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La Guyane : Une colonie française pillée, des autochtones négligés et des multinationales en pleine forme

«En Guyane, on envoie des satellites mais nous sommes les derniers à avoir accès à internet» – Bernard Lama

Thierry Sallantin, ethnologue expose le cas de la Guyane(vidéo en haut de l’article)

La ruée vers l’or

Depuis quelques années, la forêt d’Amazonie est au cœur d’une nouvelle ruée vers l’or. Pour cette course vers les pépites et les paillettes jaunes, les hommes et les femmes s’enchaînent. Une destruction/déforestation qui se déroule dans plusieurs pays mais aussi et surtout en Guyane française, ciblée par des trafiquants internationaux qui ne reculent devant rien depuis la hausse des cours de l’or.

Or tout cet or ne profite que très peu aux populations locales : il s’en va vers des capitales européennes ou ailleurs, à raison de 300 tonnes par an. En revanche, le monde envoie du mercure -120 tonnes par an ! -, métal indispensable pour extraire l’or. Même s’il pollue énormément…

« Malgré le déploiement d’opérations de lutte contre l’orpaillage illégal du territoire européen de Guyane dans le cadre du dispositif Harpie, malgré le démantèlement médiatisé d’importants villages illégaux, la situation sur le terrain n’a cessé d’empirer : dans le seul Parc amazonien de Guyane, territoire du sud de la Guyane qui comprend des populations d’Amérindiens, de Bushinengues et de Créoles, le nombre de chantiers illégaux actifs est fortement à la hausse. »

« Je souffre de voir ce département à qui on refuse de pouvoir vivre de ses ressources, l’or et le poisson » , confie un guyanais

Côté légal, une trentaine de sociétés exploitent l’or et leur activité est encadrée.

La Guyane pourrait d’ici peu entrer dans une phase industrielle car un énorme projet devrait voir le jour en 2020 avec à la clef la création de 800 emplois et une production annuelle de 155 tonnes, soit l’équivalent de 30 années de production d’or en Guyane. Deux sociétés l’une canadienne et l’autre russe financent ce projet pour 40 millions d’euros…

Les Amérindiens

La Guyane compte plusieurs communautés amérindiennes (environ 5 % de la population, soit entre 6000 et 9000 personnes) dont les membres sont considérés comme les descendants des plus anciens habitants (probablement quelques milliers d’années) du pays.

 

Autochtones guyanais

Les Palikour (plus de 500 locuteurs) habitent dans le sud de la Guyane à Macouria ainsi que dans l’embouchure du fleuve Oyapok, près du Brésil; les Arawak (env. 400-500 loc.) et les Kalihna ou Galibi (entre 1500-2000 loc.) vivent près des zones côtières dans l’ouest (Awala-Yalimapo, Paddock-et-Fatima, Saint-Laurent-du-Maroni) alors que les Wayana (800-900 loc.) sont localisés dans le sud (Antécume-Pata, Elaé, Twenké); pour leur part, les Émerillons (env. 600 loc.) et les Wayampi (env. 1000 loc.) habitent le Sud guyanais, c’est-à-dire sous la «ligne» ouest-est entre Maripasoula et Camopi: (voir la carte ).

Chacun de ces peuples parle sa langue ancestrale (palikour, arawak, kalihna ou galibi, wayana, etc.) avec les membres de sa communauté. On compte trois familles linguistiques amérindiennes en Guyane française: la famille arawak (les Arawak et les Palikour), la famille caribe (les Kalihna et les Wayana) et la famille tupi-guarani (les Emerillon et les Wayampi).

Avant la colonisation européenne, les langues amérindiennes de la Guyane se portaient bien.

Aujourd’hui, à cause de l’émigration de beaucoup d’Amérindiens à l’extérieur de leur territoire ancestral, ces langues sont davantage exposées à l’extinction (en raison du nombre de plus en plus réduit de leurs locuteurs). Toutefois, la culture amérindienne est demeurée très vivante. La plupart des Amérindiens, particulièrement ceux habitant la forêt équatoriale dense du Sud, ont su conserver leurs traditions et leurs langues parce qu’ils ont été peu touchés par la civilisation blanche, les difficultés de pénétration du territoire étant considérables.

Parmi toutes ces langues, le kalihna (ou galibi) de la famille caraïbe semble avoir plus de chance de survivre, car le nombre de ses locuteurs atteindrait les 10 000 avec les pays voisins: Surinam (2500), Guyana (475), Brésil (100), Venezuela (5000). Les Amérindiens savent généralement un peu de français.

Depuis quelques années, les peuples amérindiens de la Guyane cherchent à obtenir des droits territoriaux de la part du gouvernement français ainsi qu’à faire reconnaître leur identité comme «peuples distincts».

Pour le moment, la France ne reconnaît pas de droits territoriaux aux Amérindiens et les territoires visés ont été classés comme des domaines privés appartenant à l’État (ou propriétés dites domiennes [DOM]).

Pour les autorités françaises, il n’existe donc pas, juridiquement parlant, de «peuples distincts» en Guyane, mais plutôt des «populations primitives» (1952) ou des «populations tribales» (1970), sinon des «Amérindiens de la Guyane française» (1984) et des «Communautés tirant traditionnellement leurs moyens de subsistance de la forêt» (1987), tout cela pour éviter de dire «peuples autochtones», selon l’expression utilisée dans le droit international.

Néanmoins, le décret foncier du 14 avril 1987 émis par le gouvernement métropolitain accorde une certaine protection aux Amérindiens en permettant au préfet de Cayenne de prévoir «la concession de zones de parcours aux communautés d’habitants tirant traditionnellement leur subsistance de la forêt».

Toutefois, ce timide engagement de la Métropole en faveur des Amérindiens irrite quelque peu les Guyanais d’origine qui craignent les revendications spécifiques de la part de chacune des nombreuses autres minorités du territoire.

Dans leur ensemble, les Guyanes (française, hollandaise et anglaise) sont assez retardataires en ce qui concerne les droits des Amérindiens vivant sur leur sol: en effet, ces derniers sont démunis de tout pouvoir, et ce, même s’ils occupent l’essentiel du territoire.

À défaut de structures officielles (même consultatives) exprimant les intérêts autochtones, il existe des associations amérindiennes vouées à la revendication de leurs droits, notamment l’Union des peuples amérindiens de la Guyane (UPAG), l’Association des Amérindiens de Guyane française (AAGF) et la Fédération des organisations amérindiennes de Guyane (FOAG).

L’entreprenariat guyanais face aux multinationales

L’ancien footballeur : Bernard Lama, est retourné en Guyane, où il dirige une entreprise. Pour Les Echos, il analyse les raisons de la colère des habitants de la plus grande collectivité territoriale d’Outre-mer.

Surnommé Le Chat en raison de sa vitesse et de sa capacité à intercepter le ballon rond, il distribue aujourd’hui les coups de griffe. Après le LOSC, le PSG et l’équipe de France, Bernard Lama, l’ancien goal, est revenu sur ses terres guyanaises.

De retour depuis les débuts des années 2000, le gardien de but retraité s’est fait entrepreneur.

En 2012, il a lancé Dilo, une usine de production d’eau minérale et de source. Deux ans plus tard, son entreprise produit un tiers de l’eau vendue en Guyane. Pour Les Echos, il analyse les raisons des grèves qui secouent la collectivité territoriale d’outre-mer depuis dix de jours.

La Guyane est secouée par d’importantes grèves. Dans quel contexte cette colère est-elle née ? Comment l’expliquez-vous?

La situation est très tendue depuis des années. Ces derniers temps, nous connaissons une montée de l’insécurité. En Guyane, on peut se faire attaquer dans la rue pour une chaîne en or. C’est au départ pour lutter contre cette insécurité qu’est né le collectif des 500 frères, mais il y a tellement d’autres problèmes qu’ils ont étendu leurs revendications.

En matière de santé notamment, nos hôpitaux sont surendettés et d’une qualité médiocre. Au fur et à mesure, ils sont devenus des mouroirs. On manque de soins mais aussi d’écoles.

Chez nous, 2.000 à 3.000 enfants ne sont pas scolarisés faute de classes et d’enseignants suffisants. Voilà des années que les pouvoirs publics anticipent une explosion démographique. Aujourd’hui nous sommes 250.000 habitants et aucune infrastructure n’a été adaptée à cette croissance.

Certaines zones du pays sont à peine desservies par des routes et encore moins par des réseaux de téléphonie. Avec l’agence spatiale à Kourou on envoie des satellites dans l’espace. Mais nous sommes les derniers à avoir accès à internet !

À cela s’ajoutent le chômage, de bas salaires et un coût de la vie nettement plus élevé qu’en métropole. En temps normal, les Guyanais sont pacifistes et recherchent toujours le consensus, ils ne s’opposent pas. Mais la colère qui s’exprime ces derniers jours est le fruit de dizaines d’années de frustrations.

La ministre des Outre-mer, Erika Bareigts, et le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl arriveront dans les prochaines heures pour trouver une issue à la crise, qu’attendez-vous d’eux?

Les protagonistes ont déjà refusé de recevoir la délégation ministérielle envoyée le 27 mars. Le ministre de l’Intérieur est en route, c’est vrai, mais je ne suis pas certain qu’il soit bien accueilli. Le sentiment général, c’est que la République ignore la Guyane.

Depuis les années 1950, le pouvoir français a en quelque sorte « fonctionnarisé » les mentalités. Nous vivons sous la tutelle des aides, mais nous ne disposons d’aucun levier de développement économique alors que nous sommes un territoire riche.

Nous avons de l’or, du pétrole, du boxite, du phosphore… On a une biodiversité incroyable mais nous n’avons rien pour exploiter toutes ces ressources.

Même le tourisme ne peut pas se développer tant les billets d’avions sont coûteux. En moyenne, pour rejoindre Paris il faut débourser 800 euros aller-retour, contre 500 pour aller à la Réunion ou à la Guadeloupe.

Comment les politiques et la campagne pour l’élection présidentielle sont-ils perçus en Guyane?

Comment pourrait-on avoir de l’estime pour ce qui est dit ? Nous avons été ignorés par plusieurs gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche ne change rien à nos yeux. Que les grèves se déroulent pendant la campagne nous offre une plus grande visibilité, cela sensibilise les Français à notre cause mais on ne se fait pas d’illusions.

La mise en lumière du département, ça permet aussi de faire oublier toutes les affaires judiciaires qui collent à la peau des candidats. On n’a jamais vu une élection se passer comme ça et même en métropole les gens sont en colère. Forcément, il ne faut pas s’étonner que ça soit aussi le désordre dans les outres-mer.

À Paris, à Nice… il y a les attentats. Chez nous la violence n’a pas une couleur religieuse mais elle est portée par le manque de moyens alloués à l’éducation au fort taux de chômage chez les jeunes.

Quelles sont les difficultés que l’on rencontre lorsque l’on dirige une entreprise en Guyane?

Sur le plan administratif c’est aussi compliqué qu’en métropole. À Londres, il vous faut une journée top chrono pour monter une entreprise. En Guyane, il faut de l’argent et du temps.

Avec de bas salaires et de hauts prix, le marché guyanais n’est pas florissant et la concurrence y est rude.

De grands groupes trustent les places et proposent des produits importés.

Ils ne paient pas les mêmes taxes que les petites entreprises et peuvent donc faire baisser leur prix là où c’est impossible pour les producteurs locaux.

Mon entreprise, Dilo, compte 10 salariés et se porte bien mais ma chance, c’est qu’en créant la seule unité de production d’eau locale, les Guyanais se la sont appropriée. C’est un symbole d’identité collective.

La difficulté pour les entreprises locales, c’est aussi de trouver du personnel qualifié. Les jeunes guyanais partent pour la métropole dès qu’ils en ont l’occasion, et fuite des cerveaux oblige, ils sont rares à revenir. (https://www.lesechos.fr/)

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