Peuples et Nations

Colonisation marocaine du Sahara – Des enjeux méconnus

Il faut appeler un chat, un chat. Les colonies marocaines en territoires du Sahara Occidental étouffent les espoirs d’un État sahraoui, en plus de rendre la vie des Sahraouis impossible.

Cette ex-colonie espagnole est occupée depuis les années 1970 par Rabat, mais est revendiquée par les indépendantistes du Front Polisario. Rabat refuse toujours le règlement du conflit demandé par les Nations-Unies.

Alors que les colons arabes marocains sont libres, les Sahraouis ne peuvent pas librement se déplacer. Des dizaines de postes de contrôle et une centaine de barrages routiers les en empêchent.

Les colonies illégales marocaines rendent l’État sahraoui de facto invivable et justifient l’occupation permanente de la région par l’armée marocaine.

Laâyoune pourrait bien être la région souffrant le plus de la politique de colonisation.

Elle se situe au bord de l’Atlantique, à 500 km au sud d’Agadir.

En 1980, le Maroc entreprend la construction du «Mur marocain» en commençant par la région Laâyoune-Smara-Boukraa qui concentre l’essentiel de l’activité économique.

Le mur est constitué de bermes (remblais) de sable et de pierre d’environ trois mètres de haut ; des tranchées de plusieurs mètres sont creusées en plusieurs endroits en contrebas de façon à minimiser le risque d’une incursion.

L’objectif du Mur, construit dans les territoires sahraouis, est aussi de permettre l’expansion naturelle des colonies marocaines en leur assurant une réserve de terres pour y construire de nouveaux logements et surtout en permettant d’annexer Laâyoune.

Cependant, la ville est revendiquée comme capitale par la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

Le système s’assure que les Sahraouis ne puissent pas approcher les zones des colons et que ceux habitant encore n’accèdent pas comme ils le veulent à leur maison.

Les visites familiales sont également interdites.

Dans Gdeim Izik, à 12 km de Laâyoune, se dresse une zone d’entraînement militaire.

Bien qu’elle voie rarement des exercices de l’armée marocaine, des maisons de trois Sahraouis furent rasées en 2011 parce qu’elles s’y trouvaient.

Le 24 octobre 2010, un adolescent de 14 ans fut tué par la gendarmerie lorsqu’il essaya de s’introduire dans le camp.

Le 8 novembre de la même année, les forces marocaines lancèrent l’assaut sur un camp de 28 000 Sahraouis installé près de la ville, faisant plusieurs des dizaines de morts.

Le Front Polisario déclara la disparition de 169 Sahraouis.

Durant ce que l’on a appelé les Printemps arabes, la colonisation marocaine dans les territoires occupés s’est intensifiée.

Les autorités ont démoli plusieurs maisons pour construire des nouvelles unités d’habitation dans les colonies marocaines.

La politique de colonisation et d’apartheid du Maroc

Les colonies marocaines sont au centre de l’occupation et du contrôle du Sahara Occidental. Il s’agit d’assurer leur viabilité et leur pérennité, et cela au détriment des droits les plus élémentaires des Sahraouis.

Dans tous les villages de la région résonne la même critique : « Nous n’avons pas assez d’eau ».

Quand la région relevait de l’autorité espagnole, les Sahraouis avaient le droit d’exploiter eux-mêmes leurs sources d’eau. De 150 à 300 mètres de profondeur maximale. Aujourd’hui encore, ces sources sont le seul type d’approvisionnement en eau.

Les autorités marocaines rejettent tout permis de construire émanant des Sahraouis pour de nouvelles infrastructures d’eau.

Les colons marocains, en revanche, puisent l’eau à 80 mètres de profondeur. Pour assurer leur approvisionnement en eau, l’État marocain cherche à contrôler l’accès aux principales nappes aquifères.

À partir Tarfaya, et dans tout le Sud saharien, on aperçoit des réservoirs pour les Marocains.

Les Sahraouis n’ont pas le droit de les utiliser.

S’ils s’approchent, ils sont abattus ou arrêtés.

Contrairement à leurs voisins sahraouis, les colons marocains ne manquent ni d’eau ni de terres.

Les Marocains qui habitent à Laâyoune profitent de la volonté de l’État marocain de renforcer cette politique de colonisation.

À ce titre, elle a bénéficié de nombreux investissements. Ici, un grand nombre de produits sont subventionnés et les fonctionnaires marocains jouissent d’un double salaire pour attirer plus de colons. Ces dispositions ont largement contribué à la venue de cadres des secteurs privé et public.

On ne verra pas à Laâyoune des Sahraouis accéder aux postes importants.

Par contre ces derniers voient chaque jour leurs ressources naturelles spoliées par Rabat. La bande transporteuse amenant le phosphate de Boukraa (le plus long tapis roulant du monde), se termine au port à Laâyoune-plage, où celui-ci est traité avant d’être envoyé par bateau.

Le groupe OCP, premier exportateur mondial de phosphate, en assure l’exploitation par sa filiale Phosboucraa.

Compte tenu de la situation de colonisation, certains clients ont réduit (le géant norvégien du phosphate Yara) ou cessé (l’armateur norvégien Arnesen Shipbrokers) leurs achats de phosphates auprès de cette compagnie.

En février 2010, le CSTS, syndicat de travailleurs sahraouis, a protesté contre les conditions de travail de Phosboucraa.

Et comme pour faciliter l’arrivée et les déplacements des colons marocains, Rabat a construit l’aéroport international Laâyoune-Hassan Ier qui la relie à l’aéroport international Mohammed V, ainsi qu’aux aéroports d’autres villes marocaines et étrangères.

Les pouvoirs marocains exploitent aussi illégalement le ciment du sol sahraoui.

Laâyoune abrite un centre de broyage de la société Ciments du Maroc, filiale du groupe italien Italcementi.

Accolé à ce centre et destiné à l’alimenter en électricité, se trouve depuis 2011 un parc éolien également implanté par Ciments du Maroc.

Le Maroc investit massivement dans le Sahara Occidental pour rendre toute solution politique impossible.

Plus de 12 milliards d’euros y sont investis.

Il est grand temps que la communauté internationale ouvre les yeux et assume ses responsabilités !

L’organisation panafricaine invite Rabat au dialogue avec les représentants du peuple du Sahara Occidental

Le Maroc qui vient d’adhérer, fin janvier 2018, à l’Union africaine afin de sortir de l’isolement dans lequel il se trouvait dans le continent, vient d’être sommé par cette dernière «à s’engager, sans condition préalable, dans des pourparlers directs et sérieux» avec les Sahraouis pour la tenue d’un référendum libre et juste pour l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental.

Le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Ould Salek, lors d’une conférence de presse organisée le 5 février 2018, a déclaré que la République arabe sahraouie démocratique (RASD) «est prête pour les négociations avec le Maroc pour mettre fin à la colonisation du peuple sahraoui».

M. Ould Salek a affirmé que la RASD est en droit de «demander une intervention militaire des pays membres de l’UA».

«Si le Maroc refuse la décision de l’UA, la RASD a tous les droits de demander une intervention militaire pour libérer les territoires occupés, car l’un des principes de l’UA est de respecter les frontières de chaque membre», a-t-il menacé.

Cette dernière s’est réunie, la semaine passée, dans le cadre de la 30e session de la Conférence de l’Union africaine, lors de laquelle les chefs d’Etat et de gouvernement ont exprimé leur soutien à la relance du processus de négociations entre les deux pays voisins.

L’armée sahraouie «est prête à faire face (…) pour arracher le droit du peuple sahraoui à l’indépendance… et ne peut être confiné éternellement dans un statut de réfugié», a averti en décembre 2017, Abdullahi Lehbib, ministre de la Défense de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

«L’armée sahraouie est prête (…) à faire face à tout imprévu et à toute éventualité pour arracher le droit du peuple sahraoui à l’indépendance et à l’autodétermination (…) si la communauté internationale n’intervient pas pour rendre justice à ce peuple qui vit depuis plus de quarante-deux ans sous l’occupation marocaine», a-t-il affirmé dans une lettre adressée à la communauté internationale. Le responsable du Polisario a fait ces déclarations après des manœuvres militaires récentes de soldats sahraouis.

L’Association sahraouie contre la torture et la détention arbitraire dans les territoires sahraouis occupés a, par ailleurs, tenu l’ONU pour «responsable de l’obstination et des atermoiements du Maroc».

Dans une déclaration à la presse, le président de l’Association, Ahmed Salem Abdelhay, a indiqué que la participation d’une délégation des droits de l’Homme, venue des territoires sahraouis occupés, aux différentes manœuvres militaires de l’Armée de libération populaire sahraouie (ALPS), a pour but de «montrer au Maroc que le peuple sahraoui est uni sous l’égide du Front Polisario».

«Nous poursuivrons notre lutte jusqu’à la réalisation de l’indépendance du Sahara Occidental, quoiqu’il nous en coûte», a souligné le même responsable. Le militant sahraoui des droits de l’Homme a mis en garde contre «les retombées dans la région», dont, a-t-il dit, «le régime marocain est seul responsable».

Les parties devront s’entendre sur leurs frontières respectives.

Un échange de territoires sera probablement la solution.

Toutefois, sans des pressions fortes de la communauté internationale exercées sur le gouvernement marocain pour le contraindre à s’asseoir à la table des négociations, c’est le projet colonial marocain qui gagnera du terrain au détriment d’une solution juste.

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