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La mafia française ses méthodes, ses réseaux – 1ère partie

Révélations sur les affaires :
– Meurtres de Français en Asie
– Manipulations de journalistes
– Infiltration de Canal +
– Financements occultes
– Blanchiment d’argent par des ONG
– Pédophilie avec meurtres d’enfants
– Services secrets
– Franc-maçonnerie
– Ouvéa, Nouvelle-Calédonie

PROLOGUE

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’en suis arrivé à me retrouver au milieu de mafieux et, surtout, comment ils ont pu croire un seul instant que j’accepterais d’adhérer à leur idéologie.

Est-ce que je représentais la recrue idéale parce-que j’étais un sous-officier parachutiste de la Coloniale qui avait commencé sa carrière à dix-sept ans et participé à différentes opérations en Afrique ainsi qu’en Asie du Sud-est ?

J’ai été décoré plusieurs fois pour actes de courage et de dévouement, deux fois grièvement blessé à l’étranger, miné par le paludisme jusqu’à être souvent évacué dans des hôpitaux entre la vie et la mort. Titulaire de la Médaille Militaire pour toutes les fois où je me suis fait tirer dessus, pour toutes les fois où j’ai accompagné des gens à la mort et pour toutes les fois où j’en ai sauvé, jamais je n’ai cédé devant les menaces de qui que ce soit et où que ce soit. J’ai au contraire été au devant des périls sans la moindre hésitation, pensant que c’était mon devoir de le faire.

Tireur d’élite à l’âge de dix-huit ans, j’ai appris par coeur tous les grades des armées du Pacte de Varsovie pour sélectionner dans ma lunette, le moment voulu, leurs officiers. Pendant toute une journée je pouvais rester caché, scrutant une piste ou un découvert.

Au Tchad, au cours d’échanges de feux avec des bandits, je me suis fait surprendre. A genoux, face au fleuve le Chari, j’ai attendu d’être exécuté d’une balle dans la tête. Le guerrier qui me tenait en joue et qui était drogué m’avait demandé de lui donner mon fusil d’assaut. J’avais refusé ce déshonneur. Trente après, j’ignore toujours pourquoi il n’a pas appuyé sur la détente. J’avais pourtant, devant mes yeux, le bout du canon de son pistolet

J’ai même eu pour formateur un officier parachutiste franco-vietnamien de grande valeur. Il avait lutté contre les Viêt Công aux côtés de l’armée sud-vietnamienne et j’ai beaucoup appris de lui dans l’art de la guerre. J’ai pu mettre en oeuvre tout ce que j’avais appris sans aucune pitié et avec une grande efficacité. Bon élément sur qui « on pouvait compter dans les moments les plus difficiles », j’ai gravi les grades en tant que sous-officier, toujours au sein d’un régiment parachutiste d’Infanterie de Marine.

En 1988, lors des événements de Nouvelle Calédonie, j’ai vu ce qui semblait être une guerre civile. Un jour, alors que je constatais des actes de violence à l’encontre d’une famille caldoche, j’avais mis mon Dodge américain en travers de la route afin qu’une équipe procède à un contrôle d’identité.

Plus tard, un grand Australien, qui « visitait » l’île au volant d’un 4×4, s’est présenté aux parachutistes que je commandais avec les deux arcades éclatées et le visage ensanglanté. On ne fait pas de tourisme dans une île française alors que les tribus kanakes et les Caldoches s’entretuent ! Puis, il y a eu l’opération Victor, à Ouvéa.

Arrivé à douze ans de service, j’ai changé de métier et je suis devenu spécialiste de Défense NBC (Nucléaire Biologique et Chimique). Une spécialité passionnante, où les virus côtoient les atomes et le chlore.

Muté deux ans à Djibouti, j’ai vécu la soirée de l’attentat du café de Paris où le petit garçon de l’adjudant-chef Hervé a été tué par des éclats de grenades. Engagé quelques mois après dans l’opération Godoria, qui consistait à stopper une division éthiopienne en déroute qui pénétrait sur le territoire, j’ai été décoré une nouvelle fois pour avoir arrêté un char T556 et fait prisonniers ses occupants. J’avais été engagé dans cette opération pour monter des stations mobiles d’eau potable pour les réfugiés qui se regroupaient sur la frontière. Mais, au détour d’une dune de sable, je me suis retrouvé dans une jeep face à ce char qui aurait pu faire ce qu’il voulait de ma petite personne.

J’ai été ensuite employé à rechercher tous les indices d’emploi d’armes chimiques en fouillant une dizaine de chars de ce type. Djibouti était un pays passionnant, plein de contradictions. Avec ma femme, nous avons caché une semaine une Ethiopienne qui voulait se marier avec un caporal-chef de mon régiment. A cette époque, elle aurait pu se faire arrêter par la police qui rançonnait les Afars, dont certains disparaissaient d’ailleurs. C’est une question qui restera sans réponse jusqu’à la fin de ma vie. Trois heures après cet épisode, j’étais en patrouille dans N’Ndjamena et m’appliquais à enjamber les cadavres qui jonchaient le sol. A cause de l’odeur qui s’en dégageait, je portais un mouchoir sur le visage pour ne pas être pris de vomissements. Une nuit, postés avec d’autres parachutistes sur le toit de la Banque Centrale Tchadienne, nous avons entendu les gens se faire égorger les uns après les autres à moins de deux cent mètres à vol d’oiseau de notre position. Il y avait près de quatre mille cadavres qui jonchaient les rues de N’Ndjamena. Sous l’action de la chaleur, ils gonflaient et se déchiraient.

Puis, il y a eu le retour en France et, pour être revenu de cette première opération en si mauvaise santé, ma première hospitalisation dans un hôpital militaire. Trois mois plus tard, dans un avion militaire qui venait de décoller de Toulouse, j’apprenais que je partais participer à un coup d’Etat contre l’Empire Centrafricain. Patrouillant à pied et en tenue camouflée dans Bangui à la poursuite des militaires fidèles à l’Empereur Bokassa, je me suis retrouvé au milieu d’émeutiers qui se faisaient tirer dessus par des policiers africains. Les opérations héliportées pour investir les positions « ennemies » se sont succédé ensuite à un rythme soutenu, de jour comme de nuit. Au cours d’une relève de garde au Palais présidentiel, que nous tenions, j’ai trouvé un copain mort au pied d’un mirador. J’avais dix-huit ans, c’était le premier « frère d’armes » que je pleurais du plus profond de mon être.

Ma jeunesse est ainsi partie entre des avions qui me larguaient en parachute et d’autres qui me transportaient en Afrique pour défendre les intérêts français.

J’ai appris la valeur de la vie en voyant souffrir des gens à la peau noire.

J’ai également appris à être insensible aux tragédies dont j’ai été le témoin et parfois l’acteur, pour me donner une chance de vivre comme tous les jeunes de mon âge. Pour mieux anticiper les réactions de l’ennemi, je me suis ensuite imprégné de ses méthodes de combat au cours de différents stages qui m’ont amené à commander à mon tour de jeunes parachutistes en Afrique. J’ai moi-demandé de leur rapporter des informations, en particulier sur des Français du Cambodge.

De retour en France, ces mêmes services de renseignement m’ont menacé et interdit de révéler quoi que ce soit aux services de police. C’était en 2000. J’ai refusé ces ordres.

J’ai quitté l’armée en 2002, simplement et sans remerciement pour mes vingt-quatre années passées à servir le drapeau.

Etant toujours en relation avec la mafia qui essayait encore de me compromettre, j’ai tout tenté pour dénoncer les activités criminelles dont j’ai été le témoin. Les services de l’armée n’ont rien fait pour me protéger, bien au contraire. Depuis, j’ai plusieurs fois été agressé, ma famille menacée.

Je me suis retrouvé deux fois en garde à vue pour une cabale montée contre moi.

J’ai plusieurs fois été dénoncé comme étant un pédophile, un pervers, un voleur.

Tous les moyens pour me déstabiliser ont été employés. J’y ai perdu la femme que j’aimais.

Des policiers m’ont mis en garde face aux risques de défenestration de même qu’aux risques encourus à emprunter les transports en commun.

Un jour, un journaliste envoyé par la DGSE10 m’a fait découvrir l’affaire de l’assassinat du juge Borrel, j’ai dès lors compris pourquoi je subissais continuellement des pressions et des menaces.

INTRODUCTION

MAFIA ? Le mot est lâché.

Existe-t-il une mafia en France?

Est-elle une émanation des mafias étrangères provenant, par exemple, d’Italie ou est-elle bien une mafia Franco-française ? Enfin, comment s’est-elle développée ?

Une mafia est le regroupement clandestin en une seule entité de plusieurs malfaiteurs, une sorte d’association où l’intérêt commun fait le ciment du groupe qui se constitue. Elle constitue un Etat parallèle où la hiérarchie et l’obéissance ne se discute pas. Son fonctionnement particulier lui permet par ailleurs de survivre à ses membres. C’est un système de pouvoir et de domination qui a profité de l’absence de pouvoir à un moment donné.

Il serait puéril de penser qu’un pays comme la France, avec son histoire, les soubresauts qu’elle a connus au XXe siècle, n’ait pas vu des hommes avoir le même objectif, le même intérêt à s’entraider pour arriver illégalement à leurs fins.

C’est aussi vrai pour défendre une bonne cause que pour transgresser les lois afin d’imposer sa propre loi, celle destinée à se procurer le pouvoir ou l’argent. Il reste à définir ce qu’est une «bonne cause», et qui pourrait être amené à transgresser les lois de la République en toute légitimité. Tout dépend en réalité du camp dans lequel on se trouve et surtout du résultat du travail des malfaiteurs qui se sont regroupés pour constituer la mafia.

Le qualificatif de mafia peut même être réfuté à partir du moment où ses membres pensent servir l’intérêt collectif, celui d’une communauté ou plus largement du pays. Dans ce cas, la mafia se veut honorable et aux nobles desseins.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les résistants français auraient pu être désignés comme des mafieux par les nazis11. Ils étaient dans la clandestinité, menaient des actions de terreur pour imposer leur conception personnelle de la liberté et de leur intérêt, avaient des fonds propres et un parrain du nom de De Gaulle qui, de plus, défiait ouvertement l’autorité reconnue par une grande majorité de Français. Le rapport de force entre cette mafia et l’autorité légitime s’est heureusement terminé par l’issue que l’on connaît. La Ve République a vu aussi son lot de mafias et le meilleur exemple demeure celui du Service d’Action Civique (SAC), association loi 1901 créée en 1960, autrement dit organisation non gouvernementale (ONG). Ses statuts précisent qu’il est une association ayant pour but de défendre et de faire reconnaître la pensée et l’action du général de Gaulle. Il a pour origine le Rassemblement du Peuple Français (RPF), qui s’est parfois engagé dans des actions violentes contre les communistes. Des figures du gaullisme intègreront le SAC dont Jacques Foccart12 – créateur des « réseaux Foccart » -, responsable de la cellule Afrique de l’Elysée sous la présidence du général de Gaulle. Les réseaux « Foccart » s’affaiblissent par la suite au profit des réseaux néogaullistes de Charles Pasqua et des réseaux mitterrandiens.

Le SAC ne disparaîtra, du moins officiellement, qu’en 1982 à la suite de la tuerie d’Auriol. Jacques Massié est alors brigadier de police et responsable local de Marseille. En mai 1981, Pierre Debizet, responsable national, s’inquiète des accusations de détournements de fonds et de proximité avec la gauche portées au sein même de l’organisation marseillaise contre Massié. Peu de temps après, Massié est assassiné ainsi que tous les membres de sa famille qui sont étranglés un par un, sauf un petit garçon de sept ans qui est tué à coups de tisonnier. Les assassins sont arrêtés et l’un d’eux déclarera : « On nous a dit qu’il s’agissait de l’exécution d’un ordre venu d’un niveau supérieur. » Les assassins n’avaient pas le profil de tueurs ou de voyous. Pour la plupart, juste de bons pères de famille.

La violence, l’atrocité de ces assassinats sur fond politique, ébranle la France. Cette affaire a mis en lumière l’existence d’organisations paramilitaires extrémistes et de la bienveillance à leur égard des institutions françaises.

Le Service d’Action Civique est dissous par François Mitterrand le 3 août 1982 conformément à la loi sur les groupes de combat et les milices privées. Toutefois, une dissolution ne veut pas dire que les membres d’une telle organisation ont arrêté leur combat. Il existe encore, en 2010, dans le sud de la France, des associations qui se prévalent d’être les héritières du SAC. Cependant, malgré les méthodes employées, qualifier cette organisation de Mafia serait mal indiqué dans la mesure où elle a servi une cause juste puisque victorieuse des combats qu’elle a menés. Parmi les milieux d’extrême droite, le SAC, qui a en outre bien servi sa cause politique, reste une référence en qualité d’organisation.

En revanche, l’Organisation Armée Secrète (OAS) pourrait toujours être assimilée à une mafia car elle a perdu son combat alors qu’il se voulait celui de l’honneur. L’organisation regroupait les partisans du maintien de l’Algérie française par la lutte armée. En 1962, six cent trente-cinq membres de l’OAS sont arrêtés, deux cent vingt-quatre sont ensuite jugés, dont cinquante-trois seront condamnés à une peine de prison avec sursis, trente-huit à une peine de prison ferme, trois condamnés à mort et exécutés. Plusieurs centaines d’autres seront tués par des barbouzes dont certains seront membres du Service d’Action Civique. Dans la bouche des vainqueurs, l’OAS pourrait être qualifiée de mafia, dans celles des vaincus, ça restera toujours une insulte. Tout est de toute façon discutable en fonction des convictions défendues.

Il y a donc des mafias ou des organisations similaires qui sont légitimées en fonction de la cause qu’elles servent et de l’aboutissement de leur combat. La fin justifiant les moyens, l’histoire donnera toujours raison aux vainqueurs. C’est sur ce principe, celui du combat intérieur, que peut se développer une mafia dite légitime. Il n’y a rien de moral mais cela ne compte pas.

Il n’est pas question ici d’énumérer ou de hiérarchiser les possibles mafias que la France a connue ou connaît, mais de remonter à l’origine
de la principale mafia française actuelle, à rechercher son ciment et à faire connaître sa nouvelle orientation qui s’est opérée dès l’éclatement du Pacte de Varsovie.

Les groupes industriels, les politiques, ainsi que chaque Français, peuvent être sa cible, même si l’intérêt de la nation peut en souffrir.

Ses méthodes employées sont réfléchies, affinées maintes fois et menées par des hommes qui vivent avec elles au quotidien.

La principale méthode utilisée est la Manipulation, avec un grand « M », qui permet de camoufler la vérité ou de la déformer.

Les chantages, les trafics de drogues, d’armes, les blanchiments d’argent, la prostitution ne sont que des moyens d’actions qui peuvent être utilisés non seulement au nom de la cause mais aussi à des fins personnelles.

Une mafia qui se réfugie à l’extérieur de l’hexagone, au sein de notre ex-empire colonial, où elle est fortement ancrée pour mieux servir sa cause. Nous pourrions citer des «pays hébergeurs», en Afrique, dont les dirigeants sont d’ailleurs plutôt victimes que complices, mais c’est en Asie du Sud-est que nous allons retrouver une des branches la plus active de cette mafia.

Un voyage qui débute par la libération de la France en 1945 et qui bascule finalement dans l’horreur au cours des années 2000 avec des meurtres d’enfants cambodgiens, et ce dans l’indifférence de tous. Un voyage ponctué d’assassinats, de trafics, de mensonges, de manipulations de toutes sortes, de victimes en tous genres, dont des Francs-maçons, et qui nous transportera finalement en Afrique. Un voyage où les honnêtes gens sont dans l’obligation d’intégrer la mafia pour survivre, se forçant à trahir leurs propres convictions, leurs amis. Acceptant le fait qu’une mafia française existe bien et qu’elle s’est parfaitement intégrée dans la société pour durer, plusieurs affaires criminelles pourront alors être envisagées sous un autre angle.

LA GENESE

Il est bon de rappeler que la France a eu un Empire colonial13 tout puissant. Dès 1887, le pays a tiré profit de ses années de contrôle sur le Laos, le Cambodge, le Tonkin, l’Annam et la Cochinchine. Les besoins de l’industrie automobile favorisent alors l’essor du caoutchouc avec pour principal investisseur le groupe Michelin.

La mafia française a été créée, pour l’essentiel, par des réseaux liés au colonialisme.

Le trafic de drogue mondial, provenant pour partie d’Indochine et se reposant principalement sur des minorités ethniques vietnamiennes et laotiennes, en est le principal exemple. Nombre d’ouvrages décrivent le travail de terrain des soldats de la coloniale ayant pour mission de gérer les minorités chargées d’exploiter les plantations de culture d’opium. L’Etat français, du temps des colonies et de sa grandeur, est donc intimement lié au trafic de drogue. La guerre donnera la seconde impulsion du trafic de drogue en Asie du Sud-est.

La Deuxième Guerre mondiale a donné à ces réseaux un essor particulier grâce à l’expansion du communisme, dans une lutte qui s’est voulue être la priorité des combats politiques du « monde libre » et ce, bien avant la chute du IIIe Reich.

Au printemps 1944, Churchill, impressionné par le rythme de l’avancée soviétique et ne nourrissant plus aucune illusion sur Staline, réactive la « section V » antisoviétique jusque là mise en sommeil. Il craint alors l’invasion de la France et une menace communiste demeure insupportable à ses yeux. Début 1944, Churchill avait déjà affirmé que « l’armée rouge a franchi les deux tiers de la distance séparant la frontière russe du Pas-de-Calais. A mes yeux, la menace soviétique a remplacé l’adversaire nazi ».

A l’été 1944, la lutte antisoviétique devient une priorité majeure, bien avant celle de stopper l’élimination des juifs poursuivie par les nazis et limiter ainsi les effets de la solution finale, par ailleurs parfaitement connue des Alliés. C’est le sens du débarquement de novembre 1944, en Grèce.

Parallèlement, Churchill va demander au renseignement extérieur britannique de prendre des dispositions aptes à protéger les intérêts vitaux de son pays sur le continent européen. A sa demande, la France focalise toute l’attention des services outre-manche. Quelques jours après le débarquement de Normandie, l’aide à la résistance s’amplifie. Le MI6 (ou Secret Intelligence Service)14 est sur le pied de guerre, au même rythme que les SAS (Special Air Service) qui combattent les Allemands. Il sera encore plus actif dans les semaines suivantes mais ses missions seront bien étranges et obéiront alors à d’autres objectifs que la lutte contre les nazis.

Alors que l’occupant allemand se replie, les parachutages d’armes et de matériels s’intensifient, les opérations d’installation de caches d’armes et de parachutages d’agents, dont une large part de SAS, se multiplient à une cadence de plus en plus prononcée. Partout, des équipes maillent le territoire français, même aux endroits d’où l’armée allemande s’est retirée.

Fin août, les forces aériennes réalisent plus de cinq cents sorties, plus de huit mille containers d’armes sont largués. Des jeeps armées de mitrailleuses, des mortiers, des canons sont méticuleusement camouflés avec des provisions pour mener une action de guérilla. Il s’agit en réalité de pré-positionner des éléments de guerre insurrectionnelle ou contre insurrectionnelle. Jusqu’en novembre 1944, des opérations spéciales sont menées pour constituer des caches d’armes très importantes en Bretagne, dans l’Eure, la Loire, le Loiret et la Vallée du Rhône. Le Pas-de-Calais est particulièrement bien fourni car constituant la dernière zone tampon protégeant les îles britanniques Les Ports du Nord, l’arrière-pays marseillais, les alentours de Paris avec la forêt de Rambouillet et la Seine-et-Marne seront aussi équipés de caches. Au total, une vingtaine de grandes bases, encore davantage avec les sites auxiliaires, sont constituées dans le seul mois de juillet. Elles sont renforcées par plus de mille hommes en août, installés sur vingt-trois nouvelles bases.

A l’été 1944, c’est officiellement le retour en France du général de Gaulle qu’il s‘agit d’appuyer, si nécessaire par les armes. En réalité, il faut créer des dépôts, former des gens à la guérilla en cas d’insurrection ou coup d’Etat communiste. L’avance alliée est rapide, la Seine est atteinte dix jours avant les prévisions, la frontière allemande cent jours après le débarquement. Suite au piétinement de Caen, trois cents jours étaient alors prévus. Au MI6, le soulagement est donc de mise.

L’opération « Market-Garden » à Arnhem (« Un pont trop loin »)15 porte néanmoins un coup sévère à la crédibilité et au moral de l’Etat-major britannique. C’est sans doute l’un des échecs stratégiques les plus graves de la guerre. Seuls 2163 parachutistes sur les 10 000 engagés en sont revenus. La prise d’Arnhem était destinée à lancer les forces sur Hambourg et, de là, sur Berlin. Les Anglais auraient été à trois jours de Berlin par le nord et à une semaine par l’ouest, prenant de vitesse les Soviétiques. Car c’était bien là le but recherché lors de cette opération. C’est à partir de cet échec, dû essentiellement à une mauvaise interprétation des informations reçues, que le renseignement britannique changera de méthodes de travail.

Ces nouvelles orientations seront aussi motivées par les déclarations de Churchill lors de la conférence de Québec, en septembre 44 : « J’estime inévitable que la Russie devienne la plus grande puissance militaire terrestre après cette guerre qui l’aura débarrassée de deux pays dont elle a eu à souffrir de terribles défaites, au cours même de notre existence, l’Allemagne et le Japon. J’espère cependant que l’association fraternelle du Commonwealth et des Etats-Unis, combinée avec la supériorité aérienne et navale, peut nous laisser en bons termes et en état d’équilibre amical avec la Russie. Tout au moins pendant la période de reconstruction. Mes yeux de mortel ne permettent pas de voir au-delà et je ne suis pas encore pleinement renseigné sur les télescopes célestes. »

Dans ce nouveau rapport de force où le communiste devient l’adversaire non avoué, les Britanniques suivront avec angoisse le désarmement laborieux, jusqu’à la fin 1944, des milices patriotiques d’obédience FTP (Francs-tireurs et partisans)16. Avec angoisse car cette force potentiellement hostile et non maîtrisée inquiète Churchill qui cherche à utiliser les Français pour construire l’Europe de l’après-guerre. Il veut écarter un tête à tête avec les Américains et être pris entre ces derniers et les Soviétiques. Il a donc besoin des Français, mais pas de Français communistes armés pouvant se retourner contre l’autorité du général de Gaulle.

Depuis fin 1944, le concept britannique d’opération subit une évolution radicale, un imperceptible glissement de finalité. En avril 1945, la guerre touche à sa fin, le groupe armé Model est encerclé dans la Ruhr, les Soviétiques contrôlent la Prusse orientale et percent l’Oder tandis que le 21 avril, les faubourgs de Berlin-Est sont attaqués. Alors que la nécessité s’en fait moins sentir, les actions stratégiques se multiplient ; déployer une telle énergie et autant de moyens à ce moment précis peut paraître étonnant ! En mars 1945, l’opération « Endkampf » mobilise à elle seule presque toutes les unités SAS17 au nord-ouest de l’Allemagne. En Italie, c’est l’opération « Tombola » où le déploiement est massif, principalement autour des grandes villes industrielles du nord. Il en va de même en Hollande et en Belgique, près des capitales, des ponts et des centres industriels. La Norvège, la Yougoslavie, l’Albanie, la Grèce ne sont pas en reste.

Mais c’est en France que le summum est atteint, la lutte contre le IIIe Reich servant de justification, mais certainement pas d’explication. Des implantations préventives autour des foyers communistes et des noeuds de communication sont organisées.

En toute hâte, des réseaux naissants vont être composés d’anciens résistants, mais surtout d’anciens collaborateurs des nazis qui seront blanchis afin de préparer en France la résistance contre l’occupation de l’armée rouge.

L’argent et le chantage sur leur passé ont constitué des moyens d’action et d’intrusion au plus haut niveau.

C’est ainsi que des fidèles du gouvernement de Vichy, des collaborateurs et des agents du IIIe Reich ont été sauvés par les Anglais, sous condition de servir la cause anti-communiste. On note ici la notion de « cause » qui va perdurer près d’un demi-siècle et permettre à quelques respectables Français de véhiculer sournoisement leurs convictions d’extrême-droite, pour ne pas dire nazies, sans être inquiétés. Seule condition, rester discret, se fondre dans la masse pour mener un combat de l’ombre et être disponible le moment venu afin de sauver la France du « péril rouge ».

La fin de la guerre a ainsi profondément modifié la teneur de l’activité de contre-espionnage qui s’identifie désormais aux seuls procédés de manipulation. Le champ d’application de l’activité de contre-espionnage est le dispositif d’espionnage adverse, non ses centres vitaux. Il devient d’autant plus urgent pour Churchill de surveiller les communistes et de préparer la résistance qu’il lui apparaît comme de plus en plus évident que de Gaulle ne restera pas longtemps au pouvoir. De plus, pour Churchill, les gaullistes sont infiltrés par les communistes. De toute façon, il ne pouvait être question de faire confiance aux Français, que ce soit pour les Britanniques comme pour les Américains, qui avaient parfaitement conscience que les quarante millions de maréchalistes de juin 1940 étaient aussi les quarante millions de gaullistes de 1945 ! Raisonnement simpliste mais non dénué de sens…

Malgré tout, la « versatilité à la française » pouvait servir la lutte anti-communiste, mais certainement au détriment de l’unité de la France. Pour autant, c’était un moindre mal d’accepter une France divisée plutôt qu’une France communiste. Dès l’été 1944, les militaires et civils de Vichy ralliés entre 1943 et 1944, qui seront ici dénommés «attentistes», ont annexé l’organisation française. Les résistants qui ont accompagné de Gaulle, ceux de la première heure, ceux qui ont refusé la défaite et la collaboration avec les nazis, ont pour l’essentiel été traités avec le plus grand mépris par les « professionnels de la chose militaire ». Ceux-là même qui considéraient que saluer respectueusement et obéir sont les composantes de base de l’honneur et que chaque militaire en est le gardien, que respecter les ordres est une règle de base qui ne peut être contournée, enfin que Pétain était le chef qu’ils se devaient de respecter et le seul à reconnaître. Les patriotes n’acceptant pas le nouvel ordre français furent dans un premier temps considérés comme des terroristes, pour finalement devenir des amateurs dans un second temps. Jamais ils ne seront reconnus par eux comme l’honneur de la France, de Gaulle étant lui-même jugé comme un amateur qui a profité d’une situation.

La France libre à Londres, en 1940, compte sept mille ″terroristes″ alors que l’armée de Vichy, à la même époque, compte cent vingt mille collaborateurs et patriotes. En 1943, la France libre passe à cinquante mille amateurs et en 1944 c’est cent vingt mille résistants qui sont avec l’homme du 18 juin. Combien sur la dernière année l’ont été pour sauver leur peau ? En 1945, tout le monde se dit résistant et aspire à être reconnu comme tel. Tout le monde court après les décorations qui seront délivrées après la Libération, quitte à dénoncer des innocents pour se valoriser. Ce sont les mois d’épuration que connaîtra la France avec son lot d’injustices…

En 1946, le mouvement d’annexion par les attentistes touche à sa fin, la discipline est rétablie et quelques derniers «amateurs» sont bien encore présents, mais le rapport de force s’est retourné en leur défaveur. Très vite, chacun se positionne comme ayant le meilleur contact avec la SFIO18, avec le MRP19, d’autres s’annoncent proches de tel parti de droite… le parti en question étant la seule garantie contre le noyautage communiste. Les attentistes n’hésitent pas à affirmer que si le général Giraud20 avait été écouté, il n’y aurait jamais eu ces Guingouin, Ravanel, Fabien, Chaban… qui s’inventaient des grades d’officiers alors qu’ils n’avaient jamais fait d’école militaire et qu’ils étaient juste digne de porter un uniforme de soldat de deuxième classe, au mieux de caporal-chef.

Le ménage terminé en excluant les bolchéviques et les aventuriers (les résistants de la première heure), l’armée française est de retour ! Et elle a l’Empire à reconquérir et à défendre ! Le communisme doit être combattu, le discours est d’ailleurs celui de l’avant guerre. Rien n’est inventé, donc aucun regret n’est formulé sur les erreurs passées.

En réalité, il n’y a pas d’erreur, juste un malheureux concours de circonstances imputable à la mauvaise stratégie employée par Hitler. Il faut maintenant juste éviter de s’exprimer sur la question juive.

Les camps livrent officiellement leurs atrocités, qui étaient d’ailleurs connues de longues dates.

Les juifs revendiquent un territoire et les Anglais sont en but à leur hostilité21.

En France, mieux vaut ne pas s’en mêler et rester discret, l’énergie étant à orienter vers l’anticommunisme.

Les initiatives fusent et il faut créer un service de plongeurs de bord. Les candidats qui se présentent font plutôt état de leurs relations personnelles politiques que de leur propre compétence à assurer les missions qui leur seraient dévolues. Tout le monde ayant été résistant, tout le monde connaît tout le monde ! C’est la grande famille de la résistance. On se demande pourquoi la guerre ne s’est pas terminée plus tôt, et pourquoi les Allemands ont pu occuper la France autant de temps…

L’organe du renseignement français symbolise à lui seul la division des Français et leur besoin de se faire reconnaître en tant que sauveurs de la nation. Le seul dénominateur commun est l’opposition au communisme et l’ambition colonialiste.

On y perçoit des luttes d’influences propices à des coups bas portés au sein même du service dont la première victime sera Dewavrin22, plus connu sous le pseudonyme de « Passy », véritable héros de la résistance. Chef des services secrets de la France libre auprès du général de Gaulle, il prendra la tête de la DGER (ex-DGSS), qui devient le SDECE quelques mois plus tard. Pour lui rendre les honneurs qui lui sont dus et sous prétexte d’avoir détourné des fonds, il fait quatre mois de prison préventive avant que les poursuites judiciaires ne soient abandonnées. En 1946, il démissionne. En fait, un gisement d’anciens vichystes et d’anciens collaborateurs ont annexé le service. Ils en occupent sans partage les rouages.

Du fait du contexte politique, des départs de De Gaulle et de Dewavrin, les Anglais sont confortés dans l’image qu’ils se font des Français et décident de ne pas faire confiance à la structure française. Ils s’en remettront à des réseaux parallèles et à des relations plus ou moins personnelles pour s’assurer de l’évolution de la situation sur le sol français et du combat contre le communisme.

On parle donc déjà de « réseaux parallèles » à peine sorti de la guerre. Par la suite, les craintes des britanniques seront confirmées, les cas français et italiens demeurant les plus inquiétants. En France, les communistes pèsent entre 30 % et 40 % de l’électorat avec 400 000 adhérents au PCF ! Ils contrôlent le charbon, l’industrie lourde et les ports. Pour les services britanniques, Staline dispose alors d’une réelle marge de manoeuvre23. Il devient de plus en plus indispensable de mettre en place un système qui puisse fonctionner en réseau dormant et être activé le moment venu. Cela n’a que peu à voir avec les agents dits « Stay Behind » des armées napoléoniennes qui étaient chargés de faire du renseignement basé sur la collecte d’informations. Il s’agit dans le combat anticommuniste d’aller plus loin et de mettre en place une fondation permettant de développer des pénétrations clandestines si l’armée rouge se retrouvait un jour à s’installer sur le Pas de Calais.

En mai 1947, les communistes quittent le gouvernement Ramadier. D’anciens vichystes, d’anciens résistants anti-communistes et des militaires obtiennent le financement d’industriels pour mettre en œuvre le « plan bleu », un complot visant à prendre le pouvoir en France. Il est découvert par les renseignements généraux et révélé à la population, des arrestations ont lieu à Lamballe et Chamalières. Cela ne va pourtant en rien altérer la détermination des communistes.

Le 3 décembre 1947, le train Paris-Tourcoing déraille, causant vingt et une victimes et faisant suite à une longue série de sabotages. Durant cette période, il n’y eut pas moins de cent six condamnations pénales pour sabotage. En 1948, l’atmosphère est quasi-insurrectionnelle, des grèves de dockers et de mineurs tournent à l’affrontement. La France n’arrive pas à sortir de la misère, la ration de pain est réduite à deux cents grammes par jour, trois ans après le débarquement, deux ans après la fin de la guerre. Le ministre de l’intérieur brisera les grèves en faisant intervenir l’armée.

L’armée est aussi engagée dans la guerre d’Indochine depuis deux ans et elle-même victime de sabotages qui font le jeu du Vietminh en accentuant les pertes parmi le corps expéditionnaire. La guerre froide allait par la même occasion donner une impulsion décisive au développement du trafic de drogue.

La participation de la Central Intelligence Agency24 (CIA) des Etats-Unis et des militaires français allait servir l’expansion de la production d’opium en Asie du Sud-est. Menaces communistes et guerre d’Indochine, combinées avec les besoins d’une diaspora chinoise forte consommatrice d’opium, ont permis d’accentuer la production dans le Nord Indochinois. Bangkok et Saigon furent les deux grandes villes de consommation et d’envois d’opium. Pilotés par les services spéciaux français et ensuite par la CIA, les productions du Nord-est de la Birmanie et du nord de l’Indochine française étaient acheminées par des moyens aériens vers ces villes.

A dix mille kilomètres des rizières où se bat le corps expéditionnaire français, les Anglais, qui s’attendent à ce que la France bascule définitivement dans le giron communiste, commencent à faire l’inventaire des caches d’armes et mettent en alerte leur dispositif de résistance. Au tournant des années 1949-1950, la Grande-Bretagne étant financièrement à bout de souffle et en proie à l’éclatement de son Empire, le relais de la lutte anticommuniste est pris par les Américains.

En 1951, la CIA reprend la main sur le dispositif français qui est maintenu en place comme prévu et conçu pour être immergé sous occupation ou gouvernement communiste.

Avec plus de 25 % de communistes en France, le pays peut toujours et réellement devenir un satellite de l’URSS, ce qui peut paraître paradoxal alors qu’il est en pleine guerre contre le Vietminh25. On se bat à l’extérieur contre un ennemi qui pourrait être celui de l’intérieur. La guerre d’Indochine devient en quelque sorte une guerre de Français communistes contre des Français non communistes, une guerre civile qui n’en a pas le nom. Les Américains sont à nos côtés pour financer cette guerre anti-communiste qui nous vaudra quatre-vingt dix mille morts (dont 36 000 disparus dans les camps de prisonniers dans une totale indifférence de la part de la population française) pour finalement nous lâcher en 1954 ; ce qui engendrera un fort sentiment anti-américain dans les rangs français et une haine du communisme encore plus prononcée.

La chute de Dien Bien Phu traumatisera la France non communiste. Les Américains ne seraient pas intervenus sous prétexte de ménager les réactions chinoises. Ils en paieront les frais lors de leur propre guerre du Vietnam. Les minorités ethniques fidèles à la France seront abandonnées à leur sort sans plus de détails. La tragédie se répétera en Algérie huit ans plus tard et donnera naissance à l’OAS. Les militaires blessés rentrant d’Indochine seront protégés en France lors de leur transport vers les hôpitaux par des CRS26 afin qu’ils ne se fassent pas matraquer sur leur brancard par des «commandos» communistes. Une nation qui s’automutile sous couvert d’idéologie ! Des Français qui projettent d’achever d’autres Français blessés. La France a de quoi faire peur aux autres pays européens.

Dans le cas de figure de la prise de pouvoir en France par les communistes, il s’agissait de se doter des moyens d’organiser un coup d’Etat. Il s’est ainsi mis en place, dans une certaine mesure, un système de hiérarchie parallèle dans les administrations françaises. L’instabilité politique de la IVe République, dont l’espérance de vie d’un gouvernement ne dépassait pas les six mois en moyenne, a fourni un terreau substantiel à ce système en permettant le renouveau de certaines influences, notamment maçonniques.

La Franc-maçonnerie, victime du régime nazi et du gouvernement de Vichy, s’imposait de nouveau dans les institutions.

Un juste retour des choses, mais dont l’intervention louable n’a néanmoins fait que ralentir les prises de décisions sans pour autant être déterminante. En tout état de cause, il apparaît que les Franc-maçons, de par les persécutions subies pendant la guerre et leur refus de collaborer avec l’ennemi, se sont certainement donnés plus de légitimité à participer à la gestion du pays que ne l’ont fait les attentistes.

Dans la lignée de la critique des juifs et des actions de De Gaulle, cette affiche représente le général de Gaulle derrière son micro à la BBC, il est présenté par le gouvernement de Vichy comme celui qui soutient les juifs et diffuse leur façon de pensée.

Ce système de hiérarchies a profondément affecté, et de façon durable, les organes de police et de renseignement extérieur français, ces deux organes étant noyautés non par les communistes mais par les attentistes. Il faut dire que durant la guerre, sous l’impulsion de Bousquet, la police française a été fort disciplinée, devenant le supplétif actif de la Gestapo. Même après le débarquement de Normandie, les ordres étaient appliqués avec zèle. La « volte-face » se fera in-extremis, lors de la libération de Paris, lorsque les policiers français retourneront leurs armes vers l’occupant dont l’objectif, alors, sera davantage d’évacuer la capitale que de la défendre. Des héros en puissance, libérateurs de Paris, qui seront mis à l’honneur pour des décennies. Une conception de l’honneur qui se transmettra aux générations futures. Un combat raté d’avant guerre mené par les attentistes et une opportunité d’après guerre qui a porté bien des carrières au sein de nos institutions.

Au fil des années de guerre froide, le dispositif s’est sans cesse amélioré, le réseau s’est étoffé en même temps que la peur du péril d’une invasion communisme était entretenue. Suivant le même modèle qu’en France métropolitaine, nos colonies se sont dotées de ce système de hiérarchie parallèle destiné à prévenir la menace communiste. A la différence près qu’il est plus facile de tenter d’imposer son autorité sur des populations soumises et fragiles que sur une population métropolitaine déjà acquise en grande partie au parti communiste ou aux partis d’opposition.

Après la décolonisation, la France a développé une « politique bienveillante » vis-à-vis de ses anciennes colonies pour mieux les protéger, c’est ce qu’on qualifiera de « Françafrique ».

Pour tenir ces pays frères qui servent la cause, un réseau international s’y est naturellement développé à partir du dispositif initialement mis en place. Tout était donc prévu et bien planifié, sauf l’éclatement brutal de l’URSS 27.

La chute du mur de Berlin a surpris et a en quelque sorte désorienté tout le dispositif humain qui ne vivait que par la menace communiste et a donc remis en question son financement à court terme. Le problème est qu’il a fallu se séparer de machines de guerre et de renseignement qui employaient des « moyens qui justifiaient la fin », ces moyens qui ne sauraient plus être justifiés sans cause.

Certaines «machines» se sont retrouvées seules dans la vie civile, sans accompagnement ni surveillance et dotées d’un «savoir-faire» qui, inévitablement, serait employé à des fins personnelles, voire criminelles.

Il fallait aussi donner une justification à des actions de survie, dont le prétexte ne pouvait plus être que celui de se préserver des effets néfastes de l’Islam sur le monde libre.

Heureusement, un enfant des Etats-Unis nommé Ben Laden 28 va leur redonner une certaine légitimité et une reconversion bien trouvée.

Sans renier cet anticommunisme qui a fait leurs années de gloire, un nouveau combat se profile grâce à la tragique journée du 11 septembre 2001, celui de la prévention et de la lutte contre l’Islam. Ils s’étaient déjà positionnés dans ce combat mais n’avaient que peu d’échos favorables, tant au niveau des services français, qu’étrangers, la CIA pensant maitriser la menace. L’avenir s’avère donc prometteur car ce combat ne fait que commencer et arrange finalement bien les services de renseignement du « monde libre ».

Malgré tout, le réseau d’hier avec ses idéalistes d’aujourd’hui n’est plus investi par la France et est ouvertement devenu une mafia.

Mais n’oublions pas que les Américains, lors de la Deuxième Guerre mondiale, s’étaient appuyés sur la mafia italienne. La fin justifiant toujours les moyens en temps de crise majeure, il est toujours envisageable que la mafia française puisse servir les intérêts d’Etats.

D’autant plus que les héritiers d’attentistes qui ont repris le flambeau du « travail, famille, patrie », le sens du devoir et de l’honneur, sont toujours présents dans nos institutions, toujours prêts à sauver la France. Leur combat s’est transmis au fil du temps par idéalisme ou opportunisme, la France, par sa grandeur, son histoire, sa culture, devant être mise à l’abri des agressions, mise à l’abri malgré elle s’il le faut.

Car le Français n’a pas toujours les capacités à distinguer ce qui bon ou mauvais pour lui.

Les juifs ? Ils étaient mauvais pour lui mais il s’est laissé dépouiller sans s’en rendre compte. La solution finale des nazis a bien tenté d’éradiquer cette «vermine» de la surface de la terre mais l’histoire en a voulu autrement.

Le communisme ? Il a pris le relais du péril juif sur le pays et le combat a finalement été victorieux. Il faut malgré tout rester vigilant, les attentistes ont pu par la même occasion entamer une deuxième carrière pour que vive leur idéal…

Ils ont toujours le même discours plus d’un demi-siècle après avoir vécu leur aventure commune avec les nazis.

Ce qui explique peut-être pourquoi les néo-nazis de notre temps sont toujours une réalité et qu’ils sont encore actifs.

Il est évident que les sympathisants de la politique du gouvernement de Vichy ne peuvent qu’apprécier avec bienveillance les groupuscules qui lèvent le bras en scandant des slogans d’un autre âge. Les valeurs de haine se transmettent, hélas.

L’Islam est devenu le cheval de bataille de tous ces idéalistes.

L’affrontement de cultures dites opposées, de religions qui sont incompatibles entre elles !… Voilà le nouveau discours pour les années à venir, celui qui va rendre incontournable les sauveurs de notre pays. Ceux qui tiennent ce discours ne font même pas référence à leur propre religion qu’il faut défendre, mais plutôt au mal que va engendrer la religion de l’autre, le nouvel ennemi qui ne va pas se limiter à menacer la France mais tout le monde libre. Et c’est ce dernier point, la menace à l’échelle de la planète, qui fait l’originalité de cette croisade des temps modernes. Au-delà de la France, nos héros se proposent de contribuer à sauver l’Occident. Autant de soutiens en perspectives pour les services étrangers qui pourraient être intéressés par leur savoir-faire…

La mafia française, dont les méthodes sont celles du dispositif mis en place à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, a pris son plein essor à l’extérieur de l’hexagone, en toute discrétion, loin du regard de nos concitoyens.

Notre mafia bien à nous qui entretient la peur de l’autre pour mieux se rendre indispensable sur le territoire national et qui a maintenant un écho au-delà de nos frontières. Car les mafias s’externalisent, mondialisation oblige, et c’est dans les pays les plus faibles, les plus stratégiques ou dotés d’un potentiel économique important que la mafia est la mieux représentée. Elle assure une «veille économique» pour saisir les opportunités dans les pays qui s’émancipent. C’est une mafia expatriée qui entretient des relations avec les correspondants héritiers des attentistes de la mère patrie.

Aller vers la 2ème partie

Notes de la partie 1

1 Viêt-Cong était le nom donné par les américains aux miliciens communistes du Sud-Viêt-Nam pendant la guerre du Viêt-Nam.

2 Caldoche est le terme qui désigne la population blanche essentiellement d’origine européenne (mais pouvant avoir connu un fort métissage) installée en Nouvelle-Calédonie depuis une ou deux génération au minimum, voire jusqu’à la colonisation commencée au milieu du XIXe siècle.

3 En 1988, les véhicules qui équipaient les troupes venues en renfort en Nouvelle-Calédonie étaient ceux laissés par les américains en 1945 qui avaient combattu les Japonais à partir de l’île française.

4 Kanak ou canaque est le nom utilisé pour désigner les populations autochtones de Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud. Le terme est aujourd’hui empreint d’une forte charge identitaire et il est devenu l’un des symboles des revendications culturelles et politiques des néo-calédoniens autochtones.

5 L’opération Victor est celle qui a été déclenchée pour retrouver et libérer les Gendarmes pris en otages après l’attaque par des indépendantistes Kanak de la Gendarmerie de Fayaoue, où trois Gendarmes seront tués.

6 Le char T55 est un engin blindé conçu par l’Union soviétique qui équipait l’armée Ethiopienne.

7 Les Afars forment un peuple d’Afrique de l’Est d’environ 1 660 000 personnes vivant pour 1 075 000 d’entre eux en Ethiopie, 445 000 en Erythrée et 310 000 à Djibouti. Leur nombre est estimé à 3 millions et demi de personnes. Ils sont majoritairement de confession islamique sunnite et parlent une langue couchitique, la langue afar.

8 La plus grande ville du Vietnam s’appelait Saigon jusqu’en 1975 date de la victoire des communistes nord-vietnamiens où la ville prit le nom de Hô-Chi-Minh-Ville.

9 La bataille de Dien Bien Phu commença le 20 novembre 1953 par l’opération « Castor ». Elle vit le sacrifice des troupes françaises engagées, en particulier des troupes parachutistes, de la Légion étrangère, des Troupes d’Afrique, du Bataillon vietnamien, etc. Les Français, à bout de munitions, se rendront le 7 mai 1954. Bilan côté français : 2 293 morts, 11 800 prisonniers, 5 195 blessés, moins de 1 français sur 10 sortira des camps de prisonniers du Viêt-Minh.

10 La Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) est rattachée directement au Premier ministre. Sa mission fondamentale est d’assurer la collecte et l’analyse du renseignement (politique, économique, technologique et militaire), le contre-espionnage offensif et défensif hors de France. Son organisation est protégée par le Secret Défense.

11 Le nazisme est une idéologie politique, qui a émergée en 1920 en Allemagne. Le parti nazi divisait l’espèce humaine en races, où la race aryenne devait dominer. Jusqu’en 1942, les SS devaient être adhérents au parti nazi. Suite aux lourdes pertes sur le front de l’Est et à partir de cette époque, ce n’était plus une obligation. Qualifier l’armée allemande, d’armée nazie est donc une erreur.

12 En août 1943, Foccart monte son propre réseau de résistance pour le compte du Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de Londres. A la libération, il intègre la Direction générale des études et recherches (DGER, le futur SDECE – Service d’espionnage et de contre-espionnage), les services spéciaux que dirige un gaulliste historique, Jacques Soustelle. Son nom est évoqué par la SRPJ de Rouen en 1953 comme étant lié à deux énigmes criminelles, l’affaire François Van Aerden à Rânes et l’affaire Emile Buffon à Joué-du-Plain en 1944. Jacques Foccart a été l’un des principaux initiateurs de la politique africaine française après la décolonisation. Toujours influent, il meurt le 19 mars 1997.

13 Même si des entreprises et des particuliers français se sont enrichis grâce à la colonisation, les colonies africaines n’ont pas enrichi la France métropolitaine. Les investissements ont effectivement coutés plus chers que ce que les colonies ont rapporté.

14 Au Royaume Unis, le MI6 fut créé en 1909. Il a pour but de protéger le pays de toute attaque terroriste extérieure au pays et de conduire des activités d’espionnage à l’extérieur du Royaume-Uni, contrairement au MI5 chargé de la sécurité à l’intérieur des frontières.

15 « Un pont trop loin » est un film réalisé par Richard Attenborough et sorti en 1977. Il retrace la tragédie de la bataille d’Arnhem.

16 Les Francs tireurs et partisans (FTP) également appelés Francs tireurs et partisans français (FTPF) est le nom du mouvement de résistance armée créé en France à la fin de 1941 par la direction du pari communiste. Ce mouvement est né suite à la rupture du Pacte germano-soviétique et l’invasion de l’URSS par les troupes hitlériennes, le 22 juin 1941.

17 Le SAS (abréviation de Special Air Service) est une unité de forces spéciales britanniques, créée en 1941. Adolf Hitler écrivait à leur sujet: « Les troupes SAS prisonnières seront remises immédiatement à l’unité de la Gestapo la plus proche. Ces hommes sont très dangereux. La présence de troupes SAS dans n’importe quel secteur doit être immédiatement signalée. Elles seront exterminées sans pitié. »

18 La Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) était un partir politique socialiste français, créé en 1905. En 1969, la SFIO devient le Parti socialiste.

19 Le Mouvement Républicain Populaire (MRP) est un ancien parti politique français, classé comme démocrate-chrétien et centriste. Il se voulait le parti des résistants démocrates-chrétiens qui souhaitaient dépasser le clivage droite-gauche et celui de la « fidélité » au Général de Gaulle.

20 Au début de la guerre, Giraud avait désapprouvé la tactique préconisée par le Lieutenant-colonel De Gaulle qui consistait à employer des blindés pour percer les lignes ennemies. Pendant la guerre, Giraud interdit l’accès des officiers et soldats juifs aux unités combattantes, au détriment de l’armée d’Afrique. Son but était de les empêcher d’utiliser par la suite leurs décorations et autres titres militaires pour récupérer leur citoyenneté française.

21 La résistance juive aux Anglais culminera en 1946 avec l’attentat contre l’Etat Major Britannique logé dans l’hôtel King David. L’attentat fût très sanglant.

22 Le 1er juillet 1940, il rejoint le Général de Gaulle à Londres. Il est chargé de la direction des 2e et 3e bureaux. Il sera pendant trois ans, l’organisateur et le chef des services secrets de la France libre.

23 Dès la sortie de la guerre et durant toute la guerre froide, le Pati Communiste Français reste inconditionnellement inféodé à l’URSS. Le culte de Staline est célébré sans restriction dans l’ensemble de la presse communiste française.

24 La Central Intelligence Agency ou CIA « Agence centrale de renseignement » est fondée en 1947. L’agence américaine est chargée de l’acquisition du renseignement par l’espionnage et de la plupart des opérations clandestines effectuées hors du pays.

25 Le « Viet Minh » était une organisation politique et paramilitaire vietnamienne, créée en 1941par le Parti communiste indochinois et qui visait l’indépendance du Viêt Nam qui était une colonie française.

26 Les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) sont créées en 1944 et réorganisées en1948. Elles forment un corps formé aux techniques antiémeutes.

27 Créée en 1922, l’Union des Républiques Socialistes Soviétique s’est éteinte le 31 décembre 1991.

28 La CIA a commencé à travailler avec Oussama Ben Laden dès 1979 dans la cadre de la lutte contre l’armée soviétique occupant l’Afghanistan. Cette relation s’est poursuivie, notamment après 1994.

PIÈCE À CONVICTION

A la mémoire des victimes des attentats de Djibouti

Djibouti, le 18 mars 2007 par Jean Dalmau, blessé dans l’attentat de Djibouti, 18 mars 1987

Les souvenirs de cet attentat me hantent toujours malgré le temps qui passe. Comment oublier ces 15 morts et ces dizaines de blessés ? Comment oublier ces amis disparus, ces gens dont la destinée a voulu qu’ils soient au mauvais endroit, au mauvais moment ? Comment oublier le désespoir des familles ? Comment ne pas culpabiliser en se disant pourquoi eux et pas moi ? Comment ne pas se souvenir de la désolation, de la souffrance, de la poussière, du silence, du sang ? Comment oublier quand quotidiennement vous souffrez trop dans votre corps et qu’avec les années qui passent, de nouveaux maux apparaissent ?

Comment oublier quand, soudain, lors de la lecture d’un article sur l’assassinat du juge Borrel à Djibouti, vous découvrez que l’assassin possible est celui qui a commis l’attentat du 18 mars contre le café « l’Historil » et qu’il ne regrette pas son engagement pour la cause palestinienne.
Comment ne pas oublier quand, pour vous, le coupable de tous ces morts et de ces blessés graves est en liberté alors qu’il avait été condamné à la prison à vie ! Un sentiment de colère vous habite car vous ne pouvez pas faire votre deuil de cet horrible moment de votre vie, faute d’avoir pu assister à un procès, même tronqué, que l’on ne vous a pas entendu, que vous n’avez jamais pu regarder les yeux dans les yeux le coupable et lui demander pourquoi il a fait cela ?

Colère également de voir que cet attentat n’a jamais été évoqué dans les discours officiels, dans les journaux, alors que c’était la France qui était visée et que des militaires français et des coopérants sont morts et d’autres sont handicapés à vie.
Les souffrances psychologiques et corporelles, les troubles anxieux, l’état de stress, le fait de revivre l’évènement, les troubles phobiques et dépressifs continuent malgré le temps qui passe et je souhaite qu’avec cet article on n’oublie pas, grâce à S O S Attentats, toutes les victimes décédées ou handicapées, leurs familles, qui ont payé un lourd tribu au terrorisme, ce jour du 18 mars 1987 à Djibouti. Pour moi, c’est comme si c’était hier.

L’auteur

Bruno Mercier a fait une carrière dans les Troupes Aéroportées des Troupes de Marine en tant que Commando puis spécialiste de Défense Nucléaire Biologique et Chimique. Au cours de sa carrière, il a été amené à intervenir dans de nombreux pays. Il a été engagé dans des opérations armées ; le coup d’Etat en Centrafrique, l’opération Victor à Ouvéa, Godoria à Djibouti pour ne citer que celles-ci, et il a servi au sein de l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge.

Utilisé par les services de renseignement pour infiltrer un réseau de mafieux français en Asie du Sud-Est, il découvre le jeu de la manipulation et les trafics les plus criminels. Il se retrouve au milieu d’une mafia qui n’a aucune limite pour s’enrichir et qui utilise tous les stratagèmes pour renforcer son organisation. Les mafieux n’hésitent pas à se faire passer pour des agents des services de renseignement ou des Franc-maçons pour mieux impressionner et tromper leur victime.

Au fil des années, il fait les relations entre son expérience militaire et les activités de la mafia dans laquelle il était membre. En 2008, il témoigne auprès du juge Sophie Clément dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel à Djibouti.

 

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