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La mafia française ses méthodes, ses réseaux – 3ème partie

Lire la 1ère partie 2ème partie

LES TRAFICS ET MANOEUVRES

Les trafics sont ceux qui ont toujours existés à partir de l’Indochine française du temps de notre Empire Colonial et qui trouvaient en partie leur aboutissement sur le territoire des Afars et des Issas. Ils ne font que perdurer, c’est pourquoi la mafia effectue des mouvements de personnels entre les deux pays.

Nombres d’ouvrages citent les trafics de drogues provenant des champs de pavots des hauts plateaux vietnamiens, les minorités ethniques d’où venait la drogue et qui étaient fidèles à la France en paient d’ailleurs le prix fort depuis 1954.

Plus proche, le trafic actuel, dans sa version moderne, provient directement de la French Connection aussi connue sous le nom de Corsican Connection, car la majeure partie de ses dirigeants étaient Corses, ce qui est d’ailleurs toujours le cas concernant la cellule Cambodge.

Cela ne veut pas dire non plus que le réseau mafieux est corse, les Corses en sont aussi les victimes. Le fonds de commerce des trafics perpétrés du temps de l’Indochine s’est donc transmis.

Pour la mafia, le trafic de drogue et de faux euros est un moyen comme un autre de gagner de l’argent et accessoirement de combattre le communisme en France.

Le trafic de drogue est associé depuis peu avec celui des faux euros.

Suivant des informations provenant du Cambodge, les faux euros arrivent en même temps qu’une partie de la drogue par des vols réguliers et transportés par des prostituées cambodgiennes. La mafia leur offre ce voyage en France contre un travail d’hôtesse de trois mois qui est celui de la durée d’un visa touristique.

En 2007, la direction de la Police judiciaire a directement été avertie par l’informateur européen résidant au Cambodge. Mais l’opération de flagrant délit projetée n’a pu aboutir pour une raison inconnue, la mafia semblant être bien informée dans tous les milieux, au Cambodge comme en France.

Arrivée sur le territoire national, la drogue est dirigée en priorité vers les municipalités communistes ou à forte population immigrée.

Cela n’est pas le fait du hasard, toutes les conditions sont réunies pour écouler facilement les produits. Mais pour la mafia, outre l’argent qu’il faut ensuite blanchir, d’où les allées et venues entre la France et le Cambodge, l’intérêt est de tuer à petit feu le communisme, ou les mouvements de gauche de l’intérieur, en utilisant un territoire et des gens qui sont identifiés comme étant l’adversaire à saborder.

Le processus est bien pensé : laisser se regrouper des populations défavorisées et perdues politiquement, et provoquer leur inhibition latente. Quoi de plus naturel que de permettre à une population de se détruire lorsqu’elle idéologiquement opposée à la cause !

La mafia raisonne comme une armée le fait en temps de guerre, tous les moyens sont bons pour réduire le potentiel ennemi.

Durant la guerre 1914-1918, les armées tentaient de se neutraliser mutuellement en dispersant des virus qui se propageaient parmi les troupeaux et les hommes. Durant la guerre froide, l’URSS avait mis au point des plans d’agression des pays de l’Ouest en utilisant des produits biologiques pour atteindre les populations. La drogue est utilisée au même titre que des produits biologiques pour les mêmes objectifs qu’en temps de guerre, et en plus elle permet de gagner de l’argent.

A partir de Triangle, la drogue est envoyée non seulement en Europe mais aussi vers Djibouti, vers le centre de traitement situé dans la zone franche du port de la ville. On comprend alors les relations étroites entre certains Français de ce pays de la Corne de l’Afrique et l’Asie du Sud-est, au Vietnam et au Cambodge.

De Phnom Penh, Triangle dirigeait effectivement les affaires développées au Cambodge mais aussi au Vietnam et se déplaçait dans la région du Delta pour aller à Chân Dôc, ville commerciale sur le chemin du Cambodge, située à 250 km d’Hô-Chi-Minh-Ville, où elle disposait d’une « annexe commerciale ».

Plus classiques, les trafics d’armes provenant d’Asie du Sud-est sont une source de revenu non négligeable de la mafia. Triangle s’approvisionne discrètement en armes individuelles, lesquelles disparaissent tout aussi discrètement dans des containers maritimes. La question a été abordée lors d’une enquête des services de police français mais cette activité était si bien protégée qu’aucun élément probant n’a permis de mettre au jour l’ensemble du trafic.

Faire une enquête de France sans pour autant se déplacer sur les lieux, qui plus est dans un pays souverain d’où aucune plainte n’émerge, est de toute façon vouée à l’échec. Pourtant, en faisant preuve de bon sens, il y a des faits qui ne peuvent qu’interpeler. On ne peut alors que s’étonner de savoir que des containers maritimes sont partis sous couvert de l’ONU en 1993 du Cambodge pour une destination tout aussi inconnue, alors que l’armée française a déclaré 60% des armes retirées aux différentes factions détruites50 (Armée régulière et Khmers rouges).

Les stocks d’armes, dont des pièces d’artillerie, étaient gardés par les détachements français qui avaient pris position dans un secteur compris entre Phnom Penh, Kaoh Kong et Kampot. A Kaoh Kong, ville frontalière avec la Thaïlande, le détachement composé d’une quarantaine d’hommes était installé dans le « fort de la ville » qui était en réalité un casino à un étage dont la construction n’avait jamais été achevée. Surplombant la ville, la position était aménagée en place forte.

Au niveau moins 1, sur une superficie équivalent à la totalité de la surface au sol du bâtiment, étaient stockées des milliers d’armes légères entassées les unes sur les autres sur une hauteur d’au moins un mètre cinquante. C’était la quantité d’armes gardées par les détachements du troisième et dernier bataillon de la mission ONU au Cambodge.

Douze mois auparavant, le premier bataillon a bien détruit des lots d’armes, mais s’agissait-il d’une destruction massive ? Le ministre de la Défense d’alors, François Léotard, en inspectant les positions françaises de l’Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge, n’a jamais cherché et certainement en toute bonne foi, comment s’était effectuée la destruction de ces milliers d’armes qui aurait pu, au bas mot, équiper la Division parachutiste française forte à l’époque de 16 000 hommes. En avait-il été informé au moins ? La mafia a de toute façon les capacités de manipulation nécessaires pour tromper un ministre, aussi éclairé soit-il. Nous sommes alors en novembre 1993.

Peu après le départ des casques bleus, vient l’affaire des occidentaux pris en otages puis tués par les Khmers rouges en 1994. Cette année là, les Khmers rouges sont encore actifs et tiennent fermement des positions entre la capitale et Sihanoukville ainsi que dans la région de Païlin où Pol Pot s’est installé. Les Khmers rouges sont de très bons combattants, rusés et connaissant bien le terrain d’où l’armée régulière a du mal à les déloger. Le jour d’une attaque de train passant dans leur zone, les Khmers rouges font prisonniers trois occidentaux. Ces derniers avaient déjà testé la prise d’otages, un an auparavant, en retenant des casques bleus français qu’ils ont plus tard libérés contre rançon. En aucun cas ils n’ont eut l’intention de tuer ; en 1994, les Khmers rouges ne sont plus des tortionnaires, des fous sanguinaires, ils sont sur la fin et souffrent de leur exclusion.

Cette prise d’otages est donc simple et n’aurait jamais dû en arriver à l’exécution de ces trois jeunes, massacrés à coups de crosse de fusil. Un journal commentait l’affaire de la façon suivante : « Les conditions de la mort de l’Australien David Wilson, du Britannique Mark Slater et du Français Jean Michel Braquet restent mystérieuses. » La remise de rançon aurait été perturbée par des militaires de l’armée régulière qui voulait l’intercepter, Pol Pot aurait en personne donné des consignes pour faire monter les enchères. Le Sénat français demande au ministre des Affaires Etrangères comment M. Nuon Paet – ravisseur de M. Braquet – a pu quitter le territoire alors que 4000 hommes de l’armée régulière encerclaient la position Khmer rouge ; pourquoi M. Hun Sen, le co-premier ministre, a-t-il limogé le responsable des négociations au moment où celles-ci allaient précisément aboutir à la libération de Jean-Michel Braquet et enfin pourquoi, à partir du 22 août 1994, l’armée de M. Hun Sen a-t-elle fait obstacle aux négociations et a-t-elle préféré attaquer la zone où Jean-Michel Braquet était détenu ?

La réponse du ministre français : « Nuon Paet, ex-cadre Khmer rouge et principal suspect dans l’affaire de l’assassinat de notre compatriote et de ses deux compagnons australien et britannique, a été arrêté à l’été 1998 par les autorités cambodgiennes. Une procédure judiciaire a été ouverte par le tribunal de Phnom Penh, qui a abouti au procès de Nuon Paet, le 7 juin 1999… les autorités françaises ont exprimé leur satisfaction pour la condamnation… »

En 2000, autour d’une table où jonchait une multitude de bières, Triangle relatait l’affaire comme une opération qui avait mal tourné et qui incombait en partie à l’action de Xavier d’Abzac. Selon Jean-Pierre Franchi, qui semblait bien connaître l’histoire, « le réseau » voulait uniquement renouveler le « coup du Liban » – affaire des otages Marcel Carton, Marcel Fontaine et Jean-Paul Kauffmann51 retenus par le Hezbollah en 1988- en suggérant, par le biais de plusieurs intermédiaires, aux Khmers rouges d’attaquer le train et d’en rançonner les occupants.

Quelques dizaines de militaires gouvernementaux des forces royales seront à proximité pour sécuriser le secteur afin qu’ils ne soient pas dérangés. Ce sont là des arrangements tacites entre Cambodgiens rivaux lorsqu’il y a des sacs de riz et divers marchandises à se partager. Sans le savoir à l’avance, les Khmers rouges allaient tomber sur les trois occidentaux et la prise d’otage s’est faite naturellement. Bien embarrassés ou heureux de cette prise, personne ne pourrait le dire, les « Khmaey Krahom » ont bien été obligés de gérer la situation pour en tirer une rançon.

De son côté, le réseau mafieux n’a pas su s’imposer assez vite pour envoyer un émissaire de l’armée royale, sous l’autorité du Prince Ranarridh, afin d’établir officiellement le contact. Le Prince, co-Premier ministre, n’a pas réagi comme il était prévu, il n’a pas pris les décisions attendues. « Tout a été fait en dépit du bon sens, de vrais amateurs » lancera Franchi. Alors que le second vice-Premier ministre, Hun Sen, semblait finalement maitriser de son côté la situation, en mettant toutes ses forces dans une négociation qui devait normalement aboutir, la mafia a tout fait pour saborder ses efforts. Il fallait à tout prix et d’urgence reprendre la main sur sa géniale manipulation et négocier directement avec les ravisseurs afin de convenir du montant de la rançon à partager. Car c’était là que voulait en venir le réseau, négocier avec les Khmers rouges une grosse somme pour s’en attribuer au moins 50 %.

C’est pour faire échouer la remise de rançon en cours que plusieurs militaires tenteront de l’intercepter, telle une meute de chiens affamés qui courent derrière un os. Et puis d’Abzac sème un peu plus la pagaille, affolé par la perspective de ne pas pouvoir toucher un dollar dans cette affaire, il ira jusqu’à faire savoir au premier cercle de Pol Pot qu’il faut finalement demander plusieurs millions de dollars et qu’il peut servir de négociateur. Le Frère N°1, Pol Pot, ne réagit pas comme prévu, fait avancer des revendications politiques qui vont déconcerter le réseau et le laisser impuissant. Pendant ce temps, les officiers royalistes continuent de provoquer ceux du co-Premier ministre Hun Sen.

Toute une accumulation d’erreurs, de cupidité, de rivalités entre Cambodgiens pour finalement trouver les trois jeunes morts. Le « coup du Liban » ne s’est pas renouvelé ! Les Cambodgiens seuls auraient pu sauver les otages mais c’était sans compter sur l’action menée par la mafia française. Si l’opération de sauvetage avait réussi, un responsable français aurait été mis en avant. On peut l’imaginer descendre d’avion à Paris avec les trois otages libérés et se présenter comme un sauveur des libertés ayant fait entendre raison à des barbares. Malheureusement, cela ne s’est pas passé comme ça. Il y a donc des informations qui ont été tronquées et qui ne concernent pas les Khmers rouges et les Cambodgiens en général.

L’argent, sous prétexte d’idéologie, est le moteur de la mafia pour qui une prise d’otages est un moyen comme un autre de s’enrichir.

Toutes les opportunités sont bonnes à saisir mais la plus classique reste celle du blanchiment d’argent, il dissimule la provenance d’argent acquis illégalement qu’il faudra ensuite faire disparaître.

Le blanchiment d’argent est un moyen de financer la multinationale qui sert la cause.

Dans son sillage, nous trouvons Xavier Mathevet, qui faisait des transferts d’argent vers le Lichtenstein en présence des cadres de Triangle. Une simple manipulation à partir d’un ordinateur et des sommes colossales venant d’Europe disparaissaient sur un compte discret.

L’argent est pour une autre partie injecté dans de petites ONG qui sont créées pour l’occasion.

De plus grosses ONG, pilotées par les gestionnaires de la mafia, sont par contre aidées par de conséquentes subventions européennes qui n’apportent en réalité que très peu au Cambodge.

La mafia investit beaucoup, à partir de 2003, dans la région de Siem Reap où elle possède un grand hôtel sur le fleuve et prend une participation dans les « Artisans d’Angkor », structure qui a bénéficié de colossales subventions françaises et européennes. En 2004, son chiffre d’affaire se monte à 3 millions de dollars.

Ces méthodes ne sont néanmoins que des méthodes artisanales. Celle qui est pratiquée en priorité par la mafia provient du détournement des fonds de grands projets européens.

« Une vraie vérité ou une fausse manipulation doivent cacher une seconde couche de fausse vérité ou de vraie manipulation, qui elle-même est protégée par une troisième couche », nous atteignons la troisième couche, celle des vrais trafics de la mafia dont Triangle n’est plus qu’un pion sans importance.

Il existe ce que l’on appelle dans le jargon professionnel des fonds dits de « subordination », les FS, inconnus du grand public, mais qui sont en fait des reliquats de subventions spécifiques de l’Union européenne non utilisés et devant être soit reversés aux pays d’origine, soit réattribués sans procédure initiale d’imputation.

Comme ses fonds ont déjà officiellement et comptablement été attribués, un tour de passe-passe permet, avec la complicité d’un membre ou d’un haut fonctionnaire de la Commission, de les verser à qui ont veut et comme on veut. Donc à des ONG acquises à la cause et c’est ce qui explique la présence d’anciens fonctionnaires européens qui découvrent l’action humanitaire au Cambodge et dans d’autres pays.

Bien sûr, si des élus européens ou des enquêteurs demandent des précisions auprès de la Commission et de l’administration, la réponse sera que ces procédures n’existent pas et que cela relève du fantasme, un système qui possède ses propres protections naturelles. Il serait toutefois très facile de lister les ONG ayant des facilités extraordinaires à se faire financer et qui ont une dynamique hors du commun.

Il y a les ONG qui ont du mal à vivre, pilotées par des gens de coeur qui ne s’accordent personnellement que le minimum pour vivre et, a contrario, celles qui affichent l’obtention de milliers d’euros sans grande difficulté. Cette répartition mal équilibrée s’explique généralement par le charisme de certains directeurs d’ONG qui défendent mieux que les autres les valeurs d’humanisme de leur organisation au service des autres. Il est effectivement possible de le croire tant la communication est réfléchie.

Et que dire de celles qui remportent des prix d’une valeur d’un million d’euros ? Qu’à Marseille, le champagne doit couler à flot.

On comprend pourquoi les histoires de pédophiles et les autres « petits » trafics sont pour la mafia française des leurres protecteurs. La mafia a même plutôt intérêt qu’un maximum d’enfants soient abusés sexuellement pour détourner l’attention.

Ces détournements qui concernent des millions d’euros ont été dénoncés.

Dans le cadre d’une enquête préliminaire demandée par le procureur de Clermont-Ferrand, un témoignage devant un officier de Police judiciaire cite clairement ces détournements, mais aucune suite n’y a été donnée. Cela dépasse effectivement la justice française.

La mafia sait par ailleurs se montrer généreuse avec des politiques français en partageant son trésor de guerre, cela lui octroie une protection supplémentaire.

Il faut dire que le sujet est si sensible que la mafia n’hésiterait pas à éliminer celui qui oserait l’aborder.

Lorsqu’on comprend son pouvoir de manipulation et de nuisance, il est concevable d’envisager que des fonctionnaires français et européens en ont été les victimes. Comment expliquer alors, ne serait-ce qu’au niveau des pouvoirs publics français, que rien n’ait été fait pour au moins limiter les conséquences des agissements de cette mafia.

Le samedi 25 janvier 2003, un Français dénonce les « activités de base » de Triangle en envoyant sur l’adresse internet du Premier ministre un message très explicatif, citant la possible compromission de fonctionnaires français visant à couvrir les activités de la mafia. Le 28 janvier suivant, la chef du Services des Interventions pour le Premier ministre, madame Nicole Martin, répond à ce message en écrivant qu’elle a transmis les informations directement à monsieur Dominique de Villepin. Depuis, plus aucune nouvelle. Le témoin qui croyait de bonne foi que son intervention serait suivie d’effets, s’est depuis fait à plusieurs reprises menacé de mort par téléphone.

L’ARCHITECTURE DE L’ORGANISATION

Triangle, puis Solaris Cambodge et ACH, a donné naissance au cours de ces dix dernières années à un nombre impressionnant d’ONG au Cambodge comme dans d’autres pays. Comme dans une multinationale, lorsqu’une ONG a des difficultés de trésorerie, les autres ONG de la famille viennent à son aide. C’est donc un ensemble cohérent et soudé, avec des sous-ensembles qui ne peuvent que prospérer grâce aux subventions internationales, au blanchiment d’argent, au trafic de drogue provenant principalement du Laos et, bien entendu, aux dons de particuliers parrainant des enfants.

La structure a pris pour référence l’organisation des réseaux anticommunistes qui devaient pouvoir continuer de fonctionner en cas d’attaque, le bateau pouvant prendre l’eau mais pas couler. Cette structure est par ailleurs compartimentée et cloisonnée, de telle sorte que les différents membres de la mafia ne se connaissent pas obligatoirement entre eux.

Solaris Cambodge est devenue une entreprise de marketing et de communication mais pour la plupart des gens, c’est resté une ONG. Cela lui permet de percevoir des fonds des institutions et d’en faire ce qu’elle veut, tout en fonctionnant comme une entreprise ne payant aucun impôt.

L’organisation hiérarchique de la mafia est identique quel que soit le pays où elle s’est constituée en cellule, reprenant ainsi l’organisation «légitime» de la guerre froide.

Elle se veut en outre pyramidale, « elle se veut » uniquement car dans la réalité, l’intérêt personnel prévalant souvent sur l’intérêt collectif, l’autorité n’est pas toujours respectée.

C’est à ce niveau que l’on peut comprendre que l’Etat français n’en est pas le maître et que la maffia échappe à son contrôle.

Le ciment est celui de l’argent, du goût des affaires, de l’impérieuse nécessité d’exister et de servir le pays, même si cela doit se faire au détriment des Français.

Elle fonctionne comme une multinationale, avec des cadres supérieurs, des cadres et des employés plus ou moins disciplinés.

La comparaison pourrait tout aussi bien être celle d’une armée avec ses officiers supérieurs, ses officiers subalternes et ses soldats.

Les dirigeants sont ceux qui ont acquis leur expérience des méthodes à employer au sein même des institutions françaises et qui se prévalent de leur grade. Ils n’hésitent pas à employer des métaphores qui permettent de penser qu’ils sont des anciens des services français C’est du moins l’image qu’ils veulent donner, peut-être au même titre que les faux Maçons qui copient vulgairement les us et coutumes des Obédiences.

Les membres des cellules sont tenus de suivre un règlement intérieur et des objectifs financiers comme dans toute entreprise. Les ordres donnés ne se discutent pas et l’obéissance est aveugle, la manipulation de la mafia envers ses membres prend là toute son importance. Comme dans toute organisation, l’obéissance suppose la croyance en la légitimité de l’ordre donné, que ce soit par adhésion idéologique ou par contrainte.

L’emprise de la mafia s’exerce par l’association du traditionnel (le respect des valeurs, des traditions, de la religion), du charisme (importance de chacun au sein du dispositif, confiance donnée, combat héroïque, esprit de sacrifice ou de dévouement), enfin du légal et du moral (loi propre à la mafia, la fin qui justifie les moyens pour la sauvegarde de la nation, la France avant toute autre considération).

La base de la pyramide, constituée de petites mains, les soldats, sont les éléments visibles. Ils sont valorisés en permanence par leur hiérarchie mais sont prévenus qu’ils serviront de fusibles en cas de problème et seront sacrifiés sans état d’âme pour le bien de la cause. Ils ne sont généralement pas bien rémunérés mais peuvent, par des trafics personnels, tirer leur épingle du jeu. Pierot est de ce niveau, mettant en avant pour mieux se rendre respectable son ex-épouse qui est un éminent juge de Marseille, employant les « mots secrets » de la Franc-maçonnerie avec les autres membres de la cellule, montant des dossiers sur des expatriés et même sur des membres de la mafia. C’est un élément recruté pour ses entrées dans le gouvernement socialiste mais qui a posé bien des problèmes à sa hiérarchie. A partir de 2002, la droite étant revenue aux affaires, il s’est progressivement retrouvé sur la touche.

En remontant la pyramide, nous trouvons les chefs d’équipe des différents compartiments de la cellule qui ont pour charge de superviser le travail des soldats. Ils n’hésitent généralement pas à s’installer durablement dans un pays et usent de tous les stratagèmes pour se faire protéger. Jean-Pierre Franchi, dans la seule perspective d’être protégé au Cambodge et de vivre des jours heureux sans être inquiété, s’est marié avec une Cambodgienne richissime, madame Khun, directrice d’une chaîne de télévision. Par la même occasion, cela lui permet d’influencer les médias cambodgiens. Comme la majorité des membres de la mafia résidant dans un pays, beaucoup n’ont plus la possibilité de revenir en France à cause des avis de recherches les concernant.

L’administration française ne cherche d’ailleurs pas à les interpeler, on peut y deviner les anciennes pratiques des années 44/45 qui ont permis, sous couvert de lutte anticommuniste, de blanchir des collaborateurs et des nazis, où celles du SAC qui employait des repris de justice en leur attribuant des cartes de police. Faits concordants, les convictions politiques de notre mafia sont très proches de celles véhiculées à l’époque de l’occupation allemande. Bien plus virulentes que celles diffusées actuellement par le Front National dont Le Pen est, selon eux, un doux rêveur.

Les chefs d’équipe gèrent les « volants » qui sont à distinguer en deux familles : les volants et les volants commerciaux.

Les premiers, Franco-cambodgiens ou Cambodgiens, sont limités à assurer des missions de blanchiment entre la France et le Cambodge pour ce qui est de ce pays. Certains volants ne vivent que grâce à ces missions et leur salaire est correct, suffisant pour bien vivre en Asie. Les seconds, européens, sont les volants commerciaux, ce sont eux qui approchent les fonctionnaires européens pour obtenir les subventions à distribuer aux ONG. Une certaine autonomie leur est accordée à condition qu’ils répartissent de façon équilibrée les subventions.

Les deux types de volants peuvent être désignés pour transporter de la drogue ou d’autres produits illicites.

Le salaire des « volants commerciaux » se situe à partir de 5 000 euros mensuels, pour une ou deux missions par mois, versés sur des comptes discrets par une ONG cambodgienne. Cette rémunération est la bien venue tout en considérant qu’un volant commercial peut avoir été une cible sur qui a été montée une cabale et qu’il ne peut pas faire autrement que de servir la mafia. Généralement pour brouiller les pistes des spécialistes financiers de la Police ou des services fiscaux, un volant commercial ouvre un compte associatif dans les Caraïbes, à Saint-Martin et un autre dans une banque au Liechtenstein ou à Jersey.

Au dessus de cette fourmilière qui voyage, compromet et fait chanter, un coordinateur des activités est mis en place au niveau d’un pays.

En 2003, la compagnie ACH (Anglo Cambodian Holding LTD) dont le siège social est au « Capstan house St Helier – Jersey » voit arriver son nouveau coordinateur, Claude Renucci. Il en devient le coordinateur financier partageant son emploi du temps entre la France et l’Asie. Les bureaux sont installés sur le boulevard Norodom et une annexe au Hong Kong Center avec monsieur Xavier Mathevet, fils du chanteur Philipe Clay, de son vrai nom Philippe Mathevet, qui est un associé de la première heure de Triangle. Le ton de Renucci est connu pour être autoritaire et il se réfère souvent au mécanisme de manipulation qui est, selon lui, le seul qui permet de tout connaître d’un individu, son passé, son présent et de prévoir son avenir. Il connaît parfaitement tous les membres de la cellule et se donne le droit de jouer avec eux pour susciter une «certaine émulation» visant à développer le business, ou pour écarter les mauvais éléments.

Il a le pouvoir de donner des récompenses comme des sanctions.

Par récompense, il faut entendre la gestion d’une ONG supplémentaire, une commission plus importante sur les fonds transportés et destinés au blanchiment ou une rallonge sur la somme promise pour transporter la drogue. Il supervise les subventions décrochées par les volants commerciaux comme celle provenant des FS, c’est tout un travail de management.

Lorsque des « soldats » sont inquiétés dans une cellule et à condition qu’ils soient de bons éléments, ils peuvent être mutés dans un autre pays.

C’est ainsi que l’équipe de la cellule Cambodge s’est vu renforcée d’éléments provenant de Djibouti peu après 1995. En les questionnant encore aujourd’hui, M. André Calbro, patron du restaurant Le Deauville à Phnom Penh, n’hésiterait pas à répondre que son départ précipité de Djibouti était dû à une « trop forte chaleur qui devenait insupportable », le tout dit avec un large sourire.

Il faut, pour comprendre, se reporter à l’époque de l’affaire du meurtre du juge Borrel. En 2006, il déclare à un touriste français gérer, en plus de son restaurant, une boîte de nuit qui reçoit chaque nuit entre 500 et 600 personnes avec un fort pourcentage de jolies filles khmers et vietnamiennes très dociles, et une maison de prostitution qui s’appelle le Mikado. Il s’insurge en revanche contre les « autres conneries de Pierot », faisant référence à son business lié aux enfants.

Mais, pour bien fonctionner, la cellule Cambodge bénéficie de connexions en France, ce qui est une évidence. C’est aussi une fourmilière très discrète qui s’active et dont les membres sont des manipulés plutôt que des malfaiteurs. Comme toute mafia, il n’est pas possible d’en établir le nombre, les bras de la pieuvre peuvent aller très loin, trop loin pour faire une estimation du nombre et de la qualité des personnes impliquées. Un enquêteur de la Gendarmerie spécialisé dans les réseaux a eu cette réflexion au sujet des connexions de Triangle en France : « Dans ma carrière, je n’ai jamais vu de ramifications aussi importantes. Une entité est en relation avec d’autres, et cela n’en finit pas. »

En 2005, lors d’une enquête judiciaire au sujet d’un présumé réseau Franco-cambodgien, le nom de Marchiani est donné comme étant son responsable, donc au sommet de la compagnie ACH. Manipulation ? Quelle est la valeur de cette déclaration devant un officier de Police judiciaire des Affaires Criminelles de la Gendarmerie ? Noir ou blanc, et est-ce que le blanc n’est pas noir ou inversement ? Ou est-ce la simple vérité ?

Jean-Charles Marchiani, ancien préfet et qui a failli prendre la tête de la DGSE, a bien des relations politiques reconnues au Cambodge mais le réflexe veut qu’à l’évocation de son nom, on se laisserait tenter une fois de plus à faire référence à la French Connection des années 1960/70 !

La French Connection provenait d’une multitude de réseaux et d’équipes en France, principalement sur les ports de Marseille et Paris. La morphine base importée d’abord d’Indochine, ensuite de Turquie et de Syrie, était transformée en héroïne dans les laboratoires installés pour la plupart dans le sud de la France avant de prendre la direction du Canada et des Etats-Unis.

Les trafiquants français étaient à cette époque les principaux fournisseurs des organisations criminelles américaines.

En France, les laboratoires sont maintenant difficiles à maintenir et le trafic de drogue provenant d’Asie du Sud-est aurait plutôt intérêt de transiter par un pays moins surveillé. Un rapport de 1960 du « Federal Bureau of Narcotics’s » estimait le trafic annuel d’héroïne entre la France et les USA entre 1200 et 2300 kilos.

Lors de son démantèlement, les noms de Jean-Charles Marchiani et de Charles Pasqua sont cités par la presse anglo-saxonne. Pendant près de neuf ans, un autre personnage, Jean Venturi, avait été l’importateur et le distributeur en Amérique du Nord du pastis Ricard, statut qui lui servait de couverture pour assurer plus facilement l’importation d’héroïne provenant de Marseille, son supérieur était alors Charles Pasqua.

Un témoignage de Mme Jacqueline Pilé-Hémard, réfugiée politique française aux USA, raconte que la famille Hémard, propriétaire de Pernod & Ricard, a contribué à mettre en place au Maroc des installations de transformation de la cocaïne. Cela a commencé en 1962 et a duré jusque dans les années 80. Charles Pasqua a travaillé durant dix ans à la branche export avec le Maroc pour la famille Hémard. Personne ne se risquerait à déclarer par contre que le trafic s’est réellement arrêté dans les années 80, mais uniquement que les installations fonctionnaient jusqu’à cette date.

C’est aussi l’histoire d’Étienne Leandri, intime de Charles Pasqua et proche de Jean-Charles Marchiani. Leandri était un antisémite et anticommuniste convaincu, ancien collaborateur, ancien du Service d’Action Civique (SAC), un très bon profil. C’était un spécialiste des montages parallèles, des contrats d’armement, des paradis fiscaux. Il dirigeait plusieurs sociétés dont la Société française d’exportation du ministère de l’Intérieur (SOFREMI). Jusqu’à sa mort en 1995, c’était un personnage lié aux affaires d’armes et de corruption en France.

Après la guerre, à partir de l’Italie, il est devenu trafiquant de cigarettes, de fausse monnaie et de drogue en liaison avec la filière corse du trafic d’opium. Ami de Jo Renucci et d’Antoine Guérini, il se lie aussi au chef mafieux Lucky Luciano. En 1955, il obtient son annulation de sa peine de vingt ans de travaux forcés pour collaboration pendant la guerre, grâce à son anticommunisme. Un attentiste de plus non inquiété qui pourra nager en eaux troubles avec toutes les protections souhaitées.

Beaucoup de similitudes avec l’environnement de Triangle Cambodge des années 2000. Le flambeau de la «Cause» et des procédés mafieux se transmettent apparemment de générations en générations. Cela prouve bien que la mafia est pérenne et qu’elle ne compte pas sur quelques élites pour étendre ses tentacules. Tout se fait naturellement, comme une armée en marche qui comble ses pertes au fur et à mesure qu’elle avance, rien ne doit l’arrêter jusqu’à la victoire finale. Mais le combat contre les communistes, même s’il est toujours d’actualité, n’est plus celui qui rapporte le plus, pour continuer à avancer en ordre contre l’ennemi, un nouveau front s’est ouvert, celui de l’Occident contre l’Orient.

LE NOUVEAU COMBAT CONTRE L’ISLAM

Après une période de flottement et d’interrogations qui ont suivi la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’Empire Soviétique, la mafia légitime n’avait plus de raison d’être.

Après avoir été pendant quarante ans au coeur de la guerre froide, tous les services de renseignement et les barbouzes ont été dépassés par la marche de l’Histoire et impuissants à l’arrêter. Les hommes de l’ombre des deux bords ont été pris de court, l’enchaînement des événements a été si rapide qu’il rendait obsolète toute information. Les espions de tous bords ont découvert qu’il n’y avait plus de cibles à espionner et à manipuler, l’ennemi d’hier devenu un partenaire, cela signifiait que le monde semblait s’orienter vers une aire de paix. Il n’y avait plus pour les défenseurs du monde libre qu’à attendre la démobilisation ou mourir d’ennui à petit feu. Ce qui signifiait aussi de ne plus profiter des avantages liés au combat et des fonds qui y étaient attribués.

Pour survivre en reprenant le dispositif mis en place dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les ex-serviteurs du monde libre ne pouvaient plus valoriser la continuité de leur existence qu’à la condition de fournir des renseignements d’une acuité exceptionnelle, touchant les intérêts vitaux de la nation, menacés par des ennemis nouvellement arrivés sur le marché.

Ces ennemis à la religion intolérante qui menacent le monde, plus dangereusement encore par le passé que les communistes, sont perçus comme une infection risquant de gangréner les pays du monde libre, la France en particulier, peut-être même la France en priorité car insidieusement infiltrée.

Personne ne s’est aperçu de rien mais, une fois le bloc communiste disloqué, le vrai visage de ce mal s’est heureusement révélé.

La veille garde peut se réarmer et se préparer à sauver une nouvelle fois la France ! Se positionner dès lors comme une véritable agence privée de renseignement au profit des Etats hébergeurs et de la France lui a donné un regain de vitalité.

Lorsque les informations ne sont pas dignes d’intérêt, les soldats n’hésitent pas à en créer de toutes pièces. L’escroquerie a vu le jour au début des années 2000 et les comptes-rendus effectués à partir du Cambodge sur des « musulmans pouvant mettre en péril la France » pouvaient effectivement intéresser la DST. De la cellule Cambodge, un rapport de 1999 cite des missions de renseignement et d’investigation liées à « l’activisme Islamiste naissant ». Deux cibles sont dans le collimateur de Triangle, qui enverra des rapports réguliers en France et auprès d’autorités politiques du parti royaliste : les Chams et les étrangers musulmans de passage à Phnom Penh.

Les Chams sont arrivés au Cambodge par vagues successives aux 15e et 16e siècles. Sous le régime khmer rouge, près de 90 000 Chams sur les 250 000 recensés avant 1975 disparaissent, 85% des mosquées sont rasées et les Khmers rouges les forcent à manger du porc, transformant les mosquées restantes en porcheries.

En 1993, les casques bleus français aidaient les villages Cham qui étaient les plus misérables du Cambodge, ces villages étaient installés dans les zones infestées par le paludisme, sans aucune hygiène et avec un taux de mortalité très élevé parmi les nouveaux nés. Les rapports de Triangle sur les Chams attestent de préparation d’actions violentes sous prétexte de vengeance. Lorsqu’on connaît les Chams, ces accusations sont stupides et forcément mensongères. Quoi qu’il en soit, les autorités cambodgiennes, pour des raisons qui ne regardent qu’elles-mêmes, ont fermé en 2003 l’école Islamique Om-al-Qora et arrêté son directeur égyptien ainsi que deux professeurs musulmans thaïlandais soupçonnés de complicité avec Al-Qaïda. Ces mesures ont fini de jeter le trouble sur cette communauté, nouvelle victime de l’amalgame entre Islam et terrorisme. Cela jette aussi le trouble sur l’impact possible des accusations portées par Triangle contre cette communauté.

Les étrangers sont par contre des cibles qui ont permis à Triangle d’intéresser les services occidentaux. Pour mener à bien les investigations sur des présumés terroristes, Triangle cherchera à obtenir des subventions de la part de services officiels. Les mafieux ont employé, ou plutôt compromis, un étranger, Kat, pour l’utiliser en mission d’infiltration chez les cibles. Après quatre jours pour approcher les clients et les employés de l’Istanbul Turkish Restaurant, au 315 Sisowath de Phnon Penh, les conclusions de son premier rapport à Triangle, et de Triangle aux services, laisse entendre qu’il pourrait y avoir quelque chose à creuser. Le prétexte d’une source supplémentaire de financement est ainsi tout trouvé pour Triangle, une partie des fonds alloués aux ONG par le système des subventions pourrait servir à la mise en place de dispositifs de surveillance d’individus suspects, un bon moyen d’encourager discrètement l’attribution des dites subventions…

Les recommandations de Kat, datées du 30 août 1999, sont les suivantes : « Je suis en position, en tant qu’arabe et musulman, de gagner leur confiance et si activités illégales il y a, je pourrai fournir des informations quant aux endroits et moments où elles se produiront….j’ai besoin de temps pour avoir accès aux autres activités de ce groupe de personnes. Il ne fait aucun doute que ce groupe a des fonds d’opérations pour le restaurant d’une provenance autre que du chiffre d’affaire. Il m’apparait que les clients sont plutôt rares et des questions demeurent : D’où proviennent leurs fonds d’opérations ? Qui sont ces hommes mystérieux qui viennent au 1e étage ? Est-ce que cet établissement est en fait une couverture pour d’autres activités ? Toutes ces questions pourraient obtenir une réponse, avec du temps et une surveillance continue. Aussi, en tant qu’agent travaillant pour vous, j’aurais besoin de ressources supplémentaires. Vous avez la chance de m’avoir comme informateur dans ce groupe et mon rôle dans cette affaire pourrait atteindre son apogée. Ils peuvent très bien planifier la fin du monde ou simplement préparer une partie de cartes …trop de questions demeurent et il n’existe pas assez de preuves concrètes… »

Ce premier rapport est une intrusion dans la vie privée de personnes qui vont petit à petit devenir des terroristes en puissance. Même s’il n’indique rien de particulier, il prouve que des investigations précises sur des personnes, menées par Triangle, par «l’agence de renseignement» Triangle, sont possibles au Cambodge.

Le deuxième rapport date du 23 septembre. Il est plus précis et les soupçons de l’agent se précisent. « …J’ai rencontré trois individus…je n’ai rien remarqué d’anormal chez eux si ce n’est qu’ils étaient musulmans et originaire d’Ouzbékistan. La carte de visite de l’un deux se lit comme suit : Chi Cha Hôtel. M. Nurul directeur gérant au 27 rue 110, quartier Wat Phnom. Le 14 septembre, une photo d’un certain Guring m’a été montrée. C’est l’individu que j’avais rencontré au bar Lidee Khmer le 10 septembre…les informations acquises sont pertinentes et présentent un intérêt : Guring cherche à aller en France. Il a également essayé d’entrer dans d’autres pays d’Europe, en Allemagne et en Belgique. Il a quitté sa résidence au Pakistan à cause d’un problème de religion. C’est un musulman sunnite….j’ai tenté de connaître les relations qu’il pouvait avoir avec le groupe du restaurant Istanbul. Le groupe de l’Istanbul est musulman hanifi, une secte ou sous-groupe de l’Islam chiite. L’hôtel Chi Cha est un petit établissement où semblent être logés des hommes des régions situées près des états islamiques du Pakistan et d’Afghanistan. Le 17 septembre, j’ai rencontré Guring accompagné de deux hommes, Yusif et Yunan, originaires du Pakistan. Guring m’a dit qu’il était intéressé par l’achat d’un passeport. Je lui ai suggéré d’acheter mon passeport canadien. Je vais poursuivre ma relation avec lui. J’attends vos ordres. »

Les noms cités et transmis de la sorte par Triangle vont intéresser un «client» qui versera une somme d’argent pour en savoir plus. En fonction de ce que recherche le client, Triangle montera un dossier pour le satisfaire, au besoin en inventant des informations pour obtenir des subventions supplémentaires. Guring n’était peut être qu’un simple Pakistanais voulant rejoindre un pays européen pour y travailler. Et il est devenu un terroriste potentiel préparant un carnage en France parce que c’était l’intérêt de Triangle de le faire croire.

Une machination visant à broyer des musulmans pour satisfaire la paranoïa des services et leur permettre d’obtenir des résultats justifiant leur emploi.

Les attentats du 11 septembre 2001 à New York ont, à ce titre, constitué une opportunité inouïe validant les escroqueries en cours et celles à venir.

En réalité, les pseudo-agents de renseignement de la mafia et les services officiels français, mais aussi étrangers, y ont trouvé respectivement leur compte.

La mafia a par la même occasion pu régler quelques comptes personnels «tous azimuts» pour être plus libre de ses actions.

La délation lui a permis d’écarter les gêneurs et de faire place nette pour ses activités criminelles. Plus encore, la mafia a pu tisser des relations avec des ONG et des services américains afin d’en tirer un profit financier et, bien entendu, antiaméricanisme oblige, mieux tenter de les saborder ou de les contrôler de l’intérieur dans une sorte de double jeu.

Les motivations de Triangle étaient claires en ce sens et même les ex-communistes ou communistes manipulés par la mafia y trouvaient leur compte. Il y a là un consensus que la mafia n’hésitera pas à exploiter mais qui a ses limites en France, hors du contexte «terroriste».

Elle se dispensera d’avouer la destination de la drogue et les raisons pour lesquelles les points de ventes et de distribution ne changent pas ou si peu depuis des dizaines d’années.

Pourquoi, enfin, cette criminalité continue-t-elle de progresser bien que de nombreuses municipalités ne ménagent pas leurs efforts pour la combattre ?

En fait, les méthodes liées au trafic de drogue dans le cadre de la lutte anticommuniste se sont trouvées confortées car les municipalités communistes, bien qu’ayant progressivement laissé la place aux socialistes, sont celles qui doivent gérer une forte population immigrée et par conséquent de confession musulmane.

La mafia fait ainsi « d’une pierre deux coups », continuer à matraquer les villes de gauche qui pourraient revenir, on ne sait jamais, aux communistes et par la même occasion tenter de neutraliser la population musulmane par la consommation de drogue. Et si cela s’avère problématique, il est toujours possible de monter entre elles les différentes populations immigrées, la haine du communisme doit se métamorphoser en une haine de l’Islam, la devise étant en l’occurrence « diviser pour mieux régner ».

A l’heure des grands combats, l’unité de la France est anecdotique pour la mafia, aucunement soumise à l’Etat français, et qui a tout intérêt à faciliter le chaos en France pour mieux s’imposer aux Français.

La communauté musulmane n’est que sa cible et le moyen d’arriver à ses fins. Le combat engagé pour la «survie» de la France a donc de l’avenir, son architecture ne peut que s’étoffer au même rythme que la menace s’intensifie et si besoin, la menace sera surévaluée.

ORGANISATION CRIMINELLE OU REELLE MAFIA ?

La question qui pourrait se poser est si cette mafia en est réellement une ou si ce n’est qu’une organisation criminelle sophistiquée.

La définition de la mafia qui a été citée auparavant ne suffit peut-être pas à convaincre. L’organisation française est de type vertical, centralisée, avec une discipline stricte, militaire, homogène et stable, c’est une armée en perpétuelle construction. A ce titre, elle ressemble à la mafia italienne de par sa structure, Cosa Nostra est en la plus proche.

Huit autres critères52 doivent être réunis pour avancer que c’est bien une mafia et rien d’autre.

Le contrôle d’un territoire : pour le cas du Cambodge, qui n’est qu’un exemple, la mafia agit vers d’autres expatriés pour contrôler une zone qui, au début des années 2000, se limitait à Phnom Penh. Les manipulations visent à neutraliser les personnes influentes qui ne sont pas rattachées à elle, chaque incident, information, fait ou geste sont exploités pour renforcer la puissance de l’organisation.

Le facteur historique, bien avant la lutte contre le bolchévisme, qui permet le contrôle de ce territoire est la Deuxième Guerre mondiale. La lutte anticommuniste originelle est maintenant confondue avec la lutte contre le monde musulman. La maîtrise du territoire permet de faire concurrence aux autorités locales et défie les autorités françaises.

Les secteurs économiques sont sous contrôle par la mise en place d’associations par lesquelles les nouveaux investisseurs ont une quasi obligation de passer. Le secteur social est complètement noyauté par le nombre important d’ONG appartenant à la mafia. Bien plus que le territoire proprement dit, le contrôle s’effectue en dehors des frontières, en France, par la manipulation de fonctionnaires.

La capacité d’ordre et de domination : le partage du pouvoir n’existe pas sauf s’il permet de se maintenir, c’est le cas avec l’Etat français et les pays hébergeurs. La mafia met en place un ordre juridique parallèle, une loi qui s’impose aussi bien aux malfaiteurs qu’aux personnes honnêtes, l’ordre établi est concurrent de celui de l’Etat. Il s’en suit un rapport de force qui n’est jamais au désavantage de la mafia qui sait mesurer ses prétentions.

Vers ses clients, qu’elle sait protéger, assister à partir du moment où c’est dans son intérêt, elle n’utilise que rarement la violence gratuite mais sait punir. Son idéologie d’une France propre nettoyée des ses parasites correspond à un besoin d’une partie de la population à qui elle s’identifie. Ne se limitant pas à dominer ceux qui ne sont pas conscients des risques qui les menacent, elle vise aussi ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent.

La hiérarchie et l’obéissance : comme dans l’armée ou la police, la mafia aime que l’on respecte la hiérarchie. Les subordonnés sont naturellement moins compétents que leurs supérieurs à qui ils doivent une obéissance aveugle. A plus forte raison que les cloisonnements et compartimentages instaurés ne permettent pas aux membres de l’organisation de connaître toutes les informations utiles à la compréhension d’un projet.

L’organisation a donc ses règles, sa justice, son idéologie, les règles suivent les grandes lignes de l’idéologie et désobéir revient à désavouer l’idéologie. Comme le slogan « les Français d’abord », l’organisation s’occupe d’abord des siens, quel que soit le problème à régler.

L’ethnie et la famille : la famille mafieuse est d’abord une fraternité d’hommes, d’où les références à la Fraternité des Francs-maçons, et à la notion de Frère dont l’organisation s’inspire. Comme dans toute famille, les tâches sont harmonieusement réparties pour que le résultat du travail de chacun soit le plus rentable possible.

Aux uns de s’occuper de la prostitution, aux autres des manipulations de journalistes, de la drogue, du blanchiment, etc. en fonction de la place occupée au sein de la famille.

La sélection des membres se fait par parrainage et si un candidat souhaite intégrer la famille, il doit se libérer des attaches passées qui pourraient nuire à tous les Frères. La famille passe avant tout et lorsqu’elle est menacée, chaque membre se met à disposition de sa hiérarchie, c’est pour cela que les accusations de trafics n’ont jamais été suivies d’effets. La famille peut demander à un de ses membres de tuer, d’où le commentaire de Triangle au sujet du résultat de la manipulation du patron de casino : « Maintenant il serait capable de tuer pour Triangle s’il le fallait. »

La poly-criminalité : qui est indispensable pour renforcer la cohésion de l’organisation. La diversification des activités est un facteur de stabilité qui permet de garder le cap des prévisions financières. Toujours le principe du bateau qui navigue vers son port alors qu’il prend l’eau.

L’organisation ne se limite donc pas à une seule spécialité criminelle, tout est bon à prendre, même la réalisation de cassettes pédophiles avec meurtres. Aucune possibilité de revenus ne doit être exclue et toutes les bonnes idées sont à prendre.

La mort du docteur Rio, qui s’occupait d’adoption d’enfants ne cacherait-elle pas un trafic ou un projet de trafic de la cellule Cambodge ? Rien n’est moins sûr. Quoi qu’il en soit, l’exploitation des êtres humains, notamment la prostitution, est l’activité de base au Cambodge. On fait ce que l’on veut d’une prostituée ou d’un enfant, compromettre ou directement en tirer un profit financier. Les activités criminelles de base servent en même temps de diversion pour protéger les activités criminelles supérieures.

Les mythes et les légendes : elles portent l’imaginaire des mafieux. Une mafia s’invente un passé glorieux de patriotisme, de résistance à l’oppression et de pratiques chevaleresques. A ce niveau, il n’y a aucun doute que ce passé fait partie intégrante de la vie de chaque membre, c’est la raison qui justifie les moyens et les actions menées. Tout est excusable à partir du moment où la nation a besoin de valeurs nobles pour la soutenir.

Le passé glorieux est celui de la collaboration avec les nouveaux maîtres de l’Europe de 1940, le patriotisme, celui de la France de Vichy, la résistance à l’oppression, celle de la lutte contre le communisme qui menaçait le monde libre et les pratiques chevaleresques parce que nos mafieux sont des grands seigneurs qui détiennent la vérité.

Cette vérité qui se partage avec des élus ou qui s’impose avec une extrême «bienveillance» à ceux qui n’ont pas la chance de comprendre pourquoi et contre qui les «chevaliers» combattent. Les élus deviennent des Frères après une cérémonie d’initiation « brève mais émouvante » qui marquera à jamais l’intéressé, le nouveau Frère devient un homme d’honneur, projeté au niveau de l’élite de la nation, une position que le mafieux devra tenir au regard du reste de la famille.

L’imaginaire dans lequel les mafieux vivent est toléré par une partie de la population. Lorsque les mafieux s’échangent des signes, des paroles, adoptent des attitudes pour ressembler aux Maçons, les témoins de ces marques de Fraternité en arrivent à les tolérer et finissent même par s’en accommoder. L’habitude venant, les mafieux font partie du paysage et personne, sans savoir pourquoi exactement, n’irait remettre leur présence en question.

L’ancienneté et la pérennité : a contrario d’une organisation criminelle classique. Dans le cas de la mafia, sa capacité à survivre lui permet de surmonter des périodes de crise intense, ce, dans la durée. Rien ne saurait la détruire, ni l’épuration et les procès d’après-guerre, ni la fin de l’époque coloniale avec son lot de trafics de drogues, ni la répression policière qui est de toute façon transnationale.

Pour se développer et faire face à tous les aléas, elle a la faculté de s’adapter aux changements politiques en utilisant des cibles de convictions politiques différentes qu’elle manipule ou compromet. En cas de danger, elle se fond dans la société et se met en sommeil pour ressurgir le moment opportun avec la même vitalité. Elle a ainsi pu survivre au Bolchévisme et s’en nourrir pour prospérer.

Au cours des prochaines années, alors que le devoir de mémoire se perd, elle pourra ainsi essayer de conditionner l’opinion publique pour propager ses thèses idéologiques. Elle a donc tendance à conditionner son environnement, Triangle était ainsi bien conscient qu’il se devait de modeler, par tous les moyens, un environnement propice à ses trafics, que ce soient les expatriés, l’ambassade de France, ou les autorités cambodgiennes.

La dimension du Secret : elle fait partie du fantasme individuel et collectif. Une mafia est par définition secrète et pour mieux brouiller les pistes cherchera à se rattacher à des associations discrètes, comme celles de la Maçonnerie Universelle, ou à des associations d’anciens des services. La règle et l’ordre régis par la hiérarchie sont les moteurs du parcours initiatique du mafieux.

L’entrée dans la famille, en passant par la cérémonie que menait par exemple Triangle Cambodge, permet au mafieux d’être protégé et de devenir quasi-intouchable. Les compromissions, les chantages et les manipulations sont des outils au service de chaque membre qui sont mis en oeuvre lorsque le besoin s’en fait sentir. Ils ne sont employés pour sauver un Frère que si ce dernier garde le silence sur les moyens utilisés à son profit, c’est un pacte qui le lie aux autres mafieux.

C’est toute une toile répartie dans différents pays africains et au Cambodge qui applique ce principe. Pierot n’ira jamais révéler l’organigramme de l’organisation, du moins la partie qu’il connait. Jamais madame Joly n’ira dénoncer ceux qui l’avaient menacée et qui, par la suite, lui ont fait l’honneur, tels des chevaliers, de lui accorder sa chance en l’intégrant dans leur dispositif. Le silence est le ciment du pacte mafieux, sa violation est sanctionnée par la mort et le sol cambodgien est jonché de gens tués dans des circonstances non élucidées au cours de ces dix dernières années…

Le serment rédigé par Triangle Cambodge avait de quoi faire réfléchir les imprudents : « Je veux entrer dans Triangle pour protéger ma famille et la France contre toutes les agressions intérieures et extérieures. Je jure de ne pas divulguer ce secret d’appartenance et d’obéir aux ordres qui me seront donnés. »

La démonstration de l’existence d’une mafia française pourrait s’entendre à travers les exemples vécus d’autre pays de nos anciennes colonies.

Mais le simple exemple de la cellule Cambodge ne laisse aucun doute sur la réalité du phénomène et de sa dangerosité.

Comme toutes les mafias, elle cherchera à s’associer avec d’autres mafias, en 2002, Jean-Pierre Franchi avait des contacts réguliers avec la mafia chinoise implantée au Cambodge, en 2008, il s’est plusieurs fois rendu en Chine.

LA MAFIA FRANÇAISE EST-ELLE INTOUCHABLE

La mafia restera toute puissante tant qu’elle arrivera à manipuler des hommes de bonne foi qui veulent servir la France.

Ces manipulations seront d’autant plus aisées que le monde est en train de se diviser entre musulmans et non musulmans, comme au temps des communistes et des non communistes.

A croire que l’humanité a besoin de confrontations et de guerres pour avancer.

Que le risque de séparation et de confrontation soit partagé ou discuté en fonction de l’évolution géopolitique des différents pays, c’est ce que veut faire croire de toute façon la mafia française.

Pour la «hiérarchie éclairée» de la mafia, nous sommes dans une période de pré-éclatement tant en France que dans le monde.

Pour la mafia, tous les musulmans sont des bombes en puissance et menacent notre bien être, notre liberté, nos démocraties.

Le monde libre, après s’être débarrassé de l’URSS qui a fait trembler les pays de l’Ouest durant un demi-siècle, doit se préparer au pire avec les pays d’Orient.

Si la mafia a pu se développer à partir de nos colonies, profiter de la guerre 39/45 puis prendre son plein essor durant la guerre froide, elle a encore des opportunités à saisir. Bien intégrée à la société, elle n’aura de cesse de diffuser des messages d’intolérance, manipulera pour dresser les Français les uns contre les autres et détruira des vies pour l’avenir de sa cause.

Le problème reste donc entier, mais à partir du moment où l’existence de cette mafia sera reconnue par tous, cette dernière n’en sera que plus fragilisée. Elle ne pourra plus se faire aussi discrète, secrète qu’elle le voudrait bien et devra réagir en se dévoilant, à moins qu’elle ne se terre en attendant de resurgir.

Le rôle de l’Etat sera déterminant pour reprendre la place qu’il lui avait laissée et il lui faudra persévérer pour la déloger des pays hébergeurs. La partie n’est pas gagnée d’avance et il est prévisible que la mafia réagisse violement et use de tous ses outils pour résister.

Il n’est bien entendu pas question d’envisager de mettre de côté ou de surveiller la grande majorité de nos fonctionnaires et dirigeants industriels, mais d’espérer de leur part un plus grand discernement dans les relations qu’ils entretiennent durant leur vie professionnelle. Même si les agents de la mafia manipulent une infime minorité de fonctionnaires en France, il ne faut pas oublier que chaque personne est un agent potentiel qui peut être limité à assurer des missions ponctuelles ou à rendre des services.

Ceux qui ne prêtent pas serment au cours d’une cérémonie d’initiation, ceux qui ne sont pas compromis doivent savoir qu’ils peuvent toujours penser librement et décider d’eux- mêmes de leurs agissements ; choisir le blanc pour le blanc et s’abstenir de rechercher le noir sous prétexte de défendre une cause. Et quand bien même l’on subit un chantage, la cible doit être persuadée qu’il lui est possible de démontrer qu’elle fait l’objet d’une cabale. Pour y arriver, il faudra penser de façon identique aux mafieux et faire la démonstration du montage, ce qui n’est pas irréalisable.

Pour ceux qui se sont réellement compromis dans des affaires de trafic en croyant que la fin justifie les moyens au service d’une juste cause ou pour le bien de la France, il n’y a rien d’irréversible. Il y a toujours un moyen d’arrêter et de s’en sortir, il est inutile d’accepter de continuer à servir un état parallèle et de vivre dans le déshonneur.

Vivre dans l’honneur implique de ne pas être asservi à une autorité criminelle. La liberté se défend et se gagne au besoin, tout un chacun y a droit. Les patriotes, ceux qui aiment la France, n’ont pas à se retourner vers les héritiers des attentistes ou les néo-nazis pour servir le pays. Ce serait une erreur de penser que des Français de l’ombre seraient mieux placés pour gérer les affaires du pays que des élus de la République.

Il est aussi à espérer qu’à l’avenir l’escroquerie sera comprise par des victimes qui n’hésiteront pas à témoigner de la manipulation dont elles ont fait l’objet sans s’en apercevoir, peut être durant des années. Les délits et les crimes couverts soi-disant par la raison d’Etat ne sont en fait que des moyens d’action de malfaiteurs de haut vol qui travaillent plus par intérêt personnel que par idéalisme, ou alors par idéalisme malsain qui ne peut rien apporter au bien être de chacun.

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, il n’est pas encore tard pour renoncer aux pratiques de la guerre froide et se débarrasser des mafieux qui polluent les pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est.

Un signe fort de rupture est celui donné par le président Sarkozy.

Que l’on soit pour ou contre sa politique ou sa personne, il n’en reste pas moins qu’il a la volonté affichée de mettre fin à la « Françafrique » et par conséquent d’éliminer la mafia qui en vit et contribue à la faire vivre.

C’est cette politique africaine qui a permis à la famille mafieuse de se renforcer tout au long de la Ve République. Sa première mesure encourageante a été de mettre fin à la « cellule Afrique » de l’Elysée.

Cette cellule, à ne pas confondre avec la cellule Cambodge ou celles d’autres pays, qui ne peut être qu’un «hasard» de vocabulaire, a été créé en 1960 pour veiller à la sauvegarde des intérêts de la France en Afrique. Dirigée à ses débuts par Jacques Foccart, elle coordonnait un vaste réseau d’hommes politiques, de diplomates et de fidèles à la cause. Nicolas Sarkozy a décidé que la France n’avait plus besoin de cette cellule et de ses « conseillers Afrique » mais simplement d’un conseiller diplomatique chargé de l’Afrique pour garder le contact avec les pays africains. C’est déjà un grand acte de courage que de mettre fin à cette cellule après cinquante ans de fonctionnement. Les déclarations suivantes, malgré quelques maladresses de communication, confirme la volonté du président de mettre fin aux pratiques passées.

Lors de sa tournée africaine de 2009, Nicolas Sarkozy persiste et signe en essayant de convaincre que la « Françafrique » est bien finie et qu’il souhaite établir de nouveaux liens avec l’Afrique. La France « prédatrice » – que les mafieux ont accompagnée avec zèle – doit être perçue autrement. Que beaucoup se posent des questions lorsque Nicolas Sarkozy déclare qu’il va solder la « Françafrique », c’est normal. Depuis la décolonisation, la politique française en Afrique n’a jamais servie que la France elle-même au détriment du sous-continent. Le changement de ton étonne donc et le doute est permis pour la nouvelle élite africaine, elle surprend peut-être autant que le jour où le mur de Berlin est tombé.

Les déclarations du président français sont néanmoins concordantes : « Je souhaite renégocier les accords de défense liant la France à certaines anciennes colonies françaises d’Afrique », « Fin 2009, les accords de défense qui nous lient à huit pays africains auront été négociés dans une perspective radicalement nouvelle ».

Selon lui, il revient désormais aux pays africains d’assurer leur sécurité. « La France conçoit son rôle d’abord comme un appui à la création de forces africaines capables d’assurer collectivement la sécurité de leur continent, dans le cadre de l’initiative de défense de l’Union africaine. » « 2010 sera une année importante pour la relation entre l’Afrique et la France : 14 anciennes colonies françaises célébreront le 50e anniversaire de leur indépendance… Ce sera donc une année dédiée à la fidélité dans l’amitié et à la solidarité. Je veux que 2010 signale aussi l’achèvement d’une rénovation profonde de nos relations avec le continent. »

2010 sera l’année de tous les dangers pour la mafia qui risque de subir le plus dur coup de son histoire, moralement du moins car ce n’est pas en une année qu’elle disparaîtra et cessera ses activités.

Quelle sera par contre sa réaction face à ce président qui ne tient pas compte de sa position en Afrique et des services qu’elle a rendu à la France ?

Le président Sarkozy bouleverse un ordre établi, une hiérarchie qui n’a pas l’intention de se laisser tailler en pièces.

Si les pays africains s’émancipent et que les lois changent pour devenir efficaces, que vont devenir les mafieux qui font appliquer leur loi ?

A chaque nouvelle déclaration de Sarkozy, la mafia voit son pré carré menacé et ses soldats risquent de déserter s’ils sentent le combat perdu.

Et si la mafia n’a plus personne à commander, elle n’aura plus personne à manipuler.

La France risque de se perdre alors dans les errements du président et le monde musulman risque de submerger la France.

Lorsqu’on a acquis les méthodes de fonctionnement de la mafia française, cette mafia que personne jusqu’à présent ne reconnait, il serait juste de craindre qu’elle cherche en ce moment même à manipuler des cibles contre Nicolas Sarkozy pour le faire taire. Les critiques portées contre la nouvelle politique française ne tiennent pas compte de tous ces éléments, du contexte mafieux qui s’ébranle fébrilement.

Sous-estimer le pouvoir de nuisance de la mafia reviendrait à sous-estimer un ennemi en temps de guerre, et par là-même risquer de provoquer la défaite.

La mafia a déjà de quoi être irritée car, sans que les Français s’en doutent, l’Etat semble avoir restreint autant qu’il le pouvait le blanchiment d’argent entre la France et le Cambodge. Preuve en sont les difficultés financières de la télévision Apsara, dont la gestion est confiée à Solaris Cambodge (dont le journaliste Daniel Lainé était le consultant).

En juin 2009, les dettes de la chaîne de télévision représentaient 150 000 dollars (le salaire mensuel minimum est d’environ 50 dollars) et depuis 18 mois déjà, l’entreprise qui a toujours été en déficit, ne reçoit plus le soutien financier de sa maison mère en France. Depuis l’époque de Triangle, le déficit de cette ONG a toujours été constant et les «voyages», au minimum tous les trois mois, permettaient de ramener de l’argent frais, en liquide et dans des valises. En 2009, il y a sans aucun doute eu «coupure» du robinet déversant l’argent. Mais comme les ONG sont solidaires entre elles, Solaris Cambodge existait toujours fin 2009, avec sa dizaine de Cambodgiens qui jouent aux cartes au rez-de-chaussée de son petit immeuble de Phnom Penh, attendant de recevoir des «missions». Son directeur administratif, qui s’était retrouvé en garde à vue, a retrouvé sa place. La partie n’est donc pas gagnée et s’annonce difficile, la mafia a des racines profondes et tient à son territoire.

Nous sommes néanmoins à un tournant de la vie politique française où les victimes «bien légitimes» de ce changement de cap pourraient être les mafieux français.

A moins que les mafieux ne prennent le dessus, ce qui voudrait dire que la France n’appartient plus aux honnêtes gens et que la mafia a réellement un potentiel de survie à l’épreuve de toutes les crises.

Ce qui voudrait dire aussi que Nicolas Sarkozy a bien été seul à mener sa politique et qu’il n’a pas reçu de soutien le moment voulu.

Une autre évolution pouvant affecter la mafia est celle qui s’opère dans ses pays hébergeurs.

Dans tous les pays de notre ancien empire colonial, une élite nationale est en train d’émerger avec des idées nouvelles et une soif de s’émanciper.

Les pays ont maintenant le choix de leurs partenaires, l’exclusivité du temps de la guerre froide n’existe plus.

Au Cambodge, qui est un pays au contexte particulier, le Premier ministre Hun Sen, en place depuis 1985, a réussi à stabiliser son pays en proie à des violences récurrentes jusqu’à il y a encore une quinzaine d’années. La France de l’après-guerre, jusqu’au début des années 60, a elle-même été plusieurs fois confrontée au risque de guerre civile et les attentats entre Français n’étaient malheureusement pas rares. Exceptés des accrochages frontaliers avec l’armée thaïlandaise, le Cambodge a retrouvé la paix après le traumatisme des années khmers rouges et leurs 2 millions de tués, c’est un résultat remarquable.

En 2010, le pays est doté de lois qui peuvent maintenant toucher les mafieux quelle que soit leur nationalité et ses juges, grâce à l’aide de la France, sont désormais mieux formés. Si dans les années 90 le pays était une terre de conquête pour les malfaiteurs, il n’en est donc plus de même et depuis 2009, les procès pour corruption concernant des fonctionnaires sont monnaie courante. De leur côté, nos mafieux composent avec les autorités de quartier et se font discrets, ils ne restent pas inactifs pour autant mais leur superbe en est atténuée. Plus le pays se développera, plus la mafia française en sera affaiblie et peut-être au bout du compte recherchera-t-elle un autre pays hébergeur ou disparaîtra-t-elle purement et simplement, du moins faut-il l’espérer.

Les pays africains sont aussi en passe de devenir réellement indépendants et pourraient rejeter ceux qui avaient pour habitude de prendre sans donner. La difficulté pour les dirigeants en place est que la mafia a positionné ses cadres à des postes clés, principalement en tant que conseillers.

La mafia, implantée depuis des décennies, est la mémoire des affaires politiques des pays hébergeurs, cela revient à détenir des dossiers sur les agissements des uns et des autres. En cas de rapport de force avec un politique, la mafia n’a qu’à brandir un dossier pour rétablir un sentiment de coopération mutuelle.

En 2006, dans un livre paru en France, un soldat de Solaris Cambodge révèle le comportement inacceptable et inhumain de l’ambassade de France lorsque les Khmers rouges sont entrés dans la capitale en 1975. Les faits sont précis et donnent l’impression que l’auteur a vécu la scène alors qu’il n’a en réalité fait qu’exploiter des rapports confidentiels, Français et Cambodgiens, pour écrire son livre. Il donne ainsi un avertissement aux autorités des deux pays afin qu’on le laisse tranquille. Face à ces pressions, une position ferme des autorités visées pourrait toutefois déstabiliser la mafia.

Un espoir de plus de voir la mafia s’affaiblir pourrait aussi venir des Franc-maçons français et pourquoi pas de l’ensemble de la Franc-maçonnerie.

Depuis quelques siècles, les Francs-maçons ont toujours essayé d’apporter leur pierre à la « construction de l’édifice » pour ce qu’ils considèrent comme être le bien de la société et de l’humanité. Nombre de leurs prises de position au sujet des problèmes de société se sont révélées, selon les points de vue, justes et mesurées.

Si l’on se pose aujourd’hui la question de l’influence de la Franc-maçonnerie dans la société française, il est indéniable qu’elle constitue une force de propositions de même qu’un groupe de pression efficace oeuvrant, selon les valeurs qu’elle défend, à l’intérêt collectif. Mais plus que les courants de pensées qu’elle pourrait partager, il lui faut se défendre contre les attaques extérieures.

Le danger de discrédit vient des usurpateurs et de ces quelques très minoritaires Frères-mafieux qui l’ont infiltrée et officient à l’étranger.

La FM a en son sein des « agents dormants » qui sont prêts à se sacrifier pour lui porter préjudice et n’attendent que les ordres pour agir.

Lorsque la mafia se sentira déstabilisée, il lui faudra faire diversion en attirant l’attention sur le « complot judéo-maçonnique » qui sera resservi avec peut-être autant de succès qu’en 39/45.

La FM ne doit pas se laisser surprendre et a tout intérêt à s’impliquer dans sa propre sécurité en recherchant à exclure ces agents dormants.

Actuellement, la FM française a pour souci d’interdire l’éclosion de loges affairistes, de filtrer les candidatures de profanes, d’exclure les Frères qui se rendent coupable d’atteinte à sa moralité, de travailler efficacement « de midi jusqu’à minuit »53. Il n’y a là rien à redire, elle n’a toutefois pas conscience qu’elle est la cible d’une organisation machiavélique qui serait heureuse de malmener sa vision de la tolérance et de l’amour.

Exclus des obédiences, les mafieux auront cependant toujours la possibilité de créer d’autres petites obédiences pour se regrouper car ils ont besoin de cette honorabilité.

La FM pourrait alors travailler de concert avec l’Etat pour interdire ces regroupements sauvages qui porteront tout aussi tort à l’ensemble des Maçons que si les mafieux proliféraient dans ses rangs. Les solutions existent donc pour que la mafia ne soit pas intouchable mais un combat doit s’engager pour l’affaiblir à défaut de la détruire, du moins à court terme.

Ses ramifications sont telles qu’il serait effectivement illusoire de penser qu’elle pourrait disparaître en quelques décennies, ce sont effectivement près de soixante ans de fonctionnement qu’il s’agit d’effacer.

C’est pourquoi la mafia ne peut que poursuivre son escroquerie en se reposant sur la peur de l’autre, et la menace du terrorisme aux couleurs de l’Islam tombe à point.

Reste à savoir si dans l’avenir la mafia aura le potentiel de manipulation pour diviser les hommes de bonne foi, toutes religions confondues. L’issue est incertaine car personne à l’heure actuelle ne peut réellement évaluer la puissance de notre mafia. En cas de sursaut de sa part, les manipulations et violences devraient même s’intensifier, mais ce sera peut-être aussi le signe de son déclin et l’annonce de son dernier « baroud d’honneur ».

Cette confrontation ne peut aboutir qu’à condition que le président Sarkozy puisse garder le cap de sa politique africaine et que l’on reconnaisse officiellement l’existence de la mafia française.

Le risque est sinon de se diriger petit à petit vers l’apparition d’un régime mafieux à la française.

Quoi qu’en disent les opposants à la politique extérieure française, nous ne sommes pas encore arrivés aussi bas, mais le risque est bien réel.

Aller vers la 4ème partie

Notes

50 Le dernier détachement français de l’APRONUC a édité en novembre 1993 une revue souvenir qui a été distribué aux 700 militaires ayant participé à la mission. Il est précisé que 60% des armes retirées aux différentes factions ont été détruites car elles étaient en trop mauvais état.

51 Le 13 janvier 2002, à quelques semaines de l’élection présidentielle, une note de la DST, mystérieusement rendue publique (après un article du journal « L’Est Républicain»), indique que la libération des otages français au Liban (1985-1988) avait fait l’objet d’un paiement de rançon, ainsi que d’un système de «rétro-commissions» qui aurait profité à Jean-Charles Marchiani et Charles Pasqua.

52 Les huit critères : Jean-François Gayraud « Le Monde des mafias » édition Odile Jacob.

53 Pour les Franc-maçons : A midi c’est à dire au milieu de sa vie, moment ou ayant acquis une certaine expérience et pouvant plus sûrement dominer ses passions on peut espérer être le plus utile aux autres. Mais une fois le travail commencé il doit se poursuivre jusqu’à minuit c’est-à-dire jusqu’à la fin de sa vie.

L’auteur
Bruno Mercier a fait une carrière dans les Troupes Aéroportées des Troupes de Marine en tant que Commando puis spécialiste de Défense Nucléaire Biologique et Chimique. Au cours de sa carrière, il a été amené à intervenir dans de nombreux pays. Il a été engagé dans des opérations armées ; le coup d’Etat en Centrafrique, l’opération Victor à Ouvéa, Godoria à Djibouti pour ne citer que celles-ci, et il a servi au sein de l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge.
Utilisé par les services de renseignement pour infiltrer un réseau de mafieux français en Asie du Sud-Est, il découvre le jeu de la manipulation et les trafics les plus criminels. Il se retrouve au milieu d’une mafia qui n’a aucune limite pour s’enrichir et qui utilise tous les stratagèmes pour renforcer son organisation. Les mafieux n’hésitent pas à se faire passer pour des agents des services de renseignement ou des Franc-maçons pour mieux impressionner et tromper leur victime.
Au fil des années, il fait les relations entre son expérience militaire et les activités de la mafia dans laquelle il était membre. En 2008, il témoigne auprès du juge Sophie Clément dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel à Djibouti.

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