Gnostiques et Rose-Croix Néonazisme

Hitler, l’élu du Dragon

Résumé du livre de Jean Robin – 1987

Hitler elu du Dragon

P.11 : Assassinat de Walther Rathenau qui avant sa mort évoque « les Soixante-Douze » qui gouvernent le monde.

P.13-17 : Présentation des approches que les historiens et ésotérismes ont du nazisme : quelque chose n’est pas rationnel dans le nazisme.

P.18 : Universaux de Platon et courants de pensée inconscients collectifs qui peuvent influer sur les peuples. Manipulation de ces courants.

P.19 : Le nazisme est une doctrine « pseudo-spiritualiste » et donc « antéchristique ». Guénon : d’abord du matérialisme pour enfermer la conscience, ensuite des courants néo-spiritualistes pour percer par le bas de la coquille et dissoudre.

P.20: Hitler « avatar » partiel de l’archétype antéchristique. Il répond à un plan diabolique.

hitler et les societes secretes
L’ouvrage de René Alleau

P.21 : René Alleau : « Hitler et les Sociétés secrètes« , très bon livre.

P.22 : Ceux qui ont fait ce plan remontent beaucoup plus avant 1945, dans l’histoire de l’Allemagne. Le Plan pangermaniste date de 1895.

P.23 : La France restant passive, les pangermanistes remanièrent leur plan pour l’étendre : plan de 1911 : grand confédération germanique.

P.24 : Ce plan est le fait des agents de l’Union pangermaniste.

P.25 : L’Allemagne surfe sur le mythe du Madhi en communiquant au monde islamique. Hitler est le Madhi attendu (cf. John Buchan et Golden Dawn) Sebottendorf (société Thulé : contenant Hess, Rosenberg, Hitler), a été initié en Turquie chez les Bektashi (il parle de l’alchimie dans un opuscule).

blason_Hohenzollern.
Blason de la Maison de Hohenzollern

P.26 : Hitler honore Napoléon car en 1806 Napoléon contraint l’empereur d’Autriche François II a abandonner les titres du Saint-Empire, rendant un immense service aux Hollenzollern de Prussie.

P.27 : Hitler utilise le mythe du Madhi/Roi endormi/Imam caché/empereur Frederic : « Fredericus Rex » tant attendu.

P.28 : Saturne n’était qu’endormi dans les régions hyperboréennes. Sous Auguste, les prophéties annonçaient un roi venu du ciel, ou du soleil, et Horace, tout comme Virgile, espérait en la proche venue de l’Apollon hyperboréen, thème du Gog et Magog. Magag roi actuel de Shamballah.

P.29 : Thème du prêtre Jean, associant pouvoir spirituel + temporel… son royaume fluctue en Inde, Asie centrale, Mongolie, on ne sait pas trop. Le Saint-Empire est « mandaté » par le prêtre Jean.

P.30 : Un « Fuhrer » est attendu parmi les masses, … K. Hesse écrit Feldherr Psychologos, prophétise un Messie allemand, un « directeur des âmes, le Maréchal Psychologos », « chacun l’acclamera, lui obéira ».

P.31 : Hess et Goebbels attendaient cette personne. Ils la décrivent très exactement cet autoritariste-Messie dans des documents.

P.32 : le 11 novembre la nuit, Hitler a un « miracle » dans sa chambre d’hôpital « des voix lui enjoignent de sauver l’Allemagne, et la vue lui est rendue. » Il promet alors « de devenir un politicien« . Cette même voix le sauve d’un accident, et parfois il est même en transe ou extase, « il a une mission spéciale« , à 17 ans en voyant l’opéra de Wagner. Encore une fois, lien très puissant entre Hitler et Napoléon. Hitler n’est pas le « meneur », il se « laisse diriger », c’est un rêveur.

P.33 : Charbonneau-Lassay dit que le mythe du Graal n’est pas mort, mais actif. Rôle politico-mystique Charbonneau-Lassay faisait partie de la « fraternité des chevaliers du divin paraclet » et aussi de « l’estoile internelle« . Chateaubriand en faisait aussi partie : et il écrit sur Hitler : « il est plein et pur comme un tuyau d’orgue. L’une de ses caractéristiques est une immense bonté. Oui. Hitler est bon. Il est immensément bon. »

P.37 : Hitler – chevalerie noire – parodie de la Table ronde Himmler réunit ces chevaliers. C’est un occultiste et astrologue. Hitler fonde l’ordre des Burgs (Ordensburger). Quatre chateaux pour enseigner aux « élites ».

P.38 : Vision mystique de la féminité, transformation de la conscience par la kundalini. Le Roi du monde dort sous terre. Le Mahachohan, l’homme cosmique dort, l’empereur endormi comme dans un sépulcre. Synésius, patriarche néo-gnostique en 1908, rappelle le thème des trois ères, « il reste celle de l’Esprit » à accomplir pour le salut définitif : ce qui correspond à la Sophia / le féminin de la divinité, etc…. => messie féminin ? (Voir enfin d’article)

P.40 : Otto Rahn envoyé à Montsegur.

P.41 : Grand Monarque ou « roy perdu » : prophétie de saint Rémi au baptême de Clovis : destin de la France

« Ce mythe du Grand Monarque régnant sur une France « élargie » aux dimensions de l’ancien Empire romain, et dont on retrouve la trace jusque dans l’antique liturgie gallicane, fut accrédité, de siècle en siècle, par un nombre respectable de saints. Or ce courant prophétique s’est « condensé » en deux hauts lieux géographiques : Stenay, dans les Ardennes, et Rennes-le-Château, au sud de Carcassonne. »

Jean Robin fait un résumé de l’ouvrage de Gérard de Sède sur les Mérovingiens (qui seraient à la base juifs).

C’est pourquoi les nazis ont torturé Mgr Pierre Mangin, curé doyen et maire provisoire de Stenay. A Stenay, une petite ville, s’établit Guillaume II, qui fit passer un interrogatoire à Mgr Mangin.

« Mais devant la résistance imprévue du prélat, « touchant à des points historiques capitaux », le Kromprinz « entre dans une rage soudaine et ordonne de maintenir le prisonnier dehors en plein soleil afin de le faire parler. Durant toute la journée, Mgr Mangin, privé de boisson, garde obstinément le silence. A bout de force, victime d’insolation, il rend le dernier soupir en cette soirée du 9 septembre 1914.«

Cf. Vazart : Dagobert II et le mystère de la cité royale de Stenay

P.43 : Obsession d’Hitler : construire un ORDRE DU SANG PUR.
Swastika : Guillaume II en avait déjà fait son emblème personnel.

saint_yves_d_alveydre-Saint Yves d’Alveydre

C’est l’emblème du Roi du Monde régnant sur l’Agharta, selon Saint Yves d’Alveydre (synarchie) – Symbole des Frères initiés de l’Asie – ordre rosicrucien du XVIIIe siècle – ordre né a Vienne. Heinrich von Ecker und Eckoffen => Charles de Hesse – chateau de Gottorp.

Selon G. van Rijnberk : Les frères initiés de l’Asie véhiculaient une doctrine bouddhique. (G. Van Rijnberk. Épisodes de la vie ésotérique, 1780-1824, extraits de la correspondance inédite de J. B. Willermoz, du prince Charles de Hesse-Cassel et de quelques-uns de leurs contemporains)

Jean-Pierre Giudicella souligne que l’ordre était dirigé par SOIXANTE-DOUZE frères.

Vienne disputée par slaves et germains. Germains l’emportent : les Habsbourgs sortent de là. Universalité de la ville : devise des ducs d’Autriche composée de voyelles, AEIOU.

P.46: Note de Jean Robin :

« — Nous eûmes personnellement l’honneur, en 1976, d’exposer à l’Archiduc Otto de Habsbourg, l’actuel héritier du Saint-Empire, la tradition mérovingienne du « sang sacré », à laquelle sa famille avait été anciennement mêlée. Il devait nous confier dans une lettre en date du 25 février 1976, que cette histoire, qui l’avait beaucoup intéressé, « rentre bien dans le génie d’une partie de la France, où les choses mystérieuses ont toujours joué un rôle considérable ». Son frère cadet l’Archiduc Rodolphe d’Autriche, avec qui nous fûmes également en correspondance, devait d’ailleurs se rendre à Rennes-le-Château ainsi qu’à l’évêché de Carcassonne. »

P.48 : Errance d’Hitler dans les bas fonds viennois, début du thème du complot juif.

P.49 : Walter Johannes Stein, conseiller de Churchill qui avait bien connu Hilter, parle d’un livre d’Eschenbach couvert de notations d’Hitler qui démontre une grande connaissance des sciences secrètes – vision pangermaniste radicale. Graal = Troisième oeil.

lance du destin
La Lance du Destin à Vienne

Les notes comparent les personnages à des gens réels du (9ème?) siècle. Klingsor/Hitler était donc Landolf II de Capoue, qui avait été initié à la magie et à l’astrologie arabe en Egype – il s’était allié aux mahométans, ce qui sauva son chateau de Sicile

P.50 : Stein grâce à ce volume annoté retrouve Hitler. Il le décrit devant la Sainte Lance de la Hofburg, comme EN TRANSE.

« Fruit de nombreuses années d’études de l’histoire occulte du nazisme, menées sous l’égide du Dr Johannes Stein, La Lance du destin est un projet romanesque bien singulier pour ne pas dire plus entrepris par Trevor Ravenscroft. Son titre renvoie à la Lance de Longinus, avec laquelle cet officier romain perça voici 2000 ans le flanc du Christ crucifié. Son propos est triple, puisqu’il s’agit d’établir la vérité historique de la sainte Lance, de définir l’étendue de ses pouvoirs occultes, et de raconter comment Adolf Hitler, dès qu’il la vit dans un état de transe dans la salle du Trésor de la Hofburg de Vienne, fit tout pour se l’approprier afin d’assurer la réussite de sa tentative de conquête mondiale.«

P.50 : Jung dit qu’Hitler avait l’air d’un robot contrôlé.

Hitler avait une puissance/aura que les personnes autour de lui ressentaient : possession ? Effet de ses discours et de ses intonation de voix sur les auditoires.

P.51 : Jean Robin cite Otto de Habsbourg qui retourna d’un coup par sa magie tout un groupe de communistes déchaînés. Noyau du national-socialisme : Drexler (serrurier), Eckart (poète ivrogne, assise spirituelle), Feder (économie), Roehm.

Goering a eu des contacts avec le groupe Edelweiss, professant un occultisme des plus nébuleux Rudolf Hess a appartenu au cénacle théosophique des « Veilleurs » Himmler s’est pris pour la réincarnation d’Henri Ier l’Oiseleur

P.52: Guénon sur la théosophie :

Sebottendorff
Sebottendorf

« N’y aurait-il pas, derrière tous ces mouvements, quelque chose d’autrement redoutable, que leurs chefs ne connaissent peut-être pas, et dont ils ne sont pourtant à leur tour que les simples instruments ?«

Jean Robin retient uniquement ces personnages : Sebottendorf (Thulé), Haushofer (Société du Dragon Vert) <=> lien organique avec la Golden Dawn.

P.53 : A propos de Rosenberg : pathos… ridicule… Il voulait une église nationale allemande (ce que ne voulait pas Hitler). Hitler critique Rosenberg.

P.55 : Jean Robin revient sur les Illuminés de Bavière pour casser le mythe : Weishaupt commença avec quatre étudiants, il se surnomma Spartacus et les étudiants Osiris, Odin, Tamerlan… Ce n’était pas du tout subversif. Initiation parfois en forêt.

Un grade : minervaux, sagesse = chouette de Minerve. Problèmes d’organisation de l’Ordre, manque de connaissance de Weishaupt, peu de sérieux des dirigeants.

baron de knigge
Le Baron de Knigge

P.59 : Weishaupt se fait donc initier à la franc-maçonnerie pour voir ce qu’il pouvait copier.

Le Baron de Knigge est recruté, et fait un excellent recruteur. Mais quand il voulut connaitre les hauts grades, Weishaupt lui raconta qu’il avait tout inventé et qu’ils n’existaient pas. Knigge s’est ensuite servi de l’Ordre en maintenant cette optique mystificatrice. L’Ordre voulait des changements lents des mœurs, pas une révolution violente.

P.61 : Knigge finit par se brouiller avec Weishaupt et démissionner.

P.62 : Il n’empêche que le complotisme anti-maçon anti-jésuite anti-pape était florissant, malgré la disparition totale de l’ordre en 1790. Weishaupt durant la fin de sa vie ne chercha qu’à « sauver son honneur », était doctrinaire pédant et autoritaire coupé des réalités de l’existence.

P.63 : Jean Robin contre René Alleau quand il dit que l’ordre a été réveillé en 1906 par Engel à Berlin. Pas de rapport avec les origines du nazisme.

P.65 : Retour sur la piste de Thulé. Jean Robin évoque la méthode divinatoire/arithmétique complexe pour obtenir des réponses à des questions, qu’un ermite à transmise à Mario Fille en 1908 (à 50 km au sud de Florence). Menace de mort si divulgation. Mario Fille en parle à Cesare Accomani, qui en 1918 selon l’oracle, aurait regagné l’Himalaya…

P.66 : Fernand Divoire organisa dans les bureaux de son journal en 1930 des séances avec cette méthode. Y assistèrent Jean Marquès-Rivière, Jeanne Canudo et Vivian Postel du Mas (auteurs du Pacte synarchique d’Empire), Jean Dorsenne et René Guénon (qui se désolidarisa plus tard du groupe après avoir discerné la nature ténébreuse des influences derrière l’oracle). Mario Fille publia ensuite un livre sur cette méthode : Asia Mysteriosa. Guénon rédigea une préface mais la retira pour les raisons décrites.

« Comme l’avait affirmé le père Julien, l’Oracle de force astrale était une étrange méthode arithmétique censée mettre en rapport avec de non moins étranges « Petites Lumières », elles-mêmes liées aux « Trois Sages », que l’on ne manqua pas de rapprocher d’autres triades plus ou moins légendaires : les Trois Sages de l’Atlantide, les Trois Druides qui créèrent le Ciel et les Dieux, les Trois Vieillards qui recueillirent la parole de Brahma, les Trois Sages qui se prosternèrent devant le berceau de Krishna, et, bien sûr, les trois « chefs » de l’Agarttha : le Brahâtmâ, le Mahâtmâ et le Mahânga.

Vers 1925, l’Oracle commença à prédire la venue de « Celui qui Attend » — un Occidental qui n’était autre que le chef suprême des » Polaires », ces derniers vivant « dans des cavernes aménagées en cryptes depuis des siècles ». Asia Mysteriosa reproduit la demande faite à l’Oracle par un « savant ésotériste » qui n’est manifestement autre que Guénon, ainsi que les commentaires que lui inspira la réponse : « Dem. — Celui qui attend est-il le dernier Avatâra ou le futur Manu ? Rép. — Il ne peut être ni l’un ni l’autre. La petite Lumière Unam vous le fera peut-être pressentir… »

Ce que Guénon commentait ainsi : « Le dernier Avatâra est la manifestation du Verbe à la fin du Cycle ou Manvantara actuel, manifestation représentée sous la figure symbolique du Cheval Blanc dans les Purânas et dans l’Apocalypse. »

P.67 : Accomani et Fille créent la « Fraternité des Polaires« … de laquelle devra sortir un homme puissant. Ils prennent des personnages liés au Pape ou à l’église gnostique mais ne trouvent pas de Grand Maitre l’ordre semble tomber en disgrâce.

savitriSavitri Dêvi Mukerji

P.68 : Jean Robin évoque Savitri Dêvi Mukerji, « la missionnaire du paganisme aryen » qui part en Inde en 1932 et reçoit une révélation sur les dieux Aryens. Elle voue à culte à l’idéal aryen et étudie Bâl Gangâdhar Tilak, brahmane, érudit, mathématicien, qui conçoit une origine polaire des Aryens (Thulé).

« Parmi ces amis de Savitri Dêvi, le Pandit Rajwade, de Poona, considérait le Führer comme « le Roi Chakravartin d’Europe » venu pour rétablir l’ordre véritable, et il prédit toutes les victoires de l’Allemagne, les défaites, la trahison de certains généraux, la dernière lutte et, finalement, l’écroulement et la mort du Führer. Tout ceci, estimait-il, était dans la logique des choses, car Hitler était seulement « une incarnation » et non pas « l’Incarnation suprême »

meyrink
Meyrink

P.70: Meyrink décrit comme source des causes profondes de la guerre « un homme d’une race inconnue », « il était très grand et très mince »

« Six pieds de haut (=2m), d’une minceur extraordinaire, imberbe, un visage aux reflets olivâtres, les yeux obliques et extraordinairement écartés. L’épiderme des lèvres et du visage comme de la porcelaine ; les lèvres acérées, rouge vif, et si fortement serrées, en particulier aux commissures, comme dans un sourire implacable, qu’on aurait dit des lèvres peintes. Il avait sur la tête un curieux bonnet rouge.«

Lien entre Himalaya et société Thulé donc. Société Thulé : fondée le 17 aout 1918 par Rudolf von Sebottendorf (Adam Alfred Rudolf Glaner). Fils d’un chauffeur de locomotive, né en Saxe, parti en Australie, puis en Turquie, prend la nationalité turque en 1911.

« Le 7 mars 1918, le Munichois Anton Drexler, serrurier aux chemins de fer (1884-1942), créa à Munich ce qu’il appelait un comité libre des travailleurs pour une paix juste, section munichoise du comité antisémite des travailleurs pour une paix allemande qui existait à Brême depuis août 1916.

Le 2 octobre 1918 eut lieu à Munich, salle Wagner, la première manifestation publique de ce comité…

En août 1918 avait été fondée l’association Thulé, groupement antisémite d’extrême droite, sur l’initiative du baron von Sebottendorf… Harrer avait été chargé par la Thulegesellschaft de se rendre à la réunion organisée le 2 octobre 1918 par Drexler.

Le 5 janvier 1919, Anton Drexler et le chauffeur de locomotive Michael Coster, fondaient le parti ouvrier allemand (D.A.P.)… Drexler et Harrer, un ouvrier et un journaliste délégués par une organisation bourgeoise relativement petite mais puissante, représentèrent les organisations d’extrême droite jusqu’à l’apparition de Hitler.

A partir de la fin juillet 1921, il n’y eut plus au N.S.D.A.P, (tel était le nom du D.A.P, depuis le printemps 1920) qu’un chef à l’autorité de dictateur : Adolf Hitler. »

P.71 : Thulé était en principe le « cercle intérieur » du Germanenorden, l’Ordre des Germains. Sebottendorf quitte la Bavière en 1919, il n’a plus de rôle important, se limite à l’astrologie, et repart en Turquie. Il proclame pourtant (1933) « avoir semé ce que le Führer avait fait lever ». P.72:

« La clef de l’énigme réside dans le véritable message — fort éloigné des fumeuses rêveries néo-païennes — que Sebottendorf lui-même finit par délivrer publiquement dans Die Praxis der alten Tiirkischen Freirnaurerei (Leipzig, 1924 ; trad, française) : « La pratique opérative de l’ancienne Franc-Maçonnerie turque », éd. du Baucens. Braine-le-Comte, 1974), Livre auquel le fondateur de Thulé accordait une importance quasi testamentaire, si l’on en juge par ce passage quelque peu déclamatoire »

bactrianeLa Bactriane vers 320 av. J.-C.

Sebottendorf dit qu’il a rédigé ce texte sur l’ordre des chefs de l’Ordre soufi des Bektashî.

P.73 : il s’agissait de reconstituer un ordre raciste religieux et militaire d’initiés rassemblés autour d’un ‘‘Guide’’ divinisé. Cet ordre a été fondé par Hâjî Baqtâsh au 14ème siècle (ou Hâjî Bektash). Hâjî Baqtâsh a été initié par Ahmad Yasavî Balkhî, originaire de l’antique Bactriane.

Khizr khanKhizr Khan

Les Bektashî sont attachés aux Saiyids, descendants de la famille du prophète (turban vert, pierre autour du cou).

Sebottendorf parle d’un ermite nommé Ben Chasi qui enseigna Mahomet Ben Chasi remit à Mahomet une tablette de métal recouverte de formules… Transmise plus tard au 1er calife, Abû Bakr. « Origine de la filiation de la gnose de la franc-maçonnerie orientale »

Bektashî focalisés sur la science des lettres (29 lettres isolées dans les sourates du Coran)… raisons de ces lettres développées dans le livre de Sebottendorf :

Michel Vâlsan, grand spécialiste d’Ibn Arabî et traducteur des Ta’wîlâtul Qur’ân d’Abdu-r-Razzâq al-Qâchâni (Études Traditionnelles n° 380, nov.-déc. 1963), affirme en effet que la science des lettres « connue extérieurement surtout par des applications divinatoires dans l’ordre politique », s’accompagne selon toute vraisemblance d’une « technique opérative » étroitement liée à la venue du Mahdi, à la fin des temps…

Or. Sebottendorf décrit bel et bien une « technique opérative » basée sur la répétition de certaines syllabes durant des périodes déterminées par les lunaisons, et associée à des « passes » manuelles et à des signes évoquant les mudras hindous.

Ceci dans le dessein de « capter les plus subtiles radiations de la force originelle afin de les intégrer au corps humain et d’en spiritualiser la matière par l’énergie universelle (…) Une fois parvenus à la fin de notre entraînement, nous sentons notre corps terrestre nous devenir de plus en plus étranger. Nous croissons au-delà de lui ; Nous voyons distinctement qu’il est devenu poussière et cendres. C’est le point le plus bas qui puisse être atteint, celui où les ténèbres de la mort et leurs terreurs nous enveloppent. »

michel valsanMichel Vâlsan

« Il se trouve justement que ce même Michel Vâlsan — diplomate roumain en exil — nous confia en 1971, lorsque nous l’allâmes visiter dans sa villa d’Antony, en banlieue parisienne, qu’Hitler n’était autre qu’une préfiguration du Mahdi ! »

P.74 : Jean Robin cite l’explorateur Seabrook qui parle de Sept Tours qu’il croyaient « aussi mythiques que le royaume souterrain des chinois« .

« Bâties sur des pics isolés, ces sept tours formaient une chaîne qui s’étendait à travers l’Asie, du nord de la Mandchourie au Kurdistan, en passant par le Thibet et la Perse. Et dans chacune d’elles siégeait en permanence un prêtre de Satan, qui, en projetant d’occultes vibrations, régissait l’action du mal dans le monde. »

Cette histoire de vibrations projetées est mentionné dans le livre « Démasqué » de van Rijkenborgh.

Depuis 1934 avec Hitler, cette tour semble avoir une forte activité.

Guénon commente Seabrook en disant que les Yezidis ne sont pas forcément satanistes mais qu’ils laissent passer des forces incontrôlées et ignorées… rôle dans la contre-initiation.

« Celles-ci [les tours] semblent plutôt disposées suivant une sorte d’arc de cercle entourant l’Europe à une certaine distance : Une dans la région du Niger, d’où l’on disait déjà, au temps de l’Égypte ancienne, que venaient les sorciers les plus redoutables ; Une au Soudan, dans une région montagneuse habitée par une population «lycanthrope» d’environ 20 000 individus (je connais ici des témoins oculaires de la chose) ; Deux en Asie Mineure, l’une en Syrie et l’autre en Mésopotamie [à l’est de Mossoul en Irak] ; Puis une du côté du Turkestan (…) ; Il devrait donc y en avoir encore deux plus au nord [pour que soit complété, comme nous le verrons, le symbole des «sept têtes du Dragon»], vers l’Oural ou la partie occidentale de la Sibérie, mais je dois dire que, jusqu’ici, je n’arrive pas à les situer exactement. »

P.75 : Robin pense que Sebottendorf a transmis ces techniques / pratiques au nazisme originel, il a « semé ».

P.76 : Karl Haushofer père de la géopolitique et membre de l’Ordre du Dragon Vert prophétise la montée de la puissance arabe.

P.77 : Lien islam-nazisme : Himmler gardait un Coran sur son bureau. Si Mein Kampf était rédigé en versets, il ressemblerait aux sourates du Coran.

P.80: Contre le capitalisme et le communisme, Hitler avait rétabli une bonne économie en Allemagne. Il avait sorti le pays d’une très grave crise – et inflation – en 1923.

goebbels
Goebbels

P.81 : Goebbels : totalement charmé par Hitler, « mystique diabolique » – Hitler ouvre sur un « véritable christianisme » selon lui.

P.82 : Hitler place la faute de la « corruption » de l’enseignement de Jésus sur SAINT PAUL (le contraire des Cathares donc qui pensaient que St Paul était le Christ).

P.83 : Lien avec l’Eglise / Vatican qui soutenait Hitler pour cela.

P.84 : l’institut de statistique Bucarest (selon Parvulesco) avait un père Michel Avramesco qui dirigeait des « recherches sur l’astrologie avancée et la cosmobiologie occulte« .

<=> relation entre cet institut et les Jésuites et le Pape Pie XII.

P.85 : L’archevêque d’Albi dénonce en 1914 ces personnalités qui utilisent la presse et la délation pour leur pouvoir occulte – la Sapinière. Ces attaques sont surtout dirigées envers la France, l’église en France.

La Sapinière permet d’ouvrir le champ au « Christ » allemand Hitler.

P.87 : mort du cardinal Ferrata et de Pie X.

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P.89 : Jean Robin parle du livre de Teddy Legrand (qui a été empoisonné) : LES SEPT TETES DU DRAGON VERT (1933). Dans le livre il est question d’une rencontre avec un mage tibétain en Allemagne à Berlin. Celui-ci avait fait des prédictions étonnantes aux nazis.

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Koutiepof

P.90: Le mage porte des gants verts presque phosphorescents, quand il parlait ses lèvres ne bougeaient pas, ses yeux non plus, pourtant il parlait clairement :

« Il nous restait à soutenir le rôle écrasant, formidable, dont nous venions de nous charger, sous le prétexte de négocier une entente entre la Grande Banque anglosaxonne — cet ensemble d’intérêts complexes qu’on désigne d’un mot symbolique : la « City » — et ceux qui avaient animé ou bien supprimé, tour à tour, l’archiduc François-Ferdinand, le fameux staretz Raspoutine, le dernier tsar Nicolas II, l’Israélite Rathenau, le patriarche œcuménique Basile III, le général Koutiépoff, le financier Ivar Kreuger… combien d’autres, de moindre importance. »

P.91 : Cela nous rappelle les « 72″ évoqués par Rathenau.

Il sont cités par Teddy Legrand qui dit que les « Verts » sont 72

Nous sommes le premier, avons-nous la faiblesse de penser, à avoir révélé quelle réalité se dissimulait derrière ce vocable des « 72 » — le nombre légendaire des compagnons du dieu Seth.

Le fait que nous en ayons développé, dans Seth, le dieu maudit, la justification métaphysique, ne nous empêchera pas, ici, de mettre en lumière l’aspect terrible et destructeur des mystères séthiens dans le domaine temporel. Et cette apparente contradiction n’étonnera que ceux qui ignorent ou négligent la théorie traditionnelle de l’ambivalence des symboles. Il s’agira donc ici, en somme, de l’ombre de Seth, de son « double de ténèbres ».

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Hanussen

P.92 : Le Mage Hanussen (Hermann Steinschneider) est présenté à Hitler par l’écrivain fantastique Hanns Einz Ewers (auteur de Mandragore).

Hanussen : on dit qu’il était descendant d’un maître du Hassidisme.

C’est l’astrologue d’Hitler, il lui prédit le succès mais qu’il doit trouver une mandragore dans la cour d’un boucher de sa ville natale à la clarté de la pleine lune…

Ami de Helldorf, chef des sections d’assaut de la capitale allemande Hanussen fonde un « Palais de l’Occultisme« , et à l’inauguration devant Helldorf etc,

Prophétise dans un état second l’incendie du Reichstag le 7 avril 1933, il est assassiné

P.94 : Selon « La dernière perfidie de la race perfide : Hitler instrument d’Israël » trouvé par Evola, les véritables « Sages de Sion » se servent de l’antisémite Hitler pour déclencher le sionisme

ignatus timothy trebisch lincoln
Ignatius Timothy Trebitsch-Lincoln

P.93 : autre personnage plus inquiétant et puissant qu’Hanussen : le hongrois TREBITSCH-LINCOLN.
Il est juif comme (probablement) Hanussen.

Agent de la contre-initiation selon Guénon « l’un des 72″ selon Robin.

C’est Trebitsch qui suggère d’envahir les pays de l’Est et la Russie initié au Tibet en 1930, devient « le vénérable Chao King ».

Il annonce une nouvelle ère en Chine : il joue un rôle dans la formation du Mandchoukouo au Japon et la guerre sino-japonaise.

Il conseillait une alliance Chine-Japon pour lutter contre Angleterre.

En 1939, il prophétise en ces termes, dans une brochure rédigée en français, en allemand et en anglais :

« Le Roi du Monde, qui vit au Tibet, déclenchera contre vous, sans préjugé, prédilection ou faveur quelconque, des forces et des puissances dont l’existence même vous est inconnue et contre lesquelles vous serez sans recours… Les chefs d’État ne sont que des êtres humains, donc sujets à toutes les imperfections de la nature. Seuls les maîtres suprêmes bouddhistes, par leur connaissance infinie et illimitée des secrets de la nature, par leur aptitude à utiliser certains pouvoirs, échappent à ces limitations et peuvent décider du sort de la terre… »

Jean Robin : « On ne s’en intéressera que plus au séjour que fit Trebitsch en 1929 à la célèbre « Villa Bleue » de Nice, rendez-vous de tous les occultistes et pêcheurs de lune de France et d’Europe, accueillis par une richissime Suédoise, la comtesse P… On y retrouvait de « grands adeptes » qui ne vivaient pas seulement aux crochets de son compte en banque, s’il est permis de s’exprimer ainsi, mais qui émargeaient également aux fonds secrets de dix pays, les servant ou les trahissant, tour à tour, suivant leurs lubies ou leur intérêt immédiat. »

P.96 : Robin cite un ami qui a rencontré Trebitsch. Il dit qu’il peut faire changer d’avis n’importe qui en le regardant (comme Hitler ?).

Trebitsch s’appelait Dordji-Den (initié à Séra près de Lhassa).

brunauBraunau-sur-Inn en Bavière

Hitler est né à Braunau-sur-Inn en Bavière, ville des médiums, voyants et occultistes – coin très étrange de Bavière autrichienne !!

« Braunau serait un catalyseur de forces psycho-telluriques« .

La médium Mme Stokhammes est également née là.

Le baron Schrenk-Nozing des années 1890-1910 recrutait ses sujets psi à Braunau.

Le plus talentueux était Willy Schneider : il avait la même nourrice qu’Hitler !!

P.97 : Hitler était masochiste, il payait des prostituées pour être fouetté : c’est l’anti-chevalier.

Il a écrit un poème a 16 ans avec des idées masochistes !!

Il assiste plus tard à des matchs de boxe féminine.

« Les Gy-ei [les femmes du royaume souterrain] sont supérieures aux Ana [les hommes] en force physique (…), Par-dessus tout, les Gy-ei ont un pouvoir plus prompt et plus énergique sur ce fluide ou agent mystérieux [le vril] qui contient un si puissant élément de destruction (…). »

(Comme le rapporta le docteur Willy Ley, spécialiste des fusées, après sa fuite en 1933, Haushofer appartint, à Berlin, à une « Société du Vril » dont l’idée était née très précisément du roman de Bulwer-Lytton.)

P.98 : La femme en rouge

Jean Robin dit que la « Femme écarlate » de l’apocalypse qui réveillera le « roi qui dort ».

Elle est censée dominer ce roi dans le cycle à venir, elle « domine la Bête de la Terre » = la femme en rouge est la bête à sept têtes.
L’Antéchrist lui est subordonné.

Elle est assimilée à Ishtar / Esther // « dame au lotus » => déesse Kouan-Yn de Chine.

P.101 : Irma Straub, la compagne de Rathenau, parle des 72 : point capital.

C’était un agent secret qui était devenu la maîtresse de Rathenau sur ordre du Kaiser, mais qui s’est mise à l’aimer.

Rathenau était dirigeant d’un des plus grands trusts allemands – la Société Générale d’Electricité.

Rathenau qui avait découvert les causes secrètes du malaise mondial voulait redresser et reconstruire l’Europe.

« Il avait pris la direction du très petit groupe clairvoyant qui s’opposait à l’action des 72, ou des Verts, ainsi qu’il n’hésitait pas à les nommer, en particulier, dans son discours de Washington du 4 mars 1919, et dans son livre : Ecoute Israël.«

ernt von salomon
Ernst von Salomon

P.102 : Un des assassins de Rathenau, Ernst von Salomon, était fasciné par un de ses livres, « Des choses futures » 1917.

Seth selon Guénon, ne signifie pas destruction, mais stabilité et restauration de l’ordre.

Seth est comme Caïn vis à vis d’Abel.

Les 72 compagnons du Seth égyptien — que les Grecs appelèrent Typhon — sont les héros éponymes de cette lignée que Guénon désigna comme la Contre-Initiation, et dont nous avons déjà évoqué certains moyens d’action.

Fruit de la perversion de la civilisation atlantéenne (cette Atlantide où selon Rauschning « tout Allemand a un pied ») qui avait elle-même contaminé l’Égypte, l’origine de la Contre-Initiation est décrite symboliquement dans la Bible par l’union des « fils de Dieu » — représentants d’une lignée spirituelle déviée — et des « filles des hommes ».

Et selon la Genèse, les crimes des géants nés de cette union — qui s’accompagna, à en croire le Livre d’Hénoch, de la divulgation illégitime de certains « secrets » — provoquèrent précisément le cataclysme qui engloutit l’Atlantide. Ce qui est confirmé par Platon dans le Critias :

seth le dieu maudit« Mais quand vint à se ternir en eux [les Atlantes], pour avoir été mélangé, et maintes fois, avec maint élément mortel, le lot qu’ils tenaient du Dieu (…), le Dieu des Dieux, lui qui règne au moyen des lois et dont la qualité est d’être capable d’observer ce genre de choses, songeant à quel point de dépravation en était venue une race excellente, prit le parti de lui imposer un châtiment (…). »

Mais avant que l’Atlantide ne fût engloutie, la « lignée » contre-initiatique, nous l’avons dit, avait fait souche en Égypte, où elle était « animée » et inspirée par les mystères de l’Ane rouge (forme sous laquelle le dieu Seth était le plus souvent représenté), dont Guénon nous dit encore qu’il s’agissait d’« une des entités les plus redoutables parmi toutes celles que devait rencontrer le mort au cours de son voyage d’outre-tombe, ou, ce qui ésotériquement revient au même, l’initié au cours de ses épreuves ; ne serait-ce pas là, plus encore que l’hippopotame, la « bête écarlate » de l’Apocalypse ? En tout cas, un des aspects les plus ténébreux des mystères « typhoniens » était le culte du « dieu à la tête d’âne » (…).

Nous avons quelques raisons de penser que, sous une forme ou sous une autre, il s’est continué jusqu’à nos jours, et certains affirment même qu’il doit durer jusqu’à la fin du cycle actuel. » (Symboles fondamentaux de la Science sacrée.)

Or, 72 resta le nombre des initiés — ou plutôt des « contre-initiés » séthiens — qui maintinrent au cours des âges leur redoutable tradition.

C’est ainsi que selon Werner Gerson (le Nazisme, société secrète), l’initiateur « occidental » de Trebitsch-Lincoln, Harold Beckett, déclara au futur lama qu’il y avait « seulement soixante-douze Hommes Véritables par génération ».

Mais justement, quelle est l’origine de ce nombre ?

P.104 : Robin reprend le mythe de Seth, l’assassinat d’Osiris dans un cercueil…

P.105 : Isis ne retrouve pas le phallus d’Osiris symbole de la lance du Graal.

Influence séthienne chez les Bektashî , véhiculé par le germano-turc Sebottendorf.

P.106-107 : Robin cite le livre de Bersone :

elue du dragon

Écoutons pour cela le témoignage de Clotilde Bersone, alias comtesse de Coutanceau, fille d’un diplomate français en poste en Turquie et qui fut à Paris, de 1877 à 1880, la maîtresse de J.-A. Garfield, élu en 1880 président des États-Unis, et assassiné en 1881… Elle devait se convertir et se faire religieuse sous le nom de sœur Marie-Amélie.

Les lignes que nous citons relatent sa visite, le 17 décembre 1874, à la « loge » très spéciale à laquelle était affilié son père à Constantinople. Le passage est un peu long, mais nous avons tenu à le donner dans son intégralité car il s’agit d’un document de première importance :

« Je m’avisai (…) assez vite que l’étage où mon père me faisait pénétrer n’était qu’une partie du local, l’endroit le plus banal de la maison. Au-dessus et au-dessous s’étendaient sans doute les appartements réservés aux vrais mystères — ceux qu’on n’ouvre qu’un à un aux adeptes. « Quoi qu’il en fût, une première pièce s’offrit à mes regards comme une vaste salle d’attente : c’est ce qu’on appelle en Orient l’Avly, peut-être par réminiscence de l’ancienne aula romaine.

« A droite, le Cabinet noir où le candidat à l’affiliation, me dit mon père, subit ses épreuves, (…)

« Entre le Cabinet noir et le Vestiaire, enfin, une sorte de vestibule dont toutes les portes à tambour et les murs même sont capitonnés et étouffent tous les bruits, si perçants qu’ils soient, qui peuvent venir de la salle des séances. — Oh ! Ne pus-je m’empêcher de dire en riant à mon père, voilà bien des précautions pour protéger les innocents plaisirs de gens qui s’amusent. « Il mit en souriant lui aussi un doigt sur ses lèvres, pour éviter de répondre, et nous pénétrâmes dans la loge même (…).

« A deux mètres environ de la porte d’entrée se dressait un squelette ; Cette idée macabre me fit sourire comme une invention de Guignol tragique destinée à effrayer les grands enfants.

« Par contre, au milieu de la loge, je tombai soudain en arrêt, malgré mon père qui s’efforçait de m’en détourner, devant un animal étrange, en marbre blanc, étendu sur un piédestal, dans une attitude menaçante. Un sceptre et une couronne brisés sous ses pattes de devant, une tiare sous ses pattes de derrière, il a sept têtes, à figure presque humaine. Plusieurs me semblèrent d’un lion, sans d’ailleurs se ressembler ; Plusieurs étaient ornées de cornes, [Il s’agit à l’évidence d’une effigie de la « Bête de l’Apocalypse »…]

« Une vie étrange, indéfinissable, émanait de ce monstre, dont le multiple regard semblait s’être attaché au mien et me fascinait.

— C’est le Dragon, dit mon père d’une voix sourde. Celui qu’on appelle ici Idra (…).

« Il m’arracha presque de force à l’inexplicable attrait qui me clouait devant cette bête, et je ne m’avouai pas à moi-même l’étrange et subit empire de cette effigie sur mon esprit et sur mes sens. La statue était médiocre comme œuvre d’art, et personne, en ce temps-là, n’était plus rebelle que moi au symbolisme compliqué de ces vieilles figures hermétiques où semblent s’être amalgamées les superstitions et les chimères d’un chaos de civilisations aujourd’hui éteintes. Je n’avais plus, hélas ! L’ombre d’une disposition à croire au surnaturel, divin ou diabolique, aux évocations, à la magie, à une entité quelconque, étrangère à l’esprit de l’homme et supérieure, au ciel ou dans les enfers, aux prises de la science moderne.

« Et pourtant une sorte de coup de foudre s’était abattu sur mon cœur et l’étreignait comme une proie, à la manière de serres vivantes, contre lesquelles se révoltaient en vain mon orgueil et ma passion d’indépendance. (…) »

(Mémoires présentés anonymement sous le titre l’Élue du Dragon [éd. « Les Étincelles », Paris, 1929] d’après le manuscrit authentique daté de 1885, copié et enrichi de notes critiques par un jésuite, le R.P. Harald Richard.)

Le très érudit abbé Paul Boulin devait écrire en 1933 :

« L’authenticité des Mémoires de Clotilde Bersone n’est guère contestable (…), L’existence et la vie d’intrigue d’une soi-disant comtesse de Coutanceau, nous avaient été attestées par M Juliette Adam [femme de lettres dont le salon fut fréquenté par les littérateurs et les hommes d’État les plus marquants]. De nombreux détails sur Garfield, sur d’autres personnages et sur d’autres scènes extraordinaires de ce récit se sont amassés depuis. (…) Sans doute bien des esprits ont hésité à admettre en particulier, les tragiques manifestations en loge du Dragon, et je ne saurais leur en faire grief. C’est l’endroit qui nous a fait le plus longtemps hésiter. Mgr Jouin et moi. Nous n’avons franchi le pas qu’après avoir consulté des théologiens. »

P.107 : Guénon accrédite Bersone :

« Il y a ici, derrière El-Azhar [l’université du Caire], un vieux bonhomme qui ressemble étonnamment aux portraits que l’on donne des anciens philosophes grecs, et qui fait d’étranges peintures. L’autre jour, il nous a montré une espèce de dragon avec une tête humaine barbue, coiffé d’un chapeau à la mode du XVI siècle, et six petites têtes d’animaux divers sortant de la barbe.

Ce qui est tout à fait curieux, c’est que cette figure ressemble, presque à s’y méprendre, à celle que la R.I.S.S, [Revue Internationale des Sociétés Secrètes] a donnée il y a un certain temps, à propos de la fameuse « Élue du Dragon », comme étant tirée d’un vieux livre, (…) Mais le plus fort, c’est que le bonhomme prétend avoir vu lui-même cette drôle de bête et l’avoir dessinée telle quelle ! » :

« A propos de la tête d’âne, on raconte ici [au Caire] des histoires sur un diable très redoutable, nommé El-Mârid : Il prend la forme d’un âne qu’on rencontre errant seul dans les rues la nuit ; Si on monte sur son dos, il se met à grandir démesurément, puis revient brusquement à sa taille ordinaire, si bien que l’imprudent est projeté à terre et se tue ; Cela semble bien avoir encore quelque rapport avec l’âne de Typhon. »

L’Égypte, après tout, n’était-elle pas le centre historique des mystères séthiens ?…

maitre philippeMaître Philippe

P.108 : Les 72, « inspirant » directement la société du Dragon Vert, s’étaient manifestés en Russie et Maître Philippe, comme Rathenau en Allemagne, avait su voir clair dans leur jeu — ce qui lui valut d’ailleurs d’être bientôt supplanté par Raspoutine Basile III patriarche orthodoxe de Constantinople dit sur son lit de mort que « Maitre Philippe fut un instrument précieux« .

P.109 :

« Les mauvais bergers sont vêtus de la dépouille des brebis. Une tête coupée, deux têtes repoussent. Raspoutine, marionnette maudite ! Haine à l’Europe, haine à celui qui voulait la paix perpétuelle. Du sang sur la tunique blanche ! Les deux fous de Sarajevo.

Nul n’a compris que l’Hydre verte avait armé le bras du Serbe (…),

Le cerveau est aux terres glaciales, si les tentacules s’étendent et se ramifient sur le monde… Sainte Russie, barrière de l’Europe, soutien de l’Église, si tu cèdes, les cavales de Tamerlan se baigneront aux rives de Bretagne.

« Merci. Seigneur, je ne verrai pas le temps d’abomination (…).

« L’Anglais, s’il arrive, la Russie ébranlée retrouve une armée et la vague germanique se brise. Mais l’abîme s’est entrouvert. Les forces du mal sont déchaînées. Rien ne peut plus les arrêter.

« Si, pourtant, un homme, ce Juif, ce Rathenau qui voulait faire l’alliance francoallemande. Nous avons conféré longuement. Il voyait clair… Mais ils l’ont tué.

Et le temps approche où l’Europe tremblera sous les éperons acérés de L’Homme aux deux Z.

Rappelons que cette troublante prophétie délivrée par le patriarche mourant date de 1929, et fut publiée pour la première — et à notre connaissance pour la seule fois en 1933 — par notre vieille connaissance, l’agent français du Deuxième Bureau qui signait ses souvenirs Teddy Legrand (aidé en l’occurrence par Ibrahim Bey, de la Sûreté ottomane).

Le baton Otto von Bautenas était sous l’influence des 72, chef du mouvement fasciste des Loups d’Acier propriétaire d’un yacht à trois mâts : l’Asgärd.

Un invité : Ivar Kreuger, instrument pour saper l’économie de l’Europe (effondrement de la livre).

ste secretesP.110 : Hitler et Staline ayant en effet été liés 666 jours. » [La durée du pacte germano-soviétique]

Nazis et communistes s’allient parfois.

Hitler admirait Staline, Staline adorait Hitler – parent entre national-socialisme et bolchévisme.

P.111 : alliance au « sommet » pour la survie de quelques initiés – via Viktor Abakoumov.

Emil Rasche, chargé de la surveillance de la presse internationale et en rapport constant avec Heinrich Müller : « Staline se conduit comme s’il était inspiré par les lamas tibétains » (cf. Philippe Aziz, les Sociétés secrètes nazies, éd. Idégraf, Genève, 1978)

P.112 : Guénon situe deux « tours du diable », vers l’Oural ou la partie occidentale de la Sibérie

« Je me rappelle que j’avais remarqué autrefois des choses singulières sur les points où les bolcheviks avaient établi leurs principaux ‘‘noyaux’’ d’influence, notamment du côté de l’Asie Centrale. »

Localisation dans la région du fleuve Ob – presqu’île des Samoyèdes.

Note de Jsf : Un lien avec les énigmatiques structures de la vallée de la mort ?

Robin cite Jacques Bergier (« La guerre secrète de l’occulte« ) qui pense qu’il y a un groupement mystique au sein du parti communiste « Fraternité du Vril ».

fleuve obLe fleuve Ob est au centre de la carte

P.115 : Robin aborde le thème du sang, « feu liquide » il cite Michel Lamy qui a écrit un livre sur Jules Vernes, initié et initiateur : aspect le plus dérangeant du nazismes : anciennes croyances relatives au sang, vampirisme, sacrifices aux dieux :

Le nazisme est-il une réactualisation de ces sacrifices offerts aux forces noires ?

jules verneP.116 :

Jean-Paul Bourre (Dracula et les vampires, éd. du Rocher, 1981). Il rapporte en effet qu’au château de Krasznahorka, dans le nord de la Hongrie, on exhibe le cadavre intact d’une ancienne maîtresse des lieux. Zsòfia Serédy, qui « dort » depuis plus de 200 ans.

« De temps en temps, la robe tombe en poussière, et on la revêt d’une nouvelle robe noire, mais elle-même est impérissable. Il est aussi curieux de remarquer que son avant-bras droit est un peu soulevé, et qu’elle fait signe du doigt. (…) C’est à ce signe que l’on reconnaît les adeptes de la vieille magie turque à laquelle faisait référence von Sebottendorf, grand maître de la société Thulé.

L’index dressé correspondait au feu. » Von Sebottendorf précise en effet que conjugué au A — qui fait naître l’élément liquide — le I — qui s’obtient l’index tendu — permet au disciple de franchir les limites de la mort sans perdre conscience. D’atteindre l’immortalité. »

On peut rapprocher ces infos avec « L’Ile rouge » de Géraud de Barail ! Extrait :

« D… découvrit ensuite que Walter Darré, ancien responsable de la politique agricole du Reich, mettait au point, « à partir du sang allemand le meilleur, issu de croisements concertés au cours des générations, le type le plus pur de l’Allemand nordique afin de produire un haut élevage, au sens littéral du terme. » […]

Ces points ne sont généralement connus des historiens spécialisés dans les aspects occultes du phénomène nazi. En revanche, ce qui n’a encore jamais été dit que que découvrit D… c’est quelle était la finalité ultime de cet immense dispositif !

Ce que dissimulait cette volonté de doter le pays d’un sang pur, ce qui se cachait derrière « le culte des mères allemandes », chez des êtres qui n’avaient que mépris pour la femme en tant que telle, était un réalité d’une autre ampleur et d’une toute autre nature.

Il ne s’agissait pas seulement de préparer la victoire d’une Grande Allemagne ni de sauvegarder une quelconque ou imaginaire « race Aryenne », non, cela était (on comprendra pourquoi) mais rêvait une importance secondaire.

La conviction de D… et c’est la mienne aujourd’hui, était que tout cela constituait l’organisation même d’une gigantesque réserve énergétique à l’échelle planétaire dont la fonction première, égoïste et pour tout dire unique, serait de nourrir une ENTITE AFFAMEE EN TRAIN DE SE REVEILLER D’UN LONG SOMMEIL MILLENAIRE. [en majuscules dans le texte]«

dracula et les vampires

Jean Robin dit que le « Vert » des 72, c’est le vert des dragons, gardiens du seuil, éternelle jeunesse, c’est aussi le « rayon vert », secret des temples égyptiens, secret de la transmutation des cellules, force vitale de la nature.

Bulwer-Lytton de la Societas Rosicruciana in Anglia qui donnera naissance à la Golden Dawn parle du vert dans La race qui nous exterminera.

L’entité la plus ésotérique de l’islam, El-Khidr = le verdoyant : parallèle avec les Supérieurs Inconnus

P.117 : Coomaraswamy dit qu’El-Khidr a pour royaume l’hyperborée, le plus au nord.

Ces lignes de Jean Parvulesco (op. cit.) :

« Dans un texte initiatique fondamental, puisqu’il s’agit des instructions d’Abdoul Fazl à Hassan, fils de Sabbah, ce dernier plus connu comme le Vieux de la Montagne, grand maître caché de l’Ordre des Assassins (…), il est écrit : « T’en souviens-tu ? Je t’ai parlé d’une montagne tout au Nord. Je vais te dire comment t’y rendre. Il faudra que tu marches longtemps.

Mais avant même que tu y sois, les vrais maîtres de l’Iran seront prévenus, et t’attendront. » Les « vrais maîtres de l’Iran » ou, plutôt, les vrais maîtres du monde (…).

el khedirEl-Khidr

Les mystères séthiens ou typhoniens, en qui Guénon voyait la source et l’inspiration des courants ténébreux qui traversent notre histoire, établissent donc un lien direct entre le sang, L’immortalité… et le Pôle. (N’oublions pas en effet que pour Plutarque, comme d’ailleurs pour la tradition grecque, la Grande Ourse [Arktos] est la demeure de Seth-Typhon.) L’Arcadie ?

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Première édition de Dracula, 1897

Dans Dracula de Bram Stoker, le héros commence sa quête dans l’Hotel des Quatre Saisons, Maximilianstrasse à Munich, là même où la société Thule installera son siège.

P.118 : Robin parle du double, de sa capacité de matérialisation – et aussi des dangers de rompre l’âme du corps, comme l’averti Stanislas de Guaita.

Et aussi des dangers si une entité prend sa place dans le corps => destin d’Hitler ?

« Une personne de son entourage m’a dit qu’il s’éveillait la nuit en poussant des cris convulsifs. Il appelle au secours. Assis sur le bord du lit, il est comme paralysé. Il est saisi d’une panique qui le fait trembler au point de secouer le lit. Il profère des vociférations confuses et incompréhensibles. Il halète comme s’il était sur le point d’étouffer.

« La même personne m’a raconté une de ces crises avec des détails que je me refuserais à croire, si ma source n’était aussi sûre. Hitler était debout, dans sa chambre, chancelant, regardant autour de lui d’un air égaré, « C’est lui ! c’est lui ! il est venu ici ! » Grommelait-il. Ses lèvres étaient bleues. La sueur ruisselait à grosses gouttes.

« Subitement, il prononça des chiffres, sans aucun sens, puis des mots, des bribes de phrases. C’était effroyable ; Il employait des termes bizarrement assemblés, tout à fait étranges. Puis de nouveau, il était redevenu silencieux, mais en continuant de remuer les lèvres.

« On l’avait alors frictionné, on lui avait fait prendre une boisson. Puis subitement il avait rugi : «Là, là ! Dans le coin ? Qui est là ?» Il frappait du pied le parquet et hurlait. On l’avait rassuré en lui disant qu’il ne se passait rien d’extraordinaire et alors il s’était calmé peu à peu. » N’était-ce pas l’« entité » qui avait pris possession de lui-même qui le terrorisait ainsi en s’extériorisant partiellement ?

haushofer et hessGénéral Haushofer et Rudolf Hess

P.120 : Le fils de Karl Haushofer participa au complot pour tuer Hitler. Il écrivit avant d’être décapité que son père avait « brisé le sceau » et lâché le démon par le Monde…

Puis Robin parle de l‘Ordre du Dragon :

« Sa première apparition officielle remonte à 1418, date à laquelle Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie en 1387 et empereur d’Allemagne de 1411 à 1437, crée… l’Ordre du Dragon — tout simplement ! — dont la « couverture » ou le prétexte était la défense de la chrétienté contre les Turcs. Ce qui revêt a posteriori, on en conviendra, un certain piquant !

On comprendra un peu mieux de quoi il s’agissait réellement si l’on sait que le prince Vlad IV de Valachie en fit partie. Mais encore ? Vlad IV, également connu sous le nom de Vlad Tepez, ou l’« Empaleur », passa à la postérité sous celui de Dracula ; C’est-à-dire le Fils du Dragon.

Ce Dragon (vert) qui symbolise l’Astral inférieur et est le gardien du sang éternel, du fluide vital.

Dans la saga nordique en particulier. Siegfried tue le Dragon pour s’approprier, avec son sang, des pouvoirs nouveaux, et même l’immortalité.

L’Ordre du Dragon transmettait ces mystères de Seth-Typhon auxquels la tradition prédit un triomphe passager, à la fin des temps.

Sa « bible » (dont la version française a été publiée aux éditions Bussière) était un traité intitulé la Magie Sacrée d’Abramelin — qui peut se traduire par « Père des sables ».

N’oublions pas que Seth, le dieu égyptien à la tête d’âne, régnait sur le Désert. De fait, c’est en Égypte que l’auteur anonyme de la Magie Sacrée (et initiateur de l’empereur Sigismond) vint s’instruire.

Voici, tels qu’il les rapporte, les propos que lui tint son maître Abramelin : « (…) Je te donne et te permets de pratiquer cette Science Sacrée que tu devras acquérir en respectant les lois de ces deux petits livrets, sans en omettre la moindre chose, si inimaginables qu’ils puissent paraître. Tu te serviras de cette Science Sacrée pour retrouver tes anciens pouvoirs et redevenir un dieu immortel, vainqueur de la Vie et de la Mort. Alors, l’Ombre ne pourra rien contre toi, car tu seras devenu le maître de l’Ombre et tu entreras dans la chaîne des Ombres qui peuplent l’Éternité. N’offre cette Science qu’à ceux qui portent le signe [le « signe de la Bête » apocalyptique], à ceux dont le regard peut affronter l’obscurité sans trembler, à ceux dont le cœur est assez fort pour soutenir l’immensité sans ployer sous le fardeau.

« (…) D’autres viendront qui reprendront le flambeau pour le porter toujours plus loin, à travers tous les mondes, au nom du Seigneur suprême porteur de la pierre sacrée [l’émeraude «graalique» de Lucifer].

Que la curiosité ne te pousse pas à savoir les causes de tout cela, à moins que ton cœur soit assez ferme pour accueillir la vie infinie dans ses plus vastes limites. Alors figure-toi que nous sommes si méchants que notre secte est devenue insupportable, non seulement à tout le genre humain, mais aux dieux vénérés par les hommes. »

P.121 : Le traité d’Abramelin le Mage est retrouvé à Venis au 16ème s et se trouve à la bibliothèque de l’Arsenal.

Le livre d’Abramelin le Mage

Abramelin, dit le Mage ou le Magicien, était un juif de Wurtzbourg (Bavière, Allemagne). Décédé en 1460, il serait né en 1362, ce qui lui donne une vie de 98 ans. Abramelin était un expert de la Kabbale. Il s’en est d’ailleurs abondamment inspiré pour composer de nombreux livres de Magie, qui auront beaucoup plus tard une grande influence sur Aleister Crowley et Alexander Sanders. Abramelin prétendait détenir son savoir des anges, qui lui auraient appris la manière d’invoquer et d’asservir les démons. Il prétendit également avoir aidé, par magie, l’Électeur de Saxe Frédéric au combat, mais aussi le comte de Warwick lors de son évasion, ainsi que l’antipape Jean XXIII (1410-1415) lors du concile de Constance.

Paracelse a appartenu à l’Ordre du Dragon.

Ce traité est utilisé par la Golden Dawn.

La Golden Dawn est liée à la Société Thulé par Aleister Crowley, Bram Stoker et Mathers Sebottendorf les a connus à Londres.

Hitler était fasciné par le livre Dracula.

Hitler est fasciné par le LOUP : adolf=vieux loup, « herr wolf » son pseudo = « monsieur loup », son quartier général = la tanière du loup, et QG en prusse = Le Fort du Loup… poste de commandement en Russie = Werwolf.

Lien entre BEKTASHÎ, Ordre du Dragon et Golden Dawn => 72 Gardiens de Seth

P.122 : A Paris, l’Imperator Mathers avait dans l’ordre la femme la plus mystérieuse du siècle selon Aristide Briand, une allemande : Anna Sprengel.

C’est elle qui avait les pouvoirs et les procédures pour contacter les « Intelligences extérieures » ; « galactiques » ou « interstellaires », « dont le séjour supra-polaire se situe loin au dehors des dernières limites concevables de ce monde ».

« La civilisation est une conjuration… Voyez-vous, les plus grands esprits sont en dehors de ce que l’on nomme civilisation ».

la centrale d'energieA n’en pas douter, Leithen a mis le doigt sur un complot mettant en péril l’équilibre du monde moderne : la « Centrale d’Energie » dont parle Lumley est une sorte de confrérie – la plus audacieuse de toutes – qui tente de s’approprier dans un but sacrilège la part pensante de l’impondérable destinée humaine… (Source)

On ne s’étonnera plus dès lors que pour l’Adeptes Exemptus John Buchan (Cf. la Centrale d’énergie), « les plus grands esprits » soient « en dehors de ce que l’on nomme civilisation » et qu’ils rêvent de ramener le monde à « l’âge de Saturne». Aussi, ces « intelligences anonymes, souterrainement à l’œuvre », se révèlent-elles de temps à autre par quelque « manifestation catastrophique ».

MATHERS : (voir plus bas)

« (…) Quant aux chefs secrets de l’Ordre auxquels je fais allusion et de qui j’ai reçu la sagesse du Deuxième Ordre [qui rappelle de bien près « l’esprit de la Seconde Hiérarchie » que l’auteur de la Magie Sacrée donna jadis à l’empereur Sigismond] je ne puis rien dire à leur sujet. Je ne connais même pas leurs noms terrestres. Je les connais seulement par certains hiéronymes secrets, et je ne les ai vus que très rarement sous leurs espèces physiques ; En ces rares occasions ils me donnaient rendez-vous astralement et me rencontraient en chair et en os à une heure et en un lieu fixés au préalable.

« Pour ma part, je crois qu’ils sont humains et qu’ils vivent sur cette terre ; mais qu’ils possèdent des pouvoirs terribles et surhumains.

« Quand un de ces rendez-vous avait lieu dans un endroit très fréquenté, il n’y avait rien dans leur apparence personnelle ou leurs vêtements qui les distinguât en quoi que ce soit des gens ordinaires, excepté une apparence et une impression de santé et de vitalité transcendantes (qu’ils eussent l’aspect de personnes jeunes ou âgées) ; C’était leur caractéristique invariable ; En d’autres termes, ils avaient l’apparence physique que la possession de l’Élixir de Vie est traditionnellement censée conférer (…).

« Mais mes rapports personnels avec eux, en ces rares occasions, m’ont prouvé combien il était difficile pour un mortel, si avancé soit-il en occultisme, de supporter la présence d’un Adepte… Je ne veux pas dire que, lors de ces rencontres matérielles, j’aie ressenti l’épuisement physique intense qui suit une forte décharge de magnétisme ; J’avais au contraire l’impression d’être en contact avec une force si terrible que je puis la comparer seulement à l’effet continu de ce que ressent momentanément une personne près de laquelle se produit un éclair pendant un violent orage ; À cela s’ajoutait une difficulté à respirer analogue à la sensation de demi-étouffement causée par l’éther : et si tel était le résultat produit sur quelqu’un d’aussi entraîné que moi dans l’œuvre occulte, je ne puis imaginer qu’un initié beaucoup moins avancé soit capable de supporter une telle tension, même pendant cinq minutes, sans que mort s’ensuive. »

Cela rejoint le fait qu’Hitler dit qu’il a « vu le surhomme et qu’il est parmi nous ».

P.123 : Hitler voyage à Londres fin 1912 début 1913 : est-il allé voir la Golden Dawn et ces « surhommes » ?

P.125 : Robin parle de Nemrod, descendant des Veilleurs, fondateur de Babylone. Robin assimile Nemrod à Seth. La divinité Seth ou Shesh est connue partout, en Palestine par exemple.

Symbole du tigre, léopard, et âne rouge (renard ?!)

P.126 : Nemrod/Seth/etc est celui qui est caché et qui remontera aux derniers jours… thème de l’Imam caché :

Les C’s disent (940930) qu’Hitler « dort », et qu’il « reviendra à l’incarnation » dans le futur.

Ils disent aussi (941009) qu’Hitler avait rencontré des projections d’humains aryens dûs aux Lézards.

Ils disent ensuite (960831) qu’Hitler était sous l’influence des Blonds (Orions SDS) car la « Société Thulé avait initié le contact »

Ils disent que la « race maître » est en développement sous le pôle Sud.

Ils disent que les SS étaient une expérience des Antaréens visant à la réintroduction des nephalim.

Les Antaréens sont une lignée Orion.

Le contact avec les Antaréens fut initié par la Société Thulé. Ils disent (961012) que les Antaréens étaient le nom donné à des groupes de 4ème densité en contact avec la Société Thulé avant et pendant la Première Guerre Mondiale.

Les C’s parlent aussi d’un grand nombre d’allemands capturés et utilisés comme travailleurs dans cette base en Antarctique. –

« Nous vous l’avons déjà dit : l’expérience Nazi était un « galop d’essai » et maintenant vous voyez les similitudes, n’est-ce pas ? »

Robin dit :

Karl_Dönitz
Karl Dönitz

« Les O. V. N. I. sont de plus en plus nombreux dans le ciel de notre monde. Or, et tous les témoignages en attestent, ils sillonnent davantage les régions andines que toutes les autres, et plus spécialement celle de Colombie. Ces engins volants viennent-ils d’en haut ou d’en bas ? »

Certains hauts personnages du nazisme contribuèrent à alimenter le « mythe » de la survie.

Et d’abord l’amiral Dönitz, qui déclarait en 1943 :

« …La flotte sous-marine allemande est fière d’avoir construit un paradis terrestre, une forteresse inexpugnable pour le Führer, quelque part dans le monde… »

Ce « quelque part » a été souvent localisé dans l’Antarctique, ainsi que le confirme cette déclaration d’un général S.S. rapportée par Saint-Loup (op. cit) :

« La défaite militaire est un accident. L’avenir du national-socialisme est de toute manière assuré. Nous avons aménagé de longue main une base secrète dans l’archipel de la Terre de Feu. Les hommes sur lesquels repose l’avenir idéologique sont installés là-bas, et aussi protégés que le Dresden après la bataille des Falkland. »

Un curieux épisode que rapporte entre autres Roger Delpey dans Adolf Hitler, l’Affaire, semble accréditer cette étonnante déclaration :

« Le 25 septembre 1946, la presse mondiale plongea ses lecteurs dans l’ahurissement en publiant le câblogramme suivant :

« …Un an après la défaite allemande, un événement surprenant s’est produit en haute mer, entre les Îles Falkland et la banquise antarctique. A l’improviste, la baleinière Juliana II, inscrite au registre de navigation de Reykjavik, capitaine Christian Hecla, a été arraisonnée par un submersible de gros tonnage, un U-Boot, de la marine allemande, arborant un drapeau rouge à larges bandes noires.

« Lorsque les sommations d’usage furent faites, l’équipage du sous-marin au complet se trouvait au poste de combat, les hommes revêtus uniformément d’une cape grise. Leur capitaine se rendit à bord de la Juliana II en faisant usage d’un bateau pneumatique, piloté par des marins.

« S’adressant au commandant Hecla, courtoisement, mais sur un ton qui n’admettait pas la réplique, il exigea la livraison, sur-le-champ, d’une partie de l’approvisionnement en naphte de la baleinière. Son interlocuteur s’exécuta et l’Allemand, tirant alors de sa poche une bourse bien remplie, paya largement le carburant en dollars. Il poussa même la prodigalité jusqu’à remettre une prime de dix dollars aux cinq hommes de l’équipage. Tandis que s’effectuait l’opération de transvasement du précieux liquide, l’officier allemand, qui s’exprimait en un anglais parfait, donna des renseignements au capitaine Hecla sur la position des bancs de baleines, renseignements qui s’avérèrent exacts puisque, au retour, la Juliana II harponna deux cétacés.

« Interrogé à Santa-Cruz sur son aventure, le capitaine Hecla, à qui on demandait s’il avait prévenu par radio la base navale des Falkland de sa mystérieuse rencontre, se contenta de répondre : «J’étais parti à la chasse à la baleine et non à la chasse aux sous-marins». »

A Paris, précise R. Delpey, un quotidien du soir qui rapportait cette information ajouta le commentaire suivant :

« …Ceci confirmerait les rumeurs de la présence de vestiges de la marine de guerre allemande dans les eaux de la Terre de Feu et les zones inexplorées de l’Antarctique. »

Ainsi le thème de la survie se voyait-il octroyer une dimension supplémentaire : Par la disgrâce d’un véritable « renversement des pôles », la légendaire Thulé boréale, initiatrice de la mythologie aryenne, se retrouvait ainsi aux antipodes, en une sorte de polarisation négative de l’archétype originel.

le renversementP.128 : Jean Robin parle ensuite d’une rencontre qu’il a faite en 1983 avec un ancien militaire très au fait des coulisses de ce monde. Jean Robin a discuté avec lui à Toulouse; Ce militaire a aussi écrit un livre (voir ci-contre).

Il parle d’une base dans la région des grands lacs canadien, reliée à la base en Antarctique, par des escales secrètes sur la cote sud américaine.

Des horoscopes secrets avaient annoncés pour Hitler la chute mais une résurgence en 1948.

Alleau commente ces horoscopes en disant qu’il est question de technique arabe ancienne… élection du choix des moments favorables.

Un document affirme qu’Hitler voulait maitriser les ondes telluriques des pôles pour créer une arme absolue/ Il est aussi question de tests d’OVNIs dans les Andes… dont à Cali, en Colombie – OVNIs dans le sud de l’Argentine

Dans le livre Les Intra-Terrestres, Ils Existent, Je Les Ai Vus! de Paolantoni, il est question d’un explorateur qui trouve sous les Andes une succession de grottes… des milliers de km de galeries, cavernes, lacs et rivières.

P.134 : Les soucoupes volantes nazis, détails..

P.135 : Jung sur les OVNIs :

Il précisait encore — en s’excusant presque de soumettre au lecteur des réflexions qui « seront probablement très mal vues » — que ces nouveaux événements qu’il prophétisait étaient en relation avec le passage du point vernal dans le signe du Verseau. S’il se compromet de la sorte, c’est, nous dit-il, qu’il se sent, « à franchement parler, profondément soucieux du sort de tous ceux qui seront surpris par les événements et qui, faute d’y être préparés, leur seront livrés, pieds et poings liés, et les subiront sans le secours d’aucune compréhension »

Quoiqu’il en soit les OVNIs ne sont pas que subjectifs

Jung, bien qu’il se refusât à l’admettre, pour les raisons exposées plus haut, n’en avait pas moins entrevu la nature véritable du phénomène — la seule solution possible, en fait : « L’opinion selon laquelle il pourrait s’agir d’un quelque chose de psychique équipé de certaines qualités physiques semble encore plus improbable ; Car d’où viendrait une telle chose ? »

C’est bien en effet cette origine extérieure à la psyché humaine que Jung ne pouvait accepter, car elle sapait radicalement les fondements de sa théorie.

P.138-139 : Robin cite abondamment Jacques Vallée sur la manipulation de la conscience

« Admettons, comme point de départ, qu’un ou plusieurs groupes aient appris à maîtriser certains processus physiques par des moyens habituellement qualifiés de « magiques ». (…)

Supposons qu’ils aient élaboré des techniques pour projeter des images à distance, pour contrôler et amplifier les capacités psychokinétiques des sujets humains ; Ou pour fabriquer des entités analogues aux « tulpas » du folklore tibétain, ces entités palpables avec lesquelles M Alexandra David-Neel fit des expériences rapportées dans ses livres. Fantaisie ? Peut-être.

Toujours est-il que dans l’Allemagne nazie, plusieurs centres me de recherche travaillèrent sur ce problème pendant une dizaine d’années […]. »

anneherbeP.140 : Documentation retrouvée en Russie sur Haushofer, Hess et Hielscher. Les Nazi avaient mené des recherches très vastes sur les textes sanscrits et runiques et sur l’antiquité ancienne, à la recherche de pouvoirs spéciaux DES INITIES TIBÉTAINS qui se sont immolés à la chute du IIIe Reich, avaient été ramenés au SIEGE DE L’AHNENERBE.

P.141 : Robin cite David Néel sur les Tulkous : énergie subtile qui reste après la mort d’un humain ou démon/dieu, qui devient le noyau d’un nouvel être. Celui-ci peut rejoindre un être existant et s’associer.

P.142 : La base en Antarctique s’appelerait Asgärd, comme le yatch du baron Otto von Bautenas.

Un néo-Führer s’appelerait Siegfried.

argentineÎles d’Argentine

Les cadres de l’ordres se réuniraient dans l’ancien pénitencier d’une île déserte argentine : peut-être ILE DE LOS ESTADOS.

« Une énigmatique légende veut que le Saint Graal, la mystique pierre de lumière symbolisant la tradition vivante de l’Occident médiéval, ait été transféré d’Espagne — du Montsalvat de Sauveterre — en Bavière et, enfin, au Tyrol. À Innsbruck, dans la ‘‘Chapelle d’Argent’’ on trouve, parmi les statues des ancêtres légendaires du ‘‘dernier chevalier européen’’, Maximilien I », la statue du roi Arthur, chef de la Table Ronde et des chevaliers du Graal. Quelque chose de cet héritage profondément enfoui semble s’être perpétué au Tyrol, fût-ce sous l’aspect fermé et raide propre à toute réalité résiduelle. »

Une fois de plus, la logique de l’inversion exigeait de la région où allait s’occulter un aspect du mystère nazi, une « prédisposition » particulière.

P.143 : De Gaulle aurait formé 45 personnes.. Compagnons… pour qu’après sa mort ils s’opposent au réveil d’un FREDERICUS REX parodique.

Bataille d’archétype entre de Gaulle et Hitler ? (Jean Robin reparlera de ces Compagnons dans « Veilleur, où en est l’apocalypse?« , en disant qu’ils sont infiltrés).

P.144 : c’est MAINTENANT que la menace atteint son paroxysme.

Des secrets pourraient être enclos dans la correspondance entre Vâlsan et De Gaulle.

Dernier avatar du mythe de l’« Empereur endormi », le Führer du IV Reich serait-il celui dont Adolf Hitler n’avait été que le précurseur ?…

P.145 : Un trésor cathare aurait été transféré dans le Tyrol… Evola :

« Une énigmatique légende veut que le Saint Graal, la mystique pierre de lumière symbolisant la tradition vivante de l’Occident médiéval, ait été transféré d’Espagne — du Montsalvat de Sauveterre — en Bavière et, enfin, au Tyrol. À Innsbruck, dans la ‘‘Chapelle d’Argent’’ on trouve, parmi les statues des ancêtres légendaires du ‘‘dernier chevalier européen’’, Maximilien I », la statue du roi Arthur, chef de la Table Ronde et des chevaliers du Graal. Quelque chose de cet héritage profondément enfoui semble s’être perpétué au Tyrol, fût-ce sous l’aspect fermé et raide propre à toute réalité résiduelle. »

Une fois de plus, la logique de l’inversion exigeait de la région où allait s’occulter un aspect du mystère nazi, une « prédisposition » particulière.

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ANNEXES

Fabre des Essarts, Léonce (-Eugène-Joseph), dit Synésius

eglise gnostique

Né à Aouste (Drôme), le 19 mars 1848, décédé en février 1917 à Versailles (alors en Seine-et-Oise, aujourd’hui dans les Yvelines). Enseignant, puis fonctionnaire au ministère de l’Instruction publique. Poète et publiciste. Occultiste. En relation avec Victor Considerant dans les années 1880 et proche d’Alhaiza dans les décennies suivantes, il participe aux manifestations fouriéristes de la fin des années 1880 jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Fabre des Essarts descend d’une ancienne famille légitimiste très connue dans la Drôme. Son père est percepteur des contributions directes. L’un de ses deux frères, Melchior-Marie (1829-1871), après avoir renoncé à l’École des beaux-arts, sur injonction familiale, devient officier dans l’armée, tout en se livrant à la poésie [1]. Son oncle est vicaire général (de 1825 à 1844) puis évêque (de 1844 à 1850) du diocèse de Blois.

Léonce Fabre des Essarts fait ses études au séminaire d’Autun, puis au collège de Pontleroy (Loir-et-Cher). Il entre lui-même dans l’enseignement dès l’âge de 18 ans, en 1865, comme professeur de grammaire au collège d’Avallon (Yonne), puis comme répétiteur à Lyon en 1870, et comme professeur de philosophie au collège libre de Forcalquier (à partir de 1872). Il se marie en 1874, avec une demoiselle Casella, fille d’un professeur de musique et nièce du compositeur Louis Lacombe. Le couple a un fils, qui meurt en 1893 [2]. En 1876, Fabre des Essarts enseigne au collège de Montélimar (Drôme), avant de diriger l’école professionnelle de Nice (Alpes-Maritimes) en 1878. Puis, il quitte le métier d’enseignant pour entrer au ministère de l’Instruction publique.

Littérature et politique

Parallèlement à ses activités de professeur puis de fonctionnaire au ministère, il compose des poèmes publiés dans la Revue des jeunes poètes dès 1873, et fait paraître des recueils de poésies (Yseult, 1874 ; Humanité, 1885 ; La chanson des couleurs, 1889) et de nouvelles ; ses œuvres lui valent des récompenses de la part des Jeux floraux de Toulouse (dès 1876, pour Aux jeunes poètes [3]) et de plusieurs académies littéraires. Il est admis au sein de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes [4]. Il noue des relations avec Victor Hugo et collabore à divers journaux d’informations générales et revues littéraires et artistiques (La Presse, L’Opinion, Le Petit Marseillais, L’Art dramatique, Le Feu follet, La Sylphide. Revue littéraire, Revue des journaux et des livres, etc.). Dans les années 1880, il fait partie de sociétés littéraires, comme la Nouvelle Gaule [5] et la Courte-Échelle [6].

Pendant ces années 1880, Fabre des Essarts s’est constitué une certaine notoriété dans les milieux littéraires, et même au-delà; il participe à un grand nombre de cérémonies et d’hommages publics à des écrivains et à des personnages historiques ainsi qu’à des d’inauguration d’édifices : entre autres, il lit une Ode à Rouget de Lisle à la salle des Conférences, à Paris, en 1882 [7]. Deux ans plus tard, il dit quelques vers lors de l’inauguration du monument d’Alexandre Dumas [8]. Il déclame un poème en 1898 sur la tombe de Michelet pour le centième anniversaire de l’historien [9], et en 1903 sur la tombe de Quinet, lors d’une cérémonie où il voisine avec Daniel Halévy et Alphonse Aulard [10]. En 1907, il lit un sonnet à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Victor Hugo, dont il a fréquenté le salon vers 1880 [11].

Mais c’est surtout Jean-Jacques Rousseau qui suscite le plus grand nombre d’interventions de sa part. Au lendemain de l’inauguration du monument du philosophe au Panthéon (1889), il participe à la publication d’un ouvrage collectif, Jean-Jacques Rousseau jugé par les Français d’aujourd’hui, avec une contribution sur « le socialisme de Rousseau », dont, selon lui, « sont nés Saint-Simon, Fourier, Proudhon et Cabet » [12]. Dans les années suivantes, il fait des conférences sur divers aspects de la vie du philosophe, par exemple en 1897 sur « Rousseau musicien » [13]. En 1912, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Rousseau, il rédige des articles pour plusieurs organes et en particulier dans Le Savoyard de Paris, et écrit plusieurs strophes pour une cérémonie organisée à Ermenonville [14].

Il entre dans la franc-maçonnerie dans la première moitié des années 1880.

Puis, au milieu de la décennie, il se lie à Saint-Yves d’Alveydre, l’auteur du « projet synarchique », auquel participe aussi un autre fouriériste, Hippolyte Destrem.

Pour Saint-Yves d’Alveydre, il faut, afin de surmonter les crises économique, sociale et institutionnelle, refondre le système politique républicain en le réorganisant autour de plusieurs conseils formés d’élites compétentes. Fabre des Essarts crée une collection, la « Petite Bibliothèque synarchique », dans laquelle il publie une brochure de propagande, La Force, le Droit et les Trois chambres en 1885.

Dans la seconde moitié des années 1880, il s’engage, pour une brève période, dans l’activité politique : de 1886 à 1888, il est le secrétaire particulier du député Andrieux, un républicain issu du courant radical, favorable à une révision constitutionnelle, sans pour autant appartenir au mouvement boulangiste. Un autre député, Numa Gilly, ayant accusé les membres de la commission du budget (dont Andrieux) d’être corrompus, et Andrieux ayant répliqué par une plainte en diffamation finalement retirée lors du procès, Fabre des Essarts publie un ouvrage sur « les dessous de l’affaire Gilly-Andrieux ». A la suite de cette publication, Andrieux décide de se séparer de son secrétaire [15].

Peu après, il est révoqué de son poste de fonctionnaire au ministère de l’Instruction publique ; « pour avoir écrit le volume des Dessous de l’affaire Gilly, autrement dit pour avoir crié un peu trop haut : A bas les voleurs », écrit-il dans une lettre publiée par plusieurs journaux et dénonçant le rôle de Lockroy (ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts) dans cette mesure [16]. Ou en raison des propos qu’il aurait tenu lors de l’inauguration du monument de Rousseau, en février 1889 ; sa hiérarchie y aurait vu l’expression de sympathies boulangistes, bien que Fabre des Essarts y critique le césarisme [17]. Il ne retrouve son poste de rédacteur au ministère qu’en 1898. En 1901, il obtient les palmes académiques d’officier de l’Instruction publique [18].

Il se présente, toujours en 1889, comme candidat républicain socialiste aux élections législatives dans le département du Var, avant de se désister en faveur de Cluseret, l’ancien communard, élu député dans les rangs socialistes.

Fabre des Essarts est membre de la Société de la paix par l’éducation (Nîmes) ; il participe au Congrès de la paix en 1889 et donne une poésie à l’Almanach de la Paix pour 1889.

Poète phalanstérien

Dans les années 1890 et 1900, l’adhésion de Fabre des Essarts aux idées fouriéristes est souvent présentée comme ancienne. Lui-même dit par exemple en 1894 avoir « bu longtemps à la coupe enchanteresse de Fourier et de Considerant […] cru avec eux qu’il était possible de faire régner l’harmonie au sein du groupe humain » [19]. Cependant, dans les années 1860 et 1870, on ne le voit pas fréquenter les manifestations fouriéristes ou correspondre avec l’École sociétaire.

Au début des années 1880, il rencontre Victor Considerant qui le reçoit à son domicile ; « je lui parlai de la possibilité d’un groupement sociétaire. Il fut charmé de constater qu’il y avait encore un peu de foi parmi les jeunes » et « nous causâmes longuement encore des destinées de l’Humanité et de ce beau rêve d’universelle félicité », raconte-t-il en 1899 [20]. Il revoit plusieurs fois Considerant, aux obsèques duquel, en 1893, il prononce un discours où il expose les idées phalanstériennes du défunt [21].

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« Victor Considerant – Notes intimes »

Notes d’abord parues dans La Méditerranée, 15 janvier 1894. Et reproduites dans Odes phalanstériennes, Montreuil-sous-Bois, Bureau de La Rénovation, 1900, p.45-48.

Il est pendant quelque temps le secrétaire d’un autre fouriériste, l’architecte César Daly avec lequel il travaille au projet « d’un grand ouvrage d’art, qui devait être en même temps une magnifique synthèse social » : il s’agissait de « montrer comment l’architecture, qui est elle-même la synthèse de tous les arts, évolue harmoniquement vers l’Idéal, reflétant les civilisations qui passent, disant les luttes et les souffrances des peuples et affirmant leur éternelle aspiration vers le Progrès » [22]. Sans doute est-il cependant excessif d’affirmer, comme le fait Alhaiza, que Fabre des Essarts a « vécu dans l’intimité de Victor Considérant et de César Daly » [23].

Le premier témoignage de la participation de Fabre des Essarts à une manifestation fouriériste date de janvier 1887 : il prononce un poème dans un banquet réunissant quelques phalanstériens autour de Destrem [24]. Ce dernier préside alors la Ligue du progrès social qui, bientôt, se présente comme la nouvelle École sociétaire et organise chaque 7 avril, pour l’anniversaire de la naissance de Fourier, une visite devant la tombe du Maître, puis un banquet en son honneur ; Fabre, de 1892 à 1914, participe régulièrement à cette fête, soit en étant présent (neuf fois) et en lisant un poème de sa composition, soit, quand il est indisponible, en envoyant un message et quelques vers lus par l’un des participants. Il assiste également à l’inauguration de la statue de Fourier, en juin 1899, et déclame alors une longue « Ode à Fourier » [25].

Quand, après la mort de Destrem et à partir de 1894-1895, la division s’installe au sein du mouvement fouriériste, Fabre des Essarts assiste le plus souvent aux banquets organisés par le groupe d’Alhaiza, le directeur de La Rénovation. Mais à la différence de ce dernier, antidreyfusard, il est un admirateur de Zola et participe avec les groupes de l’Union phalanstérienne et de l’Ecole Sociétaire Expérimentale à l’hommage public rendu en juin 1901 à l’auteur de Travail, roman qui reprend certains thèmes phalanstériens. Et après la mort de l’écrivain en 1902, la presse le mentionne parmi les personnalités qui font une visite à la maison mortuaire [26].

Mais dans les années suivantes, alors que la rupture est consommée entre les deux courants fouriéristes, il se situe aux côtés de son ami Alhaiza, qui le présente régulièrement comme « notre cher et inspiré poète phalanstérien ».

Du fouriérisme à l’occultisme ?

La foi de Fabre des Essarts en l’avènement prochain de l’Harmonie semble pourtant chanceler dès le milieu des années 1890, au moins quand il s’exprime en dehors des cercles fouriéristes. En 1896, il expose ses doutes dans des « Hymnes gnostiques » publiés dans une revue occultiste :

Et dire que j’ai jadis prêché ton Système,
O Fourier, que vouant Malthus à l’anathème,
J’ai cru dans mon insanité
Qu’il suffisait pour mettre là-bas l’harmonie,
De calquer sur le plan de la voûte infinie
La future Société
Ah ! J’en suis revenu, comme on en revient d’un rêve !
Longuement caressé dans les plis de la grève ;
Sur son front, l’on croyait sentir
Le doux baiser berceur d’une brise aromale,
On s’éveille, et le flux est là qui roule et râle
Et s’apprête à vous engloutir… [27].

Peu après, il écrit au journal L’Humanité intégrale :

« J’ai été à mon heure, comme d’autres, fanatique du bon Fourier. Éperdûment, j’ai cru à la réalisation possible de l’Harmonie matérielle.
C’est mon vieil ami Considérant lui-même qui m’a guéri de ma chimère, en appelant mon attention sur l’universel entre-dévorement
La Gnose a achevé de m’ouvrir les yeux.
[…] Mais si le monde de la matière nous échappe, celui de l’Esprit nous appartient. L’harmonie ! nous pouvons la créer dans l’univers de la pensée » [28].

En 1903, dans un poème publié dans La Sylphide, il se demande « si Platon et Fourier n’ont rêvé qu’un beau rêve » [29]. Plus tardivement, il fait lire lors du banquet fouriériste du 7 avril 1912 un poème intitulé « Pessimisme », dans lequel il observe que le monde, loin de se diriger vers l’Association intégrale, persiste dans les vices et les maux de la Civilisation [30].

Déçu par les promesses phalanstériennes – même si, on l’a vu, il continue à fréquenter les manifestations sociétaires – Fabre des Essarts affirme dans les revues occultistes leur préférer les recherches gnostiques : « quand même le génie humain arriverait à redresser l’axe du globe et à faire resplendir cette éternelle aurore, chantée par Fourier, imposera-t-il sa loi de fraternité universelle aux astres ivres de haine aux soleils assoiffés de cataclysmes ? Heureusement, il est un autre monde, un monde vraiment harmonique, logiquement ordonné, auguste, glorieux et sacré. […] C’est le domaine de la Gnose, c’est le Cosmos immatériel de la science absolue » [31].

Dès les années 1880, il écrit dans des publications occultistes ou spiritualistes (La Religion universelle, La Revue des hautes études. Organe de la synthèse scientifique, sociale et religieuse) ; il continue dans les décennies suivants (Le Spiritualisme moderne, L’Initiation, Le Réveil albigeois, la Gnose) et surtout participe à la création de l’Église gnostique de France vers 1890 aux côtés de celui qui en est proclamé patriarche, Jules Doinel. Fabre des Essarts est lui-même consacré évêque de Bordeaux et primat des Albigeois sous le nom de Synésius. Puis, au moment du retrait de Doinel, en 1896, il devient le patriarche de l’Église gnostique, titre auquel il ajoute celui d’archevêque de Paris ; « et on peut le voir parfois, conférencer, ou plutôt officier, en une tenue quasi-épiscopale, gants violets, cravate violette, et le Tau mystique retenu sur sa poitrine par un ruban violet » [32].

fabre des essart
Léonce Fabre des Essarts

Portrait paru dans Les Hiérophantes. Étude sur les fondateurs de religions depuis la Révolution jusqu’à ce jour, Paris, Chacornac, 1905, p. 288.

L’Eglise gnostique connaît une scission en 1907-1908, quand Jean Bricaud, nommé quelques années avant évêque du diocèse de Lyon-Grenoble, fonde l’Église gnostique universelle dont il est le patriarche. Fabre des Essarts continue à diriger l’Eglise gnostique de France, et publie plusieurs ouvrages occultistes.

Il continue son œuvre poétique que l’on retrouve dans plusieurs journaux, dont la Nouvelle Revue, au début du XXe siècle.

Entre 1914 et 1916, ce pacifiste publie plusieurs articles très bellicistes, où il dénonce les « crimes allemands », dans lesquels il voit « un cas de tératologie mentale collective » affectant le peuple germanique [33] ; ainsi que des poèmes patriotiques et germanophobes, décrivant les « monstres » allemands « semant la mort / les désastres, le viol, le meurtre et l’incendie » [34].

Il meurt à Versailles où il est installé depuis plusieurs années.

Bernard Desmars

  • [1] J. Brun-Durand, Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme, tome 1, Grenoble, Librairie Dauphinoise, 1900, p. 307-308.
  • [2] La Presse, 24 janvier 1893.
  • [3] La Presse, 30 mars 1876
  • [4] En 1876, d’après les Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes, 1877, p. 325.
  • [5] Le Figaro, 25 février 1917.
  • [6] D’après un témoignage de Hudelo, publié dans Écoutez-moi les lettres et les arts, 7 avril 1934.
  • [7] La Presse, 11 octobre 1882.
  • [8] Fabre des Essarts, « Alexandre Dumas » (vers), dans Le Monument de Alexandre Dumas, œuvre de Gustave Doré : discours prononcés devant le monument le jour de l’inauguration, poésies récitées le même jour, Paris, Jouaust, 1884, p. 61-63.
  • [9] Le Gaulois, 13 juillet 1898.
  • [10] Le Matin, 1er mars 1903.
  • [11] La Presse, 27 février 1907.
  • [12] « Le socialisme de Rousseau », dans John Grand-Carteret, Jean-Jacques Rousseau jugé par les Français d’aujourd’hui, Paris, Librairie académique Didier – Perrin et Cie, 1890, p. 248.
  • [13] La Presse, 7 janvier 1897.
  • [14] Le Savoyard de Paris, 6 juillet 1912, numéro spécial sur Rousseau avec des articles de Fabre des Essarts sur « J.-J. Rousseau et M. Robespierre », « J.-J. Rousseau était-il sincère ? », « Jean-Jacques Rousseau [vers] ») ; A Jean-Jacques Rousseau ; strophes dites à Ermenonville, le 23 juin 1912, par Madame Eugénie Nau [à l’occasion du] bicentenaire de J.-J. R., P., Maison Française d’Editions, 1912.
  • [15] Le Temps, 9 décembre 1888.
  • [16] Notamment dans La Presse, 26 août 1889.
  • [17] C’est l’explication avancée dans la notice biographique du Dictionnaire national des contemporains ainsi que dans les brèves nécrologies publiées en 1917. Pourtant, Fabre des Essarts ne fait pas partie des orateurs de la manifestation, d’après les comptes rendus publiés dans la presse quotidienne (Le Temps, Le Petit Parisien, Le Petit Journal, Le Gaulois des 4 et 5 février 1889).
  • [18] Journal des débats, 30 mars 1901.
  • [19] « Ce monde et l’autre », L’Initiation, décembre 1894, reproduit dans René Le Forestier, L’Occultisme en France aux XIXème et XXème siècles. L’Eglise gnostique, Milan, Archè, 1990, p. 504.
  • [20] Fabre des Essarts, « Victor Considerant – Notes intimes », La Méditerranée, 15 janvier 1894 ; texte repris dans La Rénovation, n°113, 31 juillet 1899 ; et reproduit dans Fabre des Essarts, Odes phalanstériennes, Montreuil-sous-Bois, Bureau de La Rénovation, 1900, p. 45-58.
  • [21] Le Petit Parisien, 30 décembre 1893.
  • [22] Fabre des Essarts, « Notes intimes sur César Daly », La Rénovation, 30 novembre 1899.
  • [23] Adolphe Alhaiza, « Introduction », Odes phalanstériennes, Montreuil-sous-Bois, Bureau de La Rénovation, 1900, p. 5-6.
  • [24] « Salut aux apôtres – Vers dits au banquet phalanstérien le 14 janvier 1887 », repris dans Odes phalanstériennes, op. cit.
  • [25] La Rénovation, 30 juin 1899.
  • [26] Le Matin, 30 septembre 1902, et La Presse, 1er octobre 1902.
  • [27] Extrait du poème « Au démiurge », L’Initiation, décembre 1896. Reproduit dans René Le Forestier, L’Occultisme en France…, op. cit., p. 283.
  • [28] L’Humanité intégrale, décembre 1897, p. 219-220.
  • [29] « La lutte pour la vie », La Sylphide. Revue littéraire, 1903, p. 291-292.
  • [30] La Rénovation, mars-avril 1912, n°230.
  • [31] « Ce monde et l’autre », L’Initiation, décembre 1894. Reproduit dans René Le Forestier, L’occultisme en France aux XIXème et XXème siècles. L’Eglise gnostique, Milan, Archè, 1990, p. 504.
  • [32] Gustave Kahn, dans sa critique des Odes Phalanstériennes, parue dans la Revue blanche, 15 janvier 1901, p. 150.
  • [33] « Les crimes allemands et notre indulgence », Nouvelle Revue, juillet-août 1915.
  • [34] « Horror », Nouvelle Revue, novembre-décembre 1915.

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INTRODUCTION HISTORIQUE DU TEMPLE AHATHOOR

par Jean-Pascal Ruggiu & Nicolas Tereshchenko,

Imperator & Praemonstrator actuels du Temple Ahathöor de Paris de l’Ordre Rosicrucien de l’Alpha Oméga®

isisS.L. MacGregor Mathers

Le Temple Ahathöor N°7 de Paris fut le seul Temple Français authentique et régulier de « l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée » (titre officiel Français que choisit Mathers pour traduire les termes Hermetic Order of the Golden Dawn).

Le Temple Ahathoor fut fondé en 1893 par MacGregor Mathers, lorsque celui-ci vint s’installer définitivement à Paris.

L’histoire du Temple Ahathöor demeurait jusqu’à présent relativement mal connue du public; aussi la publication de ses archives permettra dorénavant de combler cette lacune.

L’histoire du Temple de Paris se divise en quatre époques :

– La première époque s’étend de 1893 à 1900, c’est-à-dire depuis la date de fondation du Temple jusqu’à la date du schisme de l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée.

– La deuxième époque s’étend de 1900 à 1909, période caractérisée par la mise en sommeil provisoire du Temple Ahathoor, par la fondation de l’Ordre Rosicrucien de l’Alpha Oméga par Mathers, par la création des premiers Temples Américains, et enfin par la célébration des Mystères d’Isis à Paris.

– La troisième époque s’étend de 1909 à 1929 environ, période marquée par le réveil du Temple Ahathoor (sous l’égide de l’Ordre Rosicrucien de l’Alpha Oméga) jusqu’à sa fermeture.

– La quatrième époque concerne essentiellement la survivance et la résurgence actuelle du Temple Ahathoor.

Les documents qui permettent de reconstituer l’histoire du Temple Ahathoor de Paris sont surtout les deux Livres des Minutes de ce Temple.

Le premier Livre des Minutes du Temple Ahathoor couvre la période s’étendant de 1893 à 1900.

Ce document est actuellement la propriété d’un collectionneur anglais qui possède également la Charte originale du Temple Ahathoor signée par Westcott le 3 Janvier 1894. Ellic Howe et Bob Gilbert ont pu avoir accès à ce document. A ce sujet, nous remercions vivement Bob Gilbert de nous avoir communiqué dès 1987 une copie de ce premier Livre des Minutes, ainsi que des copies de nombreux autres documents de l’Ordre en 1992 afin que nous puissions réveiller le Temple Ahathoor à Paris. Nous ne savons pas exactement comment le premier Livre des Minutes du Temple Ahathoor a pu aboutir dans cette collection privée, le collectionneur en question désirant garder l’anonymat. Cependant, il semble bien que la Charte originelle, ainsi que le premier Livre des Minutes ait été renvoyé en Angleterre suite à la dissolution officielle de la Golden Dawn après 1900.

Le deuxième Livre des Minutes du Temple Ahathoor couvre la période s’étendant de 1909 à 1923.

Ces archives furent préservées par George Slater (Frater Vincit Qui Patitur), un Américain vivant à Paris entre 1920 et 1930 et dont le père avait été un membre du Temple Isis-Urania de Londres. Georges Slater fut initié le 25 Octobre 1919 au grade de Néophyte au Temple Ahathoor de Paris; il devint Sub-Cancellarius en 1921. Après le décès de Moïna Mathers en 1921, Georges Slater resta en France au moins jusqu’en 1931.

A une date indéterminée, il retourna vivre à New-York où plusieurs Temples de l’Alpha Oméga avaient été fondés sous l’égide de l’Ordre Rosicrucien de l’Alpha Oméga.

Lors du décès de George Slater en 1962, sa veuve légua toutes ses archives à un institut privé de New-York. Le bibliothécaire de cet institut, plutôt embarrassé par la nature de ces documents, les rangea dans une malle qu’il enferma dans une cave. Lors d’un déménagement en 1990, ces papiers oubliés furent redécouvert par le nouveau bibliothécaire de cet institut qui chercha à les rendre au Temple Ahathoor; il entra en contact avec Mary Greer et Robert Word, Chef de l’une des branches Américaines de l’Ordre, l’A.O.M.R. (August Order of the Mystic Rose) et représentant officiel du Temple Ahathoor actuel aux USA. Robert Word décida de transmettre une copie intégrale de ces précieuses archives aux chefs actuels du Temple Ahathöor de Paris, et ce, en raison des filiations historiques qui unissaient les Temples Américains originels de l’Alpha Oméga avec le Temple Ahathöor de Paris, Loge-Mère de l’Ordre.

Il faut ajouter à ces documents toute une série d’articles de presse français et anglais au sujet de la célébration des Mystères d’Isis lançés par Mathers et Moïna vers 1900, articles dont nous donnons la transcription complète étant donné leur rareté.

Nous avons également retrouvé en France certains documents du Temple Ahathoor et notamment ceux provenant de la dernière Praemonstratrix en charge, Mme Marguerite Voronoff (Soror Semper Ascendere). Ces documents traitent essentiellement d’Alchimie.

Nous devons souligner que les seuls « Minutes Books » de la G.D. et de l’A.O. qui ont survécu sont ceux du Temple Ahathoor et qu’il s’agit donc de documents exceptionnels (à l’exception peut-être de ceux du Temple Whare-Ra de la Stella Matutina en Nouvelle Zélande, plus tardifs). Il faut souligner également qu’environ la moitié des comptes-rendus des Minutes-Books du Temple Ahathoor sont écrits en français, bien que l’écriture soit la plupart du temps celle de MacGregor Mathers en personne (il écrivit d’ailleurs quelques articles en Français sur la Qabale que le Temple Ahathoor actuel possède encore).

Bien que nous ne désirions pas alourdir cette introduction plus que nécessaire (la lecture des Minutes-Books étant en soi suffisamment instructive), il n’est pas inutile toutefois d’apporter certaines précisions au sujet de l’histoire du Temple Ahathoor.

I. LE TEMPLE AHATHOOR A L’EPOQUE DE L’ORDRE HERMETIQUE DE L’AUBE DOREE.

Les Mathers quittèrent Londres en 1892 pour s’établir à Paris, où ils vécurent jusqu’au décès de S.L.MacGregor Mathers en 1918. Plusieurs raisons avaient incité les Mathers à s’installer en France :

– Premièrement, des raisons matérielles : en effet, à la suite d’une dispute avec Horniman Père, Mathers avait perdu en 1891 son poste de Conservateur du Musée Horniman, et par conséquent son logement de fonction à Stent Lodge, Forest Hill.

– Deuxièmement, des raisons personnelles et familiales : Moïna désirait continuer sa carrière artistique à Paris et rejoindre son frère, le célèbre docteur en philosophie Henri Bergson, dont elle espérait peut-être une certaine aide.

– Troisièmement, des raisons financières : comme le précisait Moïna dans l’une de ses lettres, la vie à Paris était moins chère qu’à Londres en ce temps-là.

– Quatrièmement, des raisons ésotériques : Paris était à la Belle-Epoque, la capitale de l’Occultisme. Moïna indiqua d’ailleurs que son mari avait reçu l’ordre de ses Maîtres de transférer ses activités occultes à Paris (préface de Juillet 1926 à la quatrième édition de « The Kabbalah Unveiled » de S.L.Mathers).

Ce dernier point soulève évidemment le problème de l’identité des fameux « Chefs Secrets du Troisième Ordre » auxquels Mathers se référait constamment.

MATHERS ET LES CHEFS SECRETS.

Lors d’un premier voyage à Paris en Juillet 1891, Mathers écrivait à Westcott « qu’il avait été en contact avec Frater Lux Ex Tenebris et d’autres Chefs (secrets) ». Mathers a toujours prétendu qu’il avait reçu les enseignements et les rituels de l’Ordre Intérieur de la Rosae Rubeae & Aureae Crucis en France à l’Automne 1891, de la part d’un Adepte qu’il désignait sous la devise de Frater Lux Ex Tenebris. Vers 1900, les Adeptes de la G.D. croyaient que ce fameux Frater Lux Ex Tenebris était un certain Dr Thiessen, un Belge vivant à Liège qui était un membre des hauts grades de l’Ordre Martiniste.

Selon nos recherches, il est possible que le Dr Thiessen aurait été le descendant d’Antoine Thys, un théologien d’Anvers qui aurait été un membre du Chapitre Rosicrucien de Cassel fondé par le comte Maurice de Hesse-Cassel en 1615, du moins si l’on en croit les travaux d’un historien belge, Charles Rahlenbeck. Ces travaux furent présentés lors de la Conférence Internationale des Rose+Croix Franc-Maçons de Bruxelles en 1888. Or, Mathers et Westcott, en leur qualité de Franc-Maçons et membres des hauts grades de la Societas Rosicruciana In Anglia devaient connaître les travaux de cette fameuse Conférence Internationale des Rose+Croix qui, curieusement, eût lieu en 1888, date de fondation non seulement de la G.D., mais aussi de l’Ordre Martiniste et de l’Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix en France. Cette date de 1888 ne fut certainement pas choisie par hasard, car elle correspond au cycle de 111 ans de la Fraternité de la Rose+Croix d’Or Allemande, dont le système de grades avait été réorganisé en 1777 (grades que la S.R.I.A. et la G.D. adoptèrent).

Bien que beaucoup d’auteurs ont mis en doute les affirmations de Mathers concernant ses contacts avec les fameux Chefs Secrets du Troisième Ordre, nous avons découvert la preuve qu’il avait bien reçu une transmission initiatique provenant de l’Ordre de la Rose+Croix d’Or Allemande. En effet, un certain nombre de rituels de la R.R.&.A.C. (comme par exemple le Rituel de la Croix Qabalistique, celui du Pilier du Milieu et les Rituels de Consécration des Armes Magiques de l’Adeptus Minor) s’inspirent d’un document extrêmement secret de l’Ordre de la Rose+Croix d’Or Allemande : il s’agit d’un commentaire ésotérique du VIIème Livre de Moïse qui diffère complètement de ceux qui ont été publiés jusqu’à présent. Ce document est intitulé « Das VII Buch Mosis » (Wittenberg, Anno 1505) ».

Bien que cette version secrète du VIIème Livre de Moïse soit datée de 1505, elle a été certainement remaniée vers 1785 par les Frères Initiés d’Asie, car elle a été visiblement influencée par l’Ecole Qabalistique de Shabattaï Zevi.

En effet, la Fraternité des Frères Initiés d’Asie avait la particularité d’être la branche Qabalistique des Rose+Croix d’Or Allemands, car elle acceptait parmi ses membres des Juifs qui se rattachaient à l’Ecole Qabalistique Polonaise de Shabattaï Zévi. Contrairement à ce que de nombreux historiens avaient cru jusqu’à présent, nous avons découvert la preuve que les Frères Initiés d’Asie ne disparurent pas vers 1800, mais qu’ils survécurent au sein de la Loge Maçonnique de l’Aurore Naissante de Francfort-sur-Main, loge qui fut reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre en 1817.

Kenneth MacKenzie (le rédacteur des Manuscrits Chiffrés de la G.D.) connaissait certainement l’existence de la Loge de l’Aurore Naissante puisque il prétendait avoir été initié dans sa jeunesse chez les Rose+Croix de Vienne, en Autriche, dans l’entourage du Comte Apponyi qui fut ambassadeur d’Autriche à Paris. Vienne avait été longtemps le siège de la Fraternité des Rose+Croix d’Or en Autriche; mais à l’époque où MacKenzie vivait à Vienne, vers 1840, la seule branche des Rose+Croix d’Or qui avait survécu était celle des Frères Initiés d’Asie qui avaient trouvé refuge dans le sein de la Loge Maçonnique de l’Aurore Naissante à Francfort-sur-Main. C’est d’ailleurs dans cette ville que la Réforme des grades et des rituels de la Rose+Croix d’Or d’Ancien Système avait eu lieu en 1777.

MacKenzie s’inspira des enseignements Qabalistiques des Frères Initiés d’Asie pour créer les rituels de la G.D. Il existe effectivement de nombreux points communs entre le système qabalistique de la G.D., celui des Frères Initiés d’Asie, et celui indiqué dans le VIIème Livre de Moïse. Or, le commentaire secret de ce livre révèle une partie des Rituels Théurgiques pratiqués au Grade de Magister Templi par la Fraternité de la Rose+Croix d’Or originale. Comme ces rituels sont toujours secrets et qu’ils ne peuvent s’obtenir que par transmission initiatique et avec l’autorisation du Collège Interne de la Rose+Croix d’Or, même encore actuellement, nous estimons que cela constitue la preuve formelle que Mathers avait bien reçu cette transmission. Nous savons qu’il possédait aussi des manuscrits alchimiques provenant des Rose+Croix d’Or Allemands, puisque nous possédons une copie de ces documents transcrits et traduits de sa propre main (par exemple le « Sigillum Secretorum Magnalia Dei Optimi Maximi »). Il n’est pas du tout impossible qu’il ait reçu la communication du commentaire qabalistique secret du VIIème Livre de Moïse de la part d’un adepte de l’Ordre Martiniste, car les Chefs de la Loge de l’Aurore Naissante (tous membres du Synédrion des Frères Initiés d’Asie) comme Hirschfeld et Joseph Molitor furent en contact avec la toute première génération Martiniste, comme Louis Claude de Saint Martin et Rodolphe de Salzmann à Strasbourg par l’intermédiaire des loges du Rite Ecossais Rectifié.

Nous devons également souligner que le secret qui entoure ce commentaire qabalistique du VIIème Livre de Moïse s’explique par le fait qu’il contient des rituels de type « tantrique » ou sexuels qui proviennent de l’Ecole Qabalistique de Sabathaï Zévi.

Or nous savons, par certaines allusions contenues dans la correspondance entre les Temples Américains et la Loge-Mère de l’Alpha Oméga, que Mathers avait communiqué aux membres du Grade d’Adeptus Exemptus des enseignements de cette nature (appelée aussi « Alchimie Interne »), ce qui avait d’ailleurs provoqué leur démission; en effet, la plupart de ces membres appartaient à la pudibonde Société Théosophique et avaient été choqués, voire scandalisés par des enseignements qu’ils jugeaient « impurs ».

Ces faits prouvent en tous cas que Mathers avait bien reçu une grande partie du Corpus Hermeticum du grade de Magister Templi des Frères de la Rose+Croix d’Or ou des Frères Initiés d’Asie, y compris une partie du Corpus Alchimique (Externe et Interne), mais non pas toutefois l’intégralité de ce corpus. En effet, seuls les membres du grade de Magus possèdaient le corpus alchimique et théurgique complet contenu dans un document secret appelé le Thesaurus Thesaurorum A Fraternitate Rosae Et Aureae Crucis Testamento (1580).

Bref, ce que nous savons de façon certaine, c’est que les documents et les rituels de l’Ordre Intérieur de la Rosae Rubeae & Aureae Crucis proviennent en grande partie de documents très secrets du grade de Magister Templi de la Fraternité de la Rose+Croix d’Or allemande. Nous possédons la preuve de cette assertion; cependant, étant donné la nature extrêmement secrète de ces documents (qui nous ont été communiqué sous le sceau du serment par le Collège Interne des Rose+Croix d’Or), nous ne pouvons les publier. Toutefois, nous avons eu l’autorisation de les communiquer (sous notre responsabilité) aux membres du Grade d’Adeptus Exemptus 7° = 4° de la R.R.&.A.C. Jusqu’à présent, nous les avons transmis à un seul initié de ce grade aux U.S.A. qui détient une partie des filiations américaines de l’Alpha Oméga.

Mathers prétendait aussi que l’un des ses Maîtres Secrets était un initié français, d’origine écossaise, vivant à Paris, qu’il désignait sous la devise mystique de « Frater Lux Ex Septentriones ». Cet initié était peut-être apparenté avec la famille des Stuarts, dont il existe encore un descendant en France. Mathers appartenait d’ailleurs à une société secrète Jacobite appelée « The White Rose Society ».

LE TEMPLE AHATHOOR OU LE TEMPLE AUX DEUX GRIFFONS

Le 20 mai 1892, les Mathers quittèrent Londres pour Paris où ils s’installèrent provisoirement au 79 rue Miromesnil, 8ème. Ils déménagèrent ensuite le 1er Janvier 1893, pour un appartement plus spacieux au 1 Avenue Duquesne, 7ème, près de l’Ecole Militaire et de l’Hôtel des Invalides; c’est dans cet appartement, que les premières réunions du Temple Ahathoor eurent lieu. Le Temple Ahathoor N° 7 fut consacré officiellement le Samedi 6 Janvier 1894 à 20 H 30 au 1 avenue Duquesne par Soror Fortiter et Recte (Annie Elizabeth Frederika Horniman), que Mathers avait invité à Paris en reconnaissance de sa généreuse aide financière. Westcott était également venu à Paris pour cette grande occasion. Il signa avec Annie Hornimann la Charte du Temple Ahathoor dont Mathers était bien sûr l’Imperator.

En 1895, les Mathers s’installèrent dans une villa d’Auteuil (alors une banlieue, pas encore une partie du 16ème arrondissement de Paris). Mathers avait choisi ce lieu pour une raison hautement initiatique que nous ne souhaitons pas divulger ici (disons simplement que ses véritables « Chefs Secrets » n’habitaient pas loin).

Cette villa, qui devint le siège du Temple Ahathoor jusqu’à la fin de la vie de Mathers, est bien cachée des regards : elle se trouve en effet dans une cour intérieure abritant un petit jardin entouré de beaux immeubles datant du XIXè siècle, assez hauts pour masquer complètement la villa.

Trois rues délimitent le pâté de maisons où étaient situés les trois entrées (très discrètes) de la villa : au 87 avenue Mozart, au 43 rue Ribéra et au 41 rue de la Source. Toutes ces adresses apparaissent bien dans le Livre des Minutes du Temple Ahathoor, mais elles ont fait croire à beaucoup d’auteurs que les Mathers avaient souvent changé de domicile, ce qui n’est pas le cas : il s’agit simplement des 3 entrées différentes de la même villa. Il existait une entrée pour le jardin (située avenue Mozart), une pour la résidence privée (rue de la Source) et une pour le Temple Ahathoor (rue Ribéra).

L’entrée du Temple est constituée par un grande porte cochère encadrée de deux griffons sculptés dans la pierre. Cette porte donne accès à un grand hall voûté qui servait de pièce principale pour le Temple. Au fond de cette salle se trouve une belle envolée d’escaliers en marbre blanc avec une rampe en bronze doré donnant accès aux étages supérieurs de la villa. Cet escalier monumental servait d’estrade (de « Dais ») où trônait les Adeptes de l’Ordre. Il était bordé de chaque côté par quatre panneaux représentant les déités égyptiennes dont Ithell Colquhoun a donné la reproduction dans son livre « The Sword of Wisdom ». La villa est entouré d’un beau jardin dans lequel trône une étrange statue.

LES INITIÉS DU TEMPLE AHATHÖOR

La plupart des membres du Temple Ahathöor furent au début des anglais ou des américains expatriés en France. Le temple compta en effet très peu de français au départ, et ce malgré l’initiation du fameux « PAPUS » (le Dr. Gérard d’Encausse), fondateur et Grand Maître de l’Ordre Martiniste et « pape » de l’occultisme en France après le décès d’Eliphas Lévi.

L’Ordre Martiniste était le seul ordre français à avoir été reconnu par l’Aube Dorée, comme le prouve un document de l’Ordre Intérieur, nommé « General Orders » et datant de 1895, qui stipulait les recommandations suivantes:

« Nous vous invitons à parler toujours avec tolérance et respect de toutes les autres écoles de véritable occultisme, ainsi que de la philosophie orientale en contraste avec l’hermétisme et la Fraternité Rosicrucienne. Les oeuvres de l’école de Lake Harris devraient être évitées; l’H.B.L. (la Fraternité Hermétique de Louxor) est condamnée, de même que, bien sûr, les enseignements lucifériens ou palladiens; la soi-disant Rose+Croix de Sar Peladan est considérée comme une perversion ignorante de la Fraternité Rosicrucienne, elle ne contient aucune connaissance véritable et n’est même pas digne du titre d’ordre occulte. Les messes noires ressortent, comme elles l’avouent, du domaine de la magie noire; les Martinistes, aussi longtemps qu’ils adhéreront aux enseignements de leur fondateur, seront en harmonie avec la R.R. & A.C. [« Rosae Rubeae et Aureae Crucis », le nom du Second Ordre, ou Ordre Intérieur de l’Aube Dorée]. »

On voit, par ce document interne extrêmement clair, que les adeptes de l’Aube Dorée étaient très bien renseignés sur les autres ordres initiatiques français, et qu’ils se considéraient comme les seules véritables Rose+Croix, avis que nous ne pouvons que partager si l’on considère la haute teneur des enseignements théurgiques de l’a G.D. en comparaison des bien pâles imitations « rosicruciennes » françaises de l’époque.

Bien que Papus ait été initié officiellement le 23 mars 1895 au grade de Neophyte dans le Temple Ahathöor N° 7, et que pour cette occasion la cérémonie de son admission ait été célébrée pour la première fois en français, il ne dépassa jamais ce grade. Il faut chercher les raisons de la désaffection de Papus vis-à-vis de l’Aube Dorée dans le fait qu’il voyait d’un mauvais oeil l’installation en France d’un ordre rosicrucien étranger qui pouvait concurrencer son Ordre Martiniste et surtout l’Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix qu’il avait créé avec Stanislas de Guaita en 1890. Il fit à ce sujet une allusion sans équivoque possible:

« Le mouvement Rose+Croix aurait continué dans le silence, ou à l’abri d’autres organisations initiatiques, si des occultistes étrangers n’avaient prétendu arracher à la France – lieu d’élection des traditions occidentales – à ses origines, pour l’entraîner dans un mouvement qui devait changer l’axe de gravitation de l’ésotérisme pour le placer hors de Paris. […] Il eût été sacrilège de laisser anéantir l’oeuvre des maîtres d’occident. Aussi fut-il décidé en haut lieu qu’un mouvement de diffusion serait entrepris, destiné à selectionner par le travail et l’examen, les initiés capables d’adapter la tradition ésotérique au siècle qui allait s’ouvrir. »

Cette déclaration intempestive visait peut-être plus la Société Théosophique de Mme Blavatsky (que Papus avait quitté avec fracas) que l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée. Il existe de nombreuses analogies entre l’Ordre Martiniste et la G.D. Par exemple, la disposition des officiers d’une « heptade » (loge) Martiniste n’est pas sans rappeler celle des officiers de l’Aube Dorée. L’étude de la Qabale est également commune aux deux Ordres, mais il existe une différence fondamentale entre l’Ordre Martiniste et l’Aube Dorée : l’Ordre Martiniste est une Fraternité essentiellement « Christique » et mystique dans lequel la Théurgie intervient peu, alors que l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée est une école de Qabale Pratique orientée vers la Magie Cérémonielle.

Malgré la défection du Grand-Maître de l’Ordre Martiniste, plusieurs membres de l’Aube Dorée furent affiliés à cet Ordre, que Papus avait fondé en 1888; parmi eux, citons William Thomas Horton, le Révérend Ayton, et William Peck. Il est également certain que W.B. Yeats et A.E. Waite eurent des contacts avec les Martinistes de Paris, sans compter MacGregor Mathers lui-même, bien entendu.

Bien que le Temple Ahathöor N°7 ait compté peu de membres, puis qu’il enregistra seulement 27 initiés (15 femmes et 12 hommes) au cours des 64 réunions qui eurent lieu entre 1894 et 1900, il reçu néanmoins de nombreuses visites de la part des membres de l’Ordre Intérieur du Temple Isis-Urania de Londres jusqu’en 1900, date du début des troubles qui s’élevèrent entre Mathers et ses disciples. De plus, comme les Mathers, les Nisbets et les Durands étaient tous membres de l’Ordre Intérieur, le Temple Ahathöor posséda certainement sa propre « Voûte des Adeptes », construite grâce au talent artistique de Moïna Mathers. Elle fut érigée sans doute dans la villa des Mathers, au 87 rue Mozart à Auteuil; d’après les informations que nous avons pu recueillir auprès d’un antiquaire, les murs heptagonaux de la Voûte des Adeptes étaient construits avec des paravents en toiles peintes.

L’un des seuls membres français de la première époque du Temple Ahathoor à avoir atteint le grade d’Adeptus Minor fut Eugène JACOB (1847-1942), un astrologue, plus connu sous le pseudonyme d’ELY STAR, qui écrivit en 1887 un ouvrage intitulé « Les Mystères de l’Horoscope ». Il fut initié au grade 0°= 0° de Néophyte le 22 août 1896 et élevé au grade 5°= 6° d’Adeptus Minor le 25 février 1898; il devint même le Hiérophante du Temple Ahathöor en septembre 1899. Il était astrologue professionnel et relança en France l’astrologie égyptienne telle qu’elle fut exposée par Paul Christian (un ami d’Eliphas Lévi) dans les années 1860. Son épouse était tarologue et devint membre d’Ahathöor en novembre 1896. Selon le grand astrologue Volguine, plusieurs des confrères astrologues d’Ely Star auraient appartenus au Temple Ahathöor N° 7. C’est du moins ce qu’il prétend dans un numéro spécial des « Cahiers Astrologiques » (N° 109, Avril 1964), consacré à l’astrologie dans les sociétés secrètes et où il abordait l’astrologie de l’Aube Dorée.

Parmi les astrologues en question, Volguine cite Abel THOMAS (plus connu sous son pseudonyme d’Abel HAATAN). Bien que le nom d’Abel Thomas ne figure nulle part dans aucun des deux Livres des Minutes du Temple Ahathoor, il est intéressant de mentionner qu’il fut le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie Egyptienne en France et le Vénérable Maître de la Loge de l’Arc-en-Ciel de l’Ordre Maçonnique de Misraïm. Il s’opposa à l’initiation de Papus dans la Franc-Maçonnerie Egyptienne. Son frère, Alexandre-Albéric Thomas, fut également membre de l’Ordre Rénové du Temple fondé par René Guenon, lui aussi un ennemi de Papus qui l’avait exclu de son Ordre Martiniste. Alexandre Thomas fut l’associé de Pierre Dujol qui tenait la « Librairie du Merveilleux ». Or Dujol était un grand alchimiste et l’ami de Fulcanelli qui fréquentait Ferdinand de Lesseps, lui-même initié dans les hauts grades de la Franc-Maçonnerie Egyptienne et dans une société secrète Egyptienne appelée « les Frères d’Héliopolis ». Il est donc fort probable que Mathers ait été en contact avec toutes ces personnes par l’intermédiaire de Frater Ely Star (et aussi de Soror Semper Ascendere, Mme Voronoff), ce qui éclaire d’une lumière considérable les relations qu’il pouvait entretenir avec les milieux initiatiques français.

A partir de 1898 environ, les minutes du Temple Ahathöor N° 7 indiquent qu’un nombre croissant de français furent initiés; comme la plupart des membres anglais et américains, tous sont d’illustres inconnus. Cependant les Mathers reçurent la visite de nombreux membres du Temple Isis-Urania N°3 de Londres, qui participèrent souvent aux cérémonies du Temple Ahathoor, dont Maud Gonne (qui vécu pendant un moment aussi à Auteuil), W.B.Yeats, Florence Farr, Percy Bullock, Pamela Carden, Frederick Leigh Gardner, Allan Bennett (qui fut élu membre honoraire du Temple Ahathoor) et bien sûr Aleister Crowley.

L’AFFAIRE « HOROS ».

La première époque de l’histoire du Temple Ahathoor s’achèva vers 1900, suite à la visite de trois imposteurs qui se firent passer pour des membres du Temple Américain Thmé N°8. Cette visite « officielle » allait s’avérer catastrophique pour Mathers et pour la bonne réputation de l’Ordre. Il s’agissait en fait d’un couple d’escrocs qui se faisait appeler les HOROS, et qui était accompagné de l’une de leurs dupes, le Dr Rose Adams.

« Madame Horos » réussit à se faire passer auprès de Mathers pour la fameuse Soror Sapiens Dominabitur Astris (« Mme Sprengel »), la soi-disant Adepte allemande qui aurait autorisé Westcott à relancer l’Ordre en Angleterre. Elle présenta ses deux compères comme étant des membres du Temple Thmé N°8, son mari, Théo Horos (de son vrai nom Frank Jackson) étant pour l’occasion Frater Magus Sidera Regit 4°=7°, et le Dr Rose Adams Soror Sapientia Ad Beneficiendum Hominibus 2°=9°. Les trois imposteurs assistèrent à une assemblée solennelle du Temple Ahathoor (qui eût lieu le Vendredi le 16 Février 1900) où ils furent même élus « membres d’honneur » du Temple en tant que « visiteurs de marque du Temple Thmé N°8 en Amérique ».

Evidemment, celà implique qu’il existait déjà à cet époque un Temple de la G.D. en Amérique. L’histoire de ce temple est obscure. Dans son livre « The Golden Dawn Companion », Bob Gilbert s’est interrogé sur ce mystérieux Temple « Thmé » : il suppose qu’il s’agissait en fait du Temple « Thoth-Hermès » de Chicago ou de Philadelphie.

C’est inexact, car le Temple Thoth-Hermès était situé à New-York et non pas à Chicago. Une certaine confusion semble régner dans la numérotation des Temples Américains. En effet, bien que dans le second Minute Book du Temple Ahathoor, Mathers indiquait en Juillet 1911 que le Temple Thoth-Hermès de New-York portait le N°8, les documents de ce Temple datant de 1920 indiquent qu’il portait le N°9. D’autre part, Mathers mentionne également dans le même Minute-Book un autre Temple de New-York, le Temple Neith N°10. Pourtant vers 1922, les documents américains de l’Alpha Oméga précisent que le Temple N°10 était celui de Philadelphie et qu’il s’appelait « Ptah N°10 »; à la même époque il existait aussi un Temple de l’Alpha Oméga à Los-Angelès, appelé « Atoum N°20 (la numérotation des Temples de l’Alpha Oméga suit celle des lettres hébraïques).

En fait, le Temple Thmé N°8 fut sans doute la première tentative de fondation d’un temple en Amérique, tentative qui fut semble-t-il un échec. Selon Paul Foster Case, le premier temple américain de l’Ordre aurait été créé à New-York en 1897 par les Lockwoods, un couple de Théosophes assez influents auxquels Mathers aurait accordé le grade honorifique d’Adeptus Exemptus. Paul Foster Case prétend que les Lockwood étaient allés à Paris pour recevoir ce grade, mais les Minutes Books du Temple Ahathoor ne mentionnent pas cette évènement; d’ailleurs, selon les archives de la Société Théosophique de New-York, les Lockwood n’étaient même pas encore affiliés à une loge théosophique en 1897 ! De plus, selon les documents de l’Ordre Rosicrucien de l’Alpha Oméga, ils ne reçurent la Charte qui les autorisaient à fonder le Temple Thoth-Hermès N°9 de New-York qu’en 1904.

Le nom du nouveau Temple américain semble avoir été « Thmé » ou « Thémis », nom égyptien ou grec de Maat, déesse de la Vérité et de la Justice. Darcy Kuntz mentionne dans son livre « The Golden Dawn Source Book » que la Charte du Temple Thmé N°8 aurait été accordé en 1897 à un certain George W. Wiggs (Frater Amor Lux et Labor) de Chicago, dont nous ne savons rien. Il indique aussi qu’il aurait été initié au grade de Néophyte au sein du Temple Thoth-Hermès, ce qui est impossible puisque ce Temple n’existait pas encore à cette date.

Charles Rosher (Frater Aequo Animo) raconta à Aleister Crowley que Madame Horos avait probablement appris tout ce qu’elle savait au sujet de la G.D. de la part de membres américains de l’Ordre qu’elle avait rencontrée auparavant à New-York. Peut-être s’agissait-il des Durands, un couple d’artistes juifs américains qui furent membres de l’Ordre Intérieur du Temple Ahathoor pendant plusieurs années. James Madison Durand (Frater Judah, puis Melitzah) fut même Hiérophante du Temple Ahathoor en 1896. Il quitta la France avec son épouse en 1897 pour retourner vivre aux U.S.A. Mme Horos avait sans doute fait la connaissance de ces initiés de la G.D. (les Durands?) au sein de la Société Théosophique dans laquelle elle s’était infiltrée en essayant de se faire passer pour la réincarnation de Madame Blavatsky (les membres de la G.D. étaient effectivement presque tous membres de la Société Théosophique).

Apparemment, Mme Horos réussit à faire croire à Mathers qu’elle était la véritable Mme Sprengel (Soror Sapiens Dominabitur Astris) et qu’elle n’était pas décédée comme l’avait prétendu Westcott. Elle lui raconta aussi qu’elle était venue à Paris pour l’aider financièrement à rétablir les Mystères d’Isis. Mathers crut bon de saisir cette opportunité pour renforcer son autorité, alors déjà chancelante, auprès des Adeptes de Londres. En effet, ces derniers, de plus en plus mécontents de l’autorité de Mathers, souhaitaient que Westcott redevienne Chef de l’Ordre Intérieur. Or, Mathers considérait (à juste titre d’ailleurs) que l’Ordre Intérieur de la R.R.A.C. était sa création personnelle. Bien que Westcott ait été obligé de démissionner de l’Ordre suite à une dénonciation anonyme auprès de ses supérieurs hiérarchiques, Mathers craignait néanmoins son retour dans la direction de l’Ordre Intérieur. Il commit alors une erreur énorme : le 16 Février 1900, le jour même de la visite officielle de « Soror S.D.A. » au Temple Ahathoor, il prit le risque d’avouer, dans une lettre qu’il écrivit à Florence Farr (alors Chef de l’Ordre Intérieur en Angleterre), que Westcott avait fabriqué une fausse correspondance allemande pour légitimer les filiations de l’Ordre et que celui-ci n’avait jamais été en contact avec la vraie Soror S.D.A. qui était maintenant avec lui à Paris.

Bien évidemment, cette révélation provoqua une crise de confiance de la part de tous les membres de l’Ordre Intérieur de Londres. Cela se transforma en véritable catastrophe pour Mathers lorsqu’il se rendit compte, trop tard, que Mme Horos n’était qu’un imposteur doublé d’un escroc. Dans sa crédulité, Mathers lui avait même confié tous les rituels de l’Ordre Extérieur, rituels qu’elle utilisa plus tard pour fonder une fausse Golden Dawn en Angleterre, après avoir tenté vainement de s’infilter dans la véritable Golden Dawn à Londres. Avertis par Mathers, les adeptes de Londres démasquèrent le couple Horos, mais cela ne fut pas suffisant pour éviter le scandale. En effet, en 1901, le couple Horos fut arrêté par la police et fut condamné à la prison pour le viol d’une mineure. Lors du procès, la victime raconta qu’elle avait été initiée par les Horos dans l’Ordre de la Golden Dawn. Le nom de l’Ordre fut traîné dans la boue par les journaux à scandales anglais. Ses rituels furent même partiellement publiés. A la suite de ce scandale, beaucoup de membres quittèrent l’Ordre qui changea tout d’abord de nom en 1902, puis qui fut dissous en 1903. Il éclata en plusieurs branches rivales dont les trois principales furent la Stella Matutina dirigée par Felkin, l’H.O.G.D. dirigé par Waite, et l’Alpha Oméga dirigé par Mathers et Brodie-Innes.

Suite au scandale lié à l’affaire Horos et aux querelles internes de la G.D., Mathers dût mettre en sommeil le Temple Ahathoor jusqu’en 1909. Le Livre des Minutes pour la période s’étendant de 1909 à 1923 montre bien qu’il ne restait plus aucun membre ayant appartenu au premier Temple, à l’exception des Mathers. Toutefois, ceux-ci n’interrompèrent pas complètement leurs activités ésotériques, mais ils le firent sous la couverture des Mystères d’Isis. En effet, les Mathers avait lancé en 1898 le Culte d’Isis à Paris, qui connu une vogue certaine à la Belle-Epoque. Le culte d’Isis était semi-publique et il servit en quelque sorte de cercle extérieur pour le recrutement du Temple Ahathöor lors de son réveil en 1909.

LE TEMPLE AHATHOOR A L’EPOQUE DES MYSTERES D’ISIS.

Les Mathers commençèrent à lancer le Culte d’Isis au Théâtre de la Bodinière où se déroulèrent les représentations publiques des cérémonies Isiaques. Presques toutes les informations que nous possédons à ce sujet, proviennent d’un article écrit en anglais par Frederic LEES dans « The Humanitarian » (février 1900) et d’un article écrit en français par André GAUCHER dans les N° 94 & 95 de « L’Echo du Merveilleux » (décembre 1900), articles que nous reproduisons tous deux ci-dessous intégralement, en commençant par l’article de Frederic Lees.

LE CULTE D’ISIS A PARIS.

Conversations avec l’Hiérophante Ramsès et la Grande Prêtresse Anari.

« A travers les rideaux de mousseline jaune à ma droite entrait la lumière tamisée d’un matin de mi-octobre. La statue ailée d’Isis me faisait face, son disque cornu entouré d’une auréole de lumière diffuse qui pénétrait à travers les interstices des volets d’une autre fenêtre derrière moi. Une gerbe de fleurs était déposée à ses pieds, et de chaque côté d’elle se trouvaient des lotus – le symbole de la résurrection. Mes pensées furent transportées des milliers d’années en arrière dans le passé, avant le temps de J.C. – Je compris que je me trouvais dans un petit temple d’Isis. De tous les côtés se présentaient les évidences de la religion des anciens égyptiens; ici près de l’autel, les représentations d’Osiris et de Nephtys, d’Horus et d’Harpocrates; là, devant l’autel, une lampe triangulaire faite d’une pierre verte, d’où sortait une petite langue de flamme blanche, jamais éteinte. L’odeur pesante d’encens, témoin d’une cérémonie récente, se mélangeait au parfum des fleurs.

J’étais en train d’examiner l’étrange lampe verte quand une voix à mon côté interrompit mes pensées. C’était l’Hiérophante Ramsès qui parlait. A son côté se tenait sa femme, la Grande Prêtresse Anari.

« Je vois que vous admirez la lampe Thibétaine », dit-il. Et il se mit, avec l’enthousiasme d’un vrai archéologue, à me raconter son histoire. « Un très beau symbole! » s’exclama-t-il. « Elle a été apportée de Lhassa, la cité sacrée. Notez que ses trois côtés ne sont pas parfaitement droits, qu’elle a la forme d’un bateau, d’une flamme. La lampe est symbolique, comme l’est tout dans notre belle religion. Rien de ce que vous voyez ici n’est sans un sens, rien ici n’est inutile. Par exemple, voici un sistrum qui est secoué dans nos cérémonies. Un des côtés de la partie en bois de cet instrument représente l’Alpha, le commencement, l’autre côté, la fin, l’Oméga; la partie en métal symbolise l’arche du ciel; les quatre tiges métalliques sont les quatre éléments. Notez que sur chaque tige sont enfilés cinq anneaux qui représentent, quand on agite le sistrum, la mise en action des forces de la nature par l’Esprit Divin de la vie. De même pour nos vêtements, comme je vous l’expliquerais plus tard. Et maintenant, allons dans l’autre pièce où nous pourrons nous asseoir et parler ensemble plus à l’aise. »

Cinq minutes plus tard Monsieur le Comte et Madame la Comtesse MacGregor de Glenstrae me racontaient comment ils se sont trouvés en train de ressusciter à Paris le culte de l’adoration d’Isis, les espérances qu’ils ont pour ce culte, et les belles vérités qu’ils avaient découvertes au cours de leurs études de cette religion, morte pour les égyptologues, mais pour eux si vivante et pleine de forces vitales.

« Vous m’avez demandé », dit l’Hiérophante Ramsès, le nom sous lequel le Comte MacGregor, un gentilhomme écossais de fortune, officie dans les messes d’Isis qu’il célèbre chez lui dans la rue Mozart, à Passy, une banlieue chic de Paris, « comment nous avons commencé à faire revivre cette religion ancienne. La réponse est simple. Au cours de nos études de la religion égyptienne nous avions trouvé certaines vérités perdues; en les redécouvrant nous nous sommes convertis au culte d’Isis. Ce renouveau, vous voyez, était à l’origine quelque chose d’entièrement privé; nous n’avions aucune intention de convertir d’autres personnes jusqu’à ce qu’un événement changeât complètement notre intention. Mais avant que je vous raconte ce qui arriva, il faut d’abord que je vous dise ceci: beaucoup de gens regardent notre propagande d’un mauvais oeil, avec l’impression que nous avons entrepris de reprendre le culte d’Isis tel qu’il le devint dans sa période de décadence. Mais ceci est très loin de notre but. Nous sommes allés bien au-delà du culte dégénéré en revenant au temps où le culte d’Isis avait sa forme primitive originale quand il n’avait pas encore été encombré et surchargé par des additions, comme il le fut dans les périodes plus tardives de l’histoire du monde. Notre culte est l’adoration d’Isis dans sa forme la plus pure. Ceci dit, Madame la Comtesse vous expliquera comment nous sommes arrivés à changer la portée de notre intention. »

« Cela se passa ainsi », dit la Grande Prêtrese Anari. « Nous avons fait la connaissance de Monsieur Jules Bois qui, comme vous le savez, s’intéresse beaucoup aux religions et à leurs renaissances; il nous demanda de présenter une cérémonie Isiaque au théâtre de la Bodinière où il avait déjà donné des conférences sur le Bouddhisme et s’était arrangé pour présenter une messe bouddhiste. Il pensait donc que le public serait intéressé pour connaître quelque chose sur Isis. Mais nous ne désirions pas apparaître en public et, par conséquent, refusâmes sa requête. Tout ce serait arrêté là si Isis elle-même n’était intervenue. Une nuit elle m’apparût dans un rêve et donna sa sanction à tous les efforts que nous pourrions faire à Paris, son ancienne cité, pour y rétablir son culte. Nos scrupules furent balayés. Voici comment nous en sommes venus à donner une première représentation au théâtre de la Bodinière, quand Monsieur Bois y fit sa conférence sur la magie égyptienne, et nous présenta au public, comme il le fait aussi chaque fois que nous célébrons les messes là-bas. »

Moi-même j’avais été présent à la première de ces occasions; la seconde m’avait été décrite par un ami. L’Hiérophante Ramsès et la Grande Prêtresse Anari apparurent les deux fois bien sûr dans leurs robes sacerdotales: les plus beaux costumes que jamais prêtre ou prêtresse avaient portés; beaux parce qu’ils exprimaient tellement de choses aux fidèles. Le prêtre était habillé d’une longue robe blanche; autour de sa taille, une ceinture zodiacale; sur ses bras et ses chevilles, des bracelets sacrés; de ses épaules pendait la peau de léopard, dont les taches symbolisent les étoiles dans l’atmosphère universelle et ce que les théosophes appellent le corps astral. De même, le uskh ou collier autour de son cou représente l’abondante substance matérielle et sans limites, tandis que les boucles pendantes de ses cheveux sont l’emblème de la jeunesse. « La sagesse véritable est toujours jeune ». Mais le vêtement de la Grande Prêtresse Anari est mieux adapté pour donner une bonne idée du symbolisme de l’adorateur d’Isis. Ses long cheveux flottants expriment l’idée des rayons de lumière irradiants à travers l’univers. Sur sa tête est posé un petit cône, symbole de l’esprit Divin, et une fleur de lotus, symbole de la pureté et de la sagesse. « Le lotus croît » dit l’Hiérophante Ramsès « à partir des eaux pleines de boue du Nil. Le cône est la flamme de la vie. L’habillement de la Prêtresse exprime l’idée que la vie de la matière est purifiée et régie par l’esprit Divin de la Vie qui vient d’en haut. »

A la seconde occasion où le Comte et la Comtesse MacGregor apparurent au théâtre de la Bodinière, une messe d’Isis fût célébrée.

Au centre de la scène était placée la statue d’Isis, avec de chaque côté d’elle d’autres statues de dieux et de déesses; et devant elle, sur le petit autel, brûlait la lampe de pierre verte. Debout devant l’autel, l’Hiérophante Ramsès tenait d’une main le sistrum, qu’il secouait de temps en temps, et dans l’autre main il tenait un petit bouquet de fleurs de lotus.

Il récita d’abord une prière devant l’autel, après laquelle la Grande Prêtresse Anari invoqua la déesse d’une voix sonore et avec une intonation pleine de passion. Puis suivit la « danse des quatre éléments » présentée par une jeune parisienne habillée d’une longue robe blanche. Elle avait été récemment convertie et avait déjà récité un poème en vers français en honneur d’Isis. Les quatre danses étaient: la danse des fleurs, qui symbolisait l’hommage de la terre à la déesse égyptienne; la danse du miroir, qui représentait les vagues de l’eau; la danse des cheveux, symbolique du feu; et la danse des parfums, pour l’élément air. La plupart des femmes présentes dans l’audience étaient des parisiennes chics du grand monde et elles avaient apportées des fleurs en offrande, tandis que les hommes versaient des grains de blé sur l’autel. La cérémonie entière était extrêmement artistique.

« Dois-je comprendre », demandais-je à l’Hiérophante Ramsès, « que votre religion est monothéiste? »

« Nous croyons, comme nos prédécesseurs, » fût la réponse, « que la puissance divine peut être présente et apparaître dans les statues. Non, nous ne sommes pas monothéistes, et pour cette raison on nous a souvent traités d’idolâtres. Mais est-ce que l’univers, Dieu manifesté dans la matière, n’est pas un grand « eidolon »? Nous sommes des panthéistes; nous croyons que chaque force dans l’univers est dirigée par un dieu. Par conséquent, les dieux sont sans nombre et infinis. »

– Et l’objet, le but, de votre religion est donc alors précisement le même que celui de toute autre religion?

– Précisement. Notre but est qu’elle doit être un guide de moralité pour quiconque l’adopte. Et cette vie nouvelle de l’une des plus anciennes religions devrait être un agent pour le Bien dans le monde. Prenez notre Livre des Morts. C’est le livre que Moïse lui-même a sûrement étudié quand il vécu en Egypte; et n’y trouvons-nous pas beaucoup de choses qui sont aussi dans la Bible? Ce qui détourne beaucoup de personnes du culte d’Isis, c’est son symbolisme archaïque, mais pourtant, dans mon opinion, c’est exactement celà qui devrait les attirer. En comparant le Livre des Morts et la Bible, nous constatons que celui-ci ressemble bien plus au Nouveau Testament qu’à l’Ancien, malgré son extrême antiquité. Il semblerait, par cette ressemblance, qu’il y a lieu de croire que le Christ avait étudié le culte d’Isis.

Rappelez-vous qu’il y a une période de Sa vie sur laquelle nous n’avons aucune information – sa vie d’enfant en Egypte. Dans le Nouveau Testament on parle d’un fidèle comme d’un « membre du Christ »; dans le Livre des Morts un fidèle est appelé « membre d’Osiris ».

Et puis, un des symboles d’Osiris est sa houlette du Bon Pasteur. Quant à la beauté du langage, le Livre des Morts est plus que tout à fait comparable au grand ouvrage chrétien. Où, par exemple, pourriez-vous trouver des passages plus beaux que ceux-là :

L’Hiérophante prit son Livre des Morts et lut les lignes suivantes d’une voix pleine d’émotion et de révérence:

« Je suis venu sur Terre et j’en ai pris possession avec mes deux pieds. Je suis Toum et j’arrive de ma propre demeure. Arrière, oh! Lion, avec ta bouche brillante et ta tête penchée vers le bas, tu recules devant moi et ma puissance. Je suis Isis et tu me vois laissant tomber sur mon visage la chevelure qui s’étend tout autour de mon front. Je fus conçu par Isis et engendré par Nephtys. Isis détruit tout ce qui est mauvais en moi et Nephtys retranche tout ce qui est rebelle. »

– On m’a raconté », dis-je en m’adressant à la Comtesse MacGregor, « que vous avez un pouvoir sur l’atmosphère. Est-ce vrai que vous possédez certains pouvoirs? »

– Oui, nous possédons un certain pouvoir occulte traditionnel. Nous connaissons beaucoup de vérités traditionnelles oubliées de nos jours excepté par un très petit nombre de personnes. Mais ce savoir caché, nous pouvons l’enseigner seulement à ceux qui consentent à devenir initiés. Comme dans le passé, ainsi à présent, nous avons des initiations sacrées. Elles contiennent des notions théologiques sur un niveau bien plus haut que les dogmes enseignés aux fidèles ordinaires; elles comprennent aussi un système de magie. L’initié doit, évidemment, jurer de tenir cette connaissance secrète. »

– Avez-vous beaucoup de disciples parmi les parisiens? »

– Un nombre croissant, et tout à fait suffisant pour remplir notre petite chapelle. Un temple pour nos cérémonies est en cours de construction à Paris. »

Depuis cette première visite au Comte et à la Comtesse MacGregor à la mi-octobre, j’ai eu beaucoup d’occasions d’entendre leurs idées sur la religion, soit à leurs réceptions, où il y avait toujours un grand nombre d’invités, soit aux messes qu’ils célébraient. Leurs réceptions, il faut le dire, sont parmi les plus fascinantes à Paris. On y trouve des gens de toutes les nuances d’opinion et de toutes les professions; des adorateurs d’Isis, des alchimistes, des protestants, des catholiques, des savants, des médecins, des avocats, des peintres, des hommes et des femmes de lettres, ainsi que des personnages de haut rang.

La Grande Prêtresse Anari a des opinions très intéressantes sur le rôle des femmes dans la religion.

« L’idée d’une prêtresse est à la racine de toutes les anciennes croyances. » Elle me dit une fois : « Ce n’est qu’en notre temps éphémère qu’elle est negligée. Même dans l’Ancien Testament nous trouvons la Prêtresse Déborah, et le Nouveau Testament nous parle de la Prophètesse Anne. Que trouvons-nous dans le développement moderne de la religion pour remplacer l’idée féminine et conséquemment la Prêtresse ? Quand une religion symbolise l’univers par un Etre Divin, n’est-il pas illogique d’omettre la femme, qui en est la moitié principale, puisqu’elle est le créateur principal de l’autre moitié – l’homme ? Comment pouvons-nous espérer que le monde deviendrait plus pur et moins matérialiste si on exclut du divin, qui est l’idéal le plus haut, cette part de Sa nature qui représente en même temps la faculté de recevoir, et celle de donner, l’amour – c’est-à-dire l’amour dans son aspect le plus élevé – symbole de la sympathie universelle ? C’est là où l’on trouve la puissance magique de la femme. Elle prend sa force dans son alliance avec les énergies sympathiques de la Nature. Et qu’est-ce donc que la Nature, si ce n’est l’ensemble des pensées vêtues de la matière, ainsi que l’ensemble des idées qui cherchent à se matérialiser? Quelle est cette éternelle attraction entre les idées et la matière? C’est ça le secret de la vie. N’avez-vous jamais réalisé qu’il n’existe même pas une seule flamme sans une intelligence particulière qui l’anime? ou un seul grain de sable sans une intelligence, cette idée même qui l’avait formé? Ce sont ces idées intelligentes que sont les Elémentaux ou Esprits de la Nature. La femme est une magicienne de la Nature, dès sa naissance, à cause de sa grande sensibilité naturelle et innée et de sa sympathie instinctive avec les intelligences aussi subtiles que celles des habitants de l’air, de la terre, du feu et de l’eau. »

Ces mots donnent une bien meilleure idée de la nature intelligente et rêveuse de la Comtesse MacGregor que ne pourraient le faire des mots à moi. Dans leur profondeur apparaît quelque chose de mystique, d’occulte; nous y percevons le reflet d’un esprit unique. Ce mysticisme, cette tendance vers l’occulte, apparaît aussi dans toutes ses entreprises. C’est évident dans ses discours et dans ses écrits, mais plus spécialement dans ses tableaux.

Car la Grande Prêtresse Anari est une artiste accomplie. Etudiante de Colarossi et d’autres académies parisiennes, elle a reçu une formation solide de l’art. Les méthodes apprises dans ces écoles, elle les applique à sa propre manière, ne suivant le style d’aucun maître en particulier, mais se fiant entièrement à ses propres pensées. Ses oeuvres par conséquent sont très originales. Ses représentations des hommes et des femmes le sont aussi, ainsi que les objets qui les entourent et qui n’appartiennent pas à ce monde, mais au monde de l’imagination, le seul où, d’après son opinion, la vraie beauté peut se trouver. Dans ses peintures il y a beaucoup du même esprit que dans les écrits de Fiona McLeod et, jugeant d’après un de ses tableaux inspiré par un des contes de cet écrivain, elle serait la personne idéale pour illustrer les oeuvres de l’auteur de « Pharaïs » et de « Vieux Contes Celtiques Racontés de Nouveau ». Cette tendance vers l’idéal apparaît même dans ses portraits, tel, par exemple, que celui de son mari *, accroché derrière la porte de la salle à manger, dans lequel il est représenté comme un Adepte Mage, avec trois étoiles sur sa couronne et ses mains tenant la poignée, ornementée de pierres précieuses, d’une épée qui irradie une lumière mystérieuse.

* NOTE : Il s’agit du fameux tableau miraculeusement retrouvé par Ithell Colqhoun qui le détenait de la baronesse Morgan Boyd qui succèda à Moïna Mathers en tant qu’Imperatrix de la Loge Alpha Oméga N°3 de Londres. Après le décès d’Ithell Colqhoun ce tableau a été vendu à un acquéreur anonyme.

Comme l’a mentionné Frederick Lees dans l’article ci-dessus, le succès grandissant du Culte d’Isis à Paris incita les Mathers à déménager à Montmartre en 1900 afin d’installer leur nouveau Temple dans une villa plus vaste entourée d’un jardin. Ce fait est rapporté dans l’article suivant d’André Gaucher qui nous livre un témoignage précieux sur les activités ésotériques des Mathers à Montmartre.

ISIS A MONTMARTRE

« Je savais qu’Isis avait conservé à Paris un culte et des autels; mais j’ignorais que les rites de la déesse égyptienne eussent si près de moi leurs sanctuaires. Je l’appris trop tard, hélas! La décadence romaine a vu les dieux qui s’en vont; la décadence moderne, plus triste encore, voit les dieux qui déménagent.

– « Vous savez qu’Isis nous quitte », me dit un soir, en riant, M. Salanson, mon collègue de la Liberté, qui habite rue Ribeira, à Auteuil, une maison voisine de la mienne.

– « Comment ça? » fis-je étonné, « Isis? la déesse? »

– « La déesse, parfaitement. Ou plutôt ses prêtres qui habitent ici-même, rue Ribeira. Mais, le pavillon, pardon, le temple où ils célèbraient leur culte était devenu trop petit. Il paraît que les adorateurs d’Isis deviennent de jour en jour plus nombreux et plus férvents. Il leur faut maintenant un vaste jardin où les théories des cortèges sacrés puissent se développer à l’aise, et ils ont trouvé, dit-on, un parc à leur convenance, au haut de la Butte. Les mânes d’Osiris et d’Horus vont tressaillir d’aise dans la poussière des pyramides. Vous que le « merveilleux » intéresse, vous devriez aller voir ça. »

J’étais stupéfait. Avoir eu là, sous ma main, à ma porte, les héritiers des collèges sacerdotaux de Memphis et d’Heliopolis et les avoir ignorés; il y avait de quoi être vexé. Une rapide enquête dans le quartier me convainquit de la réalité du fait.

Et moi-même, en précisant mes souvenirs, je me remémorais une grande figure maigre et osseuse, montée sur une paire de longues jambes, des jambes vigoureuses de montagnard, d’Ecossais des highlands. Le plus souvent, vêtu du veston et du pardessus moderne, M. MacGregor avait l’air d’un bon bourgeois, d’ailleurs seulement un peu excentrique. Mais quelques fois aussi le souvenir des clans d’Ecosse s’imposait de telle sorte à son imagination qu’il ne resistait pas au plaisir de revêtir le costume national, et alors, pour la plus grande joie des gamins de la rue Mozart, il sortait jambes nues et en plaid quadrillés, en bariolé comme auraient dit les grenadiers de la Grande Armée qui eurent affaire aux highlanders et qui ne détestaient pas ces montagnards, solides, soldats et bons enfants.

Seulement je ne savais pas que M. MacGregor, l’Ecossais, fût le grand-prêtre d’Isis l’Egyptienne, et j’ignorais pareillement que Mme MacGregor, un beau et fin visage de femme, aux grands yeux pensifs, à l’abondante chevelure brune, fût elle-même la grande prêtresse de l’épouse infortunée d’Osiris.

Vous pensez bien que ma curiosité fut hantée au plus haut point et que je ne resistai pas à l’envie d’escalader la Butte pour y découvrir Isis à Montmartre.

SINGULIER DECOR

Et voila pourquoi je gravis la pente raide et tournante de la rue Lepic. Etrange, d’ailleurs, mon ascension. Il est cinq heures; la nuit tombe, le vent souffle, emportant des flons-flons de cabaret et des ritournelles de fête foraine par delà les sommets du Mont des Martyrs. Voici les grandes ailes du Moulin de la Galette d’où partirons les échos de la Valse des Cambrioleurs repondant aux accords lointains des cistres d’Heliopolis. Je suis ici tout au sommet de la Butte. Le décor change. La vie parisienne, comme une vague, semble mourir sur ces hauteurs. De l’autre côté du Mont, c’est la province, et la rue Girardon, pierreuse et abrupte, m’entraîne, rapide, sur l’autre versant.

Un coude. Une rue étroite, bordée de masures et de longs murs dont les plâtras s’effritent, et dans l’un de ces murs une porte de bois, vermoulue, branlante, dont le locquet grince et crie à chaque poussée du vent qui s’engouffre, impétueux, dans la ruelle. C’est ici. J’ouvre avec un sourire à demi railleur, pensant à part moi: « Voilà une déesse bien mal logée! » Quelle erreur! Comme dans un conte d’Hoffmann, j’aperçois par la porte entrebaillée le perspective d’un jardin immense, descendant en pente douce sur les flancs de la colline. Sous le jour crépusculaire qui s’assombrit de plus en plus, de grands arbres, dénudés, frémissent, tandis qu’à travers les bosquets dépouillés par l’automne tournoie tout un lacis de petites allées mystérieuses qui se semblent se diriger vers la façade, à peine visible dans la pénombre, d’un vaste pavillon à deux étages. Ce doit être là. J’entre et je prends au hasard l’une des allées. Mais une forme humaine se dresse devant moi.

– Que demandez-vous, monsieur? Je suis la concierge.

– Ah! la concierge d’Isis.

– Isis, connais pas. Vous devez vous tromper.

– Et M. MacGregor, le connaissez-vous?

– Oui, c’est ici, à gauche.

Et la brave femme me conduit m’expliquant que son nouveau locataire habite provisoirement une pièce d’un petit pavillon attenant au jardin, en attendant que la maison que j’ai tout d’abord aperçue soit complètement aménagée.

M. MACGREGOR

Je ne me suis pas trompé. C’est bien là, cette grande figure rase, sèche, presque ascétique, qui m’avait frappé rue Ribeira. Des yeux glauques voilés de lourdes paupières tombantes l’éclairent d’un regard parfois un peu dur d’illuminé. Le grand-prêtre me reçoit avec une bonne grâce qui rappelle évidemment les traditions de l’hospitalité écossaise. Nous causons. Il parle d’une voix un peu rauque et sifflante, très forte, mais pas toujours très claire, avec un accent de highlands qui ressemble à un écho enrhumé des monts Granspians.

Autour de nous un prodigieux capharnaüm d’objets entassés pêle mêle dans la hâte d’un déménagement. Sur une table les reliefs d’un modeste repas; à terre des piles de livres, de bouquins vétustes récemment exhumés de la poudre de l’oubli et montant aussi haut que les colonnnes de porphyre sur lesquelles, suivant Diodore de Sicile, les habitants du désert Lybien gravèrent les doubles louanges d’Osiris et de son épouse. D’autres objets confus, mélangés, disparates, jonchent le sol; ce sont des vêtements, des coffrets, des ustensiles de ménage et jusqu’à des caractères d’imprimerie. Sur les tablettes de la cheminée, tout un peuple de figurines vert-de-grisées, dieux et déesses contemporaines des momies, semblent jeter sur ce chaotique assemblage le regard désillusionné de la Mélancholia d’Albert Dürer.

Pauvres petits dieux hiératiques et graves faits pour le rêve monotone et la majesté du désert, et que le cercle mesquin des choses modernes vient dominer!

Dans un pareil cadre, on ne peut guère échanger que des idées philosophiques. C’est d’ailleurs une pente d’esprit commune à M. MacGregor et à moi. Nous y roulons de compagnie, soucieux de chercher dans les hautes régions de l’abstrait une explication satisfaisante des mythes et des symboles de la religion d’Isis.

LA LEGENDE D’ISIS

– « Vous connaissez, me dit mon interlocuteur, de sa voix gutturale, cette légende d’Isis, si harmonieuse et si belle dans sa simplicité. La reine a doté ses sujets de toute la richesse de l’agriculture. La monotone splendeur des champs de blé couvre l’Egypte, heureuse et florissante. Et voici que la guerre éclate entre Osiris et Typhon, son beau-frère. Osiris est vaincu; son corps mis en pièces et jeté dans les eaux du Nil, qui porte ses membres épars aux confins du monde. Isis s’en ira donc sur un vaisseau et sillonera toutes les mers pour tâcher d’y recueillir les restes de son malheureux époux.

« Osiris d’ailleurs est vengé. Horus, son fils, lève une armée, taille en pièces les troupes de Typhon et va immoler son oncle quand Isis intervient; elle cherche d’abord à empêcher la résistance du meurtrier d’Osiris, mais celui-ci s’indigne: « Eh quoi! tu es ma soeur et tu veux me livrer aux coups de ton fils! » Isis, éperdue se retourne alors vers Horus qui lui dit: « Tu es ma mère et tu me défends d’accomplir ce qui doit être accompli, tu m’empêche de venger mon père ». Et la lutte dure, obscure et implacable, entre le dieu du mal et le dieu de la justice; elle dure tant qu’Isis intervient et suspend le bras du vainqueur.

« Tels sont les principaux traits de cette légende d’Isis, qui, vous le savez, remplira le monde beaucoup plus que les anciens mythes de l’Hellade, car si les dieux de la Grèce et de Rome étaient à peu près ignorés des peuplades barbares, il n’en fut pas de même de la déesse égyptienne. Ce n’est pas seulement dans l’étendue du monde latin qu’Isis reçoit un culte et est adorée sous l’aspect d’un vaisseau (navigarium); on est étonné de retrouver le navire emblématique de la déesse vers les confins de l’Europe septentrionale où l’influence romaine n’avait jamais pénétrée. Tacite reconnait chez les Suèves la barque sacrée.

« Il est certain qu’Isis a des autels en Gaule, notamment à Melun qui porta longtemps de ce fait le nom de la déesse égyptienne Isias. Enfin, Lutèce de même lui voue un culte et peut-être le vaisseau symbolique des armoiries de la ville de Paris et le nom même de cette capitale ne sont-ils que des vestiges de l’antique solicitude d’Isis pour le berceau de la future reine des Gaules.

ORIGINE MERVEILLEUSE DU NOM DE PARIS

« Les archéologues ne sont pas d’accord, en effet, sur les origines du blason de Paris, qui restent quelque peu mystérieuses.

« Le navire qui « flotte et ne sombre pas » fut-il primitivement la simple barque des Marchands sur l’eau ou le vaisseau divin d’Isis? Cette question ne fut jamais nettement élucidée et, en tout cas, la seconde solution de ce problème héraldique important n’a pas été écartée par des arguments décisifs. Chose étrange, elle recueille à travers les siècles des témoignages considérables et des sympathies imposantes. Elle triompha même un instant, le 25 janvier 1811. C’est qu’elle a séduit la grandiose imagination napoléonienne qui la consacre solennellement. Et les armes de Paris sont, pour peu de temps, il est vrai, modifiées comme il suit: « de gueules à un navire fretté d’argent, à la proue chargée d’une statue d’Isis, adextré d’une étoile d’argent et voguant sur des ondes de Mino, au chef cousu de bonnes villes de France. »

« Du fond des âges et de l’obscurité du passé on eût dit que la déesse étendait sa main protectrice sur cette ville qu’elle avait sans doute baptisée. Car il faut noter cette tradition qui veut que le nom de Paris provienne lui aussi du vaisseau d’Isis. Il s’appelait le Baris, d’un mot cophte très ancien qui, lui-même, signifie navire. Ce fut sur une barque de roseaux, nous apprend Diodore de Sicile, qu’Isis parcouru les mers. Les adorateurs d’Isis auraient donc, par vénération pour la déesse, donné à la ville de Lutèce le nom du vaisseau sacré. Plus tard la prononciation forte des peuples du nord de la Gaule aurait transformé en « p » le « b » initial. De là serait né Paris. »

LES TRADITIONS ISIAQUES

M. MacGregor me jette un regard triomphant. Cette origine Isiaque du nom de la capitale des Gaules symbolise évidemment à ses yeux l’éternité du culte de la déesse égyptienne. L’immense cité là-bas, sur l’autre versant de la colline, n’est-ce pas le triomphal vaisseau d’Isis, l’immortel Baris voguant sur l’océan des âges! Du sein profond de l’activité moderne quelque chose d’obscur et de merveilleux s’agite, et c’est dans un jardin de la grande ville, au pied du Sacré-Coeur victorieux, colossal, l’énigmatique sourire de la face voilée d’Isis.

Ma foi, l’apparent défi de ce démon sur le flanc de la montagne où coula le sang

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