Enseignements MultiVers SpirituEL Sri Aurobindo et MERE

La découverte Suprême

Mirra Alfassa

Texte écrit de la main de Mère le 28 avril 1912

 

Vous qui êtes las, abattus, meurtris, vous qui tombez, qui vous croyez vaincus peut-être, écoutez la voix d’un ami : il connaît vos tristesses, il les a partagées, il a souffert, ainsi que vous, des maux de la terre ; il a, comme vous, traversé des déserts sous le faix du jour, il sait ce que sont la faim, la solitude et l’abandon, le dénuement du coeur plus cruel que les autres ; hélas ! il sait aussi ce que sont les heures de doute, il connaît les erreurs, les fautes, les défaillances, toutes les faiblesses.

Mais il vous dit : courage ! Écoutez la leçon que, chaque matin, apporte à la terre, dans ses premiers rayons, le soleil levant. C’est une leçon d’espérance, un message de consolation.

Vous qui pleurez, vous qui souffrez, vous qui tremblez, n’osant prévoir le terme de vos maux, l’issue de vos douleurs, regardez : il n’est pas de nuit sans aurore, et l’aube se prépare quand l’ombre s’épaissit ; il n’est pas de brouillard que le soleil n’efface, pas de nue qu’il ne dore, pas de pleur qu’il ne sèche un jour, pas d’orage après lequel ne rayonne son arc triomphal, il n’est de neige qu’il ne fonde, ni d’hiver qu’il ne change en printemps radieux.

Et pour vous non plus, il n’est pas d’affliction qui ne produise son poids de gloire, pas de détresse qui ne puisse être transformée en joie, de défaite en victoire, de chute en ascension plus haute, de solitude en foyer de vie, de désaccord en harmonie ; parfois c’est le malentendu de deux esprits qui oblige deux coeurs à s’ouvrir pour communier ; il n’est pas enfin d’infinie faiblesse qui ne puisse se changer en force. Et même, c’est dans la faiblesse suprême qu’il plaît à la toute-puissance de se révéler !

Écoute, mon petit enfant, qui te sens aujourd’hui si brisé, si déchu peut-être, qui n’as plus rien, plus rien pour couvrir ta misère et nourrir ton orgueil, jamais encore tu n’as été plus grand ! Comme il est près des cimes, celui qui s’éveille dans les profondeurs, car plus l’abîme s’approfondit, plus les hauteurs aussi se révèlent !

Ne sais-tu pas cela, que les forces les plus sublimes des extensions, cherchent pour se vêtir les voiles les plus opaques de la matière ? Oh ! les noces splendides du souverain amour et des plus obscures plasticités, du désir de l’ombre avec la plus royale lumière !

Si l’épreuve ou la faute t’ont jeté bas, si tu as sombré dans quelque bas-fonds de souffrance, ne t’afflige point, car c’est là que pourront t’atteindre la divine tendresse et la suprême bénédiction !

Parce que tu es passé au creuset des douleurs purificatrices, à toi les ascensions glorieuses.

Tu es au désert : eh bien, écoute les voix du silence. Le bruit des paroles élogieuses et des applaudissements du dehors avait réjouit ton oreille, mais les voix du silence réjouiront ton âme en éveillant en toi l’écho des profondeurs, le chant des harmonies divines !

Tu marches en pleine nuit. Eh bien, recueille les trésors sans prix de la nuit. Au grand soleil s’illuminent les routes de l’intelligence, mais dans la nuit, aux clartés blanches, se trouvent les sentiers cachés de la perfection, le secret des richesses spirituelles.

Tu suis la voie des dépouillements ; elle conduit vers la plénitude. Quand tu n’auras plus rien, tout sera donné. Car pour ceux qui sont sincères et droits, c’est toujours du pire que sort le meilleur.

Chaque grain que l’on met en terre en produit mille. Chaque coup d’aile de la douleur peut être un essor vers la gloire.

Et quand l’adversaire s’acharne sur l’homme, tout ce qu’il fait pour l’anéantir le grandit.

Écoute l’histoire des mondes, regarde : le grand ennemi semble triompher. Il jette dans la nuit les êtres de lumière, et la nuit se remplit d’étoiles. Il s’acharne sur l’oeuvre cosmique, il attente à l’intégrité de l’empire sphérique, rompt son harmonie, le divise et le subdivise, disperse sa poussière aux quatre vents de l’infini, et voici que cette poussière se change en semence dorée, fécondant l’infini et le peuplant de mondes qui, désormais, autour de leur centre éternel graviteront dans l’orbite élargie de l’espace ; en sorte que la division même produit une unité plus riche et plus profonde, et, multipliant les surfaces de l’univers matériel, agrandit l’empire qu’elle devait ruiner.

Il était beau, certes, le chant de la sphère primordiale bercée au sein de l’immensité ; mais comme elle est plus belle encore et plus triomphale la symphonie des constellations, la musique des sphères, la chorale immense, remplissant les cieux d’un hymne éternel de victoire !

Écoute encore : nul n’était plus précaire que celui de l’homme quand sur la terre il fut séparé de son origine divine. Au-dessus de lui s’étendait la frontière hostile de l’usurpateur, et aux portes de son horizon veillaient des geôliers armés d’épées flamboyantes. Alors, comme il ne pouvait plus monter à la source de vie, cette source jaillit en lui ; comme il ne pouvait plus recevoir d’en-haut la lumière, cette lumière resplendit au centre même de son être ; comme il ne pouvait plus communier avec le transcendant amour, cet amour se fit holocauste et s’offrit, choisissant chaque être terrestre, chaque moi humain pour demeure et pour sanctuaire.

Voilà comment, dans cette matière méprisée mais féconde, désolée mais bénie, chaque atome renferme une pensée divine, chaque être porte en lui le Divin Habitant. Et si nul, dans tout l’univers, n’est aussi infirme que l’homme, nul non plus n’est aussi divin !

éditions de l’Ashram de Sri Aurobindo,
Pondicherry, 1992

http://conscience-epanouissement.blogspot.ca

publié sur  Terre Nouvelle

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