord, décidé de tenter une nouvelle aventure. Les restaurateurs ont la bougeotte et Allan aimait l’Asie. Et lorsqu’un ami lui a proposé un Resort au Cambodge, il a immédiatement mordu à l’hameçon (…) L’appât était beau : Le Palm Resort, un cadre unique aux portes de Phnom Penh, proposant 13 chambres réparties en bungalows, isolés par des arbres, un restaurant, sous une avancée au décor de pergola avec vue sur la verdure, et la piscine et ses deux bars tournant autour d’un îlot reconstitué. Pour cette affaire, il s’est associé avec deux Réunionnais, un autre Corse, Alain Romani, et un ex-boulanger de Saint-Gilles, Bernard Astic.

Sur place se trouvait le quatrième partenaire, lui aussi d’origine corse. L’affaire s’était concrétisée en février dernier. Un instant peut-être Allan avait pu imaginer pouvoir garder La Terrasse. Mais bien vite la réalité s’est imposée à ses yeux. Les allers-retours Cambodge-Réunion étaient impossibles. Le 31 avril, il signait l’acte de vente de son restaurant fétiche et le lendemain, il était dans un avion pour la métropole. Il ne devait plus jamais revoir le 39 rue Félix-Guyon. Le corps d’Allan Romagnoli sera rapatrié demain en métropole pour y être inhumé. Mais hier soir déjà, à Saint-Denis, nombreux de ses amis s’étaient retrouvés pour commencer la veillée funèbre. » Le texte est signé d’un journaliste de la Réunion, Christian Chardon.

Alain Romani, de Djibouti au Cambodge, en passant par la Réunion, nous retrouvons toujours ce personnage clef de l’affaire Borrel. Djibouti, Réunion, Cambodge, presque la représentation d’un Triangle… Le 2 décembre 2005, le « Cambodge Soir », journal en langue française de Phnom Penh, se fait le relais de l’ambassade de France : « L’ambassade de France a tenu à préciser que, contrairement à ce qui a été affirmé dans un quotidien, aucun suspect n’a été entendu par ses services. Une enquête est en cours sous la responsabilité souveraine des autorités cambodgiennes, explique par communiqué la diplomatie française.

L’ambassade de France, qui est tenue informée par les autorités locales, s’abstient, comme il est de règle, de tout commentaire ou de toute interférence sur l’enquête en cours. Naturellement, aucun suspect ne lui a été remis, contrairement à ce qui a pu être allégué. » L’ambassade de France ne pouvait ignorer les activités mafieuses de Solaris Cambodge et le rôle joué par le lieutenant Tho, car c’est bien lui qui s’est occupé de l’enquête pour le compte de Triangle Solaris. On peut dès lors aisément imaginer toute l’opération de désinformation et de manipulation qui en a découlé.

Le 12 décembre, l’épouse de la victime, Vivige, intervient sur le forum : « Je suis la femme d’Allan, qui a été assassiné. Je peux vous dire que mon mari était une personne très honnête, la bonté et la joie faisait partie de sa nature, il aimait le Cambodge, il aimait s’occuper de son hôtel, pourquoi l’a-t-on tué ? C’est certainement pas pour des magouilles, ni autre chose d’inavouable. Il gênait qui ? » Par la suite Vivige ne fera plus de commentaire. Mais elle a posée une question primordiale : « Il gênait qui ? »

L’enquête conclura que c’est son jardinier qui, pour lui voler la recette de la journée, l’a égorgé durant son sommeil. Comme pour l’assassinat du juge Borrel, ce meurtre n’est pas davantage l’oeuvre d’un Cambodgien que d’un Djiboutien. Il s’agit d’un contrat et le motif du vol n’est qu’un prétexte servant à camoufler la vraie raison du meurtre. Le jardinier avait été «prêté» à Allan par un des ses associés qui n’est autre que André Calabro, le patron du restaurant Le Deauville et de plusieurs lieux de plaisirs, celui qui avait dû précipitamment quitter Djibouti car « il faisait trop chaud ».

André Calabro était aussi lié à Pierot et Franchi et tout ceux qui travaillent pour eux, de gré ou de force. Le 20 décembre, nouveau coup de théâtre ! Charles Ariotti s’invite sur le forum. Ariotti était ce directeur d’Alcatel Viêtnam qui avait pris un petit centre touristique au Cambodge à sa retraite. Il était à Phnom Penh lorsque Paul Virgitti et Gilbert Jouve ont été tués et sait que Triangle le surveille. Le texte qu’il écrit sur le forum laisse entendre qu’Allan mort, tout a été fait pour souiller sa mémoire, une diversion de plus ; une rumeur a ainsi couru qu’il était pédophile… on a voulu faire croire à la vengeance d’un compatriote humilié… ou d’une jeune française qui était sa maîtresse, etc. Ariotti appréciait visiblement Allan, contrairement à Triangle.

En France, le début de l’année 2005 est prometteur, la juge Sophie Clément s’oppose à ce que le dossier d’instruction soit transmis à la justice de Djibouti et la commission consultative du secret défense a émis un avis favorable à la déclassification partielle de documents de la DST sur la mort du juge. De quoi inquiéter la mafia ! En févier 2005, l’affaire d’Allan au Cambodge se concrétise, hasard du calendrier ou Allan a-t-il été incité à partir au Cambodge pour le détourner de la justice française ?

Peut-être pour lui éviter de répondre aux questions qu’on aurait pu lui poser, en particulier sur la présence ou non d’Alain Romani à la Réunion le soir de l’assassinat du juge. La mafia considère à juste titre qu’il est plus facile de planifier à l’étranger une « opération humide » plutôt qu’en France. L’île de la Réunion étant département français, Allan ne devait pas y rester.

Le 5 janvier 2006, les protagonistes de Triangle réagissent et tentent de mettre fin au forum en assignant le gérant du site de discussion Khmer-network.com en référé devant le tribunal de Grande Instance de Paris. Ce Franco-cambodgien a eu le courage de maintenir la discussion ouverte et les échanges à venir auraient sans doute révélés d’autres informations à exploiter par la justice. Le gérant est assigné à comparaître le 18 janvier à la demande de monsieur Pichlinski, celui que cite l’internaute « Collebert » et qui fournissait à Triangle les caméras miniatures, et de Pierot.

Les raisons invoquées pour demander la fermeture du site se résument à la diffusion d’accusations mensongères portées contre l’ONG cambodgienne qui risque de remettre en cause sa participation à un salon très important organisé par HEC, le 18 janvier 2006. Les «perturbateurs» qui accusent injustement l’ONG dans le forum sont clairement nommés dans le document remis au juge et une action en justice, au minimum pour diffamation, aurait dû suivre en toute logique. Mais rien ne s’est passé car les membres de Triangle se sont faits tout petit, il aurait en effet suffi d’une explication devant un juge pour que les affaires soient prises en compte officiellement, ce que ces derniers voulaient absolument éviter.

Avec le meurtre d’Allan, le trafic de drogue pourrait aussi être invoqué par la présence d’Alain Romani, d’André Calabro et les mouvements suspects de conteneurs maritimes entre le Cambodge et Djibouti. Il suffit de se rendre compte de l’expansion des laboratoires de « traitement Mouti », en zone franche sur le port de Djibouti, qui ont pris leur plein essor en même temps que le Cambodge s’ouvrait au monde, dès les années qui ont suivi le départ de l’ONU en 1993.

Là encore, le juge Borrel a pu collecter toutes les preuves d’un trafic international où Djibouti n’est que le point de transit ou d’entrée pour tous types de matériels. Plusieurs articles de presse citent un lot important de grenades, d’armes et autres explosifs qui seraient arrivés en provenance de Tripoli.

Ces grenades auraient servi, en partie, dans les attentats contre le bar l’Historil et très certainement contre le café de Paris en 1990. Hasard ou pas, cette information pourrait être renvoyée aux activités de la société française GEOS, spécialisée dans le conseil sûreté à l’international. En 2003/2005, cette société française avait plusieurs de ses «spécialistes» à Djibouti pour le compte de la Libye, alors que ce pays était en plein embargo international. Que faisaient-ils à Djibouti et pourquoi avoir travaillé pour le compte de Kadhafi ? La société GEOS avait, jusqu’à l’élection de Sarkozy, des dirigeants plutôt orientés «extrême-droite», avec des passés de néo-nazi pour certains de ses employés.

C’est le cas entre autres d’Yvain Pottiez, intérimaire dans les sociétés de sécurité Normandy, Acting Out International (en 1992), Ambassy (en 1994) et ancien activiste violent, leader du groupuscule Verwolf constitué le 5 décembre 1998. Il dirigera les équipes terrain de GEOS pendant plusieurs années avant d’être interpelé aux abords de l’Elysée pour des raisons qui restent toujours obscures. Peu après l’élection présidentielle, les dirigeants de la société se sont empressés de clore leurs activités.

Actuellement, la nouvelle direction est composée d’anciens policiers n’ayant plus le même profil d’extrême- droite. Un signe de plus que quelque chose se passe en France avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir.

Le plus étonnant dans cette société est que des extrémistes ou anciens extrémistes travaillaient avec des anciens militaires ne présentant aucun penchant d’extrême-droite. Encore plus étonnant est que dans les années 2002/2004 plusieurs témoins dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel ont travaillé ensemble dans cette société : Louis Vermay et Loïc Lucas, du 2e Bureau à Djibouti en 1995, Bruno Mercier, utilisé par la DPSD en 2000 au Cambodge. Au moins deux d’entre eux se sont retrouvés chez GEOS par un concours de circonstances bien étrange.

Louis Vermay, alors colonel des troupes de Marine, effectue un stage de préparation au retour à la vie civile lorsqu’une animatrice lui fait part de l’intérêt porté sur sa candidature par une société nommée GEOS, il est aussitôt pris comme directeur des opérations. Bruno Mercier, qui vient de donner sa démission de sous-officier de carrière, termine un stage de reconversion lorsqu’un officier lui tend une adresse de société (GEOS)… qui pourrait être intéressée par sa candidature. Mercier n’est pas encore radié des contrôles militaires qu’il est déjà pris pour auditer en sûreté les hippodromes parisiens. Cinq ans après, ils se trouveront ce point commun que constitue l’affaire Borrel, très certainement un hasard, comme tous les hasards dans ces affaires de manipulation. Après leur sortie de la société, ils auraient été placés sur écoute à partir d’un pays étranger, ainsi que d’autres témoins cités dans l’affaire Borrel.

Les écoutes présumées, les manipulations, les jeux des uns et des autres pour présenter le blanc pour le noir et inversement, l’affaire Borrel semble tout avoir connu. Des innocents ont aussi payé pour servir la désinformation, c’est notamment le cas de Christian Georges. Cet ancien officier parachutiste est en vacances à Djibouti depuis le 2 octobre 2005 lorsqu’il est interpelé sur la plage de Doraleh, dans la matinée du 13 octobre, par le lieutenant Ali Aden Oumaneh, commandant la SRD68 de la Gendarmerie. Ce lieutenant Ali (Tho au Cambodge car la mafia est structurée suivant le même modèle dans chaque pays) surprend l’Européen entièrement nu, allongé à côté d’un enfant djiboutien également nu, ce dernier tenant entre ses mains un appareil photo.

Ces déclarations, relayées par le procureur général de Djibouti, sont surprenantes quand on sait que la plage de Doraleh ne correspond pas spécialement aux plages du sud de la France. A Djibouti, il y a bien des fous qui se promènent nus jusque dans les rues mais la tendance vestimentaire pour aller se baigner est celle des pays musulmans, sans extravagance même s’il n’y a pas beaucoup de monde sur la plage. C’est pourquoi il existe des plages privées, réservées à l’armée française, où le monokini n’est toutefois pas autorisé, simplement toléré. L’information ainsi donnée est donc destinée à des occidentaux, qui plus est à des personnes qui ne connaissent pas Djibouti.

Le témoignage des adolescents que le Français aurait rencontrés attestent qu’ils ont reçu de l’argent contre «services». Les enquêteurs de la Gendarmerie reconstituent donc son emploi du temps, il a tout d’abord rencontré deux jeunes garçons à côté de son hôtel, très certainement par hasard. Il les aurait ensuite accompagnés au bord de la mer, il serait plus juste de dire que les jeunes ne l’ont pas quitté comme c’est souvent le cas dans ce pays. Ensuite, il semble que le Français ne se rappelle plus de rien vu son état d’ébriété avancé. Mis en liberté provisoire mais sans son passeport, abandonné par l’ambassade de France, il préfère s’enfuir vers le Yémen sur un boutre (cf. l’affaire Daniel Lainé au Cambodge).

Le consul de France serait alors intervenu pour l’aider à rentrer en France puis aurait changé d’avis. Malgré la bonne foi du Yémen qui aurait tout fait pour retarder son extradition vers Djibouti, il se retrouve de nouveau entre des policiers djiboutiens. Fin 2008, il est condamné à 17 mois de prison. Christian Georges a finalement été libéré le 14 avril 2009, après 20 mois de détention dans la prison de Gabode, il était accompagné par le Père Sandro qui a vécu la même mésaventure que lui. Des méthodes de désinformation et de manipulation qui ne sont pas sans rappeler celles utilisées par la cellule Cambodge.

Toute cette affaire et celle du Père Sandro n’a servi qu’à faire diversion et à semer le trouble dans la recherche de la vérité au sujet de l’assassinat du juge. Fausses et vraies informations ont dû se chevaucher, le tout orchestré par des professionnels français de la mafia. Il serait aussi utile de savoir pourquoi Christian Georges a décidé de prendre des vacances à Djibouti ?

Ce pays n’est intéressant que pour ses grandes étendues ou sa plongée sous-marine mais en aucun cas pour sa capitale Djibouti-ville. Il n’y a rien pour un touriste, peut-être de jolies Ethiopiennes qui peuvent faire tourner la tête à plus d’un Français mais pas de commerce sexuel infantile. A quel niveau se situe donc la manipulation ? Selon les membres de sa famille, il aurait reçu des informations sur l’assassinat du juge Borrel et les aurait envoyées par SMS aussitôt interceptés par les services de la présidence.

Dans ce genre de pays stratégique et dans un tel contexte géopolitique de guerre contre le terrorisme, tout le monde écoute tout le monde. Le schéma type de la manipulation débute donc peut-être en France où il a été incité à prendre ses «vacances» à Djibouti. Puis, les personnes qu’il a vues sur place et avec qui il s’est entretenu à Djibouti ville, ainsi que les SMS envoyés en France, ont fini par attirer l’attention des autorités djiboutiennes. Il suffit qu’ensuite un «conseiller» de ces mêmes autorités se manifeste pour que l’affaire prenne les dimensions qui ont suivi. La mafia peut non seulement réussir à manipuler une cible pour lui faire jouer un rôle de diversion, mais aussi un état comme celui de Djibouti et pourquoi pas l’Etat français. Tout lui est possible.

Force est aussi de constater que tous les moyens ne sont pas donnés à la juge Sophie Clément pour faciliter son travail. Dans l’assassinat du juge Borrel, aucun conseiller officiel ne l’assiste alors que pour comprendre l’affaire il faut aussi connaître le pays et sa culture, la vraie Franc-maçonnerie, les sectes, les méthodes de travail de l’armée française et celles de la mafia française. Concernant les méthodes de travail de l’armée, la juge a demandé la levée du Secret Défense pour connaître les mouvements de troupe français sur le terrain. Personne ne lui a dit que lorsqu’un véhicule militaire sort d’une caserne de Djibouti, son heure de sortie et d’entrée, ainsi que les personnes transportées et la destination finale, sont répertoriés non seulement sur le cahier d’évènement de chaque unité d’appartenance, mais aussi par le poste de sécurité par lequel le véhicule à obligation de quitter la caserne.

Les documents où ces informations figurent ne sont pas classifiés et sont conservés aux archives sans limitation de temps. Elles peuvent être confirmées en consultant le registre de mouvements des armes que les militaires perçoivent avant de quitter leur caserne, ainsi que le registre de perception et réintégration des munitions. Ces documents ne sont pas classifiés et donnent toutes les informations sur les troupes qui se trouvent sur le terrain. Il faut bien entendu connaître ce fonctionnement pour savoir qu’il n’y a pas besoin de demander la levée du Secret Défense pour obtenir ces informations facilement accessibles.

Mêmes les gendarmes, lorsqu’ils sortent et rentrent de leur quartier, remplissent ce type de registre qui n’est pas classifié sinon, éventuellement, « confidentiel défense ». Et dans l’affaire Borrel tout est rétention d’information, au plus haut niveau comme à la base. Il n’y donc pas besoin de faire lever le Secret Défense pour obtenir les réponses à ce genre de questions, sur le fonctionnement élémentaire des mouvements de troupes à Djibouti. Encore faut-il que tout le monde joue le jeu de la recherche de la vérité. A contrario, les informations fournies et trouvées par des personnes de bonne foi peuvent malheureusement s’avérer fausses. Désinformation et manipulations ne sont, hélas, jamais loin.

Ce qui veut dire que la mafia a pollué ce dossier de fausses informations manipulées à outrance afin qu’il soit difficile pour la justice de distinguer la vraie vérité ou la fausse manipulation qui doivent cacher la seconde couche de fausse vérité ou de vraie manipulation, elle-même protégée par la troisième couche…

EPILOGUE

Devant cette dérive mafieuse qui déploie ses tentacules à partir des ex-colonies françaises vers la France, la question qui se pose est comment a-t-elle pu se développer ainsi ? Trois critères ont inévitablement été réunis : la facilité, l’impunité, la motivation.
La facilité : En 1945, la France repart de rien, c’est un pays ruiné et divisé qui doit se relever.

De plus, le communisme menace et engendre une peur bien plus grande que celle que suscitait l’occupant nazi, qui, il faut le rappeler une fois de plus n’a menacé et atteint qu’une partie de la population française soit les juifs, les Francs-maçons, les vrais patriotes, et toutes les minorités n’étant pas dignes de vivre dans une Europe purifiée de ses imperfections. Le reste de la population et même les communistes jusqu’au 22 juin 1941, lorsque l’Allemagne nazie envahit l’URSS, supportait très bien la perspective du nouvel ordre imposé par l’Allemagne et le gouvernement de Vichy.

A la faveur de la sortie de la guerre, la mafia légitime a su tirer parti de la situation et elle a en quelque sorte contribuée à maintenir le pays hors du chaos. C’est une façon de voir l’histoire. Elle a ensuite su tirer parti de la décolonisation et s’est imposée auprès des élites politiques africaines. La création de la Ve République a affermi sa position dans le pays et la montée en puissance du Service d’Action Civique a constitué une couverture associative idéale. Elle a passé des décennies à se renforcer, se nourrissant de la névrose institutionnelle liée au péril rouge. Le chemin tracé par elle et pour elle ne pouvait que lui permettre de se maintenir au fil des années, et de se développer car personne ne lui a opposé de résistance.

Les années 1990, celles du plein essor de la mondialisation puis de l’apparition de la nouvelle menace islamiste, ont été les multiplicateurs tentaculaires de l’organisation secrète, jusqu’à échapper au contrôle de l’Etat après la chute du mur de Berlin et surtout après les attentats de New-York en 2001. On pourrait comparer la prise de vitesse (de pouvoir) de la mafia à celle d’une voiture qui prend un chemin départemental (1945) pour atteindre une vitesse suffisante afin d’emprunter une route nationale (1960) et enfin s’élancer à toute vitesse sur une autoroute (2001) puis prendre à partir de là toutes les directions voulues (tout types de trafics) sans pour autant avoir été stoppée dans sa dangereuse course. La voiture mafieuse roule maintenant plus vite qu’une voiture de Gendarmerie ou de Police.

L’impunité : Les gouvernements successifs de la IVe République ont vu dans la mafia légitime le partenaire sur qui compter pour participer au redressement de la France. La fin justifiait les moyens et les moyens faisaient cruellement défaut tant en Métropole qu’en Indochine ou en Algérie. Les effets immédiats de la Deuxième Guerre mondiale se sont fait sentir jusqu’en 1962. En 1958, la Ve République encore fragile ne pouvait se passer de la mafia et le SAC a été le moyen de maintenir le général de Gaulle à la tête du pays pour le plus grand bienfait des Français. Il est difficile par la suite de mettre fin à une organisation qui a prouvé son utilité et qui était légitimée par les plus hautes instances de l’Etat.

Au fil des ans la mafia a aussi gagné son impunité en accumulant les dossiers brûlants de la vie politique française et prévoyant de s’en servir comme boucliers en cas de crise. L’impunité est totale envers la mafia, bien plus par exemple qu’envers les membres des services de renseignement français, l’affaire du Rainbow Warrior constituant à ce titre l’illustration concrète, et connue, où des agents de la DGSE ont été déférés devant la justice. Et les mafieux qui ont commercialisé des cassettes pédophiles avec meurtres ? Et ceux qui ont tués le juge Borrel à Djibouti ? La mafia évolue visiblement en toute impunité mais jusqu’à quand ?

La motivation : Si l’idéologie communiste tire sa force d’une motivation (ou endoctrinement) sans faille des camarades qui composent le parti, celle de la mafia est triple. Il existe d’une part de vrais anti-communistes de bonne foi, de vrais patriotes, comme il existe par ailleurs de réels malfaiteurs avides de pouvoir et d’argent, et enfin des cibles manipulées qui sont des victimes. La motivation diffère donc en fonction du type de mafieux mais qu’elle soit le fruit d’une forte conviction personnelle ou imposée, elle permet de prendre tous les risques pour transgresser les lois et la moralité. La motivation affichée par les mafieux exclut le doute et le repentir, n’est que positive et va de l’avant pour le bien de la famille et de la cause. Les militaires savent bien qu’un ennemi motivé peut surmonter tous les obstacles, et qu’il sera difficile à vaincre même à motivation égale. Les mafieux savent très bien que jusqu’à présent le pouvoir français n’a jamais été motivé à les combattre.

Pour toutes ces raisons, le pouvoir français depuis la Deuxième Guerre mondiale pourrait être accusé d’être coupable d’avoir nourri des trafiquants, des meurtriers, d’avoir entretenu des néo-nazis, des néo-colonialistes. Peut-être est-ce le cas, mais un avocat n’hésiterait pas à invoquer les circonstances atténuantes pour défendre tous les présumés coupables des faits reprochés. Que serait-il advenu de la France si le général de Gaulle n’avait pas accueilli dans ses rangs les attentistes et tendu sa main à tous les Français qui avaient applaudi Pétain ? La France en aurait certainement perdu sa souveraineté, les Français se seraient déchirés dans une guerre civile ou encore serait-elle devenue un satellite de l’URSS si les anciens de Vichy n’avaient pas repris en main l’administration du pays en occupant les postes clefs. Peut-être les Français auraient-ils aussi été plus heureux sous dictature communiste ?

La présence du SAC aux côtés du général de Gaulle pourrait amener à la même réflexion, à la question du respect des lois et de la moralité à une période où la guerre civile constituait toujours une réelle menace pour la France. Les réseaux Foccart ont-ils apporté une certaine stabilité à la France et à l’Afrique en pleine guerre froide ? Et éviter des guerres ou au contraire en provoquer ? Toutes ces questions sont intéressantes à aborder mais l’avocat avancerait que rien par le passé n’a été remis en question et jugé.

Le délai de prescription est atteint et la grande majorité des acteurs passés ne sont plus de ce monde. Peut-être que la fin justifiait les moyens et que de toute façon personne ne pourrait juger de la nécessité des moyens mis en oeuvre car, pour bien appréhender le contexte d’alors, il faudrait revivre l’époque dans son intégralité, ce qui n’est pas possible. Le passé est figé et, s’il ne doit pas être oublié, c’est plutôt de l’avenir qu’il faut se préoccuper.

Chercher des coupables ou des boucs-émissaires sur les raisons de l’existence d’une mafia Franco-française dans la deuxième décennie du XXIe siècle serait faire le jeu des mafieux. Une diversion de plus qui leur permettrait de mettre en oeuvre des scénarios de manipulation qui les protégeraient. Une opportunité attendue pour renforcer ses rangs et poursuivre sa politique africaine et néo-colonialiste, ce qui irait à l’encontre des orientations de la politique française actuelle.

Ce qui pouvait être légitime hier ne l’est certainement pas pour l’avenir, et la situation de la France n’est pas celle de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le monde change, comme la mafia a changé au cours des années. Elle ne représente plus désormais qu’un intérêt limité pour les malfaiteurs qui la composent et rien ne saurait dorénavant justifier son existence ou qu’on la tolère. Il faut au contraire tout mettre en oeuvre pour la combattre et la démanteler afin que chacun, à l’avenir, puisse vivre librement dans le respect des lois.

Notes

  • 54 Fusil d’Assaut de la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne.
  • 55 Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste.
  • 56 Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale.
  • 57 Le Secret Défense est défini par l’article 423-9 du code pénal. Un texte classifié « SD » sera accessible au public que 60 ans après sa classification. Le « Secret Défense » est réservé aux informations ou supports protégés dont la divulgation est de nature à nuire gravement à la défense nationale.
  • 58 Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie.
  • 59 Le mois de septembre correspond à la fin du Plan Annuel des Mutations (PAM) et à Djibouti la date est celle où les familles rejoignent leur mari qui vient d’être muté ou celle du retour des familles qui rentrent de vacances de France.
  • 60 5e Régiment Interarmes d’Outre-mer.
  • 61 13e Demi-brigade de Légion étrangère.
  • 62 10e Bataillon de Commandement et de Soutien.
  • 63 En annexe un message se référant à Triangle Holding du Cambodge, cite l’Ordre du Temple Solaire comme en étant une supposée branche.
  • 64 Le Maillet est le Ciseau sont les outils de l’apprenti Maçon : Cette paire d’outils impose à la pierre la volonté de l’ouvrier. D’une main, il frappe le ciseau avec le maillet pour tailler et créer une forme a la ressemblance de celle qu’il imagine.
  • 65 C’est un non initié aux « mystères et privilèges » de la Franc-maçonnerie. Qui n’est pas un franc-maçon.
  • 66 Direction Protection Sécurité Défense. Cette Direction est rattachée au Ministère de la Défense et dépend directement du Ministre. Ses missions sont : Prévenir et rechercher les atteintes à la défense Participer à la répression du commerce illicite des armes Etablir les liaisons avec les autres services de l’Etat : DGSE, Police, DRM, Douanes, etc. Son organisation est protégée par le Secret Défense
  • 67 Le Rassemblement pour la République (RPR) est créé en 1976 sous l’impulsion de Jacques Chirac. Le parti se revendique du Gaullisme. Il s’est auto-dissout dans l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) en 2002.
  • 68 Section de Recherches et de Documentation appartenant au Groupement Judiciaire

PIÈCE À CONVICTION 8

Courriels divers
De : JPtier@oal.com
Date : mercredi 15 janvier 2003 12 :34
A : Echo
Objet : Re :
Marie est toujours décidée à parler mais devant la cours européenne en rentrant. Elle regrette que PCU se soit dégonflé en rentrant en Franche et qu’il soit revenu en niant tout en masse.
Rio a eu une hémorragie interne, suite à la dengue. Je sais que ca se soigne normalement bien. Donc ? Marie et les gens de PSE le connaissaient vraiment bien.
Je suis convaincue de ces atrocités et le peu que je peux faire, c’est de faire cesser l’apport d’argent de Mission Cambodge. Marie connait quelqu’un sur Paris qui aurait des choses à dire pour convaincre.
A+

From : jpdp33@hotmail.com
To : olivier.Clt@hotmail.com
Subject: Re : Olivier
Date: Tue, 14 Nov 2000 09:31:56 GMT
Salut,
J’ai reçu cet email de Laurent le directeur financier de Triangle Holding, te concernant…Après réflexion, je pense qu’il a complètement raison dans ces propos. On est tous la pour essayer de faire du bon boulot. Je connais bien Laurent, il a ses défauts mais c’est un mec droit. Il a des raisons de n’être satisfait de la tournure des évènements. Nous concernant au Cambodge, il a toujours tenu ses engagements et quand il s’engage, ce ne sont pas des mots, c’est en cash avec le risque de ne plus le revoir ! Et puis ses contacts, ce n’est pas le colonel trucmuch, c’est quand même le chef suprême des armées, rue du Faubourg Saint Honoré, tu vois ce que je veux dire !
A+ JPP

From : Ipichlin@club-internet.fr
Reply-To: Ipichlin@club-internet.fr
To: jpdp33@hotmail.com
Subject: Olivier
Date: Sun, 12 Nov 2000 22:13:28 +0100
Salut,
J’ai eu un appel d’Olivier. Je dois dire que je suis furax et que son comportement me déçoit. Néanmoins, ma femme me demande de lui donner une chance et me rappelle que le Cambodge en a rendu plus d’un out.
Je ne sais pas si je peux faire confiance en son jugement et les documents qu’il me donnera. A propos de documents, il m’a dit qu’il a déjà tout donné à une autre personne. Si jamais il continue à tirer sur l’ambulance, et qu’il décide de poster plainte comme il dit, nous lui renverrons la balle au sujet de la divulgation de ces documents et moi je ne paye pas les frais d’avocat…
Donc, à ce sujet, je vais rencontrer OB et voir ce que je peux faire pour lui. D’abord, vérifier qu’il a changé d’idée en ce qui concerne les cabinets de conseils car là, il risque de se prendre une claque terrible. Il est loin du standard de base pour ce type d’activité et de ce type d’organisation.
Donc, je suis demain à Massy, ; si tu peux le joindre.
A+ Laurent

• PIÈCE À CONVICTION 9
Présentation commerciale de Triangle Holding pour attirer des investisseurs et des subventions. (Les activités servent à camoufler les trafics).
Le club des artistes Khmers est composé d’enfants.
Le Cambodge en quelques mots
Nés dans la tourmente de la guerre, les enfants du Cambodge soufflent aujourd’hui leurs vingt bougies dans la paix retrouvée, après trente années de conflits et un des plus terribles génocides de l’histoire
La démocratie fait ses premiers pas dans un régime de monarchie constitutionnelle mis en place la suite des élections de 1993, décidées lors des accords de paix de Paris signés en 1991. Les Nations Unies avaient alors débarqué en nombre afin d’assurer la bonne marche de ces élections. Le roi, Norodom Sihanouk, joue un rôle de médiateur très respecté. Il est un gage certain de stabilité et toujours très proche de son peuple. Plus de trois cents organisations non gouvernementales sont présentes dans le pays pour participer ˆ la reconstruction.
Sur une superficie de 181 035 km2, vivent prés de 11 millions de Cambodgiens. Plus de 40% sont des jeunes et le taux de fécondité ne cesse de croitre (5,2%), avec une croissance démographique de 3,1 %.
Phnom Penh abrite actuellement un demi-million de personnes (après avoir accueilli beaucoup de réfugiés de la guerre, la ville a ensuite été totalement vidé de sa population par les Khmers Rouges, avant d’être de nouveau occupée après 1979).
Le gouvernement actuel n’a ni le temps ni les moyens de préparer l’arrivée de cette génération issue de la formidable explosion démographique de l’après-génocide, alors que tant d’infrastructures (les axes routiers, l’électricité, l’eau, l’assainissement, les hôpitaux) sont à reconstruire. Le pays manque aussi de cadres, de techniciens, de médecins, le régime génocidaire de 1975 à 1979 ayant décimé les élites professionnelles et intellectuelles (un médecin pour dix mille habitants). Les salaires de la fonction publique sont très insuffisants pour rémunérer le travail qualifié.

«Le Cambodge, qui était qualifié dans les années soixante de «»Perle de l’Asie»» aspire à redevenir une nation prospère. Son entrée dans l’ASEAN (Marché commun de l’Asie), les perspectives très importantes de développement économique, l’arrivée des grands investisseurs internationaux font de ce pays l’un des plus prometteurs de la région.»

Des chiffres pour comprendre le Cambodge

1953-1954: Indépendance du Cambodge après prés de cent ans de présence française. Intronisation du roi Norodom Sihanouk. Au Vietnam, défaite française de Dien Bien Phu.
1968-1969: Premiers raids américains contre les sanctuaires Viêt-Cong au Cambodge.
1970: Le 18 mars, coup d’Etat à Phnom Penh mené par le général Lon Nol, favorable à l’intervention américaine au Vietnam. Le roi Sihanouk se réfugie à Pékin et s’allie avec la guérilla communiste des Khmers Rouges.
1975: Chute de Saigon et retrait des forces US du Vietnam. Victoire des Khmers Rouges au Cambodge et chute de Phnom Penh, le 17 avril. Début de la campagne de purification.
1979: Démission de Sihanouk, le premier chef des Khmers Rouges. Pol Pot devient Premier ministre.
1979-1980: Le Vietnam envahit le Cambodge et installe un pouvoir ˆ sa solde. Les Khmers Rouges se réfugient dans le maquis et reprennent la guérilla.
1989 : Retrait officiel des Vietnamiens du Cambodge.
1991-1993: Les accords de paix de Paris sont signés qui amènent les forces des Nations Unies (Apronuc ou Untac) à débarquer au Cambodge pour organiser des élections qui auront lieu en
1998: Nouvelles élections qui marquent la victoire de Hun Sen, l’actuel Premier ministre. Mort de Pol Pot et fin des Khmers Rouges qui réintègrent la vie civile.

Une équipe de managers pour un projet
Créée en mars 1999, Triangle Holding, Start Up de l’économie réelle et non virtuelle, est née de cette idée simple que l’on peut aider un pays émergeant autrement que par le biais des ONG en s’appuyant sur le développement d’activités économiques saines et à haute valeur ajoutée. C’est une autre façon d’affirmer la présence française au Cambodge et en Asie.
Jean-Pierre Franchi: Directeur Général du Groupe, 36 ans. Chargé des relations publiques et des négociations avec les divers partenaires du groupe. Il coordonne également les actions de promotions entreprises. Il sait acquérir la confiance des partenaires, atout non négligeable en Asie.
Jean-Philippe Demont-Piérot: Directeur Général adjoint du Groupe, 42 ans, journaliste professionnel. Chargé du développement et des projets.
Laurent Pichlinsky : Directeur Financier du Groupe, 38 ans, diplômé de l’ESSEC, il représente le groupe en France.
Frédéric Amat: Directeur des Publications du Groupe, 32 ans, journaliste professionnel, titulaire d’un DEA en Sciences Politiques, il travaille dans la presse et l’édition depuis dix ans dont six passés en Asie du Sud-est.
François Pélissier: Directeur Administratif, 30 ans, diplômé d’une école de commerce, il a travaille à l’assainissement financier d’un journal francophone au Cambodge. Ceinture noire de karaté, il gère comme il se bat: avec rigueur et sérieux.
Mylène Riccardi: Journaliste professionnelle, 23 ans, titulaire d’un diplôme de journalisme de l’IUT de Tours, elle a travaillée en Thaïlande avant d’intégrer Triangle Communication.
Alexander Naunov: Directeur de Publicité de la Régie des publications, 25 ans, diplômé d’une école de commerce en Australie. Ce manager d’origine russe connait tous les responsables d’agences de publicité de la ville et dispose de très nombreux contacts dans les entreprises présentes au Cambodge.
Eric Blanc: Maître-Pâtissier, 35 ans, il est le responsable de la French Bakery. Le goût français en plus!

Un Groupe, des activités et des projets
Principal, The City Magazine, Société Editrice de Triangle Communication
Sorti en juillet 1999. Principal a soufflé sa première bougie en juillet 2000. Le mensuel est devenu aujourd’hui le compagnon privilégié des expatriés. La qualité de ses articles mais surtout ses rubriques pratiques en font un rendez-vous attendu et réclamé. Il est devenu le plus beau magazine du Cambodge. Il s’attache à faciliter la vie des expatriés tout en donnant le goût de l’aventure aux touristes. Il est également le rendez-vous mondain du tout Phnom Penh. Tiré à 5000 exemplaires, il est distribué dans les principaux bars, restaurants et hôtels de la ville ainsi que vendu dans les stations services et les librairies. Principal est également distribué à Siem Reap, la ville des temples d’Angkor. Il contient depuis peu un guide TV de 16 pages, Cable Plus, le tout premier guide de la télévision câblée, que reçoivent tous les expatriés au Cambodge.
Ses annonceurs sont les plus importantes entreprises du Cambodge, directement ou par le biais des agences de publicités. Ce support sera celui des annonceurs internationaux qui commencent à être présents dans ce pays.
Cable Plus
Sorti en octobre 2000. Inséré dans Principal, Cable Plus est donc le tout premier guide TV du royaume. C’est en quelque sorte le Télé 7 jours du Cambodge. Sur la soixantaine de chaînes disponibles à Phnom Penh, une dizaine seulement sont vraiment regardées par les expatriés. Cable Plus donne le programme de ces chaînes ainsi que celui de la chaîne japonaise NHK. Il contient également une rubrique mots croisés ainsi que les commentaires des films diffusés par les plus grosses chaînes américaines telles HBO ou cinemax. Très attendu des lecteurs, Cable Plus est un vecteur commercial porteur. Pour assurer une plus grande diffusion, il est également proposé à tous les hôtels de la ville qui disposent de la télévision câblée (la majorité) de s’abonner uniquement à Cable Plus pour un prix des plus compétitifs. Il n’ya pas de concurrent.
Chivet & Ka•la (La vie et le Sport), Société Editrice Triangle Sport
«Sorti en mars 2000. Mensuel en langue khmère, tiré à 8000 exemplaires et devant connaître une importante augmentation de son tirage, il a pour but de relater les évènements sportifs du royaume et dispose d’une partie consacrée aux stars. Le public khmer est très amateur de sport et il n’existait pas jusqu’à présent de support qui traite de ce thème. Les stars locales et internationales sont adultes de ce même public khmer. Ce magazine permet de toucher une large frange de la population locale ainsi que des annonceurs publicitaires «»mass market»» qui n’annonceraient jamais dans des journaux en langue anglaise. Chinet & Ka va lancer le tout premier roman-photo jamais réalisé au Cambodge. L’histoire d’une jeune fille très pauvre employée à des tâches ménagères et maltraitée par ses patrons qui va devenir une star grâce à ses dons de chanteuse. Mais le parcours qui mène à la gloire est semée d’embuches…»

Le Club des Artistes Khmers
«Le tout premier Club qui fédère tous les artistes khmers, quelque soit leur secteur: chanteurs, acteurs, musiciens. Son but est de fédérer une profession jusque la livrée à elle-même. Le Club organise des évènements sponsorisés par de grosses compagnies étrangères et sert d’impresario pour les jeunes artistes. Il compte plus de deux cents membres et voit ses contrats augmenter régulièrement. De plus en plus d’employeurs passent aujourd’hui par ce Club pour recruter les artistes qu’ils désirent. Le Club offre une garantie de sérieux et de professionnalisme. Il est rattache au titre «»Vie et Sports»».»
Asian Eco, Société Editrice Triangle Asian Publications
Sorti en novembre 2000. Mensuel international d’information économique destiné aux entreprises, aux managers, aussi bien en Asie qu’en Occident, 2 éditions (une en anglais et une en français). Il expose les problèmes liés aux nouveaux investissements, la vie des entreprises et des managers au Cambodge mais aussi des autres pays de l’Asean, les nouveaux potentiels, l’analyse des données… Diffusion uniquement par abonnement.
French Bakery, Société d’exploitation Triangle Foods
Acquisition en mai 1999. La seule boulangerie française de Phnom Penh. Salon de thé proposant gâteaux, pains et viennoiseries, la French Bakery est le rendez-vous des nostalgiques des croissants et autres pains aux raisins. De plus en plus, les Cambodgiens entrent dans la clientèle de la French Bakery, la recherche de produits de qualité réalisés grâce à une équipe khmère dirigée par un pâtissier français. Le salon de thé accueille toute la journée de nombreux clients qui savourent les produits français dans un cadre agréable. La French Bakery livre également les supermarchés de Phnom Penh ainsi que de nombreux bars-brasseries.

Des projets pour 2001
Le renforcement du pôle communication du groupe Triangle oriente les nouveaux projets dans les secteurs de la télévision et de la radio, mais inclus également la préparation d’un nouveau titre édité en langue khmère. C’est une stratégie d’occupation de secteurs d’activités pour que Triangle Holding deviennent le premier groupe de communication du Cambodge.
Mieux qu’une ONG…
Quand on a l’habitude d’offrir quelques dons à des ONG oeuvrant en Asie et au Cambodge, on aime être sûr que cet argent soit dépensé utilement… aider Triangle, c’est avoir la certitude de participer à une véritable entreprise de l’économie réelle, dans des secteurs stratégiques pour le développement du pays et la présence de la France. Triangle Holding, c’est, depuis 2 ans, des investissements qui permettent à plus de trente salariés cambodgiens (qui font vivre plus d’une centaine de personnes) d’être formés aux métiers de la communication et de la presse, de la boulangerie-pâtisserie, de travailler dans des conditions semblables aux normes européennes en matière d’horaires et de congés payés, et d’être rémunérés au mieux (le plus bas salaire de Triangle Holding correspond au double du salaire minimum revendiqué par les syndicats cambodgiens).
JPDP

• PIÈCE À CONVICTION 10
Dossier sur une cible surveillée par Triangle dans le but de la faire chanter.
Dossier Guignot
Personne mise en cause : Guignot de Bois Menu, Pierre, Marie
Né le 15 juin 1957 à Paris et de nationalité française
Passeport n° 97 ES 89162
Adresse actuelle : Obye Karting, Sihanoukville, Cambodge

Suspecté de pédophilie
Sur la demande des autorités de police cambodgienne, notre agence a poursuivi des investigations concernant cet individu et dont il ressort les faits suivants :
Guignot s’est installé au Cambodge depuis 1997. Il a ouvert en 1998 dans la cité balnéaire de Sihanoukville une activité de karting avec une sorte de pensionnat pouvant accueillir des visiteurs. Cet établissement, qui ne fait pas de publicité, – Guignot refuse toutes sortes de publicité directe ou indirecte concernant son karting- est située dans une zone isolée du centre urbain .
Guignot, homosexuel pédophile, s’approche de ses jeunes victimes toutes mineures, et âgées de moins de 12 ans, de la façon suivante :
Il se rend à Phnom-Penh une ou deux fois par mois et prend en charge chaque fois 2 à 3 jeunes garçons auprès d’une ONG ( Street Children Assistance and Development Program, n°77, Street 225 Phnom-Penh ) spécialisée dans l’accueil des enfants des rues. Il ramène ses victimes à Sihanoukville et les garde dans son auberge quelques jours. Pendant ce laps de temps, il se livre à des activités pédophiles seul ou avec des visiteurs occidentaux venus tout spécialement chez lui et contre rémunération.
Après « usage », les jeunes garçons sont renvoyés à Phnom-Penh seuls et par bus. Dans le but d’acheter leur silence, il leur donne à chacun une somme de 10 usd.
Les investigations semblent montrer que Guignot est très prudent, fonctionne en un réseau de nature internationale mais de dimensions limitées, puisqu’il accueille des français, mais aussi des ressortissants allemands. Le tournage de vidéos à caractère pédophile n’est pas avéré, mais ce point demeure à vérifier.
Il semble qu’il bénéficie de complicités ou de bienveillance de la part de l’ONG SCAP qui recueille de jeunes orphelins ou des enfants des rues

*Chronologie des investigations :
Début novembre 1999 à Janvier 2000
Dernier contact avec Guignot en avril 2000
Nombre de victimes recencées : 12
Pièces jointes :
Rapports de surveillance de l’agent cambodgien Rith
Rapport de l’ agent français P .
Photos de Guignot et Harn
Photos des jeunes victimes
Rapport de surveillance de l’agent cambodgien Rith
Le 26/10/1999
–Mr Guignot est parti ce jour de Sihanoukville à Phnom-Penh. A son arrivée, il s’est installé à l’hotel Moracat, rue 214
–Après son installation, il s’est rendu à l’ONG SCADP qui s’occupe des enfants des rues.
–Il est inscrit en qualité de parrain dans cette ONG, ce qui lui permet de prendre en charge des garçons.
–Il est reparti le lendemain à Sihanoukville avec un jeune garçon orphelin. ( photo n°1)
Le 02/11/1999
–Mr Guignot est revenu de Sihanoukville et s’est installé à l’hôtel SINGAPOUR
–Il a pris en charge 2 enfants avec lesquels il a passé la nuit à l’hôtel
–Le lendemain, ils sont partis à Sihanoukville ensemble
–Les deux enfants ont été identifiés comme étant les dénommés Ek Samnang et Break Rath ( photo n°2 )
Le 10/11/1999
–Audition des 2 garçons rentrés de Sihanoukville :
–Ils ont dits que le français leur a imposé des relations sexuelles de fellation et de sodomie
–Le français leur a remis à chacun 10 usd pour acheter leur silence
Le 24/11/1999
–Mr Guignot est venu de Sihanoukville pour s’installer à l’hotel Moracat
–Le soir, il a pris en charge 2 enfants de l’ONG SCAP qui ont passé la nuit avec lui
–Le lendemain, ils ont pris le bus pour Sihanoukville
–( photos n° 3 à n° 7 )
Le 03/12/1999
–Un ami de Mr Guignot qui s’appelle Mr Harn, citoyen allemand, est venu de Sihanoukville. Il s’est installé à l’hôtel Singapour dans la chambre 207
–Il a pris en charge 2 enfants de l’ONG SCAP qui ont passé la nuit avec lui
–Ils sont partis le lendemain à Sihanoukville
–Les 2 enfants sont identifiés comme étant Keo Sophat et Sei Ha
Le 19/12/1999
–Audition des 2 enfants revenus de Sihanoukville
–Mr Harn leur a imposé des relations sexuelles
Rapport de l’agent français DE Triangle Holding
Courant novembre 1999, j’ai pris contact avec Mr Guignot dans le but, me présentant en qualité de journaliste, de proposer un reportage promotionnel de son Karting dans le magazine « PRINCIPAL «
Il m’a été impossible de le joindre par téléphone. Son téléphone portable fonctionnait, mais il se déconnectait.
Ayant son adresse e.mail, je lui ai envoyé un message dans ce sens précisé ci-dessus. Il a répondu à ce message en me remerciant pour ma proposition mais en m’indiquant qu’il ne pourrait m’accueillir car il rentrait en France pour quelques mois.
Courant avril 2000, je me suis rendu à Sihanoukville et suis allé dans son karting en me présentant en qualité de touriste. J’ai vu Mr Guignot plusieurs fois de suite. Son centre de karting était vide. Les personnes que j’y ai rencontré sont les membres de son personnel ( 2 hommes d’une trentaine d’années et une femme âgée ), ainsi que 4 jeunes garçons dont l’age variait entre 10 et 12 ans. Comme je m’étonnais du peu de clients présents à chacune de mes visites, celui-ci m’a expliqué qu’il recevait de temps en temps des visiteurs et des petits groupes pour quelques jours, mais qu’il n’avait pas de clientèle occasionnelle.
Mon enquête a montré qu’il recherchait une grande discrétion dans ses activités et qu’il était très prudent.

• PIÈCE À CONVICTION 11

Le 27 août 2001
Monsieur le Président de la Fondation
Time Warner
75, Rockefeller Plaza
4 Th floor
New York NY 10019

Monsieur le Président,
Je suis militaire français et au cours de mes déplacements à l’étranger, j’ai été malencontreusement en contact avec une organisation mafieuse européenne . J’ai été témoin de leurs pratiques et j’ai pris connaissance d’une liste de personnalités à attirer et à exploiter. Dans cette liste figure un dirigeant de TIME WARNER . Je connais la méthode qui a été employée pour que cette organisation exploite cet homme. Malgré des menaces, des intimidations et l’interdiction de mes supérieurs militaires de révéler cette affaire, je m’efforce de prévenir les victimes de cette organisation secrète.

Concernant le responsable de votre fondation, il est malheureusement trop tard pour le mettre en garde mais il est possible de retourner la situation. Il a été trompé mais il reste de bonne foi ne sachant pas qu’il est manipulé. Je cours un réel danger à vous envoyer cette lettre mais je souhaite en tout premier lieu que cette organisation ne s’infiltre pas au sein de votre fondation. Votre discrétion est ma meilleure des protections, je vous remercie de la respecter.Je reste à votre disposition pour vous apporter plus d’informations et attends votre décision concernant la suite que vous voulez donner à cette affaire.
Je vous prie d’accepter, Monsieur le Président, mes salutations.

Courrier de Mme Joly faisant en rapport à son échange de messages

Monsieur ,
Connaissant votre influence au sein du pays , je dois vous signaler un réseau mafieux opérant à Phnom-Penh et représentant un réel danger pour le Cambodge.
Ce réseau a été mis en place par des français Jean-Philippe PIEROT et Jean-Pierre FRANCHI qui sont les gérants de la société « Triangle Holding ». Cette société regroupe plusieurs activités : le journal « Principal » , la « Boulangerie Française » (99 B , Preah Sihanouk Boulevard ) et des activités de « Renseignements » au sein de l’agence « Kéops (société d’investigations) » .
Ces français attirent des investisseurs alors que la société est déficitaire depuis le début de sa création. Les escroqueries permettent d’équilibrer les comptes mais ne suffisent à combler les pertes. Donc, de l’argent provient d’autres sources, que je ne peux actuellement révéler, et ce, par sécurité .
Jean-Philippe PIEROT prétexte travailler avec le lieutenant « Tho » de la police des Etrangers pour défendre les intérêts du Cambodge ( en particulier en matière de lutte contre la pédophilie, et cherche à accroître un réseau de renseignements). En réalité, Jean-Philippe PIEROT et Jean-Pierre FRANCHI se renseignent sur tout le monde et exploitent les renseignements pour leur compte personnel, en procédant ainsi :
√ en vendant les renseignements aux gens ou organismes intéressés
√ en s’attirant la sympathie d’organismes privés
√ en recherchant l’appui de personnalités du pays dont Mme le ministre de la condition féminine et le Vice-Gouverneur, tout en leur substituant des renseignements sur la vie politique √ en recherchant des subventions
√ en protégeant des pédophiles .
Jean-Philippe PIEROT entretient des rapports avec des organismes privés en France et dans le monde entier. Le danger est qu’il se fait passer pour un agent des services secrets français ce qui est totalement faux. Il entretient autour de lui une atmosphère laissant croire qu’il est investi d’une « mission » provenant de l’Etat Français. C’est pourquoi, grâce à une intelligente manipulation, identique à celle exercée dans une « Secte », il arrive à endoctriner des adeptes. Il nomme des « agents secrets» et leur donne ensuite à surveiller quelqu’un au Cambodge. Ses agents Cambodgiens, Français, Australiens, Vietnamiens …sont pour certain, tellement endoctrinés qu’ils sont capables de tuer sur ordre. C’est le cas de Mr Antoine COSTANTINI, qui a été nommé dans les bureaux de Jean-Philippe PIEROT : « agent au service de la France « en septembre 2000 dernier. Cet homme avait rencontré le Ministre du Commerce à cette époque. Il est extrêmement dangereux.
Les agents « permanents français» de Jean-Philippe PIEROT sont, pour ne citer qu’eux : Xavier MATHEVET, François PELLISSIER, Frédéric AMAT… qui ont espionnés, à plusieurs reprises de hautes personnalités Cambodgiennes. Les « agents cambodgiens « sont nombreux : le lieutenant « PIRIT » de la police, le traducteur « TON » ( qui connaît bien tout le réseau ), trois officiers supérieurs de police, et une dizaine « d’hommes de main « et bien d’autres encore.
Très discret, ce réseau a des informateurs un peu partout dans la société cambodgienne, dont un informateur auprès du cabinet du « Prince RANARIDH ».
Des renseignements diffusés par Jean-Philippe PIEROT font d’ailleurs état « des pratiques du Prince et de certains membres de son cabinet ››.
Jean-Philippe PIEROT et Jean-Pierre FRANCHI ont en plus, de nombreux créanciers avec lesquels ils sont en conflits. C’est le cas de deux français qui s’étaient associés et qui ont refusés, de participer à ces pratiques illégales. Ils sont repartis en France en octobre 2000, accompagnés de menaces.
Je pourrais, si cela devait être utile pour le pays, vous donner d’autres indications sur ce réseau, qui reste un réseau très grave, puisque les pratiques que je définies ci-dessus ne sont que de petites révélations, par rapport à l’énorme « trafic » illicite que ces personnes cachent.
Permettez-moi de garder sous silence mon identité pour des raisons de sécurité.
Je reste toutefois à votre disposition.
Madame Géraldine Joly

L’auteur
Bruno Mercier a fait une carrière dans les Troupes Aéroportées des Troupes de Marine en tant que Commando puis spécialiste de Défense Nucléaire Biologique et Chimique. Au cours de sa carrière, il a été amené à intervenir dans de nombreux pays. Il a été engagé dans des opérations armées ; le coup d’Etat en Centrafrique, l’opération Victor à Ouvéa, Godoria à Djibouti pour ne citer que celles-ci, et il a servi au sein de l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge.
Utilisé par les services de renseignement pour infiltrer un réseau de mafieux français en Asie du Sud-Est, il découvre le jeu de la manipulation et les trafics les plus criminels. Il se retrouve au milieu d’une mafia qui n’a aucune limite pour s’enrichir et qui utilise tous les stratagèmes pour renforcer son organisation. Les mafieux n’hésitent pas à se faire passer pour des agents des services de renseignement ou des Franc-maçons pour mieux impressionner et tromper leur victime.
Au fil des années, il fait les relations entre son expérience militaire et les activités de la mafia dans laquelle il était membre. En 2008, il témoigne auprès du juge Sophie Clément dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel à Djibouti.

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