A la Une Terrorisme

La carte artificielle du Moyen-Orient dessinée par la France et la Grande Bretagne

Il y a de nombreuses années, un des plus éminents historiens de l’islam faisait remarquer: «La carte du Moyen-Orient n’a pas encore été fixée.» Il entendait par là que presque tous les États arabes du Moyen-Orient étaient des créations artificielles, produits de la dissection arbitraire de l’Empire ottoman après sa chute, à l’issue de la Première Guerre mondiale.

La cause des guerres au Moyen-Orient sont les frontières artificielles établies au début du XXe siècle.

Les états post-ottomans de la région n’ont pas été fondés sur des faits historiques, sociologiques ou géographiques. Les nouvelles frontières ont été dessinées conformément aux intérêts de la France et de l’Empire britannique.

La division de l’Empire ottoman s’est accélérée au début du 19ème siècle.

La Grande-Bretagne, la France et la Russie, les trois grands empires impérialistes de l’époque, étaient dans une féroce compétition pour saisir ces 20 millions de km² de territoire.

Bien que les livres d’histoire présentent cela comme une compétition à trois voies, le leader et le décideur de cette alliance a en fait toujours été l’Empire britannique. Les décisions de guerre et de paix étaient prises à Londres, et les hommes d’État britanniques avaient toujours le dernier mot pour la répartition territoriale.

Dans la période de plus d’un siècle qui a mené à la Première Guerre mondiale, les trois quarts des territoires ottomans ont été partagés entre ces trois empires.

  • Le Nord de la mer Noire et le Caucase ont été donnés aux Russes.
  • Les pays des Balkans sont devenus des États souverains sous le protectorat britannique et l’Afrique du Nord est largement passée sous la domination britannique.
  • L’Algérie a été occupée par les Français et de cette division, l’Empire austro-hongrois a reçu la Bosnie-Herzégovine pour qu’il soit amadoué.
  • Pour les territoires restants, la Grande-Bretagne, la France et la Russie ont signé l’accord Sykes-Picot-Sazonov en 1916 à huis clos alors que la Première Guerre mondiale faisait encore rage.

Après la Révolution d’Octobre (le coup d’Etat bolchevik), la Russie s’est retirée de l’accord. L’accord a été rebaptisé « Sykes-Picot ».

Après la guerre, en écartant la France, la Grande-Bretagne a décidé de former les frontières de son propre chef. À cette fin, une conférence s’est tenue à l’hôtel Semiramis, au Caire, le 12 mars 1921.

La réunion a été présidée par le Secrétaire d’Etat aux Colonies britannique, Winston Churchill. Elle a été tenue dans le plus grand secret et n’a été présentée ni dans la presse, ni dans les mémoires des participants.

Parmi les « 40 voleurs » qui étaient tous britanniques, y figuraient les archéologues espions britanniques Gerthrude Bell et T. E. Lawrence, leurs collaborateurs locaux Jafar al-Askari et Sassoon Hasqauil, les commandants de l’invasion britannique Edmund Allenby, le maréchal Sir Hugh Trenchard, Hubert Young et les Administrateurs civils de l’invasion britannique Herbert Samuel, Francis Archer et Arnold Wilson et le Haut Commissaire de Bagdad, Sir Percy Cox.

Les décisions qui ont été mises en pratique après le congrès au Caire constituent la base des problèmes auxquels le Moyen-Orient est actuellement confronté.

Conformément aux décisions prises lors de cette réunion, les territoires ottomans ont été répartis comme suit :

1. La région de Palestine devait être cédée au mandat britannique. Abdullah de la dynastie hachémite allait devenir le roi de Jordanie.

2. Le Liban et la Syrie devaient être temporairement cédés à la domination française et le système de gouvernance devait être déterminé par les Français.

3. La région de Hejaz devait être accordée à Hussein, le chérif de La Mecque.

4. La péninsule arabique et le Nejd devaient être accordés à la Maison des Ibn Saoud.

5. La Grande-Bretagne devait continuer à verser des subventions à la Maison des Ibn Saoud et au chérif de La Mecque. La Royal Air Force de la Grande-Bretagne devait être chargée d’assurer la sécurité de toute la région. (Conformément à cette mission particulière, les Britanniques ont bombardé des milliers de colonies au Moyen-Orient, martyrisant des dizaines de milliers de civils innocents).

6. Enfin, Faisal, le fils du chérif Hussein de la dynastie hachémite, qui a organisé la révolte arabe, devait être placé comme le roi d’Irak.

L’une des décisions les plus importantes de la réunion fut la fondation de l’Etat irakien.

Jusqu’alors, aucun pays appelé Irak n’avait existé dans l’histoire, ni un peuple étiqueté d’ « Irakien ». Tout au long de l’histoire, la région a toujours été connue sous le nom de « Mésopotamie » : C’est au cours de cette réunion que le nom « Irak », qui signifie « pays loin de la mer », a été mentionné pour la première fois.

Désigné roi de l’Irak par les « 40 voleurs », Faisal était un membre de la dynastie hachémite et a été choisi comme le roi de la Syrie. Une fois que l’administration de la Syrie fut donnée à la France, Faisal finit par être le roi d’Irak.

Faisal n’était pas originaire de Mésopotamie. Il est né en Hejaz. Une personne qui n’avait jamais été en Irak a ainsi été nommée roi de ces territoires.

La Grande-Bretagne et la France, les deux principaux acteurs de la politique moyen-orientale après la guerre, furent responsables de la formation arbitraire de la Syrie, du Liban, de l’Irak et de la Jordanie, et dans une certaine mesure également de l’immense royaume d’Arabie saoudite.

Aucun de ces pays, qui se sont entre-temps forgé une histoire et un passé national, n’existait auparavant, pas même comme entité administrative sous la domination ottomane ou avant l’époque de l’Empire ottoman.

Ainsi, le territoire qui constitue aujourd’hui la Syrie était divisé sous les Turcs, et pratiquement pendant toute la domination islamique, en au moins quatre régions administratives.

Toutefois, en 1919, suite à leur conquête par les Français, ces régions furent assemblées en un État, qui acquit l’indépendance en 1946.

Il est composé d’éléments aussi disparates qu’Alep dans le nord, le territoire d’Ismaili-Ansari au nord-ouest, Homs et Damas au centre et les montagnes druzes au sud, pour ne mentionner qu’une partie des agglomérats ethniques, religieux et culturels formant la Syrie moderne.

Dans la foulée, les Français créèrent le Liban, un mélange de musulmans sunnites et chiites, de chrétiens maronites et de druzes, tous jetés dans un chaudron de quelque dix mille kilomètres carrés et voués à la poursuite chimérique d’un partage équitable du pouvoir.

Le cas de la Jordanie est encore plus absurde: la Transjordanie, coupée du Mandat de la Palestine par les Britanniques, fut transformée en royaume et offert à un cheikh arabe du Hejaz (le premier Émir et ensuite le roi Abdallah).

Une invention britannique: le royaume de l’Irak

Le plus ahurissant dans ce domaine est sans doute la fabrication de toutes pièces de l’Irak par la Grande-Bretagne.

Le cynisme britannique atteignit ici des sommets inouïs.

S’emparant de trois anciennes provinces, Basra, Bagdad et Mossoul (les deux premières en 1921 et la troisième en 1926), ils les assemblèrent en créant un nouveau royaume, pour l’offrir à un autre cheikh, frère du précédent. Lui aussi devint roi, le roi Fayçal d’Irak.

En 1932, la Grande-Bretagne lui accorda l’indépendance et Fayçal reçut le «privilège» de régner sur un pays composé d’Arabes, de Perses, d’Assyriens, d’Arméniens et de quelques autres groupes ethniques.

Né dans le péché, cet État artificiel cumule les contrastes irréconciliables, sur le plan ethnique, religieux, culturel et linguistique.

Au nord, la plus grande partie du territoire est contrôlée par les Kurdes non arabes. I

ls ont leur propre langue, sont sunnites mais la plupart appartiennent à des ordres soufis. Ils occupent aussi quelques régions riches en pétrole. Une fraction de ce peuple vit en Turquie, une autre fraction vit sous la domination iranienne mais la plus grande partie des Kurdes se trouvent en Irak et ils aspirent de façon tout à fait légitime à l’indépendance.

Même sous les grands empires, ils ont mené une existence semi-indépendante dans leurs montagnes.

Saddam Hussein a fait tout ce qu’il a pu pour les exterminer, lançant contre eux une campagne génocidaire, avec les armes de destruction massive et chimiques, qui ont tué d’innombrables hommes, femmes et enfants du peuple kurde.

Sunnites et Chiites

La région autour de Bagdad, au centre de l’Irak, abrite une population composée principalement d’Arabes sunnites. Ils constituent environ 35% de la population arabe du pays. Sous le gouvernement britannique comme sous ses successeurs, ils formaient l’élite de l’administration.

Le gouvernement mandataire britannique choisissait ses fonctionnaires presque uniquement parmi les Sunnites.

Les 65% d’Arabes chiites vivant dans les parties méridionales de cet «État», autour de la ville de Basra et dans d’autres régions au centre et autour de Bagdad, furent ainsi sous-représentés dans la vie politique du pays et pratiquement exclus de la plupart des activités économiques.

Les principaux lieux saints du monde chiite se trouvent dans le sud de l’Irak: la tombe du premier Imam Ali dans la ville de Najaf, la tombe de l’Imam martyr Hussein à Karbala, et les tombes du septième et du neuvième Imams à Bagdad même. Quant à la tombe hautement vénérée du onzième Imam et les lieux de la «disparition» en 873 du douzième Imam Mahdi, le messie de la tradition chiite (qui se cache depuis dans des endroits occultes et dont la réapparition glorieuse est attendue par les Chiites), ils sont situés au nord, dans la ville de Samarra.

Patrimoine cher à tous les Chiites, ces sites sont des lieux de pèlerinage pour les fidèles du monde entier, qui y attachent même plus d’importance qu’à la Mecque et à la ville de Medina, les lieux les plus saints de l’islam. Au-delà de leur signification comme lieu de pèlerinage de la tradition chiite, les tombes centralisent autour d’elles les principales activités religieuses, les institutions d’étude, les éditions de livres et une intense activité politique.

Ces lieux ont été la cible de nombreux actes terroristes perpétrés par les Sunnites.

Par ailleurs, ils sont également fort convoités par l’establishment chiite de l’Iran voisin: en effet, Chiites iraniens et irakiens n’ignorent pas que la tradition chiite iranienne est originaire de la région des lieux saints autour de la ville de Basra. Au XVIe siècle, les dirigeants d’Iran imposèrent la religion chiite dans leur pays avec l’aide et la participation active des religieux (ulema) irakiens.

La tension entre Chiites et Sunnites remonte aux débuts de l’islam mais en Irak elle a été plus intense que partout ailleurs.

Les deux communautés n’ont cessé de rivaliser, prétendant chacune à l’hégémonie dans la direction de l’islam. Cette rivalité a dégénéré en lutte ouverte, aboutissant aux sanglants affrontements dont nous sommes témoins aujourd’hui: assauts suicidaires d’Al-Qaïda, voitures piégées ou attaques directes contre des rassemblements solennels chiites. Aucun endroit n’est épargné, ni les mosquées, ni les marchés: il n’y a plus de tabou. Même le haut lieu saint de l’Imam Mahdi à Samarra a été détruit par une bombe sunnite.

Les régions chiites dans le sud revêtent une importance cruciale, sur le plan stratégique et économique. L’Iran comme l’Irak convoitent les champs pétrolifères du sud et souhaitent contrôler la pointe du golfe Persique, que les Arabes appellent le golfe Arabe ou le Shatt-al-Arab. L’objet de ce conflit a conduit à l’embrasement entre les deux pays dans une guerre qui a duré huit longues années (1980-1988). À l’issue des hostilités, qui ont coûté aux deux côtés un million et demi de morts, personne n’avait gagné le moindre pouce de territoire. Ce qui ne signifie pas pour autant que le sud de l’Irak (avec son pétrole et ses lieux saints chiites) a cessé d’être convoité par les Iraniens.

Le sud chiite de l’Irak pose également problème aux Saoudiens. La côte occidentale du golfe Persique (qui longe le Koweït, l’Arabie saoudite et d’autres émirats arabes) est habitée par des chiites qui estiment ne devoir aucune allégeance à leurs gouvernants sunnites. Pour eux, il eut été de loin préférable de cohabiter avec leurs frères chiites vivant autour de Basra, qui bénéficient de la protection du régime des ayatollahs d’Iran.

Les implications pour Israël

Le monde occidental et l’ensemble de ses médias souffrent depuis quelques décennies d’un réflexe pavlovien.

Tout développement négatif survenant au Moyen-Orient suscite la même réaction: c’est la faute d’Israël !

Quand la situation se détériore en Irak après le retrait américain, l’Europe et l’Amérique expliquent que c’est parce qu’Israël n’a pas cédé à toutes les exigences palestiniennes ou parce qu’il a construit encore deux pièces à Jérusalem.

Quel est le rapport avec l’Irak ? Inutile de poser la question

LES ACCORDS QUI ONT BOULEVERSÉ LE PROCHE-ORIENT ONT CENT ANS

Négociés en secret par trois puissances impériales européennes, ces accords sont devenus le symbole par excellence de la perfidie européenne.

Sans surprise, le partage de de tout le centre du Moyen-Orient par les puissances alliées sans consultation des populations locales, a suscité l’indignation (en 1938, George Antonius écrivait : « un acte choquant… produit de la pire cupidité… un exemple frappant de double jeu »).

Les accords Sykes-Picot ont constitué un terreau propice au développement lourd de conséquences d’une mentalité sensible aux théories du complot, une mentalité qui depuis lors accable la région.

Sources :

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