INDE • Le web censuré pour protéger des intérêts privés

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censurewebIndeDes dizaines de sites web ont été bloqués par le gouvernement pour leurs critiques contre Arindam Chaudhuri, le médiatique directeur d’une école de commerce controversée. Une mesure qui en dit long sur son influence, juge la presse indienne.

“Non, ceci n’est pas une blague », titre avec ironie le quotidien The Hindu. Le 15 février dernier, 73 adresses internet ont été bloquées par le département des télécommunications sur ordre du tribunal de Gwalior, au centre de l’Inde. La raison ? Ces pages ont des contenus critiques à l’encontre de l’homme d’affaire Arindam Chaudhuri et de son école de commerce très controversée, l’Indian Institute of Planning and Management (IIPM).

Pour avoir publié des articles jugés “offensants” par le tribunal, les médias en ligne Firstpost et Careers360, les quotidiens Indian Express et The Economic Times, le mensuel The Caravan, le site d’information alternatif Kafila ou encore les sites satiriques comme Faking News ou UnrealTimes ont ainsi fait les frais d’une nouvelle censure de la toile – de celle dont on commence à avoir l’habitude en Inde. 

Contrairement à ce que l’on a vu ces derniers temps, il ne s’agit pas ici d’interdire des contenus pouvant « froisser une communauté religieuse » et « mettre ainsi en danger l’harmonie et la paix », mais plutôt de protéger la réputation d’une institution privée et de son directeur.

“Les directeurs de rédaction, les bloggeurs et autres éditeurs n’ont même pas été avertis avant l’exécution de la décision de justice. Et tout cela pour les beaux yeux d’un seul homme”, s’exaspère le quotidien The Hindu

Les médias ne sont pas les seuls visés par la mesure : la Commission des subventions aux universités est également tombée sous le coup de la censure. Disparu, son avis officiel publié en juillet 2012, qui déclare que “l’IIPM n’est pas une université” et qu’elle n’est donc pas habilitée à délivrer des diplômes. Fondée en 1973, l’école de commerce privée dispose désormais de 18 campus dans toute l’Inde et propose des cours de licence et de master. Ses cours et ses professeurs, réputés médiocres, sont de plus en plus critiqués. En décembre 2012, des étudiants ont d’ailleurs manifesté sur l’un des campus de l’IIPM pour protester contre le fait qu’ils n’aient passé qu’un seul examen en un an et demi de cursus.

Obsession médiatique

Arindam Chaudhuri, qui possède également plusieurs médias, des entreprises d’informatique, de conseil et d’externalisation, a pourtant mis en place un impressionnant matraquage médiatique, comme peu l’ont pratiqué en Inde jusqu’à maintenant. Pour pallier à l’absence de reconnaissance officielle de son institution, il inonde continuellement la presse d’imposants encarts publicitaires vantant l’excellence de l’IIPM, toujours accompagnés de sa photo. Il a également publié plusieurs ouvrages médiocres de méthodologie pour réussir dans les affaires afin de créer le buzz autour de son personnage. L’actuelle censure fait donc partie de cette obsession médiatique, tout comme les procès qu’il a déjà intentés à plusieurs titres de presse écrite. 

 “L’IIPM est les plus gros annonceur de toute la presse écrite en Inde. On voit le visage d’Arindam partout, tous les jours. Il est le visage de la nouvelle Inde. Et ça déplaît à beaucoup de monde, cette façon qu’a l’IIPM de s’exhiber sans aucune pudeur”, notait dans une interview au Wall Street Journal l’auteur Siddhartha Deb, qui a eu affaire au directeur devant les tribunaux. En 2011, Arindam Chaudhuri a poursuivi Siddhartha Deb et le mensuel indien The Caravan pour “harcèlement et préjudice” après la publication d’un long portrait critique à son égard. Deb a également dû retirer de son livre publié chez Penguin India en 2011 le chapitre reprenant une partie de son texte. 

En réponse, les sites internet visés par le blocage du 15 février se sont empressés de republier les textes censurés, à l’instar du média alternatif Kafila. Sur le site satirique The Unreal Times, on peut retrouver l’article bloqué qui s’amuse des tentatives de Chaudhuri de contrôler son image sur Google. Anonymous, le célèbre collectif de hackers, a quant à lui attaqué 16 sites internet appartenant à l’IIPM.

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