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Feuille de route pour l’Apocalypse : 2 L’énigme du Supramental

par Natajaran

temple de la non formeSans la descente du supramental, nous pourrions laisser les voies spirituelles aussi distinctes qu’elles l’ont toujours été, mais quelque chose a changé sur la terre.

Tandis que l’aspiration terrestre augmente à travers des individus qui veulent se battre pour leur environnement, le Divin lui-même descend dans la Manifestation, ce qui ne peut que l’améliorer. Pour le moment, nul n’a trouvé la cause rationnelle du retour du supramental, et même Sri Aurobindo s’est contenté de retrouver la conscience des rishis et de la pousser plus loin, sans justifier que cela se produise précisément à son époque.

Il n’a pas pu expliquer pourquoi cela ne s’est pas produit avant, il a évité d’attaquer les traditions qui prétendaient avoir trouvé le fin du fin, et abouti aux plus hautes réalisations possibles. Il n’a pas non plus décrété que sa propre percée allait définitivement entraîner toute l’humanité dans le présent divin. Aussi est-il de la responsabilité de chacun de comprendre en profondeur le paradigme supramental, pour le différencier des autres systèmes ascendants, puisqu’il possède quelque chose de particulier. Mais ce qui le particularise n’est pas à côté du Spirituel connu, auquel cas il suffirait de changer d’orientation, et de substituer par exemple, Sri Aurobindo au Christ ou au Bouddha. Le supramental est au-dessus de tout le reste, ce qui veut dire en essence qu’il est inutile d’éviter d’autres voies spirituelles, qui, de toute manière, s’interposent entre lui et nous.

On peut aussi bien parvenir au Supramental en traversant le bouddhisme ou n’importe quel monothéisme, qu’en commençant le chemin avec le couple formé par Mère et Sri Aurobindo. En effet, le bouddhisme authentique prépare d’une manière correcte à la réalisation du vide mental, à la clarification de la personnalité, au sacrifice du boddhisattva, qui offre sa réalisation pour le bien de tous. Ces éléments traditionnels sont repris autrement par Sri Aurobindo, pour qui le Brahman est un passage obligé, l’intention universelle une condition sine qua non, et la bonté une qualité nécessaire pour supporter les œuvres (ce qu’on trouve à demi-mot dans ses aphorismes). La question serait plutôt, pour un bouddhiste, de reconnaître les limites du travail émané par Gautama, et de voir en quoi le paradigme supramental le complète. Certains ne feront pas le pas, puisqu’ils ne voudront pas identifier le non-né de Bouddha avec le supramental, ou bien ils douteront qu’un être humain puisse réellement ressentir physiquement la Mère des Mondes, l’énergie primordiale.

Il n’est pas possible de forcer son propre chemin, et il vaut mieux, parfois, procéder par étapes et attendre un véritable appel, que construire des échafaudages bancals, qui s’effondreront quand on voudra les utiliser.

Bien sûr, le fait que le supramental soit au-dessus, et non à côté du reste, ne facilite pas le travail, puisqu’il faudra, tout simplement, traverser les autres plans qui y mènent, d’une façon ou d’une autre; qu’on s’y attarde ou non, mais il faudra les reconnaître. Et ils peuvent être reconnus dans leur propre cadre, légitime et antérieur à l’incroyable miracle que constitue l’accès au supramental.

Le christianisme, par exemple, dont on a effacé au cours des siècles le caractère pratique pour créer une rêverie métaphysique qui rassure le plus grand nombre, possède de nombreux matériaux qui concordent avec le projet supramental. C’est une voie qui se voulait terrestre à l’origine, et qui pariait sur une transformation des relations humaines, susceptible de rapprocher chacun, par l’Amour, du secret du père.

Le supramental est un pouvoir, une énergie et une conscience supérieurs encore à ce qu’on appelle l’esprit-saint et il sera donc capable de réussir une transformation plus radicale que celle que les meilleurs initiés chrétiens sont parvenus à amorcer. Bien entendu, il est possible que le paradigme chrétien possède des ramifications occultes qui deviennent inutiles avec l’aurobindisme.

Le supramental, c’est une manière de court-circuiter toutes les entités supérieures aux hommes, les dieux, les anges, les avatars, et d’éviter leur propre politique. Il est possible à tout être humain de se soumettre au seul Divin primordial, au-dessus du Christ, au-dessus de toute entité manifestée, et de vivre en dehors de toute inféodation ou manipulation. Le «travail spirituel» se borne finalement à supporter le Divin sur le plan physique, gérer les résistances de la mémoire évolutive, mais plus aucune entité n’a à guider le travail, puisque les plans astraux et célestes sont eux-mêmes dépassés. La shakti opère également dans le cerveau pour créer un nouveau mental, un nouveau mode de perception, tandis que le moi croît vers le Moi universel sans perdre de ses attributs les plus profonds.

Il serait donc faux de supposer que la conscience supramentale, étant donné sa suprématie, est coupée de la spiritualité traditionnelle. Elle est pressentie dans l’exigence d’intégrité du boudhisme, elle se prépare inlassablement dans l’hindouisme saturé de dieux et de doctrines métaphysiques, elle est embryonnaire dans le christianisme originel, porté par l’intention radicale d’améliorer la vie sur terre et de faire de l’homme un Inspiré. Sri Aurobindo ne représente pas le supramental comme étant l’Amour, mais il en possède, naturellement, toutes les caractéristiques, avec un jeu dialectique à l’intérieur de ses quatre manifestations qui peut permettre une transformation radicale de l’existence terrestre, dans les dix mille ans qui s’annoncent, si notre espèce se survit à elle-même. Dans une perspective qui serait ici trop pointilleuse et technique, on peut même représenter le christianisme comme une anticipation du monde supramental à partir d’un plan qui lui est inférieur, mais qui peut y mener dans les meilleures conditions possibles.

Il est en effet certain que les plus grands mystiques, chrétiens, juifs, soufis, hindous, ont profondément aimé et servi ce que Sri Aurobindo appelle le Divin, et qu’ils avaient besoin du cadre de leur tradition pour le nommer. «Le Divin» (selon Sri Aurobindo) regroupe en un seul signifiant toutes les plus hautes conceptions que l’humanité a élaborées concernant le principe transcendant le plus élevé qui soit. Dieu a toujours été conçu comme un océan de conscience pure par les êtres profonds, et ce n’est que par dégradations successives qu’on a fini par désigner par ce terme une entité supérieure, pourvue de volonté et d’un droit de regard sur l’humain.

Cette substitution ténébreuse a permis aux religions de s’établir en faisant craindre l’autorité de Dieu, ce qui était d’autant plus facile qu’auparavant des entités obscures ont régné sur l’humanité soumise en se faisant vénérer comme le Dieu suprême. L’intuition pure du Divin a donc toujours caractérisé les mystiques, qui ne se sont jamais laissés prendre aux concepts d’un dieu interventionniste, qui attend quelque chose des créatures. Ils ont donc souvent été bannis ou condamnés pour ne pas se plier aux représentations infantiles imposées par le dogme religieux local, en particulier dans les trois monothéismes qui fondent la culture occidentale et ses alentours.

Le Divin, tel que l’entend Sri Aurobindo, correspond nécessairement aux aspects les plus cachés de Dieu que l’on trouve dans les traditions, l’Aïn Souph, ce qui se trouve derrière la cinquantième porte, soi-disant inviolable, ou encore l’Inconnaissable, mais peu d’êtres humains abandonnent l’image d’un Dieu personnel et créateur dans ces traditions, et les mystiques vont donc à l’encontre de tout ce qui a été établi, vivant leur contact avec les aspects supérieurs du Spirituel dans une solitude quasi absolue. Ils ne touchaient peut-être pas le Divin physiquement, puisque le supramental vient juste d’être établi, mais le sentiment qu’ils avaient du Divin était une prémonition de cette dimension, et ils contactaient les plans juste en dessous du supramental, où toute notion de Dieu s’évanouit dans une présence ineffable.

Il serait donc tout à fait naturel dans l’avenir de voir les traditions, dans ce qu’elles ont de meilleur, comme autant de préparations particulières, mais contingentes, à la manifestation du supramental, lui qui sera reconnu d’emblée dans un contexte terrestre, transcendant n’importe quel particularisme local et historique. C’est la première fois qu’une révélation peut embrasser l’ensemble de la civilisation terrestre, puisqu’elle ne cherche pas à supplanter aucune tradition, mais qu’elle les prolonge toutes dans une dimension supérieure.

L’amour chrétien rapproche du Divin, la vigilance judaïque élève l’âme et sanctifie l’incarnation, l’exaltation soufie exige la manifestation de Dieu dans le monde immanent. Il ne peut y avoir aucune contradiction entre l’aurobindisme et la Tradition, quelle qu’elle soit, puisqu’elles prévoient souvent une ère nouvelle dans laquelle les principes ésotériques seront enfin appliqués à grande échelle, ce qui sera naturel si l’espèce découvre le supramental et qu’il s’implante à travers des pionniers dans une reconnaissance globale du projet de la Conscience dans la matière.

La difficulté, c’est plutôt de reconnaître que le supramental constitue finalement le véritable objet qui a été décrit et approché dans les révélations et les dogmes, et il semble que cette difficulté ne puisse se résoudre que pour les âmes les plus exigeantes, heureuses d’abandonner soudain leur paradigme de prédilection pour une nouvelle approche qui élaguera tous les caractères superflus. En ce qui concerne les autres humains, encore envoûtés par le travail du mental qui brode les représentations nécessaires à une praxis précise, reconnaître la nouvelle Révélation sera beaucoup plus difficile. Mais le Divin est assez puissant pour appeler ses serviteurs dans toutes les demeures où Il s’est patiemment caché et même réduit pendant des millénaires.

Beaucoup reconnaîtront en Sri Aurobindo un homme investi du même Idéal, et qui aura pu, le premier, le matérialiser sans aucun défaut. Ces personnes quitteront facilement leur religion ou même leur ascèse humaniste athée pour une vision qui les satisfera enfin, entièrement pratique; libérée de tout manichéisme, et d’une pureté absolue, puisque, dès le départ, l’abus de pouvoir prosélyte est absent du système. Imposer une religion supramentale n’aurait strictement aucun sens, puisqu’il s’agit cette fois pour l’humanité de reconnaître le Principe suprême pour le vivre, et cette procédure ne peut absolument pas passer par des croyances, quelle que soient leur nature.

S’il faut donc se forcer à «croire» au Divin de Sri Aurobindo après l’avoir comparé à d’autres représentations du Principe, cela veut dire simplement que le moi n’est pas prêt à sacrifier ses habitudes pour une vie différente, encore trop exigeante pour lui. Mais il n’est pas impossible non plus de se rapprocher de la nouvelle révélation, patiemment, à travers d’autres formes qui auront amené ce qui est essentiel dans la voie, soit une véritable consécration, secondée par l’intelligence du déconditionnement. Et nous trouvons cette exigence dans toutes les voies ésotériques dignes de ce nom, et c’est par là même que l’ésotérisme se distingue de l’exotérisme.

On s’imagine l’ésotérisme plus compliqué, alors que c’est justement l’inverse. Il est plus simple et essentiellement radical, et c’est pour cela qu’il est rejeté par le plus grand nombre. Le dogme est remplacé par la véritable pratique, la Vérité n’apparaît plus comme de la broderie conceptuelle, mais tel un acte créateur, et l’engagement permanent remplace la niaiserie réconfortante des rites et des cérémonies, qui créent un emploi du temps artificiel pour le sacré. Il est nécessaire d’avoir libéré le mental de nombreuses survivances dynamiques pour admettre que l’ascèse spirituelle authentique s’exerce en permanence. Sinon, comme elle l’est encore même chez des chercheurs qui se croient avertis, elle n’est qu’une décoration ou un loisir, ou encore une thérapie.

Comme c’est l’être, le moi, qui importe, et ses propres actes, il est évident que tout travail spirituel porte ses fruits par lui-même, indépendamment du cadre et de son nom. Dans cette mesure, beaucoup d’êtres sincères qui accomplissent un travail de fond sur eux-mêmes sans recourir au paradigme aurobindien, bénéficieront de leur ouverture antérieure dès qu’ils seront portés à embrasser la nouvelle Révélation. Inversement, beaucoup d’aurobindiens piétineront, puisqu’ils n’auront pas su traverser les étapes nécessaires à la réalisation, tout en s’enfermant dans la suprématie de leur vision nouvelle, comme si elle autorisait à brûler les étapes.

En effet, au cours de l’évolution du mental vers le supramental, l’esprit humain peut très facilement utiliser des signifiants dont il invente le signifié au lieu de le découvrir et de le vivre. Parce qu’on croit que le mot appelle la chose qu’il désigne, depuis des milliers d’années les êtres humains invoquent «Dieu» en vain, qui demeure un produit de leur imaginaire, ou bien ils trichent avec le mot Amour auquel ils prêtent un sens facile, alors que ce terme désigne une réalité inaccessible sans un engagement profond.

Voilà pourquoi le discernement du jnanin ne doit jamais abandonner celui qui s’éprend de la Manifestation, ou même du Divin. Le travail intérieur permet cette révélation — nauséabonde au début, mais qui est pourtant la porte suprême vers la lumière —, que le signifiant n’a strictement rien à voir avec le signifié. En dehors des verbes primaires et de leurs dérivés, comme avoir faim, chaud, sommeil, avoir envie, qui renvoient à des objets spontanément identifiables, le reste du langage véhicule des mots et des concepts que le mental peut utiliser, sans voir ni percevoir la réalité qui est derrière.

C’est cela le mensonge essentiel, avec la cruauté, qui maintient l’homme dans une conscience égotique. Car la pensée donne systématiquement le change et se contente de jouer avec les signifiants et de les organiser. Les signifiés peuvent rester flous, déformés, se cantonner dans l’imaginaire, cela a très peu d’importance dans le fond. On peut s’imaginer recevoir à bon marché des ordres de Dieu, alors qu’on n’aura jamais creusé vers la réalité intérieure, cela à cause d’une simple reconnaissance soudaine de son mystère. On peut s’imaginer accéder à la connaissance pour avoir seulement jonglé avec les solides de Platon, les Écritures ou les lettres hébraïques, et décidé que le monde devrait être meilleur, sans s’atteler aux mouvements multiples du moi qui entrelacent une identité stable avec une foule de tendances automatisées qui l’absorbent dans le moment.

Ou bien l’on peut mettre sur le mot «liberté», par exemple, des signifiés qui n’existent même pas, ce qui dispense également d’une révélation profonde: la possibilité de faire des choix n’est pas un jeu facile, mais une contrainte absolue, puisqu’il faut trancher, ce que toute l’humanité ou presque ignore, étant donné qu’elle choisit presque automatiquement la réponse la plus facile à toute alternative, ce qui truque l’usage du libre arbitre.

La remise en question de l’identité entre le signifiant et le signifié est la clé de voûte de la consécration spirituelle, et elle démantibule les croyances fades et les habitudes fatiguées. C’est un travail permanent, difficile, que bien peu entreprennent. On préfère en général s’identifier au discours que le mental produit, et le laisser se construire comme s’il était légitime, alors qu’il nous impose automatiquement un mélange des guna qui nous échappe.

On trouvera correct de se mettre en colère pour célébrer une petite indignation, car le mental se répercutera en aval, en cédant à des sensations désagréables qui montent du vital, et on évoquera une juste colère. On trouvera sincère un mouvement pour le Mystère, superficiel, alors qu’un simple examen révélerait qu’il cache une demande ou une crainte, ou bien cherche à obtenir une faveur de l’Inconnaissable, et on s’imaginera croyant, alors qu’en fait la croyance se forme d’elle-même, pour simplement donner un sens global à l’existence, en saupoudrant de sattva, rajas et tamas.

On croit pouvoir aimer ce que l’on désire, et pouvoir légitimement haïr ce qui nous est intolérable, car les guna communiquent à notre insu entre le subconscient et le conscient, et nous présentent comme légitimes les compulsions et leurs débordements émotionnels, appelés par les dangers, les convoitises, les craintes, les agressions et les échecs.

Sommaire

1 Transformer le champ psychologique

2 L’énigme du Supramental

3 Les polarités inconscientes

4 La représentation du Supramental

5 Les lois de l’évolution

6 La préparation au Supramental

7 Les dangers de nommer la voie

8 Esquisse d’une théorie d’ensemble

Source : http://www.supramental.fr/
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