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Amazonie : Sur la piste d’une ancienne civilisation écologiquement évoluée

Avant le débarquement des Conquistadors européens, l’Amazonie n’était sans doute pas la région vierge et inhabitée que l’on imagine aujourd’hui. Des populations très organisées vivaient dans cette forêt et leur système était peut-être plus complexe que celui des peuples indigènes actuels.

L’archéologue de l’Université de Floride a mis au jour un réseau élaboré de villages datant de 1200 à 1500, dans la région de Xingu, dans l’Etat du Mato Grosso, au Brésil. Dix-neuf villages étaient reliés entre eux par des routes droites et larges, suivant un plan précis. Les archéologues ont aussi trouvé les traces d’autres œuvres humaines, comme des fossés de protection, des ponts, des zones d’agriculture. De 2.500 à 5.000 personnes auraient pu habiter ces villages. Autant d’éléments révélateurs d’une société complexe, estime Heckenberger, plus complexe que celle des peuples qui vivent toujours dans cette frange sud du bassin amazonien.

Quelques preuves de peuplements importants dans l’Amazonie avaient déjà été découvertes, mais elles étaient encore fragmentaires. Le travail publié aujourd’hui, avec des images satellites complétant les recherches sur le terrain, apporte beaucoup d’eau au moulin des archéologues. Beaucoup de questions demeurent sur le mode de vie de ces populations précolombiennes et leur impact sur l’environnement, la forêt amazonienne, si précieuse aujourd’hui.

amazonie-partie-des-structures-geometriques-decouvertesLes recherches de l’IRD en Equateur ont révélé l’existence d’une civilisation inconnue datant de plus de 4000 ans.

En juillet 2003, une découverte importante des archéologues de l’IRD en Equateur révèle la présence, il y a plus de 4000 ans, des premières civilisations andines dans le haut bassin amazonien, où leur existence était jusqu’à présent inconnue. Les récentes datations d’un site de fouilles au sud de l’Equateur et la découverte, sur le même site, de récipients en pierre, révèlent l’existence, d’une société antérieure à celles connues jusqu’alors en Amazonie.

Après avoir trouvé les traces d’une civilisation ancienne inconnue dans les hauts bassins amazoniens de l’Equateur, en 2003, les traces d’une autre civilisation apparaissent en pleine Amazonie avec certitude dès 2010 et confirmées en 2011, grâce à l’apport des satellites et de survols rapprochés.

Les datations divergent beaucoup et les simples examens de surface relèvent des fourchettes d’occupations de 1800 à 750 ans avant notre ère, les sites sont donc probablement plus anciens et il faudra creuser en plusieurs endroits pour obtenir de meilleures datations.

Si les circonstances de cette découverte, rendue possible par la déforestation, sont plutôt malheureuses (52.000 km² de forêt amazonienne disparaissent ainsi chaque année), elle n’en demeure pas moins exceptionnelle : ces vestiges de routes et de bâtiments aux formes géométriques sont en effet tout ce qui reste d’une civilisation inconnue des scientifiques, et qui aurait peuplé l’Amazonie il y a plusieurs centaines d’années.

Selon la croyance, il n’y aurait jamais eu de civilisation évoluée dans cette région du monde avant l’arrivée des Européens en Amérique.

Or, depuis 1999 et après qu’une large déforestation a été opérée, les chercheurs ont découvert des monuments aux formes géométriques dans cette zone, œuvres d’une ancienne civilisation.

amazonie6Plus de 200 structures de type circulaire ou rectangulaire ont été retrouvées au cœur de la forêt amazonienne après que celle-ci a subi une importante déforestation pour les besoins en alimentation du bétail. 260 avenues, fossés, digues et enceintes ont été recensés, pour un total de 19 villages. En comptant 300 travailleurs pour chaque construction, cette région aurait compté 60.000 habitants.

Des routes sont rattachées à ces travaux, preuves de la présence passée d’une civilisation évoluée.

Les scientifiques ont estimé l’abandon de certains sites à 750 ans voire à 1800 ans pour d’autres. Certains villages abritaient jusqu’à 5000 habitants, un chiffre conséquent pour l’époque et surtout, pour ce genre de région puisque la population devait se contenter des ressources de la forêt, l’océan étant très éloigné.

Les formes géométriques indiquent une probable signification symbolique, peut-être utilisée pour des cérémonies.

D’autres chercheurs ont émis l’hypothèse que les anciens habitants les utilisaient pour se défendre. En effet, les constructions étaient situées sur un plateau de 200 mètres de hauteur. Ceux qui y demeuraient avaient donc une bonne vue sur les environs et pouvaient prendre les mesures nécessaires largement en avance en cas d’intrusion ennemie.

geoglyphe-amazonie_0Plus de 450 géoglyphes ont été découverts dans les zones défrichées de la forêt amazonienne. Crédits : Projetos Geoglifos / CNPQ

Bien d’autres structures sont très certainement présentes dans des zones où les arbres n’ont pas encore été déracinés. Peut-être en apprendrons-nous davantage d’ici quelques années, notamment sur la raison de la disparition de ce peuple d’Amazonie. Pour l’instant, pour les scientifiques, il aurait été victime de maladies apportées par les colons européens il y a 500 ans…

L’Amazonie ancienne était un jardin florissant de plusieurs millions d’habitants

Avant l’arrivée des Européens dans le Nouveau Monde, une grande partie de ce territoire était occupée par des champs et des villages où vivaient près de 8 millions de personnes, selon un article de chercheurs américains publié dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

amazonieL’écologue et généticien Charles Clément, de l’Institut national de recherche d’Amazonie (Brésil), a recueilli avec ses collègues des données sur les plantes, les sols et les paysages de la région pour les comparer aux données des archéologues et des linguistes qui avaient tracé des cartes des langues locales. Il s’est avéré qu’avant l’arrivée des Européens, les Indiens avaient appris à cultiver au moins 83 espèces de plantes, y compris les patates douces, le cacao, le tabac et l’ananas.

3 000 à 5 000 espèces ne sont pas devenues des plantes de culture, mais étaient activement utilisées.

La flore de plusieurs forêts d’Amazonie, qui paraît naturelle au premier abord, porte en fait des traces de domestication.

En outre, les chercheurs ont découvert du tchernoziom en Amazonie — des sols riches en carbone et en éléments nutritifs après une fertilisation par des excréments humains et animaux, un paillage et un compostage. Couvrant plus de 0,1 pour cent du territoire de la région, les zones de tchernoziom sont pour la première fois apparues en Amazonie il y a 6 000 ans, et 4 000 plus tard elles se sont encore multipliées.

« Lorsqu’on parle de la grandeur des civilisations indiennes d’Amérique du Sud, on se souvient normalement des pyramides des Mayas et des Aztèques. Les indigènes de l’Amazonie ne construisaient pas de pyramides — probablement à cause du manque de pierre. Mais les Espagnols qui les ont vus pour la première fois ont été frappés par le grand nombre de personnes en bonne santé et par l’abondance de nourriture dans chaque village amazonien », remarque Charles Clément.

L’Amazonie est revenue à l’état de la jungle sauvage à cause des Européens.

Les maladies apportées du Vieux continent ont fauché jusqu’à la moitié de la population de la région bien avant l’arrivée des conquistadors.

Les scientifiques cherchent aujourd’hui à savoir quelles technologies ont permis aux indigènes de l’Amazonie de maintenir un haut niveau de vie sans détruire leur environnement naturel.

L’Amazonie était peuplée par des chasseurs-cueilleurs avant sa conquête

Les premiers navigateurs européens sont arrivés en Amazonie au XVIe siècle. Ils ont alors découvert un continent propice à leurs rêves de gloire et de conquêtes. Mais à quoi pouvait bien ressembler cette région avant leur venue ? Une chose est sûre, elle n’a pas eu à souffrir de la présence des civilisations précolombiennes…

amazonie 3La forêt amazonienne, qui recouvre une surface de 5,5 millions de km2, se partage entre 9 pays : le Brésil, la Colombie, le Pérou, la Bolivie, le Vénézuela, l’Équateur, le Suriname, la Guyana et la Guyane. © CIFOR, Flickr, cc by-nc-nd 2.0

L’Amazonie abrite une biodiversité floristique et faunistique exceptionnelle. Sa découverte par les Européens remonte à la seconde moitié du XVIe siècle. La région aurait alors été explorée par l’ouest. En effet, les conditions de navigation sur le fleuve Amazone (courant puissant, hauts fonds, etc.) ne se prêtaient pas à une exploration au départ de son embouchure située à l’est du continent. L’arrivée des premiers explorateurs avides de gloire et de conquêtes a probablement modifié les paysages de l’époque. Mais comment étaient-ils avant le XVIe siècle ?

La réponse à cette question est importante car elle permettrait de mieux comprendre cet écosystème. Si l’ouest de l’Amazonie était occupé par de grandes villes précolombiennes, il est probable que des agriculteurs aient détruit d’énormes surfaces de forêts pour installer leurs cultures, notamment par la technique des brûlis, et ce peut-être pendant des siècles.

La biodiversité observée actuellement aurait alors été conditionnée par des activités anthropiques. Au contraire, si la région était occupée par des bandes nomades, toute la forêt de ce territoire peut être alors considérée comme étant primaire. La communauté scientifique est relativement divisée à ce sujet, surtout depuis la découverte dans les années 1990 de restes de grandes villes dans l’est de l’Amazonie.

Une étude publiée dans la revue Science lève une partie du voile. Crystal McMichael, du Florida Institute of Technology (FIT), vient en effet de sillonner un territoire de 3 millions de km² en avion, bateau et camion pour récolter des échantillons de terre et analyser l’historique de la région.

Ses conclusions sont claires : l’Amazonie de l’ouest était peuplée, avant l’arrivée des Européens, par des groupes constitués de peu d’individus et qui obtenaient leur nourriture sans défricher ni brûler de larges terrains.

amazonie 4Les chercheurs ont réalisé des carottages (en bas à gauche) pour étudier l’impact de l’Homme sur la forêt dans l’ouest de l’Amazonie (paysage de droite) au cours de l’histoire. Dolores Piperno a notamment focalisé son attention sur les phytolithes contenus dans les échantillons (en haut à gauche). Ces structures proviennent de la biominéralisation et de l’accumulation de minéraux présents en trop grandes quantités dans les végétaux. Ils se composent d’oxalate de calcium (CaC2O4) et de silice (SiO2). © Crystal McMichael et Dolores Piperno

Des chasseurs-cueilleurs vivant au bord de l’eau

Plus de 247 carottages ont été effectués en 55 sites différents, d’une part en des lieux occupés par des populations précolombiennes en bordure de cours d’eau et d’autre part à l’intérieur même des forêts, loin de tous sites habités par le passé. Des traces de charbon de bois ont été recherchées à l’intérieur des prélèvements. Leur présence témoigne de l’utilisation de la technique du brûlis car la forêt amazonienne prend rarement feu naturellement. Dolores Piperno, du Smithsonian Institute, a également réalisé des études de phytolithes, des microfossiles micrométriques de cellules végétales qui, grâce à leurs formes, peuvent être utilisés pour déterminer les végétaux qui les ont produits.

Des traces de charbon de bois, de phytolithes de plantes brûlées et plantes colonisatrices ont été trouvées en bordure des rivières, sur de petites surfaces. Cependant, aucun phytolithe appartenant à une essence végétale produite en culture n’a été observée. Les rives des cours d’eau ont par endroit été brûlées, mais elles n’étaient pas occupées par des fermiers. Rien d’intéressant n’a été trouvé à l’intérieur des terres hormis quelques infimes traces de charbon. Les Hommes de l’époque vivaient donc plus que probablement le long des cours d’eau, mais ne réalisaient pas de culture. Ce résultat pourrait signifier qu’ils se déplaçaient régulièrement. Ils étaient probablement des chasseurs-cueilleurs.

Ce résultat est cohérent avec plusieurs autres données archéologiques. Les Hommes de l’époque possédaient par exemple des haches en pierre (ce sont les Européens qui amenèrent les outils métalliques). Il est difficile de les imaginer coupant des hectares de forêt avec cet outil rudimentaire, puisqu’ils n’utilisaient pas le feu. Une expérience menée dans les années 1970 a montré qu’il fallait en moyenne 115 heures pour abattre un arbre (dont les dimensions ne sont pas précisées) avec des outils en pierre. Il semble donc que l’Amazonie n’ait pas eu à trop souffrir de la présence des Hommes avant l’arrivée des premiers navigateurs en provenance du Vieux Continent.

Les étranges géoglyphes d’Amazonie racontent une antique gestion durable

La déforestation qui s’accélère ces dernières décennies dans la forêt amazonienne a mis en évidence dans l’État d’Acre, à l’ouest du Brésil, près de la frontière avec le Pérou, d’étranges structures de pierre enterrées longtemps demeurées inconnues car cachées par une végétation très dense. Les premiers de ces géoglyphes découverts datent des années 1980. À présent, les archéologues en connaissent plus de 450, répartis sur 13.000 km2. Les plus grands mesurent 11 mètres de long pour une profondeur qui peut atteindre 4 mètres. S’agissait-il d’habitations ou de fortifications ? Pour l’instant, faute de vestiges, les chercheurs privilégient l’hypothèse d’aménagements dans un but de rassemblements religieux.

Jennifer Watling, aujourd’hui archéologue à l’université de São Paulo (elle était alors postdoc à l’université d’Exeter), et son équipe ont réalisé des sondages jusqu’à 1,5 mètre de profondeur. L’équipe espérait ainsi éclaircir les mystères qui entourent ces structures mises en place, vraisemblablement, depuis le début de notre ère jusqu’à peu avant l’arrivée des premiers colons européens, il y a plus de cinq siècles. Les chercheurs voulaient aussi reconstituer les paysages qui les entouraient durant ces derniers millénaires.

La question à laquelle ils voulaient répondre, débattue depuis des décennies, est « dans quelle mesure les peuples autochtones ont eu un impact sur l’environnement en construisant ces vastes terrassements aux formes géométriques ». Leurs conclusions, qui viennent de paraître dans la revue Pnas, font état de modifications apportées depuis environ… 4.000 ans. On est donc loin du mythe d’une forêt restée vierge et totalement sauvage. Et aussi, soulignent les auteurs : « en dépit du très grand nombre et de la densité des sites comptant des géoglyphes dans la région, on peut être certain que les forêts dans cette région n’ont jamais été détruites de façon étendue par ces peuples et pendant d’aussi longues périodes que durant ces dernières années ».

Plus de 450 géoglyphes comme celui-ci ont été découverts dans l’ouest du Brésil. La déforestation les a mis à nu. De récentes recherches ont montré que dans ces endroits, avant que ne s’étendait la forêt amazonienne aujourd’hui détruite, des cultures de palmiers avaient remplacé des forêts de bambous… © Diego Gurgel

Les Amérindiens précolombiens pratiquaient une agroforesterie durable

Pour mener leur enquête, l’équipe a prospecté les sites Jaco Sá et Fazenda Colorada. Ils ont creusé des puits dans le sol, à chaque fois à l’intérieur et à l’extérieur des géoglyphes, à la recherche de diverses traces laissées par la végétation passée et en quête d’éventuelles traces de charbon qui pourraient témoigner de combustions.

Leurs analyses des isotopes stables du carbone, indicateurs tangibles d’espèces végétales poussant dans des espaces ouverts comme les prairies ou au sein d’une forêt dense, ainsi que celles des phytolithes, des microfossiles de cellules végétales, ont montré que le bambou a dominé la région durant au moins 6.000 ans. Pour les chercheurs, leur présence indique aussi une certaine capacité à la résilience face aux activités humaines, et surtout à un changement climatique qui a frappé de sécheresse cette partie du monde (à la même période, la forêt tropicale de Bolivie était devenue une savane).

Les premières couches de charbon remontent à environ 4.000 ans et sont probablement liées à des activités de défrichage. Au même moment, les palmiers se sont multipliés. Pour Jennifer Watling, cette culture apportait à la fois beaucoup de nourriture et des matériaux de construction. Ces plantes étaient pionnières dans les parties éclaircies et furent dominantes durant trois millénaires. Depuis l’abandon des géoglyphes, il y a environ 650 ans, d’autres espèces à croissance plus lente ont finalement pris le pas sur les palmiers qui abondaient.

Avant les grandes déforestations d’aujourd’hui, les paysages ont donc hérité, dans une certaine mesure, des sélections opérées par ses habitants précolombiens. Ces « jardiniers » de l’Amazonie pratiquaient en quelque sorte une agroforesterie durable, prenant soin de ne pas mettre leur forêt en péril…

SOURCES :

http://www.sciencesetavenir.fr/

http://www.sciences-fictions-histoires.com
http://fr.sputniknews.com/
http://www.futura-sciences.com/

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