A la Une Âme et Conscience Franck Hatem Univers Multiples

ÊTRE AU SERVICE DU TOUT, QU’ON LE VEUILLE OU NON.

Alain & Frank
Alain & Frank

Rédigé par : Frank Hatem

 

Suite de l’interview réciproque entre Alain Facélina et Frank Hatem

Alain FACÉLINA : Parle-moi de ton père, après avoir fait l’arrière-grand-père. Quel est son apport sur tous ces sujets métaphysiques ?

Frank HATEM : Le contexte familial et personnel est sans grande importance, chacun utilise ses problèmes personnels pour justifier un destin. Ce qui compte, c’est le destin ; c’est ce qu’on en fait. Pour moi c’est comme pour tout le monde, si on fait de la métaphysique, ou de la musique, ou de la peinture, ou quoi que ce soit, c’est pour satisfaire des besoins psychologiques. On a tous plus ou moins des névroses qui nous poussent à faire les choses. Les névroses ne sont que les prétextes sans lesquels on ne ferait pas les choses.

Si on était équilibré, on ne ferait rien. On serait en Paix.

Mon père aussi. Il y a des manques, des vengeances, des désirs, des regrets, tout cela, qui font qu’il s’est lancé dans la recherche du mouvement perpétuel. Peut-être parce qu’il se sentait empêché d’être en mouvement ou n’acceptait pas certains freinages. C’est peut-être pour ça qu’il s’est intéressé au mouvement perpétuel, à cause de la famille, à cause de la religion, à cause de plein de choses, peut-être. Si on agit, si on évolue, c’est parce qu’on se croit autre chose que ce que l’on est véritablement, et qu’on est donc poussé à devenir cette vérité.

Donc, peu importe, ce qui compte, c’est que j’ai toujours eu l’impression que l’on s’était donné rendez-vous, pour finir un travail. On s’est donné rendez-vous après avoir déjà certainement travaillé ensemble pendant des quantités de vies, d’une façon ou d’une autre. On n’est certainement pas parti de rien, l’un comme l’autre, quand on a débarqué. On a atterri avec pas mal de bagages. Et je ne vois pas non plus comment on aurait pu aboutir si on avait atterri à 15 000 km l’un de l’autre, ou à une autre époque. Lui tout seul, il aurait fait ce qu’il a fait, ça c’est sûr. Je suppose. Parce qu’il ne m’a pas attendu. Mais il n’aurait pu aller jusqu’au bout.

Et moi tout seul, il ne se serait pas passé grand-chose, car il fallait partir du livre « Et l’Univers Fut », son livre assez confidentiel qui est paru en 1973 et a été épuisé en quelques années.

Mon père est un visionnaire incroyable, incroyable de perception, d’analyse, d’observation des choses en profondeur. Je ne sais pas comment dire cela. Il a eu cette vision totale qu’on a si on s’arrête 2 secondes de penser et qu’on essaye de « sentir » l’univers qui nous entoure dans son essence. On sent bien, que ça vibre, que ça palpite. On sent bien qu’il n’y a rien qui soit immobile. C’est ton cas aussi, je suppose. Moi, je comprends, que l’on puisse sentir que la matière, les murs, les choses, ce n’est que du mouvement permanent, que cela n’arrête pas de bouger et que donc ce mouvement est auto-entretenu. Ce ne peut être une lancée initiale sinon il y a longtemps que ce serait arrêté. C’est forcément quelque chose qui s’accélère tout le temps, et qui se ralentit en même temps, donc qui s’équilibre, parce que le mouvement est constant et régulier. En apparence il n’accélère ni ne ralentit. Donc, forcément il accélère et il ralentit EN MÊME TEMPS. Sinon on verrait la vie accélérer ou ralentir. Or elle est équilibrée, même si on peut trouver que le temps ou l’évolution s’accélèrent, ce n’est pas le cas des atomes ou des planètes.

Pour que la matière, l’univers, soient équilibrés dans leur mouvement, dans la reproduction de la vie, il faut qu’il y ait une accélération et un ralentissement en même temps.

Et toute la matière, c’est ça. Ce n’est pas une pichenette qui a lancé l’univers. Ça se sent, si on est un peu attentif. Je pense que cela, il l’a tout de suite ressenti. Les Tibétains disaient la même chose, il y a 5 000 ans. Ils disaient que la matière n’est que mouvement extrêmement rapide. Que la matière, aussi stable qu’elle paraisse, n’est que du mouvement. Et que le mouvement suffit pour lui donner l’apparence de matière. Il n’y a pas besoin que ce soit le mouvement de quelque chose.

Ce n’est pas le mouvement de quelque chose, c’est le mouvement.

C’est pareil pour la relation dont on parlait dans la chronique précédente. Ce n’est pas la relation de quelqu’un avec quelqu’un, c’est la relation. Et le reste, les deux quelqu’uns, c’est l’apparence de cette relation, ce n’est pas ça qui est important.

Donc, il a mis quand même pas mal d’années à comprendre le vrai fonctionnement de l’univers, l’explication de « pourquoi la Terre tourne », pourquoi il y a des galaxies, pourquoi on est là. Entre 1934 et 1955, cela fait combien de temps ? Cela fait 21 ans. Il est né en 1922. Il avait 33 ans.

Alain F. : Bel âge !

Frank H. : Oui, surtout que moi, c’est à 33 ans aussi que j’ai découvert ce que j’ai découvert, le complément final à sa théorie unitaire de l’origine de l’atome issu du seul Magnétisme. En 85, j’avais 33 ans. C’est curieux, non ?

Alain F. : En 85, qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Frank H. : Et bien, j’ai compris l’origine de la conscience à partir du Néant à chaque instant en cherchant l’origine de ce magnétisme. Puisqu’on pouvait expliquer tous les aspects physiques de l’univers, de l’atome aux galaxies, à partir de la seule énergie magnétique engendrant un seul type de particule (pour les physiciens, il faut quatre ou cinq « forces » et plusieurs centaines de particules différentes), on ne pouvait s’arrêter en si bon chemin.

Il fallait pouvoir expliquer l’origine de ce magnétisme qui, puisqu’il est dualiste, est égal à zéro. Donc on devait pouvoir comprendre l’univers à partir du Néant au lieu de toujours faire appel à « Dieu » ou à des mystères, ou à des « big bangs » sans cause connue. J’ai mis combien de temps ?

Lui, il a fait ça entre 34, quand il avait 12 ans, et 55. Cela fait 21 ans. Moi, entre 73 (j’avais déjà commencé avant, il faut dire) et 85. Donc, cela fait 12 années. 12 ans à chercher pourquoi le Néant est, devient une dualité magnétique. Lui, son travail a consisté à montrer que tous les phénomènes physiques découlent de la même dualité physique. Qu’il n’y a rien qui y échappe. Et qu’avec le magnétisme on explique tout beaucoup mieux et plus simplement qu’avec les théories compliquées actuelles. Alors que la Physique se heurte à quantité de mystères qu’elle ne peut expliquer. Elle ne peut même pas dire pourquoi la Terre tourne !

Toutes les forces, toutes les apparences de l’univers, à tout point de vue, on peut les expliquer si on part de la dualité magnétique attractive et répulsive. Cela suffit. Il n’y a pas besoin d’inventer d’autres forces, les forces forte et faible, la gravitation, etc., tout ce que l’on veut… Non, non, ce n’est que du magnétisme. Donc, ça, c’est un exploit gigantesque qu’il a réalisé et donc publié en 1973 dans son livre « Et l’Univers Fut » que certains s’arrachent aujourd’hui en occasion à 200 euros.

Tous les physiciens voudraient bien avoir une théorie unitaire, mais ils n’en ont pas. Ils ont ces quatre ou cinq forces distinctes, qu’ils n’arrivent pas à fusionner. Les taoïstes, même chose, ils savent que c’est un principe unique, qui a une seule dualité qui constitue le Néant, c’est-à-dire le Tao, qui est le Ying et le Yang et que cette dualité, c’est très bien, mais ils ne savent pas pourquoi. Et Lao-Tseu ne savait pas pourquoi le Tao est Ying et Yang.

Il se posait le même problème que moi : « Pourquoi le Néant est énergie magnétique ? », mais dans ses termes à lui. Parce que cela, c’était mon intuition autant que la sienne : l’énergie magnétique est égale à zéro. Elle est globalement égale à zéro.

Elle ne peut pas être égale à quelque chose, puisque cela voudrait dire qu’elle est positive ou négative, mais pas qu’elle est dualiste. La dualité magnétique, c’est zéro.

Comme mon père dit, lui, c’est « +5 » et « -5 ».

Il disait qu’on peut imaginer que c’est « Dieu » qui invente dans sa tête, s’il a une tête, « +5 », « -5 » et qu’avec cela, il va créer l’univers. Mais, il faudrait que le « +5 » et le « -5 » soient attractifs et répulsifs, pour que cela marche, pour que ce soit magnétique. Il avait l’intuition que cela suffisait à engendrer toute chose, en apparence, car en fait la somme est nulle et donc il n’y avait aucune raison de sortir du « Néant ». Croire qu’on en est sorti, c’est certainement faux. Si l’on croit à « quelque chose », alors cela devient inexplicable. Mais il ne savait pas d’où venait le magnétisme de cette dualité nulle.

Et moi, je dis plutôt « si ces chiffres sont inséparables et s’ils sont en même temps contraires, la dualité énergétique, on l’a ». Il n’y a pas besoin de la rajouter à ces nombres. Le fait qu’ils soient inséparables, c’est l’attraction, et le fait qu’ils soient contraires, c’est la répulsion. Il s’agit simplement de savoir pourquoi il y a forcément cette dualité. Il ne s’agit pas de rajouter, comme cela, après, des fonctions magnétiques à des principes qui n’en auraient pas.

Ce qu’il faut résoudre, c’est pourquoi le Néant est forcément une dualité ; pourquoi il y a « +5 », « -5 » (par exemple) inévitablement et inséparablement. Si on comprend pourquoi le Néant est une dualité, alors on a le magnétisme, car il y a inséparabilité et distinction à la fois. COMME SOI ET L’UNIVERS. A priori on pourrait se dire que c’est très bien d’être zéro et le rester. Il n’y aurait pas d’univers. Eh bien, ce n’est pas possible et il fallait comprendre pourquoi. C’est cela qui engendre la conscience à chaque instant, et l’univers en découle. Et c’est cela que j’ai publié en 1985.

Mais aujourd’hui on réédite enfin « Et l’Univers Fut » avec tous les compléments nécessaires pour comprendre la totalité. En fait, c’est ce qu’on appelle « Dieu » : la cause de l’Être et de l’univers jusque dans ses moindres détails, à partir de cette nécessité du Néant

C’est la même histoire que le Tao. Pourquoi le Tao est-il Ying et Yang ? Alors que cela pourrait être le Tao tout court qui n’est ni Ying, ni Yang. Et cette question-là, Lao-Tseu ne l’a pas résolue. Mais c’est en 1985, je ne saurais pas dire quel jour (ou plutôt cette nuit-là), mais je m’en rappelle très bien quand même, où j’ai dit « Bon Dieu ! Mais c’est bien sûr ! J’ai trouvé quelle est cette dualité du Néant qui est nécessaire, indispensable et inévitable ».

La cause qui fait que forcément, le Néant est une dualité. Et donc, à ce moment-là, je pouvais expliquer l’énergie magnétique et donc après, il n’avait plus qu’à prendre le relais et expliquer comment l’énergie magnétique devient l’univers. Voilà comment on se complète. Et grâce à ça, on peut comprendre Tout, à partir de rien.

Alain F. : À partir d’une nécessité.

Frank H. : Oui. D’une nécessité. C’est le Néant qui est une nécessité, mais qui n’est pas une réalité.

Alain F. : Si tu devais faire… Ce n’est pas « si tu devais », tu dois faire une définition du mot « nécessité » aujourd’hui. Quelle est ta définition du mot « nécessité » ?

Frank H. : La définition du mot « nécessité »…

Alain F. : Parce que c’est un mot particulièrement précieux et important en l’occurrence.

Frank H. : C’est difficile, ce n’est pas la même définition dans le cas du Néant et dans le cas de quelque chose d’autre. Dans le cas du Néant, la nécessité est le fait de n’avoir pas besoin de cause. Le Néant est la seule « chose » qui aille de soi sans cause.

Toute autre « chose », y compris l’Être, ou « Dieu », ou l’univers, a besoin d’être expliquée à partir d’une cause. Pas le Néant. Par conséquent, il a un statut différent, il est « nécessaire ». Il « va de soi ». Si la cause de tout le reste cesse, alors c’est lui qui « est ».

Mais, il faut prendre le mot « être » dans le sens le plus neutre qui soit. C’est-à-dire que même si le Néant « est », ce n’est pas pour cela qu’il y a quelque chose.

Comment dire ça autrement ? Il faut bien utiliser des mots.

Alain F. : On pourrait aussi la définir en disant, ce que cela n’est pas. Par exemple, le mot « nécessité », dans ta bouche, je ne vais pas lui attribuer une vertu d’utilité.

Frank H. : Non, le Néant n’a pas de vertu d’utilité. C’est une obligation. Il n’y en a pas 36, mais il y en a quand même. C’est cette nécessité en tant qu’obligation qui engendre des nécessités en tant qu’utilités.

L’Être, par exemple, l’univers, est une utilité. Ils ne sont nécessaires que pour satisfaire la nécessité première.

Le fait que quelque chose soit nécessaire engendre tout ce qui le permet (sinon ce n’est pas une nécessité). Nous, en l’occurrence, nous sommes le « moyen » du Néant. Nous sommes ce qu’on appelle « le Plan », mais qui n’en est pas un. Le Néant, qu’on établisse qu’il est ou qu’il n’est pas, ce n’est pas très important, parce que pour l’Être, il n’y a pas de Néant.

L’Être est une négation du Néant. Néanmoins, la totalité de l’Être est égale à zéro.

On peut donc toujours dire que c’est le Néant quand même. Parce que la totalité des univers, c’est nul. L’énergie magnétique est nulle, par essence, et tout est cette énergie. Donc, on peut quand même dire que c’est le Néant, même si ce n’est pas le Néant effectivement. Je ne sais pas si avec le mental on ne pourra jamais exprimer cela .

Donc qu’on dise que c’est le Néant ou le Tout, c’est la même chose.

Alain F. : Oui, car en plus, ce Tout, il est un peu magnétique à ses heures.

Frank H. : C’est la conséquence. La conséquence de sa dualité. C’est cette dualité qui compte. Pendant longtemps, je me suis posé la question : « mais qu’elle est la dualité du Néant ? ». Pourquoi y a-t-il dualité ? Quand je dis aujourd’hui que le Néant est forcément infini et nul, cela paraît aller de soi. Mais à l’époque, cela n’allait pas du tout de soi. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que c’était ça, sa dualité. Il est nul, mais il doit aussi être infini, sinon ce n’est pas le Néant.

Alain F. : Est-ce qu’Arthur Koestler l’avait trouvé ?

Frank H. : « Le Zéro et l’Infini » ? Je ne crois pas. Le vrai titre c’est « l’Obscurité à Midi ». C’est plus politique que métaphysique. Ce qu’il y a de métaphysique c’est que le centre de l’univers (soi) est au service de son infinité.

Le zéro se distingue de l’infini, mais cela c’est l’Être. Mais on ne parle pas de l’Être, on parle du Néant. Dans le Néant, le zéro doit être uni à l’infini. C’est sa vocation. Comme le héros de Koestler qui permet au système politique de fonctionner en disparaissant. Mais le héros ne part pas de sa nullité, il la devient. Comme nous nous partons de notre ego pour devenir infinis, mais pour devenir l’Être infini, il faut qu’en fait l’ego disparaisse. Il faut tendre vers zéro. Mais c’est impossible d’y parvenir et c’est pourquoi il y aura toujours la dualité.

Alain F. : Pas simple à expliquer !

Frank H. : Non !

Ces deux principes, nullité et infinité, devraient être confondus pour que ce soit le Néant. Ce n’est apparemment pas le cas. Et ce qui me semble les distinguer, ces deux principes, mais uniquement d’un point de vue, du point de vue du zéro, c’est que pour l’infini, il n’y a aucune possibilité de ne pas être nul. L’infini, en tant que principe, est forcément nul. Parce que l’infini ne peut pas être quelque chose. Alors que pour la nullité, également indispensable au Néant, j’ai beau chercher, je ne vois rien qui lui impose d’être infini. Je ne vois pas la nécessité pour le zéro d’être une infinité. Il peut l’être, mais c’est autre chose. C’est un principe de nullité, ce n’est pas un principe d’infinité. Alors que le principe d’infinité se confond avec le principe de nullité. Il y a quelque chose qui n’est pas égal entre les deux. Il y a un non-parallélisme, une non‑égalité.

Alain F. : Je vais délirer sur ce thème-là. Quand tu me parles de l’infini qui est nul, cela me rappelle le théorème de Gödel, le théorème d’incomplétude, qui dit que la définition d’un système formel ne peut pas être définie dans le système, il y a obligatoirement un métaniveau. Le passage de l’infinité à sa nullité me semble de ce niveau-là, du passage d’un système à un métaniveau. Et quand j’entends cela, j’ai une vision intérieure qui me positionne ça dans une présentation quantitative.

Alors que pour le zéro, je ressens une tendance du zéro qui pourrait aller vers l’infini, mais d’une manière qualitative. C’est comme si j’avais en résonnance une incomplétude. Tu sais, dans le Ying et le Yang, tu as ces deux taches noire et blanche qui se baladent en complément.

C’est comme si la règle du jeu de l’infini était liée à quelque chose de l’ordre de l’incomplétude, sur un plan quantitatif. Alors que la relation du zéro à l’infini me semblerait plutôt de l’ordre du qualitatif.

Je ne sais pas comment l’expliquer, c’est un délire. Comme si le zéro avait une envie d’être encore plus zéro, d’être un zéro à l’infini.

Frank H. : C’est vrai, c’est sa vocation, mais il n’y arrive jamais.

L’infini est une nécessité pour le Néant. Le zéro est une nécessité pour le Néant. Tous les deux sont des nécessités. Pour l’infini, sa nullité ne pose aucun souci. S’il est, alors il est nul. Mais pour le zéro, c’est simplement une tendance. C’est une nécessité aussi puisqu’il a besoin d’être uni avec l’infini. Parce que le Néant est le but premier. Mais il ne l’est pas forcément, le zéro n’est pas, par nature, infini.

Alain F. : Oui, c’est pour cela que le zéro dont je parle à ce niveau-là, je le vois comme une espèce de désir infini d’être infini.

Frank H. : D’être un zéro absolu, donc.

Alain F. : Oui, c’est cela. D’être un zéro absolu, un zéro infini.

Frank H. : Mais le peut-il ?

Alain F. : Je ne sais pas.

Frank H. : Peut-il être infiniment zéro, sans cesser d’être le principe de nullité ? Moi, je pense que cette question est fondamentale.

Alain F. : Tu peux la reformuler ?

Frank H. : La nullité peut-elle être infinie, c’est-à-dire unie à l’infini, sans cesser d’être simplement la nullité ? Si elle est infinie, c’est le Néant. Mais est-ce que c’est simplement le principe de nullité, le Néant ? L’infini peut-il être effectif « en soi » sans être quelque chose ? Et s’il est quelque chose, ne cesse-t-il pas d’être infini ? Tandis que la nullité, elle, existe toujours pour ceci ou pour cela. Le simple fait que l’on se pose la question, moi cela me suffit, à la limite. Parce que pour l’infini, on ne se pose pas la question. Il est forcément nul. Le zéro est-il forcément infini ? Ou est-ce simplement une tendance ?

Alain F. : Je vais préciser le sentiment qualitatif que j’ai dans cette recherche de zéro absolu. C’est comme si c’était de l’ordre de l’intention. Comme s’il y avait une nécessité de faire la place, une espèce d’amour infini, de se creuser infiniment.

Frank H. : C’est un peu ce que dit le Vedānta. Dieu se vide de son infinité. Dieu exprime son infinité.

Alain F. : Oui, cela me convient bien.

Frank H. : Mais, c’est Dieu.

Est-ce que la nullité, peut-être la nullité sans se vider de l’infinité ? Est-ce qu’elle peut être unie à l’infini sans s’opposer à l’infini ? Est-ce qu’il peut être nul, ce principe, sans s’opposer à l’infini ?

Alain F. : On dit que les extrêmes se rejoignent, de manière triviale.

Frank H. : Ce que dit le Vedānta, c’est ce qu’il y a de plus proche de ça, que j’ai trouvé. C’est vraiment très intéressant. Mais c’est une facilité de langage de dire « Dieu se vide de son infinité ». Car cela présuppose « Dieu ». Moi je dis plutôt « Dieu est le résultat du fait de se vider de son infinité ». Autrement dit, c’est la nécessité de se vider de son infinité qui est Dieu. Mais ce n’est pas celui qui le fait. Il n’y a personne. C’est une façon de parler. Mais je comprends que les textes antiques, quand on les écrit, on les écrit pour que les gens les comprennent. On est dans le même état qu’eux. C’est toujours difficile d’exprimer avec le mental des choses qui n’ont rien à voir avec le mental. On est toujours limités. On n’arrêtera jamais d’améliorer la formulation.

Alain F. : Et puis, il y a toujours des paradoxes, comme celui de la poule et l’œuf, qui sont indécidables. Voilà le théorème d’incomplétude de Gödel encore une fois.

Frank H. : C’est indécidable, la poule et l’œuf ?

Alain F. : Comment tu le traites ?

Frank H. : Je le traite en disant que si un canard pond un œuf et que de cet œuf sort une poule, la question est « c’est un œuf de poule ou un œuf de canard ? ».

Alain F. : C’est une manière de le traiter.

Frank H. : Mais je pense que cela ne s’applique pas à la métaphysique, la poule et l’œuf. C’est une expression pour discréditer la recherche du « pourquoi » en faisant croire que les causes sont d’autres effets.

Le fait pour le Néant que les deux principes ne sont pas exactement sur un pied d’égalité, fait que de toute façon, ils se distinguent. Ils ne peuvent pas ne pas se distinguer. Mais ils ne vont pas se distinguer du point de vue de l’infini, évidemment, puisque l’infini cela ne lui pose pas de problème d’être nul. Ils se distinguent que du point de vue de la nullité, à qui cela pose problème d’être infinie. Elle peut l’être, mais pas forcément. Et si elle l’est, ce n’est pas la nullité.

La nullité peut être partielle. Il n’y a pas de chat sur la table. Mais là on est dans le cas de la physique évidemment. Mais cela n’empêche pas que le principe de nullité existe. Même si la nullité s’applique à tout l’univers, peu importe, c’est toujours la nullité. Et cette nullité donc, est à la fois une impossibilité d’être totalement, complètement et uniquement unie à l’infini, mais c’est aussi une nécessité, comme tu disais, pour être le plus nul possible, d’être infinie.

Et nous sommes cela. La conscience est cela. Nous sommes cette nécessité de la nullité de s’opposer à l’infini, et la nécessité aussi pour le zéro de s’unir à l’infini.

D’où la dualité magnétique « Conscience » et « Amour ».

La « Conscience » est le fait pour la nullité de s’opposer à l’infinité du Néant. C’est toujours dans le Néant que cela se passe.

Et l’« Amour », c’est le fait pour la nullité du Néant, toujours et uniquement pour elle, c’est toujours de son point de vue que cela se passe, de s’unir à l’infinité.

Et c’est cette dualité qui est l’Esprit, « Conscience » et « Amour ».

Pour moi, « Conscience » et « Amour » c’est les deux fonctions de l’Esprit. Il n’y en a pas trois. Cela constitue tout l’Esprit. Il y a un seul principe d’infinité, un seul principe de nullité, une seule opposition, une seule intention d’unité entre eux, donc il n’y a qu’un seul Esprit.

Et à partir du moment où quelque chose qui tend vers l’infini voudrait être infini, mais ne l’est pas, alors on rentre dans le fractal.

C’est‑à‑dire que l’on rentre dans la multiplicité infinie.

C’est-à-dire, qu’il n’y a plus de possibilités pour l’univers de ne pas être particulaire. À partir de là, forcément, chaque nombre existe et chaque particule atomique est distincte des autres particules atomiques. Il ne peut pas y avoir quoi que ce soit d’infini, tout va être fini, mais tout va être infini d’une façon fractale.

Alain F. : À l’infini.

Frank H. : À l’infini potentiellement, mais jamais effectivement.

On va avoir des planètes constituées d’atomes, des atomes constitués de sous‑atomes, des sous‑atomes constitués de sous‑sous‑atomes, et ainsi de suite, sans que cela puisse s’arrêter. Mais sans que cela ne soit jamais effectif non plus. Parce qu’à aucun moment, on ne pourra dire « voilà l’univers, il est ». Ce sera toujours une fuite à l’infini du zéro à travers une infinité de formes, une infinité de possibles. Et tout va se passer du point de vue du zéro, donc du point de vue du Soi. Je suis conscient de l’univers et, par contrecoup, j’aime l’univers et je veux l’intégrer. Mais il n’y a rien d’autre. Du point de vue de l’infini, il ne se passe rien. L’infini n’est conscient de rien. L’infini n’aime rien. L’infini ne veut rien. L’infini est une nécessité, et on ne s’en occupe plus. Tout va se passer du point de vue de la nullité.

Alain F. : C’est l’écran du cinéma.

Frank H. : Peut‑être. En tout cas, c’est la Relation qui seule est, il n’y a personne qui constitue les pôles de cette relation

Alain F. : C’est le support de l’Être. Ou le miroir que l’on cassait tout à l’heure, le miroir en lui-même.

Frank H. : C’est pour cela que parler de l’apport de mon père ou du mien est illusoire. La seule réalité, c’est l’œuvre qui n’est ni l’un ni l’autre, qui est « en soi », mais qui a besoin de l’apparence des deux « pôles » pour se manifester. Comme le Tao a besoin du Yin et du Yang.

 

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