Comment naquit le Christianisme

Comment naquit le Christianisme – 18 Marcion du Pont

janus-1Voici les 28 chapitres de l’oeuvre d’André Wautier sur les débuts du Christianisme.

Un monument intense d’érudition, et la source de multiples polémiques.

 

Chapitre XVIII. – Marcion du Pont

Les voyages de Marcion.

Mais qui était donc ce Marcion, dont il a déjà été si souvent question dans les pages qui précèdent et qu’il faut maintenant faire entrer en scène ?

C’était un asiatique, né probablement vers 85 à Sinope, port marchand, sur la mer Noire, de la province romaine du Pont, ville, qui est aussi la patrie de Diogène et celle d’Onkelos ou Aquilas, un architecte, auteur d’une traduction araméenne du Pentateuque et d’une traduction grecque de toute la Bible hébraïque.

Marcion connaissait cette traduction, car lorsque, dans ses œuvres, écrites en grec, il fait des citations de l’Ancien Testament, c’est plus souvent dans la version d’Onkelos qu’il les reproduit que dans celle des Septante. Certains ont dit que Marcion était le fils de l’épiscope du lieu. D’autres soutiennent qu’il était lui-même druide (1). Ce qui est certain, c’est qu’il fut armateur, mais qu’il commandait souvent lui-même l’un ou l’autre de ses navires. Il voyageait donc beaucoup, et il était très riche. On a vu précédemment qu’il avait été quelque temps à Ephèse, où il aurait notamment collaboré avec Jean le Théologue, mais que ce dernier l’aurait renvoyé, trouvant ses idées trop peu conformes aux siennes (2).

Il relâcha dans bien d’autres ports encore, notamment à Alexandrie et à Antioche. Dans cette dernière ville, il rencontra entre autres Cerdon, dont il devint le disciple. C’est sans doute ce dernier qui lui fit connaître les épîtres de Paul et, bien entendu, son propre Evangélion (3). Il eut aussi de nombreux autres contacts avec les autres synagogues chrétiennes, principalement avec celles qui étaient d’inspiration gnostique et, bien qu’il se proclamât disciple de Paul, de Luc et de Cerdon, il se forgea peu à peu une doctrine personnelle, qu’il devait exposer plus tard dans ses « Antithèses », ouvrage important dont on aura à reparler.

Le début de sa prédication personnelle pourrait dater de 129 environ, car ses disciples mettaient exactement cent ans entre son apostolat et l’apparition sur Terre du Christ de l’Evangélion événement qui y est daté de la 15e année du principat de Tibère, c’est-à-dire 28 ou 29 de notre ère. Mais cette dernière date paraît arbitraire et pourrait constituer, on le verra plus loin, un jeu de mots sur la date (ou une mauvaise
transcription de celle-ci) qui figure dans certains écrits gnostiques chrétiens, de la montée au Ciel d’un Jésus.

Cet apostolat de Marcion devait d’ailleurs connaître des fortunes diverses. À Smyrne notamment, il fut plutôt mal reçu, l’épiscope de la ville, Polycarpe, le traitant même de « premier né de Satan »…

C’est probablement en 139 qu’il débarqua à Rome, où il fut d’abord mieux accueilli et où il fit don à la Grande Église de la somme considérable de 200.000 sesterces. L’épiscope nazaréen de Rome était alors Pie Ier et l’empereur régnant Antonin, qui avait succédé à Hadrien en 138 et qui régnera jusqu’en 161. Coïncidence étrange, c’est précisément en 139 qu’Antonin fit battre une monnaie à l’effigie du phénix, portant l’inscription AIQN (4).

L’amalgame qu’on a tenté de décrire au chapitre précédent entre les diverses sectes qui se réclamaient d’un Christ ou d’un Jésus devait déjà être assez avancé, et même les nazaréens et les pauliniens devaient s’être sensiblement rapprochés, car Marcion paraît s’être tout d’abord intégré assez facilement dans cet ensemble communautaire pourtant, assez disparate et il put tout à loisir mettre au point ses éditions de l’Evangelion et de l’Apostolikon, puis sa rédaction et la publication de ses « Antithèses ». Ce ne sont donc pas tellement, malgré l’exclusion de Cerdon (5) , les deux premiers de ces écrits, qu’il avait d’ailleurs sans doute lui-même aussi remaniés quelque peu, qui provoquèrent sa brouille avec la Grande Église, mais surtout les idées personnelles qu’il en tira et qui font l’objet des « Antithèses ».

Il se rallie à Cerdon.

Ces œuvres constituent, en fait, l’aboutissement extrême du courant gnostique chrétien anti-judaïque d’Antioche, qui, à partir des épîtres et de l’enseignement de Paul de Tarse et de l’évangile rédigé par Luc d’après celui-ci, était passé par les étapes retracées plus haut au chapitre XIII. Partant du diacre Nicolas, il avait été illustré successivement par Satornil, par Basilide et par Cerdon, dont Marcion, on l’a dit, fut le disciple. Comme on l’a vu aussi, Cerdon avait sensiblement remanié l’évangile écrit par Luc et il avait aménagé les épîtres de Paul constituant la matière du recueil appelé Apostolikon.

Il est probable que Marcion retoucha à son tour ces écrits, mais sans doute assez peu, en tout cas beaucoup moins profondément que ne l’avait fait son maître Cerdon de ceux de Luc et de Paul. Ce qui paraît certain, c’est qu’il voulut opposer à l’ensemble des livres bibliques que l’on appelle aujourd’hui l’Ancien Testament un autre corpus homogène qui lui ferait pièce et constituerait à son tour le livre sacré du Christianisme, un canon en onze ou douze livres : dix épîtres de Paul ou lui attribuées et l’évangile qu’il avait prêché, auxquels se serait sans doute ajouté le récit de ses voyages, récit que Marcion dissocia de l’Apostolikon de Cerdon et dont il est communément admis qu’il le retoucha en faisant bénéficier ce texte notamment de sa connaissance étendue des choses de la mer (6).

Marcion et la grande Eglise de Rome.

Ces livres, à vrai dire, n’étaient pas totalement inconnus des « frères » de Rome, puisque Cerdon, avant Marcion, leur en avait fait connaître sa propre version, que Marcion ne modifia qu’assez peu (7). Mais ce dernier entreprit de leur donner un nouvel essor.

Dans son zèle de prosélyte, encouragé sans doute aussi par la terrible défaite subie par les messianistes juifs emmenés par Bar Kochba quelques années auparavant, il voulut même leur donner le pas sur tous les autres écrits qui circulaient parmi ceux des juifs et des « gentils » qui s’étaient ralliés aux disciples, tant de Pierre que de Paul, et même dénier toute valeur à ceux d’entre ces écrits qui étaient peu ou prou d’origine hébraïque, y compris ceux de Matthieu Lévi.

À cause de cette dernière tendance, que la Grande Église refusera, Marcion finira par s’en faire expulser, comme on le verra plus loin. Mais, dans l’entre-temps, ses idées l’avaient profondément marquée et, parmi celles-ci, la constitution d’un canon de textes nouveaux fut retenue, ces textes devant toutefois continuer la Bible hébraïque et la compléter au lieu de s’opposer à elle.

Le canon marcionite.

Le corpus marcionite s’ouvrait donc sans doute par le récit des voyages de Paul de Tarse. Puis suivait le texte de dix épîtres qui lui étaient attribuées, adressées l’une à Philémon, un de ses disciples, les neuf autres à certaines des synagogues chrétiennes qu’il avait fondées. Ainsi qu’on a eu l’occasion de le dire, il est probable que la plupart de ces textes sont des remaniements, parfois importants, de lettres réellement écrites ou dictées par Paul, tandis qu’une au moins, la IIe aux Thessaloniciens, n’est certainement pas de lui (8).

Quant aux trois épîtres supplémentaires qui figurent dans le canon actuel, les deux à Tite et celle à Timothée, elles ne le sont pas davantage, ayant été ajoutées ultérieurement à l’Apostolikon de Cerdon et Marcion. Dans une étude sur les Epîtres de saint Paul, Mr MacGregor, professeur de critique biblique à l’Université de Glasgow, et le pasteur Morton, de Culross Abbey, ont conclu, se basant sur le vocabulaire et les particularités du style des épîtres attribuées à Paul, tels qu’ils furent analysée par une machine électronique, que quatre seulement de ces textes peuvent lui être attribuées avec certitude : l’Epître aux Galates, les deux épîtres aux Corinthiens et celle à Philémon. Encore les trois premières contiennent elles des interpolations importantes (9).

Il faut toutefois tenir compte du fait que, dans l’état où ils sont actuellement connus, ces textes sont certainement très différents des textes originaux, non seulement à cause des remaniements de Cerdon et de Marcion, mais aussi et surtout de ceux qu’ils subiront encore dans la suite, principalement de la main probablement de Clément le Romain, comme on le verra au chapitre XXII. Il est donc possible, pour ne pas dire probable, l’analyse de MacGregor et Morton ayant porté sur le texte canonique, que parmi les dix épîtres dont se composait l’Apostolikon de Cerdon, plus de quatre fussent, au moins, partiellement, authentiques, mais que les autres ont été tellement manipulées dans la suite qu’elles ne peuvent plus, dans leur état actuel, être considérées comme l’œuvre de l’apôtre Paul. C’est notamment sans doute le cas de l’épître aux Colossiens et de celle aux Philippiens. C’est probablement le cas aussi de la majeure partie de l’épître aux Romains, dont les premiers chapitres étaient sans doute, dans leur version primitive, authentiquement de Paul, mais furent plusieurs fois remaniés, les suivants étant des adjonctions, les deux derniers chapitres étant peut-être même postérieurs encore à Marcion.

Il se pourrait enfin que, bien qu’elle ne figurât pas dans l’Apostolikon marcionite, la deuxième épître à Tite soit, elle aussi, au moins en partie, authentique : Paul l’aurait écrite pendant sa captivité à Rome et il dit que Luc est avec lui.

L’Apostolikon.

De toute façon, Marcion dut apporter, après Cerdon, au moins quelques retouches à presque toutes celles qui figuraient dans l’Apostolikon, y compris à celles d’entre elles dont on vient de voir qu’elles peuvent être reconnues comme partiellement authentiques, car un examen attentif de plusieurs de celles-ci, des célèbres lettres aux Corinthiens notamment, révèle l’existence d’au moins trois versions successives (10).

Marcion rédigea en outre des notes introductives à quelques-unes d’entre elles. Ces notes, qui ont été traduites en latin, probablement par Jérôme, figurent dans plusieurs des manuscrits de la Vulgate, mais elles n’ont pas été reprises dans la version canonique des Epîtres (11). Il faut enfin signaler que le fragment de Muratori, qui date d’environ l’an 200 et qui recense les Écritures alors reconnues par l’Eglise romaine, fait état en outre de deux épîtres attribuées à Paul et adressées respectivement aux Laodicéens et aux Alexandrins pour les rejeter toutes deux. Comme on le sait, l’Apostolikon contenait une épître aux Laodicéens, mais aucune aux Alexandrins. Ni l’Apostolikon, ni le canon de Muratori ne mentionnent, par ailleurs, l’Epître aux Hébreux.

L’Evangelion.

Venait enfin l’Evangélion, qui est en fait le texte le plus important des débuts du christianisme, mais qui ne nous est malheureusement pas parvenu dans sa version originale et qu’on n’a pu reconstituer, de façon plus ou moins conjecturale, qu’à partir des œuvres d’autres auteurs qui le citent, la plupart du temps pour le réfuter.

La plus importante, à cet égard, de ces œuvres est la IVe partie de l’Adversus Marcionem de Tertullien, écrit quelque soixante-dix ans plus tard malheureusement, et en latin, ce qui laisse une assez grande incertitude quant à l’exactitude ces citations, mais qui présente l’avantage de restituer du texte qu’il réfute une version presque complète, car il le reprend presque verset par verset pour le comparer à l’Evangile selon
Luc (qu’il accuse Marcion d’avoir mutilé, alors que l’Evangile canonique selon saint Luc dérive, on le verra aux chapitres XIX et XXII, d’un proto-Luc, remaniement lui- même de l’Evangelion, et de l’Evangile selon Marc, tandis que c’est de l’évangile original de Luc que dérive l’Evangelion, ainsi qu’on l’a vu aux chapitres XII et XIII) et, de temps à autre, à l’Evangile selon Matthieu, le plus valable aux yeux de Tertullien.

On connaît aussi des Dialogues d’un certain Adamantins, d’esprit lui aussi anti-marcionite, mais où sont mis en scène deux disciples de Marcion qui défendent l’évangile de ce dernier et en citent des passages. Dans les œuvres de quelques autres Pères de l’Eglise encore, principalement d’Irénée, d’Isidore de Péluse, d’Ephrem, de Jean Chrysostome, de Clément d’Alexandrie, etc… on trouve ça et là des citations de l’Evangelion. Enfin, dans les scolies qui figurent dans sa notice du Panarion consacrée aux marcionites, Epiphane dresse un tableau minutieux, bien que ses citations paraissent assez souvent approximatives, des principales différences de texte que présentaient entre eux leur Évangélion et l’Evangile selon Luc.

À partir de ces éléments, Harnack et Couchoud ont tenté de reconstituer la teneur de l’Evangelion, le premier dans une édition partir des œuvres d’autres auteurs qui le citent, la plupart du temps pour le réfuter. La plus importante, à cet égard, de ces œuvres est la IVe partie de l’Adversus Marcionem de Tertullien, écrit quelque soixante-dix ans plus tard malheureusement, et en latin, ce qui laisse une assez grande incertitude quant à l’exactitude ces citations, mais qui présente l’avantage de restituer du texte qu’il réfute une version presque complète, car il le reprend presque verset par verset pour le comparer à l’Evangile selon Luc (qu’il accuse Marcion d’avoir mutilé, alors que l’Evangile canonique selon saint Luc dérive, on le verra aux chapitres XIX et XXII, d’un proto-Luc, remaniement lui- même de l’Evangelion, et de l’Evangile selon Marc, tandis que c’est de l’évangile original de Luc que dérive l’Evangelion, ainsi qu’on l’a vu aux chapitres XII et XIII) et, de temps à autre, à l’Evangile selon Matthieu, le plus valable aux yeux de Tertullien.

On connaît aussi des Dialogues d’un certain Adamantins, d’esprit lui aussi anti- marcionite, mais où sont mis en scène deux disciples de Marcion qui défendent l’évangile de ce dernier et en citent des passages. Dans les œuvres de quelques autres Pères de l’Eglise encore, principalement d’Irénée, d’Isidore de Péluse, d’Ephrem, de Jean Chrysostome, de Clément d’Alexandrie, etc… on trouve ça et là des citations de l’Evangelion. Enfin, dans les scolies qui figurent dans sa notice du Panarion consacrée aux marcionites, Epiphane dresse un tableau minutieux, bien que ses citations paraissent assez souvent approximatives, des principales différences de texte que présentaient entre eux leur Évangélion et l’Evangile selon Luc.

À partir de ces éléments, Harnack et Couchoud ont tenté de reconstituer la teneur de l’Evangelion, le premier dans une édition allemande où il reproduit aussi dans le texte original toutes les citations connues, le second dans une édition anglaise (12), mais il n’existe malheureusement pas de versions françaises de ces études, Couchoud étant mort avant d’avoir pu éditer la sienne en français. De plus, les réfutations de Marcion étant toutes postérieures de longtemps, comme on vient de le dire, au texte qu’il divulgua, ce n’est probablement pas toujours exactement ce texte qui est reproduit par ses contradicteurs, mais une version plus ou moins altérée, soit par ces derniers, soit même par des disciples de Marcion, car le marcionisme continua d’évoluer longtemps après sa mort.

Malgré tout cela, il est possible de se faire une idée assez exacte de ce que dut être l’Evangelion propagé par Marcion. On y a déjà fait allusion précédemment au chapitre XIII (13) à propos de ce qu’on peut supputer que furent l’évangile primitif de Luc et le texte qu’en tira Cerdon. Comme on l’a signalé, il est probable que Marcion retoucha un peu le texte de Cerdon. Dans l’évangile de Luc et dans celui de Cerdon, le fils de Dieu descend probablement à Capharnaüm, mais on a vu aussi qu’en fait ce nom ne désigne pas une localité galiléenne, mais les parties inférieures du monde, le lieu de la désolation.

Or, dans presque toutes les œuvres qui réfutent l’Evangelion marcionite, le nom de Capharnaüm est suivi de la mention « ville de Galilée ». On peut donc croire que Marcion lui-même – ou, plus probablement, certains de ses disciples – accentuèrent déjà le caractère terrestre de la carrière du Christ, fils de Dieu, tendance qui s’était fait jour en Syrie et à Ephèse, ainsi qu’on l’a vu aux chapitres XII et XIV. Peut- être était-ce dans le but de se rapprocher des nazaréens ? Marcion devait connaître en tout cas l’évangile qu’avait écrit Jean-Marc sur les indications de Pierre et probablement aussi les écrits de Matthieu Lévi, directement ou par des disciples de Basilide, qu’il avait certainement approché à Alexandrie au cours d’une de ses escales en cette ville. Toujours est il que, dans quelques passages de l’Evangelion tels que les traduit Tertullien, Christ est, comme le Jésus de Marc, assimilé au Fils de l’Homme.

De même, il s’insurge contre le formalisme et l’hypocrisie des pharisiens et il refuse, dans l’Evangelion (VII, 23-25) comme dans Marc (VIII 12), de donner un signe à « cette race », alors que, dans Luc (XI, 29-32) et dans Matthieu (XII, 38-41 et XVI, 1-4), il promet le « signe de Jonas ». On a vu ce que représente ce « signe de Jonas », espoir anéanti par la défaite de Symeon Bar Kochba (14).

Rappelons nous toutefois que, dans le plus ancien des textes qui citent des extraits de l’Evangelion, c’est-à-dire la réfutation écrite en latin par Tertullien vers l’an 200, l’œuvre qu’il attribue a Marcion, bien qu’il reconnaisse que ce dernier n’en revendiquait pas la paternité (15), débute simplement comme ceci : « L’an quinze du principat de Tibère, Christ apparut à Capharnaüm, ville de Galilée ». Il n’est donc pas fait mention de Pilate, comme dans d’autres citations, ce qui est plus logique, puisque ce dernier n’avait pas juridiction sur la Galilée, administrée alors par Hérode Antipas. Mais il est même douteux que les mots « ville de Galilée » figurassent dans le texte publié par Marcion:
chez ce dernier, comme dans le texte primitif de Luc, Capharnaüm devait encore désigner les enfers, ainsi que l’atteste, on l’a vu au chapitre XII, un autre chrétien gnostique, Héracléon, disciple de Valentin.

Selon Irénée, en outre, Caïn, les sodomites, les Égyptiens et toutes les gens de mauvaise vie étaient accourus, d’après Marcion, devant le Seigneur lorsque ce dernier descendit aux enfers, et il les aurait absous (16). Cela est confirmé par Epiphane, qui s’en indigne et conclut, a contrario, que Christ, selon Marcion, aurait donc délaissé Abel, Abraham, Moïse, Salomon, etc… (Pan. XLII, 4), mais Marcion lui-même ne paraît pas avoir rien affirmé de pareil…

On remarquera aussi que, dans ces textes, il n’est pas encore question de Jésus. Tertullien appelle simplement Christus le personnage qui apparaît à Capharnaüm dans l’Evangélion, Irénée l’appelle “%%%%%%%”, « le seigneur », et auparavant Justin l’avait appelé “%%%%%”, sans article. Cela est conforme, on le sait, à la doctrine de l’apôtre Paul, selon lequel le fils de Chrîstos n’avait reçu de son divin Père le nom de Jésus qu’après sa remontée aux cieux (17).

Quant à la date de sa descente, le rapprochement est à faire avec un passage de la Pistis Sophia Valentinienne qui relate la montée au Ciel de Jésus et la descente d’»une grande puissance de lumière » le quinzième jour du mois de Tybé. Il paraît donc vain d’y voir l’indication d’une date historique précise. Il s’agit à nouveau d’un de ces « jeux de mots » ésotériques dont les hébreux, comme les Grecs et les hellénistes étaient coutumiers. Le mois de Tybé ou Tebet est le dixième mois du calendrier de la plupart des peuples sémites. Il correspond à peu près à notre mois de janvier. Le 15 du mois de Tebet, c’est en fait le 10 janvier de notre calendrier actuel. On pensait qu’à cette époque, des fantômes revenaient de dessous la terre (18).

Quel était donc exactement le nom de ce personnage que Marcion faisait apparaître aux enfers en l’an 15 du principat de Tibère ? Il est difficile de le préciser avec certitude. Tertullien l’appelle presque toujours Christus, quelquefois “Iesus” – mais comme il est probable que son exemplaire de l’Evangelion ne contenait pas l’original de Marcion, mais un texte retouché, il est raisonnable de supposer que ce nom de Iesus provient d’un de ces remaniements les rares fois qu’il apparaît. Il en va de même, bien entendu, des auteurs postérieurs à Tertullien.

Quant à Irénée, dans des textes qu’on ne connaît de lui également que par des citations, on ne trouve de même que rarement le nom de Jésus et cela seulement dans des traductions latines : dans les textes en grec, on trouve habituellement, comme déjà dit plus haut, «%%%%%», le seigneur, ce que les traductions latines correspondantes, très normalement, rendent le plus souvent par dominus, comme dans le texte reproduit plus haut (19).

Comme Marcion connaissait l’évangile de Basilide, et donc aussi les théories de ce dernier sur les « émanations » du Dieu non-existant, ainsi que la conception égyptienne du Christ cosmique ; comme il connaissait également l’évangile éphésien de Jean (20) , où Jésus dit notamment : « Le Père est en moi et je suis dans le père » (v. Jean X 38), il est permis de supposer que, pour lui, c’était une « émanation » du Dieu bon, de Christos, qui était descendue aux enfers, donc Christos lui-même, les « émanations » de ce dernier n’étant forcément pas distinctes de lui. C’est, en somme le «%%%%%» de Jean, qui est à la fois semblable à la divinité («%%%% %%%%%%»), et donc un dieu lui-même, de même que, pour les cabalistes, la parole de Dieu est aussi sa lumière (21), ce qui ressort d’ailleurs de même de la suite du prologue de Jean, où la lumière apparaît, elle aussi, comme une émanation de la divinité.

Bref, pour Marcion, sous la figure d’un homme adulte qui se disait fils de Dieu, c’était le bon Dieu Christos lui-même qui était descendu sur la Terre, agissant ainsi comme le bon dieu germanique Balder, qui meurt et ressuscite de même pour révéler aux hommes la vérité, cette vérité dont Marcion exposera plus tard dans ses « Antithèses » la façon dont il la concevait quant à lui. Et, dès l’arrivée de Christos, tous ceux qui avaient été réprouvés au nom de l’ancienne Loi hébraïque s’étaient portés vers lui en foule, il les avait « sauvés », c’est-à-dire sans doute lavés de leurs péchés (v. Irénée, cité ci-dessus note 16).

Tertullien expose d’ailleurs (Adv. Marc. IV, vl, 3) que pour les marcionites ce Christ a été envoyé par le Dieu auparavant inconnu pour sauver le monde, mais que, plus tard, le Créateur enverra un autre Messie pour restaurer l’hébraïsme.

Se plaçait ensuite, dans l’Evangelion marcionite (I, 7-11), l’altercation avec un démon dont on a déjà eu l’occasion de parler à propos de l’évangile rédigé par Luc (22). Puis, Christ se met à prêcher, et « tous étaient frappés de sa doctrine », car selon l’Ecriture, ajoute Tertullien (23), sa parole était pleine d’autorité.

Il monte ensuite à Beth-Saïda (au lieu de Nazareth dans les Évangiles synoptiques) où il reçoit un accueil plutôt froid (II, 1-3). Sa prédication indigne la foule, on veut se saisir de lui, mais « passant au milieu d’eux, il s’échappa », disant : Il faut que j’annonce à d’autres villes encore le règne de Dieu (II, 7- 8). Il opère diverses guérisons le long d’un lac et, avisant des pêcheurs, il les engage à le suivre: « Désormais, tu seras pêcheur d’hommes », dit-il à Simon après lui avoir fait faire une pêche prodigieuse (II, 10- 18).

L’ordre des épisodes qui suivent paraît avoir été à peu près celui qu’on retrouve dans les évangiles canoniques selon Marc et selon Luc. C’est du moins ce qui paraît résulter de la réfutation que tente d’en faire Tertullien dans la IVe partie de son Contre Marcion, ainsi que de la comparaison que fait Epiphane du texte marcionite et de Luc. Mais, la thèse des adversaires de Marcion étant que c’est lui qui avait raccourci et altéré l’Evangile selon Luc (24), il semble qu’à partir du chapitre VI de celui-ci en tout cas, ce soit l’ordre de cet Évangile qu’ils aient délibérément choisi, jusque dans ses inconséquences, et non celui de L’Evangélion, qui n’était sans doute pas exactement le même. On a déjà fait allusion au chapitre Ier au désordre du plan du IIIe Évangile, ainsi qu’aux causes probables de ce désordre, et on aura l’occasion d’y revenir.

L’Evangelion marcionite, qui est l’une de ses sources, au moins indirecte, devait avoir un plan plus rationnel. Mais ceci est de peu d’importance en ce qui concerne son contenu, dont on peut résumer ainsi la suite (25). Après avoir passé une nuit en prière sur une montagne, Christ choisit parmi les disciples qu’il s’est fait, douze personnes (26). Il prononce alors devant la foule des béatitudes et peut-être des malédictionsn (27), puis il expose sa doctrine : il faut rendre le bien pour le mal et faire aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent. Il guérit le serviteur d’un centurion et rend la vie au fils d’une veuve. Le prophète Jean s’émeut d’entendre parler des œuvres de Christ comme si elles étaient faites au nom d’un autre dieu que Iahwéh (28). Christ déclare alors que Jean est le plus grand des prophètes de l’ancienne Loi, mais que le plus petit de ceux qui observent la loi nouvelle est plus grand que lui.

Une pécheresse lui baise les pieds et les oint, les essuyant de ses cheveux. Au grand scandale des assistants, il dit : « Va, ta foi t’a sauvée. » Il est d’ailleurs entouré de femmes, qui l’aident matériellement, entre autres la femme de l’intendant du roi (29). Il parle en paraboles, continue à chasser des démons et à faire des guérisons extraordinaires. Un jour, il calme une tempête qui s’était élevée sur le lac. Dans le désert, ensuite, il arrive à nourrir une foule avec cinq pains et deux poissons sur lesquels il a prononcé une bénédiction. Pour savoir s’il n’avait vraiment pas eu une naissance, on lui tend un piège : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui te cherchent », lui fait-on savoir. Il répond rudement : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Ce sont qui écoutent mes paroles et qui les mettent en pratique. »

Tout cela parvient aux oreilles du roi Hérode, à qui certains assurent que Christ est Jean (décédé entre temps donc, mais qui serait ressuscité – ce qui n’est pas non plus très cohérent, puisque peu auparavant Christ a parlé de Jean comme de quelqu’un de vivant et de distinct de lui ; ici aussi, le texte primitif de Cerdon a dû être altéré), d’autres qu’il est Elie ou quelque autre des anciens prophètes.

Christ demande alors à ses disciples : « Et vous, qui vous semble-t-il que je suis ?  » Au nom de tous, Pierre répond : « Tu es le Messie ». Mais il le détrompe et annonce sa Passion. Il gravit à nouveau une montagne, ses vêtements se mettent à resplendir et deux hommes apparaissent, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Alors retentit au ciel une voix : “Celui-ci est mon fils bien- aimé. »

Christ se dirige enfin vers Jérusalem, en passant par la Samarie, ou un village refuse de le recevoir. Ses disciples veulent faire tomber sur celui-ci le feu du ciel, mais il les en dissuade. Il fait en chemin de nombreux adeptes et désigne alors parmi ses disciples, outre ses douze, soixante-dix personnes pour annoncer devant lui que le règne de Dieu est proche ; car il est venu éclairer le monde : « Heureux les yeux qui
voient ce que vous voyez. Toutes ces choses m’ont été confiées par le Père, mais personne ne sait qui est le Père, sinon le Fils, et personne ne sait qui est le Fils, sinon le Père.

Ses disciples demandent comment ils doivent prier. Il leur recommande la prière suivante :

 » Bon Père, que ton esprit soit sur nous et nous purifie. Vienne ton règne. Donne-nous chaque jour ton pain surnaturel. Remets nous nos péchés comme nous remettons aussi à nos débiteurs et ne nous expose pas à la tentation » (30).

Pendant que Christ prêche, une femme s’écrie : « Heureux le ventre qui t’a porté et le sein qui t’a nourri. » Mais il rétorque : « Heureux plutôt ceux qui écoutent les paroles de Dieu et les mettent en pratique. » On lui demande un signe, mais il refuse : « Cette race est mauvaise. Elle veut un signe, mais il ne lui en sera pas donné. » Il tonne alors contre l’hypocrisie des pharisiens et accuse les scribes et les légistes d’avoir caché les clés du savoir (VII, 27-30).Ces passages ont leur correspondant, non seulement dans Luc (XI, 37-52), mais encore dans l’évangile selon Thomas (logia n° 39 et 102), où Jésus ajoute que les pharisiens sont donc comme des chiens qui se couchent dans la mangeoire des bœufs, ne mangeant pas eux-mêmes, mais empêchant les bœufs de manger. Les scribes, ç’avaient été des membres d’une secte, les assidéens, qui veillait sur le texte des Écritures, les légistes, c’étaient ceux qui leur avaient succédé et qui étaient sadducéens (31).

Les sadducéens connaissaient les doctrines gnostiques, notamment les Iraniennes, mais ils se gardaient de les faire connaître au peuple, car étant conservateurs, ils refusaient plusieurs de ces conceptions, comme l’immortalité de l’Ame. Christ exhorte ensuite ses disciples à être courageux lorsqu’ils seront persécutés à cause de lui (32). Car il n’est pas venu apporter la paix, mais la division (VII, 65-67).

Il fait des guérisons le jour du sabbat, soutenant que cela est permis, prononce plusieurs paraboles : celles de l’intendant infidèle, du grain de sénevé, du levain dans la pâte, de l’homme qui invite à dîner, de la brebis égarée, de la drachme perdue, du pauvre Lazare, du juge et de la veuve, du pharisien et du publicain, des mines. Le fait que Christ parle en paraboles montre bien que Paul était juif, car c’est là un genre essentiellement judaïque, qui porte en hébreu le nom de midrash ou de mashal (33).

Christ déclare enfin qu’on ne saurait servir fidèlement deux maîtres à la fois (c’est-à-dire Chrêstos et Jéhovah), il condamne l’adultère et ceux par qui le scandale arrive, il prescrit le pardon des offenses, dit que pour le suivre il faut vendre tous ses biens, affirme que seul le Père est bon. Comme Christ passe à Jéricho, un aveugle l’appelle « Jésus, fils de David ». Il lui rend la vue pour qu’il voie son erreur (34).

Puis, il est reçu par Zacchée, un publicain, qui se déclare prêt à suivre ses préceptes. Christ arrive finalement à Jérusalem, où il déjoue encore plusieurs pièges que lui tendent pharisiens et sadducéens : l’impôt à César, la femme qui a épousé sept frères, la filiation de David. Il met en garde contre les faux prophètes qui viendront en son nom et annonce que des signes de désolation précéderont la délivrance de l’humanité (X, 23-32).

Il célèbre la pâque avec ses disciples, puis Judas le trahit par un baiser et Pierre le renie pendant qu’il comparait devant le grand-prêtre. Ses gardes le fouettent après lui avoir bandé les yeux et lui disent ironiquement : « Prophétise : qui t’a frappé ?  » Conduit devant le Sanhédrin, on lui demande s’il est le Christ. Il élude la question et, comme on lui demande alors s’il est le fils de Dieu, il répond : c’est vous qui le dites, non moi » (XI, 27). (35)

On l’amène alors devant Pilate, l’accusant de soulever la foule, de vouloir abolir la Loi, de détourner les femmes et les enfants, de déconseiller de payer l’impôt et de se dire le roi Christ. Pilate lui demande : « Tu es le Christ ? » Il répond : « Tu le dis » . Alors, Christ est mis à mort « comme s’il avait été homicide » (36). Il subit son supplice en même temps que deux scélérats.

Les éléments se déchaînent vers la 6e heure, le voile du Temple se déchire, Christ pousse un grand cri vers le Père : “Je remets mon esprit entre tes mains»’ et expire (XI, 41-44). Un homme nommé Joseph ensevelit et place son corps dans un tombeau. Les femmes qui le suivaient préparent des aromates pour l’embaumer et, le surlendemain, vont au tombeau. Mais celui-ci est vide. Deux anges leur apparaissent et leur annoncent que Christ est ressuscité. Elles vont annoncer cela aux disciples, qui ne les croient pas. Mais Christ apparaît aussi à deux d’entre eux qui avaient quitté Jérusalem. Ces derniers retournent l’annoncer aux autres et, pendant qu’ils parlent, Christ apparaît à nouveau au milieu d’eux. Ils le prennent pour un fantôme, mais il montre ses mains et ses pieds, dit qu’il a des os (alors que les fantômes n’ont pas d’os) et, pour montrer qu’il a aussi des dents, demande à manger. On lui donne du poisson frit et il le mange devant eux
(37). Enfin, Christ leur ordonne d’aller prêcher toutes les nations jusqu’aux confins de la Terre ; puis il s’élève vers le Ciel.

L’Evangelion marcionite s’arrête là. Mais on sait que, selon Marcion, après sa mort, d’ailleurs apparente puisqu’il n’était pas un homme, n’en ayant que la forme, Christ était monté au Ciel, où il avait reçu de son Père, comme l’avait écrit Paul, le nom de Jésus (38). On a prétendu que Marcion était juif, ou tout au moins d’origine juive, issu d’une famille de la diaspora. Ce n’est pas Comment naquit le Christianisme (A.Wautier) Chapitre XVIII. – Marcion du Pont. Page XVII- 11 /16 impossible, bien que peu probable, mais ce qui paraît certain, c’est qu’il ne savait pas l’hébreu, ni l’araméen, car autrement il n’aurait pas laissé donner ce nom de Jésus à son Sauveur.

Iéshouo, en hébreu, veut dire en effet « Jéhovah sauveur ».

Or, Marcion reléguait Jéhovah au rang de démiurge, de simple organisateur de la matière, très inférieur au Père, le bon Dieu Chrêstos…

Les  » Antithèses » .

C’est ce qui fait l’essentiel d’ailleurs du livre que Marcion publiera ensuite et dont il est le seul auteur : les « Antithèses ». Dans ce livre, il se montrait sans doute moins hostile aux juifs que son maître Cerdon, mais il rabaissait encore le rôle de Jéhovah. Comme Cerdon, Marcion proclamait que le bon dieu Chrêstos, qui était resté inconnu jusqu’au moment où il s’était manifesté aux hommes en leur envoyant son fils, est bien supérieur à Jéhovah, qui n’est que juste et dont les promesses ne sont valables que dans ce monde, et peut-être même seulement pour les juifs.

Mais, alors que Cerdon faisait de Jéhovah le créateur de la matière, Marcion enseignait que celle-ci n’a pas été créée : elle est infinie et éternelle, existant de tout temps et ne devant jamais avoir de fin. Le ciel et la terre n’ont été créés, ni par Chrêstos, ni par Jéhovah, ce dernier n’ayant fait que mettre de l’ordre dans une matière préexistant de tout temps. Et ce monde, ainsi « mis en forme » par le Créateur, il semble bien que, pour Marcion, ce ne soit autre que Satan. C’est au moins, en tout cas, Satan qui en est le prince.

La Bible hébraïque n’est que le long récit de la lutte atroce de ce dieu Jéhovah, qui n’est que juste, contre Satan, qui est le mal, jusqu’au moment où Christ est venu révéler que le Père est un Dieu de bonté, qui s’oppose en tout, non seulement à Satan, mais aussi à Jéhovah, lequel est le dieu des sacrifices sanglants, des batailles, des massacres (39).

La cosmogonie de Marcion distinguait d’ailleurs dans l’univers cinq étages : trois cieux, la Terre et les enfers. Dans le plus haut de ces trois cieux se tient le Dieu de lumière et de bonté ; dans le second est le dieu créateur de la Loi juive, et dans le plus bas les armées de ce dernier. Sur la Terre règne Hylé, la Matière. Dans les enfers enfin sont reléguées les âmes de ceux que Jéhovah a condamnés. Le Dieu de la Loi a créé, c’est-à-dire organisé, le monde sensible avec la Matière, « comme si celle-ci était un principe féminin et une épouse. » Puis, il a résolu de fabriquer un homme. Dans ce but, il descendit sur Terre vers Hylé et lui dit : « Donne moi un peu de ton argile ; j’y ajouterai de mon esprit et ainsi nous ferons un homme à notre image. » Il créa de même une compagne pour cet homme, qu’il appela Adam, et il les plaça au paradis.

Le Créateur et la Matière vinrent souvent voir leurs créatures, ils leur donnèrent des instructions et se réjouirent à leur sujet parce qu’ils étaient leurs enfants. Mais le Dieu de la Loi voulut affranchir Adam de la Matière et l’unir entièrement à lui. Il lui dit : « Adam, je suis Dieu et il n’y en a pas d’autre ; tu n’auras pas d’autre Dieu que moi, si tu adorais d’autres dieux, sache que tu périrais par la mort. » Adam fut alors pris d’une telle crainte qu’il s’éloignât de Hylé. Lorsque celle-ci s’aperçut qu’Adam se détournait d’elle, elle fut prise de jalousie, elle résolut de faire beaucoup de dieux et d’en peupler le monde, ce qui fait que le nom du Dieu créateur se perdit. C’est pourquoi les descendants d’Adam se fourvoyèrent, la Matière les attira à elle et ne laissa presque plus personne adorer ce Dieu qui, incapable de se faire respecter, ordonnait au surplus des actions abominables (comme à Josué de conquérir par la guerre la Terre promise), prescrivait de haïr ses ennemis, de leur prendre œil pour œil, dent pour dent, etc., et jetait en enfer ceux qui transgressaient sa Loi.

Mais quand le Dieu de bonté, Celui qui habite le troisième Ciel s’aperçut que les peuples, à cause de la dureté du Dieu créateur et de la méchanceté de la Matière, étaient corrompus et malheureux, il eut pitié de ceux qui souffraient, notamment de ceux qui étaient en enfer. C’est pourquoi il envoya son fils les délivrer : il lui ordonna de prendre l’apparence d’un serviteur et de se montrer aux enfants du Dieu de la Loi sous les traits d’un homme. Mais il ne fit pas naître d’une femme (vierge ou non), car une naissance charnelle, disait Marcion, « est pour un Dieu une chose très honteuse ».

Christ descendit donc d’abord aux enfers, où il « sauva » ceux que le Créateur avait condamnés, puis il alla sur Terre, où il opéra des guérisons remarquables et prêcha qu’il fallait s’affranchir de la Loi hébraïque, celle du Dieu créateur. Ce dernier entra alors en fureur, il ourdit un complot contre lui et le fit périr sur une croix. Mais Christ ressuscita et, le surlendemain, on trouva son tombeau vide. Il descendit à nouveau sur Terre, mais sous sa figure divine cette fois, ayant reçu de son Père le nom de Jésus, et il apparut au Dieu créateur, qu’il condamna en vertu de ses lois mêmes, qui prescrivent la mort de celui qui a tué. Le Dieu créateur alors se soumit et pria humblement Jésus: « J’ai fauté ; je t’ai mis à mort par ignorance, car je ne savais pas que tu étais un dieu, je pensais que tu étais un homme. C’est pourquoi je consens à ce que tu exerces telle vengeance que tu voudras. » Jésus le quitta et il alla vers Paul, à qui il révéla la vérité et qu’il envoya prêcher de quel prix les hommes ont été rachetés. Quiconque croit en Jésus et en Paul sera lui aussi racheté devant le tribunal du Dieu bon.

L’Exclusion de Marcion.

Pareille doctrine (40) était, cela va sans dire, totalement inacceptable pour la Grande Église de Rome, où dominaient largement les nazaréens, restés fondamentalement fidèles à la Loi hébraïque, malgré les aménagements qu’ils y avaient apportés, comme on l’a vu. Pour eux, le Christ, qu’il s’appelât Jésus ou autrement, était le fils de Jéhovah, qui n’est pas seulement juste. Et d’ailleurs, comment pourrait-il y avoir deux Dieux, un bon et un juste ? Ce dithéisme surtout était choquant, ainsi que les préceptes moraux rigoureux que Marcion déduisait du fait que la matière est mauvaise par nature. Toute œuvre de chair notamment était pour lui condamnable, même en mariage, puisqu’elle tend à perpétuer cette matière mauvaise. Il convenait même de manger le moins possible, et certainement pas au-delà de ce qui est nécessaire pour se maintenir en vie (41).

« De tels propos pouvaient rallier des esprits inquiets ou exaltés, qui avaient la passion du renoncement et du sacrifice », commente Prosper Alfaric. « Ils heurtaient la masse des croyants. La communauté romaine était surtout composée par des juifs, qui voyaient dans l’Evangile l’aboutissement normal de leur tradition nationale, et par des prosélytes d’origines diverses, qui s’étaient ralliés à leur foi. Tout ce monde voulait bien vivre chrétiennement, mais à la condition de ne pas renier son passé ancestral et de ne pas rompre ses attaches familiales pour mener une vie de totale abnégation » (42)..

Un conflit était donc inévitable. Il mit aux prises, d’une part Marcion, ses disciples et d’autres gnostiques qui, sans professer exactement la même doctrine, se rangèrent néanmoins de son côté, tels Valentin et ses disciples, ainsi que les carpocratiens, dont l’enseignement avait été propagé entre temps à Rome par une certaine Marcelline, une amie d’Epiphane, fils de Carpocrate (43), qu’il ne faut évidemment pas confondre avec l’Epiphane qui comparera l’Evangelion marcionite et l’Evangile selon Luc et qui vécut au IVe siècle; d’autre part les dirigeants de la Grande Église, avec à leur tête l’évêque de Rome Pie Ier, son frère Hermas et son secrétaire Clément, auxquels se rallia assez curieusement un autre gnostique, Justin, dont on aura à reparler assez longuement, car son influence sur l’évolution du christianisme à cette époque fut importante (44).

Les positions des uns et des autres étaient évidemment inconciliables. Leur affrontement aboutit en 144 à l’exclusion de Marcion de la Grande Église, qui lui rendit même les 200 000 sesterces dont il lui avait fait don L’Eglise marcionite. Marcion alors fonda sa propre Église. Il la conçut d’une façon qui rappelle les communautés esséniennes et préfigure les ordres monastiques. N’y étaient admis dans la classe supérieure que des célibataires, des veufs et des gens mariés faisant vœu de continence, les autres fidèles n’étant pas admis à participer à toutes les cérémonies.

Tous cependant jeûnaient le jour du sabbat au lieu de chômer, en réaction contre Jéhovah, le Dieu créateur des juifs (45). Malgré sa rigueur, cette Église fit beaucoup d’adeptes, non seulement en Italie, mais un peu partout dans le monde, et elle subsistera longtemps. Au IVe siècle encore, Epiphane dira des marcionites : « On en rencontre encore aujourd’hui à Rome et en Italie, en Egypte et en Palestine, en Arabie et en Syrie, à Chypre et à Thèbes, et jusqu’en Perse et en d’autres lieux » (Pan. XLII, 1).Ils finiront, semble-t-il, par être absorbés par le
manichéisme (46), encore qu’on retrouve leur trace en Perse jusqu’au Xe siècle (47) et que les cathares du Moyen Âge apparaissent à maints égards comme une sorte de résurgence du marcionisme.

Le Pasteur d’Hermès.

La Grande Église dut passer à la contre-offensive. Aux  »Antithèses” de Marcion, Hermas répliqua notamment en concluant son Pasteur par dix « Similitudes”, venant après cinq visions et douze préceptes. Le Pasteur d’Hermas paraît d’ailleurs être le témoin d’un stade intermédiaire entre des croyances primitives et la doctrine chrétienne telle qu’elle se constituera peu après. C’est ainsi que le nom de Jésus n’y figure pas une seule fois, et le nom de Christ seulement une fois. Mais, pour Hermas, le Christ, qui est à la fois le « bon pasteur”, l’esprit de Dieu et son fils, paraît bien être, comme pour Jean-Baptiste, l’archange Michel (48), lequel commande à une foule d’autres anges chargés de tâches les plus diverses, tandis que, parallèlement, des démons agissent sous les ordres du Diable.

Chaque homme a notamment près de lui en permanence un de ces mauvais anges, qui cherche à le perdre, mais aussi un bon ange, « qui joue le rôle d’un gardien bienveillant », pour reprendre l’expression d’Alfaric (49). Cette notion d’ « ange gardien » n’est pourtant pas spécifiquement chrétienne : elle se retrouve déjà dans le Psaume XCI (v. 11) et n’était pas inconnue non plus des Romains, lesquels distinguaient même les genii, qui protégeaient les hommes, et les iunones, qui veillaient sur les femmes (50).

Cette œuvre très curieuse, qui faillit bien être comprise dans le canon chrétien, puisqu’elle figure sur le fragment de Muratori, a subi l’influence des écrits qui l’ont précédée, notamment de la 1ère épître de Jean, de la Didachè, dont elle reprend certains préceptes, et même de l’Evangelion, car elle contient, comme celui-ci, des paraboles. Elle paraît d’ailleurs présenter aussi quelques interpolations, notamment d’inspiration montaniste (51) et semble même avoir été influencée par Valentin, l’un des adversaires pourtant de son auteur (52). Mais, inversement, on trouve des réminiscences du Pasteur dans des œuvres postérieures, notamment dans les Évangiles canoniques et dans les Actes des Apôtres (53).

La résurrection des morts.

Bien que Le Pasteur soit donc en réalité d’inspiration gnostique, on y trouve l’affirmation de la résurrection de la chair, qui était l’un des principaux points d’opposition entre Marcion et les nazaréens. S’appuyant solidement sur un passage de d’Epître de Paul aux Corinthiens : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » (I Cor. XV 50) et sur la péricope de l’Evangelion (X, 11-15) relative à la femme qui a épousé successivement sept frères (54), Marcion s’opposait à la croyance qui s’était fait jour dans certains milieux juifs et Chrétiens que le corps de chair de chaque homme, de chaque juste en tout cas, serait un jour reconstitué, espérance qu’avaient reprise notamment les nazaréens et les cabaliens, comme cela ressort du Zohar et de la première épître clémentine aux Corinthiens (chap. XXVI). Au contraire, restant dans la ligne de Ménandre et de Cerdon, Marcion professait que le corps humain retournerait à la terre d’où il était issu et que seule l’âme des défunts subsistait (55). Il fut suivi sur ce point par Valentin, ainsi que par ses disciples Apellès, Marcos, Héracléon, Barbesane, etc…

En fait, on le sait, Marcion répudiait en principe totalement la Loi juive, n’en reprenant que quelques préceptes, notamment l’amour du prochain. Les nazaréens s’appuyaient au contraire sur la Loi de Moïse, même s’ils l’interprétaient sur quelques points à leur manière : un de leurs écrits disait même qu’»avant que passent le ciel et la terre, pas un menu trait de la Loi ne passera », passage qui, sera repris dans Matthieu (V, 18).

Marcion, au contraire, se disait continuateur de Paul, lequel avait écrit, dans sa IIe épître aux Corinthiens, que « la lettre tue, tandis que l’esprit vivifie » (III 6). La « lettre » (to gramma), c’est ici la Loi gravée sur la pierre, tandis que l’esprit, c’est celui du Dieu vivant, de Chrîstos (II Cor. III 3). Aussi est-ce, dans l’Evangelion, la parole de Christ qui ne passera pas (VIII 32), non la Loi gravée sur la pierre, laquelle, étant de nature matérielle, passera comme tout ce qui est matière.

C’est la conception nazaréenne qui prévaudra : « Contre toutes les attaques gnostiques », écrit Grant, « l’Eglise a conservé l’Ancien Testament et a soutenu fermement que l’histoire de Jésus ne devait pas être comprise en termes purement symboliques » (56). Et Hermas, s’appuyant sur les coutumes hébraïques, réformera la liturgie pascale chrétienne en fixant la fête de Pâques au dimanche qui suit la pâque juive (57).

Toutefois, le résultat le plus clair de cette polémique entre les gnostiques marcionites, valentiniens et carpocratiens d’une part, d’autres gnostiques et les nazaréens d’autre part, c’est que les uns et les autres, pour mieux se combattre, se reprendront les uns aux autres divers éléments de leurs doctrines respectives, mettant à son comble la confusion qui avait déjà commencé à se faire jour avant l’arrivée à Rome de Marcion et qu’on a décrite au chapitre précédent. Les nazaréens eux- mêmes prétendront que leur maître Jésus n’était autre que ce Christ que Marcion disait être descendu directement du Ciel, mais qu’il s’était en réalité incarné dans le sein de Marie. Au nom de leur Jésus, ils ajouteront donc le surnom de Christ et ils prendront en conséquence le nom de « chrétiens » eux aussi. C’est pourquoi, quelques années plus tard, dans sa première Apologie (VII 3 et XXVI 6) et dans la deuxième édition de son « Dialogue avec le juif Tryphon » (XXXV 6), Justin pourra affirmer qu’il y a plusieurs sortes de chrétiens de même qu’il y a aussi plusieurs écoles de philosophes… (58)

Notes :

1 Voy. Jacques d’ARèS, « Encyclopédie de l’ésotérisme 3.Les avatars du Christianisme » (Delarge, Paris, 1975), pp. 134-135.

2 V. plus haut, chapitre XIV, p. 171.

3 V. plus haut, chapitre XIII, pp. 150-152

4 Rupert GLEADOW, « Les origines du Zodiaque » (trad. Sylvia Gleadow, Stock, Paris, 1971), pp. 96 (fig. b) et 210.

5 V. plus loin, Chap. XVII

6 Paul-Louis COUCHOUD pense même que toute la vie de Paul, telle qu’elle figure actuellement dans les Actes des Apôtres, serait de Marcion (« Histoire de Jésus », P.U.F., Paris, 1944, Cette opinion excessive est très peu plausible. Comme on le verra plus loin (chapitre XXII), les Actes combinent plusieurs textes, et la vie de Paul, écrite sans doute par Luc et retouchée par Marcion, n’est que l’un de ceux-ci.

7 Voy. Prosper ALFARIC, « Origines sociales du Christianisme » (Ed. rationalistes, Paris, 1959), p. 301

8 V. plus haut. chap. XIII. pp. 152-153

9 Voy. not. André RAGOT, « Paul de Tarse » (Cahiers E.Renan, Paris, n° 40, 1963) ; Georges ORY, « L’Epître aux Galates » (Cah. E.Renan n° 135, 1984), pp. 139 & s. Cf. Henri Delafosse (ps. de Joseph Turmel “Les Ecrits de saint Paul », II & III (Rieder, Paris, 1926 et 1927)

10 Voy. Georges ORY, « Interpolations du Nouveau Testament. I– Les Épîtres » (Cahier E.Renan n° 28, 1960), pp. 18 & s. Jean-Kl. WATSON, « Les Lettres de Paul et l’historicité » (Cahier E.Renan n° 64, 1969), pp. 2-11.

11 Voy. Georges ORY, ibid., p. 9, et « L’Epître aux Galates » (op. cit. note 9), pp. 139-140

12 The Création of Christ (Watts, Londres, 1939).

13 V. plus haut, pp. 131-132 & 143-145

14 V. pus haut, Chapitre x, pp. 91-92.

15 Adv. Marcionem IV, ll, 3

16 Marcion dixit, Cain et eos qui similes sunt et Sodomites et Aeqyptios et similes eis et omnes omnino gentes, quae in omni permistioni malignitatis ambulaverunt, salvatos esse a domino cum descendisset ad inferos et accurrissent ei.(Adv. Haereses I, 27- 3).

17 V. plus haut, chap. VII, pp. 59-60, et chap. IX, pp. 78-79.

18 Voy. Rupert GLEADOW, op. cit., p. 190.

19 V. note 16.

20 V. chapitre XIV, pp. 173-174, et ci-dessus p. 214.

21 V. chapitre XII, p. 130.

22 V. ibid. p. 135.

23 Sans doute d’après Matthieu VII 28-29

24 L’auteur du Contra Celsum (II 27) reconnaîtra toutefois que l’Evangile, sous ses quatre formes, a été tiré d’un autre récit antérieur.

25 Voy. mon essai de reconstitution du texte (Bruxelles,3e éd., 1991).

26 Le Christ de Marcion étant probablement le Christ cosmique des gnostiques égyptiens, c’est-à-dire le centre du Zodiaque, et la Galilée étant la transposition terrestre de celui-ci (galil)( v. chapitre XIII, p. 144), ces douze « apôtres » correspondent aux douze signes astrologiques.

27 Tel qu’on a pu le reconstituer, le texte de l’Evangélion contient des malédictions analogues à celles de Luc VI, 24-

26. Mais on peut douter que Marcion ait réellement fait prononcer par Christ, fils du Dieu de bonté, ces paroles tellement contraires à l’essence même de son enseignement.

28 On a déja commente ce passage au chapitre XIII-pp. 139 et 151-152

29 Uxor regi procuratoris (Tertullien, Adv.Marc. IV, xix, 1). On se demande de quel roi il s’agit. Hérode le Grand est mort en 4 avant notre ère et Hérode Agrippa ne sera fait roi par Caligula qu’en 40. Or, il est plus loin question de Pilate, qui fut gouverneur en Judée de 26 à 36, donc entre ces deux dates… V. plus loin, pp. 229-230, l’explication probable de cette incohérence historique.

30 Ce texte montre que l’auteur de l’Evangelion connaissait la Doctrine des nazaréens, car la Didachè contient une formule du Pater (reproduite textuellement par Matthieu) dont la prière ci-dessus constitue une version abrégée et un peu modifiée, que l’auteur du IIIe Évangile modifiera à son tour. Voy. à ce sujet Etienne WEILL-RAYNAL, « La Chronologie des Évangiles » (Ed. rat., Paris, 1970), pp. 429- 430.

31 Voy. Stanislas LASSALLE, « Les saints dans l’épopée macchabéenne » (Bulletin du Cercle E.Renan n° 94, déc 1962) ; J. JEREMIAS, « Jérusalem au temps de Jésus » (Cerf, paris, 1967), pp. 301-321.

32 Allusion sans doute aux persécutions des Chrétiens par Bar Kochba. (V. plus haut, chapitre XVI, p. 198).

33 Voy. Guy CASARIL, « Rabbi Simeon bar Yochai » (Seuil, Paris, 1960), pp. 32-33. Sur la signification et la portée des paraboles, v. aussi Giorgio GIRARDET, « Lecture politique de l’Evangile de Luc » (Vie Ouvrière, Bruxelles, 1978), chapitre 11.

34 Cf. l’exégèse par Albert SCHWEIZER de cet épisode, tel qu’il est relaté dans les Ev. synoptiques, in « Le secret historique de la vie de Jésus » (A.Michel, Paris, 1961), pp. 112-115.

35 Vos dicitis, non ego. (Tertullien, Adv. Marcionem, IV, XLI, 4.)

36 Tu dicis. (Tertullien, ibid. XLll, 1). La comparution devant Hérode et la relaxe de Barabbas, dont beaucoup d’auteurs pensent qu’elles figuraient dans l’Evangelion, ne sont mentionnées que par Tertullien et dans des passages difficiles à interpréter. Or, dans Luc, les passages relatifs à Barabbas sont manifestement interpolés : ils ne figuraient donc certainement pas dans l’évangile original de Luc et l’on ne voit pas pourquoi Cerdon ou Marcion les auraient ajoutés. Quant à une comparution de Christ devant Hérode, elle ne s’expliquerait guère dans le contexte de l’Evangelion.

37 Cet épisode peut paraître contradictoire avec l’opinion que Christ n’avait nue l’apparence d’un homme et que son corps n’était pas fait de chair. Mais cela doit s’apprécier à la lumière d’un texte gnostique cité par Clément d’Alexandrie Stromates III, 6, 59) : « Il mangeait et buvait, mais n’évacuait pas. La puissance de sa continence était telle, que les aliments ne se corrompaient pas en lui, car n’y avait en lui aucune corruption… »

38 Phil. II, S-11. V. plus haut, pp. 78-79

39 Voy. not. Serge HUTIN, « Les Gnostiques » (P.U.F., Paris, 1970), pp. 28-29

40 Sur la doctrine de Marcion, v. aussi Ioan P. COULIANO, « Les Gnoses dualistes d’Occident » (Plon, Paris, 1990),
chapitre VI.

41 Ce qui était d’ailleurs conforme aux enseignements hébraïques : « Le juste ne mange qu’autant qu’il faut pour
conserver sa vie », est-il écrit dans les Proverbes (XIII 25).

42 Prosper ALFARIC, « A l’École de la Raison » (Union rationaliste, Paris, 1957), p. 213.

43 V. plus haut, chapitre XV, p. 186.

44 Robert JOLY, dans « Christianisme et philosophie » (Ed. de l’Université libre de Bruxelles, 1973), pp. 72-74, a très finement exposé la psychologie de ce Justin, philosophe platonicien converti au christianisme johannite.

45 Voy. H.U. MEYBOOM, Marcion en de marcionieten (Engels & zoon, Leyde, 1888), p. 235.

46 Voy. Louis ROUGIER, « Marcion et Fauste de Milève » (Cahiers du Cercle E.Renan, Paris, n 18, 1958).

47 Voy. H.U. MEYB00M, op. cit., pp. 242-243

48 V. plus haut, chapitre XII, pp. 137-138.

49 Prosper ALFARIC, op. cit. note 7, pp. 337-338. V. aussi Paul-Louis COUCHOUD, op. cit. note 6, pp. 140 & suiv.

50 Voy. not. Charles GUIGNEBERT, « Le Christ » (A.Michel, Paris, 1969), p. 166. 51 Ce qui incite G.A. van den BERGH van EYSINGA (« La Littérature chrétienne primitive », Rieder, Paris, 1926), à dater cette œuvre d’après 155, contrairement à la plupart des autres exégètes.

52 Voy. Prosper ALFARIC, op. cit. pp. 341 & suiv.

53 Voy. Bruno de SOLAGES, « Critique des Évangiles et méthode historique » (Privat, Toulouse, 1972), p. 46, où l’auteur, qui défend les thèses catholiques relatives à la date des Évangiles, affirme au contraire que c’est Le Pasteur qui contient des réminiscences des écrits canoniques.

54 Péricope qui sera pourtant reprise dans Luc (XX, 34-38) et même dans Matthieu (XXII, 29-32).

55 Sur les différentes conceptions de la résurrection, v. not. Jacques MENARD, “Le Traité sur la résurrection » (Univ. Laval, Québec, 1983), pp. 16 & suiv

56 Robert M. GRANT, op. cit., p. 157.

57 Voy. Paul-Louis COUCHOUD, « Le dieu Jésus », p. 183

58 V. plus loin, chapitre XIX, p. 242. V. aussi à ce sujet Robert JOLY, op. cit., pp. 23 & suiv

A suivre ….

Les 28 chapitres du livre

26 Les hérésies
27 Cconstantin
28 La revanche des chrétiens

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