A la Une Conspirationisme

Histoire Secrète de la France : 1 – Retour sur mai 68

1968, sous l’impulsion des étudiants parisiens, la France s’agite soudainement pendant un mois. Lassés d’une société autoritaire et paternaliste, les jeunes dénoncent pêle-mêle le capitalisme, l’austérité morale gaulliste, les arrestations de leurs camarades, tout en prônant la libération sexuelle, plus de droits pour la femme, le tout avec parfois le Petit Livre rouge à la main.

D’abord désemparés par ces « gauchistes » qui couvrent les murs parisiens de slogans libertaires, travailleurs et syndicats prennent le relais en moins de quinze jours. La France est paralysée et le régime menacé. Le pays connaît en quelque sorte son dernier épisode insurrectionnel.

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Mai 68 à Denfert Rochereau, París

Le monde de la jeunesse en pleine ébullition

Au sein des grandes démocraties occidentales, mais aussi de certains pays de l’Est, l’année 1968 coïncide avec une effervescence de la jeunesse et des mouvements de contestation.

Aux Etats-Unis, le mouvement hippie fait parler de lui, les étudiants manifestent contre le Vietnam tandis que la lutte pour les droits civiques des noirs connaît des épisodes tragiques, notamment avec l’assassinat de Martin Luther King en avril 1968.

L’Italie, l’Allemagne et dans une moindre mesure l’Angleterre connaissent des troubles étudiants parfois violents. Le Zengakuren (une ligue étudiante) lance également des mouvements très suivis au Japon. Grèce et Espagne connaissent des mouvements radicaux contre les régimes dictatoriaux en place. Enfin, la Tchécoslovaquie connaît le Printemps de Prague, qui termine dans la répression. En France, les étudiants sont les premiers à manifester leur mécontentement au printemps 68 et ils le diffusent dans une bonne partie de l’opinion.

Plus de vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’heure est donc à la contestation au cœur d’une jeunesse à la fois fruit du Baby boom et des Trente glorieuses.

A l’heure de la pilule contraceptive, la morale traditionnelle est contestée, comme le montrent aussi bien les apologies de l’amour libre dans les rues en mai 68, que l’ambiance « détendue » de Woodstock un an plus tard. Le modèle capitaliste et la consommation de masse concentrent également les attaques : tandis que les beatniks fondent des communautés sans argent, l’extrême gauche française, des maoïstes aux situationnistes, fustige la consommation et les Mass Medias. D’ailleurs, une partie de la jeunesse « gauchiste » européenne, et notamment française, voit dans la Révolution Culturelle chinoise un formidable encouragement à prendre le pouvoir contre les « conservateurs » et « réactionnaires ».

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© Roger Viollet / AFP Mai 68 la parole sur les murs de la ville

De la crise universitaire à la crise sociale

Or, au sein des universités françaises, cette jeunesse est particulièrement active et avance sur un terrain favorable : au-delà d’une surcharge très problématique des universités, le système éducatif peine à se réformer et à dépasser son modèle traditionnel.

Nanterre, symbole de la croissance de la population estudiantine (elle fut créée en 1964 pour désengorger la Sorbonne), devient le foyer de cette agitation gauchiste.

En 1968, il s’y crée le « Mouvement du 22 mars », dont la revendication initiale était l’accès pour les étudiants aux bâtiments des étudiantes, mais qui prend des positions plus politiques après l’arrestation d’étudiants manifestant contre la guerre du Vietnam.

Composé essentiellement d’anarchistes et mené par Cohn-Bendit, le mouvement occupe la salle du conseil de la faculté de lettres. Avec la multiplication des arrestations, le conflit tend vers un durcissement. Face à cette situation, l’académie décide de fermer la faculté de Nanterre le 2 mai 1968.

Le face-à-face avec les forces de l’ordre s’avère alors très tendu. Depuis le Moyen Âge, les forces de police ne pouvaient traditionnellement intervenir dans les universités. Or, cet interdit a déjà été rompu dans les mois précédents. L’évacuation de la faculté provoque le 3 mai des actions de solidarité à la Sorbonne. En quelques heures, les troubles gagnent le Quartier latin et tournent à l’émeute. Les forces de l’ordre sont sans concession : près de 600 personnes sont arrêtées.

A l’appel de l’UNEF et de la SNESup, la grève est décrétée dans les universités parisiennes et le mouvement fait tâche d’huile en province. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 10 au 11 mai, les affrontements franchissent un nouveau cap : en une nuit, les barricades fleurissent tandis que l’on recense 1000 blessés.

La répression policière joue contre le régime : en signe de protestation, les syndicats ouvriers provoquent une grève générale le 13 mai. Celle-ci s’accompagne d’une manifestation imposante dans les rues parisiennes puis de l’occupation des usines.

La crise a pris une tournure sociale, mais aussi politique : les grands noms de l’opposition, tels que Mendès-France ou Mitterrand, défilent en tête du cortège. Dans les jours qui suivent, les occupations d’entreprises se multiplient, paralysant le pays.

Résistant difficilement à une motion de censure déposée par le PCF et la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste), le gouvernement Pompidou garde le soutien du général de Gaulle.

Après avoir affirmé « la réforme oui, la chienlit, non ! » le 19 mai, celui-ci propose le 24 mai un référendum sur la participation et la réforme des universités, promettant de partir si le non l’emportait. Mais cette allocution n’a qu’un faible écho. Le pouvoir semble vaciller.

De son côté, Pompidou engage des négociations dès le 25 mai. Deux jours plus tard, il signe avec le patronat et les syndicats les accords de Grenelle : le SMIG est augmenté de 25% et les salaires de près de 10%, la durée de travail est réduite pour certains métiers et le droit syndical renforcé. Mais la base ne cède pas et manifeste le soir même.

La fragile victoire du gaullisme

Après plus de dix jours de paralysie du pays, le mouvement risque pourtant l’essoufflement, d’autant plus qu’avec l’obtention des accords de Grenelle, il perd une part de légitimité aux yeux de la population. En effet, étudiants et ouvriers ont bénéficié du soutien indirect du reste des Français, ou tout du moins d’une certaine sympathie face à un pouvoir vieillissant et à une société verrouillée. Mais, après les accords syndicaux, la situation prend une tournure véritablement politique. La rue et l’opposition attendent que le général se retire.

Le 29 mai, De Gaulle disparaît soudainement, sans même prévenir son Premier ministre. Il s’est envolé en Allemagne, dans la base militaire française de Baden-Baden. Pendant qu’il s’entretient avec le général Massu, certainement pour s’assurer du soutien de l’armée, la France ressent avec angoisse la possibilité d’une vacance du pouvoir. Revenu, il prononce le lendemain vers 16 heures une allocution courte mais ferme : il dissout l’Assemblée nationale, mais il ne se retirera pas. Refusant de céder, il demande aux Français de lui exprimer leur soutien et leur attachement au régime. A 17h30, une grande manifestation débute à Paris, rivalisant de par son ampleur à celle du 13 mai.

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© Google Mai 68

Les législatives sont fixées au 23 et 30 juin. Poursuivant sur le registre du risque de chaos politique et de la menace communiste, De Gaulle débaptise son parti pour lui donner le nom « d’Union pour la défense de la République ».

La sympathie de l’opinion pour les manifestants a tourné à la lassitude et à l’angoisse.

Les Français expriment alors dans les urnes leur attachement au régime et à leur président : l’UDR sort renforcée et obtient une majorité écrasante. Les événements de Mai 68 sont terminés.

De fait, cette victoire de De Gaulle est de courte durée. Dès le 10 juillet, il remplace Pompidou à la tête du gouvernement par Couve de Murville, lui reprochant indirectement son efficacité lors des Accords de Grenelle. Soucieux de renforcer la légitimité de son pouvoir, De Gaulle propose l’année suivante une réforme sur le statut du Sénat et sur la régionalisation.

Optant pour le référendum, il fait de ce scrutin un véritable plébiscite : si son projet est rejeté, il quittera la tête du pays. Le 27 avril 1969, le non l’emporte avec 52% des suffrages. De Gaulle assume alors ses engagements et se retire.

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© Google De Gaulle, la fin de sa carrière avec Mai 68

La Cinquième République garde longtemps en mémoire les événements de mai 68, perçus comme le catalyseur de mutations profondes de la société française.

Si le pouvoir sort temporairement renforcé par les législatives de 1968, De Gaulle est amené à partir un an plus tard. Quant aux ouvriers, ils ont obtenu des résultats probants lors des accords de Grenelle.

Les étudiants, à l’origine du mouvement, obtiennent une réforme de l’université. En réalité, leur action a fait sauter de nombreux verrous et entrer la France dans la voie de la modernisation. En effet, des idées et engagements émergent : lutte pour les droits des femmes, modification des valeurs morales, sociales et politiques dominantes.

Une société nouvelle éclot. Parmi les changements qu’elle apportera dans les années suivantes, on retient par exemple la libéralisation puis le démantèlement de l’ORTF en 1974, la loi sur l’IVG en 1975, la libéralisation du régime, l’influence décroissante de l’Eglise chrétienne…

Commentaire : Les Français ont-ils changé ? Mai 68 aurait-il été un mouvement populaire manipulé par les politiciens ? Où en sommes-nous, aujourd’hui, dans cette société qui, au lieu de proposer de meilleures conditions de travail, une meilleure qualité de vie et une vraie liberté ne propose au contraire que des injustices et des inégalités toujours plus prononcées ? Le passé se rappelle au présent, pourrait-on dire, en coup de vent, comme les paroles de Aron semblent le signifier, en France.

http://fr.sott.net/

L’ACCORD SECRET DE BADEN-BADEN

accord-baden-badenHenri-Christian Giraud, ancien patron de la rédaction du  » Figaro-Magazine « , a publié « L’Accord secret de Baden-Baden » aux éditions du Rocher*.

Un ouvrage d’importance, écrit avec la neutralité d’un historien pour, partant des événements de mai 68, éclaircir les raisons du départ du général De Gaulle en Allemagne en pleine tourmente parisienne, pour ne pas dire nationale.

L’hypothèse d’un plan d’intervention des Forces françaises en Allemagne (FFA) a souvent été évoquée.

Pourtant  » le témoignage du chef des FFA (NDLR, le général Massu) est catégorique (…) il affirme que le général De Gaulle n’a certainement pas voulu venir étudier avec lui  » une quelconque intervention militaire [puisque] ce sujet n’a pas été évoqué, ce qui annihile toutes les suppositions avancées depuis…  »  »

Pas à pas, Giraud remonte l’Histoire en limier.

Ce mercredi 1er mai 1968, l’ambiance est lourde. Tandis qu’à Prague la rue renverse les stalinistes et fait un triomphe à Alexandre Dubcek, en France, au cours du défilé de la CGT, des échauffourées éclatent entre le service d’ordre de la centrale et quelques gauchistes porteurs du drapeau noir.

Pourtant, à l’étonnement d’Alain Peyrefitte, alors ministre de l’Éducation nationale, Georges Pompidou, le Premier ministre, s’apprête à partir une dizaine de jours en Iran et en Afghanistan.

Le chef du gouvernement répond alors à son collaborateur :  » Écoutez, je ne veux pas entrer dans les détails… Je vous signale seulement un élément nouveau qui devrait vous permettre de secouer l’aboulie générale. Les communistes, qui sont nos adversaires partout, deviennent cette fois nos alliés ! C’est un changement considérable. Il faut en profiter « .

Une douzaine de jours plus tard, après l’exclusion de huit extrémistes de l’Université, Pompidou précisera : les communistes  » ne pardonnent pas à Cohn-Bendit d’avoir empêché Juquin de parler et de l’avoir chassé de l’amphithéâtre de Nanterre « .

Les gauchistes ne s’y tromperont pas, le 1er juin, Jean-Paul Sartre dira :  » Le parti communiste a trahi la révolution de mai, il s’est trouvé en état de complicité objective avec De Gaulle. Ils se sont rendu service mutuellement « .

Est-ce une explication suffisante ? En toutes choses, il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints.

Premier point, la Tchécoslovaquie, tragédie dans laquelle on avait vu l’URSS violer les frontières d’un pays européen pour réprimer une révolte nationale.

Giraud le rappelle :  » Quand De Gaulle s’exprime enfin, personnellement, sur l’affaire tchécoslovaque, il ne le fait que le 7 septembre suivant (NDLR, 1968), au cours d’une conférence de presse, et parce qu’il doit répondre à une question sur le sujet ainsi formulée :  » Les événements de Tchécoslovaquie doivent-ils modifier la politique de la France vis-à-vis de l’est européen ?  » « 

Second point :  » Début janvier (NDLR, 1969), écrit Giraud, lors d’une réception à l’ambassade soviétique, Debré vante devant Vladimir Kirilline, vice-président du Conseil des ministres de l’URSS, les vertus de la  » belle et bonne alliance  » :  » Qu’à Moscou comme à Paris, dit-il, on n’oublie jamais les leçons de l’Histoire et de la géographie et que l’on sache entre Français et Russes s’entraider. La paix de l’Europe est à ce prix  » « .

Le 7 janvier  » le même Kirilline se voit offrir par De Gaulle un déjeuner en son honneur à l’Élysée.

Dans son toast de bienvenue, le Président français déclare :  » Il est encourageant, dans la situation actuelle de notre Europe et de notre monde, que l’Union Soviétique et la France resserrent leurs relations pacifiques…  » « 

Si ces indices nous mettent sur la piste, il faut néanmoins lire  » Les Accords secrets de Baden-Baden  » pour arriver à croire l’incroyable.

Jean Isnard

http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com

MAI 68 : une révolution juive !

 » Israël Magazine  » dans son numéro de juillet 2008 s’interroge :  » Mai 68 fut-elle une Révolution juive? « 

mai 68 israel magSous la plume de Noémie Grynberg, la réponse pourrait passer pour le délire d’un extrémiste anti-juif si  » Israël Magazine  » (1) ne s’inscrivait pas dans une ligne sioniste radicale.

Nous lisons :  » Même laïcisés, les Juifs gardent ancrés en eux cette mission qui incombe à Israël de mener l’humanité à son accomplissement (…) Il y a un écho entre le déterminisme historique marxiste et le Judaïsme vecteur de l’histoire de l’humanité. Comme l’a formulé Benny Lévy (2), philosophe ancien soixante-huitard revenu aux sources de la pensée juive, le Juif est un passeur. Il est le vecteur de l’Histoire jusqu’à l’accomplissement de l’humanité dans le projet divin « .

Plus loin, l’auteur explique :  » Mai 68 fait appel aux deux grands théoriciens de la gauche révolutionnaire : Marx et Trotski. Eux-mêmes Juifs, ils cherchent à travers le communisme une réponse au  » problème juif  » « .

Elle termine son article sur une citation du Rav (3) Joseph Atoun, et conclut par ces mots:  » Le messianisme qui traverse l’histoire d’Israël depuis son début, c’est une sorte de ferment révolutionnaire. La kippa, c’est la révolution permanente du Juif.  » Il n’y a pas d’autre moyen de réussir la révolution qu’avec la kippa  »  » .

Notes

(1) Alexandre Del Valle et Guy Millière figurent parmi les collaborateurs de cette publication.
(2) Benny Lévy, gauchiste devenu secrétaire de Jean-Paul Sartre, a fini par rompre avec l’athéisme pour rejoindre la ligne philosophique juive d’Emmanuel Levinas avec Alain Finkielkraut et Bernard-Henry Lévy, pour finalement s’installer en Israël en 1998.
(3) Rav est le titre porté par un rabbin.

L’année qui a presque changé le monde

Patrick Rotman signe là un documentaire assez sombre en forme d' »opéra rock », dans lequel images et musiques se mêlent pour faire revivre le vent de révoltes et d’espoirs souvent déçus qui souffla sur le monde il y a quarante ans.

Les archives secrètes de la CIA

La consigne a été donnée à cinq ambassades françaises en Amérique latine de « s’activer contre la politique américaine en République dominicaine » . Voilà ce qu’un diplomate du Quai d’Orsay dévoile en mai 1965 à l’adjoint du secrétaire américain pour les Affaires atlantiques.

archives secretes ciaPendant quatre ans, Jean de La Grandville, responsable du Service des pactes et des affaires atomiques et spatiales qui voit passer tous les accords secrets, va informer au jour le jour la CIA sur la stratégie de De Gaulle. C’est par lui que les Américains vont apprendre que la France a décidé de quitter le commandement intégré de l’Otan. Les notes rédigées par la taupe du Quai d’Orsay figurent parmi la dizaine de milliers de documents inédits révélés dans « Des secrets si bien gardés », paru chez Fayard…

Pendant cinq ans, le journaliste Vincent Nouzille a écumé les archives de la CIA et celles de la Maison-Blanche et des sept présidents américains qui ont gouverné les Etats-Unis de 1958 à 1981.

Télégrammes rédigés par des conseillers de l’ambassade américaine à Paris sur la France et ses présidents, rapports d’experts du Pentagone, verbatim des entretiens présidentiels… Des documents longtemps classifiés qui éclairent d’un jour nouveau les relations franco-américaines.

Des plans d’installation du centre d’essais nucléaires de Mururoa à la santé des présidents français, jusqu’aux noms des ministres francs-maçons… les Américains savaient tout ou presque grâce à leurs espions ou à des informateurs comme Charles Hernu, qui, à la fin des années 60, en relation étroite avec un agent de la CIA à Paris, rédige des notes sensibles à destination de l’agence de renseignement.

Le livre révèle comment Washington a encouragé les opposants à de Gaulle, s’est réjoui de sa déstabilisation en mai 1968 et avait même préparé un plan secret d’intervention militaire en France au cas il serait assassiné !

A Paris, l’ambassade américaine veille comme le lait sur le feu sur les futurs leaders politiques, de droite comme de gauche, allant jusqu’à dresser des listes de plusieurs centaines de noms de personnalités prometteuses. Jeune député socialiste, François Mitterrand décrit à ses contacts américains sa stratégie, plusieurs mois avant le congrès d’Epinay, annonçant qu’il va prendre des voix au PC, unifier la gauche et viser la présidentielle.

On découvre aussi comment les Américains nous ont aidés en catimini pour accélérer la mise au point de notre force de frappe nucléaire. Autant de « secrets si bien gardés »… jusqu’à ce jour

Les américains nous aident à fabriquer la bombe a

Après avoir espionné et tenté d’empêcher la France de faire sa bombe atomique, les Américains acceptent d’apporter leur aide militaire et scientifique pour la mise au point de notre force de frappe nucléaire. En décembre 1974, Giscard décroche le feu vert du président Ford. Dans le plus grand secret.

Extraits

« Hôtel Méridien, Fort-de-France, dimanche 15 décembre 1974, 16 h 30. Entre Gerald Ford et Valéry Giscard d’Estaing, le climat s’est détendu. Après un déjeuner dans le cadre luxuriant de la plantation Leyritz, l’heure est venue de reprendre les discussions. Le président français jette un oeil aux documents extraits de son dossier, tamponnés du sceau rouge « secret défense ». Préparées par son chef d’état-major particulier, le général Guy Méry, ces notes contiennent l’un des secrets les mieux gardés de la Ve République : il s’agit d’une liste des requêtes françaises dans le domaine ultrasensible des armements nucléaires. La France ne peut l’avouer publiquement, mais elle a besoin de l’aide des Etats-Unis pour accélérer la mise au point de sa force de frappe. (…) « Voici les points qui nous intéresseraient :-sur les MIRV [têtes nucléaires multiples] (…)-certaines informations sur le durcissement de la tête nucléaire, voire sur la conception de la tête elle-même (…)-la question des essais souterrains, à propos desquels vous pourriez nous donner certaines informations sur les instruments de mesure, ou peut-être même nous permettre d’utiliser certaines de vos installations pour des travaux préparatoires qui pourraient ainsi être faits avant que nous ne puissions utiliser nos propres installations dans le Pacifique ;-vous pourriez aussi peut-être nous donner quelques informations sur l’emplacement des missiles soviétiques […]. » Kissinger l’interrompt pour rappeler que, sur ce dernier point, des renseignements ont déjà été livrés à la France, ce qui est exact. Puis Giscard conclut son exposé sans fausse pudeur : « Il s’agit donc là d’une coopération qui nous intéresserait et qui, je crois, aurait une bonne influence sur nos rapports. Mais c’est un domaine dans lequel il n’y aurait pas grand-chose comme contrepartie de notre part ». »

Bibliothèque Ford et Archives nationales.

Pompidou : s’il fallait tirer sur la foule, il en donnerait l’ordre !

L e 20 mars 1970, à la suite d’une visite de Pompidou à Chicago, durant laquelle le président et sa femme sont bousculés par des manifestants juifs qui protestent contre la vente de Mirage à la Libye, Vernon Walters, ex-attaché militaire à Paris et futur directeur adjoint de la CIA, livre ses impressions dans une note destinée à Nixon.

Extraits

« Le président français est « hautement intelligent, astucieux, il sait se saisir des opportunités et éviter des déclarations qu’il ne souhaite pas faire. Il a une plus forte personnalité et une plus forte assurance que je ne le pensais. » Durant la bousculade à Chicago, Pompidou a eu peur que sa femme, qui connaît quelques injures en anglais, ne les assène aux manifestants. Mais surtout, « arrivant aux Etats-Unis en accusé, il a réalisé, après Chicago, les avantages qu’il pourrait retirer du fait d’être la partie agressée ». Selon Walters, Pompidou n’aime pas les Américains mais « comprend ce que nous représentons dans le monde ». Autre détail : le président français n’aurait pas gardé une grande affection pour son prédécesseur. « Le général de Gaulle ne faisait confiance à personne et, à la fin, c’est cela qui l’a perdu », a-t-il dit à Vernon Walters. D’après Pompidou, ses futurs rivaux sur la scène intérieure seraient son Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, le ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, le leader radical Jean-Jacques Servan-Schreiber et, peut-être, le centriste Edgar Faure. Mais c’est surtout le sens de l’autorité de Pompidou, « extrêmement anticommuniste », qui a frappé le militaire américain : « C’est un homme d’ordre et de loi. Il a dit que, lorsqu’il est revenu de son voyage en Afghanistan à Paris durant les événements de Mai 68, il a trouvé le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, complètement dérouté. Frey lui a dit que c’était l’éternel retour de 1848. Pompidou a répondu sévèrement qu’il ne savait pas si le général de Gaulle était Louis-Philippe, mais que lui n’était pas Guizot (Premier ministre de Louis-Philippe [sic ! ]). Se référant deux fois aux manifestations qui ont eu lieu aux Etats-Unis, il a dit : « Une société qui ne sait pas comment se défendre contre elle-même ne survivra pas. » Et Mme Pompidou, choquée et irritée par les événements de Chicago, a ajouté : « Et elle ne méritera pas de survivre…  » (…) « A plusieurs reprises, il a dit ouvertement qu’il ne tolérerait pas le désordre en France. Si les circonstances conduisaient à la nécessité de tirer, il n’hésiterait pas à en donner l’ordre. » Réputé pour son sens de la conciliation en Mai 68, Pompidou s’est, semble-t-il, durci au contact du pouvoir. »

« General Walters Impressions of President Pompidou », mémo de Henry Kissinger, bibliothèque Nixon.

Mitterrand : « je serai candidat et je serai élu président. »

S ix mois avant le congrès d’Epinay et la mainmise de François Mitterrand sur le PS, le député socialiste confie sa stratégie au diplomate Allen Holmes lors d’un déjeuner chez un journaliste politique français. Les Américains vont se rapprocher de cet antigaulliste dont l’ambition les stupéfie, au cas où il arriverait un jour au pouvoir…

Extraits

« Le dimanche 22 novembre 1970, dans la maison de campagne du journaliste Pierre Rouanet [alors journaliste au Nouvel Observateur, NDLR], l’ambiance est décontractée. Invité vedette, François Mitterrand, venu accompagné d’une charmante jeune femme, capte rapidement l’attention des convives par ses confidences et son humour grinçant. En bout de table, Allen Holmes et son épouse se délectent. Le déjeuner se poursuit jusque dans l’après-midi et se prolonge par une promenade digestive. (…) Le député socialiste dit être déçu que de Gaulle n’ait jamais voulu lui accorder le statut de compagnon de la Libération. « Pour des raisons politiques » , déplore-t-il. D’après Mitterrand, la page du gaullisme se tourne définitivement.  » Les cartes vont être rebattues », dit-il à Holmes. (…)

François Mitterrand a un plan, qu’il détaille à son interlocuteur américain. « Le temps est venu de réorganiser la gauche divisée en une force d’opposition crédible, à la manière de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, que je représentais lors de l’élection présidentielle de 1965. J’ai forcé de Gaulle à un second tour. Sans l’Alsace et la Bretagne, des régions très catholiques, j’aurais pu battre le Général d’une courte tête (…) L’actuel Parti socialiste n’est pas assez fort pour négocier avec le Parti communiste ou pour servir de point de ralliement à tout le reste de la gauche. C’est la raison pour laquelle j’appelle mon parti, la Convention des institutions républicaines, à se réunifier avec les socialistes. Nous allons faire en sorte de fusionner lors d’un congrès en juin 1971 [à Epinay]. Après cela, et après cela seulement, il sera possible de reconstituer un front socialiste et démocratique, une union électorale de la gauche qui nous permettra de gagner des sièges face à la majorité lors des législatives de 1973. » (…)

« Je serai candidat et je serai élu », indique-t-il au diplomate américain, qui s’avoue stupéfié par la vision politique et l’assurance machiavélique de Mitterrand. En rendant compte à Washington de cet entretien informel, particulièrement instructif, l’ambassadeur Dick Watson résume l’ambition du leader socialiste : « Son but à long terme est d’être élu président de la République en 1976. » A peu de chose près, c’est ce qui va se passer (…) Organisée de manière anticipée en 1974 à cause du décès de Pompidou, elle [la présidentielle] verra Mitterrand échouer de peu, ce qui le contraindra à attendre l’échéance suivante, celle de 1981 (…) »

Mémorandum de conversation entre François Mitterrand, Pierre Rouanet et H. Allen Holmes, 22 novembre 1970, National Archives and Records Administration.

Chirac, peu diplomate et très franc

Mai 1974. Le nouveau tandem formé par Valéry Giscard d’Estaing et son Premier ministre Jacques Chirac, qui a 41 ans, plaît aux Américains. Ils y voient le présage d’une France plus moderne et moins antiaméricaine.

Extraits

« L’ambassadeur américain, John Irwin, s’amuse à brosser le portrait du nouveau chef du gouvernement. « Depuis douze ans, Chirac est considéré comme l’un des plus brillants jeunes loups de la majorité, ayant bénéficié de son amitié avec Pierre Juillet, l’éminence grise de Pompidou, et avec Jacques Friedmann, le confident de Messmer. » Irwin se félicite par ailleurs de l’américanisme affiché du Premier ministre et de son allure peu conventionnelle. Après avoir grimpé les échelons politiques, séduit les agriculteurs et fait son trou en Corrèze, Jacques Chirac, « très ambitieux » et « opportuniste », a rallié Giscard durant la campagne. « Dans certains cercles gouvernementaux, il est connu comme ‘le bulldozer’ (surnom que lui aurait donné Pompidou) à cause de son attitude combative (…). Il est rude, froid, peu diplomate, très franc. (…) Il est apparu sur la scène politique comme un jeune technocrate intelligent qui manque de touche humaine. Un de ses proches lui a conseillé de regarder les gens quand il leur serre la main, afin de ne pas leur donner l’impression qu’il a toujours un train à prendre. (…) La presse parisienne le trouve mal habillé, parce qu’il porte des costumes de mauvaise coupe et des manteaux gris sombre. De grande taille et d’une beauté sévère, il a pourtant une présence physique. Il fume des cigarettes américaines extralongues. » »

« Jacques Chirac New Prime Minister of France », 29 mai 1974, télégramme de l’ambassadeur John Irwin, National Archives and Records Administration.

De Gaulle : un égocentrique intraitable

Début des années 60, les relations France-Etats-Unis sont tendues. Diplomates, conseillers de la Maison-Blanche et experts de la CIA tentent de percer la personnalité de De Gaulle.

Extraits

« « Le caractère de De Gaulle est complètement forgé par son éducation, son expérience et ses propres traits, qui sont essentiellement égocentriques, avec quelques touches de mégalomanie. Autant que je puisse en juger à travers mes discussions et lectures, ses opinions fondamentales n’ont jamais varié après une quelconque conversation, ou sous l’influence d’une concession ou d’un geste faits par d’autres pays. (…) » (1). De son côté, la CIA a tenté, fin 1962, d’analyser les « moyens d’influencer de Gaulle » (…). L’agence de renseignement le décrit comme un homme solitaire, d’une « réserve impénétrable », recevant beaucoup de visiteurs, mais ne croyant qu’en lui-même, ayant écarté « beaucoup de ses ministres de tout rôle direct » pour décider des grandes lignes de la politique nationale (2). Dans un rapport concocté en juin 1963 pour le président Kennedy, juste avant son ultime tournée en Europe, le sous-secrétaire d’Etat George Ball s’inquiétait (…) « Semaine après semaine, la France de De Gaulle devient imperceptiblement plus absolutiste, tandis que les Français se sont mis en vacances politiques prolongées, une sorte de long été indien d’irresponsabilité. En détruisant la structure des partis, à l’exception du Parti communiste, le Général a éliminé les moyens institutionnels de résister au communisme ». » (3)

1. Note de l’ambassadeur américain à Paris, Charles Bohlen, au président Johnson, fin 1963, bibliothèque Johnson.

2. « The Channels of Influence to General de Gaulle », 26 décembre 1962, archives de la CIA.

3. « The Mess in Europe and the Meaning of your Trip », 20 juin 1963, archives du Département d’Etat.
Sur le même sujet

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