Franck Hatem

CHANGER DANS MA RELATION CE QUE JE VEUX VOIR CHANGER DANS LE MONDE

Alain & Frank
Alain & Frank

Rédigé par : Frank Hatem

Avant-dernier épisode de l’interview réciproque

entre Frank HATEM et Alain FACÉLINA

 

Frank HATEM : Tu parles souvent d’un changement d’époque, au niveau de l’harmonie générale. Comment tu vois ça ? Qu’est-ce qui engendre cela et comment cela se manifeste ?

Alain FACÉLINA : Ce qui engendre cela, au départ… enfin, je ne sais pas si c’est vraiment l’origine, mais il y a des étapes qui sont claires… une des étapes-clefs pour moi, c’est la perte de repères.

F. H. : Quand on perd tous ses repères, on commence à savoir qu’on va quelque part. Quelque part de non-connu, donc d’intéressant…

A. F. : Surtout de repères dans les pouvoirs institutionnels. J’appelle pouvoirs institutionnels les pouvoirs politiques, les pouvoirs religieux, les pouvoirs scientifiques, même les structures familiales. Pourquoi ? Parce que la crédibilité dans ces hiérarchies a considérablement diminué, ces dernières années. Et on s’est retrouvé avec une mise en «doute » collective importante vis-à-vis de ces pouvoirs. Même l’un des pouvoirs-clefs, qui est celui de la presse, s’est trouvé balayé avec l’affaire DSK, en France. Parce que des journalistes qui s’amusaient à suivre la dernière bouchée de pizza dans la bouche de DSK, dans tel ou tel restaurant, et d’animer l’ensemble de l’actualité sur ce genre de sujet a fait faire collectivement un recul vis-à-vis de ce que l’on pouvait considérer jusqu’alors encore comme une espèce d’information crédible. Comme s’il y avait une fracture, même dans ce pouvoir de l’information.

F. H. : C’était déjà le cas depuis longtemps, je suppose.

A. F. Ce qui fait que cette perte de pouvoir de tous les pouvoirs d’un côté, et de l’autre côté une situation économique difficile, délicate, où la difficulté de vivre au quotidien se fait de plus en plus sentir, a fait émerger une capacité à « oser ». À oser des solidarités nouvelles. À oser ne plus être soumis à la première personne qui vous dit quelque chose, sous prétexte qu’elle a une blouse blanche ou une écharpe tricolore. Et donc, quelque part, il y a eu une mise en mouvement de relations vivantes. De choses qui se sont vraiment mises en place. Efficacement, au quotidien, des gens ont appris à s’entraider de manière différente. Et en se distanciant de tout un monde : « tiens, ce monde, je n’en veux plus ». C’est un peu violent parfois, car c’est jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais cette prise de distance a fait naître une existence individuelle et collective nouvelle, en tout cas en germe.

À ceci, j’ajouterai une autre composante importante à cette perte de pouvoir et de repères qui est une invitation à trouver nos propres repères en nous-mêmes.

F. H. : Comme des enfants qui n’ont plus de parents et doivent trouver l’usage de leur liberté au lieu d’en souffrir.

A. F. : Une conséquence, un effet secondaire, ou un effet parallèle de cela, plus exactement, c’est la grande évolution de la « féminisation ». Quand je dis « féminisation », je parle aussi bien de l’accueil chez les hommes de leur féminité, de leur sensibilité, que chez les femmes de leur capacité à sortir du chemin habituel : « je suis soumise, et si je veux du pouvoir, j’ai soit le choix de la force, plus mec que mec, soit au contraire je joue mon rôle de séductrice ». Et plutôt que de choisir l’une de ces deux voies « faciles », elles peuvent choisir d’être à l’écoute de ce qu’elles choisissaient d’être.

Cela évidemment a changé les relations avec les hommes. Je pense qu’il y a eu beaucoup de séparations ces deux dernières années en France. Divorces ou séparations, peu importe. Je dis en France, parce que je n’ai une vision que « locale ». Je ne sais pas comment cela se passe chez nos amis Canadiens ou d’en d’autres régions d’Europe ou d’ailleurs. Mais ce que je note, et j’en ai même eu une à mon effectif, si je puis dire, autour de moi, ce n’est pas forcément des gens qui se séparent parce que l’homme battait la femme ou qu’il y avait une profonde incompatibilité de caractères, comme cela pouvait être le cas avant, mais il m’a semblé souvent que cela est le fait de femmes qui avaient envie d’être elles-mêmes et de devenir libres. Ce qui était d’ailleurs le cas pour mon ex-femme, soit dit en passant.

F. H. : Elle voulait être libre ? Et ça a marché ?

A. F. : Elle est tout à fait libre.

C’est un besoin de découvrir qui elles sont vraiment. Je l’ai vu également avec le nombre de femmes qui voulaient participer à la société, devenir entrepreneur, par exemple. En France, on a eu  un mécanisme d’incitation pour devenir entrepreneur plus facilement. Il y a eu beaucoup de femmes qui ont dit « tiens, je vais essayer de me mettre à mon compte, je vais essayer de faire une activité, je vais oser exprimer un talent, ou une qualité, partager ce que je suis. » Et ça, c’est quand même nouveau.

Je le vois aussi dans l’évolution de la relation que nous avons avec les enfants à l’école par exemple. On a aujourd’hui des écoles qui ne sont pas adaptées du tout à leur « clientèle ». Donc, comme les structures ou les lois ne peuvent pas évoluer au rythme de la vie, sur le terrain les enseignants rencontrent des enfants qui ont des comportements différents de ce à quoi ils s’attendaient. Cela nécessite des expériences pédagogiques, certes, mais cela nécessite surtout un regard différent. Les enseignants d’aujourd’hui ne se sont adaptés immédiatement à la culture SMS de ces enfants nés avec un doudou électronique dans les mains.

Ce qui m’amène encore à un autre aspect, c’est l’aspect communauté. On est passé, en quelques années, d’un fonctionnement très individuel et de relations de pouvoir, à des fonctionnements en groupes. On appelait cela « réseau » au début. Chez un jeune, si on le coupe de son environnement de communication (SMS) avec sa communauté, il peut déprimer. On est vraiment passé dans un schéma collectif. Et on sous-estime l’impact qu’ont les enfants. Même dans les entreprises on a vu arriver ce qu’on a appelé la Next Generation, c’est-à-dire ces jeunes qui sont intelligents, brillants, capables de plein de choses, qui veulent tout tout de suite, parce qu’ils ont une culture de l’immédiateté. Cette culture du présent qui se manifeste même dans le zapping.

F. H. : En deux clics, changer de vie.

A. F. : Tout à fait. Ce qui peut avoir des effets négatifs considérables, car je peux aussi « zapper » sur le plan affectif et relationnel. Je suis très bien, je suis amoureux d’elle, elle est magnifique, etc., sauf que quinze jours après elle me fait un truc auquel je n’attendais pas ; on va se séparer pour un rien, parce qu’on n’a plus l’énergie pour dépasser l’épreuve. On est dans une espèce de consommation, d’apprentissage du merveilleux en permanence, et s’il y a un truc qui ne va pas, certains jeunes ne savent peut-être pas le gérer.

F. H. : La multiplication des opportunités, des possibilités du fait que tout le monde peut être mondialement en contact avec tout le monde comme dans son village. Alors, pourquoi faire un effort ?

A. F. : Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une espèce de volonté de vivre au présent. Et quand j’arrive dans l’entreprise, je ne suis plus disposé à faire comme avant, à passer tous mes week-ends à bosser pour l’entreprise, ou à travailler la nuit. Maintenant, je veux un équilibre. Être ce que je suis, ce que je suis prêt délibérément à partager dans la société.

F. H. : Comme s’il n’y avait « pas de futur », comme disaient les Punks. « On n’a pas le temps d’attendre pour être heureux ». Parce qu’on a accès à tout, donc si on n’est pas bien ici, on zappe.

A. F. : Et tout ça, si je mesure la température aujourd’hui et la compare à ce qu’elle était il y a 10 ans, il y a 15 ans, il y a 20 ans, on est dans un changement considérable.

F. H. : Alors cela nous mène où, tout ça ?

A. F. : Eh bien, cela nous amène, si je regarde les relations entre les hommes et les femmes…

F. H. : Je sais. C’est ce qui t’intéresse le plus apparemment.

A. F. : La qualité de cette relation est un ferment de Paix, ou de conflits si elle n’est pas harmonieuse…On va passer à une population de femmes qui s’affirment. Et dont les hommes sont obligés de tenir compte. Elles ont une énergie créatrice ! Elles sont de véritables moteurs de la société, et entre autres, sur le plan relationnel. Elles vont d’ailleurs aider les mâles à quitter leur côté mâle pour devenir des hommes, et donc être aussi en cocréation harmonieuse entre les deux sexes.

F. H. : Ce que tu dis me rappelle ce dont on parlait au début de cette interview réciproque : ce qui est réel est la Relation, pas les deux pôles, qui sont des illusions, et devenir soi, devenir « l’humain nouveau », c’est assumer d’être cette relation, de l’assumer totalement, au lieu de se prendre pour un des deux pôles qui « subit » cette relation.

Du coup, la civilisation de l’immédiateté nous pousse vers la Nouvelle civilisation parce qu’elle empêche de rester une « victime » de l’autre ou de la société. Ce qui est involontaire de la part de ceux qui tentent de manipuler le monde, qui croyaient au contraire, en déculturant l’individu (tout est fait pour cela), le rendre davantage soumis.

A. F. : Il y a donc, du coup, si on est en cocréation, la nécessité de devenir capable de résoudre les questions qui se posent de manière simple et sans être dans le pouvoir, sans être dans la hiérarchie. On a vu arriver, avec l’épisode des start-ups à tout crin avec la bulle informatique, cette notion de « je n’ai plus besoin d’une hiérarchie ». Il y avait le chef, mais il n’y avait plus 50 étages hiérarchiques dans ces entreprises. Tout le monde bossait ensemble, dans cet esprit-là.

F. H. : Comme dans les grandes entreprises de réseaux informatiques où les relations de travail n’ont rien à voir avec les relations de domination et de gestion par le stress qu’on enseigne dans les écoles de commerce dans le monde entier pour détruire l’initiative individuelle, la liberté et le relationnel au travail (« diviser pour régner »). En fait, ce sous-produit qu’on prend parfois en exemple va à l’encontre du but recherché par les manipulateurs, et en voulant créer une civilisation concentrationnaire, on en crée une où chacun devient artisan de son destin. Enfin, un peu, car on n’en est pas encore là.

A. F. : Et là, avec cette cocréation, cette entreprise égalitaire, on va vers « l’orchestration des liens ». On va vers « effectivement, je vais harmoniser les choses ». Alors, au sujet de cette orchestration, je vais faire un aller-retour dans le passé, en disant que peut-être mon grand-père, quand il travaillait, a eu toute sa vie un seul métier. Mon père a peut-être eu 3 métiers dans sa vie. En ce qui me concerne, j’ai peut-être fait cinq, six, sept activités différentes. Et j’ai commencé à faire parfois plusieurs activités en même temps, professionnellement parlant. Et peut-être que mes enfants vont avoir trois métiers, mais simultanément, un truc le mardi, un autre le même mardi…

F. H. : Ou trois le lundi, quatre le mardi…

A. F. : Un truc le matin, un autre l’après-midi. Il y a déjà des gens qui travaillent sur plusieurs entreprises. Nous sommes en train de basculer d’un monde où les choses semblaient évidentes, car statiques, allant de soi, à un monde de fluidité, de transformation permanente, dans la communauté, dans l’échange.

F. H. : Autrement dit, en nous mettant volontairement dans la précarité, on nous a mis en fait dans l’initiative où tout est possible. Et c’est tellement facile aujourd’hui avec Internet, de créer son activité, son association, de diffuser ses idées, de trouver des soutiens… Et seuls ceux qui sont accrochés aux anciennes habitudes de fonctionnement d’une seule façon subissent à proprement parler cette précarité.

A. F. : Nous ne serons plus dans la recherche de sécurité et de pouvoir où toute l’énergie est utilisée pour maintenir une situation parce que derrière, c’est mon pouvoir personnel qui est en jeu, que je veux défendre. Tout cela va s’effondrer. Nous allons traiter les problèmes ensemble. L’une des images que j’ai en terme d’organisation, « d’organisme » devrais-je dire, car c’est le passage d’une organisation à un organisme vivant, c’est l’image d’un vol d’oiseaux ou d’un banc de poissons. Il y a un projet, une idée et tout le monde va dans la même direction. Il y a une autre idée à traiter, cela change en permanence, c’est vivant, cela ne cesse de bouger, mais à chaque fois, c’est l’ensemble de l’énergie de la communauté qui s’applique à aller dans la direction qui convient. Et entre les oiseaux, entre les poissons, il y a toujours la bonne distance. Et cela peut changer immédiatement de sens, en fonction d’une réactivité extraordinaire. Nous allons vers une harmonie, vers cette musicalité-là.

J’ai enseigné, partagé, des choses sur le management très opérationnel, relatives à la production même de l’entreprise. J’ai aussi fait du management sur le sens. Pour que dans un accompagnement au changement, les gens comprennent bien le sens dans lequel les choses vont, et soient motivés vers les objectifs à atteindre. Ce que je pense, c’est que nous sommes en train d’aller vers un management du silence. C’est-à-dire…

F. H. : Télépathique, comme les poissons et les oiseaux ?

A. F. : Télépathique, si l’on veut, mais surtout quelque chose qui inspire. On rentre dans la « respiration ». Quand tu es dans une communauté où les gens se sentent inspirés, tu n’as plus besoin d’instructions, de règlements.

F. H. : Oui, inspiré, cela veut dire que la motivation est intérieure à chacun.

A. F. : Exactement !

F. H. : Ce n’est pas une motivation de l’un qui s’impose aux autres, payés pour réaliser son rêve qui n’a de sens que pour le chef. Un seul esprit, un seul but, des outils multiples, des « egos » multiples.

A. F. : Tout à fait. Et il y a une simplicité et une spontanéité de mise en œuvre, parce que face à une situation donnée, tous ceux qui se sentent focalisés vers la réponse à la situation se retrouvent naturellement dans une communion d’action.

F. H. : Ils vont réagir comme il faut, immédiatement. Ils savent où ils vont. Ils savent d’où ils arrivent. Et le but c’est la réalisation de l’harmonie, condition de l’épanouissement de chacun. Et cela exige que ce but commun soit éthique, lumineux, utile, propre à toucher le cœur de chacun au lieu d’être une vision paranoïaque ou mégalomane d’un seul.

A. F. : Et comme il y a harmonie, il y a complicité. Des complices, c’est des personnes qui s’entendent presque en silence, sans rien dire, et efficaces dans l’action.

F. H. : Et tu sens qu’on va vers ça, tu as l’impression qu’on va vers ça ?

A. F. : Non seulement on y va, mais j’en vois déjà les prémices. J’ai déjà des exemples vécus. Je vois des symptômes. Quand tu fais chauffer de l’eau, il commence par y avoir des petites bulles. De temps en temps, je vois des petites bulles. De temps en temps, je vois des gros bouillons. Et de temps en temps, je vois de la vapeur qui s’échappe. Et puis, je le sens intérieurement.

Dans « l’orchestration des liens », ce qui est beau dans cet orchestre, c’est qu’on est vraiment tous coauteurs de la partition. Un orchestre qui fonctionne bien, peut aussi bien jouer du Beethoven, du Gerschwin, du Berlioz, du Wagner ou du Schubert. Une fois que l’orchestre fonctionne bien, il peut s’adapter. Il peut même faire un « bœuf », être dans l’improvisation complète, parce que l’orchestre fonctionne. L’orchestre fonctionne parce qu’il y a une complicité, une confiance. Et l’orchestre peut décider d’écrire sa propre partition. Tout est ouvert, en termes de création.

L’orchestration des liens n’est qu’un niveau, un premier palier. Le but de tout cela, c’est la Relation. C’est se retrouver entre ami(e)s dans la Relation.

F. H. : Et toi, tu es venu me voir dans l’attente de cette relation sociale harmonieuse qui te permettra de révéler ton potentiel ? Tu cherches les hommes de ta planète qui ont le même idéal ? Tu ne peux pas le révéler complètement tant qu’il n’y a pas cette relation ?

A. F. : Je ne sais.

F. H. : Je crois qu’il y a beaucoup de gens, et sûrement beaucoup parmi les lecteurs de la Presse Galactique, qui se sentent en exil dans ce monde et cherchent d’autres « vivants ». Hier un certain Kevin, un lecteur, est venu me voir. Il cherche cette harmonisation des liens sans laquelle seul l’autisme est juste et normal. Il a tenté de se suicider il y a quelques années parce qu’il ne la trouvait pas. Ils sont nombreux comme lui, et malgré les facilités de communications d’aujourd’hui, chacun d’entre eux se croit seul. La première chose à faire est qu’ils cessent de se sentir seuls et que des réseaux se constituent. Je peux leur dire : vous êtes nombreux. Ne vous fiez pas aux apparences. Tant d’entre vous se taisent. Une fois suicidés, ils regardent le monde avec grand regret en s’apercevant que leur voisin de palier veut se suicider pour les mêmes raisons. Mais il est trop tard. C’est cela l’enfer. Il faut tout faire pour se parler maintenant. « Oser », comme tu disais. Oser aller au-devant de l’amitié et affirmant soi-même qu’on a envie de prendre quelqu’un dans ses bras et qu’on ne se laissera pas dominer par la division et l’individualisme ambiant. Être sincère, comme tu dis, face à l’interrogation en ne baissant pas les bras, mais pour cela il faut évacuer cet attachement à l’ego qui jouit de la division. Devenir le cœur de soi au lieu d’en être l’apparence extérieure qu’on veut bien montrer. Sans peur. Mais pour ne pas avoir peur, il faut comprendre ce qu’on est. Être métaphysique.

Peut-être que Kevin voudra bien qu’on l’interviewe aussi un jour… Comme d’autres lecteurs d’ailleurs. Ce serait bien. Ça inverserait les rôles. Et ce qu’ils diraient seraient bien plus parlant que les abstractions que peuvent dire les auteurs.

A. F. : À un moment donné, dans mon expérience professionnelle, je participais à un licenciement collectif. Nous avons eu droit à un bilan personnalisé. Nous étions plus d’une centaine de personnes concernées. Je pensais que l’on me dirait « vous êtes fait pour être boulanger ou chaudronnier », que l’on m’indiquerait une orientation, c’était le but du bilan. Finalement, le bilan pour moi était le suivant :

« En fait, voilà, selon votre profil, vous êtes là pour nous indiquer de nouvelles règles de fonctionnement en société. Donc, je ne peux pas vous dire ce que vous devriez faire. Ce sera à vous de nous le dire.»

Ouais… Bon… frustré le gamin !

Je suis reparti de là un peu décontenancé, mais cela résume bien ma situation.

F. H. : Génial ! C’est plus qu’intéressant ! C’est bien qu’ils se soient aperçus de ça.

A. F. : Je n’étais pas que surpris. Je me suis aussi dit que je m’étais encore fait avoir, car cela m’était déjà arrivé que des gens me disent « ton destin sera par là, mais on ne peut pas te dire où, car cela sera nouveau et tu es chargé de contribuer à amener le nouveau ».

F. H. : « Homme Nouveau ». Je l’ai senti lorsque je t’ai vu à ma conférence la première fois. Comment pourrais-tu avoir une place toute faite dans l’ancien monde ?

A. F. : Ce que je ressens de ce Nouveau aujourd’hui, et je sais qu’il faudra encore une décennie pour que cela se manifeste vraiment, ce que je pressens, c’est que c’est de l’ordre de la conscience, de l’incarnation de la conscience à la fois individuelle et collective, l’incarnation de cette harmonie, de cette paix.

F. H. : Le « Nous » à la place du « Je ».

A. F. : Oui.

Et cela tombe bien, parce que j’ai quelques règles du jeu à proposer, qui sont les règles du « Nous ». C’est pour ça que je réagissais sur le titre de ton livre La Règle du « Je ».

Tu pourrais me dire, « Alain, c’est complètement utopique ton idée, ce que tu exprimes ». Sauf que la différence entre ce que je vis aujourd’hui et ce qui je voyais il y a cinq ans, c’est qu’aujourd’hui je vois que cela fonctionne. C’est que cela commence à marcher.

F. H. : Loin de moi l’idée de te trouver utopique. Et les règles que tu as à apporter se créent d’elles-mêmes ? Tu vois donc le monde évoluer sans que tu aies besoin de l’enseigner ?

A. F. : Je suis de plus en plus convaincu de notre capacité à inspirer, par la qualité de nos pensées, de ce que nous sommes, indépendamment de notre action extérieure. C’est pour cela que j’essaye d’être très rigoureux avec la qualité de mes pensées. Je me sens vraiment responsable de ma vibration, de ce que j’expérimente. C’est un peu comme si je savais que chacune de mes pensées était susceptible d’être savourée à l’autre bout de la Planète, et d’inspirer quelqu’un à l’autre bout de la Planète. Quand je dis cela, je parle de « je », mais bien évidemment, c’est vrai pour chaque « je ».

J’ai également une autre dimension à prendre en considération. Je pense que nous avons basculé aussi dans le monde de l’Esprit.

F. H. : « Noos » en Grec veut dire « Esprit ».

A. F. : Tiens. Bonne nouvelle !

F. H. : Oui, c’est de là que vient le mot « Nous », à mon avis. Je suis sûr que c’est de là que cela vient. Comme le « Je » vient du « Yod » hébraïque. Le « Yod », c’est le « Germe ».

A. F. : Excellent !

F. H. : « Nous », c’est l’« Esprit », parce qu’il n’y a qu’un seul esprit et qu’on se le partage en fait.

Le « Je », comme c’est le « Germe », c’est toujours au centre de l’Infini. Le zéro, le centre de l’Infini, qui s’affirme en opposition de cet infini. C’est l’affirmation du Soi comme centre de l’Infini, du Tout, qui est le Créateur du « Tout » à la base. Et le « Nous », c’est son accomplissement. C’est sa réalisation, l’« Esprit » apparemment multiple, car tout point de l’infini est son centre, comme disait Pascal.

A. F. : Nous avons déjà basculé dans le monde de l’esprit à force de courir après la matière.

F. H. : Au cœur du Yin se trouve le Yang.

A. F. : Dans son accomplissement, aujourd’hui, cela a des effets immédiats. Déjà, parce que ce que je vis intérieurement en esprit, mais je ne suis pas seul dans ce cas, se manifeste directement à l’extérieur. Ce n’est plus attendre qu’un karma se termine. Je ne vais pas avoir des relations de causes à effets plus tard. Ce que j’expérimente spirituellement, je peux le vivre immédiatement. En plus, cela me permet d’accéder et de vivre avec l’esprit des autres, qu’ils soient visibles ou pas, d’ailleurs. Ce qui donne aussi une forme de transparence, dans le sens où c’est un peu comme si, petit à petit, je me sentais vraiment en communauté d’esprit, en ne pouvant absolument rien cacher de ce que je vis. Que je sois aux toilettes ou au boulot, peu importe, c’est comme s’il y avait une sorte d’intimité avec un certain nombre d’esprits qui était permanente et qui présage, pour moi, le début d’un fonctionnement collectif, d’être conscient en permanence de « Nous », et sans être en danger, sans se sentir agressé, sans être privé de son territoire. Tout simplement, parce que dans ce plan de l’esprit, il n’y a pas de limite. C’est un plan infini. Et donc, il n’y a rien à cacher. Il n’y a, au contraire, juste que la joie d’être, ensemble. Et je me sens, de plus en plus, l’expression de vie d’une communauté. Comme si, j’étais invité à tester des choses ou à expérimenter des choses, mais pas que pour moi, pas que pour mon « je ». « Tiens, on fait ça. Ensemble, on s’amuse. On joue ça. On joue ce coup là, ensemble », et de manière très harmonieuse, très agréable. C’est pour ça que, vu de l’extérieur, depuis des années, on m’a toujours trouvé très bizarre, dans mon entourage. Quand on commence à me connaître, on me trouve très bizarre.

F. H. : Et quand on te connait beaucoup, c’est pire !

A. F. : Voilà !

Mais cette bizarrerie s’explique parce qu’en fait, j’ai toujours été fidèle à quelque chose qui résonnait en moi, même si cela parait étonnant, décalé, etc.

Ces décalages, ces vécus un peu perpendiculaires par rapport aux habitudes, ou à ce qui est attendu conventionnellement, ont toujours été, pour moi, les petits cailloux du chemin que je suis. Et cela participe à construire le chemin dans lequel nous sommes. Ces bizarreries ont un sens.

F. H. : Tu attendais ton heure.

A. F. :     Oui.

F. H. :    Tu vois l’heure arriver.

A. F. :     Depuis que j’ai vingt ans, bon nombre de gens m’ont dit « tu as un truc à faire… oui, mais quand tu seras très très vieux. ». Grosso modo, il fallait que j’attende d’avoir au moins soixante-cinq ans.

F. H. : C’est très vieux, ça ?

A. F. : Quand tu as vingt ans,… soixante-cinq ans…

Maintenant que je n’en suis plus qu’à une décennie, je me rends compte qu’effectivement, quand je me retourne, je vois le sens de la trame du destin. Et par rapport à ce que je te dis, je vois bien qu’entre ce que je suis aujourd’hui et ce que je serai dans dix ans, il peut y avoir une différence absolument colossale.

F. H. : Surtout à la vitesse où cela évolue dans le monde.

A. F. : Oui, tout à fait ! En revanche, je me sens bien synchronisé, tu vois.

F. H. : Oui, c’est ça. Synchronisé.

A. F. : Je me sens synchronisé. C’est-à-dire que je sais très bien aujourd’hui que si j’arrive dans une pièce, dans une situation, où je sens une tension, un conflit, je sais que j’ai la capacité d’affirmer ma présence d’une manière paisible. Alors qu’avant, j’ai quand même fait vingt ans d’arts martiaux, même à haut niveau, j’avais besoin de me dire « il ne faut pas que j’oublie que je suis plus fort que lui » pour vaincre ma timidité.

Donc, voilà les changements que je vois dans le passé. Voilà ce que je vis au présent. Et voilà comment je pressens, sans savoir, les pointillés du futur.

F. H. : Cette réalisation collective ne sera peut-être jamais complètement faite, même si cela évolue vite. Est-ce que, si cela se réalise comme cela, ta timidité aura encore une raison d’être ? Il y aura encore quelque chose qui la justifiera, si tu es complètement en phase ?

A. F. : Non, je serai en phase. En fait, à partir du moment où je me sens capable d’être dans l’intimité de la rencontre, quelle que soit la rencontre, effectivement dans cette complicité-là, la timidité n’a plus sa place.

F. H. : Et quand ça t’arrive, il n’y en a pas. Pour parler au présent.

A. F. : Et quand cela m’arrive, il n’y en a pas.

MERCI DE DIFFUSER CE TEXTE ET D’EN INDIQUER L’AUTEUR ET LA SOURCE: LAPRESSEGALACTIQUE.ORG

http://lapressegalactique.net/

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